
Pour une fois dans la journée, la météo estalienne avait décidé d'être clémente. Les Mors avaient de la chance pour leur entrevue car en cette journée de Novembre, il semblait que la journée avait décidée d'être ensoleillée avec peu de nuages. C'est assez rare pour le remarquer en Estalie : généralement, en moyenne, les mois de novembre en Estalie ne comptent que quatre à cinq jours d'ensoleillement dans la plupart des cas. Il semblait qu'une de ces journées avait décidée de placer la météo sous des auspices clémentes, ce qui permettait notamment à la tour de contrôle de l'aéroport de Mistohir de diminuer sa charge de travail quotidienne, il était relativement plus difficile de guider les avions à travers les turbulences et de donner les indications d'atterrissage aux aéronefs sous une pluie battante, bien qu'aucun accident de vol n'a été recensé à cause des conditions météorologiques en Estalie depuis 2001.
Le convoi de la Commission aux Relations Extérieures arriva sur les lieux et se gara à côté de la piste d'atterrissage réservé à l'avion du gouvernement mor qui devait arriver d'ici quelques dizaines de minutes. A bord du convoi, on retrouvait celle qui était désormais connue comme la chef officielle de la diplomatie estalienne, pour qui le visage et la diplomatie était familière pour tous ceux qui s'étaient confrontés à la diplomatie estalienne de près ou de loin. Et bien qu'elle ait débutée en tant que novice, l'actuelle Commissaire aux Relations Extérieures avait désormais gagné du galon et de l'expérience en tant que diplomate, elle savait donc à quoi s'attendre et aussi avec quels éléments il fallait composer intelligemment avec chacun des pays dont elle avait la charge d'entretenir la correspondance entre eux et la Fédération. Parmi ces pays, la Double Fédération du Morakhan. Aux yeux de la diplomatie estalienne, à l'image de l'opinion publique à certains égards, la vision estalienne du Morakhan tenait rien de moins qu'à une variante plus faible et multiethnique de la Polkeme située plus au sud. En dehors de certains îlots touchés par la grâce de la modernité, y compris par le mode de gouvernance moderne, l'Eurysie de l'est était souvent un paysage de nations arriérées, avec un système gouvernemental dépassé ou obsolète, à l'image de ces pays afaréens multiethniques et instables. En somme, si certaines nations eurysiennes avaient une vision condescendante des nations afaréennes, l'Estalie avait le même pressenti de condescendance envers ses voisins orientaux. Le régime politique de ces nations n'aidait pas vraiment à dissiper cette vision des choses : les Mors avaient divisés leur structure politique et sociale entre trois grandes classes (classe populaire, bourgeoisie, noblesse) et dans les faits, la gouvernance mor s'apparentait beaucoup à une forme de néo-féodalisme à peine dissimulé.
Mais qu'importe tout cela. Pour une fois, il n'était pas question de politique, du moins pas dans son sens premier. La rencontre était avant tout une rencontre d'affaires, aux intérêts strictement économiques entre les deux nations. Bien que les Estaliens aient leurs réserves sur le système politique mor (et à l'inverse, les Mors doivent certainement peu apprécier le mode de gouvernance estalien), les deux camps devaient laisser leurs différends idéologiques de côté afin de décider de l'avenir du chemin de fer entre Fransoviac et Anslav. Ce chemin de fer, justement : Iaroslav Gafokunov le vice-président de la SCP-DCT (la branche translave de la SCP, la société de construction publique estalienne en charge de la construction du chemin de fer et de son exploitation) s'était déplacé auprès de la Commissaire afin de faire valoir la parole de l'entreprise au sein des négociations. Pour la constitution d'un tel duo, le Congrès n'avait pas trouvé grand-chose à redire, estimant qu'en tant que cadre d'une entreprise publique détenue par l'Etat, le vice-président avait l'obligation formelle de se tenir au service de la Commissaire en présentant les aspects purement économiques de la situation et la position de la SCP-DCT sur la question des négociations entre les deux pays.