25/11/2018
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D'un bout à l'autre de l'Aleucie [Westalia-Empire du Nord]

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François-Adolphe Rouzet, Ministre des Affaires Extérieures Impériales

La rencontre était importante. L'Empire et Westalia était respectivement les deuxième et troisième puissance économique. Elles représentaient toutes les deux un dynamisme économique, militaire et diplomatique différent des puissances traditionnelles qu'étaient le Lofoten, Sainte-Marquise ou encore l'ancienne Aumérine désormais effondrée ou dépassée, à l'exception des Provinces-Unies du Lofoten qui demeuraient la première puissance continentale mais qui, isolée au nord et toujours dans une méfiance relative avec Mont-Law, préféraient depuis la victoire de l'extrême droite aux élections privilégier un bilatéralisme axé vers Stérus, sensiblement à droite également.

Westalia qui avait abandonné un gouvernement traditionnellement de droite dure, était à présent gouverné par un gouvernement de tendance gauche à centre gauche. L'Empire gouverné par une coalition de centre à centre droit se retrouvait tout de même dans ce changement. Westalia était une démocratie solide, investie dans l'équilibre aleucien et dans le rapprochement entre ses nations, à l'économie en pleine explosion. La politique diplomatique de l'Empire était devenue le 14 juillet 2013 plus axé sur un interventionnisme et un volontarisme accru sur le continent. Pour l'Empire, l'Aleucie est sa priorité et le commerce doit être favorisé partout où cela est possible, promut là où il est rejeté, la coopération universitaire et culturelle pour maintenir une avancée aleucienne en matière d'éducation et de science, ainsi que pour créer une fraternité continentale de manière à empêcher les conflits. Et intervenir directement en cas de conflit et d'instabilité pour juguler les crises et instaurer un cadre favorable aux libertés, à la démocratie et au commerce.

Westalia en étant devenue la troisième puissance économique du continent, est apparue aux yeux de l'Empire comme un partenaire essentiel pour faire respecter un ordre aleucien pacifié et stabilisé. Il compte aussi sur son dynamisme pour favoriser un commerce soutenant la croissance nordiste et le développement d'une coopération défensive aleucienne importante. L'Aleucie sera un sanctuaire comme disait l'autre.

Le Ministre des Affaires Étrangères attendait la délégation westalienne à l'aéroport, représentant Sa Majesté l'Empereur empêché par les préparatifs du mariage impérial, par la grossesse de sa fiancée et par la démission de son Premier Ministre.
Depuis son ouverture sur le monde, la Grande République connaît une croissance économique historique, d'un niveau équivalent à celle qu'elle a connu durant la seconde moitié du XIXème siècle, si ce n'est pas plus, l'établissant clairement dans un nouvel âge d'or indéniable. En seulement quelques années, les acteurs économiques westaliens étaient devenus omniprésent sur le marché aleucien, profitant des avantages de l'ASEA et d'une stratégie d'insertion féroce sur les différentes routes commerciales majeures qui font la richesse du continent, à un point où il est désormais difficile de revenir en arrière, aussi bien pour ceux qui ne voient pas d'un bon œil ce gain d'influence soudain, comme pour ceux l'ayant initié. Derrière cet engouement pour le marché international, le gouvernement n'avait en réalité qu'un rôle de relais pour ces grandes entreprises nationales, qui voient les ouvertures de relations avec le pays comme autant d'opportunités économiques désormais à portée de main, pour ces requins vénérant le capitalisme et l'argent au même rang que des divinités.

Qu'importent les couleurs du gouvernement westalien, les Dynastic Families, ces très riches familles de l'ombre aux pouvoirs importants, auront toujours la main sur le pays. Simeon Belagri, le nouveau chef de l’État, est par exemple le patriarche de l'une d'entre elles, résultat d'une victoire des familles plutôt centristes face à celles aux caractères plus conservateurs et ayant eu la main mise sur le pays depuis presque un quart de siècle avant ça. Mais dans le fond, toutes allaient quand même s'y retrouver dans ces jeux politiques qui ne déterminent qu'une façon d'aborder le futur et non une perte économique certaine pour les familles "perdantes". Ainsi, il n'était pas étonnant de voir le nouveau gouvernement fédéral accentué, depuis la fin de l'année dernière, sa présence à l'internationale, tout cela dans le but d'élargir les capacités commerciales du pays et de ses acteurs... Mais également de se poser en tant qu'acteur majeur dans la stabilisation et la sécurisation du continent, dont l'armée fédérale est l'une des plus actives dans la lutte anti-piraterie depuis 2014.

Le Ministre Fédéral aux affaires étrangères de la Grande République, Richard Kaylor.
Le Ministre Fédéral aux affaires étrangères de la Grande République, Richard Kaylor.

Richard Kaylor est le second dans ce duo spécialisé dans la gestion des relations internationales de la Grande République, le premier étant le Président Fédéral Simeon Belagri, mais il est bel et bien le cerveau derrière la grande machine diplomatique westalienne, en tant que chef de la diplomatie et acteur proactif d'une application bien plus zélé de la doctrine du Kaiko-bu, initié par son prédécesseur, mais grandement limité par l'influence traditionaliste du dernier gouvernement. Désormais au pouvoir, c'était comme s'il avait entamé un grand réveil du géant de l'ouest-aleucien, après presque un demi-siècle de sommeil et une sortie de lit assez lente, sur les trois précédentes années.

L'Empire du Nord est une puissance majeure en Aleucie et ses positions politiques, comme diplomatiques, se rapprochent en de nombreux points avec la Grande République. Son adhésion à l'ASEA en fait de facto un allié direct des westaliens et donc un partenaire de choix. L'intensification récente de la présence nordiste au sein de l'alliance, coïncidant avec le changement de pouvoir en Westalia, avait été perçu comme une opportunité d'effectuer un rapprochement bilatéral qui n'avait jamais pu se faire les années précédentes. La diplomatie westalienne avait déjà donné quelques indicateurs d'une volonté de renforcement des liens, notamment en ayant proposé de remettre sur la table l'établissement d'un centre secondaire de coordination militaire, à la faveur de l'Empire du Nord. Un sujet qui avait à l'origine pour but de partager les initiatives militaires entre les membres, lors de la fondation de l'organisation, mais dont la configuration passée de l'ASEA n'avait jamais poussé à la création de ce dernier, en raison du monopole de l'ancien centre primaire, dont la nouvelle instance se trouve aujourd'hui en Westalia, à la suite du dernier vote au Conseil de Sécurité et de Coopération.

Ce partage d'influence peut-être interprété comme une ouverture vers la création d'un duo diplomatique westalo-nordiste, aussi bien au niveau de l'alliance qu'au niveau de l'Aleucie. Celui-ci pourrait permettre l'émergence d'une coopération en capacité d'orienter le continent vers un avenir de prospérité, de stabilité et de paix durable. Une main tendue entre l'Est et l'Ouest, une opportunité historique de construire quelque chose de grand.

L'avion westalien engagea son atterrissage sur la piste de l'aéroport où l'attendait son homologue nordiste. Une fois l'engin à l'arrêt, le Ministre Fédéral aux affaires étrangères descendit de l'aéronef et se dirigea vers François-Adolphe Rouzet, suivi d'une suite de diplomates et de conseillers l'ayant accompagné pour cette rencontre.

Richard Kaylor : Chers amis nordistes, c'est un honneur que d'avoir voyagé jusque sur vos terres, pour vous rencontrer. J'espère que les échanges que nous aurons aujourd'hui permettront d'aboutir à un renforcement de nos liens, pour la prospérité de nos deux nations.
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"Fratermitié", huile sur toile, 35 x 60 cm, Ernest Brian, peint en 1952, Musé des Arts Alternatifs de Warstead

Le Ministre des Affaires Extérieures Impériales sourit et tend la main vers son homologue, le reste de la délégation impériale légèrement en retrait.

François-Adolphe Rouzet : C'est un immense plaisir pour moi de vous accueillir sur le sol nordiste aujourd'hui Monsieur Kaylor. J'ose espérer que votre voyage s'est déroulé de la meilleure des façons. Je suis également certain que nos discussions seront vectrices d'une coopération porteuse de projets ambitieux, d'initiatives mutuellement bénéfiques et actrices d'une consolidation de notre amitié par nos liens bilatéraux.

Si vous le voulez bien, je vous invite à me suivre vers les véhicules qui nous conduiront à notre lieu de rencontre, l'Hôtel de Bellême, siège de la diplomatie impériale.
Richard Kaylor : Cher homologue, le plaisir est partagé concernant cette rencontre. La Grande République et l’Empire sont deux nations majeures en Aleucie, parmi les plus influentes et puissantes de ce continent. Multiplier nos coopérations, la signature de nouveaux accords et l’amélioration de nos relations déjà existantes ne pourra être que bénéfique pour l’ensemble du continent, dont nous sommes chacun de fiers représentants et défenseurs de son autonomie, de sa prospérité économique et surtout de sa stabilité.

Si le Président Fédéral Belagri n’est pas présent aujourd’hui, il accorde tout de même une très grande importance aux relations westalo-nordiques, qui pourraient devenir un vecteur de croissance internationale important d’ici les prochaines années. Vous pouvez dors et déjà être assuré que la Grande République attend beaucoup de cette rencontre et notre gouvernement est déjà persuadé des bénéfices communs que nous pourrons générer.


Le Ministre fédéral aux affaires étrangères de la Grande République de Westalia suit la direction indiquée par son homologue pour rejoindre le véhicule qui l’amènera sur le lieu officiel où se tiendront les échanges diplomatiques. La délégation westalienne, derrière leur chef de la diplomatie fédérale, suit d’une courte distance les mouvements des principaux protagonistes de cette rencontre, entrant dans les véhicules qui leurs ont été affectés.
Le convoi s'ébranla dans un silence feutré. François-Adolphe Rouzet observa un instant la ville, puis se tourna vers son homologue.

François-Adolphe Rouzet : Monsieur le Ministre, vous avez raison : nos deux nations sont aujourd'hui parmi les piliers de l'Aleucie. Elles n'appartiennent pas au passé du continent, elles en écrivent le présent. Nous ne sommes ni des puissances fatiguées ni des héritières d'un ordre ancien. Nous sommes des puissances en mouvement et c'est des puissances telles que nous qui écrivons l'avenir.

Westalia a connu une croissance remarquable. L'Empire l'observe avec grand intérêt. La prospérité partagée des peuples aleuciens est un de nos souhaits les plus chers. Votre dynamisme commercial, l'accroissement de vos capacités projections maritimes, votre vigueur dans l'innovation industrielle ont profondément transformé les équilibres économiques aleuciens. Et je suis satisfait de dire que ce n'est pas une menace pour nous, mais une opportunité commune et une réalité avec laquelle nous voulons bâtir. L'Aleucie n’a pas besoin d'une rivalité stérile entre ses pôles de puissance comme nous avons pu le voir avec Stérus. Elle a besoin de moteurs et je crois fermement que nous pouvons ensemble être ces moteurs.


La voiture s'arrêta enfin devant l'Hôtel Bellême et les délégations entrèrent. Elles traversèrent une grande galerie où se trouvaient des tableaux anciens et des grandes glaces, puis empruntèrent un grand escalier recouvert de tapis visiblement venu du Nazum et de quelques bustes d'illustres diplomates. Ils pénétrèrent dans une grande salle avec en son centre une large table basse et des canapés du XIXe siècle.

François-Adolphe Rouzet : Prenez place, je vous en prie.

Plusieurs boissons, notamment des alcools, furent proposés et après que chacun ait pu disposer de sa coupe, le Ministre reprit la parole.

François-Adolphe Rouzet : L'Empire n’ignore rien de sa responsabilité historique ni de sa puissance militaire continentale et mondiale, de son économie renforcée et augmentée depuis ces dix dernières années malgré les profondes crises qui nous en secouées telles que la décolonisation de derniers vestiges territoriaux au Nazum, des grandes crises diplomatiques et militaires ou des perturbations des principales routes commerciales mondiales. Nous sommes fiers d'être un acteur majeur de l'ASEA, engagé dans la stabilisation régionale depuis plus d’une décennie et nous avons la volonté de continuer à assumer ce rôle. Mais nous savons aussi qu'aucune nation, fût-elle forte, ne peut seule structurer durablement un continent aussi vaste et contrasté que le nôtre. L'heure des grands empires est révolue et la diversification des acteurs et des situations locales nous poussent à envisager de nouvelles manières d'agir à l'international. Et je pense que c'est une très bonne chose. L'aspiration à la domination est bien futile et bien vaine, et ne permettra jamais la liberté réelle, la fraternité et la prospérité partagée des peuples.

C'est pourquoi nous proposons de passer d'une coexistence cordiale et d'une coopération naissante, doublée d'une amitié naturelle déjà existantes, à une coordination stratégique et des relations bien plus poussées.

Sur le plan économique d’abord. Nos économies sont désormais d'un poids comparable. Westalia a récemment franchi un cap en volume global et notre croissante reste freinée par quelques crises et évènements tragiques que nous surmonterons comme toujours. Plutôt que de laisser nos entreprises se livrer à une concurrence diffuse sur les mêmes marchés, il me semble que nous pouvons jouir d'une complémentarité structurée.

Un accord économique renforcé entre nos deux pays, au-delà des cadres de l'ASEA, permettrait de fluidifier les investissements croisés, d'harmoniser de nouvelles normes techniques et de sécuriser les chaînes d'approvisionnement critiques. Nous pourrions lancer un programme commun d'infrastructures continentales comme il l'a déjà été évoqué lors d'une rencontre avec vous et la Lermandie mais qui n'a cependant pas encore abouti : corridors ferroviaires Est-Ouest, hubs portuaires interconnectés, entre autres.

Si nous coordonnons nos stratégies d'exportation, et si nous parvenons à investir ensemble dans les pays émergents d'Aleucie, nous concrétiserions cette posture d'architectes du développement continental. Notre objectif a toujours été d'accompagner les pays partageant nos valeurs et objectifs dans une croissance mutuellement bénéfique.

Il y a le plan sécuritaire ensuite. Votre proposition de centre secondaire de coordination militaire de l'ASEA a été reçue avec beaucoup d'attention à Estham. Elle constitue à nos yeux, un signal politique fort et une évolution bienvenue de notre posture au sein de l'Alliance. L'Empire y voit l'opportunité d'ancrer un véritable partage des responsabilités au sein de l'ASEA. Nous pourrions aller plus loin dans le cadre de nos relations bilatérales : exercices conjoints réguliers, mutualisation partielle du renseignement, coordination industrielle dans les secteurs stratégiques de défense, doctrine commune de stabilisation régionale. Je pense aussi et notamment à la lutte contre la piraterie dans laquelle nos deux pays sont fortement engagés. Coopérer sur ce point ne pourrait être que bénéfique pour le commerce vers le Nazum et le Paltoterra, notamment dans le sud de l'Aleucie où sévissent de nombreux pirates.

Une telle architecture ne viserait donc personne, mais serait capable d'être une dissuasion passive. Il me semble que Stérus s'engage récemment vers une voie d'apaisement, mais nous restons prudents et méfiants dans le traitement des changements soudains de posture diplomatie. Prudence est mère de sûreté. Cette posture de coopération et donc de dissuasion viserait à garantir que, face aux crises, qu'elles soient sécuritaires, migratoires, énergétiques ou commerciales, l'Est et l'Ouest de l’Aleucie parlent d’une voix suffisamment claire pour éviter toute vacance de leadership et laisser des nations ou groupes opportunistes s'immiscer dans une brèche pour apporter une déstabilisation que nous tenons en horreur.

Soyons lucides, Monsieur Kaylor. Lorsque deux puissances de notre envergure coexistent sans cadre structuré, la tentation de la compétition peut s'installer mécaniquement. Elle nourrit les malentendus, parfois les crispations. Elle affaiblit l'ensemble. Et je ne pense pas que nos gouvernements souhaitent cela. Cette possibilité est en fait plutôt due aux acteurs intérieurs, et il est de notre responsabilité d'empêcher cela et d'œuvrer pour une bénéfique harmonie.

Ni nous, ni vous, n'entendons s'effacer ou dominer. Je crois que nous entendons coopérer en partenaires solides, sereins, conscients de nos forces respectives et de ce que nous avons évidemment à gagner ensemble. Si nous avançons conjointement, l'Aleucie redeviendra un sanctuaire de prospérité et de sécurité. Si nous avançons séparément, nous resterons puissants sûrement, mais moins efficients qu’ensemble.

Je vous proposerai donc la mise en place d'un Conseil stratégique westalo-nordiste permanent, réunissant nos responsables économiques, nos responsables de défense et nos autorités d'infrastructures. L'idée est de se doter d'une entité de dialogue permanent capable d'impulser de grands projets continentaux communs. Nous attachons une grande importante à cette idée d'incarner un pôle d'équilibre pour une Aleucie stable et passant le futur avec confiance et ambition.

Et je crois, sincèrement, que l'histoire nous offre aujourd’hui cette fenêtre. Voilà l'ambition que l’Empire souhaite partager avec vous.


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