25/11/2018
11:40:48
Index du forum Continents Nazum Jashuria

👓 [CULTURE] Les pensées philosophiques jashuriennes

Voir fiche pays Voir sur la carte
653
Les pensées philosophiques jashuriennes

img


“La philosophie donne des réponses incompréhensibles à des questions insolubles.” – Thomas Adams


SOMMAIRE

  • Introduction
  • La politique Ă©trangère selon Kanuhilyia
  • L'Ă©thique minimale chez les Jashuriens

INTRODUCTION

La philosophie jashurienne est méconnue à l’international, c’est un fait. Cachée derrière la barrière du langage et mise à l’écart par la prédominance des études philosophiques eurysiennes, la philosophie jashurienne cache pourtant de merveilleux secrets. Fruit de millénaires de réflexion et bâtie sur un socle solide dont la plupart des écrits ont été conservés, la philosophie jashurienne cherche à se faire découvrir à l’international, grâce à d’importants efforts de traduction.
6850
La politique étrangère selon Kanuhilyia

Extraits du traité jashurien de la guerre et de la gouvernance : L’Arthashastra

« La politique étrangère est fondée sur six éléments de base : la paix, la guerre, l’indifférence, la mise en marche, le couvert et le double-jeu. Quand le monarque est inférieur à son ennemi, il se doit de faire la paix. Quand il est en situation de puissance, il doit faire la guerre. Si ni l’un ni l’autre ne peuvent dominer, il convient de se tenir dans la posture de l’indifférence. Dès que les circonstances sont favorables, le roi doit se mettre en marché, mais sitôt privé de sa puissance, il doit se mettre à l’abri. Le roi sage sait quand il faut vaincre l’ennemi avec l’aide d’un allié. Il recourt au double-jeu, s’associant temporairement à son rival pour en défaire un autre.

Le progrès apporté par la paix n’est qu’un prélude à une guerre future. Si, en s’en tenant à la paix, le monarque cherche à ruiner les entreprises de son adversaire, qu’il utilise sa sagesse pour attirer les gens capables et méritants. L’adversaire provoquera sa ruine en s’alliant avec un roi trop puissant. L’adversaire qui cherchera la paix avec le monarque le fera par peur de perdre son progrès : il convient de faire trainer la guerre en longueur pour le soumettre. Ou il cherchera à nuire à l’allié, plus faible … ou se rangera aux côtés du monarque, dont les entreprises seront couronnées de succès.

[…]

On doit, de cette façon, avec les six éléments de base de la politique du monarque, chercher à progresser du déclin vers la stabilité et de la stabilité vers le progrès et la croissance de ses propres entreprises. Le roi avisé est celui qui maîtrise les six éléments de base de la politique étrangère et en saisit les combinaisons et agit en toute sagesse.

[...]

Si la prospérité est apportée à parts égales par la paix ou par la guerre, le monarque doit choisir la paix. La guerre provoque des pertes, des dépenses et des campagnes dans le lointain. La sagesse impose au monarque qui voit la prospérité naître à parts égales de la paix ou de la guerre de choisir la paix. Le monarque se doit de rester coi. Entre le double-jeu et les alliances, la sagesse indique de choisir le double-jeu : le roi qui s'allie à un rival privilégie les intérêts de son rival sur les siens. Celui qui privilégie le double-jeu sert ses propres entreprises et saura voir clair dans cette démarche. A l'inverse, un roi qui doit se soumettre à un rival trop puissant se doit de se comporter comme s'il se soumettait. Mais il devra maintenir sa vigilance, et frapper dès que son ennemi fera preuve de faiblesse. Le monarque avisé frappe les points faibles et n'hésite point à user de discorde pour confondre ses adversaires et les monter les uns contre les autres afin d'en retirer les fruits.

[...]

Celui qui ne sait pas garder le secret, ses affaires péricliteront à coup sûr, même si elles avaient d’abord réussi, comme un bateau désemparé sur l’océan. Le monarque doit se garder d'éventer ses secrets, de crainte que ses ennemis ne s'en servent contre lui.

Commentaires sur la théorie du Saptanga selon Kanuhilyia

Le mot « Saptang » indique les sept éléments qui constituent l’Etat comme un organisme, ou selon les termes de Kanuhilyia « un chariot composé de sept parties assemblées et servant les unes les autres ». Sa théorie décrit les éléments qui font qu’un Etat peut fonctionner et instaure le monarque non pas comme une monade isolée et autonome, mais comme la partie d’un tout, qu’il doit piloter avec sagesse, comme le cocher manœuvre son chariot.

Le Saptanga est constitué de sept éléments comme suit :

  • Swami (le monarque) : La monarchie est la forme idĂ©ale de la politique et de la gouvernance selon Kanuhilyia, qui fait du roi la personne la plus importante du corps politique. Le Swami est la tĂŞte de l’Etat et n’est gouvernĂ© par personne si ce n’est lui-mĂŞme et sa conscience. Symbole de l’autoritĂ© politique et du pouvoir, il doit prĂ©senter des qualitĂ©s importantes pour pouvoir rester Ă  ses fonctions et ne pas perdre l’approbation de son peuple. Il doit ĂŞtre avenant, disposer d’un intellect fin et d’une excellente intuition, il se doit d’être enthousiaste et de faire preuve d’initiative et il doit ĂŞtre capable de modĂ©ration et d’esprit. Le roi doit ĂŞtre capable, pour ne pas devenir un despote, d’exercer le pouvoir par l’amour de ses sujets plutĂ´t que l’utilisation de la force brute. Pour acquĂ©rir cet amour, le roi doit protĂ©ger son peuple et promouvoir sa prospĂ©ritĂ©, notamment en leur permettant de poursuivre librement leurs vies et en maintenant l’unitĂ© et la solidaritĂ©, tout en rĂ©compensant la vertu.
  • Amatya (le ministre) : Dans la logique de Kanuhilyia, le ministre reprĂ©sente ce que l’Etat fait de mieux sous le roi. RecrutĂ© parmi les personnes les plus douĂ©es de sa gĂ©nĂ©ration et se devant d’être d’une puretĂ© morale et Ă©thique Ă  toute Ă©preuve, le ministre est avant tout une personne noble, obligatoirement issu du territoire du monarque. Le monarque, dans sa sagesse, se doit de nommer aux postes de ministres des hommes sages, patients et endurants, qui seront les relais de la volontĂ© du roi et le conseillent quand il requiert leurs services.
  • Janapada (le peuple et le territoire) : ConstituĂ© de « jana » (le peuple) et de « pada » (le territoire oĂą l’on rĂ©side), le Janapada est un des piliers essentiels du système du philosophe. Le Janapada n’est pas seulement une unitĂ© gĂ©ographique et humaine. Il doit, sous le giron du monarque, permettre la prospĂ©ritĂ© de la population, aider Ă  se dĂ©fendre des invasions, permettre de gĂ©rer les voisins turbulents ou amicaux et disposer de ressources importantes. Plus encore, l’auteur met l’emphase sur la nĂ©cessitĂ© pour le roi d’appuyer le dĂ©veloppement de ses terres en fournissant au peuple des rĂ©seaux de communication.
  • Durga (les fortifications) : Il ne s’agit pas simplement de promouvoir la prospĂ©ritĂ© de son territoire, mais aussi de se donner les moyens de le dĂ©fendre. Les fortifications sont dĂ©crites avec prĂ©cision chez Kanuhilyia et rĂ©parties en deux grandes catĂ©gories : les fortifications qui dĂ©fendent le territoire et les fortifications dĂ©diĂ©es Ă  la protection des fermiers. Kanuhilyia met l’emphase sur la protection de ces derniers, afin de prĂ©venir des risques de famine. Ces fortifications ne doivent pas simplement servir Ă  dĂ©fendre, mais doivent aussi ĂŞtre utilisĂ©es comme support pour les futures campagnes militaires du monarque.
  • Kosha (le trĂ©sor) : L’existence de l’Etat dĂ©pend aussi d’une Ă©conomie florissante. Le trĂ©sor est ainsi vu comme un Ă©lĂ©ment indispensable Ă  la bonne tenue de l’Etat et doit ĂŞtre surveillĂ© avec attention. La morale guidant la plume de Kanuhilyia, il recommande au monarque de n’attirer la richesse qu’au travers d’actions vertueuses et non par des moyens immoraux. Kanuhilyia recommande, dans son système, de procĂ©der Ă  la levĂ©e de taxes sur l’utilisation des terres, sur les produits du commerce et sur des services spĂ©cifiques.
  • Danda (l’armĂ©e et l’usage de la force) : Selon Kanuhilyia, l’Etat doit ĂŞtre soutenu par une armĂ©e hĂ©rĂ©ditaire, qui serait non seulement compĂ©tente, mais aussi liĂ©e Ă  la volontĂ© du roi. Sa lĂ©gitimitĂ©, tirĂ©e de son hĂ©rĂ©ditĂ©, la libèrerait, a priori, de toute duplicitĂ©. Kanuhilyia conseille le monarque sur la nĂ©cessitĂ© de maintenir une armĂ©e suffisamment puissante pour maintenir le statu quo vis-Ă -vis des voisins, tout en Ă©tant capable de la renforcer le moment venu pour se mettre en campagne.
  • Mitra (les alliĂ©s) : Un roi isolĂ©, au milieu de tous ses voisins, ne dure jamais longtemps. Soucieux de prodiguer au monarque de bons conseils, Kanuhilyia plaide pour que le monarque ne s’isole pas du monde et des autres monarques. Il dĂ©finit deux types d’alliĂ©s : ceux qui se forment par des liens d’amitiĂ© profonds, issus de gĂ©nĂ©rations de rapprochement, et ceux qui se forment pour la dĂ©fense d’intĂ©rĂŞts communs. Le roi doit rechercher le premier type d’alliĂ©, et entretenir ponctuellement des relations avec les seconds.
1916
L’éthique minimale chez les Jashuriens

Dans un territoire traversé par des religions aux codes moraux divers et des cultures aux principes variés, nombre d’intellectuels jashuriens ont tenté d’établir des principes moraux qui puissent toucher tous les aspects de la vie et fournir un cadre simple pour évaluer la moralité des actions. Petit à petit, les philosophes moraux ont constaté qu’établir les principes d’une éthique minimale permettait de s’opposer aux philosophies qui voyaient de la morale partout et qui entendaient dicter tous les aspects de la vie, sans sacrifier à l’étude et à l’évaluation de la moralité des actions des individus. Face à des religions bien établies voyant de la morale partout et cherchant à dicter la vie des individus, une part non négligeable de la philosophie jashurienne s’est constituée en opposition à une approche maximaliste de la morale et de l’éthique.

Une grande partie de la philosophie morale jashurienne s’inscrit dans le courant minimaliste et universaliste. Ce courant s’intéresse à la manière dont peuvent coexister les libertés individuelles et la coopération sociale équitable, sans passer par l’exercice de la force et de la menace. Le courant minimaliste ne cherche absolument pas à répondre à des questions existentielles, ni à régler tous les aspects de l’existence, mais à offrir un cadre pour faire en sorte que les gens ne s’entretuent pas pour un oui ou pour un non. C’est aussi une philosophie universaliste, au sens où toutes les philosophies morales ont prétention à l’universalité, et dans la mesure où l’éthique minimale n’est pas relativiste en morale.

Les trois principes de l’éthique minimale sont les suivants :

  • Ne pas nuire aux autres : on ne doit pas causer dĂ©libĂ©rĂ©ment et directement des dommages injustes. Ce principe nous demande de ne pas nuire aux personnes vivantes concrètes et de n’intervenir que si quelqu’un tente de leur causer du tort.

  • ConsidĂ©rer chacun Ă©galement : on doit Ă©viter les formes les plus grossières de discrimination et prendre en compte les revendications importantes de chacun.

  • Ce qu’on se fait Ă  soi-mĂŞme ne relève pas de la morale : la morale concerne uniquement notre rapport aux autres. Les actions qui ne concernent que nous-mĂŞmes n’ont rien Ă  voir avec l’éthique.

1191
Les poèmes de Rabia Basri et la littérature poétique soufie


Rabia Basri est probablement l’une des poétesses les plus révérées chez les Ordous du Jashuria qui se réclament de l’Islam soufi. Si elle n’est pas une philosophe à proprement parler et si sa pensée et ses œuvres n’ont pas influencé le système politique jashurien, elle reste une figure majeure du Soufisme et de la littérature jashurienne. Née au VIIIe siècle après Jésus Christ, Rabia, surnommée « La Mère du Bien » est probablement plus ce que ses commentateurs ont construit comme mythologie que la femme elle-même. Elle a cependant laissé à la postérité de nombreux poèmes et textes qui sont venus alimenter son image de « sainte » au fil des siècles, chaque commentateur et exégète ajoutant à sa légende.



Al-Thawri lui demande : «Tout contrat suppose des conditions ; toute foi s’attache à une vérité. Quelle est la base de ta vérité et de ta foi ? » Elle répondit : « Si je L’adore, ce n’est ni par peur de Son Enfer, ni par désir de Son Paradis. Car si j’eusse agi de la sorte, j’aurai ressemblé au mauvais serviteur qui ne travaille que par crainte du maître ou par espoir d’être par lui récompensé. Or, si je L’adore, c’est exclusivement pour l’amour que le Lui porte. »


"Ils t’adorent tous par crainte de ton enfer

Ils voient tous

Que le salut est le meilleur dĂ»

Je n'ai rien Ă  dire au sujet de l'enfer et du Paradis

Moi, je n'accepterai rien

En échange de Celui que j'ai aimé"



12576
Les conceptions de l’Etat durant la période pré-yahudharma


Les Brahmanes lient l’apparition de la royauté à la guerre existant entre les divinités du panthéon hindouiste et les Asuras – les démons » . Les Brahmnanes de Jashurie ont pendant des siècles ressenti la nécessité d’imaginer l’incarnation d’un chef des Devas – les divinités – pour mener la bataille contre les forces démoniaques de la littérature hindoue. Indra est ce roi mythique qui mène les armées divines à la victoire dans la mythologie hindoue et ainsi, vainc le mal. Le roi, dans la tradition hindouiste jashurienne pré-yahudharma est cette incarnation symbolique du divin qui doit mener son peuple à vaincre les forces du mal. Incarnation d’Idnra sur terre, le roi est consacré lors d’une cérémonie – la rajasuya – qui sert à légitimer son rôle sur terre. Les rois de Jashurie n’ont jamais hésité à rappeler dans la littérature, les monuments et les legs faits à la postérité cette filiation divine qui les légitimait auprès de la population et des différentes castes. Cette conception divine de la monarchie est cependant loin de faire l’unanimité, en particulier chez les Bouddhistes, qui retracent l’apparition des premiers rois comme lutte contre la dégradation des mœurs et le résultat d’une élection populaire pour vaincre la criminalité. Ainsi, dans la Jashurie ancienne, la royauté est issue de deux origines qui coexistent plus ou moins habilement : celle d’une autorité divine et celle d’une autorité contractuelle. Même pour Kanuhilyia, le roi est née de la nécessité de lutter contre l’injustice de voir les gros poissons manger impunément les petits et insiste sur la nécessité de voir le peuple confier sa sécurité à un protecteur.

Les textes jashuriens sont assez unanimes dans la période médiévale sur ce fait : une société sans autorité est une société vouée au désastre. Le roi apparait donc comme une figure nécessaire et commode pour sécuriser un territoire et apporter la paix, pour peu que son autorité soit respectée et qu’il use sagement de la force.

« Dans un pays sans roi, aucun nuage de plui couronné d’éclair n’arrose la terre de son eau céleste avec grand fracas. Dans un pays sans roi, il ne se sème pas une poignée de grains ; sans roi, le fils ne se soumet pas au père. Sans roi, il n’est pas de richesse, sans roi, il n’est pas d’épouse. Dans un pays sans roi, nul brahmane ne célèbre de session rituelle. Dans un pays sans roi, nul brahmane n’honore les dieux de sacrifices convenables. Dans un pays sans roi, les commerçants ne peuvent voir leurs affaires prospérer … »

Le rôle du roi est aussi symbolique. Au début de chaque période de culture, c’est lui qui trace le premier sillon dans le sol pour bénir les récoltes et annoncer la saison. A ceci s’accumulent des dizaines de rites que le roi doit suivre pour que les augures soient favorables et que le peuple sente que les divinités leur accordent leurs faveurs. Un rite manqué, et c’est le dharma qui est déréglé : la nature et le cosmos se retournent contre les mortels. C’est ainsi que les Jashuriens ont apporté une grande attention au suivi et à la codification des rites symboliques pour s’assurer des faveurs divines. Le roi, outre son pouvoir symbolique, doit être juste et accomplir son devoir : la recherche des plaisirs éphémères est mal considérée par les exégètes de l’Hindouisme et du Bouddhisme. Le roi doit se consacrer à la connaissance des hommes avant la satisfaction de ses plaisirs – précepte très beau en théorie, mais clairement peu suivi dans la réalité-, car c’est lui qui doit guider son peuple vers la prospérité et la vie bonne. Les érudits de Jashurie n’ont eu de cesse que de rappeler la nécessité pour le roi de se consacrer à l’étude des textes, mais aussi à l’étude des connaissances humaines : commerce, arts, lettres, agriculture, … Ou à minima, de bien s’entourer pour mener leur pays. Il n’est pas rare qu’en Jashurie, les rois soient savants et dictent des textes qui sont passés à la postérité.

Le roi est le plus souvent un membre des castes guerrières, mais on retrouve dans l’histoire des Brahmanes qui ont obtenu ce titre. Il est communément accepté par les anciens érudits que l’ascension d’un roi au poste est due à trois phénomènes : la naissance, l’héroïsme ou le fait de conduire une armée. Toutefois, la couronne revient parfois à des individus au lignage peu prestigieux ou aux faits plus terre à terre, comme en témoignent l’ascension de certains rois issus des castes commerçantes. Si le plus souvent le roi est héréditaire – son successeur est désigné et validé par une assemblée de notables, qui entérinent la succession sous une forme presque élective. Si la plupart du temps, la succession est héréditaire afin de préserver la stabilité d’un royaume, il existe des cas où les rois n’ayant pas eu de bons résultats de leurs vivants voient leur progéniture écartée du trône. Des cas de non-hérédité existent par exemple lorsqu’un royaume est assailli de toutes parts et où la nomination d’un chef de guerre expérimenté permet de suppléer à un héritier trop jeune. Fait étonnant, les femmes sont parfois appelées à régner, notamment si elles sont les héritières légitimes.

La consolidation du trône est la principale activité du roi à l’aube de son règne. S’il est divin par la symbolique de la fonction, il est loin d’être absolu et la Jashurie médiévale regorge de seigneurs bien décidés à mener la vie dure à des souverains proclamés par des rivaux. Pour consolider son trône, tous les moyens sont bons : même les écrits philosophiques sur la bonne gouvernance n’ont pas permis d’écarter les mauvaises habitudes. Le poison, l’assassinat armé, les manœuvres politiques, … tout est bon pour écarter ou supprimer des rivaux potentiels et les rois n’ont jamais hésité à se tailler la part du lion, parfois au dépend des notables qui les avaient placés sur le trône. Si les écrits qui nous sont parvenus montrent que les rois de la Jashurie pré-yahudharma sont loin d’être des modèles de vertu et de soumission au dharma, la guerre avec les voisins n’est jamais condamnée par les auteurs antiques. Le devoir du roi est de protéger, de conquérir et d’acquérir du prestige. La violence, même offensive, est louée comme faisant partie des attributions royales et célébrée en cas de victoire. Le roi, surtout s’il est issu d’une caste guerrière, se doit d’être conquérant : son pestige auprès de son propre peuple et la succession de sa lignée en dépendent.

L’autorité du roi est loin d’être absolue, notamment auprès des prêtres, qui disposent souvent d’un statut dans le dharma plus haut que lui par la naissance. Le roi, s’il veut pouvoir gouverner, doit établir un jeu de balancier entre les castes, afin de ménager leurs susceptibilités respectives. De plus, le roi ne possède aucun pouvoir religieux avant l’avènement de l’Empire Yahudharma : cela est chasse-gardée des brahmanes. Il se conforme, comme les autres castes, aux lois du dharma et doit accomplir sa mission. Quand le roi agit, il n’agit pas en vertu d’une autorité divine, qui émanerait de lui, mais il obéit à sa prérogative en tant que représentant d’un pouvoir séculaire qui lui a été transmis et qui vise au bien-être de son peuple. Un roi qui ne remplirait pas ses fonctions serait déposé s’il montrait la moindre faiblesse. Si le roi rend la justice et est garant de la stabilité, il peut être déposé par les notables et les brahmanes s’il ne se montre pas à la hauteur et se montre cruel.

La roue du dharma ne tourne pas seule et pendant des siècles, les notables de Jashuria n’ont eu de cesse de justifier, par leurs écrits, la nécessité pour le souverain de s’entourer d’une bureaucratie et d’une administration efficace pour gouverner. Outre le fait qu’il s’agit-là d’une manière bien commode de se promouvoir socialement auprès du souverain et d’acquérir du pouvoir, la société jashurienne a rapidement eu besoin d’une administration efficace pour palier à l’absence d’ubiquité de ses souverains. Le roi ne peut se dispenser des avis de ses conseillers, des prêtres et même de ses généraux pour gouverner. Accompagné du prince héritier et du premier conseiller, le roi s’entoure d’un conseil de notables dont les écrits montrent qu’il peut aller jusqu’à une trentaine de membres, allant du Grand Argentier au chef de la garde royale en passant par les magistrats en charge de la police ou des archives royales. Si la personne du roi est sacrée, son gouvernement est guidé par l’appui de ses conseillers et si la décision finale lui revient, elle ne saurait s’exonérer de l’avis de ceux qui l’entourent. Les écrits des érudits n’ont cessé d’exhorter le souverain à s’attirer le service de gens compétents et reconnus pour leurs métiers. L’hérédité des fonctions reste commune dans certains territoires, mais régulièrement combattue par les défenseurs des examens royaux, qui ont cherché à standardiser les fonctions jusqu’au niveau des conseils royaux plutôt qu’aux échelons inférieurs.

L’administration territoriale est un sujet pris très au sérieux dès l’époque antique en Jashurie. Pour gouverner d’importantes portions de territoires et assurer la collecte des taxes, les Jashuriens ont mis en place des structures permettant de s’assurer les services d’administrateurs compétents, par le biais d’examens royaux, créant une armée d’administratifs portant l’autorité du roi dans ses territoires les plus reculés.

La province est l’unité territoriale sur laquelle s’appuient tous les rois durant la période pré-yahudharma, puis vient le district. Chaque province est généralement attribuée à un vice-roi, qui dispose de son propre conseil et pilote les troupes et l’administration au nom du roi. Ce vice-roi a autorité sur les chefs de districts et maintien l’ordre, tout en faisant appliquer les décrets royaux. Si les marches et les vassaux peuvent être dirigés un peu différemment, le principe de gouvernance est resté plus ou moins le même dans la Jashurie médiévale. Le vice-roi est appointé par le roi ou confirmé par celui-ci et il n’est pas rare que des vice-rois, déçus par leur souverain, ne cherchent à utiliser les marges de manœuvre dont ils disposent pour acquérir leur indépendance. Les grandes villes des provinces échappent parfois en partie à l’autorité du vice-roi et en répondent directement au roi, ou sont gérées par des conseils de ville constitués des notables les plus importants ou des guildes.

La défense du royaume étant la priorité du souverain, mais celui-ci ne pouvant être partout, il se doit de déléguer ses prérogatives à tout un aéropage d’officiels qui maintiennent l’ordre en son nom. Dans la tradition jashurienne, cette responsabilité échoit à deux ordres : le pouvoir administratif et le pouvoir militaire. Si le vice-roi nommé pour satisfaire le Maharaja se doit de collecter les impôts et de veiller à la sécurité des territoires, il s’appuie sur des ordres différents pour réaliser ses missions. Au sein de la Jashurie médiévale, la distinction entre le pouvoir administratif et militaire s’établit très concrètement au travers des prérequis nécessaires pour appartenir à l’un ou à l’autre. Au sein des castes administratives, ce sont les examens impériaux et / ou royaux – selon les potentats locaux, qui déterminent l’aéropage de clercs et de plumitifs travaillant sous les ordres des vice-rois. Au sein des castes guerrières, si les examens des écoles militaires n’arrivent que sur la fin du Moyen-Âge et le début de la Renaissance, les promotions se font souvent par les prouesses martiales et souvent par la naissance.

Parallèlement à ce système de nomination et de promotion par le mérite, les vice-rois avaient la possibilité de s’entourer de leurs propres conseillers, triés sur leurs propres critères. Il en résultait bien souvent une administration et un pouvoir militaire à deux vitesses, entre les personnalités nommées par le pouvoir central et les conseillers proches du vice-roi, qui disposaient souvent d’un ancrage local. Cette frontière entre pouvoir central imposant des fonctionnaires et des généraux et pouvoir local disposant de ses propres forces fut à l’origine de nombreuses rivalités au cours de la période médiévale de la Jashurie. Il n’était pas rare que les tensions soient telles que l’autorité du Maharaja soit contestée et que les meurtres politiques deviennent la norme. La plupart du temps, c’était la fidélité et la subtilité politique du vice-roi désigné pour maintenir l’autorité locale qui mettait de l’huile dans les rouages.

Face à ces situations, le Maharaja n’était pas dépourvu de solutions. Etant responsable des nominations des vice-rois, le plus simple était souvent de promouvoir un dignitaire local, capable d’organiser le territoire et de rendre des comptes, tout en y maintenant l’ordre. Etant donné que de larges portions de territoires étaient parfois coupées de la capitale par les moussons et les bandes de pillards, il devenait plus que nécessaire de s’entourer de personnes capables de tenir le coup même dans l’isolement le plus total. Les dignitaires locaux jouissaient alors de nombreux pouvoirs à la fois judiciaires et exécutifs pour mener à bien leurs missions … parfois avec le soutien des émissaires royaux rattachés au service de l’administration et des forces militaires.

Les forces militaires de la période médiévale sont rarement des professionnels, étant donné le coût de l’entretien de telles armées. Il s’agit essentiellement de milices locales, de levées et de mercenaires recrutés pour l’occasion. Si le Maharaja se devait, selon les époques, de fournir à ses provinces des forces payées avec son propre trésor, leur rôle s’est rapidement déplacé vers l’organisation et la formation des troupes locales, tant et si bien que les envoyés royaux œuvrant pour les castes militaires étaient généralement des généraux ou des officiers capables d’entrainer les milices locales ou de fournir des conseils stratégiques.

Les royaumes émaillant le Jashuria ont très tôt organisé leur régime fiscal avant l’avènement de l’Empire Yahudharma. Les Jashuriens ont compris que ce n’était pas parce que l’on augmentait les taxes que les rentrées d’argent s’avéraient nécessairement plus grande, la faute à un trop grand territoire difficile à contrôler et aux manigances de nombreux notables, toujours au fait de la meilleure manière de planquer l’argent dû au souverain. Les Jashuriens travaillant dans les administrations ont estimé, après maints essais, que les taxes et les impôts devaient être pensés dans le but d’avoir un rendement optimal de 100%. Il ne sert à rien d’écraser le peuple d’impôts si dans la semaine, les trois-quarts de l’argent et des paiements en nature disparaissaient. Si la guerre apporte son lot de butin et s’ajoute au trésor, les royaumes de Jashurie ont préféré établir un système portant sur la maximisation des profits par une fiscalité assurée de faire rentrer l’argent autrement que par le tabassage en règle et l’extorsion de la population.

Haut de page