25/03/2016
22:06:27
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Le paradis des armuriers II: les bains fortunéens (Velsna-Teyla)

Le paradis des armuriers II: les bains fortunéens (Velsna-Teyla)



"Les oiseaux chantonnent, les chats ronronnent, les rats... rongeonnent ?"


Dans la vapeur et le brouillard, un homme à la voix rauque essayait de faire valoir ses talents de poète. Mais il fallait se rendre à l'évidence: ceux-ci n'avaient pas l'air reconnus par ses pairs. Assis sur un banc dans cette pièce saturée par l'humidité, les deux compères du poète ne se firent pas prier de leur réaction. Les deux formaient la paire: l'un était une masse énorme de graisse munie de deux bras, deux jambe et une tête, l'autre était un individu chétif et maigrichon au visage de fouine. Et c'était très certainement celui-ci qui avait la langue la plus tranchante:
- "Les rats rongeonnent ?" Mais ça existe même pas ce mot ! Non, je suis désolé Fabrizio, t'as perdu.
- Il faut bien que je m'entraîne, c'est pour le mariage de ma dernière ! De quoi ça aurait l'air si j’organisais un concours de rhétorique avec la belle famille et que j'étais incapable d'aligner trois vers !

- N'est pas Philinius de Velcal qui veut, mon ami. - s'interposa son compère en surpoids - Dame Fortune t'a doté d'un autre talent, comme nous autres: celui de faire de l'argent. Utilise ton talent plutôt que de pousser la chansonnette. Je sais pas...ton futur beau fils est pas intéressé par une corvette, un patrouilleur ou un porte-avion ?

La bande émis un petit ricanement collectif désagréable à l'oreille, un rire gras. A première vue, cette scène peut sembler saugrenue et hors de propos, mais il n'était pas courant qu'une loge privée d'un bain public velsnien accueille trois des maîtres armateurs les plus importants de la cité, dans le plus simple des appareils, une serviette blanche autour de la taille comme seul vêtement. Loin des conflits, loin du cœur... ces gens n'étaient au fond pas bien différents d'une bande de mafieux qui comptaient les billets une fois les cadavres enterrés, ceux là même qui s'entretuaient avec leurs armes. La guerre civile velsnienne et l'augmentation des budgets militaires du pays n'avaient pas fait que des malheureux: les maîtres armateurs de la S.A.V faisaient partie de l'un des corps de métiers qui s'était le plus enrichit ces dernières années, et qui profitait à plein poumons, à la fois de la croissance économique du pays, mais également des conflits qui éclataient de par le monde.

Il était difficile de décrire à un étranger ce qu'était la S.A.V, la Société des Arsenalauti de Velsna. On avait tendance à la confondre avec une simple entreprise d'armement comme il en existe partout: Heather à Rasken, les coopératives d'armes kah tanaises etc... En réalité, la S.A.V ressemblait plus à une sorte de "fraternité" qu'à une société anonyme. Une constellation d'armateurs indépendants et de fournisseurs divers d'éléments plus ou moins importants qui étaient autorisés par leurs pairs à "pratiquer", comme les médecins ou les avocats faisant partie d'un ordre. A sa tête, les "maîtres armateurs" se partageaient le marché, veillaient à ne pas pratiquer des prix trop agressifs entre eux et réglaient les litiges en interne, en évitant la main baladeuse des instances juridiques ordinaires. Un petit État dans l’État en somme, même si il étroitement lié à ce qui se passait au Sénat velsnien. Les mauvaises langues auraient tendance à les décrire comme une bande de mafieux, mais ils préféraient se décrire comme des "petits artisans organisés" et des "honnêtes commerçants". La différence était fine de toute manière. Gare à celui qui voulait se lancer dans le secteur sans faire partie de la "grande famille" de la S.A.V: il était courant de retrouver le corps des ambitieux au fond du grand canal menant à la place San Stefano.

Dans ces thermes, dont la chaleur était alimentée par des feux entretenus par les petites mains en sous-sol, parmi tous les membres de la S.A.V, ces trois hommes n'étaient pas ordinaires non plus. Vincenzo Tolomei, dont le tour de taille augmentait au même rythme que ses actifs. Fabrizio Cantara, dont la sombre réputation de limier terrorisait la concurrence. Carlo Natta, apparemment poète en devenir en dehors de son activité favorite qui était de faire la chasse à l'eurycommuniste parmi ses remployés. Ces trois là concentraient entre leurs mains des lignes de production importante au sein du complexe de l'industrie navale qui faisait de la Marineria velsnienne ce qu'elle était. Et leur invité du jour avait attisé leur curiosité.

Celui-ci ne tarda pas à venir s'installer dans ce cadre, relativement peu commun pour une rencontre. La S.A.V n'était pas le Sénat ou un Bureau du gouvernement communal velsnien. Le cérémonial n'avait pas lieu d'être en ces lieux, et on lui préférait la détente, qui plus est dans un établissement appartenant à Vincenzo Tolomei lui-même, qui semblait déterminé à montrer à ses confrères qui avait l'ascendant parmi eux. Alors que celui-ci essayait vainement de s'allumer un cigare dans cet environnement décidément bien trop humide, l'un des employés vint se présenter à eux, la voix tremblante:
- Maître Tolomei ?
- Qu'est-ce que t'as encore ? Je t'ai déjà donné un pourliche quand on est arrivés.
- Non Maître Tolomei, ce n'est pas pour ça. Son excellence Monaldo vient d'arriver.
- Ah. Eh bien, fais le entrer quand il aura fini de se préparer. Et dis à tes collègues de se bouger en sous-sol, le carrelage est froid !


L'homme s'inclina légèrement avant de se retirer. Quelques instants plus tard, le teylais fit enfin son apparition, accueillit par Tolomei:
- Excellence ambassadeur ! Bienvenue parmi nous. Vous êtes en avance, et c'est une bonne chose. Permettez moi de me présenter, Maître Vincenzo Tolomei pour vous servir. Et voici mes illustres confrères: Maître Fabrizio Cantara, et Maître Carlo Natta. Mais vous pouvez simplement nous appeler "excellence". Nous ne sommes pas au Palais des Patrices ici. Prenez place, le banc est déjà chaud.

Le très expansif (autant moralement que physiquement) Tolomei marqua une pause, le temps que son invité se mette à l'aise. Il montra d'un geste de la main les décors bucoliques qui parsemaient les murs, que l'on pouvait distinguer au travers de la vapeur d'eau.

J'espère que vous appréciez l'endroit: les thermes sont sans doute l'une des meilleures choses que les fortunéens nous ont apporté. J'ai moi-même participé à la décoration. Mais entrons dans le vif du sujet. Je ne vous le cache pas: votre commande tombe mal, à tel point que nous avons bien failli la décliner. En effet, nous produisons en flux tendu en ce moment: la Marineria dévore toutes nos ressources, et nous avons déjà des requêtes à traiter à l'international. Pour couronner le tout, vous faites la demande d'un modèle de frégate qui n'est pas encore une exclusivité propre à la Marineria, indisponible sur catalogue. Aussi, ne le prenez pas mal lorsque je vous dis que cela tombe mal. Mais vous avez de la chance: apparemment, vous êtes en train de vous faire des amis au Gouvernement communal. Ce cul serré de Di Grassi lui même nous a imposé de considérer votre demande. Et je vous pense que vous commencez à connaître le personnage: quand il commence à vous tenir par la peau des burnes, il ne vous lâche plus...et j'aime ne pas me mettre mon premier client à dos.


Cantara, tête de fouine à la voix nasillarde, emboîta le pas de son confrère par la première question de ce qui serait sans doute une longue série dans cet entretien:
- Excellence Monaldo. Avant d'entrer dans le vif des négociations, permettez nous d'avoir notre curiosité satisfaite en plusieurs points. Nous sommes curieux: le gouvernement teylais n'a jamais figuré dans notre clientèle jusqu'à maintenant. Primo, il a la capacité de production nécessaire pour se passer de nos services et est capable de produire ses propres vaisseaux. Secundo, pourquoi ne pas vous adresser à vos partenaires au sein du marché interne de l'armement propre aux nations onédiennes ? Après tout, vous pourriez tout à fait avoir moins cher là bas pour une qualité similaire.
Portrait officiel de Jean-Baptiste Monaldo.
Ambassadeur plénipotentiaire des quatre républiques, Jean-Baptiste Monaldo.


La réforme du système diplomatique du Royaume de Teyla était entrée en œuvre depuis plusieurs mois dorénavant, mais la visite de Monaldo sur les terres d'une nation étrangère allait être la première visite à l'étranger d'un ambassadeur plénipotentiaire. La préparation de la rencontre diplomatique avec Pierre Lore, ministre des Affaires Étrangères, s'était bien passée selon l'avis de Monaldo. Il riait encore, le soir, devant le miroir, de la tête qu'avait Pierre lorsque Jean-Baptiste raconta l'une de ses aventures d'un soir avec l'une de ses nombreuses conquêtes. Pierre Lore avait fini par dire : "N'allez pas raconter ça aux Velsniens" et il avait répondu instantanément : "Croyez mon expérience, ils pourraient aimer. Mais je vais me retenir pour le bien de nos affaires. Mais Pierre, on ne dit pas que Manticore est la capitale de l'Amour, des amours pour rien."

C'est toujours à cette scène qu'il pensait en sortant de la voiture qui l'avait amené sur les terres de la prestigieuse Grande République de Velsna. Monaldo était un homme imposant par sa carrure. Son visage, large et jovial, était marqué par des joues rondes, une barbe et une moustache touffues. Sa barbe soignée démontrait l'élégance de cet homme, aux traits épais, mais charmant. Cela donnait un ton particulier aux sourires de l'homme, qui rigolait dès qu'il le pouvait. Jovial pouvait résumer l'apparence de l'homme. Les habits que portait l'homme n'étaient pas les habituels costumes trois pièces fatigants des hommes politiques teylais. Ses vêtements semblaient tout droit sortis d'une boutique fantasque. Au revoir le bleu royal, bonjour le rouge, la couleur qui ornait son long manteau. Sous ce manteau, on y trouvait une pièce velsnienne accolée à un pantalon typiquement teylais.

Mais la pièce la plus surprenante était sans aucune mesure le sceptre que tenait Monaldo dans sa main droite. C'était la nouveauté des nouveaux postes diplomatiques. Chaque ambassadeur plénipotentiaire se retrouvait avec un sceptre représentant le Royaume de Teyla, dont il fallait prendre "soin". C'est pour cela que Monaldo y avait fait ajouter, à travers un artisan de Manticore, ses initiales. Pour les étrangers, cela devait être le sceptre dans son état original, Monaldo eut ce sourire malicieux qui disait l'inverse. Qu'il aimait sa nation, rien au monde ne le ferait quitter le Royaume de Teyla, même pas les belles femmes du monde, de toute façon, elles étaient teylaise selon Monaldo. Mais il trouvait les Teylais trop coincés, trop carrés. Il se répétait depuis ses débuts dans la diplomatie, que ce n'est pas pour une exception qu'on allait le faire chier. Le pire, c'est qu'il avait entièrement raison. De plus, parfois le Royaume de Teyla a besoin de personnes qui sortent de l'ordinaire, des sentiers battus.

Alors en attendant qu'on ait vraiment besoin de ce genre d'homme, Angel Rojas avait nommé Jean-Baptiste Monaldo au poste d'ambassadeur plénipotentiaire des quatre républiques, un poste rassemblant la Grande République et la Trépublique silicienne. Un poste jugé prestigieux par la présence de la Grande République, mais aussi vu comme un poste tranquille. Il n'y avait pour l'heure pas de grande affaire entre la Grande République et le Royaume. Le calme définissait la relation actuelle entre les deux nations. Comme dans les temps anciens, avec le consentement des différents hôtes, Monaldo chercha à baisser les mains de ses hôtes en guise de salutation. Il répondit à Tolomei :

- Je préfère être en avance qu'en retard. J'ai bien trop vu de nations tomber parce qu'elles étaient en retard. À ce jour, je n'ai vu aucune nation en avance s'écrouler sous le poids des responsabilités, guerres ou autres. J'applique la même philosophie aux Hommes. Concernant le modèle qui n'est pas encore disponible, permettez-moi une précision. Il ne s'agit pas d'un achat à proprement parler, mais tout simplement d'une option d'achat, que le Gouvernement de Sa Majesté déclenchera ou pas. La nuance est peut-être subtile, mais nécessaire. Il me semble que les frégates de septième génération, celles que nous voulons acheter, sont actuellement disponibles dans votre catalogue d'achat.

Au mot chance, Monaldo fit un large sourire à dents découvertes et répondit instinctivement :

C'est là notre bonheur en tant que Teylais. Pour l'instant, les événements les plus importants ont tourné en notre faveur. Nous regrettons l'effondrement de la République Pirate Pharoise, parce que l'effondrement d'une nation n'apporte que des malheurs et de la pauvreté. Mais si nous sommes cyniques, cela est une bonne nouvelle sur le plan géopolitique tant pour le Royaume que la Grande République. Ce n'est qu'un événement parmi tant d'autres, mais ne plus avoir la menace de ce qui était la première flotte mondiale, et de la première aviation du continent, reste une chance. Même si nous avons fait affaire avec eux. Ainsi, j'ai peine à croire que la chance accompagne ma nation de cœur et de naissance, Vos Excellences. Pour en venir à votre question sur les raisons de notre commande auprès de la Grande République.

Nous avons une expression par chez moi. Je crois qu'elle est utile pour répondre à votre question, Excellences. Faites riche un homme et celui-ci parcourra le monde pour avertir le monde de sa richesse.

Il scruta des yeux la salle, en se disant intérieurement que son expression ne pouvait pas tomber mieux qu'en ces lieux. Bien qu'il trouvât l'endroit confortable, presque rassurant, une sensation qu'il ne trouva pas étrange, mais particulière, il restait à des centaines de kilomètres de chez lui. Il mettait cette sensation sur le fait qu'il avait foulé les terres de la Grande République à de nombreuses reprises pour le compte des gouvernements teylais sucessifs dans les années deux mille, alors que les gouvernements cherchaient des accords de libre-échange à tout-va. Alors que ses yeux continuaient d'analyser la pièce, il commença à glousser et pointa du doigt son sceptre et dit :

Vous voyez bien que le Royaume de Teyla fait partie de ces hommes dont la fortune les comble de bonheur ! Et comme tout homme fortuné, il aime montrer sa fortune et son opulence tout en veillant à ne pas dépasser certaines limites. Fort heureusement, Excellences, le Royaume se contente d'achats de navires de guerre mais aussi de sceptres.

Monaldo prit le sceptre de ses mains, puis se leva et fit une des plus belles révérences qu'il fit de sa vie tout en gloussant et il reprit :

Des sceptres qui permettent de donner une image utile dans certaines situations, je dois en convenir. Toutefois, heureusement que les commissions des Affaires Économiques, des deux chambres législatives, font vivre l'enfer aux gouvernements s'ils souhaitent dépenser un centime de plus. Mais cela ne répond pas complètement à votre légitime question.

À votre question ! Dit-il en diminuant sa voix et fermant les yeux. Votre question, alors que je suis ici, montre que les Velsniens n'ont pas encore compris pleinement les conséquences de la réforme sur notre modèle diplomatique. Je crois que vous n'êtes pas les seuls, certains députés de ma propre nation ont un train de retard sur cette question. La réforme fut faite pour des nobles causes et la réussite de la réforme est réelle parce qu'elle combat parfaitement le mal que nous avons identifié dans l'ancien système. Sans maudire le rang des personnes présentes, nous avons observé que les hauts postes dans la diplomatie restaient attachés à des personnes de haut rang. Cela ne posait pas de problème dans l'instant présent parce que le ministère des Affaires Étrangères reste assez flexible. Mais sur le long terme, cela aurait été une catastrophe, croyez-moi ! Le monde géopolitique va vite et nous avons besoin constamment de nous renouveler pour nous adapter. Mais peut-on réellement se renouveler avec des personnes venant des mêmes écoles, de la même ville ? Les idées fleurissent par le débat, pour que le débat naisse, nous avons estimé que les personnes venant de l'aristocratie devaient côtoyer des personnes venant du peuple qui ont réussi les plus grandes écoles du Royaume.

Mais cela a eu des conséquences inattendues. Nous avons créé des pôles immenses, bien plus grands que votre diplomatie l'a fait. Cette grandeur des pôles a amené le prestige lié à la nomination. On me regarde avec les mêmes yeux qu'on regarde un ministre de Sa Majesté. Alors que je suis uniquement Ambassadeur plénipotentiaire, vous conviendrez de l'absence de "Sa Majesté" et pourtant le prestige est là, Vos Excellences ! Nous sommes nommés par le Premier ministre et le ministre des Affaires Étrangères.


Puis, il se souvint de son ministre de tutelle, Pierre Lore. Il écarquilla les yeux en regardant ses interlocuteurs et rit de manière malicieuse. Il finit par dire à ses hôtes :

Je vous assure que vous aimeriez Pierre Lore, un chic type. Tout le contraire des Velsniens dans l'attitude, un homme discret, maniaque, mais attachant et fidèle au Royaume de Teyla. Un vrai homme d'État pour le coup, en cela, il ressemble plus qu'il ne le croit à Digrassi pour l'avoir vu à l’œuvre, votre Maître de l'Arsenal. Pierre Lore a même siégé à un Conseil militaire kartyen en qualité de membre temporaire. Un sacré bonhomme, oui un sacré bonhomme...

Jean-Baptiste Monaldo ne savait pas qu'il venait de dire un mensonge. Il pensait que les mots que lui avait adressés Pierre Lore étaient sincères. Ils étaient sincères, mais Pierre Lore s'était trompé dans son analyse de la situation, bien que le Tsar kartyen ait participé à ce flou en invitant quatre officiels de l'Armée Kartyenne sans prévenir Pierre Lore avant. Pierre Lore racontait à chaque personne qu'il croisait ses aventures rocambolesques au sein du Saint-Empire. Une chanson chantée, des négociations réussies et sa participation à un Conseil militaire étranger. Une première dans l'histoire moderne du Royaume. Jean-Baptiste reprit sur un ton solennel.

Voyez dans ma présence, une présence symbolique d'un "ministre". Il fit les guillemets avec ses mains. Je vois deux situations pour lesquelles on envoie un ministre. Lorsque des affaires urgentes doivent être discutées et lorsqu'on veut se rapprocher d'une nation. Or je peux vous dire en ma qualité de diplomate qu'il n'y a aucune affaire urgente entre le Royaume et la Grande République. Il y en a peut-être une. Mais au final, nous en viendrons à conclure que notre régime est supérieur au vôtre, ce qui serait bien regrettable, acheva le gros Monaldo d'un ton plus qu'ironique.
"Conseil militaire kartien". Le terme raisonna dans l'écho des bains, et au travers de la vapeur, son excellence Monaldo pouvait bien deviner les traits des visages en face de lui se tendre, mais pas dans le mauvais sens. Au contraire: le silence du propos laissa place à l'étonnement, puis l'étonnement se mua en ricanement, puis le ricanement en rugissements à gorge déployées. Cette hilarité générale aurait pu sembler être une insulte diplomatique faite à leur homologue (quoique ces marchands de mort n'avaient que peu à faire des considérations), mais il en était rien, et Maître Tolomei se chargea bien de le rappeler, ou tout du moins il essaya, noyé sous les fous rires incontrôlés de ses deux homologues:
- Pardonnez nous, excellence. C'est juste que..."Conseil Militaire Kartien"...J'ignorais que ces gens avaient la capacité intellectuelle de planifier de tels évènements...

Cantara ne fit rien pour décanter la situation et surenchérit grassement, 'C'est Pierre Lore qui leur a donné l'idée de faire ces horreurs sur rails, les...canons...?", ce à quoi même le plus réservé Natta alla de son commentaire: "L'âge moyen du Conseil militaire kartien était de quel âge ? 14 ans ?". Enfin, Tolomei esquissa d'un geste de la main la reprise en main de la conversation, même si l'on entendit encore un ou deux rires étouffés quelques instants.
- Excellence Monaldo...nous sommes là rassurés que nous ne sommes guère les seuls à devoir subir les foudres d'un ministre doté d'une expérience en matière de défense...et ayant un balai où je pense, au vu du caractère cul-serré qui fait la réputation de ce cher "Matteo". Si Lore ressemble tant à Di Grassi, peut-être lui également regarde les autres en silence avec son petit air supérieur, comme si vous veniez de la fange et que vous n'aviez rien compris à la situation dans laquelle vous vous trouviez... J'apprécie l'homme d'état...surtout au vu des commandes de la Marine de notre coté, mais croyez bien qu'il n'est pas aisé de converser avec un type qui ne boit jamais une goutte d'alcool, et que je n'ai pas vu sourire depuis avant votre naissance. Mais assez parler des pontes qui ont fait en sorte de nous amener face à face, excellence. Parlons affaire.

"Notre régime est supérieur"...Si j'aimais davantage ma patrie que mon compte en banque, j'aurais pu être vexé...non, le patriotisme est fait pour ceux qui n'ont que cela à quoi se raccrocher, et qui vivent encore dans la conviction que la reine de Teyla chie de l'or. Vous dites que vous êtes ici en vertu des volontés de rapprochement de votre gouvernement et de celui de notre cité. Tant mieux pour vous: si nous avons eu "l'aimable encouragement" en plus haut lieu de vous accorder cet entretien, cela veut bien dire qu'il en va de même pour le Gouvernement communal, sans quoi nous aurions tout simplement refuser, sans vous vexer. Comme je vous ai dit, c'était ce que j'avais l'intention de faire à titre personnel au vu de la saturation de nos lignes de production. Vous avez de la chance: on dirait que nos deux "culs serrés" sont sur une onde partagée. Mais en ce qui nous concerne, nous ne sommes que des commerçants honnêtes, nous sommes ici pour parler affaires tout en transmettant les demandes "impérieuses" de ces excellences du Sénat. Que vous vous entendiez ou non avec ces excellence du Sénat, ce n'est pas notre problème: ces derniers nous ont formulé une fenêtre de négociation précise, nous ne sommes que les messagers. L’intérêt de notre présence ici est de faire en sorte que notre premier commanditaire ne nous fasse pas la guerre: vous n'imaginez pas à quel point la vie peut devenir désagréable lorsqu'un ponte ne vous a pas dans son coeur, des carrières ont brutalement cesser pour moins que cela.


Une grande nonchalance se dégageait de ces trois hommes peu recommandables, qui n'avaient pas l'air de faire de tri entre leurs interlocuteurs. Le discours de l'ambassadeur teylais sur la géopolitique de la Manche Blanche n'avait pas l'air d'intéresser davantage que cela les marchands de mort...jusqu'à ce que Cantara, la tête de fouine, fasse part de ses pensées. Plus tranchant en affaires que ses deux compères, il n'hésite pas à entrer dans le vif en début de jeu.

- Le Pharois...quelle diablerie certes...nous ne pouvons pas dire que nous sommes chagrinés d'une quelconque manière par la dispersion de ces parasites. Mais nous ne pouvons pas leur retirer le fait que la Manche Blanche était paisible tant que l'on s'acquittait de ses "petites taxes" à leur égard. J'aurais juste espérer que le capitaine Gabriel crève la gueule ouverte...mais ce type est un vrai culbuto, et a trouvé refuge auprès de ces socialistes zélandiens, puisse Dame Fortune garder nos actifs de lui. Bonne nouvelle pour la Grande République...peut-être, ou peut-être pas. Tout dépend de l'évolution de la situation à long terme, et de notre capacité à suivre les commandes de navires du gouvernement communal. Les Arsenaux de Velsna ne s'arrêtent jamais, ce n'est pas pour rien. Reste que le contrôle de la Manche Blanche est une raison plus satisfaisante à invoquer qu'un charabia sur les services rendus. Ce que nous décrivez, c'est ce que vous pouvez nous apporter, ce dont nous vous seront gré si il y a un accord aujourd'hui, mais ce n'est pas ce que vous entendez faire du dit accord. Or, c'est la question que nous avons posé. Nous ne vous jugeront pas pour l'honnêteté de vos réponses vous savez, il n'est nul besoin de se perdre en grands discours. Teyla veut des navires pour faire la guerre, voyez comme c'est simple de le dire. Nous sommes des marchands d'armes, cela ne nous choque pas, ne vous en faites pas. Simplement, nous vendons des navires, oui, mais pas à n'importe qui et pour faire n'importe quoi. MAIS...vous touchez une corde sensible de ces excellences du Sénat: le rapprochement.

Un silence fit sa furtive entrée, laissant toute la place au bruit des étuves et du chauffage sous-terrain. On pouvait presque entendre les domestiques des bains y verser leur combustible et entretenir le feu. Silence oui, presque reposant, mais de courte durée. Encore une fois, il semblerait que Tolomei soit le maître des débats, probablement plus fortuné qu'il est que ses confrères, et ceux-ci l'écoutent toujours avec une grande attention.

- Cantara est une tête de gland, pardonnez le. Toutefois, il nous met sur les rails et a bien fait valoir nos intérêts. Voyez vous, vous nous proposez de l'argent pour cet échange. Regardez donc autour de vous: avons nous besoin d'argent à votre sens ? Non, ce n'est pas de l'argent que les Arsenaux de Velsna entendent obtenir de nos amis teylais, assurément. La prospérité des industries d'armement du Royaume n'est un secret pour personne, et votre complexe militaro industriel fait des envieux.


L'homme "volumineux" marqua une pause, avant de reprendre, ayant peut-être senti le souffle de l'inspiration.

J'ai l'impression que vous aimez les belles histoires et les beaux récits, à vous entendre. Aussi, j'en ai une pour vous, nous avons beaucoup de ces contes folkloriques par chez nous. Voyez vous, les historiens médiévaux de notre cité racontaient volontiers que lorsque les colons fortunéens étaient arrivés dans la baie de Velsna, et qu'ils ont fait la rencontre les peuplades occitanes locales, ils leur ont proposé un procédé simple et redoutablement efficace: le troc. Les fortunéens leur ont dit: nous vous donnerons le bois de nos navires que nous démonterons pour contenir notre terre. Les occitans ont accepté, et les fortunéens ont entouré la lagune de Velsna des carcasses de leurs navires pour en établir le territoire. Du troc, voilà ce que nous voulons. Ainsi, voilà notre proposition, dont je suis sûr que vous la trouverez raisonnable, voire de bonne grâce: une seule frégate de septième génération, que nous estimons à 25 000 crédits internationaux standard contre son équivalent comptable dans le catalogue des industries teylaises, à savoir 70 chars d'assaut de sixième génération teylaise, de 360 crédits chacun. Nous nous sommes fondés sur le matériel déjà disponible pour le prix d'une génération inférieure, mais puisque vous nous proposez cette même base de négociation pour le prix de la frégate, nous en avons fait de même. Pour ce qui est d'une deuxième frégate, nous n'avons malheureusement pas les moyens techniques de satisfaire votre demande.

Il va sans dire que le temps de production de ces chars est beaucoup plus faible que celui alloué à cette frégate, et que nous considérons par là même que nous vous faisons une fleur afin d'assurer notre bonne entente. Fleur que nous entendons vous faire revaloir bien entendu. Ainsi, il faut constater la clause que vous avez ajouté. Vous avez apparemment à cœur que Velsna ne soit à l'initiative d'aucune action hostile manifeste à l'égard de la diplomatie teylaise. Permettez nous donc d'affiner cette proposition, et d'y ajouter les conditions dictées par ces excellences sénateurs. Comme dit plus tôt par mon confrère, ces excellences sont bien disposées à votre égard, mais nous voudrions que cet accord voit un certain "rééquilibrage". Vous avez eu vos différends avec ces excellences par le passé, ne nous le cachons pas, aussi mettons les pieds dans le plat: Velsna voudrait obtenir les mêmes garanties que vous quant à cette condition, avec davantage de données contextuelles liées à des affaires...disons locales.

Vous n'êtes pas sans savoir qu'une énième conférence lancée par un pays quelconque et insignifiant de la Manche Blanche entend créer une organisation dédiée à des réglementations quelconques et inopportunes dans la région du Détroit. Or, le Sénat bloque sur certaines choses et a pour l'instant mis en suspens sa reconnaissance de cette organisation hypothétique. En cause, ces derniers semblent voir la participation possible de la République Translavyque comme un vulgaire "cheval de Léandre" (HRP: cheval de Troie) donnant à Teyla un poids doublement et artificiellement accru, de par le fait qu'il s'agit dans les faits d'une nation sous tutelle. Ces excellences seraient disposées à débloquer cette situation et à ne pas faire de vagues quant à la présence de la République Translavyque...à la condition que le gouvernement teylais ne s'engage à ne prendre aucunement parti en faveur du gouvernement achosien en cas de tension hypothétique entre la Grande République et cette peuplade. Donnant-donnant: nous ne ferons aucunement obstacle à ce que les translaves fassent valoir leur "prise d’indépendance" à l'international, de quoi faire votre nid dans le détroit malgré une flotte réduite, et en retour vous n’opérerez aucun rapprochement avec Achos, quelque soit la forme: c'est à dire en terme de commerce d'armement comme cela a pu être le cas par le passé, d'aide économique, et dans le cadre des activités terroristes de l'AIAN. Inutile de préciser que nous vous seront doublement reconnaissants si vous mettez tout votre poids afin d'encourager vos camarades onédiens à faire de même. Qui sait...peut-être même ouvrirez vous par la suite la voie à un partenariat naval durable dans la manche blanche avec la Marineria velsnienne. Et nonobstant, il serait également bénéfique pour Teyla de se voir soutenue vis à vis de vos partenaires onédiens dans vos positionnements économiques plus...libéraux que vos camarades.
Portrait officiel de Jean-Baptiste Monaldo.
Ambassadeur plénipotentiaire des quatre républiques, Jean-Baptiste Monaldo.


Jean-Baptiste ne savait pas comment se tenir alors que les Velsniens se moquaient, explicitement, d'un allié du Royaume de Teyla. L'air vibrait des échos des rires de l'assemblée et des relents de la moquerie que Monaldo finit par embrasser. Lui aussi se mit à rire à gorge déployée avec ses hôtes par politesse, mais aussi avec une grande sincérité. Il faut dire que Pierre Lore était un coincé du cul et que les Kartiens avaient une étrange fascination pour le ridicule concernant les canons militaires et plus généralement de la chose militaire. D'un ton jovial, Monaldo finit par dire sur le sujet qui provoqua des éclats de rire :

- Oh, vous savez, mes compagnons, compatriotes sont tous plus ou moins des Pierre Lore en beaucoup moins puissants et sans le côté pudique, prude. Nous aimons combattre les traditions et les codes sociaux lorsque nous trouvons ces choses inutiles. Mais je dois avouer que votre description de votre Maître de l'Arsenal ressemble à celle de Pierre Lore. Mais une différence existe, dit-il en levant sa main qu'il fit retomber sur la table, laissant se répandre un son brut et lourd à la fois. Notre pays compte de nombreux récits d'aventures guerrières et d'autres aventures dans lesquelles on ne retrouve aucune arme, mais tout autant de folie. Je puis vous dire que Pierre Lore raffole des aventures, mais non armé. J'entends par là qu'au contraire de Digrassi, Pierre Lore n'a pas beaucoup de compétences militaires et il le sait très bien, alors il reste aussi éloigné que possible des questions d'ordre militaire et s'en réfère au ministre des Armées et de la Défense nationale. Un long nom pour dire que nous nous défendrons en cas d'attaque.

L'homme sourit alors qu'il avait terminé de défendre Pierre Lore, sans pour autant enfoncer les Kartiens. Mais s’arrêter là ? Impossible. Le Teylais n’était pas seulement un grand parleur, il était un véritable amoureux du dialogue et des échanges oratoires. Il était membre de l'un de ces cercles oratoires qu'on retrouvait au Royaume de Teyla, bien qu'il dût avouer que l'art oratoire velsnien était supérieur à celui du Royaume de Teyla en règle générale. Mais sa présence ici, il la prit comme un défi personnel afin de montrer que l'art oratoire teylais, qui organisait la vie politique teylaise, notamment et avant tout au Parlement, pouvait se défendre face à l'art oratoire velsnien. Il parlait avec ses compagnons, avec les inconnus qu’il croisait par hasard, avec les libraires qui le sermonnaient avec plaisir, avec les serveurs qui n'osaient pas répondre, avec ces couples libres dans leur pratique qu'on retrouvait aux abords des clubs échangistes la nuit, avec les personnes qui fêtaient l'amour dans la capitale de l'Amour, Manticore.

C'est le destin inévitable de tous les régimes ! S'exclama-t-il avec grandiloquence, comme pour capter l'attention de ses interlocuteurs. Bien sûr, en fonction du régime, ces événements surviennent avec une fréquence et une justice fluctuantes tout en étant soumis à la morale des hommes. Mais, dit-il avec une pointe de regret, le sujet mérite une longue réponse et un débat qui nous prendrait toute la nuit. Or, nous n'avons pas le temps, je le crains, du moins tant que nous n'avons pas terminé le sujet de notre entrevue.

Concernant les volontés du Sénat et du Gouvernement de la Grande République de Velsna, nous les notons à leur juste valeur. Il inclina légèrement la tête puis reprit. Nous sommes des amoureux, des romantiques au Royaume de Teyla, nous pensons que les relations humaines prévalent sur les relations internationales et nous pensons que lorsque nous nous rapprochons d'une nation, notre volonté est sincère. Lorsqu'une nation nous tend la main, alors nous tendons la nôtre avec un sentiment d'amitié et de cordialité. Un sourire apparut sur le visage gras de Monaldo. La Grande République a ce côté romantique. Il n'est pas visible forcément à première vue, mais notre histoire commune transpire de ce côté romantique qui fascine encore nos historiens. Mais nous sommes lucides sur le fonctionnement de la diplomatie velsnienne. Il n'y aurait pas eu de rapprochement, entrepris lors de l'entrevue de Son Excellence Digrassi au siège de l'Organisation des Nations Démocratiques, si la Grande République n'y avait pas vu des intérêts. Vous êtes une nation de marchands et vous voyez vos intérêts avant l'amour, dit-il en gloussant. C'est ce qui rend fascinants nos échanges et notre histoire commune. Bien qu'on aime savoir les intérêts de la Grande République et ce qu'elle recherche. Vous l'avez dit à la fin de votre propos, donc la rencontre s'annonce fructueuse assurément !

Dame Fortune, Dame Fortune, répéta-t-il de plus en plus faiblement pour appuyer sa réflexion. Concernant la situation à long terme, nous espérons pouvoir mener des missions communes dans les divers océans du monde avec la flotte velsnienne. Les données et les commandes étant publiques, je ne peux pas vous cacher les ambitions teylaises concernant sa marine. Une ambition que nous voulons faire rejoindre la réalité au plus vite, au regard du nombre de chantiers mis en route et des commandes à l'étranger prévues. Rendez-vous compte, d'ici un an, voire moins, nous aurons sorti un porte-avions et un porte-hélicoptères de toute dernière génération, quatre à six frégates, dix patrouilleurs, et huit corvettes de dernière génération. Une montée en puissance rarement vue dans l'histoire de notre Royaume. Mais nous avons nombre d'intérêts communs, nous l'avons évoqué récemment dans un échange de missives diplomatiques. La libre circulation en mer est la première de nos préoccupations, et s'assurer qu'aucune menace ne voit le jour en Manche Blanche pour le bien de tous.*

Les échanges sur le sujet du sommet de Rusulka ont commencé par missive diplomatique. Et votre nation a jugé audacieuse l'une de nos propositions et quand j'ai entendu de mes oreilles la proposition, je l'ai trouvée tout aussi audacieuse. Mais votre proposition est vraiment audacieuse sur le sujet de la République Translavique. Outre le fait que nous pensons que la République Translavique participera à ce sommet et que donc votre proposition est basée sur une chose qui n'arrivera pas et qui n'a de quelconques intérêts pour nous, le Royaume de Teyla se déclare incompétent pour gérer la diplomatie d'une nation étrangère. La diplomatie est une compétence du gouvernement translave, tel que stipulé par la constitution de la République Translavique. Vous jugez mal la situation actuellement, tant sur la politique du Royaume de Teyla que de la République Translavique, j'en ai bien peur. La République Translavique y défendra ses positions tandis que le Royaume de Teyla y défendra les positions du Royaume de Teyla.

L'Ambassadeur plénipotentiaire des quatre républiques ne doit pas oublier cet élément important de la discussion et conseiller au Gouvernement de Sa Majesté d'alerter les membres de l'Organisation des Nations Démocratiques sur la situation créée uniquement par la Grande République de Velsna, qui démontre encore une certaine hostilité de cette dernière malgré ses tentatives de rapprochement avec l'Organisation des Nations Démocratiques et de ses membres. Il se demandait comment la Grande République allait tenter d'obtenir des gains de cette situation autour de la République Translavique, alors que la Grande République avait créé la situation toute seule. Les Velsniens ne le savaient pas, mais la République de Noyavik avait averti la République Translavique des pressions qu'elle avait reçues de nations étrangères pour que la République Translavique ne puisse participer au sommet de Rusulka. La République Translavique n'attendit pas longtemps avant de mettre au courant son partenaire du Royaume de Teyla. La Grande République avait créé un problème pour obtenir des avantages, ce qui ne plaisait clairement pas au Gouvernement de Sa Majesté, notamment quand il est question de remettre l'indépendance de la République Translavique selon les mots de la Seconde République de Noyavik.

Pour l'ambassadeur, la Grande République allait perdre plus qu'elle n'allait gagner. Mais il savait tout autant que la Grande République savait rebondir, il ne considérait pas la situation comme définitivement perdue pour la Grande République. Elle risquait à tout moment de sortir un accord vraiment plaisant pour le Royaume de Teyla. Achos n'intéresse pas le Royaume de Teyla, ce que ne semblent pas avoir compris les diplomates velsniens. Enfin, plus exactement, Monaldo pense qu'ils l'ont compris, mais que la Grande République a toujours peur d'un réveil de la Sérénissime République. Le Royaume de Teyla avait les mêmes obsessions avec la Loduarie Communiste, il ne pouvait rien dire.

Enfin, concernant votre contre-proposition sur un "échange" mutuel de matériel militaire, le Royaume de Teyla l'accepte, mais ajoute une condition au regard de vos mots au nom du Sénat de la Grande République. Que la Grande République s'engage à ne demander aucune diminution du poids de vote au sommet de Rusulka ou après, concernant la gestion du détroit. L'égalité des nations doit être respectée, il s'agit là d'une norme commune pour que les organisations communes fonctionnent. Sans cela, les frictions sont assurées. Si notre contre-proposition est acceptée, dès mon retour, le gouvernement sera averti ainsi que le complexe militaro-industriel teylais qui commencera immédiatement les productions nécessaires. Afin que les paroles soient respectées, je préconise une livraison des armes après le sommet. De plus, nous vous informons que le gouvernement envisage de nommer la frégate par le nom du peintre teylo-velsnien qui a peint le portrait officiel de Sa Majesté Catherine III.

Vous conviendrez que le Royaume de Teyla sort Achos de l'équation étant donné que vous n'avez rien à donner sur la République Translavique. Toutefois, nous entendons vos craintes sur la Sérénissime République d’Achos et nous avons vu vos mots sur le traité Rojas-Digrassi. Il convient que le gouvernement de Sa Majesté rejoint entièrement la position de la Grande République de Velsna concernant le fait que les zones déclarées par la Sérénissime République peuvent être considérées comme des Z.E.E. À ce titre, le Royaume de Teyla considère lesdites zones comme des zones non-achosiennes. À l'évidence, Vos Excellences, le Royaume de Teyla se tient à la disposition de la Grande République de Velsna pour des discussions sur une position commune et des actions communes face aux actes unilatéraux de la Sérénissime République d’Achos.

Bien que le Royaume de Teyla respectera ses engagements auprès de la Grande République, nous n'oublions pas que les fautes de la Grande République sont nombreuses dans ce dossier complexe. Il souffla du nez parce qu'il avait à dire n'allait être plaisant pour personne et surtout pas pour les armateurs velsnien. Il est dommage que la médiation avec l'Organisation des Nations Démocratiques ne donne rien pour l'instant. La Sérénissime République n'émet aucun argument valable. Elle oublie dans sa bêtise que vos actes ne sont que les conséquences d'une politique qui se veut être néo-coloniale et qui doit être tempérée et inexistante au fil des années, Vos Excellences. Le Sénat de la Grande République ne doit pas oublier que les Achosiens ont des raisons de se méfier, d'être hostiles à la Grande République. Je rappellerai les actes de Son Excellence Digrassi, il y a quelques années, ou encore votre massification de troupes en Achosie du Nord.

En outre, le Royaume de Teyla refuse catégoriquement votre proposition sur une neutralité du gouvernement de Sa Majesté en cas de tension achosienne-velsnienne. Pour les raisons que j'ai évoquées précédemment, mais aussi parce que la politique diplomatique du Royaume de Teyla ne peut être pleinement dictée par des traités et se doit d'être flexible selon le contexte. Votre demande est le signe d'un culot que je ne soupçonnais pas. La politique de la Grande République envers l'Achosie est tout aussi belliqueuse que la politique de l'Achosie l'est envers vous. Mais le Royaume de Teyla se veut conciliant avec la Grande République, toujours dans cette volonté de rapprochement.


Convenons d'un traité plus approfondi que le traité de coopération, traitant de nos deux obsessions, qu'en pensez-vous ? Ce traité devra donc traiter de la Loduarie Communiste et de l'Union Internationale du Communisme et du Socialisme, et il traitera aussi de la question achosienne. Si vous voulez avoir des garanties de Teyla sur Achos, il s'agit du meilleur moyen de nous fournir des garanties très solides, Vos Excellences, tant sur la Loduarie Communiste que sur l'Union Internationale du Communisme et du Socialisme. Cela commencera par reconnaître que deux Teylais ont été froidement assassinés par les autorités loduariennes et que l'excuse des autorités loduariennes, à savoir "Acte de terrorisme", est nulle et non avenue. En plus de soutenir une demande teylaise concernant l'accès aux dossiers d'enquête loduariens pour une meilleure coopération sur cette affaire obscure pour la Loduarie Communiste.

Enfin, devaient se dire les Velsniens, le Teylais se tut. Il se tut vraiment, sans reprendre son souffle pour ajouter une phrase de plus, sans chercher à relancer un nouveau sujet avec son habituel ton neutre ou encore jovial, extravagant certains diront. On aurait pu entendre les mouches voler alors que le Teylais détourna son regard vers les bains d'un air nonchalant. Puis il affichait un visage de courtoisie sincère sur son visage tout en fixant le Velsnien le plus bavard de tous. Il se dit intérieurement que les trouples devaient fonctionner pareillement. Un leader qui parle beaucoup et deux suiveurs.


* Tu peux considérer que toutes les lignes de production de mon atlas en cours et en prévision sont connues publiquement.
Les trois marchands de mort esquissaient des réactions différentes les uns des autres. Ce n'était pas la première fois que ces individus étaient dans cette situation, à discuter de chars et de navires dans une étuve. Cantara paraissait être le plus renfrogné de tous, et croisait les bras. Il se gardait cependant de toute parole avant que son illustre confrère, faisait visiblement autorité ne réagisse. Maître Tolomei paraissait quant à lui quelque peu pris au dépourvu par la réponse de son interlocuteur. Le "très physiquement étendu" commerçant, "honnête artisan" de son état, fit signe à un domestique dans un coin de la pièce: "Fabio. Veux tu bien dire à nos petites mains d'arrêter le soufflet en bas. On a de la vapeur jusque dans nos oreilles ici. On se voit à peine.". Celui-ci à peine éclipsé, Tolomei se mit enfin à parler, c'eut été une bonne excuse pour se débarrasser des oreilles indiscrètes.

- Vous êtes un bon marchand excellence: toujours demander beaucoup au premier abord pour obtenir un peu au final. Gare cependant, à ne pas en demander trop, car j'ai bien là l'impression que c'est ce que vous faites. Mais vous savez quoi ? J'ai le sentiment que nous pourrions parvenir à quelque chose d'intéressant, si vous daignez vous vendre pour un peu moins cher.

Concernant l'aspect purement transactionnel de notre affaire, je me dois de vous rappeler que c'est vous qui demandez ici à faire l'acquisition d'un navire, et pas l'inverse. Je ne cherche nullement à vendre mes navires, et mes compagnons ici aussi. Si vous ne voulez pas de mon tarif proposé, alors autant passer directement à ce qui semble vous intéresser en second lieu. Cet aspect est à prendre ou à laisser, au vu du fait que nous considérons déjà cela comme un cadeau à votre égard d'accepter un tel échange qui vous favorise, au vu de l'écart d'effort à la tâche entre la fabrication d'une bête de guerre telle qu'une frégate, et ces chars d'assaut. A notre goût, vous voulez le beurre et l'argent du beurre, comme bien d'autres avant vous. Aussi, nous ne vous en voulons nullement, et maintenons notre offre actuelle au sujet de ce splendide navire. A vous de voir si vous voulez le faire flotter sous l'étendard de cette nation que vous avez l'air se ardemment défendre.

Mais ne vous découragez pas. Sachez que nous entendons votre doléance quant à cette conférence de Rusalka. Aussi, nous gardons votre demande pour la suite. Celle-ci reste dans une marge de manœuvre acceptable...à condition d'y mettre du sien. J'ai beaucoup aimé votre discours sur...comment dire...sur "l'amour" ? C'est fort beau à entendre. HEIN FABIO !

Maître Tolomei avait poussé ce hurlement vers le sol, sous lequel devait probablement se trouver "Fabio" à cet instant. Les deux compères de Tolomei esquissèrent un rire moqueur, alors que l'homme à la "très forte superficie" se tourna à nouveau vers l'ambassadeur.

Vous voyez. Même Fabio a été émotionné par vos dires. Ces histoires d'amour et de colonialisme...J'ai l'impression, malheureusement, que vous vous refusez encore une fois à être honnête avec nous. Je vous ait pourtant bien dit tout pouvait et devait s'aborder si vous espériez un accord qui fasse des heureux. Pourquoi diable dois-je vous tirer les vers du nez pour chacun de vos non dits. Vous voulez une flotte pour faire la guerre, c'était simple de le dire non ? Là encore, j'en entends d'autres. Il en va de même pour l'Achosie. Si vous pensez qu'une situation politique complexe dont l'origine remonte à 800 ans est davantage du colonialisme que l'installation massive d'une élite économique teylaise en Translavye accompagnée d'une présence militaire, où voulez vous que nous allions dans ces négociations ? Si nous voulions du mal d'Achos, penseriez vous que cette patrie vivant dans un passé de reproches pour tenter d'exister serait encore debout ? Penseriez vous que le gouvernement de ces excellences n'aurait pas tout simplement détruit cette flotte qui zone en Manche Blanche, en mettant en danger des citoyens velsniens ? Non. Car ces excellences du gouvernement sont pleines d'amour pour les hommes peints. Peut-être davantage que je ne l'aurais fait à leur place d'ailleurs, mais c'est une question tout autre.

Nous sommes entre gens plein d'amour après tout...et les gens plein d'amour sont honnêtes avec leurs partenaires...et n'essaient pas de les baiser à sec, où devrais-je renommer cela en "flexibilité" ? Pour être plus poli... Personne à Velsna ne vous juge sur ce que vous faites à l'international sur le plan moral, sachez le, pas plus que nous n'avons grand chose à foutre de ce que ce bon vieux Lorenzo prend au petit déjeuner, ou quel pays il compte envahir demain, du moment que nos intérêts ne sont pas en danger, et qu'il fait mumuse loin de notre regard. Votre Royaume ne fait qu'organiser ce que toute structure politique fait: assurer sa survie. Vous nous ressemblez davantage que vous voulez bien l'admettre, ambassadeur, et vous apprendrez que nous pouvons être tout aussi "plein d'amour" que vous, si les teylais se prêtent au même jeu que nous autres. Mais retournons au reste de vos demandes que, ma foi, nous jugeons...intéressantes.


Tolomei se tourna vers ses deux compagnons: "Messieurs. Vous voulez continuer ? Quelque chose m'a t-il échappé ?". Le maigrelet Cantara ne se fit pas prier pour reprendre le flambeau, lui qui avait l'air de ne plus tenir en place.

- Votre demande, à la fois concernant les modalités du vote de cette conférence, malgré le fait qu'en tant que professionnel de la guerre, je vois comme une potentielle perte d'argent, et celles abordant la Loduarie sont dignes de réflexion. Au fond, au sujet de cette conférence...j'ai bien l'impression que le gouvernement communal n'y met pas grand intérêt ou espoir. Encore un éternel bidule. Aussi, une concession au propos de cette affaire ne paraît pas insurmontable. La Loduarie en revanche...c'est là une affaire qui nécessite davantage de doigté et d’habilité que la manœuvre que vous demandez de ces excellences du gouvernement communal. Plus le temps passe, et plus nous peinons à comprendre ce que Teyla compte faire de sa politique vis à vis du pays rouge. En premier lieu, j'ai ouïe dire que nos excellences sont toujours dans ce paradigme qui consiste à ne jamais, et en aucun prendre de parti direct entre vos et les rouges. La neutralité, voyez vous, est une situation confortable. C'est un siège bien chaud duquel nous pouvons juger ceux qui se vont au turbin. Isoler la Loduarie à l'international ne fera que la rendre plus agressive envers quiconque, dont nous. Ce dont nous n'avons pas à nous plaindre en ce moment. Nous pensons qu'il y a deux manières de traiter avec ces derniers: la force et la flatterie, et malheureusement, nous avons l'impression que ces excellences de Teyla sont dans un entre deux étrange qui n'amène à rien, et qui ne fait que vexer encore et toujours ses interlocuteurs. Que l'on se le dise: le diable rouge est tout à son reproche, c'est un homme catégorique dans ses positions et violent. Mais si nous réussissons à le manœuvrer depuis des années, comment se fait-il que ces excellences teylaises, qui sont réputées pour avoir l'un des réseaux les plus étendus de ce vieux monde, ne sachent toujours pas comment ce "camarade" fonctionne ?

Il serait plus avisé de nous dire: "Mes chères excellences velsniennes. Permettez moi de vous demander d'utiliser vos réseaux afin d'obtenir des loduariens les dossiers que nous attendons d'eux sur cette enquête ?". Et qui sait...nous sommes prêts à accepter de dilapider notre capital politique auprès de ce cher camarade Lorenzo afin qu'il accorde ce que vous lui demandez. Là, ce pourrait être une solution viable, à la fois pour vous et pour nous: se mettre Lorenzo dans la poche. Quel saint graal pourrait bien être plus beau pour un ambassadeur de sa majesté que de dire à son retour au pays: "J'ai peut-être trouvé la clé de l'apaisement entre nous et les loduariens.". C'est une belle perspective, et qui est également bonne pour le commerce. Nous n'avons rien à gagner, nous, humbles artisans, à ce que d'autres portes avions ou croiseurs loduariens soient coulés, à ce que d'autres pilotes sylvois ne soient abattus... Ces enfantillages empêchent le commerce. Voici donc notre proposition: nous ferons pression sur notre gouvernement afin qu'aucune proposition sur le changement du poids de voix ou un autre de ces enfantillages ne soit entrepris à votre...conférence ET...nous nous engageons auprès de vous et du gouvernement loduarien à faire travailler nos réseaux afin de convaincre le diable rouge de bien vouloir vous "lâcher" ces dossiers. CEPENDANT... il apparaît bien entendu que tout échange doit être donnant donnant. Aussi, nous vous soumettons cette offre, mais permettez moi de réitérer notre demande concernant la situation achosienne dans le cadre de votre "accord de coopération". Il va sans dire qu'aucun rapprochement digne de ce nom ne peut être décemment entrepris sans évoquer dans les termes les plus clairs possibles la situation achosienne.
Portrait officiel de Jean-Baptiste Monaldo.
Ambassadeur plénipotentiaire des quatre républiques, Jean-Baptiste Monaldo.


Au compliment de son interlocuteur, Jean-Baptiste Monaldo sourit à pleines dents. Ses dernières années passées à œuvrer pour le Gouvernement de Sa Majesté semblaient être reconnues par ses interlocuteurs velsniens. Un compliment des plus prestigieux venant de la part de commerçants, d'une nation de marchands. Mais le Teylais se demandait si le compliment était réellement sincère ou une technique de drague pour que les négociations se passent en faveur de la Grande République. L'Ambassadeur plénipotentiaire des quatre républiques n'oubliait pas la fourberie ou l'intelligence des Velsniens, du moins de certains Velsniens. Il se doutait que la plupart des Velsniens n'avaient pas inventé le fil à couper le beurre au regard du régime politique de la cité de Velsna et de la Grande République.

- Je prends volontiers votre compliment, dit-il en ouvrant les bras devant lui, comme s'il allait enlacer les armateurs velsniens. Je viens peut-être quémander des navires pour le sublime Royaume de Teyla, mais dois-je vous rappeler que l'objectif des armateurs est bien de vendre leurs navires. Mais soit, soyons beau joueur, Vos Excellences. J'admets que certains de vos arguments visent juste, dit-il en touchant sa barbe. Ainsi, allons pour un navire contre des chars. Une offre qui plaira à notre industrie de la défense. Le complexe militaro-industriel recevra une demande officielle du Gouvernement de Sa Majesté dès mon retour.

Alors que le Velsnien réagissait au discours qu'avait tenu Monaldo sur l'amour, ce dernier resta impassible en apparence. À l'intérieur, il était satisfait de son discours bien que les Velsniens énervaient Monaldo un peu. Ils ne comprenaient pas comment fonctionnait la diplomatie teylaise ou ne l'acceptaient pas plutôt. Il ne savait pas quelle hypothèse ou encore théorie était la plus juste. Il répliqua tout de même :

Certes, chaque État s'assure sa survie, je vous l'accorde. Mais les États diffèrent par leur culture, leur structure et leur pratique. Nous sommes honnêtes, nous vous l'assurons, que cela vous plaise ou non, à vrai dire, que vous me croyiez ou pas. La guerre, nous évitons de la faire autant que possible parce que nous savons les ravages qu'elle provoque. Par ailleurs, si vous considérez qu'un bâtiment militaire ne sert qu'à faire la guerre, vous faites un bien piètre armateur. Je ne suis pas là pour vous faire la liste des missions hors conflit que peut opérer un navire militaire et je ne prends pas en compte les navires espions. Mais je ne vous jette pas la pierre. En tant qu'armateur, bon nombre de vos clients doivent vous dire que la guerre est leur objectif ou du moins s'en prémunir.

Mais nous sommes plus fins que ces esprits de brutes, plus précautionneux, plus patients. Nous savons que la force ne réside pas seulement dans le nombre de canons alignés sur un pont, mais aussi dans la capacité à éviter de devoir les employer. L'honnêteté qui vous semble si chère se mesure tout autant à la vérité des paroles dites, mais à la cohérence des actions en lien avec ces paroles. En cela, nous le sommes. Nous avons toujours prôné la paix, que ce soit avec votre nation ou encore la Loduarie Communiste, et en cohérence, nous ne pouvons dire que les navires serviront à la guerre, bien que je reconnaisse qu'ils soient une garantie pour maintenir la paix,
dit-il avec franchise.

Monaldo écouta attentivement la proposition "finale" du Sénat de la Grande République à travers ces armateurs.

Nous partons du même constat sur cette conférence. Mais nous avons espoir, sûrement trop, en la bienveillance des différents acteurs qui participeront à ladite conférence. Cela est illusoire, nous le savons pertinemment, mais nous espérons que les parties sauront s'entendre. Mais les préparatifs de la rencontre nous ont laissés dubitatifs, notamment parce que selon la République Translavique, la Seconde République se laisse influencer bien trop facilement sur ce dossier de la conférence. Le pays a fait l'erreur de montrer qu'il était ouvert à des changements majeurs pour plaire aux différents acteurs, ce qui a laissé la porte ouverte à toutes les demandes, qu'elles soient légitimes ou non. Il est bien dommage que des nations aient eu des demandes incorrectes, car cela a laissé des propositions pertinentes de côté.

Permettez-moi de vous expliquer notre politique vis-à-vis de la Loduarie Communiste, si vous le voulez bien. Nous tentons de ne point détruire un pays, de lui laisser profiter pleinement de la souveraineté nationale et de son indépendance, sans que cela remette en cause notre propre sécurité. Le régime loduarien est loin de correspondre à nos attentes sur la démocratie, l'économie ou quelconque sujet, vous en conviendrez. Nous ne sommes pas à décider de qui doit exister ou pas concernant les régimes politiques, sauf extrémité de l'horreur comme l'ont démontré les milices fascistes du Hvisland. Ainsi, nous faisons tout notre possible pour que le pays puisse exercer sa souveraineté, mais ce dernier cherche sans cesse à provoquer le Royaume de Teyla ou les membres de l'Organisation des Nations Démocratiques.

Nous sommes réellement de bonne foi. Je ne sais pas si vous en doutez, mais j'espère que non, cela me ferait mal au cœur,
dit-il avec tristesse. Si je mens aurions-nous proposé un sommet aux autorités loduariens dans lesquels il y aurait toutes les nations frontalières de la Loduarie Communiste, outre la Clovanie. Mais cette dernière à un pacte de non-agression avec la Loduarie, ainsi sa présence est inutile. Nous avons proposé que ce sommet soit réalisé pour offrir des garanties de sécurité à la Loduarie Communiste, il me semble que c'est généreux de notre part de proposer cela. D'autant plus généreux que nous avons proposé à la Loduarie Communiste que des discussions aient lieu durant le sommet sur le fait de figer les alliances et réduire ou limiter les forces miliaires aux frontières loduariennes. Vous conviendrez j'espère que c'est très généreux de notre part, d'autant plus que nous demandons aucune autre garantie concernant le Royaume de Teyla, juste un respect de la nation teylaise. Le secrétaire général a insulté Pierre Lore, justement, dans des missives récentes et des manques respects évident et nous avons maintenue l'offre tout de même.

Je crains, Votre Excellence, que même les Velsniens n'y peuvent rien faire. Franchement, nous savons que nous ne sommes pas objectifs et cela est pareil pour nos partenaires. Mais nous savons que nous avons toujours tendu la main, toujours. Mais cette dernière ne nous a jamais démontré le moindre respect, comme le démontrent les missives de cette dernière. Ainsi, Vos Excellences, croyez bien que le Royaume de Teyla est un royaume de paix et si vous arrivez à faire changer d'avis les Loduariens et les convaincre que la discussion est la meilleure des choses, nous serons ouverts pour ratifier un traité qui dispose de notre neutralité si l'Achosie est l'attaquant envers la Grande République. Nous pouvons même signer un traité de défense.
Maître Tolomei se tourna vers Cantara. Il était aussi satisfait qu'amusé par les réponses de son homologue. Curieusement, cet ambassadeur lui plaisait. Il se gratta le ventre de manière nonchalante, tout en adressant ces mots à son associé:
- C'est quand la dernière fois que tu t'es servi d'un navire espion autrement que pour faire la guerre, Frabrizio ? T'en a pas fait construire un pour surveiller ta femme qui te faisait cocu ? Ou peut-être que c'était pour tes vacances ?

Carlo Natta rit aux éclats, Fabrizio beaucoup moins. Tolomei engouffra une bouffée de son cigare, heureux qu'il était, s'adressant de nouveau à son excellence l'ambassadeur:
- Que cela vous rassure, excellence. Une fois que vous aurez ce navire, vous ne nous serez plus redevable de quoi que ce soit. Nous ne demandons pas à nos clients ce qu'ils vont faire de leur marchandise, ni quoi faire avec. Si vous voulez vous servir de navires de guerre pour planifier la prochaine croisière touristique de sa majesté en Nivérée, ou que vous partiez en croisade pour torpiller des communistes, ce n'est pas notre affaire. Tout ce à quoi nous aspirons est la satisfaction du client, même si cet entretien peut paraître un peu différent des autres au vu de votre identité et ce que vous représentez. Soyez flattés d'être en face de nous, excellence, car cela signifie que vous êtes quelqu'un qui compte. Vous comprendrez bien que nous produisons en flux tendu, et qu'il nous faut malheureusement trier nos priorités sur le volet, et nous sommes fiers d'avoir conclu un accord en ce jour et de vous compter parmi nos clients, excellence.

Les armateurs se lèvent un à un pour serrer la main du teylais. C'est comme si, au moment où l'affaire eut été conclue que l'atmosphère s'était détendue, que les négociateurs se transformèrent presque en amis...mais pas trop tout de même. Maître Tolomei parmi tous, se montra le plus courtois:
- Vous êtes un sacré, vous. Je crois que je vois aime bien. Affaire conclue donc...nous prenons acte du fait que la clause concernant la "question achosienne" ne prendra effet que si nous réussissons à obtenir de ce bon vieux Lorenzo un apaisement à votre égard, et sa collaboration dans votre enquête, cela nous semble une affaire juste. Le secrétaire des rouges n'est pas un interlocuteur facile, nous en avons conscience, et je dois admettre que même les velsniens ont parfois des difficultés à appréhender ses attentes et ses caprices: la flatterie factice a bien fonctionné pour nous jusqu'à présent. Sachez que connaissant ces excellences du gouvernement actuel, que ces derniers feront tout ce qui est en leur pouvoir afin de tirer cette situation vers une conclusion appréciable pour chacun.

Sur un autre sujet, au vu des évolutions négatives potentielles de cette soi disant conférence sur le détroit, je vous prie de considérer notre position à cette réunion comme un cadeau de notre part, en toute bonne foi. Les cadeaux et les gages, il n'y a pas de plus grande démonstration d'affection, croyez moi.


Les trois hommes commencent à réajuster leurs serviettes, seules garantes de leurs intimités respectives. Tolomei, en toute détente, continue son petit discours fleuri.

Concernant la frégate, sachez que sa production arrivera bientôt à son terme. Nous vous tiendrons des évolutions du chantier, et vous assurons qu'elle arrivera en bon ordre. Vous me pardonnerez, mais nous n'avons pas de quoi écrire actuellement: nous sommes tous à poil, au sens littéral. Aussi, je vous ferai parvenir à vos services les clauses de notre contrat telles que nous en avons convenu.


Il fait une tape chaleureuse sur l'épaule de l'ambassadeur.

Oh. Et vous avez faim ? Il est presque midi après tout, et nous avons prévu de manger dans un de ces resto raskenois qui viennent d'ouvrir. Comment ça s'appelle déjà, Patrizio.


- Raskooters, patron.
- Ouais voilà...le concept est incroyable. C'est un resto où ce sont des bimbo décérébrées qui vous servent la bouffe. Incroyable culture n'est-ce pas...



Fin


HRP: hésite pas à conclure aussi si l'envie t'en fais sentir. Le contrat sera délivré dans ton topic diplomatie.
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