22/06/2018
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Comprendre le Royaume de Teyla - Textes sur la pensée teylaise

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La Souveraineté, une vision teylaise.
  • La souveraineté est l'affaire de tous, une réponse à la lettre kartienne - I

  • Le texte est une réponse à la critique émise par Fern Hossein, politicien kartien, concernant le Royaume de Teyla et son entrée au sein de l'Organisation des Nations Démocratiques. Le texte répond à la question suivante : malgré le fait que le Royaume de Teyla soit membre de l'Organisation des Nations Démocratiques, est-il toujours une nation souveraine ? Cette question est posée par Fern Hossein dans un contexte de forte tension en Eurysie centrale, notamment autour de l'Hotsaline et de l'Altrech. Le texte de Michel Surfais dénonce une vision kartienne qui ne prend pas en compte les spécificités culturelles teylaises tout en omettant, volontairement pour poursuivre un agenda politique, le processus ayant permis au Royaume de Teyla de devenir membre de l'Organisation des Nations Démocratiques. Il défend que les débats dans l'opinion publique, au sein du Parlement suivis d'un vote de ratification par l'Assemblée nationale démontrent que ce fut un processus démocratique n'enlevant rien à la souveraineté teylaise car le peuple teylais a décidé.

  • La souveraineté est l'affaire de tous, une réponse à la lettre kartienne - II

  • La deuxième partie du texte en réponse au texte émis par Fern Hossein, politicien kartien, se concentre sur les critiques concernant le comportement du Royaume de Teyla en Eurysie centrale qui opposait au départ l'Hotsaline à l'Altrech puis qui s'est étendu à travers des grandes puissances (Royaume de Teyla, Communes Unies du Grand-Kah) et des puissances régionales comme la Fédération des Peuples d'Estalie ou l'Illirée. Michel Surfais rejette fermement la vision manichéenne et simpliste que Fern Hossein porte sur le conflit en Eurysie Centrale, l'accusant de privilégier ses fantasmes personnels à une analyse géopolitique rigoureuse. Il réfute la qualification de "nations autoritaires" pour le Royaume de Teyla et l'Hotsaline, rappelant que ces deux États fonctionnent selon des principes démocratiques et parlementaires, l'Hotsaline disposant même de mécanismes contre la concentration du pouvoir. Il déconstruit le mythe qui veut que les régimes autoritaires aient une liberté totale d'action alors qu'ils doivent gérer des factions internes.

    L'auteur replace le conflit sous le prisme de la Realpolitik et le rapport de force. L'action de l'Hotsaline est présentée non comme une agression gratuite, mais comme une mesure préventive face au coup d'État en Altrech surement influencé par des forces extérieures comme les Communes-Unies du Grand-Kah dont la présence d'un Groupe Aéronaval Kah-tanais dans la zone est considérée comme suspecte par l'auteur. L'auteur teylais revient longuement sur la position de Fern Hossein qui est juste cynique, selon lui, anticipant une défaite teylaise dans le conflit militaire. Il estime que la position kartienne ne permet pas de dire que Karty est une puissance régionale.


La légitimité d'un régime, vision teylaise.
  • La construction de la légitimité d'un régime - I

  • Dans une longue série de textes, Jeanne Louvre, enseignante-chercheuse à l'université de Manticore, revient sur la légitimation des régimes du Royaume de Teyla depuis la fin de la guerre civile en mille huit cent soixante-six. Dans ce premier texte, elle revient sur la courte période allant de mille huit cent soixante-six à mille huit cent soixante-dix. En outre, elle expose que la victoire militaire de Raymond VI impose une refonte totale de la légitimité politique au Royaume de Teyla. Raymond VI rejette la faute des conflits internes (terme utilisé par Raymond VI) sur les anciennes autorités (Église, Classe marchande, etc.). En réponse, il cherche à imposer une monarchie constitutionnelle avec un pouvoir royal toujours fort, mais également avec un Parlement renforcé, avec une nouvelle chambre, l'Assemblée nationale. Aussi, il change son titre en devenant le Roi des Teylais selon la Proclamation du 12 février 1866.

    Elle définit que les nouvelles institutions devaient bâtir leur propre légitimité, comme l'Assemblée nationale. Pour cette dernière, cela passa par l'Acte de Garantie de mille huit cent soixante-huit qui donna le commandement d'une garde au Président de l'Assemblée ancrant l'indépendance de l'Assemblée vis-à-vis du pouvoir royal. Alors que des tensions entre le Roi et l'Assemblée existaient et ont existé. Cet ensemble constituant le nouveau régime s'est construit dans un environnement sécuritaire dégradé par dix-huit années de guerre civile, la multiplication des famines, maladies et épidémies. Il en résulte une insécurité chronique, comme les bandes de brigands nommées les "Brenusiens". Le rétablissement de l'ordre public est devenu un enjeu politique central pour légitimer le retour de l'État central contre les velléités féodales.
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La souveraineté est l'affaire de tous, une réponse à la lettre kartienne. - I
Réponse à cette lettre

Auteur : Michel Surfrais.
Date de Parution : 22/01/2018.
Catégorie : Géopolitique.
Lieu de Publication : Le Globe Diplomatique et Publication mensuelle de l'Université de Manticore.



« Qu'importe le lieu où est forgée l'unité, la sagesse de celle-ci réside dans sa capacité à venir du peuple et nul ne peut changer cela. »
Catherine III, première déclaration de Catherine III en tant que Souveraine du Royaume de Teyla, après le décès de son père.


Cher Fern Hossein,

En tant qu'intellectuel et penseur teylais, je vous remercie pour votre lettre, vos lettres et celles de vos collègues. À bien des égards, celles-ci offrent un cadre de réflexion pertinent sur le Royaume de Teyla. Les désaccords sont nombreux et même profonds, je dois bien l'avouer. Vos analyses, bien que critiques, soulèvent des questions essentielles sur la gouvernance, les alliances et la perception internationale, et je les accueille comme une invitation précieuse au dialogue et à la remise en question de tout système et de toutes pensées. L'humanité a avancé lorsqu'elle a su se remettre profondément en question. C'est un phénomène qu'on observe lorsqu'une nation perd une guerre. Souvent les historiens trouvant les causes de la défaite y voient un conservatisme du régime en place qui n'a pas su faire les bonnes réformes alors que le vainqueur a, lui, su faire preuve d'un certain progressisme. Mais l'observation ne s'arrête pas là. Lorsqu'un régime est défait, bien souvent, ce dernier se relève et entame les réformes militaires, économiques, etc. qui auraient dû faire depuis bien longtemps. C'est ainsi que la remise en question est une nécessité et que je vous remercie pour vos précieuses lettres et ouverture au dialogue.

Permettez-moi de commencer par un point essentiel dans votre réflexion. Malgré la pertinence de vos propos, ces derniers semblent souffrir d'un point que je suis obligé de soulever. Prenons le cas de la souveraineté nationale. Un élément d'importance depuis que l'État-nation est né en tant qu'entité politique, la souveraineté, bien toujours dans la tête des hommes, ne fut jamais au niveau de l'État. Ce phénomène est récent, entre deux cents ans et trois cents ans. Vous dites que l'Organisation des Nations Démocratiques serait asservie vis-à-vis de l'Organisation des Nations Démocratiques. À bien des égards, vous omettez, avec une naïveté touchante qui force presque le respect, les fondements mêmes de cette alliance. Tout comme vous présentez une particularité culturelle comme une opinion, une réalité qui arrive bien souvent et qui démontre un manque de compréhension, si ce n'est d'ouverture sur le monde.

La Souveraineté de l'État-nation est le fruit d'un débat constant au Royaume de Teyla, comme le démontrent les archives nationales. En effet, dès le début du nouveau régime, à savoir la monarchie constitutionnelle, les députés s'alertent sur la capacité du Royaume de Teyla à être réellement souverain. Les raisons vont d'un domaine à l'autre. Il est normal pour un pays qui sort de dix-huit ans de guerre civile de voir sa souveraineté remise en cause par les puissances étrangères. Ces débats sont aujourd'hui d'actualité au Royaume de Teyla. Ici les archives de l'Assemblée nationale le démontrent. L'esprit teylais n'est pas enfermé dans un prisme, il est ouvert aux différentes opinions. Lorsque Antoine Carbasier, alors Premier ministre de Sa Majesté, soumet au vote, et donc au débat, au Parlement les textes fondateurs de l'Organisation des Nations Démocratiques les opinions divergent au sein de la chambre basse et dépassent les postures politiques dans la chambre haute qui n'est pas organisée en groupe politique comme sa consœur. Cette pluralité s'explique par la nature même de notre souveraineté, qui n'est pas une entité figée mais un processus dynamique, constamment redéfini par le dialogue et le consensus démocratique, même face aux défis posés par nos adversaires sur la scène internationale.

La souveraineté d'une nation diffère des pratiques culturelles agissant dans les différentes contrées du monde. Il m'est apparu durant mes recherches que la souveraineté pour un Kartien dépendait avant tout de la force brute de la nation kartienne. Une vision du monde qui diverge du Royaume de Teyla. Toutefois, bien que je sois en désaccord avec la vision de la souveraineté teylaise, je ne présente pas la souveraineté teylaise comme la seule définition de la souveraineté qui a vocation à être véridique. Le ton de votre texte, en ce point, est problématique. Car si vous êtes en droit d'exprimer vos convictions, et même de les fonder sur une perspective culturelle qui vous est propre, vous semblez trop souvent ériger cette perspective en vérité universelle, manquant d'une certaine humilité face à la diversité des conceptions qui façonnent la gouvernance des nations. Cette tendance à universaliser votre propre vision, en dépit des spécificités historiques et politiques qui animent d'autres peuples, comme le nôtre, risque de miner la richesse du dialogue que vous appelez de vos vœux.

Présenter l'asservissement teylais envers l'entité onédienne sans remettre dans le contexte ladite création de l'Organisation ou encore les particularités culturelles du Royaume de Teyla est trompeur pour quiconque chercherait une compréhension approfondie des choix du peuple teylais et pourquoi ces choix ne sont pas vus comme un asservissement, mais au contraire comme un renforcement de la Souveraineté du Royaume de Teyla. Votre réflexion ignore complètement le contexte géopolitique dans lequel se trouvait le Royaume de Teyla à l'époque et ignore complètement que cette adhésion, plutôt création de l'Organisation, est bel et bien le fruit d'un débat démocratique, de débats publics et parlementaires qui se placent dans un environnement et un processus entièrement démocratique.

Il est essentiel, alors, de replacer quelques éléments de contexte importants. Tout d'abord, l'Organisation des Nations Démocratiques est née d'un processus lent, mais diplomatique. Le Royaume de Teyla avec la République Faravanienne, selon plusieurs sources politiques et diplomatiques et les rapports officiels et publics, ont discuté de l'intérêt de réunir des nations démocratiques et partageant les mêmes valeurs, face aux diverses menaces (j'y reviendrai) auxquelles faisaient face les nations démocratiques. Les deux nations mentionnées plus tôt se sont penchées sur des textes qui pourraient rassembler des nations, sans les imposer, cela va de soi. La conférence de Manticore qui a duré plusieurs semaines est l'aboutissement de ce processus où les textes, discutés au préalable avec l'ensemble des nations invitées. Si la Conférence de Manticore a duré aussi longtemps, c'est que les discussions sur le contenu des deux textes fondateurs, dont le traité de Manticore, ont continué durant cette conférence avec divers désaccords. Toutefois, un consensus a fini par se dégager et les textes ont pu être soumis au débat et à la ratification.

Toutefois, ma formulation est mauvaise. Le débat avait lieu avant, à bien des égards. N'oublions pas que les nations de cette organisation sont des nations démocratiques et que la presse est libre de se renseigner sur le contenu des textes, ce qu'elle n'a pas manqué de faire. Les dirigeants et diplomates faisaient des déclarations à la presse, presque chaque heure, finissant par assommer les journalistes à cause d'un manque de sommeil. De plus, c'est oublier que le Gouvernement Carbasier I n'avait qu'une majorité relative à l'Assemblée nationale et que donc la ratification a dû se faire sur la base d'un consensus. J'omettrai le fait que la culture de compromis à l'échelle locale au regard des modes de scrutin à la proportionnelle a toujours eu pour conséquence un dialogue constant entre le Gouvernement de Sa Majesté issu d'une majorité et les oppositions qu'elles soient majoritaires ou relatives dans l'hémicycle. L'ensemble du pays était pour la ratification des textes et les sondages récents montrent une légitimation plus forte de l'Organisation des Nations Démocratiques qui est perçue comme un moyen de s'assurer de la sécurisation de la Souveraineté teylaise.

Dorénavant, permettez-moi de revenir sur le contexte géopolitique de l'époque. En outre, le Royaume de Teyla faisait face à des menaces et une plus particulièrement inquiétante. Le Royaume de Teyla et les teylais n'oublient pas que la nation teylaise subissait des pressions de plus en plus fortes et hostiles de la part de la Loduarie Communiste. Entraînements à la frontière teylaise, sans avertissement au préalable, laissant le suspense quant aux intentions de la Loduarie Communiste qui aboutira sur l'assassinat, reconnu par les autorités loduariennes, de deux teylais sur le territoire Loduarien. En outre, la nation teylaise n'avait pas les moyens militaires, seule, pour assurer la défense de son territoire. Comme l'a toujours fait le Royaume de Teyla, divers sommets entre le Royaume de Teyla et la Loduarie Communiste ont été organisés, le Royaume de Teyla a toujours le chemin du dialogue avec la Lodaurie Communiste. Toutefois, il devait se prémunir si ce dialogue échouait. La population et les politiques en avaient conscience. C'est pourquoi, la création de l'Organisation des Nations Démocratiques n'est pas vue comme une perte de souveraineté mais comme une sauvegarde de la souveraineté teylaise.

L'Organisation est avant tout une alliance militaire et non une alliance économique. Le Royaume de Teyla est toujours souverain quant à l'utilisation de ses forces armées et personne ne peut décider de l'action de l'armée teylaise si cette personne n'émane pas du Gouvernement de Sa Majesté (Premier ministre, Ministre des Armées et de la Défense Nationale) ou encore de Sa Majesté Catherine III. Nos engagements au sein de l'Organisation des Nations Démocratiques sont cadrés par des textes et protocoles qui sont on ne peut plus clairs qui respectent la prérogative de chaque État membre sur ses forces armées. C'est une alliance et non une fusion de nations.

Cette première partie est longue, je reviendrai sur les autres éléments de votre lettre, cher Fern Hossein, prochainement.


Source(s) :
Lettre d'un des députés au Premier ministre de l'époque.
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La souveraineté est l'affaire de tous, une réponse à la lettre kartienne. - II
Réponse à cette lettre

Auteur : Michel Surfrais.
Date de Parution : 23/01/2018.
Catégorie : Géopolitique.
Lieu de Publication : Le Globe Diplomatique et Publication mensuelle de l'Université de Manticore.



« Qu'importe le lieu où est forgée l'unité, la sagesse de celle-ci réside dans sa capacité à venir du peuple et nul ne peut changer cela. »
Catherine III, première déclaration de Catherine III en tant que Souveraine du Royaume de Teyla, après le décès de son père.


Cher Fern Hossein,

Permettez-moi de revenir sur les éléments de votre lettre concernant le conflit en Eurysie Centrale. Ce conflit déchaîne les passions. J'ai vu dans beaucoup de publications des personnes tout à fait respectables, allant dans une direction sans voir la complexité du conflit qui a lieu en Eurysie Centrale, afin de confirmer les fantasmes ancrés au plus profond d'eux. Il est bien trop facile, et même tentant, de réduire des situations géopolitiques complexes à des schémas manichéens où les bons et les méchants sont clairement identifiables, où chaque action a une cause unique et une conséquence facilement observable. Les simplifications abusives, que je constate bien trop souvent avec mes collègues sur le conflit en Eurysie Centrale, éloignent les personnes des dynamiques à l'œuvre, mais aussi des causes ayant provoqué le conflit. Les questions que vous posez, bien que légitimes, souffrent de cette simplification du conflit et les questions que vous posez ne sont pas accompagnées d'éléments probants, la vérité des faits que vous tentez d'imposer, réduisant la qualité du débat et de la discussion.

Vous parlez des nations autoritaires et non démocratiques. Je dois l'avouer, je ne vois pas pourquoi votre lettre en fait référence. Le Royaume de Teyla, comme le démontre sa constitution et la réalité des pratiques du pouvoir, répond à un régime parlementaire avec une idéologie de démocratie libérale. Quant à l'Hotsaline, la seconde nation qui est mentionnée dans votre lettre, celle-ci répond aux mêmes principes, bien que je doute de l'adjectif libéral. Mais toutefois, l'Hotsaline répond aux principes d'une démocratie et reste un régime parlementaire. La présidence de l'Hotsaline est une présidence tournante, qui tourne toutes les années, ce qui empêche l'accaparement et une concentration des pouvoirs. Le régime est avant tout parlementaire avec de nombreux représentés et avec actuellement une coalition de divers partis au pouvoir. La nation Hotsalienne est bien plus démocratique de ce que pouvait être, à titre de comparaison, les précédents régimes de la nation kartienne avant sa récente guerre civile.

Vous vous trompez quant à la liberté d'action des régimes autoritaires. Ceux-ci ont peut-être une liberté d'action plus importante que les nations démocratiques (j'en doute), mais cette liberté n'est pas totale et elle est tout de même restreinte. En outre, les régimes qui concentrent les pouvoirs au sein d'un même et seul homme ou femme doivent respecter et écouter les diverses factions internes. Ainsi, les réformes étatiques engagées, le remplacement des proches des anciens dirigeants, n'est que très rarement brutal et total. Ces réformes et ces remplacements sont exercés sur le temps long afin de s'assurer de la loyauté des institutions clés, notamment l'armée et les services de renseignement, sans provoquer de rupture systémique brutale qui pourrait leur être fatale. Un dirigeant, aussi absolu soit-il dans sa fonction, qui ignorerait ces contre-pouvoirs officieux ou tenterait de briser les factions internes du jour au lendemain, signerait son propre arrêt de mort politique et au sens premier du terme "mort". Ainsi, les régimes dont vous faites l'analyse, qui se révèle fausse à mes yeux, à laquelle vous attachez une liberté d'action totale est un mythe qui doit se terminer pour la qualité du débat.

Dès lors que vous appliquez votre grille d'analyse et de lecture sur le conflit en Eurysie centrale, l'analyse que vous faites et les questions que vous posez ne sont pas les bonnes ou souffrent d'un manque cruel de vérité et d'un manque profond de réflexion. N'oublions pas que le conflit en Eurysie centrale n'est pas un conflit dans lequel un mal et un bien sont identifiables clairement. Il semble, à en écouter les divers observateurs géopolitiques de nationalités différentes, que les deux camps ont leurs propres torts et propre légitimité à engager les actions qu'ils engagent. Vos déclarations sonnent comme celle d'un ultra d'un club de football. Il est dommage que votre position ressemble à cela alors que le conflit en Eurysie centrale s'explique davantage par une grille de lecture de rapport de force ou de Realpolitik pour utiliser un anglicisme né d'un désaccord profond sur la légitimité du régime politique né d'un coup d'État des Communes-Unies de l'Altrech.

Cette lecture à travers un rapport de force en premier lieu, et non comme un combat idéologique, bien que je n'oublie pas que cette notion fait partie du conflit en Eurysie Centrale est pertinente si nous prenons en compte que le Royaume de Teyla avait la nécessité de répondre à l'activation de la clause de défense, afin de démontrer qu'il répondrait à toute activation de l'article du deuxième texte fondateur de l'Organisation des Nations Démocratiques. Pour les nations communalistes et communistes la réponse était nécessaire, face à une attaque contre les Communes-Unies d'Altrech, afin de démontrer que le bloc de l'Internationale Libertaire présente un contre-projet face au bloc de l'Organisation des Nations Démocratiques et l'Organisation des Nations Commerçantes. Pour que ce bloc puisse se constituer, il doit convaincre qu'il interviendrait pour protéger tout régime attaqué par une nation d'un des deux blocs libéraux.

C'est dans ce cadre précis que l'intervention de l'Hotsaline, loin d'être un acte gratuit d'agression unilatérale ou une manifestation d'un supposé régime "obscur", doit être comprise. Elle s'inscrit dans une logique de préemption face à ce qui était perçu comme une menace imminente pour la République d'Hotsaline suite à un coup d'État en Altrech et dont la guerre civile avait fait de nombreux morts et suicides. Les réactions du nouveau régime en Altrech ne pouvant pas être anticipées, les autorités politiques de l'Hotsaline ont voulu anticiper en réduisant les capacités de projection des Communes-Unies de l'Altrech, dont le coup d'État est très certainement soutenu par des régimes étrangers, comme le tend à démontrer la présence d'un groupe aéronaval Kah-tanais au moment du coup d'État. Dans ce contexte, et pour revenir à la question de la "liberté d'action" des régimes et à votre critique d'une prétendue "indignation à géométrie variable" de la part du Royaume de Teyla, il est impératif de replacer les faits dans le cadre que j'ai évoqué précédemment, celui d'un rapport de force.

Le déploiement de forces teylaises en Kresetchnie, cité dans votre lettre, vise, et je suis sincère en disant cela, au maintien de la paix et à la stabilité dans la région. Au regard des propos du ministre des Affaires Étrangères dans une Conférence, le Royaume de Teyla a émis des réserves quant aux actions de l'Hotsaline et la réponse teylaise n'a eu lieu, car précisément la réponse non proportionnelle, le non-avertissement de l'attaque de la Fédération des Peuples d'Estalie et de ses partenaires envers les forces teylaises, ce qui aurait aidé à la compréhension des intentions de la coalition autour de la Fédération des Peuples d'Estalie. La non-proportionnalité de l'attaque est un élément essentiel de la réflexion teylaise qui justifie son intervention. Cette non-proportionnalité, pourtant un élément d'importance à maîtriser, s'est traduite par une menace envers plusieurs nations de la région, menace à laquelle ne pouvait rester indifférent et passif le Royaume de Teyla et face à la dégradation évidente de la stabilité en Eurysie centrale, déjà bien affaiblie par divers évènements dont le coup d'État en Altrech.

En sortant de votre indignation bien trop sélective, la position du Royaume de Teyla, dans ce conflit, provient d'une analyse tout à fait pragmatique de la situation en Eurysie Centrale. Si des reproches sont à faire au Royaume de Teyla dans cette affaire et Dieu sait qu'il y en a je vous le concède cher Fern Hossein, ils ne sont pas à faire sur un dilemme moral entre le bien et le mal ni même sur la volonté de préserver la stabilité de l'Eurysie Centrale, mais bel et bien sur les conséquences de l'intervention teylaise elle-même. C'est ici que les questions pertinentes, en ne voulant pas imposer son récit à travers une analyse complètement fallacieuse, peuvent être posées envers tous les acteurs du conflit et y compris sur la non-participation de la nation kartienne au conflit. D'une phrase, j'estime que la non-participation de la nation kartienne au conflit remet en cause son statut de puissance régionale et remet en cause notamment sa crédibilité.

Nous pouvons, et devons, discuter de l'impact à long terme de nos actions (il est teylais, donc comprendre actions teylaises), des réactions en chaîne qu'elles ont pu provoquer, ou encore de l'efficacité de nos moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs de paix et de stabilité. Mais ces discussions doivent être menées avec la pleine reconnaissance que les motivations initiales étaient légitimes et ancrées dans une évaluation rationnelle de la situation et des engagements du Royaume y compris concernant la volonté de défendre, indirectement et sur le moyen terme, la République Impériale de Karty.

D'un point de vue plus cynique, votre propos ignore la réalité des États, et j'ose espérer qu'en tant que politicien de la nation kartienne, vous avez omis ce fait volontairement afin d'éviter de flirter avec le ridicule. Mais les États-nations ne sont pas des arbitres de la morale absolue sur la scène internationale. Les États sont bien entendu des entités qui répondent en fonction de leur intérêt et ceux de leurs alliés. C'est ce qu'a fait la République Impériale de Kart en refusant d'intervenir à la suite d'une demande teylaise, si j'en crois vos différentes lettres. Le Gouvernement kartien n'est pas opposé au conflit car la morale indiquait de s'y opposer, nous savons que les Kartiens n'ont de morale que lorsqu'elle va dans leur intérêt. Le Gouvernement kartien s'est refusé à intervenir dans le conflit car il pensait que le conflit allait entraîner le Royaume de Teyla vers les tréfonds, qu'il allait subir une défaite militaire en somme.

Votre missive sur ce point-là est parlante parce que vous affirmez : "Voyant que son intervention ne paiera, le Royaume de Teyla essaya en vain d'entraîner ses alliés dans sa chute." Permettez-moi de rectifier votre projection et qui semble à travers votre formulation, apparaître comme l'analyse du Gouvernement kartien à l'époque. Vous présentez ici votre propre analyse de la situation et votre propre projection des conséquences qu'aura le conflit en Eurysie centrale, comme étant la position officielle du Royaume de Teyla. C'est un tour rhétorique habile, mais qui ne me trompe point.

C'est précisément cette grille de lecture cynique et opportuniste que vous projetez sur le Royaume de Teyla, qui décrit mieux la logique de non-intervention de votre propre nation. En lisant votre lettre, il est flagrant que votre analyse politique semble souffrir d'une influence du Gouvernement kartien de l'époque. En n'intervenant pas auprès d'un de ses partenaires le plus fidèle, la République Impériale de Karty a agi non pas par inquiétude morale mais bel et bien par pur cynisme et à travers un calcul des plus opportunistes. Où la défaite militaire, étant selon les analyses du Gouvernement kartien une évidence, justifierait leur abstention. Une telle position envoie un message désastreux à l'ensemble des partenaires de la République Impériale de Karty et à l'ensemble des nations de la région.

En guise de conclusion, cher Fern Hossein, un conflit ne peut être résumé de manière simpliste et votre affirmation fausse sur la liberté d'action des régimes autoritaires, point de départ de votre réflexion et de votre questionnement, pose, sincèrement, la question de votre honnêteté intellectuelle. Vous semblez, à bien des égards, chercher à défendre la nation kartienne plutôt qu'émettre un avis objectif sur les actes de tous les acteurs dans le conflit qui se joue sous nos yeux en Eurysie centrale.
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La construction de la légitimité d'un régime - I

Auteur : Jeanne Louvre.
Date de Parution : 29/03/2018.
Catégorie : Politique.
Lieu de Publication : Le Globe Diplomatique et Publication mensuelle de l'Université de Manticore.



« Il ne peut pas exister de régime politique sans légitimité. Mais, il peut exister de la légitimité sans régime politique. »
Hugot Gurion, philosophe teylais.


Dans l'histoire au sens large, c'est-à-dire, à toutes les époques, les hommes prenant la place d'un autre après une trahison, une guerre, ont cherché à légitimer leur nouvelle place, trouvée dans un environnement la plupart du temps hostile. Cette quête de stabilité ne relève pas uniquement de la vanité du vainqueur, mais d'une nécessité politique absolue. Cette vérité absolue n'est pas devenue une vérité du passé lorsque l'évolution a fait en sorte que les régimes politiques et les nations (États-nations) remplacent les hommes. La complexité des structures de nos sociétés actuelles, la libéralisation des moyens d'informations et d'éducation, ont rendu la tâche de légitimation d'autant plus nécessaire qu'elle s'est complexifiée dans sa réalisation au fil de la démocratisation des moyens d'informations et des libertés acquises, comme la liberté d'expression.

On pourrait remonter loin dans le passé, mais pour expliquer les origines de la construction d'une légitimation du régime teylais, nous pouvons décemment accepter de remonter jusqu'à la guerre civile teylaise, dans le cas précis du Royaume de Teyla. En outre, après dix-huit années de guerre civile, mais pas dix-huit années de guerre ininterrompue, Raymond VI, de la dynastie Courvoisier, finit par gagner cette guerre civile par une victoire militaire, après un siège de Manticore (la capitale à l'époque) sanglant. Cet événement provoquera de véritables questionnements pour Raymond VI sur la nature de sa mission, sa relation au peuple et sur la nature que doit être le régime du Royaume de Teyla, lorsqu'il aura mis devant le fait accompli de sa victoire ses adversaires.

L'idée première de ce qui sera en mille huit cent soixante-huit d'une monarchie renouvelée sous le sceau de la constitutionalité est que les anciennes autorités légitimes qui ne sont pas la Couronne (Église, Marchands, Noblesse), sont en partie responsables des conditions qui ont amené à l'éclatement de conflits intérieurs au Royaume de Teyla. La Proclamation du 12 février 1866 est à ce titre éloquente. La Proclamation qui met en avant la figure Royale avec un "je" met fortement en cause les anciennes autorités qu'il décrit comme des autorités qui se sont "inclinées, non pas devant l'idée de la Nation, mais devant mes armées victorieuses. Elles ont vu la force, et cette force a suffi à faire rompre leurs convictions." Les propos violents à l'encontre des anciennes autorités sont dus à la pensée du Souverain Raymond VI. En effet, on retrouve dans plusieurs correspondances personnelles du Souverain, des déclarations explicites ou implicites qui permettent d'affirmer que Raymond VI estimait que les anciennes autorités étaient les responsables de l'affaiblissement de la Couronne et des conflits internes qui ont gagné le pays.

Du constat tiré par Raymond VI, l'ancien régime ne pouvait être reconduit dans le pays. Il fallait inventer un nouveau régime politique et de ce fait revoir le récit de la légitimité de ce régime, des institutions de celui-ci et de la personne l'incarnant. Des changements majeurs en perspective. Le premier de tous était bien entendu concernant la personne incarnant ce nouveau régime. Cette personne, sans aucun doute possible car poussant pour des changements profonds et progressistes pour l'époque, n'était nul autre que Raymond VI, Souverain et chef de l'État du Royaume de Teyla. Bien que le nouveau régime ne basculât pas dans un régime républicain (camp en progression dans le pays), le Souverain, l'autorité suprême, changea sa titulature même. Dans un geste d'une portée symbolique considérable, Raymond VI abandonna l'antique formulation de "Roi de Teyla", qui impliquait une propriété féodale sur le territoire et une autorité de droit divin, pour se proclamer désormais "Souverain des Teylais".

Cette nuance sémantique, loin d'être anecdotique, marquait une rupture fondamentale dans la philosophie politique du Royaume. En devenant le roi des Teylais, Raymond VI signifiait que son autorité et sa légitimité n'émanaient plus d'une puissance foncière, d'une légitimation divine ou encore de la légitimation historique, parce qu'il était le descendant légitime du précédent Souverain qui était lui-même le descendant légitime du précédent Souverain. Ainsi de suite. Reconnaître dans la Proclamation du 12 février 1866 qu'il était le "Souverain des Teylais" en opposition aux anciennes autorités, change fondamentalement la place du peuple dans la légitimation du nouveau régime. Est-ce là une légitimation populaire ? En partie. Le Royaume de Teyla n'est pas devenu, à cette époque-là, et encore aujourd'hui, une monarchie élective.

Bien que le régime subisse une démocratisation, comme nous le verrons dans les propos qui suivront, le titre et la fonction de Roi n'en restent pas moins héréditaires. La légitimation du Souverain teylais passe à la fois par la tradition "ancestrale" mais aussi par une forme "populaire" à travers le changement de formule. Raymond VI est devenu le premier Roi des Teylais et non Roi de Teyla. Cette dualité est l'effet recherché par Raymond VI dans la conception du pouvoir qu'il avait. Le Royaume de Teyla, au regard des tensions qui le traversaient, devait avoir à la tête du pays une figure qui transcende les clivages politiques et devait se protéger de l'instabilité des factions politiques, religieuses qui en partie avaient provoqué les conflits intérieurs selon Raymond VI.

L'hérédité de la fonction Royale changeait aussi de dimension. D'un symbole de caste et de privilège (toujours présent) Raymond VI et ses successeurs s'empressèrent de transformer l'hérédité de la fonction comme une nécessité pour permettre au Roi d'être au-dessus des factions politiques, des tensions et des conflits qui traversent la société teylaise. Il fallait à la Famille Royale appuyer leur position auprès de la population et des élites du Royaume de Teyla alors que la guerre civile a largement abimé l'image de la monarchie et permis l'émergence, toujours plus grande, d'un camp républicain. C'est dans cette optique de survie politique que s'est opérée cette double légitimation de la Monarchie et du Monarque. Pour contrecarrer la rhétorique républicaine qui assimilait la monarchie à l'arbitraire et au caprice d'un seul homme, Raymond VI et les théoriciens du nouveau régime ont développé la doctrine du "Roi arbitre des conflits internes".

Les lois constitutionnelles qui naissent dès mille huit cent soixante-sept donnent des droits et pouvoirs politiques au Souverain qui est aussi le chef de l'État. La logique de Raymond VI n'est pas contredite et l'idée qu'un Roi élu serait forcément un être à la solde d'une faction politique gagna avec aisance l'entièreté de la droite royaliste et une majorité de la gauche royaliste. Mais cette idée, resta tout de même débattue pendant de longues années, encore aujourd'hui en deux mille dix-huit. Les pouvoirs politiques qu'ont eu les Souverains jusqu'en mille huit cent quarante-huit furent une bénédiction pour la Dynastie Courvoisier. Cela permit de renforcer la légitimité du discours porté par les Souverains Courvoisier et la propagande du pouvoir royal quant à la légitimation de la Monarchie et de la fonction suprême, à savoir le Roi.

Outre la légitimation du pouvoir royal, le nouveau régime devait légitimer ses nouvelles institutions ou la préservation de certaines des autorités et institutions de l'ancien régime conspuées par Raymond VI dans sa proclamation du 12 février 1866. La première des institutions qui devait être légitimée est bien entendu le Parlement Teylais constitué nouvellement par l'Assemblée nationale et anciennement par la Chambre des Nobles. C'est dans cette optique de légitimation du Parlement teylais, mais surtout, de l'Assemblée nationale que l'idée de l'Acte de Garantie émergea et aboutit en mille huit cent soixante-huit permettant une légitimation de l'Assemblée nationale. En outre, l'Assemblée nationale, à travers l'Acte de garantie, se donne le droit et le pouvoir militaire en assurant l'indépendance d'une garde rattachée au Président de l'Assemblée nationale. Cet acte fondateur, et même précurseur, légitime l'Assemblée nationale par l'indépendance et par la loi.

Elle réaffirme solennellement que la représentation nationale n'est pas une simple chambre d'enregistrement subordonnée au bon vouloir du Souverain. Cet Acte de Garantie prend racine après plusieurs tentatives de coercition du Roi Raymond VI vis-à-vis du Parlement. Raymond VI voulait imposer sa vision plus progressiste du Royaume de Teyla et d'un régime politique au Parlement, créant un paradoxe, mais toujours est-il que l'Assemblée nationale et la Chambre des Nobles étaient conservatrices. Ce paradoxe est fascinant car il inverse les schémas classiques de l'historiographie politique. Là où l'on s'attendrait à voir un parlement progressiste arracher des libertés à un monarque conservateur, ce pan de l'histoire teylaise nous donne le récit d'un monarque qui se bat contre un Parlement.

Outre le fait que l'Acte de Garantie est légitimé par la loi, il résulte de l'Acte de Garantie une légitimité par l'équilibre entre le pouvoir législatif et le pouvoir monarchique. En ne compromettant pas l'Acte de Garantie, à travers le veto royal, Raymond VI a fortement limité les moyens de coercition et de pression royale mais il a offert une cohérence institutionnelle nécessaire pour que les plaies de la guerre civile puissent être recousues. D'une part, le Souverain démontrait qu'il n'était pas un tyran, puisqu'il permettait l'existence d'un contre-pouvoir armé. D'autre part, le Parlement, en acceptant cet Acte, reconnaissait implicitement la Constitution et, par extension, la nouvelle forme de la monarchie.

La légitimité du nouveau régime du Royaume de Teyla ne se construit pas dans une période de calme, mais dans une forte période de tension politique durant laquelle les différentes idéologies et différentes factions politiques s'affrontent. La force publique, dont je ne reviendrai pas sur la constitution et l'organisation ici, devait faire face à plusieurs troubles sécuritaires de sources différentes. Les années post-guerre civile sont, hélas, parlantes sur les conditions intérieures du Royaume de Teyla. En effet, on retrouve plusieurs cas de famines, de maladies et d'épidémies, trouvant un terreau fertile dans les populations affaiblies et les déplacements massifs de réfugiés fuyant les zones de combats. À cette crise sanitaire et alimentaire s'ajoutait une insécurité chronique liée à la démobilisation partielle et souvent désordonnée des troupes. Ces crises successives et continues contribuaient à créer un sentiment, encore plus grand, d'abandon des classes paysannes, encore très majoritaires au Royaume de Teyla, envers le pouvoir monarchique.

Les soldats démobilisés graduellement durant l'année mille huit cent soixante-six à mille huit cent soixante-huit ont créé des problèmes sécuritaires supplémentaires. Lorsque des troubles à l'ordre public apparaissaient dus à des famines, des maladies ou d'autres facteurs sociaux, ces anciens combattants, rompus au maniement des armes et souvent désensibilisés par près de deux décennies de conflits, n'hésitaient pas à prendre la tête des émeutes. Ils apportaient à des soulèvements paysans ou urbains, traditionnellement désorganisés, une discipline militaire et une capacité tactique qui effrayaient les autorités locales. Outre ce type de problème sécuritaire, on retrouva des "bandes errantes" constituées de brigands ordinaires, de pilleurs formés durant la guerre civile mais également, dorénavant, d'anciens militaires qui peinaient à gagner leur vie, des anciens mercenaires. On retrouve toute une gamme de paysans ruinés ayant basculé dans le brigandage. Ces bandes criminelles nommées par la presse "Brenusiens" du nom d'un leader de renom d'une des bandes criminelles qui agissait à la frontière teylo-velsnienne.

Cette nouvelle donne fit peser un danger conséquent sur l'action politique du nouveau régime et sur l'autorité royale. Ces multiplications de bandes et l'augmentation de la criminalité, étaient l'un des dangers pour le nouveau pouvoir en place. C'est cette criminalité qui donna, en partie, selon divers historiens, la victoire aux royalistes conservateurs en mille huit cent soixante-six, lors de la première élection. La réponse sécuritaire devint alors un outil politique majeur. L'utilisation de la force publique par les Gouvernements de Sa Majesté, adoubée par le Souverain dans des déclarations à la presse, était un acte pertinemment politique et de propagande. L'objectif était de montrer un retour de l'État central, indirectement de la Monarchie et du Gouvernement de Sa Majesté (bien qu'il n'y ait jamais eu de Gouvernement de Sa Majesté avant cette année) à travers la présence d'officiers de la force publique.

Le message porté était au-delà de cette symbolique. En effet, alors que les cercles réactionnaires voulaient freiner les projets royaux et espéraient le retour à une monarchie de droit divin, la présence d'une force publique au niveau national démontrait qu'il était hors de question de retourner à un système féodal où chaque seigneurie aurait la légitimité de la violence légitime. L'impératif d'ordre public, nécessaire au bon fonctionnement du Royaume de Teyla, de ses routes commerciales intérieures, de créer un sentiment de confiance et d'augmenter la confiance envers le pouvoir royal et le Parlement avec une Assemblée nationale nouvellement créée devint un sujet de préoccupation de toutes ces entités, dans le but de se légitimer soi-même en démontrant l'efficacité de son action auprès de la population majoritairement paysanne.

Cette bataille avait lieu sur d'autres sujets, mais la question de l'ordre public prit une part importante du débat public, quand une bande de criminels braqua une caravane commerciale en direction de la capitale Manticore tuant sur le coup deux hommes qui tentèrent de défendre la caravane. Ce fait divers, tragique mais statistiquement banal dans le chaos de l'après-guerre, aurait pu passer inaperçu quelques années plus tôt. Mais dans le contexte de politique de mille huit cent soixante-sept, en pleine discussion sur des lois constitutionnelles et le pouvoir de chaque institution, cette affaire devint rapidement une affaire montée en épingle par les différentes factions. L'affaire connue à l'époque sous le nom de "Les Caravanes de Manticore" servit de catalyseur à une opinion publique chauffée à blanc par la presse nationaliste et une partie de la presse libérale.

Pour les détracteurs du régime du camp nationaliste, et particulièrement pour la frange la plus réactionnaire de la noblesse qui siégeait encore en nombre à la Chambre, ce drame était la preuve flagrante de l'échec d'une Monarchie constitutionnelle dont les pouvoirs étaient autant divisés et n'étaient plus concentrés dans les mains du Souverain. L'affaire démontra que l'ensemble constitutionnel voulu par le Souverain et les forces politiques de l'Assemblée nationale n'était pas un ensemble cohérent et efficace sur des sujets centraux pour la nation, comme la sécurité.

Signe du changement du type de régime dans lequel était le Royaume de Teyla. Cette bataille politique et d'opinion se fit au sein d'une presse soumise à la liberté d'opinion, d'expression et de presse presque totale et au sein de la Chambre des Nobles et de l'Assemblée nationale. C'était-là le changement qui ressemblait à une révolution au Royaume de Teyla. L'action publique, anciennement l'action royale, ne se décidait plus dans les salles obscures du Palais Royal avec des décisions toujours opaques. Non, les décisions se prenaient, étaient votées, publiquement dans les deux chambres du Parlement teylais et les débats étaient relatés dans la presse quotidienne. L'accès à la presse était encore inégalitaire, surtout avec les récentes lois sur la libéralisation de cette même presse.

La légitimation du nouveau régime teylais passa à travers plusieurs événements et facteurs essentiels, ainsi qu'une victoire politique sur l'affaire des Caravanes de Manticore.
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