Posté le : 17 jan. 2026 à 19:18:15
Modifié le : 24 jan. 2026 à 16:57:04
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Les conceptions de l’Etat durant la période pré-yahudharma
Les Brahmanes lient l’apparition de la royauté à la guerre existant entre les divinités du panthéon hindouiste et les Asuras – les démons » . Les Brahmnanes de Jashurie ont pendant des siècles ressenti la nécessité d’imaginer l’incarnation d’un chef des Devas – les divinités – pour mener la bataille contre les forces démoniaques de la littérature hindoue. Indra est ce roi mythique qui mène les armées divines à la victoire dans la mythologie hindoue et ainsi, vainc le mal. Le roi, dans la tradition hindouiste jashurienne pré-yahudharma est cette incarnation symbolique du divin qui doit mener son peuple à vaincre les forces du mal. Incarnation d’Idnra sur terre, le roi est consacré lors d’une cérémonie – la rajasuya – qui sert à légitimer son rôle sur terre. Les rois de Jashurie n’ont jamais hésité à rappeler dans la littérature, les monuments et les legs faits à la postérité cette filiation divine qui les légitimait auprès de la population et des différentes castes. Cette conception divine de la monarchie est cependant loin de faire l’unanimité, en particulier chez les Bouddhistes, qui retracent l’apparition des premiers rois comme lutte contre la dégradation des mœurs et le résultat d’une élection populaire pour vaincre la criminalité. Ainsi, dans la Jashurie ancienne, la royauté est issue de deux origines qui coexistent plus ou moins habilement : celle d’une autorité divine et celle d’une autorité contractuelle. Même pour Kanuhilyia, le roi est née de la nécessité de lutter contre l’injustice de voir les gros poissons manger impunément les petits et insiste sur la nécessité de voir le peuple confier sa sécurité à un protecteur.
Les textes jashuriens sont assez unanimes dans la période médiévale sur ce fait : une société sans autorité est une société vouée au désastre. Le roi apparait donc comme une figure nécessaire et commode pour sécuriser un territoire et apporter la paix, pour peu que son autorité soit respectée et qu’il use sagement de la force.
« Dans un pays sans roi, aucun nuage de plui couronné d’éclair n’arrose la terre de son eau céleste avec grand fracas. Dans un pays sans roi, il ne se sème pas une poignée de grains ; sans roi, le fils ne se soumet pas au père. Sans roi, il n’est pas de richesse, sans roi, il n’est pas d’épouse. Dans un pays sans roi, nul brahmane ne célèbre de session rituelle. Dans un pays sans roi, nul brahmane n’honore les dieux de sacrifices convenables. Dans un pays sans roi, les commerçants ne peuvent voir leurs affaires prospérer … »
Le rôle du roi est aussi symbolique. Au début de chaque période de culture, c’est lui qui trace le premier sillon dans le sol pour bénir les récoltes et annoncer la saison. A ceci s’accumulent des dizaines de rites que le roi doit suivre pour que les augures soient favorables et que le peuple sente que les divinités leur accordent leurs faveurs. Un rite manqué, et c’est le dharma qui est déréglé : la nature et le cosmos se retournent contre les mortels. C’est ainsi que les Jashuriens ont apporté une grande attention au suivi et à la codification des rites symboliques pour s’assurer des faveurs divines. Le roi, outre son pouvoir symbolique, doit être juste et accomplir son devoir : la recherche des plaisirs éphémères est mal considérée par les exégètes de l’Hindouisme et du Bouddhisme. Le roi doit se consacrer à la connaissance des hommes avant la satisfaction de ses plaisirs – précepte très beau en théorie, mais clairement peu suivi dans la réalité-, car c’est lui qui doit guider son peuple vers la prospérité et la vie bonne. Les érudits de Jashurie n’ont eu de cesse que de rappeler la nécessité pour le roi de se consacrer à l’étude des textes, mais aussi à l’étude des connaissances humaines : commerce, arts, lettres, agriculture, … Ou à minima, de bien s’entourer pour mener leur pays. Il n’est pas rare qu’en Jashurie, les rois soient savants et dictent des textes qui sont passés à la postérité.
Le roi est le plus souvent un membre des castes guerrières, mais on retrouve dans l’histoire des Brahmanes qui ont obtenu ce titre. Il est communément accepté par les anciens érudits que l’ascension d’un roi au poste est due à trois phénomènes : la naissance, l’héroïsme ou le fait de conduire une armée. Toutefois, la couronne revient parfois à des individus au lignage peu prestigieux ou aux faits plus terre à terre, comme en témoignent l’ascension de certains rois issus des castes commerçantes. Si le plus souvent le roi est héréditaire – son successeur est désigné et validé par une assemblée de notables, qui entérinent la succession sous une forme presque élective. Si la plupart du temps, la succession est héréditaire afin de préserver la stabilité d’un royaume, il existe des cas où les rois n’ayant pas eu de bons résultats de leurs vivants voient leur progéniture écartée du trône. Des cas de non-hérédité existent par exemple lorsqu’un royaume est assailli de toutes parts et où la nomination d’un chef de guerre expérimenté permet de suppléer à un héritier trop jeune. Fait étonnant, les femmes sont parfois appelées à régner, notamment si elles sont les héritières légitimes.
La consolidation du trône est la principale activité du roi à l’aube de son règne. S’il est divin par la symbolique de la fonction, il est loin d’être absolu et la Jashurie médiévale regorge de seigneurs bien décidés à mener la vie dure à des souverains proclamés par des rivaux. Pour consolider son trône, tous les moyens sont bons : même les écrits philosophiques sur la bonne gouvernance n’ont pas permis d’écarter les mauvaises habitudes. Le poison, l’assassinat armé, les manœuvres politiques, … tout est bon pour écarter ou supprimer des rivaux potentiels et les rois n’ont jamais hésité à se tailler la part du lion, parfois au dépend des notables qui les avaient placés sur le trône. Si les écrits qui nous sont parvenus montrent que les rois de la Jashurie pré-yahudharma sont loin d’être des modèles de vertu et de soumission au dharma, la guerre avec les voisins n’est jamais condamnée par les auteurs antiques. Le devoir du roi est de protéger, de conquérir et d’acquérir du prestige. La violence, même offensive, est louée comme faisant partie des attributions royales et célébrée en cas de victoire. Le roi, surtout s’il est issu d’une caste guerrière, se doit d’être conquérant : son pestige auprès de son propre peuple et la succession de sa lignée en dépendent.
L’autorité du roi est loin d’être absolue, notamment auprès des prêtres, qui disposent souvent d’un statut dans le dharma plus haut que lui par la naissance. Le roi, s’il veut pouvoir gouverner, doit établir un jeu de balancier entre les castes, afin de ménager leurs susceptibilités respectives. De plus, le roi ne possède aucun pouvoir religieux avant l’avènement de l’Empire Yahudharma : cela est chasse-gardée des brahmanes. Il se conforme, comme les autres castes, aux lois du dharma et doit accomplir sa mission. Quand le roi agit, il n’agit pas en vertu d’une autorité divine, qui émanerait de lui, mais il obéit à sa prérogative en tant que représentant d’un pouvoir séculaire qui lui a été transmis et qui vise au bien-être de son peuple. Un roi qui ne remplirait pas ses fonctions serait déposé s’il montrait la moindre faiblesse. Si le roi rend la justice et est garant de la stabilité, il peut être déposé par les notables et les brahmanes s’il ne se montre pas à la hauteur et se montre cruel.
La roue du dharma ne tourne pas seule et pendant des siècles, les notables de Jashuria n’ont eu de cesse de justifier, par leurs écrits, la nécessité pour le souverain de s’entourer d’une bureaucratie et d’une administration efficace pour gouverner. Outre le fait qu’il s’agit-là d’une manière bien commode de se promouvoir socialement auprès du souverain et d’acquérir du pouvoir, la société jashurienne a rapidement eu besoin d’une administration efficace pour palier à l’absence d’ubiquité de ses souverains. Le roi ne peut se dispenser des avis de ses conseillers, des prêtres et même de ses généraux pour gouverner. Accompagné du prince héritier et du premier conseiller, le roi s’entoure d’un conseil de notables dont les écrits montrent qu’il peut aller jusqu’à une trentaine de membres, allant du Grand Argentier au chef de la garde royale en passant par les magistrats en charge de la police ou des archives royales. Si la personne du roi est sacrée, son gouvernement est guidé par l’appui de ses conseillers et si la décision finale lui revient, elle ne saurait s’exonérer de l’avis de ceux qui l’entourent. Les écrits des érudits n’ont cessé d’exhorter le souverain à s’attirer le service de gens compétents et reconnus pour leurs métiers. L’hérédité des fonctions reste commune dans certains territoires, mais régulièrement combattue par les défenseurs des examens royaux, qui ont cherché à standardiser les fonctions jusqu’au niveau des conseils royaux plutôt qu’aux échelons inférieurs.
L’administration territoriale est un sujet pris très au sérieux dès l’époque antique en Jashurie. Pour gouverner d’importantes portions de territoires et assurer la collecte des taxes, les Jashuriens ont mis en place des structures permettant de s’assurer les services d’administrateurs compétents, par le biais d’examens royaux, créant une armée d’administratifs portant l’autorité du roi dans ses territoires les plus reculés.
La province est l’unité territoriale sur laquelle s’appuient tous les rois durant la période pré-yahudharma, puis vient le district. Chaque province est généralement attribuée à un vice-roi, qui dispose de son propre conseil et pilote les troupes et l’administration au nom du roi. Ce vice-roi a autorité sur les chefs de districts et maintien l’ordre, tout en faisant appliquer les décrets royaux. Si les marches et les vassaux peuvent être dirigés un peu différemment, le principe de gouvernance est resté plus ou moins le même dans la Jashurie médiévale. Le vice-roi est appointé par le roi ou confirmé par celui-ci et il n’est pas rare que des vice-rois, déçus par leur souverain, ne cherchent à utiliser les marges de manœuvre dont ils disposent pour acquérir leur indépendance. Les grandes villes des provinces échappent parfois en partie à l’autorité du vice-roi et en répondent directement au roi, ou sont gérées par des conseils de ville constitués des notables les plus importants ou des guildes.
La défense du royaume étant la priorité du souverain, mais celui-ci ne pouvant être partout, il se doit de déléguer ses prérogatives à tout un aéropage d’officiels qui maintiennent l’ordre en son nom. Dans la tradition jashurienne, cette responsabilité échoit à deux ordres : le pouvoir administratif et le pouvoir militaire. Si le vice-roi nommé pour satisfaire le Maharaja se doit de collecter les impôts et de veiller à la sécurité des territoires, il s’appuie sur des ordres différents pour réaliser ses missions. Au sein de la Jashurie médiévale, la distinction entre le pouvoir administratif et militaire s’établit très concrètement au travers des prérequis nécessaires pour appartenir à l’un ou à l’autre. Au sein des castes administratives, ce sont les examens impériaux et / ou royaux – selon les potentats locaux, qui déterminent l’aéropage de clercs et de plumitifs travaillant sous les ordres des vice-rois. Au sein des castes guerrières, si les examens des écoles militaires n’arrivent que sur la fin du Moyen-Âge et le début de la Renaissance, les promotions se font souvent par les prouesses martiales et souvent par la naissance.
Parallèlement à ce système de nomination et de promotion par le mérite, les vice-rois avaient la possibilité de s’entourer de leurs propres conseillers, triés sur leurs propres critères. Il en résultait bien souvent une administration et un pouvoir militaire à deux vitesses, entre les personnalités nommées par le pouvoir central et les conseillers proches du vice-roi, qui disposaient souvent d’un ancrage local. Cette frontière entre pouvoir central imposant des fonctionnaires et des généraux et pouvoir local disposant de ses propres forces fut à l’origine de nombreuses rivalités au cours de la période médiévale de la Jashurie. Il n’était pas rare que les tensions soient telles que l’autorité du Maharaja soit contestée et que les meurtres politiques deviennent la norme. La plupart du temps, c’était la fidélité et la subtilité politique du vice-roi désigné pour maintenir l’autorité locale qui mettait de l’huile dans les rouages.
Face à ces situations, le Maharaja n’était pas dépourvu de solutions. Etant responsable des nominations des vice-rois, le plus simple était souvent de promouvoir un dignitaire local, capable d’organiser le territoire et de rendre des comptes, tout en y maintenant l’ordre. Etant donné que de larges portions de territoires étaient parfois coupées de la capitale par les moussons et les bandes de pillards, il devenait plus que nécessaire de s’entourer de personnes capables de tenir le coup même dans l’isolement le plus total. Les dignitaires locaux jouissaient alors de nombreux pouvoirs à la fois judiciaires et exécutifs pour mener à bien leurs missions … parfois avec le soutien des émissaires royaux rattachés au service de l’administration et des forces militaires.
Les forces militaires de la période médiévale sont rarement des professionnels, étant donné le coût de l’entretien de telles armées. Il s’agit essentiellement de milices locales, de levées et de mercenaires recrutés pour l’occasion. Si le Maharaja se devait, selon les époques, de fournir à ses provinces des forces payées avec son propre trésor, leur rôle s’est rapidement déplacé vers l’organisation et la formation des troupes locales, tant et si bien que les envoyés royaux œuvrant pour les castes militaires étaient généralement des généraux ou des officiers capables d’entrainer les milices locales ou de fournir des conseils stratégiques.
Les royaumes émaillant le Jashuria ont très tôt organisé leur régime fiscal avant l’avènement de l’Empire Yahudharma. Les Jashuriens ont compris que ce n’était pas parce que l’on augmentait les taxes que les rentrées d’argent s’avéraient nécessairement plus grande, la faute à un trop grand territoire difficile à contrôler et aux manigances de nombreux notables, toujours au fait de la meilleure manière de planquer l’argent dû au souverain. Les Jashuriens travaillant dans les administrations ont estimé, après maints essais, que les taxes et les impôts devaient être pensés dans le but d’avoir un rendement optimal de 100%. Il ne sert à rien d’écraser le peuple d’impôts si dans la semaine, les trois-quarts de l’argent et des paiements en nature disparaissaient. Si la guerre apporte son lot de butin et s’ajoute au trésor, les royaumes de Jashurie ont préféré établir un système portant sur la maximisation des profits par une fiscalité assurée de faire rentrer l’argent autrement que par le tabassage en règle et l’extorsion de la population.