02/09/2019
18:41:39
Index du forum Continents Eurysie Cérulie

diffusion spéciale lors des diffusions journalières

Voir fiche pays
2145
ÉDITION SPECIALE OFFICIEL HARMONIQUE
Segment : [18:00 – 19:00] — Bande prioritaire, exposition maximale
trahir c'est périr
🟥 ALERTE NATIONALE : TRAHISON IDENTIFIÉE

Le Ministère de l’Unité Civique, en coordination directe avec le Ministère de la Sécurité Harmonique et le Secrétariat à la Pureté Idéologique, annonce ce jour la révocation immédiate et rétroactive du statut de citoyen harmonique accordé à l’élément dissident Selian Korvess. Korvess, ancien attaché protocolaire et Observateur Harmonique, a été formellement identifié comme vecteur de chaos, élément contaminé, et traître porteur de déviance idéologique majeure. Par décret harmonique exceptionnel, le nommé Selian Korvess est désormais classé comme individu non-citoyen, et tout soutien, contact ou aide à son égard sera considéré comme crime majeur de co-déviance. Tout individu disposant d’informations, d’indices ou ayant aperçu le traître Korvess est tenu de signaler immédiatement aux Veilleurs ou aux Postes d’Écoute Locaux.
Le silence, l’hésitation ou la dissimulation équivaudront à une complicité active, passible d’un reclassement direct en zone rouge.
Dans le cadre du maintien de la Stabilité Harmonique, des séances massives de Réaffirmation Publique Collective (RPC) sont ordonnées dans chaque district, sous la supervision du Département du Système de Notation Civique Harmonique (SNCH).
Durant ces séances, chaque citoyen devra :
  • Proclamer son reniement des propos et actes du traître Korvess.
  • Signer la Déclaration de Fidélité Totale (DFT) auprès des Veilleurs présents.
  • Participer au Rituel du Refus Vocalisé : répétition à voix haute des Trois Phrases Inviolables.

La cellule familiale de Korvess, qu’elle soit biologique ou adoptive, est placée sous le régime de Recadrage Intégral Harmonique, conformément à la Directive du Bureau de Réinsertion Idéologique (BRI). Tous les membres concernés sont transférés dans des Centres de Réalignement et de Récupération pour purification idéologique complète.

« Là où un seul esprit s’effondre, mille esprits doivent se lever.
L’Harmonie ne se négocie pas, elle s’affirme.
L’Harmonie ne s’abandonne pas, elle se propage.
L’Harmonie ne se fuit pas, elle se purifie. »


Toute information sur l’emplacement, les déplacements ou les complices potentiels du traître Korvess doit être transmise immédiatement via :
  • Terminaux Civiques de Communication Sécurisée (TCCS)
  • Veilleurs de Quartier
  • Chambres locales de la Flamme
Le peuple veille. L’Harmonie se renforce.

district
660
BULLETIN DE RECHERCHE NATIONAL
29/05/18


Segment : [7:00 – 8:00] — Bande prioritaire, exposition maximale

Transcription du bulletin:

Citoyens de la République de Cérulie, nous avons un rapport urgent.

John Lanin, objet de l’enquête n°11, est porté disparu après avoir kidnappé Nyra Valerion de l’isolement.

La police a confirmé sa disparition et l’a qualifiée d’acte terroriste.

Tous les citoyens honnêtes de la République Cérulienne sont priés de signaler immédiatement à la police toute information ou aide concernant ses agissements.

Votre aide est essentielle pour préserver l’ordre et l’harmonie nationale.

Le désir de votre cœur maintiendra l’ordre dans la Cérulie.

Ceci était un avertissement concernant une créature distincte.

Citoyens, ne vous laissez pas surprendre par elle.


7
6928
BULLETIN D’INFORMATION NATIONAL
01/08/ 2018


Segement de 19h00 — Bande prioritaire, exposition maximale
C.É



L’écran s’ouvre sur le sceau de la République Cérulienne.
Le drapeau de la République Cèrulienne apparaît au centre.
La musique est grave, lente, solennelle.
Après trois secondes de silence, la présentatrice apparaît, droite, immobile, les mains derrière le dos


TRANSCRIPTION DU BULLETIN

PRÉSENTATRICE :

Citoyennes et citoyens de la République Cérulienne,

Ce soir, la Nation doit entendre clairement ce que certains, au-delà de nos frontières continentales, ont voulu rendre confus.

La guerre fait rage sur le continent.

Depuis plusieurs semaines, les forces ennemies multiplient les attaques contre nos positions, nos routes, nos postes de ravitaillement et nos zones de stabilisation. Elles ne combattent pas seulement nos soldats. Elles combattent notre ordre. Elles ne visent pas seulement nos infrastructures. Elles visent notre manière d’exister.

L’ennemi sait qu’il ne peut vaincre l’Harmonie par la grandeur, par la raison ou par le travail. Alors il utilise ce qu’il connaît le mieux : le désordre, l’agitation, la peur, la faim, la rumeur et le chaos.

L’ennemi n’attaque pas la Cérulie parce qu’elle est faible.
Il l’attaque parce qu’elle demeure debout.

Depuis les premières offensives, nos forces continentales ont confirmé l’usage répété de méthodes irrégulières : embuscades contre les convois civils, sabotage de lignes secondaires, incendies de dépôts, intimidation des populations frontalières, diffusion de mensonges dans les villages isolés, recrutement forcé d’individus vulnérables et tentative de désorganisation des services publics.

Ces actes ne relèvent pas d’une guerre noble.

Ils relèvent d’une jalousie primitive.

L’ennemi observe nos villes, nos écoles, nos hôpitaux, nos ports, nos réseaux d’eau, nos champs ordonnés, nos familles stables, nos enfants instruits et nos citoyens alignés. Il voit ce que le Chaos n’a jamais su produire. Alors il cherche à l’abîmer.

Il cherche à nous faire croire que l’Harmonie serait fragile.

Il se trompe.


PRÉSENTATRICE :

Le Parlement Restreint de l’Harmonie, en coordination avec le Ministère de l’Énergie et des Ressources, le Ministère de la Structure et de la Production, le Ministère de la Sécurité Harmonique et le Ministère de l’Unité Civique, annonce ce soir une série de mesures temporaires d’adaptation nationale.

À compter du 3 août 2018, et pour toute la durée nécessaire aux opérations continentales, certains services publics connaîtront des ajustements. Les distributions de provisions seront réorganisées par priorité civique. Les foyers, districts et secteurs recevront leurs allocations selon les besoins essentiels, la densité locale, les responsabilités productives et l’Indice de Contribution Harmonique. Les transports publics non essentiels seront réduits dans plusieurs provinces afin de préserver l’énergie, le carburant et les circuits logistiques destinés à l’effort continental. Certains services administratifs secondaires seront ralentis. Les demandes non urgentes seront reportées. Les infrastructures médicales, alimentaires, énergétiques et sécuritaires demeurent prioritaires. Les établissements scolaires, centres d’affectation et unités de travail recevront des consignes spécifiques dans les prochaines quarante-huit heures.

Aucun citoyen harmonique ne sera abandonné.

Mais chaque citoyen devra comprendre que la guerre exige de chacun une part de rigueur.


PRÉSENTATRICE :

Le Ministère de la Structure et de la Production confirme que les stocks nationaux demeurent sous contrôle. Les réserves stratégiques de céréales, d’eau traitée, de protéines conditionnées, de combustibles civils et de matériel médical sont sécurisées. Toutefois, certaines denrées importées ou acheminées depuis les territoires continentaux feront l’objet d’une réduction temporaire. Il est demandé aux citoyens :
  • de ne pas constituer de réserves personnelles non autorisées .
  • de ne pas diffuser de chaos sur les provisions .
  • de ne pas encombrer les centres de distribution .
  • de respecter les horaires assignés .
  • de signaler tout comportement d’accaparement .
  • de maintenir les gestes quotidiens d’économie énergétique.

  • Le citoyen harmonique ne mesure pas son courage à la quantité qu’il conserve pour lui-même. Il le mesure à sa capacité d’accepter la juste répartition.


    PRÉSENTATRICE :

    Le Ministère de la Sécurité Harmonique informe également la population que plusieurs tentatives de désinformation ont été interceptées ces derniers jours.

    Le peuple cérulien n’est pas fatigué de l’Harmonie.

    Il est fatigué du Chaos qui l’attaque.

    Et cette fatigue deviendra patience.
    Et cette patience deviendra effort.
    Et cet effort deviendra victoire.

    L’ennemi veut produire la peur.
    Nous produirons la Victoire .


    PRÉSENTATRICE :

    Dans les jours à venir, plusieurs segments d’information seront diffusés afin d’expliquer les ajustements pratiques dans chaque province, chaque ville et chaque district. Les autorités locales recevront les consignes nécessaires. Les citoyens sont invités à ne se référer qu’aux canaux officiels. Toute information non confirmée par le Canal National Harmonique, le Réseau Harmonique ou une autorité ministérielle reconnue doit être considérée comme fausse. Le silence face à la rumeur est insuffisant. La rumeur doit être signalée. Le doute non déclaré devient une porte. Et le Chaos entre toujours par les portes que les citoyens laissent entrouvertes.


    PRÉSENTATRICE :

    Aux familles dont les proches servent actuellement sur le continent, la République adresse ce soir sa reconnaissance.

    Vos fils, vos filles, vos mères, vos pères, vos frères et vos sœurs ne défendent pas seulement une ligne militaire. Ils défendent la possibilité pour chacun de rentrer chez soi et de trouver encore une lumière allumée, une école ouverte, une table dressée, une rue propre, une voix calme, une République debout. Aux travailleurs des ports, des champs, des usines, des hôpitaux, des centrales et des réseaux d’eau, la République adresse son ordre et sa confiance.

    Continuez.

    À ceux qui attendent, économisent, servent, signalent, nettoient, transportent, enseignent, gardent et produisent : vous êtes aussi le front. La guerre continentale ne se gagne pas seulement par les armes.
    Elle se gagne par la tenue des foyers.
    Elle se gagne par l’exactitude des gestes.
    Elle se gagne par le refus de céder au désordre.

    Chaque ration respectée est une victoire contre le Chaos.
    Chaque service maintenu est une victoire contre la peur.
    Chaque citoyen calme est une Victoire contre le désordre.


    PRÉSENTATRICE :

    L’ennemi veut nous forcer à vivre comme lui : dans l’urgence, la confusion, le bruit et la faim désordonnée. Nous répondrons par la mesure.

    Il veut nous rendre jaloux de sa violence. Nous répondrons par la maîtrise.

    Il veut nous convaincre que l’Harmonie est un luxe de temps de paix. Nous prouverons que l’Harmonie est précisément ce qui survit à la guerre.

    Citoyens de la République, suivez les consignes. Respectez les distributions. Économisez l’énergie. Maintenez vos horaires. Protégez les enfants de la rumeur. Signalez les comportements suspects. Soutenez les familles mobilisées. Ne répétez que ce qui est confirmé. Ce soir, la guerre fait rage sur le continent. Mais ici, sur l’île, dans les villes, dans les campagnes, dans les ports, dans les foyers et dans les institutions, la République tient. Et parce qu’elle tient, elle vaincra.

    L’Harmonie veille.
    L’Harmonie ordonne.
    L’Harmonie demeure.


    La présentatrice baisse légèrement les yeux.
    Le drapeau de la République apparaît de nouveau à l’écran.
    Une voix masculine lit le message final pendant que défilent les consignes de rationnement et de service.


    MESSAGE FINAL AFFICHÉ À L’ÉCRAN

    AVIS NATIONAL — MESURES TEMPORAIRES DE GUERRE

    À PARTIR DU 03/08/2018 :

    - Réorganisation des provisions par priorité civique.
    - Réduction temporaire de certains transports non essentiels.
    - Report des démarches administratives secondaires.
    - Maintien prioritaire des services médicaux, alimentaires, énergétiques et sécuritaires.
    - Obligation de signaler toute rumeur, accumulation non autorisée ou comportement d’agitation.

    LA DISCIPLINE EST UNE FORME DE VICTOIRE.

    6
    11324
    BULLETIN D’INFORMATION NATIONAL
    18/12/2018

    Segement de 19h00 — Bande prioritaire, exposition maximale
    C.É



    L’écran s’ouvre sur le sceau de la République Cérulienne.
    Le drapeau national apparaît au centre.
    La musique habituelle du Canal National Harmonique est plus lente que d’ordinaire.
    Les cuivres sont absents. Il ne reste qu’un battement grave, presque funèbre.

    Après trois secondes de silence, la présentatrice apparaît.

    Elle est debout, mains croisées devant elle.
    Son uniforme est noir cérulien, sans décoration brillante.
    Ses yeux sont légèrement humides.
    Sa voix, au début, reste maîtrisée, mais plus basse que dans les bulletins précédents.


    TRANSCRIPTION DU BULLETIN

    PRÉSENTATRICE :

    Citoyennes et citoyens de la République Cérulienne,

    Ce soir, nous ne venons pas vous parler de chiffres.

    Nous ne venons pas vous parler de cartes, de lignes de front ou de communiqués militaires.

    Nous venons vous parler de visages.

    De fermes sans toit.
    De champs sans blé.
    De ports rendus silencieux.
    De familles qui ont quitté leur maison avec une seule couverture.
    D’enfants que le Chaos a regardés non comme des enfants, mais comme des outils.

    Ce soir, la République demande à chaque foyer d’écouter.

    Pas seulement avec discipline.
    Pas seulement avec attention.
    Mais avec le cœur que l’Harmonie nous ordonne de ne pas laisser mourir.

    Le continent n’est pas une rumeur.
    Le continent souffre.
    Et cette souffrance porte un nom : le Chaos.



    PRÉSENTATRICE :

    Depuis le début des opérations continentales, les forces ennemies ont tenté de présenter leur violence comme une résistance, leur désordre comme une liberté, leurs incendies comme une nécessité militaire.

    Les rapports collectés par le Ministère de la Sécurité Harmonique, les équipes de terrain, les médecins militaires, les unités de reconstruction et les survivants évacués confirment aujourd’hui une réalité plus simple, plus dure, plus honteuse pour l’ennemi. Ils n’ont pas seulement attaqué nos positions. Ils ont attaqué nos campagnes. Des villages céruliens continentaux ont été frappés à l’aube, lorsque les familles dormaient encore. Des maisons de bois et de pierre ont été ouvertes par la force. Des granges ont brûlé avant même que les bêtes puissent être sorties. Des routes rurales ont été coupées pour empêcher les secours d’arriver. Des puits ont été souillés. Des écoles de district ont été marquées de signes ennemis. Dans plusieurs hameaux fermiers, les survivants racontent la même chose.

    D’abord, le bruit.
    Puis le feu.
    Puis les cris.
    Puis le silence.

    La présentatrice s’interrompt.
    Elle baisse les yeux vers ses notes.
    Elle inspire lentement avant de reprendre.

    Nos équipes ont retrouvé des familles déplacées marchant vers les postes céruliens avec les vêtements qu’elles portaient au moment de l’attaque. Des mères tenaient des enfants trop fatigués pour pleurer. Des vieillards demandaient si leur village existait encore. Des pères répétaient le nom d’un champ qu’ils ne reverraient peut-être plus.

    La République les a accueillis.

    Mais la République n’oubliera pas pourquoi ils ont dû partir.


    PRÉSENTATRICE :

    Le Ministère de la Structure et de la Production confirme également l’usage, par les forces ennemies, d’une politique de terre brûlée dans plusieurs zones agricoles continentales. Les champs fermiers n’ont pas été seulement traversés. Ils ont été rasés. Des récoltes ont été incendiées alors qu’elles auraient pu nourrir des familles entières durant l’hiver. Des silos ont été ouverts et abandonnés à la pluie. Des outils agricoles ont été brisés. Des animaux ont été dispersés ou abattus pour empêcher les villages de reprendre leur travail. Il ne s’agit pas d’une guerre contre des soldats. Il s’agit d’une guerre contre la nourriture. Une guerre contre le pain. Une guerre contre la terre. Une guerre contre les mains qui sèment.

    L’ennemi veut que la Cérulie manque.
    L’ennemi veut que nos enfants demandent pourquoi la table est plus maigre.
    L’ennemi veut que nos foyers se regardent avec inquiétude.
    L’ennemi veut que la faim devienne une rumeur, puis que la rumeur devienne un doute.

    Mais la République a déjà répondu.

    Les provisions seront protégées.
    Les distributions seront maintenues.
    Les champs seront replantés.
    Les fermes seront relevées.
    Et ceux qui ont brûlé la terre apprendront que la terre cérulienne ne leur obéit pas.


    PRÉSENTATRICE :

    Les ports continentaux ont également été visés. Nos quais, nos entrepôts, nos zones de chargement, nos stations de carburant et nos lignes de ravitaillement ont subi plusieurs sabotages coordonnés. Des dépôts ont été endommagés. Des bateaux civils ont été retardés. Des équipes de dockers ont été évacuées sous protection. Dans un port de la côte occidentale, un contremaître cérulien a refusé de quitter son poste avant d’avoir fermé les vannes de sécurité. Il a sauvé une citerne entière. Il a été retrouvé plus tard, couvert de fumée, tenant encore la clé de fermeture dans sa main. Il a dit aux médecins :

    “Je ne savais pas si j’avais réussi. Je savais seulement que je n’avais pas le droit de laisser le feu décider.”

    La République conserve son nom. Sa famille recevra la distinction de Tenue Civique sous Feu.

    La présentatrice serre légèrement les lèvres.
    Sa voix tremble sur la phrase suivante.

    À sa femme, à ses enfants, à son district : la Nation dit ce soir qu’il n’a pas seulement protégé un port. Il a protégé le passage par lequel la République respire.


    PRÉSENTATRICE :

    Mais les crimes les plus difficiles à nommer ne concernent pas seulement les bâtiments. Ils concernent les corps. Des familles céruliennes ont été déplacées de force. Des civils ont été contraints de marcher sous surveillance ennemie. Des femmes ont témoigné de violences et d’humiliations que le Ministère de la Vérité Populaire refuse de répéter en détail par respect pour leur dignité. Des enfants ont été agressés, menacés, séparés de leurs proches ou utilisés comme instruments de peur contre les adultes. Nous ne montrerons pas les images. Nous ne lirons pas les détails. La République ne transforme pas la douleur de ses enfants en spectacle. Mais elle nomme le crime. Et ce nom est suffisant.

    Violence contre les femmes.
    Violence contre les enfants.
    Violence contre la famille cérulienne.
    Violence contre l’Harmonie.


    Ces actes ne seront pas dissous dans la brume des rapports. Ils ne seront pas réduits à des incidents. Ils ne seront pas effacés par une formule diplomatique. Ils ne seront pas abandonnés au pardon facile de ceux qui n’ont rien vu. La République ne demande pas aux victimes de porter seules la mémoire de ce qui leur a été fait. La République portera cette mémoire avec elles.


    PRÉSENTATRICE :

    Le Ministère de la Sécurité Harmonique confirme également que l’ennemi a utilisé des jeunes comme éclaireurs, guetteurs, messagers et auxiliaires armés. Des adolescents ont été envoyés devant les colonnes, d’autres ont été forcés de surveiller les routes, certains ont été chargés de repérer les convois céruliens et d’autres ont répété les chants ennemis avant de comprendre ce qu’ils signifiaient. Des enfants ont été capturés par les milices du Chaos, on leur a donné des signes à porter, des mots à crier, des gestes à accomplir et on leur a volé la distance entre l’enfance et la guerre.

    Citoyens, entendez bien ceci :

    Le Chaos ne sait pas élever.
    Il recrute.
    Il marque.
    Il utilise.
    Il jette.

    La Cérulie, elle, distingue.
    Elle distingue le chef du suiveur.
    Le criminel de l’enfant dressé par le crime.
    Le bourreau de celui qu’on a forcé à devenir outil.

    Mais cette distinction ne sera pas faiblesse. La République sait avoir pitié sans devenir aveugle.

    Aucun enfant ne naît Chaos.
    Mais le Chaos sait apprendre à un enfant à servir sa violence.


    PRÉSENTATRICE :

    Ce soir, dans plusieurs centres médicaux et lieux d’accueil du continent, des familles déplacées reçoivent de l’eau, du pain, des couvertures, des soins et des nouvelles de leurs proches lorsque ces nouvelles existent encore. Des équipes de reconstruction sont déjà en route. Des ingénieurs relèvent les ponts. Des médecins pansent les plaies. Des enseignants recensent les enfants séparés de leurs écoles. Des soldats accompagnent les convois de retour. Des travailleurs replacent des poutres sur les fermes brûlées. Des femmes de district cousent des vêtements d’hiver pour ceux qui sont arrivés sans rien. La République n’est pas seulement un drapeau, la République est aussi la mémoire.

    Et ce soir, cette mémoire doit devenir colère.


    MINUTE NATIONALE D’EXTÉRIORISATION CIVIQUE

    La lumière du studio baisse légèrement.
    Le drapeau cérulien apparaît derrière la présentatrice.
    Sur l’écran, une ligne blanche se dessine lentement.

    La présentatrice reste immobile.
    Ses yeux brillent.
    Sa voix devient plus serrée, presque brisée.

    PRÉSENTATRICE :

    Citoyennes et citoyens,

    Dans quelques instants, le Canal National Harmonique observera une Minute nationale d’Extériorisation Civique.
    Ce n’est pas une minute de désordre.
    Ce n’est pas une minute de panique.
    Ce n’est pas une minute de vengeance aveugle.
    C’est une minute pour donner un lieu à la colère afin qu’elle ne ronge pas les foyers.
    Une minute pour nommer le Chaos sans le laisser entrer en nous.
    Une minute pour penser aux villages attaqués, aux champs brûlés, aux ports sabotés, aux familles déplacées, aux femmes humiliées, aux enfants utilisés, aux morts sans tombe et aux vivants qui doivent encore dormir avec ce qu’ils ont vu.

    Lorsque le signal sonore retentira, chaque foyer pourra se lever.
    Les travailleurs sur site pourront interrompre leur geste si la sécurité le permet.
    Les écoles, les réfectoires, les unités de soin et les centres d’accueil observeront le silence dirigé.
    Les familles pourront serrer les mains de leurs enfants.
    Les citoyens pourront regarder le drapeau.

    Pendant cette minute, il ne sera demandé qu’une chose :
    Ne laissez pas votre colère se disperser contre vos proches, contre vos voisins, contre vos foyers, contre vous-mêmes. Dirigez là vers son origine. Vers le Chaos.
    Vers ceux qui ont brûlé nos terres parce qu’ils ne savent pas bâtir.
    Vers ceux qui ont frappé nos familles parce qu’ils ne savent pas protéger.
    Vers ceux qui ont utilisé des enfants parce qu’ils ne savent pas former des citoyens.
    Vers ceux qui envient l’Harmonie parce qu’ils sont incapables de la produire.

    Citoyens, préparez-vous.


    Un son grave retentit.
    L’écran devient presque noir.
    Le drapeau demeure seul, éclairé d’une lumière bleue.

    Soixante secondes de silence sont indiquées à l’écran par une ligne descendante.

    La présentatrice ne parle pas.
    Elle baisse la tête.
    Ses mains restent jointes.
    À la quarantième seconde, son menton tremble légèrement.
    Elle ne pleure pas.
    Elle se retient.
    Le son grave retentit de nouveau.

    PRÉSENTATRICE :

    La minute est accomplie.

    Que cette colère ne devienne pas désordre.
    Qu’elle devienne tenue.
    Qu’elle devienne travail.
    Qu’elle devienne signalement.
    Qu’elle devienne soutien aux familles.
    Qu’elle devienne économie des provisions.
    Qu’elle devienne confiance dans nos forces.
    Qu’elle devienne victoire.


    PRÉSENTATRICE :

    À ceux qui ont souffert sur le continent, la République dit :
    Vous n’êtes pas seuls.

    À ceux qui ont perdu une maison, un champ, un port, une route, une école, un parent, un enfant, une nuit de paix, la République dit :
    L’Harmonie sait tenir ce que vos mains ne peuvent plus porter seules.

    À ceux qui combattent encore, la République dit :

    Continuez.

    À ceux qui attendent, la République dit :

    Tenez.

    Nous n’oublierons pas.
    Nous ne céderons pas.
    Nous ne deviendrons pas eux.


    PRÉSENTATRICE :

    Dans les prochaines semaines, le Canal National Harmonique diffusera des récits vérifiés des opérations de secours, des témoignages encadrés de survivants, des portraits de villages reconstruits et des informations relatives aux jeunes récupérés dans les zones de conflit. La République parlera d’eux avec prudence. Certains ont été victimes, certains ont été utilisés et certains ont porté les signes de l’ennemi avant de comprendre ce que ces signes faisaient d’eux. Le moment viendra de poser une autre question. Pas ce soir.

    Ce soir, nous pleurons nos villages.
    Ce soir, nous comptons nos familles.
    Ce soir, nous regardons le Chaos en face et nous lui refusons le droit de nous déformer.

    Citoyennes et citoyens de la République Cérulienne,
    Que vos foyers restent calmes.
    Que vos enfants soient tenus loin des rumeurs.
    Que vos provisions soient respectées.
    Que vos regards restent levés.
    Que votre colère soit disciplinée.
    Que votre tristesse devienne mémoire.

    L’Harmonie n’est pas l’absence de douleur.
    L’Harmonie est ce qui empêche la douleur de devenir Chaos.



    La présentatrice baisse les yeux.
    Cette fois, le silence dure plus longtemps que dans les bulletins ordinaires.
    Lorsqu’elle relève la tête, ses yeux sont rouges, mais sa voix est redevenue stable.

    PRÉSENTATRICE :

    L’Harmonie veille.
    L’Harmonie se souvient.
    L’Harmonie demeure.



    MESSAGE FINAL AFFICHÉ À L’ÉCRAN

    AVIS NATIONAL — CRIMES CONTINENTAUX CONFIRMÉS

    RAPPELS CIVIQUES :

    - Les récits non vérifiés doivent être signalés et non répétés.
    - Les familles déplacées seront prises en charge par les centres harmonisés.
    - Les dons matériels doivent passer uniquement par les circuits autorisés.
    - Les citoyens sont invités à respecter les consignes de provisionnement.
    - Toute information concernant des crimes ennemis doit être transmise au Réseau Harmonique ou à la Police Harmonique.
    - Toute tentative d’utiliser la douleur nationale pour produire du désordre sera traitée comme complicité du Chaos.


    Fin de diffusion.
    5
    10354
    BULLETIN D’INFORMATION NATIONAL
    19 /02/2019

    Segment : [7:00 – 8:00] — Bande prioritaire, exposition maximale
    C.É


    L’écran s’ouvre sur le drapeau de la République Cérulienne.
    La musique habituelle du Canal National Harmonique commence lentement, grave, puis s’élève progressivement.
    Le fond est noir.
    Une ligne violette traverse l’écran.
    Le sceau national apparaît.

    Après trois secondes de silence, la présentatrice apparaît.
    Elle porte une tenue noire stricte, mais un ruban violet cérulien est fixé à son col.
    Son visage est calme.


    TRANSCRIPTION DU BULLETIN

    PRÉSENTATRICE :

    Citoyennes et citoyens de la République Cérulienne,

    Ce soir, la Nation peut enfin entendre les mots que tant de familles attendaient. Après des mois d’épreuves, de privations, de silence, de rationnement, de veilles, de deuils, de signalisations, de convois et de prières civiques prononcées dans les foyers, la République Cérulienne annonce la stabilisation complète de ses territoires continentaux engagés. Les dernières structures armées du Chaos ont été repoussées. Les postes ennemis ont été démantelés. Les routes principales sont rouvertes sous escorte. Les ports sabotés sont opérationnelle. Les villages libérés reçoivent déjà les premières équipes de reconstruction. Les champs brûlés seront recensés, réparés, réensemencés. Les familles déplacées seront réinscrites, relogées, protégées et les drapeaux céruliens flottent de nouveau sur les bâtiments administratifs continentaux.

    La République Cérulienne a vaincu.
    L’Harmonie a tenu.
    Le Chaos recule.


    PRÉSENTATRICE :

    Cette victoire n’est pas seulement militaire.

    Elle est morale. L’ennemi voulait faire de nos territoires continentaux une plaie ouverte. Il voulait transformer nos campagnes en désert. Il voulait affamer nos villes, saboter nos ports, disperser nos familles et forcer la République à douter d’elle-même. Il voulait nous apprendre sa langue : celle de la peur, du manque, de la vengeance et du désordre. Mais la Cérulie a répondu dans sa propre langue.

    Par la tenue.
    Par la discipline.
    Par l’économie partagée.
    Par la vigilance des foyers.
    Par le sacrifice des soldats.
    Par la patience des familles.
    Par le travail des ouvriers, des médecins, des enseignants, des transporteurs, des agriculteurs, des ingénieurs et des Veilleurs.

    Ce soir, chaque citoyen peut comprendre ceci :
    La victoire ne s’est pas seulement gagnée sur le front.
    Elle s’est gagnée dans chaque maison qui n’a pas cédé à la panique.
    Dans chaque file de rationnement qui est restée ordonnée.
    Dans chaque école qui a continué d’enseigner.
    Dans chaque poste de soin qui est resté ouvert.
    Dans chaque citoyen qui a signalé la rumeur plutôt que de la répéter.


    PRÉSENTATRICE :

    Le Parlement Restreint de l’Harmonie adresse ce soir sa reconnaissance officielle aux forces continentales, aux familles mobilisées, aux services publics, aux districts de production, aux centres médicaux et aux provinces ayant accepté les ajustements nécessaires depuis l’été dernier. Le Ministère de la Structure et de la Production confirme que les premières mesures de retour progressif à la normale seront annoncées dans les prochains jours. Le Ministère de l’Énergie et des Ressources indique que certaines restrictions resteront temporairement en vigueur afin de garantir la reconstruction des zones touchées. Le Ministère de la Sécurité Harmonique maintiendra une surveillance renforcée dans les territoires récemment stabilisés. Le Ministère de l’Unité Civique coordonnera la réouverture graduelle des structures éducatives et des centres de réaffectation. La victoire ne signifie pas l’abandon de la vigilance. La victoire signifie que l’ordre revient.

    Le Chaos a été repoussé.
    Mais les traces du Chaos doivent encore être traitées.


    PRÉSENTATRICE :

    Parmi ces traces, il en est une que la République ne peut ignorer.

    Lors des dernières opérations de stabilisation, les unités céruliennes ont découvert plusieurs groupes de mineurs utilisés par les forces ennemies dans le cadre des opérations continentales. Ces jeunes ont été retrouvés dans des postes abandonnés, des zones rurales isolées, des camps mobiles, des dépôts improvisés et des routes de fuite. Certains portaient encore les signes de l’ennemi. Certains connaissaient ses chants. Certains savaient reconnaître nos uniformes avant de savoir expliquer pourquoi on leur avait appris à les craindre. Certains ont guidé des colonnes. Certains ont porté des messages. Certains ont surveillé des routes. Certains ont servi de guetteurs. Certains ont été poussés devant les adultes pour tester les passages, les patrouilles et les pièges. Ces faits sont aujourd’hui confirmés par les rapports de terrain. L’ennemi n’a pas seulement utilisé la peur contre la Cérulie. Il a utilisé l’enfance.

    La présentatrice marque une pause.
    Son regard se baisse vers ses notes.
    Lorsqu’elle reprend, sa voix est plus lente.

    La République aurait pu regarder ces jeunes comme des ennemis ordinaires. Elle aurait pu les confondre avec ceux qui les ont enrôlés. Elle aurait pu ne voir que les signes qu’ils portaient. Elle aurait pu ne voir que les chants qu’ils répétaient. Elle aurait pu ne voir que les gestes qu’on leur avait appris. Mais la République Cérulienne ne gouverne pas par réflexe. Elle gouverne par discernement.


    PRÉSENTATRICE :

    Citoyennes et citoyens,

    Il est nécessaire que la Nation entende ces mots avec clarté.

    Ils ont porté les signes de l’ennemi.
    Ils ont répété ses chants.
    Certains ont guidé ses colonnes.
    Mais aucun enfant ne naît Chaos.
    Le Chaos s’apprend.
    L’Harmonie aussi.

    Cela ne signifie pas que la République oubliera. Cela ne signifie pas que la République ouvrira ses portes sans mesure. Cela ne signifie pas que le passé sera effacé par une phrase de regret. Cela signifie seulement que la République sait faire la différence entre l’arme et la main qui a forcé l’enfant à la porter. Un adulte qui choisit le Chaos doit répondre devant la justice. Un chef qui utilise des enfants doit répondre devant la Nation. Un milicien qui transforme l’enfance en outil de guerre doit répondre devant l’histoire. Mais un mineur façonné, menacé, marqué ou employé par l’ennemi doit d’abord être examiné. Non pour être excusé d’avance. Mais pour savoir s’il peut encore être récupéré.

    La pitié sans vigilance est faiblesse.
    La vigilance sans pitié devient Chaos.
    L’Harmonie exige les deux.


    PRÉSENTATRICE :

    Les mineurs récupérés dans les zones continentales ont été placés sous la responsabilité conjointe du Ministère de la Sécurité Harmonique, du Ministère de l’Unité Civique, du Ministère des Sciences et Savoirs et des services médicaux de reconstruction psychologique. Ils seront identifiés, soignés, interrogés, séparés des réseaux qui les ont utilisés, observés, évalués.
    La République ne les livrera pas à la vengeance. Mais elle ne les livrera pas non plus à l’oubli. Ils ont vécu dans le bruit de la guerre. Ils devront apprendre la cadence de l’ordre. Ils ont porté des signes qui n’étaient pas les leurs. Ils devront apprendre ce que signifie porter une responsabilité. Ils ont répété des chants qui les dépassaient. Ils devront apprendre à parler en leur nom propre. Ils ont parfois guidé l’ennemi. Ils devront prouver qu’ils peuvent un jour servir la paix.

    Ils méritent une chance.
    Mais seulement s’ils prouvent qu’ils peuvent devenir utiles.


    PRÉSENTATRICE :

    La République annonce ce soir l’ouverture d’une phase d’étude nationale sur le devenir des pupilles de guerre continentaux. Cette phase ne sera pas menée dans la précipitation. Elle ne sera pas abandonnée aux émotions du moment. Elle ne sera pas confiée aux rumeurs. Elle sera conduite selon la méthode cérulienne :

  • observation,
  • classification,
  • soin,
  • épreuve,
  • réorientation,
  • intégration possible.
  • Dans les semaines à venir, des commissions civiques, médicales et sécuritaires établiront les profils des jeunes récupérés. Les citoyens seront informés des décisions prises par les autorités compétentes. La République ne demande pas au peuple d’aimer ceux qui ont été trouvés parmi les traces de l’ennemi. Elle demande au peuple de comprendre que la victoire donne des responsabilités. Il est facile de frapper ce qui reste du Chaos. Il est plus difficile, et plus grand, de découvrir ce qui peut encore être sauvé de lui.

    La Cérulie n’a pas vaincu pour devenir cruelle.
    Elle a vaincu pour demeurer elle-même.


    PRÉSENTATRICE :

    Ce soir, nous pensons d’abord à nos morts.

    À tous ceux qui ont porté la République pendant que la République combattait.

    Votre patience n’a pas été vaine.

    Votre discipline n’a pas été vaine.

    Votre douleur n’a pas été perdue.

    Elle devient victoire.


    PRÉSENTATRICE :

    Mais la victoire ne doit pas devenir relâchement. Les territoires continentaux seront reconstruits. Les villages seront recensés. Les routes seront sécurisées. Les ports seront réparés. Les champs seront réensemencés. Les familles seront relogées. Les enfants céruliens seront remis à l’école. Les traces ennemies seront effacées des murs, des routes et des registres. Les responsables des crimes continentaux seront poursuivis. Les jeunes récupérés seront étudiés. Et la République décidera, dans son temps, ce que l’Harmonie peut faire de ceux que le Chaos a tenté de posséder.
    Citoyennes et citoyens, ne confondez pas la fin d’une bataille avec la fin d’un devoir.
    Ce soir marque une victoire.
    Demain commence la réparation.


    PRÉSENTATRICE :

    Dans les prochains jours, le Canal National Harmonique diffusera plusieurs segments consacrés :

  • à la restauration des services continentaux .
  • au retour progressif des familles déplacées .
  • aux mesures de reconstruction agricole .
  • à la sécurisation des ports .
  • à la poursuite des criminels ennemis .
  • à la prise en charge des mineurs militarisés récupérés par les forces céruliennes.

  • Ces segments seront vérifiés, encadrés et validés par les autorités compétentes. Les citoyens sont priés de ne pas relayer de noms, d’images, de rumeurs ou de récits non confirmés concernant les mineurs récupérés. Toute diffusion non autorisée d’information sur ces sujets sera considérée comme une atteinte à la sécurité nationale et à leur procédure d’évaluation.


    PRÉSENTATRICE :

    Citoyennes et citoyens de la République Cérulienne,

    Le 1er août dernier, nous vous avons annoncé que la guerre faisait rage sur le continent.
    Le 18 décembre, nous vous avons demandé de regarder les crimes du Chaos sans détourner les yeux.
    Ce soir, le 19 février 2019, nous vous annonçons que l’Harmonie a repris ses terres.

    Mais nous vous disons aussi ceci :
    La victoire n’est pas seulement ce que l’on prend à l’ennemi.
    La victoire est ce que l’on refuse de devenir après l’avoir vaincu.
    Nous ne deviendrons pas le Chaos.
    Nous ne rendrons pas aveuglement ce qui a été fait à nos familles.
    Nous ne confondrons pas l’enfant utilisé avec celui qui l’a utilisé.
    Nous n’oublierons pas.
    Nous ne pardonnerons pas sans preuve.
    Nous n’intégrerons pas sans épreuve.
    Nous ne condamnerons pas sans discernement.

    Nous ferons ce que la République fait toujours :
    Nous ordonnerons.
    Nous mesurerons.
    Nous transformerons.
    Nous déciderons.

    Le Chaos les a pris.
    L’Harmonie les examinera.
    La République dira qui peut encore devenir utile.


    La présentatrice baisse légèrement la tête.
    Derrière elle, le drapeau cérulien apparaît.
    Une ligne violette traverse l’écran, puis se transforme en carte stylisée des territoires continentaux stabilisés. La musique monte lentement.


    MESSAGE FINAL AFFICHÉ À L’ÉCRAN

    AVIS NATIONAL — VICTOIRE CONTINENTALE CONFIRMÉE

    RAPPELS CIVIQUES :

    - Les territoires continentaux engagés sont déclarés stabilisés.
    - Les services publics reprendront progressivement selon directives ministérielles.
    - Les restrictions temporaires seront ajustées province par province.
    - Les familles déplacées seront accompagnées par les centres harmonisés.
    - Les crimes ennemis restent sous enquête active.
    - Les mineurs militarisés récupérés sont placés sous évaluation sécuritaire, médicale et civique.
    - Toute rumeur concernant ces mineurs doit être signalée et non répétée.
    - La victoire ne suspend pas la vigilance.

    LA VICTOIRE N’EST PAS LE RELÂCHEMENT.
    LA VICTOIRE EST LE COMMENCEMENT DE LA RÉPARATION.

    L’HARMONIE A REPRIS SES TERRES.
    L’HARMONIE DÉCIDERA DE CE QUI PEUT ÊTRE SAUVÉ.


    Fin de diffusion.
    4
    1160
    BULLETIN D’INFORMATION NATIONAL
    ANNONCE PRIORITAIRE



    OBJET : Annonce d’un communiqué officiel de création
    DIFFUSION : Bande prioritaire nationale
    ÉCHÉANCE : Samedi prochain, dans deux jours[/size]


    PRÉSENTATRICE :

    Citoyennes et citoyens de la République Cérulienne,
    Le Canal National Harmonique informe la Nation qu’un communiqué officiel sera diffusé samedi prochain, à 19h00, sur l’ensemble des fréquences publiques autorisées. Ce communiqué portera sur la création d’un programme civique exceptionnel, élaboré à la suite de la victoire continentale et de la prise en charge des pupilles de guerre récupérés dans les zones anciennement occupées par le Chaos. La République y présentera les fondements, les objectifs et le cadre général de cette nouvelle procédure nationale. Aucun détail supplémentaire ne sera communiqué avant la diffusion officielle. Les citoyens sont invités à demeurer attentifs aux fréquences nationales, à ne relayer aucune rumeur et à attendre la parole validée des autorités compétentes.

    Dans deux jours, la République annoncera sa réponse.
    Le Chaos a laissé des traces.
    L’Harmonie prépare son épreuve.



    MESSAGE FINAL AFFICHÉ À L’ÉCRAN


    COMMUNIQUÉ OFFICIEL — SAMEDI PROCHAIN, 19H00

    CRÉATION D’UN PROGRAMME CIVIQUE EXCEPTIONNEL

    La Nation sera informée.
    La République décidera.
    L’Harmonie demeure.


    Fin de diffusion.
    1
    4542
    COMMUNIQUÉ NATIONAL D’ANNONCE
    CYCLE DE NATURALISATION HARMONIQUE
    « LE CHAOS LES A FAITS INSTRUMENTS. L’ÉPREUVE LES FERA SUJETS. »

    0

    RÉPUBLIQUE CÉRULIENNE
    Ministère de l’Unité Civique
    Ministère de la Sécurité Harmonique
    Ministère de la Vérité Populaire
    Direction Interministérielle de Réhabilitation Civique et d’Intégration des Pupilles de Guerre

    DOCUMENT : Communiqué national d’annonce
    PROGRAMME : Cycle de Naturalisation Harmonique
    SOUS-TITRE OFFICIEL : Programme civique de réhabilitation, d’épreuve et d’intégration des pupilles de guerre continentaux
    PREMIÈRE DIFFUSION : samedi 20 juillet 2019, 19h00
    DURÉE : 12 semaines / 12 épisodes
    ÉPISODE FINAL : finale nationale, durée exceptionnelle de 1h15
    DIFFUSION NATIONALE : chaque samedi à 19h00
    RÉSUMÉ NATIONAL : chaque dimanche matin, segment de 20 minutes entre 5h00 et 7h00



    Le sceau de la République Cérulienne apparaît sur fond noir.
    Une ligne de lumière cérulienne traverse l’écran.
    Sept silhouettes demeurent immobiles, sans nom, sans visage, sans passé révélé.
    La voix officielle s’élève avec une musique de fond
    qui commence très forte puis reste basse tous le long du communiquer .


    COMMUNIQUÉ

    Citoyennes et citoyens de la République Cérulienne,

    La guerre continentale a laissé derrière elle des routes brisées, des champs brûlés, des ports sabotés, des familles déplacées et des villages qui portent encore la marque du Chaos. Mais la guerre n’a pas seulement touché la pierre, la terre et les murs. Elle a touché l’enfance. Dans les territoires repris par la République, nos forces ont retrouvé des jeunes utilisés par l’ennemi comme éclaireurs, messagers, guetteurs, porteurs, auxiliaires et instruments de désordre. Certains ont porté les signes du Chaos. Certains ont appris ses chants. Certains ont été poussés devant les colonnes avant de comprendre la guerre qu’on leur faisait servir.

    La République aurait pu répondre par l’abandon.
    Elle aurait pu répondre par la vengeance.
    Elle aurait pu répondre par l’oubli.
    Elle choisit une quatrième voie.


    LE CYCLE EST OUVERT

    Par décision conjointe du Ministère de l’Unité Civique, du Ministère de la Sécurité Harmonique et du Ministère de la Vérité Populaire, la République annonce officiellement la création du :

    CYCLE DE NATURALISATION HARMONIQUE

    Programme civique de réhabilitation, d’épreuve et d’intégration des pupilles de guerre continentaux

    Pendant douze semaines, sept pupilles de guerre seront placés devant la Nation.

    Ils devront traverser des biomes, bâtir des camps, coopérer, survivre, choisir, réfléchir, résister à la fatigue, affronter leurs propres réflexes et démontrer qu’ils peuvent devenir autre chose que ce que le Chaos a tenté de faire d’eux.


    SEPT PUPILLES. DOUZE SEMAINES. UNE RÉPUBLIQUE.

    Ils ne seront pas présentés comme des héros.

    Ils ne seront pas présentés comme des innocents.

    Ils ne seront pas présentés comme des monstres.

    Ils seront présentés comme ce qu’ils sont devenus après la guerre : des êtres placés entre ce que le Chaos leur a appris et ce que l’Harmonie peut encore leur enseigner.

    La République leur accorde une chance.

    Mais cette chance n’est pas une faveur.

    Aucun enfant ne naît Chaos.
    Le Chaos s’apprend.
    L’Harmonie aussi.

    Ceux qui progresseront seront reconnus.
    Ceux qui refuseront l’épreuve seront écartés.
    Ceux qui resteront au plus bas deux semaines consécutives devront défendre leur place dans une épreuve ultime.
    Lorsqu’un candidat sera placé en situation de rupture, il désignera un adversaire.
    L’adversaire choisi déterminera la nature de l’épreuve : physique, intellectuelle ou psychologique.
    Le vainqueur poursuivra le Cycle.
    Le perdant sera définitivement éliminé de la procédure collective.


    LA NATION REGARDERA

    Le Cycle sera diffusé chaque samedi à 19h00 à partir du samedi 20 juillet 2019.
    Le peuple cérulien est appelé à suivre ce parcours non comme un simple spectacle, mais comme un acte de vigilance civique.
    Chaque foyer verra ce que la guerre laisse derrière elle.
    Chaque district observera ce que l’épreuve révèle.
    Chaque citoyen comprendra que la victoire ne se limite pas à repousser le Chaos hors de nos terres.
    La victoire véritable commence lorsque la République décide ce qu’elle fait des traces du Chaos.

    Les résumés nationaux du dimanche matin permettront à la population de suivre les classements, les décisions, les progressions, les ruptures et les leçons civiques de chaque étape.


    MESSAGE DE LA RÉPUBLIQUE AU PEUPLE

    Citoyennes et citoyens,

    Ne regardez pas ces candidats avec naïveté.
    Ils portent des traces.
    Ne les regardez pas non plus avec haine aveugle.
    La haine sans mesure est une victoire posthume du Chaos.
    Regardez-les comme la République les regarde :
    avec mémoire,
    avec exigence,
    avec vigilance,
    avec méthode.
    Chaque geste comptera.
    Chaque silence comptera.
    Chaque alliance comptera.
    Chaque trahison comptera.
    Chaque progression comptera.
    Le Cycle ne demandera pas au peuple d’oublier les villages brûlés, les ports sabotés, les champs rasés, les familles déplacées et les enfants céruliens blessés par la guerre. Il demandera au peuple de comprendre ceci :

    Une République forte ne se contente pas de vaincre.
    Elle décide ce qui peut être transformé après la victoire.


    FORMULE D’ANNONCE OFFICIELLE

    C.É


    CYCLE DE NATURALISATION HARMONIQUE

    Première diffusion nationale : samedi 20 juillet 2019 — 19h00

    Sept pupilles. Douze semaines. Une République.



    Fin du communiqué.
    0
    8488
    ÉDITION SPECIALE OFFICIEL HARMONIQUE
    Segment : [18:00 – 19:00] — Bande prioritaire, exposition maximale
    20
    son de fond

    Jour 0
    Avant la steppe, il y eut la pièce blanche.
    Les candidats y passèrent un par un.
    Pour la République Cérulienne
    L'utilisation d'enfants dans les guerres est considéré comme particulièrement monstrueux
    L'harmonie a décidée ainsi de leurs donner un chance d'être cérulien
    via un programme appeler Cycle de Naturalisation Harmonique
    voici leurs histoires

    RICLA VAES
    Ricla Vaes apparaît assise au bord du fauteuil. Elle porte une combinaison noire ajustée, structurée par des lignes sombres et des renforts discrets aux épaules, aux avant-bras et à la taille. Ses cheveux blonds sont séparés en deux tresses régulières qui tombent sur l’avant de ses épaules. Ses mains restent posées ensemble sur ses genoux. Pendant l’interview, Ricla regarde parfois la caméra, parfois le sol, parfois un point situé au-dessus de l’objectif. Elle salua poliment.

    La journaliste, hors champ, prit une voix douce.
    Journaliste : “Ricla, si tu devais te présenter rapidement?”
    Ricla : “Je m’appelle Ricla Vaes, j,ai 16 ans, et je suis une ancienne éclaireuse enfant des forces du Chaos, retrouvée par les forces harmoniques dans les hautes montagnes après l’effondrement de nos dernières positions dans le continent. je veux montrer qu'en tant qu’enfant soldat je suis digne d’avoir la nationalité cérulienne ”
    Journaliste : “Reconnaissante envers qui ?”
    Un silence passa.
    Ricla : “Envers les gens qui ne posent pas la deuxième question.”
    La journaliste rit.
    Journaliste : “Ton plat préféré ?”
    Ricla : “Le pain chaud.”
    Journaliste : “Juste le pain ?”
    Ricla : “Quand il est chaud, ce n’est pas juste du pain.”
    Elle sourit un peu, comme si elle s’excusait d’avoir dit quelque chose de trop simple.
    Journaliste : “Si tu pouvais emporter un objet dans la steppe ?”
    Ricla : “Une aiguille.”
    Journaliste : “Pour coudre ?”
    Ricla : “Eh.. oui. C’est presque pareil.”
    Elle baissa les yeux vers ses manches.
    Journaliste : “Tu es plutôt matin ou soir ?”
    Ricla : “Matin. Le matin, les gens n’ont pas encore décidé qui ils vont être pour la journée.”
    La journaliste eut un petit rire moins assuré.
    Journaliste : “Ton animal préféré ?”
    Ricla : “La chouette. Parce qu’elle voit sans avoir besoin d’être vue.”
    Journaliste : “Et qu’est-ce qui te fait rire ?”
    Elle sembla chercher loin,
    Ricla : “Les gens qui essaient d’être sérieux et qui échouent hehehe.”
    Journaliste : “hehe, Tu penses à quelqu’un ?”
    Ricla : “Pas encore, hihihi”

    À la fin, on lui demanda ce qu’elle voulait dire aux familles qui regarderaient.
    Elle répondit sans hésiter :
    Ricla : “Ne jugez personne trop vite. Les enfants apprennent d’abord ce qu’on leur laisse.”
    Nyra

    ESTEBAN VALDES

    Esteban Valdes est montré dans un fauteuil clair, légèrement penché vers l’avant. Il porte une combinaison rouge sombre renforcée, avec des plaques protectrices aux épaules, au torse, aux avant-bras et aux jambes. Des détails dorés soulignent les coutures et les pièces d’armure. Ses cheveux noirs bouclés encadrent son visage.
    Journaliste : “Esteban, si tu devais te présenter rapidement ?”
    Esteban ne répondit pas tout de suite. Il s’enfonça dans le fauteuil comme s’il refusait de lui donner trop d’importance, puis se pencha en avant, les coudes sur les genoux.
    Esteban : “Je m’appelle Esteban Valdes, j’ai 16 ans, et je suis un ancien enfant soldat des forces du Chaos. J’ai été récupéré après avoir servi dans des unités continentales où on apprenait plus vite à frapper qu’à parler. Je veux montrer qu’en tant qu’enfant soldat, je peux transformer ma colère en courage, et que je suis digne d’avoir la nationalité cérulienne.”
    Il avait dit cela avec un sourire presque insolent.
    Journaliste : “Tu as parlé de colère. Tu es quelqu’un de colérique ?”
    Esteban sourit plus franchement.
    Esteban : “Non. Je suis passionné, ce qui est ce que les gens polis disent quand ils veulent éviter le mot colérique.”
    La journaliste rit.
    Journaliste : “Ton plat préféré ?”
    Esteban : “Quelque chose qui pique.”
    Journaliste : “Tu cuisines ?”
    Esteban : “Je mange surout. C’est plus noble.”
    Journaliste : “Plus noble que cuisiner ?”
    Esteban : “Plus risqué. Si c’est mauvais, je suis le premier à passer à la trappe hehe.”
    Journaliste : “Si tu pouvais emporter un objet dans la steppe ?”
    Esteban : “Un couteau.”
    La journaliste marqua un temps.
    Journaliste : “Un couteau ?”
    Esteban leva les mains, faussement innocent.
    Esteban : “Pour couper de la corde. Du pain. Des branches.”
    Journaliste : “Et si on refuse le couteau ?”
    Esteban : “Alors une couverture. Les gens qui ont froid deviennent grincheux. Moi compris.”
    Journaliste : “Tu es plutôt matin ou soir ?”
    Esteban : “Soir.”
    Journaliste : “Pourquoi ?”
    Esteban : “Le soir, les gens arrêtent un peu de jouer leur rôle. Ils sont fatigués. Ils deviennent vrais, ou méchants. Souvent les deux.”
    Journaliste : “Ton animal préféré ?”
    Esteban : “La vipère.”
    Journaliste : “Pas le renard? Ça t’irait bien, la Flamme, le tempérament…”
    Esteban eut un sourire de côté.
    Esteban : “Les renards font tout pour qu’on ne les voit pas. La vipère prévient une fois. Après, elle ne débat pas.”
    Journaliste : “Qu’est-ce qui te fait rire ?”
    Esteban : “Les gens qui prennent leur propre autorité au sérieux.”
    Journaliste : “Tu penses à quelqu’un ?”
    Esteban regarda brièvement la caméra.
    Esteban : “Pas encore.”
    journaliste : “Qu’est-ce que tu apprécies chez quelqu’un ?”
    Le sourire d’Esteban disparut un peu.
    Esteban : “Qu’il reste.”
    Journaliste : “Même quand ça devient dangereux ?”
    Esteban : “Surtout quand ça devient dangereux. Quand tout va bien, même les lâches ont des airs de famille.”
    Journaliste : “À la fin, qu’est-ce que tu voudrais dire aux familles qui regardent ?”
    Il se redressa. Il aurait pu faire une plaisanterie. On sentit qu’il y pensa.
    Esteban : “Ne confondez pas un enfant bruyant avec un enfant perdu. Parfois, celui qui crie essaie juste de couvrir le bruit de ce qu’on lui a fait.”
    Esteban


    ELARA MYRE

    Elara Myre est assise droite dans un fauteuil blanc. Elle porte une tenue noire et violette, ajustée au corps, composée de pièces souples et de renforts rigides. Une sangle traverse sa poitrine. Ses longs cheveux blonds tombent en vagues claires sur ses épaules et son dos. Ses mains restent souvent jointes ou posées calmement sur ses genoux. Elara entra avec une politesse impeccable. Elle salua la journaliste, le caméraman, l’assistante, puis demanda si elle devait s’asseoir avant ou après le lancement. Personne ne lui avait demandé d’être aussi correcte. C’était justement ce qui rendait la chose triste.
    La journaliste, hors champ, prit un ton doux.
    Journaliste : “Elara, si tu devais te présenter rapidement ?”
    Elara joignit les mains sur ses genoux.
    Elara : “Je m’appelle Elara Myre, j’ai 16 ans, et je suis une Cérulienne déchue. J’ai perdu mon statut de Pureté après une faute civique grave, et j’entre dans le Cycle pour montrer que je peux comprendre mes erreurs, regagner la confiance de la République et peut-être retrouver ma place parmi les miens.”
    Journaliste : “Tu dis ‘retrouver ta place’. Tu sais déjà où elle est ?”
    Un léger silence.
    Elara : “Je croyais le savoir.”
    La journaliste sourit avec précaution.
    Journaliste : “Et maintenant ?”
    Elara : “Maintenant, j’essaie de mériter une réponse avant de l’exiger.”
    Journaliste : “Ton plat préféré ?”
    Elara : “Le thé avec du pain au miel.”
    Journaliste : “C’est très doux.”
    Elara eut un petit sourire.
    Elara : “Je n’ai pas toujours pensé que la douceur était nécessaire. Je change d’avis.”
    Journaliste : “Tu changes facilement d’avis ?”
    Elara : “Non.”
    Puis, après une seconde :
    Elara : “Mais j’apprends que ne jamais changer d’avis n’est pas une preuve de force. Parfois c’est seulement une bonne éducation mal digérée.”
    La journaliste rit, parce qu’il fallait rire. Mais son rire ressemblait à une chaise qu’on déplace trop vite.
    Journaliste : “Si tu pouvais emporter un objet dans la steppe ?”
    Elara : “Un peigne.”
    Journaliste : “Un peigne ?”
    Elara baissa les yeux, presque gênée.
    Elara : “Quand tout se dérègle, remettre de l’ordre dans une petite chose comme mes cheveux m’aide à ne pas me perdre.”
    Elle toucha une mèche de ses cheveux blancs. La lumière du studio les rendait presque argentés.
    Journaliste : “Ton animal préféré ?”
    Elara réfléchit.
    Elara : “Le cheval.”
    Journaliste : “Pour la noblesse ?”
    Elara : “Pour la mémoire. Un cheval dressé se souvient longtemps de la main qui l’a dressé. Même quand cette main n’est plus là..... Et aussi parce qu’il est beau.”
    Elara : “Les gens qui parlent aux animaux comme s’ils attendaient une réponse officielle.”
    Journaliste : “Tu penses à quelqu’un ?”
    Elara eut enfin un vrai sourire.
    Elara : “À moi. J’ai déjà demandé pardon à un cheval. Il ne m’avait rien fait.”
    Le rire de la journaliste fut sincère cette fois.
    Journaliste : “Qu’est-ce que tu voudrais dire aux familles qui regardent ?”
    Elara se redressa légèrement. Sa voix devint plus claire.
    Elara : “Qu’une faute ne dit pas toujours toute la vérité d’une personne. Mais que vouloir être pardonné ne suffit pas. Il faut devenir quelqu’un qui ne demandera pas pardon de tout réparer.”
    Elara

    JARED KORVESS

    Jared resta debout un peu trop longtemps. On lui montra le fauteuil. Il le regarda comme s’il s’agissait d’une proposition suspecte, puis finit par s’asseoir. Jared Korvess apparaît assis dans un fauteuil blanc, le corps légèrement tourné sur le côté. Il porte une combinaison bleu-gris sombre, plus utilitaire, avec une veste fermée, des poches, des sangles et des protections aux poignets et aux genoux. Ses cheveux blonds courts sont désordonnés. Ses mains restent près de ses jambes ou croisées devant lui. À l’écran, Jared regarde rarement directement la caméra.
    La journaliste, hors champ, prit une voix prudente.
    Journaliste : “Jared, si tu devais te présenter rapidement ?”
    Jared regarda la caméra, puis légèrement à côté.
    Jared : “Je m’appelle Jared Korvess, j’ai 22 ans. J’ai été retrouvé dans les hautes montagnes après des mois de disparition, dans une zone où la guerre a laissé plus de questions que de routes. Je participe au Cycle pour prouver que je peux vivre selon les règles céruliennes et obtenir une forme de naturalisation.”
    Journaliste : “Tu veux devenir Cérulien ?”
    Il y eut un silence bref, mais net.
    Jared : “Je veux sortir du Cycle vivant et libre.”
    La journaliste ne rit pas. Elle ne savait pas si elle devait.
    Journaliste : “C’est une réponse très directe.”
    Jared : “C’était une question directe.”
    Journaliste : “Ton plat préféré ?”
    Jared : “Celui qu’on partage.”
    Journaliste : “Tu peux nous donner plus de précision?”
    Jared : “Non.”
    Cette fois, quelqu’un derrière la caméra rit.
    Journaliste : “Si tu pouvais emporter un objet dans la steppe ?”
    Jared : “Une carte, même incomplète, toutes les cartes sont incomplètes.”
    Journaliste : “Tu es plutôt matin ou soir ?”
    Jared : “Nuit.”
    Journaliste : “Ce n’était pas proposé.”
    Jared : “Je sais.”
    Journaliste : “Pourquoi la nuit ?”
    Jared : “Parce que c’est silencieux”
    Journaliste : “Tu as une qualité que tu aimerais montrer dans le Cycle ?”
    Jared baissa les yeux vers ses mains.
    [b]Jared :
    “Je ne laisse pas facilement quelqu’un derrière.”
    Journaliste : “C’est une qualité.”
    Jared : “Pas toujours.”
    Journaliste : “Qu’est-ce que tu voudrais dire aux familles qui regardent ?”
    Jared resta longtemps silencieux.
    Jared : “Ne croyez pas comprendre quelqu’un parce qu’on vous a montré son visage.”
    coupure
    Jared : “Pour tout le monde.”
    jared

    KAELOR SARRIN

    Kaelor Sarrin est montré assis dans un fauteuil clair, les bras posés sur les accoudoirs. Il porte une combinaison de travail brun-gris, épaisse, avec col montant, ceinture noire, poches utilitaires et sangle diagonale. Ses cheveux gris-blonds sont courts et irréguliers. Sa barbe est légère, visible sous l’éclairage du studio. Kaelor entra lentement. Le réveillé. Le miraculé. Celui que la médecine cérulienne avait rendu au monde.
    La journaliste, hors champ, prit une voix plus basse qu’avec les autres. Cela l’agaça immédiatement.
    Journaliste : “Kaelor, si tu devais te présenter rapidement ?”
    Kaelor posa ses mains sur ses genoux. Il regarda un instant la table, puis la caméra.
    Kaelor : “Je m’appelle Kaelor Sarrin, j’ai 21 ans. Pendant longtemps, on m’a considéré comme retiré du monde, presque absent à moi-même, après les violences du front continental. Grâce aux progrès médicaux céruliens, j’ai pu revenir à une vie consciente, et je participe au Cycle pour apprendre à servir la République et devenir citoyen.”
    Journaliste : “C’est important pour toi, le service n'est-ce pas ?”
    Kaelor : “Oui.”
    Journaliste : “Pourquoi ?”
    Kaelor : “Parce qu’il y a toujours quelque chose à faire. Même quand les grands mots ne servent plus.”
    Journaliste : “Ton plat préféré ?”
    Kaelor : “Chaud.”
    Journaliste : “Juste chaud ?”
    Kaelor : “Chaud, c’est déjà beaucoup.”
    Journaliste : “Tu cuisines ?”
    Kaelor : “Je sais faire.”
    Journaliste : “Ce n’est pas pareil qu’aimer cuisiner ?”
    Kaelor : “Non.”
    Journaliste : “Et tu aimes ?”
    Kaelor réfléchit.
    Kaelor : “J’aime quand les autres mangent avant que ça refroidisse.”
    Journaliste : “Si tu pouvais emporter un objet dans la steppe ?”
    Kaelor : “Une couverture.”
    Journaliste : “Pour toi ?”
    Kaelor : “Pour celui qui dira qu’il n’en a pas besoin.”
    Journaliste : “Ton animal préféré ?”
    Kaelor : “Le cheval de bât.”
    Journaliste : “Ce n’est pas très spectaculaire.”
    Kaelor : “La gloire ne porte rien.”
    Journaliste : “Qu’est-ce qui te fait rire ?”
    Kaelor resta silencieux.
    [b]Journaliste :
    “C’est une question difficile ?”
    Kaelor : “Non. C’est juste que les choses qui me font rire ne sont pas toujours drôles à raconter.”
    Journaliste : “Essaie.”
    Il soupira légèrement.
    Kaelor : “Quelqu’un qui chante faux avec beaucoup de confiance.”
    Journaliste : “Ça t’est arrivé ?”
    Kaelor : “Oui.”
    Journaliste : “Et tu as ri ?”
    Kaelor : “Pas devant elle.”
    Journaliste : “Qu’est-ce qui te rassure ?”
    Kaelor regarda la porte.
    Kaelor : “Savoir où est la sortie.”
    Journaliste : “Tu as peur d’être enfermé ?”
    Kaelor : “Tout le monde devrait.”

    kaelor

    ÇEÇILIA SANCHEZ

    Çeçilia Sanchez apparaît assise au centre du fauteuil. Elle porte une tenue noire serrée, composée de cuir, de tissu matelassé et de protections sombres aux épaules. Un brassard vert est noué autour de son bras. Ses cheveux noirs sont attachés en une longue tresse qui descend sur l’avant.
    La journaliste, hors champ, prit une voix douce, presque maternelle.
    Journaliste : “Çeçilia, si tu devais te présenter rapidement ?”
    Çeçilia baissa légèrement les yeux, puis les releva.
    Çeçilia : “Je m’appelle Çeçilia Sanchez, j’ai 19 ans, et je suis une ancienne enfant soldat des forces du Chaos. J’ai été formée très jeune à obéir, à survivre, et à ne pas m’attacher. Je participe au Cycle pour apprendre une autre forme d’obéissance, une obéissance civique, et montrer que je peux devenir digne de la nationalité cérulienne.”
    Journaliste : “Tu dis que tu veux apprendre une autre forme d’obéissance. C’est quoi, pour toi, une bonne obéissance ?”
    Çeçilia réfléchit. Elle donna à son silence une forme fragile.
    Çeçilia : “Celle qui ne demande pas de disparaître complètement.”
    La journaliste eut un regard ému.
    Journaliste : “Ton plat préféré ?”
    Çeçilia : “La soupe.”
    Journaliste : “Pourquoi ?”
    Çeçilia : “On peut y mettre beaucoup de choses sans que ça se voie.”
    La journaliste rit.
    Çeçilia rit aussi.
    Journaliste : “Si tu pouvais emporter un objet dans la steppe ?”
    Çeçilia : “Une pierre.”
    Journaliste : “Une pierre ?”
    Çeçilia : “Oui.”
    Journaliste : “Pourquoi ?”
    Çeçilia sourit doucement.
    Çeçilia : “Pour la garder dans la main. Quand j'étais au front, on m’a dit que si j’avais quelque chose à serrer, on tremble moins.”
    journaliste : “Tu es plutôt matin ou soir ?”
    Çeçilia : “Soir.”
    Journaliste : “Pourquoi ?”
    Çeçilia : “Le soir, si je n'entend pas les bruits, je sais que la nuit passera vite.”
    Journaliste : “Les bruits ?”
    Çeçilia : “Les pas, puis la porte. puis la chambre, puis les respirations. Le jour, la douleur revient et tout le monde parle par-dessus.”
    Journaliste : “Ton animal préféré ?”
    Çeçilia : “Le rat.”
    Journaliste : “Le rat ? Tu ne veux pas choisir quelque chose de plus… noble ?”
    Çeçilia pencha légèrement la tête.
    Çeçilia : “Le rat survit aux royaumes qui tombent.”
    Un silence.
    Puis elle ajouta, plus doucement :
    Çeçilia : “Et il sait quand courir.”
    Journaliste : “Qu’est-ce que tu apprécies chez quelqu’un ?”
    Çeçilia regarda ses mains.
    Çeçilia : “Qu’il prévienne avant d’entrer.”
    Journaliste : “Dans une pièce ?”
    Çeçilia : “Dans une pièce.Dans une vie. Dans un ….”
    Journaliste : “Qu’est-ce que tu voudrais dire aux familles qui regardent ?”
    Çeçilia leva les yeux vers la caméra.
    Çeçilia : “Ne pensez pas qu’un enfant obéissant est toujours un enfant sauvé. Parfois, c’est seulement un enfant qui a compris trop tôt ce qui arrive quand il dit non.”

    daria

    Haut de page