26/06/2018
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Activités intérieures politiques

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Activités intérieures politiques.

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Il n'est rien de plus noble, de plus digne d'un homme que de se consacrer au service de l'État.
Palais Grayson
RP rétrospectif

Le Royaume de Teyla pouvait-il survivre à l'éternité, à l'infini, à la mort des Hommes ? C'est là la question qui hante les couloirs feutrés du Palais Grayson, les couloirs feutrés de la Résidence Faure, les couloirs feutrés du Parlement Teylais. Cette question transcende l'Homme, elle fut posée à tous les siècles, à toutes les époques dans lesquelles l'homme était présent. Quand cela n'était pas le Royaume de Teyla, c'était l'Empire Rhémien. Elle touche à l'héritage que laisseront les hommes qui ont bâti une nation, qui ont fait vivre et parfois survivre une nation. Le Royaume de Teyla pouvait-il s'effondrer lentement, subitement ? Quelles seraient les causes de cet effondrement, qu'il soit prévisible ou soudain ?

Catherine III n'arrivait pas à se sortir ces questions de son esprit depuis plusieurs semaines, plusieurs mois. D'apparence, tout allait à merveille au Royaume de Teyla. Le Gouvernement de Sa Majesté allait de l'avant, l'économie était fleurissante, le peuple n'était pas contre ses élites et sa classe dirigeante, l'armée pouvait empêcher des invasions étrangères et l'Organisation des Nations Démocratiques se portait à merveille. Mais cela était de façade, Catherine III le savait que trop bien depuis le rapport des Services de renseignement sur son bureau depuis plusieurs semaines. Le temps créait des fissures sur les Hommes et donc les nations. Elles étaient apparues sur Angel Rojas, le Premier ministre du Royaume de Teyla depuis les élections de deux mille douze. Elles étaient apparues, visibles par ceux qui cherchaient, qui savaient regarder au-delà de la force affichée en public. Nombreux sont ceux à l'avoir remarquée, peu sont ceux ayant compris les raisons intrinsèques de ses fissures.

La Loduarie. Ce mot, cette ombre persistante, avait laissé des traces invisibles, mais terribles sur l'homme qu'était Angel Rojas. Il ne faisait aucun doute, selon les renseignements, que le comportement de la Loduarie Communiste, immoral et barbare dès le début de son mandat, avait marqué à jamais l'ancien juge anti-corruption. On aurait pu croire que son ancien métier pouvait l'avoir formé à accepter deux morts de citoyens teylais et ensuite le jugement des nations qui demandaient au Royaume de Teyla de ne pas jouer un conflit, même diplomatique seulement, frontalement contre la Loduarie Communiste. Pourtant, la réalité de la Loduarie dépassait tout ce qu'il avait connu dans les tribunaux. En tant que juge, Angel Rojas avait l'habitude d'affronter les pointes de noirceur dans l'esprit humain. Mais il avait toujours eu la possibilité, même infime, de rendre la justice dans les tribunaux teylais, en ouvrant des enquêtes, en invitant les médias lors des arrestations envers les puissants.

Avec la Loduarie Communiste, on était loin de tout ça. On n'était plus dans les tribunaux, mais dans les missives et les insultes diplomatiques. On était dans la pure confrontation de deux modèles politiques et idéologiques. L'un était une démocratie libérale, l'autre était un communisme autoritaire. Lorsque la Loduarie Communiste a décidé d'assassiner deux Teylais, l'affrontement pour l'imposition d'un modèle de régime politique et le contrôle implicite de l'Eurysie de l'Ouest s'imposait aux deux nations. L'affrontement était inévitable et de la faute de la Loduarie Communiste, selon les penseurs et dirigeants teylais. Pour Angel Rojas, les corps gisants sur le sol étaient un choc. La Loduarie Communiste avait fait le choix, de ce jour-là, de la terreur à l'encontre du Royaume de Teyla.

Un choix audacieux qui n'avait pas payé sur le long terme en l'absence de véritable opération de déstabilisation du Royaume de Teyla ou de ses partenaires. Mais le choix de la Loduarie Communiste avait fonctionné sur le Premier ministre de Sa Majesté. Plus le temps passait, plus il était affecté par la situation face à la Loduarie Communiste. Il ne dormait plus, il était envahi de crises d'angoisse ou de panique lorsqu'on évoquait la Loduarie Communiste. Bien que son corps était présent lors des réunions concernant la Loduarie Communiste, son esprit était absent. Son regard pouvait rester fixé sur l'interlocuteur, son visage garder cette expression impénétrable que la presse tant louait, mais son esprit était ailleurs, piégé dans les boucles infinies de la crainte, de la peur et de l'humiliation passée. Il revoyait les photos des cadavres dans la presse loduarienne, le cri de douleur des familles des victimes.

Dans les couloirs feutrés du Palais Grayson, derrière son bureau, Catherine III pensait à tout cela. Elle relisait constamment le rapport des Services de renseignements du Royaume de Teyla et leur analyse concernant l'état de santé mentale du Premier ministre. Ils remettaient en cause la capacité d'Angel Rojas de prendre les décisions nécessaires et de diriger une crise à l'encontre de la Loduarie Communiste. Concernant les autres sujets, Angel Rojas semblait tenir bon, mais là n'était pas la question. La Loduarie Communiste était une menace, la principale menace pour la sécurité du Royaume de Teyla et de son peuple. Le Royaume de Teyla se devait de fonctionner, il n'avait pas le choix de s'arrêter pour une âme, si abîmée soit-elle. La cruauté de la situation n'échappait pas à Catherine. Elle n'avait jamais aimé Angel Rojas, mais elle l'avait nommé. Il était le vainqueur flamboyant de l'année deux mille douze et des élections législatives de la même année. Elle l'avait vu réussir économiquement, politiquement. Elle l'avait vu construire un Royaume plus puissant que jamais et prêt à assurer sa défense plus que jamais.

Mais, hélas, elle l'avait vu de plus en plus inquiet face à la Loduarie Communiste. Fort heureusement, son Premier ministre était entouré de gens compétents et d'amis. Mais la situation pouvait-elle durer ? Sa Majesté était seule face à cette question. Elle avait le pouvoir de dissoudre sans nécessité de consultation ou de réunir des conditions. C'était là, avec la nomination du Premier ministre, son seul pouvoir politique. La nomination du Premier ministre était seulement symbolique, car il venait toujours des rangs du parti vainqueur des élections, mais la dissolution de l'Assemblée nationale n'avait rien d'un geste politique neutre. Ce n'était pas une simple formalité. Une dissolution jetterait le pays dans une période d'incertitude, avec des élections anticipées qui, même si Rojas gagnait, laisseraient le Gouvernement actuel en gestion des affaires courantes. C'était un risque, alors que la Loduarie Communiste devenait de plus en plus frontale dans ses actions anti-teylaises. Quel message serait envoyé si elle utilisait cette arme ? Et si jamais Rojas gagnait, celui-ci aurait une majorité amoindrie et donc une légitimité moins importante. Peut-on prendre ce risque dans la situation actuelle ?

En ce 5 avril 2016, deux coups retentirent à la porte qui menait dans l'une des pièces les plus reculées, isolées du Palais Grayson. Catherine III était assise sur l'un des fauteuils de cette pièce qui ne correspondait pas à la grandeur d'un Palais, d'une couronne. La pièce avait beau être petite, elle n'en restait pas moins royale. Une table, dont la finesse des traits était telle qu'elle aurait rendu jaloux n'importe quel menuisier. Des livres de droit constitutionnel se retrouvaient posés dans un désordre comme si ils étaient une réponse à l'interrogation qui ne se terminait jamais de Sa Majesté. Les deux coups frappés à la porte résonnèrent de nouveau, plus insistants cette fois. Catherine III redressa légèrement le buste, posant délicatement le livre qu’elle tenait encore, "L'histoire de la Constitution, Julie Kourou", avant de répondre :

- Entrez, dit Catherine III, la voix s'élèvant pour se faire entendre.

Une silhouette se montra timidement, il s'agissait seulement d'un majordome du Palais Grayson, qui dit sur un ton calme :

- L'honorable Ministre Pierre Lore est arrivé, Votre Majesté.

- Faite le entrer, dit Catherine III.

Le majordome s’effaça sans un bruit, et la porte se referma quelques secondes, le temps d’un silence. Catherine profita de cet instant pour replacer le livre parmi les autres. Alors qu'elle était en train de se lever, la porte s'ouvrit et cette fois-ci Pierre Lore apparut aux yeux de Sa Majesté Catherine III. Elle avait entendu, par des gens de la cour, que Pierre Lore était un homme bizarre mais un homme qui semblait avoir la stature d'État. Elle l'avait déjà rencontré par le passé, pour préparer des rencontres, des traités. Elle n'avait rien eu à redire quant au comportement de Pierre Lore. Elle était de ceux qui auraient défendu Pierre Lore s'il était attaqué.

Pierre Lore, en dépit des rumeurs, se tenait avec une dignité presque austère, mais toujours avec cet œil émerveillé par la monarchie, ses symboles et ce qu'elle représentait aux yeux du ministre et de beaucoup de Teylais. Sa Majesté jeta son regard sur les bras du ministre des Affaires Étrangères. Il n'avait pas été mis au courant des raisons de cette entrevue, mais il était venu avec énormément de dossiers diplomatiques, comme pour se préparer à toutes les éventualités. Mais il ne pouvait pas se préparer à ce que Sa Majesté s'apprêtait à lui dire.

- Votre Majesté, dit-il en s’inclinant, c’est toujours, malgré mes visites passées, un honneur non altéré de me retrouver, en ces lieux, et en votre présence, dont la grâce n'a cessé d'être un modèle pour l'ensemble du Royaume.

- Je vous remercie, Monsieur le Ministre. Votre attachement pour le Royaume de Teyla, ce qu'il représente, les valeurs qu'il porte et son peuple sont connus de tous, y compris de moi. C'est la raison de votre présence, Monsieur le ministre. Je vous invite à vous asseoir à la table, si cela vous convient.

Pierre Lore ne chercha pas à contre-argumenter. Il s'assit à la table, prenant place devant la souveraine du Royaume de Teyla. Il posa ses dossiers à côté de lui. Catherine III le fixa, puis glissa lentement son regard vers les livres de droit éparpillés sur la table. Elle était là pour prendre un avis, d'un homme qu'elle pensait être au service du Royaume de Teyla et non au service de Pierre Lore. Une qualité rare. Elle devait se lancer, malgré le fait que Lore était l'ami du Premier ministre.

- Je vous ai fait venir ici, dit-elle en prenant un ton montrant la gravité de la situation, un ton qu'elle avait souvent, loin des oreilles indiscrètes et des médias, car je dois prendre un avis sur un sujet qui me préoccupe et une solution à laquelle je pense. Je compte sur votre entière discrétion une fois sorti de cette pièce, Monsieur le ministre.

Elle chercha de ses yeux, sur le visage de Pierre, un signe d'approbation.

Comme vous le savez, le Gouvernement de Sa Majesté réussit bien à ses missions, dirais-je même à ses devoirs. L'économie, l'Organisation des Nations Démocratiques, l'industrie de la défense, du spatial, la politique internationale, tous ces sujets sont maîtrisés par le Gouvernement de Sa Majesté, bien qu'on pourrait émettre quelques critiques, mais ce n'est pas mon rôle. Du moins, pas en dehors de l'entrevue mensuelle avec le Premier ministre. Je vais être directe. Le sujet concerne la Loduarie Communiste et je pense à la dissolution de l'Assemblée nationale.

La Loduarie. La dissolution. Deux mots qui, prononcés ensemble dans la bouche de la Reine, faisaient l'effet d'une bombe. Il comprit aussitôt que les dossiers qu'il avait ramenés n'allaient servir à rien dans cet entretien. Le visage de Pierre Lore trahissait son étonnement et la peur qui l'avait submergé. Pierre Lore comprit que la situation devait être assez grave pour que Sa Majesté pense à dissoudre alors que tout allait bien, comme l'avait signifié Catherine III, dans la politique gouvernementale.

L'explication du sujet fut longue par Sa Majesté. Sans lui donner les documents de renseignements, elle mentionna lesdits documents. Ce n'était une surprise pour personne que les renseignements veillaient à la santé mentale de ses dirigeants, dont le Premier ministre avait un pouvoir important au Royaume. Pierre Lore ne pouvait pas s'en étonner. Il ne fut pas surpris, pas autant que l'aurait cru Catherine III, sur l'état de santé d'Angel Rojas. Étant un ami de ce dernier, il avait bien observé, comme la plupart des ministres, que quelque chose avait changé en Angel. Il ne savait pas quoi avant cette discussion, mais maintenant il comprit et il s'en voulut de ne pas avoir demandé à Angel les raisons de ce qui semblait être un mal-être. Il ne se détourna pas non plus de ses responsabilités quant à la situation avec Angel Rojas. Il aurait dû être plus présent pour Angel Rojas lorsqu'il le pouvait. Sa Majesté rétorqua que Pierre Lore n'était pas au gouvernement en deux mille douze, mais qu'importe, Pierre Lore avait un sentiment de culpabilité.

Toutefois, Sa Majesté l'avait fait venir pour une raison. Prendre conseil auprès de Lore sur la situation actuelle et une potentielle dissolution...

- Défense du Royaume de Teyla, je sais bien Votre Majesté, dit Pierre Lore assit face à Catherine III,

-Je ne suis pas celle qui veut faire basculer le Royaume dans l'instabilité et dans la stupeur. Une telle décision provoquerait de la stupeur, non ? Le visage de Pierre Lore ne laissa aucun doute. Ses traits, habituellement sereins, se durcirent imperceptiblement, trahissant son avis. Plus que cela, Catherine III voyait bien que Pierre Lore pensait qu'une telle décision affaiblirait le Royaume de Teyla.

- Vous avez le pouvoir de dissoudre la chambre basse, sans nécessité de réunir des conditions ou de consultation. Mais est-ce que cela changera quelque chose ? Oui, une telle décision affaiblirait Angel Rojas, car le message envoyé par une dissolution sans explication ne pourrait être autre que "Vous estimez qu'Angel Rojas ne réunit pas les conditions, les qualités pour être Premier ministre, alors qu'il a la majorité absolue la plus large depuis cinq décennies au moins". Angel Rojas aura l'approbation du parti et, à vrai dire, la mienne, il reste mon ami. Il gagnera les élections, même s'il n'aura que la majorité relative, mais je crois qu'en l'état il gardera la majorité absolue. Elle sera moins grande, moins confortable, mais il restera Chef du Gouvernement.

- Certes, mais au regard de son état de santé, très préoccupant, peut-il encore exercer le pouvoir, Pierre ?

- Tout seul, non, mais accompagné, oui, dit fermement Pierre Lore. Le Royaume de Teyla a prévu, non pas spécifiquement cette situation, mais des situations dans lesquelles le Premier ministre en poste n'aurait pas les épaules pour gouverner. Il ne s'agit en aucun cas d'épaules ici, mais de santé. Nous ne pouvons pas jeter en pâture et en place publique un homme dont la santé mentale nous inquiète tous et toutes. Ce serait une cruauté, et cela ne ferait qu'encourager la Loduarie, leur prouvant que leurs méthodes psychologiques ont fonctionné.

La dissolution provoquerait une situation de mini-crise politique. Je m'explique...


- Je sais ce que vous allez dire, Monsieur le ministre. Le Gouvernement va gérer les affaires courantes le temps de la campagne électorale et de la nomination d'un nouveau Premier ministre. Dans une situation normale, le gouvernement sera nommé un mois et demi après la date de la dissolution. Si nous estimons que ma décision fragilisera de manière conséquente Angel Rojas sur la scène intérieure et qu'il obtient seulement une majorité relative, le délai d'un mois et demi augmente à trois mois le temps que les discussions avec le parti Les Royalistes se fassent. C'est durant cette période que le Royaume de Teyla sera le plus perméable à des attaques loduariennes. Mais permettez-moi de contrer vos probables arguments. Le Royaume de Teyla restera au sein de l'Organisation des Nations Démocratiques et aura le soutien total de l'organisation en cas de menace ou d'attaque indirecte comme directe contre le Royaume. Les déploiements de nos partenaires sont certains de rester.

De plus, notre force armée reste égale à celle de la Loduarie Communiste. Si ils attaquent, ils devront traverser les montagnes, ils subiront conséquemment plus de pertes que nous. Vous allez poser la question du maintien d'une politique cohérente à ce niveau-là. Je crois que l'élément essentiel reste que le Premier ministre a peur de passer à l'acte, a peur de la guerre, mais si la nation se retrouve en guerre, une fois la stupeur passée, alors il aura les capacités mentales pour gérer la nation et l'emmener vers la victoire. Si tel n'était pas le cas, que cela soit dans une situation d'un gouvernement transitoire ou non, je suis la cheffe des armées tout comme lui. Si j'expose la situation, alors j'aurai l'oreille de l'État-major.


- J'entends, Votre Majesté, mais cela serait détourner l'objectif de cette disposition de la constitution, dit l'homme fidèle au Royaume. L'objectif premier de cette disposition était qu'en cas de corruption du chef de l'État ou du gouvernement, l'autre partie non corrompue ait toute la légitimité pour défendre le Royaume de Teyla de cette corruption ou compromission, y compris à travers la force armée nécessaire. Le statut de chef des armées ne donne pas seulement de la légitimité auprès des armées, il en donne au peuple. Si ce détournement de l'esprit de la constitution est nécessaire, alors je m'y conformerai, mais uniquement dans un cas légitime, Votre Majesté.

Vos arguments sont pertinents sur la dissolution. Mais j'ajoute, Votre Excellence, qu'en cas de dissolution, comme j'ai eu à cœur de le dire précédemment, Angel Rojas aura de très fortes chances de l'emporter. La dissolution l'affaiblira sur le long terme. Sur la scène internationale, pour faire face à la Loduarie Communiste, ce n'est pas rassurant si Angel termine affaibli. Ce que je crains, Votre Majesté, ce n’est pas qu’Angel Rojas perde les élections. C'est qu'il les gagne dans un contexte de crise ouverte qu'il n'aura pas provoquée, mais qui l'aura déstabilisé. Un Premier ministre vainqueur, mais blessé publiquement par sa propre Souveraine, même pour des raisons légitimes et nobles, serait une proie plus facile pour les services de renseignements de la Loduarie Communiste. Elle aura une vraie accroche pour affaiblir le Royaume de Teyla à travers le Premier ministre, ce qu'elle cherche, assurément, à faire. Là, ils feront la guerre frontalement et traverseront la frontière.


- Une guerre frontale, répéta-t-elle à voix basse. Vous pensez réellement que la Loduarie Communiste se risquera à une guerre frontale ? L'élite de cette nation sait le rapport de force et l'élite de cette nation sait pertinemment, même dans la pire situation, que la Loduarie Communiste perdrait.

- Ce sera leur seule chance de tenter quelque chose... Un silence lourd s'installa, puis Pierre Lore reprit. Ils verront cela comme une opportunité, le Royaume de Teyla pourrait être divisé, selon leur analyse. Les durs du régime tenteront de forcer la main de Lorenzo pour enclencher un conflit armé. Ils profiteraient de la période de vulnérabilité maximale, ce gouvernement d'affaires courantes sans pleine autorité, pour tester nos défenses.

Angel Rojas est comme tous les ministres accompagnés par des conseillers, ses propres ministres et vous concernant la guerre dans ses décisions. Ensemble nous pouvons faire front, non pas pour le remplacer, il reste le décideur ultime, mais pour accompagner au mieux ses décisions sur la Loduarie. Nous devons lancer des plans de défense, d'évacuation de la population à la frontière. Ces plans existent mais ne sont plus à jour. La ministre de la Défense ne m'aime pas, mais je peux tenter de voir pour qu'elle lance cette réactualisation des plans. Nous préservons la face d'Angel Rojas, qui a renforcé le Royaume de Teyla. Le Royaume de Teyla doit protéger les siens qu'importe la situation, c'est mon intime conviction, Votre Majesté. Nul n'est au-dessus du Royaume et nul n'est abandonné par le Royaume. Sa faiblesse sur le dossier Loduarien, et si nécessaire sur d'autres dossiers, sera comblée par la force collective du Gouvernement.

Au sein du Mouvement Royaliste et d'Union, Rosalie Chabas s'occupe très bien des députés et s'assure à ce qu'ils soient fidèles à Rojas.


- Bien, acta fermement Sa Majesté. Elle se leva et regarda Pierre Lore tout en cherchant le livre de la constitution. Ayant compris la symbolique de ce texte pour le ministre, elle dit : Je ne vais pas dissoudre l'Assemblée nationale tant que le Gouvernement est uni et derrière Rojas sur la Loduarie. Il convient que cette unité doit venir tant des membres de son gouvernement que d'une majorité de députés, Monsieur le Ministre. Je conçois qu'Angel Rojas a servi le Royaume à sa manière et nous devons lui rendre. Je parlerai dans la semaine avec le ministère de la Défense, ne vous en faites pas, je vais faire réactualiser ces maudits plans. Quant à vous, dit-elle d'une voix timide, je vous confie le Royaume de Teyla. Faites preuve d'un dévouement ultime envers ce Royaume.

Angel Rojas reste notre Premier ministre. Il a, vous l'avez dit, bâti un Royaume puissant avec ses forces et faiblesses. Mais là où le Royaume frémit de douleur de manière trop inquiétante, là où la Loduarie Communiste tente de nous vaincre, je veux que vous et les quelques personnes de confiance que vous trouverez sur votre chemin compensiez, colmatiez les brèches. Non pas ouvertement, non pas en insultant l'autorité du Premier ministre, mais en construisant dans l'ombre un cercle de confiance qui saura aiguiller Angel Rojas dans sa plus grande tâche : celle de protéger le Royaume de Teyla face à ces menaces.

Monsieur Lore, je vous demande humblement un sacrifice invisible. Un acte d'amour qui ne saura jamais reconnu publiquement, outre ma protection envers vous.


Pierre Lore ne dit pas un mot, mais à ses yeux larmoyants, à son visage, elle sut qu'il acceptait ce sacrifice.
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L'État, c'est la continuité. Il ne meurt pas. Il doit vivre, même s'il faut pour cela tout sacrifier.
Les survivants désignés - I

L'attaque de la Principauté de Carnavale sur la capitale de l'Empire Démocratique et Parlementaire du Nord, Estham, est pour tout le Royaume de Teyla, comme pour toute l'Organisation des Nations Démocratiques, un choc qui bouleverse la société. Selon les premières estimations, plus d'un million de personnes sont mortes ou portées disparues. Il n'a fallu que quelques heures de plus et la coordination de tous les services de secours de l'Organisation des Nations Démocratiques pour que les simulations augmentent le nombre de morts estimées de plus de deux cent mille personnes. Sa Majesté et le Gouvernement de Sa Majesté regardaient avec horreur les bilans provisoires augmenter d'heure en heure. Pour l'une des premières fois de l'histoire de l'humanité, les bilans provisoires n'augmentaient pas par dizaine ou centaine de personnes mortes ou disparues, mais bien par millier de personnes mortes ou blessées.

La stupeur mêlée à la peur avait envahi les esprits du Gouvernement de Sa Majesté et aussi de Sa Majesté. Cette dernière avait, par ailleurs, quitté le pays pour le Paltoterra Fortunée, après une invitation du Doge actuel de la Sérénissime République. Une invitation qui tombait à point nommé pour tout le monde, y compris la famille royale. Son fils et héritier du Trône, Taylo Courvoisier, était resté au Royaume de Teyla pour montrer que la famille royale ne fuyait pas, bien au contraire, elle restait présente pour la population teylaise. L'opinion publique, pour une fois, ne fut pas en accord avec l'action de Catherine III, qui voyait une fuite en avant de Sa Majesté, elle qui était censée défendre le Royaume de Teyla coûte que coûte, y compris au prix de sa vie. C'était là le cœur de la survie de la monarchie teylaise.

Mais qu'importe, le Royaume de Teyla devait agir et vite pour assurer la survie du Royaume de Teyla mais aussi éviter que des nations tentent de s'immiscer dans la brèche et très certainement le vide laissé par la frappe sur Estham. Le Gouvernement, l'Empereur devenaient-ils ? La frappe, si horrifique soit-elle, avait pour elle l'efficacité. Elle frappait le cœur économique, politique et administratif du pays. Le pays avait envoyé du personnel de secours, des policiers, des militaires, des fonctionnaires, des équipements médicaux, autant qu'il pouvait à l'Empire du Nord, afin d'assurer la survie de l'État et de ses habitants. La priorité pour le Royaume de Teyla, de manière très cynique, n'était pas tant la survie des habitants que la survie de l'État, l'administration. L'Empire Démocratique et Parlementaire du Nord, éminemment membre de l'Organisation des Nations Démocratiques, ne devait en aucun cas s'écrouler, disparaître. Il avait le droit de faiblir, sous le poids du choc mental, moral, économique et politique, mais il ne pouvait pas rompre définitivement. La survie de cet État était cruciale pour la survie de tous ses habitants.

De manière assez "surprenante", les services publics et la société civile de tout l'Empire du Nord continuaient de fonctionner. Le fonctionnement n'était pas habituel et avait en lui la trace d'un choc mental important, d'une épreuve dont la dureté ferait mourir chaque Homme sous son poids. Mais les autorités locales devaient tout de même se débrouiller pour maintenir les services en fonctionnement, en vie. C'était là le rôle de l'Organisation des Nations Démocratiques et du Royaume de Teyla de donner les moyens à ces autorités locales de continuer de fonctionner autant que possible. De continuer à faire tourner l'économie, pour éviter l'appauvrissement globalisé de toute une population, qui a déjà tant souffert.

Après le choc passé, l'Empire du Nord ayant retrouvé un semblant de gouvernement et d'autorité pouvant prendre les décisions et l'assurance de la survie de l'Empereur Maximilien II, il était admis auprès de l'Empire et de tous ses partenaires de l'Organisation des Nations Démocratiques qu'il était désormais temps de venger l'Empire et faire en sorte que cette attaque ne puisse jamais être reproduite par la Principauté de Carnavale. Tout le monde l'avait compris au sein du Gouvernement de Sa Majesté, celui-ci signifiait la guerre, or pourtant aucun membre n'utilisait ce mot. Pour ce mot, si symbolique, il serait utilisé le 25 décembre lorsque l'Assemblée nationale suivie de la Chambre des Nobles votèrent la déclaration de guerre formelle à la Principauté de Carnavale.

Or, la survie de l'État Teylais comptait tout autant que la survie de l'État Nordiste, voire plus, si les dirigeants teylais étaient honnêtes en public. Il devait survivre pour ne pas laisser toute une population d'Eurysie de l'Ouest sans boussole, sans autorité qu'on pouvait écouter. Que serait la réaction de la population teylaise s'il n'y avait plus d'administration, de gouvernement, de souveraine ? Le Gouvernement de Sa Majesté avait en partie la réponse avec l'effondrement de la Loduarie Communiste. Il avait su réagir avec promptitude et sérieux, mais cela serait-il le cas de tous les voisins du Royaume de Teyla, si ce dernier venait à s'effondrer tout aussi subitement ? Tout l'appareil d'État fut mis en route pour assurer la survie du Royaume de Teyla et de son peuple. Le Royaume de Teyla est une machine qui ne doit pas s'arrêter, qui ne peut pas s'arrêter, avait dit un inconnu un jour.

Alors que Catherine III était en visite officielle au Paltoterra, dont les raisons et la durée extrêmement longue ne trompait personne, sauf les plus naïfs ou ceux ayant besoin d'être rassurés, le Prince de Gèvre, Taylor Courvoisier, était resté à Manticore. Dès le premier jour, le régent du Royaume de Teyla en l'absence de Sa Majesté sur le territoire, se démarqua de sa mère. Là où sa mère était discrète, restait dans l'ombre du Palais Grayson et du Gouvernement, Taylor se montra à l'opinion publique à la tâche. Ce jeune homme, qui avait fait récemment son service militaire, pouvait aider de ses mains et comptait bien le faire. Les habituels discours de Catherine III remplis de métaphores, d'envolées lyriques étaient effacés par la franchise de Taylor.

Le silence est parfois plus assourdissant que le fracas des bombes. Depuis des jours, ce silence lourd de chagrin, de colère et d'une incompréhension glaçante pèse sur nos cœurs. Le silence des millions de voix éteintes à Estham. Le silence des familles brisées, des espoirs anéantis.

[...]

Permettez-moi de vous dire cela. Je suis comme vous, j'ai peur. Mais cette peur ne m'ordonne pas de fuir face au danger potentiel. Elle me dicte de rester avec vous, de construire avec vous une réponse forte, une réponse montrant notre unité. Je suis Teylais, comme vous, et j'ai espoir de voir mon peuple, ma nation s'élever comme elle l'a fait tant de fois par le passé, dans des moments tout aussi tragiques. Ma place est ici, nulle part ailleurs. Au milieu de vous et avec vous. Pas seulement à Manticore, mais partout à Teyla. J'ai fait mon service militaire pour servir ce pays. Je suis le fils de Teyla, et je ne fuirai pas le danger qui menace notre nation.

[...]

J'adresse toute ma confiance au Gouvernement de Sa Majesté d'Angel Rojas pour réussir à surmonter l'épreuve commencée par la Principauté de Carnavale. Ce gouvernement saura répondre aux besoins, aux attentes, etc.

Pour le Gouvernement de Sa Majesté, sa tâche ne s'arrêtait pas à des discours pour rassurer la population, calmer la panique et les scènes de heurts au sein du Royaume de Teyla et notamment dans les grandes villes du pays. Non, la continuité du Royaume de Teyla demandait plus. Elle demandait, si ce n'est la survie de ses membres, le remplacement, rapidement, des plus hautes fonctions de l'État, si celles-ci venaient à périr subitement et en même temps, que cela soit dans une attaque chimique ou biologique. Il revenait au Gouvernement de Sa Majesté de s'assurer que si tous les hauts fonctionnaires venaient à succomber en une fois et de manière commune, que ces hommes et femmes qui ont servi et servent le Royaume de Teyla soient remplacés dans les plus brefs délais par des personnes compétentes et ayant connaissance des dossiers les plus importants.

Le Gouvernement de Sa Majesté s'était réuni, soit en présentiel ou à distance, selon les obligations de chaque ministre et pour des raisons de sécurité, tous les ministres ne pouvaient plus être tous présents aux réunions en présentiel, sauf durant le Conseil des ministres, durant la durée des hostilités avec la Principauté de Carnavale. Durant ces réunions, on y prenait les décisions les plus importantes pour le Royaume de Teyla depuis au moins un siècle, même deux, pour l'avenir du Royaume de Teyla. Le Gouvernement de Sa Majesté devait faire face à l'urgence de la situation et se préparer autant que possible à une attaque chimique sur son territoire. Alors que les idées de décret s'enchaînaient comme rarement, un membre du gouvernement, Sandrine Couturier, la ministre de l'Économie et seconde dans l'ordre protocolaire, eut l'idée de désigner ou suggérer des survivants désignés, dans les postes les plus importants pour la haute administration, qui seraient au courant des dossiers et qui pourraient ainsi prendre leur fonction, si plusieurs personnes de la haute administration venaient à succomber de manière imprévue et dans un laps de temps très court.

Cette idée germa dans l'esprit de tout le gouvernement assez rapidement face à l'ampleur des conséquences de l'attaque sur la capitale de l'Empire du Nord. L'administration du Royaume de Teyla ne pouvait pas s'arrêter du jour au lendemain, sous peine de voir le pays succomber, l'économie s'arrêter, les services publics s'interrompre, la sécurité intérieure être compromise, l'approvisionnement en biens essentiels cesser, et le chaos s'installer à travers le pays. Cette vision apocalyptique était ce que le Gouvernement de Sa Majesté cherchait à tout prix à éviter.

L'idée de Sandrine Couturier, bien que pragmatique, soulevait des questions morales et démocratiques. Est-ce démocratique que le Gouvernement, bien qu'ayant des pouvoirs exceptionnels, construise dans l'ombre un gouvernement, une haute administration fantôme, dont les membres étaient prêts à prendre la place des morts ? Ce geste était-il moral ? Comment s'assurer que les survivants désignés aient une connaissance poussée des dossiers sans compromettre la sécurité nationale ? Comment maintenir le secret sur l'identité des personnes et de cette procédure ? Les ministres étaient chargés d'établir une liste concernant les postes liés à leurs ministères et de proposer la liste des survivants désignés au Premier ministre. C'est le chef de Gouvernement, le plus haut personnage politique du Royaume de Teyla, qui allait devoir trancher chaque nom, tout seul ou entouré de ses conseillers. La tâche n'était pas commune, c'était une première dans l'histoire du Royaume de Teyla.

Angel Rojas ressentit le poids de cette prérogative unique. Ce n'était pas seulement une question de liste de noms. Ce n'était pas simplement une liste de noms. C'était une réponse inévitable face à une horreur évitable, face à des piles de cadavres. Il n'imaginait pas la vie à Estham désormais. Il la voyait décrite par ses conseillers, des ministres, des députés, ses amis, des diplomates de l'Empire du Nord chaque jour. Cela ne devait pas arriver au Royaume de Teyla et si tel était le cas, il devait être préparé à faire face, à se relever. Il revenait au Gouvernement de Sa Majesté et à celui qui dirigeait le gouvernement, donc lui, de s'assurer de cela. C'était un poids énorme, mais grâce aux épreuves vécues lors de la confrontation indirecte avec la Loduarie Communiste, il y était préparé et son gouvernement aussi.

Les pouvoirs de nomination n'étaient pas changés et les règles de nomination ne changeaient pas de cette logique, sauf concernant les pouvoirs de nomination du Premier ministre qui devaient nécessiter un vote à l'Assemblée nationale. Ici, le vote devenait seulement consultatif, durant la période des pouvoirs exceptionnels. Les listes devenaient des suggestions aux personnes ayant les pouvoirs de nomination plutôt qu'un ordre. Sauf peut-être pour le Premier ministre qui avait un pouvoir de nomination important au sein du Royaume de Teyla, normalement contrebalancé par la nécessité de vote pour les trois quarts des nominations. Si cette question était centrale, c'est que le gouvernement s'inquiétait de voir le pouvoir basculer dans une pratique du pouvoir autoritaire. L'état d'exception, la situation exceptionnelle et la peur renforçaient cette impression et la volonté de freiner toute concentration de pouvoir trop importante.

Alors cet homme fit une liste de noms finaux qu'il garda pour lui et l'envoya à son Secrétaire particulier. Le Gouvernement de Sa Majesté allait contacter chacun des noms de la liste et les informer de la situation et leur demander leur accord pour servir, peut-être prochainement, le Royaume de Teyla. Il envoya cette liste de noms à son potentiel successeur, une liste sans nom, qui resterait sur son bureau et dans un disque dur externe pouvant être branché sur un ordinateur. Une autre lettre comportant la liste de noms fut directement envoyée à Sa Majesté Catherine III. Cette dernière lettre fut envoyée directement. La machine était lancée...
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L'État, c'est la continuité. Il ne meurt pas. Il doit vivre, même s'il faut pour cela tout sacrifier.
Les survivants désignés - II

À mon Successeur,

Si jamais cette lettre arrive entre vos mains, sous vos yeux, que cela soit dans deux jours ou quatre mois, alors cela veut dire que le Royaume de Teyla, la nation que nous avons à cœur de défendre, a subi l'une des plus grandes catastrophes du monde et de son histoire. Mon cœur et mon esprit se serrent à l'écriture de ces mots, qui déchirent mon être au plus profond de moi. Si vous lisez ceci, cela signifie que la menace que nous redoutions, depuis la catastrophe d'Estham, et face à laquelle nous avons lutté de toutes nos forces avec nos partenaires de l'Organisation des Nations Démocratiques, a frappé le Royaume de Teyla. Où cela ? Je ne peux le prédire, mais j'aime à croire que la barbarie frappera toujours là où il y a le plus de monde, à savoir Manticore et sa région du même nom.

Si vous lisez ceci, cela veut dire que je suis mort, que j'ai eu la plus noble et honorable des morts : mourir tout en servant le Royaume de Teyla, la nation qui m'a vu naître. Mais, si un homme abattu par les horreurs se passant toujours à l'heure où vous lirez ces lignes vous a donné cette lettre, ou que vous l'avez trouvée sur mon bureau, s'il est toujours en état, cela veut dire que je ne suis pas le seul mort. En outre, cela voudra dire que plusieurs membres de la haute administration et que tout le gouvernement de Sa Majesté, ou plus de soixante pour cent de celui-ci, se retrouvent disparus, morts, ne pouvant plus répondre à leur devoir, non pas par volonté, mais par la force de l'horreur et de ses soldats.

Mais le Royaume de Teyla ne doit pas s'effondrer. Il ne peut pas s'effondrer. Chaque seconde qui s'écoule est un instant de plus où le chaos s'installe, où les autorités du Royaume de Teyla auront du mal à reprendre le contrôle sur la situation. Vous vous sentez sûrement dépassé par les événements, pas à la hauteur des événements. Cela est normal et le Gouvernement de Sa Majesté que je dirige a pris les dispositions afin que ce sentiment soit le moins pénalisant pour le Royaume de Teyla et son peuple, et plus encore que vous n'ayez pas à vous retrouver avec un tel sentiment en permanence.

Je ne peux savoir si vous étiez au courant de ce projet, mais le Gouvernement de Sa Majesté, mené par moi, a bâti une liste de "survivants désignés" pour faire face à une telle situation. C'est-à-dire si une attaque venait à souffler d'un seul coup les plus hauts postes de la haute administration, nécessaires au bon fonctionnement de l'administration entière, Votre Excellence. En outre, cette liste de noms n'est qu'une suggestion afin de préparer l'urgence de la situation. Afin de préparer au mieux cette situation d'urgence, que je me permets d'appeler catastrophique, lesdits survivants désignés, depuis la création de cette liste et son adoption en interne, ont été mis dans le secret défense. Plus encore, ils ont reçu les mêmes documents que les ministres officiels ou les fonctionnaires et directeurs d'agences, d'entités comme la Police Royale, afin de préparer au mieux leur potentielle prise de fonction. En effet, l'urgence requiert une capacité opérationnelle immédiate. Il n'y aura pas de temps pour l'apprentissage, pour la prise en main des dossiers, pour se familiariser avec les rouages de l'État. Ceux que nous avons désignés sont prêts à agir, à prendre les décisions vitales dès l'instant où ils seront appelés.

Ces survivants désignés suivent chaque jour des protocoles de sécurité stricts. Dans la liste, en annexe de cette lettre qui vous est adressée, vous retrouvez les fameux noms et la ville ou le village dans lequel ils seront pour l'entièreté de la durée du conflit militaire avec la Principauté de Carnavale. Deux numéros de téléphones se trouveront sur l'annexe. Si vous voulez enclencher le "Plan Cellier", c'est-à-dire la sécurisation des survivants désignés, car il n'échappera à personne que ces personnes continueront autant que possible leur vie quotidienne. Nous restons une terre de liberté. La sécurisation se passera par le garde du corps qui suit la personne, dont le téléphone s'activera. Les survivants désignés que vous activerez, au cas par cas, seront emmenés dans des endroits listés par le Gouvernement de Sa Majesté, qui feront office de substitution des organisations gouvernementales : ministères, sièges des agences ou des institutions telles que la Police Royale. Ces bâtiments de substitution seront réquisitionnés par le Gouvernement de Sa Majesté immédiatement après le déclenchement du Plan Cellier.

Votre Excellence, cher Premier ministre de Sa Majesté, il est impératif que ce protocole soit lancé dans les heures qui suivent votre nomination. Tout sera rapide, car les événements nécessiteront la rapidité pour y faire face. Chaque minute qui est laissée à passer dans l'activation du Plan Cellier aura des conséquences dévastatrices : des victimes supplémentaires dues à la désorganisation accentuée par l'absence d'un "patron" de la plupart des services publics, le mutisme des chaînes de commandement militaires face à d'éventuelles nouvelles incursions, l'interruption de l'approvisionnement en biens essentiels, l'incapacité des services d'urgence à coordonner les secours, et in fine, le plongeon du Royaume de Teyla et de sa société dans le chaos et la loi de la jungle.

Je puis vous donner un excellent conseil, à savoir suivre les conseils de Pierre Lore, si celui-ci survit. Pour le Royaume de Teyla, j'espère qu'il survivra, Votre Excellence. Je n'oublie pas qu'il est un excellent ami, mais aussi un excellent conseiller diplomatique et politique, bien qu'il se désintéresse de la politique. N'écoutez pas les rumeurs le concernant ou encore les ragots, ils ne sont pas importants. Seul le Royaume de Teyla importera.

Vous aurez à pleurer les morts du Royaume de Teyla, Votre Excellence. Des milliers, peut-être des millions, mais j'espère avoir pris les bonnes dispositions pour que cela n'arrive pas. Parmi ces morts, il y aura sans doute, malheureusement, des visages qui vous seront familiers, des voix qui vous auront attendri, des esprits qui vous auront aimé, et je vous offre d'ores et déjà mes plus sincères condoléances. Mais le pouvoir sera cruel. Il vous demandera, à raison, je le crains, Votre Excellence, d'attendre pour pleurer la mort de vos proches ou de le faire rapidement face à l'urgence de la situation.

Servez-vous de l'amour de nos compatriotes, des fonctionnaires et des soldats qui vous entourent pour trouver cette force nécessaire, pour prendre les bonnes décisions, vous entourer des bonnes personnes afin de constituer une équipe gouvernementale faisant l'honneur du Royaume de Teyla qu'importe le contexte. Ayez conscience que l'urgence ne sera pas uniquement sur le plan sécuritaire et sanitaire, elle sera aussi politique. La démocratie et les valeurs du Royaume de Teyla ne sont pas négociables et je sais que votre nomination est, en partie, due à votre capacité à défendre ces valeurs. L'extrême-droite, l'extrême-gauche, oseront tout pour atteindre le pouvoir, y compris les plus ignobles arguments dans l'espace public. Ces idéologies vont fondamentalement monter en intention de voix, imprégner l'opinion publique.

Elles profiteront de la peur, de l'incertitude, de la colère de la population, comme avec la Loduarie Communiste. Elles n'hésiteront pas à saper la confiance envers les institutions, à discréditer les forces de l'ordre, à semer le doute sur notre capacité, et celles de nos alliés, à répondre à l'attaque, à la catastrophe qui a eu lieu, si vous lisez cette lettre. Elles chercheront à diviser, à fracturer notre unité nationale, qui jusqu'ici est notre plus grande force. Combattez sur ce terrain, afin de ne pas laisser une ou des idéologies mortifères enlevant toute humanité à la population de Carnavale, gagner les esprits de la population teylaise. Nous sommes un peuple fier, mais nous avons raison d'être fier, car nos valeurs sont humaines et morales. Ne l'oubliez pas, Votre Excellence, qu'importe où vous mène votre nomination. Ainsi, votre mandat sera bon pour le Royaume et reconnu par tous comme tel.

Avec mon absolue confiance en vos capacités pour faire face à cette épreuve et les épreuves qui se dresseront devant vous.

Fait à Manticore,

Angel Rojas,
Premier ministre de Teyla,
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L'État, c'est la continuité. Il ne meurt pas. Il doit vivre, même s'il faut pour cela tout sacrifier.
Les survivants désignés - III

Votre Majesté,

Lorsqu'en deux mille onze j'ai accepté d'être le candidat pour le poste de Premier ministre, afin de représenter le Mouvement Royaliste et d'Union, je m'attendais à traverser des épreuves tout au long de mon mandat, si je venais à être élu. La démocratie est exigeante envers ses dirigeants, pour le mieux, Votre Majesté, et je conçois qu'à mes débuts, j'ai pu douter d'être capable de mener la mission qui m'incombait et m'incombe toujours : servir avec honneur le Royaume de Teyla. Je sais que Votre Majesté, vous avez toujours été hésitante à mon sujet et à bien des égards, vous aviez raison sur certains dossiers. Mais, avec mon équipe gouvernementale, nous avons tout fait pour grandir le Royaume de Teyla, renforcer ses positions sur la scène internationale et assurer sa défense. Plus que cela, nous avons tout fait pour réduire la pauvreté, renforcer la démocratie.

Chaque jour, nous nous sommes efforcés de traduire nos promesses en actions concrètes, en mettant en œuvre des politiques nécessaires. Chaque jour, nous avons vu les indicateurs dans tous les domaines s'améliorer. Mais la politique, ce n'est pas que des indicateurs. Ce sont aussi des vies. J'ai la certitude que nous avons amélioré la vie des Teylais et des Teylaises. Un mandat de Premier ministre réussi est un mandat qui améliore les conditions de vie des personnes ou alors qui ajoute, renforce des droits. C'est ma conception du pouvoir et je sais que c'est aussi la vôtre, Votre Majesté. Peu de choses nous rapprochent, mais cette volonté, ancrée en nous, nous rapproche plus que tout. Ce lien, que je crois indéfectible, est le cœur même de la culture teylaise, il est le ciment qui tient le Royaume de Teyla.

Est-ce l'urgence ou la peur qui me donne une envie de franchise ? Je n'en sais rien, mon esprit est trop occupé pour réfléchir à cette question à cet instant. Quand les choses se calmeront, si elles se calment, je pourrai peut-être y apporter une réponse. Avec l'effroyable bombardement de la capitale Estham, capitale de l'Empire Démocratique et Parlementaire du Nord, un membre de l'Organisation des Nations Démocratiques n'a jamais eu à connaître des jours aussi sombres. Cependant, et malgré le fait que la menace de bombardement n'a jamais été aussi importante sur Manticore ou toute autre capitale de nos partenaires, je vois une lumière, celle de la paix après la neutralisation de la menace.

Elle émane de la résilience de l'Empire Démocratique et Parlementaire du Nord, de la conviction entière que nous avons pour les valeurs que nous portons et plus encore de l'unité qui lie les membres de l'Organisation des Nations Démocratiques. La Principauté de Carnavale se trompe quand elle nous voit comme des proies à chasser, elle se trompe quand elle croit pouvoir bombarder un peuple allié sans conséquence. Votre Majesté, soyez assurée de ma ferme volonté d'assurer la sécurité du Royaume de Teyla en toute circonstance et face à toutes les menaces. Je vous fais la promesse, sur mon honneur, que la Principauté de Carnavale, dont la menace ne fait plus aucun doute, sera neutralisée en accord avec nos partenaires de l'Organisation des Nations Démocratiques.

Face à la situation, plus qu'urgente, suite au bombardement d'Estham, dont nous pleurons les morts, et la déclaration de guerre officielle contre la Principauté de Carnavale, je vous annonce la déclaration prochaine de l'État de Guerre et de la loi martiale. Ces deux états d'exception sont nécessaires pour que les ressources nécessaires aillent vers l'effort de guerre et que la conduite de la guerre puisse être maintenue le temps nécessaire. Ces mesures drastiques, Votre Majesté, ne sont pas prises à la légère, mais sont dictées par la situation que nous traversons, qui pourrait être pire si l'arsenal chimique et balistique de la Principauté de Carnavale n'est pas détruit. Nous ne pouvons nier qu'en bombardant Estham, la Principauté de Carnavale a fait le choix éhonté de la guerre face à l'Organisation des Nations Démocratiques. La guerre, dans ces circonstances, demande la guerre et le Royaume de Teyla, sous mon mandat, répondra à cette demande, tout en respectant les vies humaines et civiles.

L'ampleur de la menace que représente l'arsenal chimique et balistique de la Principauté de Carnavale ne saurait être sous-estimée. Soyez assurée de la conviction totale de mon gouvernement pour rendre cette menace inopérante. Mon Gouvernement, Votre Majesté, sera focalisé sur cet objectif, sans oublier la vie de la nation et de ses citoyens, la vie démocratique et sa préservation face aux attaques qu'elle subira.

Fait à Manticore,

Angel Rojas,
Premier ministre de Teyla,
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Cette image se trouve ailleurs dans l'un de mes topics de mon pays. Peut-être que ça a un lien ou aura...

La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent.
L'Afarée aux Afaréens, l'Eurysie aux Eurysiens - I.

Angel Rojas, Premier ministre de Sa Majesté, était rentré enfin chez lui aux environs de vingt-deux heures. La journée fut longue tant les problèmes et les sujets étaient nombreux pour le Royaume de Teyla et sa société. Hélas, même une fois rentré chez lui, l'homme le plus influent politiquement au Royaume de Teyla ne pouvait pas profiter de sa vie de famille. Il embrassa sa femme en passant. Mais Pierre Lore avait demandé à son ami et Premier ministre de jeter un œil sur les derniers communiqués liés à l'affaire d'une colonie d'un pays fasciste en Afarée et un communiqué de l'Empire Islamique suite aux communications entre le Royaume de Teyla et l'Empire. Angel Rojas savait que la soirée et la nuit allaient être longue, voire interminable. Depuis la fin de la Loduarie Communiste, à savoir sa chute, Angel fumait beaucoup moins. Il avait arrêté de fumer, mais il continuait, il fumait par périodes. Soit durant les périodes les plus stressantes, soit les plus chiantes.

Ce soir, il prit une cigarette dans un placard, une blonde. Le léger froissement du paquet en carton résonna dans le silence de son salon alors que sa femme passait. Il porta une cigarette à sa bouche, en regardant la beauté de sa femme, et prit une allumette dans sa main droite et alluma d'un geste brusque, mais rapide sa cigarette. La première bouffée de fumée fut agréable bien qu'elle piquât un peu la gorge du Premier ministre. Ses yeux plongèrent dans les communiqués entassés sur la table basse du salon. Il dit à sa femme :

- Apparemment, l'Altrech, des fachos, font face à une coalition de bras casés en Afarée. Churyann, quelque chose comme ça et d'autres. C'est ce que m'a résumé Pierre Lore en tout cas.

- Ah oui, eux. Ils sont dans la B.N.E, répondit sa femme.

- Ah ? Ils sont dans l'alliance facho... Merde. Tu peux me ramener le paquet de cigarette s'il te plaît. Ce n'est pas une cigarette qui va suffire.

Sa femme rigola et lui donna son paquet de cigarette. Il en avait le droit, se dit-elle. Puis, elle le laissa, ce soir sa femme sortait au cœur de la capitale teylaise pour un gala de charité.

À la lecture des communiqués, Angel Rojas n'avait rien à redire quant aux mots qu'il lisait, toutefois quand il se pencha plus en avant sur le communiqué de l'Empire Islamique du Churaynn, il s'arrêta à l'un des paragraphes et reprit le début de sa lecture. Il le fit deux fois, signe que quelque chose n'allait pas. Le paragraphe en question parlait d'amener la guerre sur l'Altrech, une nation eurysienne. Angel Rojas trouva cela hypocrite pour une nation qui disait l'afarée aux afaréens. Le Royaume de Teyla avait promis de ne pas condamner les frappes en réponse à un enlèvement d'un ministre, toutefois Angel Rojas supposait que le pays allait tout de même se faire discret et pas se satisfaire de ramener la guerre à l'étranger.

Visiblement la folie des acteurs au sein de l'Empire avait échappé à Angel Rojas et à l'administration teylaise. Heureusement que des navires teylais étaient en route en direction de la République Impériale de Karty permettant au Royaume de Teyla d'avoir une influence dans la région.

Le Gouvernement de Sa Majesté allait devoir se réunir...
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Aujourd'hui nous avons dit non à la colonisation !
La diplomatie Teylaise en Eurysie- I

- Honorable Président, Honorables Députés,

J'ai depuis le début de mon mandat en tant que Premier ministre pour lequel vous m'avez accordé et honoré de votre confiance, j'ai mis en avant l'intérêt supérieur du Royaume de Teyla, de la nation teylaise en toute circonstance. Mais aussi la politique, qu'elle soit intérieure ou extérieure, demande de l'humanité à travers plusieurs de ses facettes. Elle exige de nous dépasser et de regarder le passé pour ne pas répéter les erreurs que nos ancêtres ont faites. Elle nous ordonne une grandeur d'âme par laquelle nous trouvons la force de nous battre par humanité et pour nos concitoyens. Tout autant que vous êtes et qu'importe votre bord politique, je sais que les hommes et les femmes ici se battent pour l'éternel idéal dans lequel vous croyez et, malgré nos profondes divergences, je sais que nous partageons un amour commun pour notre nation et une volonté de la voir prospérer. Je sais aussi que nous partageons tous ensemble un attachement à la démocratie, à la liberté, à la paix et à la stabilité mondiale et pour finir à l'autodétermination des peuples.

Ces concepts, dont la définition exacte change d'une idéologie politique à une autre, dont les voies et moyens pour atteindre la finalité du concept et conserver les droits acquis divergent, nous rassemblent pourtant aujourd'hui autour d'un acte historique. Car si nous débattons de ce traité, c'est avant tout parce que vous, représentantes et représentants de la nation teylaise, l'avez voulu. Souvenez-vous, Honorables Députés. Il y a quelques mois, par un vote qui a transcendé nos clivages habituels, cette Assemblée Nationale a adopté une loi qui reconnaissait le statut de colonie à la Nouvelle-Kintan et demandait au Gouvernement de Sa Majesté, que je dirige, de respecter la décision souveraine de cette Assemblée et donc d'engager une démarche de discussion et de négociation avec les autorités de la Nouvelle-Kintan et de l'Empire Anticolonial Akaltien.

Vous avez donné à mon gouvernement un mandat. Un mandat clair et puissant de sens, au regard de notre histoire, afin de mettre fin à un statut qui fait écho à une époque révolue, celle des puissances coloniales. Le vote de la représentation nationale a eu en moi l'écho de la Déclaration de Manticore du 5 juin 1935 rassemblant diverses nations qui souhaitaient bâtir un monde basé sur la paix et la coopération entre les nations. Le Royaume de Teyla y était la nation fondatrice d'un mouvement de fond qui sera plus tard appelé le "pacifisme diplomatique". En ce jour historique, une fois de plus, pour le Royaume de Teyla, l'occasion nous est donnée de prouver que ces mots n'étaient pas que de vaines promesses gravées dans le marbre de l'Histoire, mais bien le principe directeur de notre nation et de notre diplomatie. Nous avons, sous mon mandat, réformé la diplomatie teylaise pour l'ouvrir et pour que chaque Teylais puisse y être représenté et je sais que chaque Teylais n'est pas favorable à la colonisation, surtout quand celle-ci se passe à côté de chez nous. Nous avons eu de cesse sous mon mandat de respecter la volonté générale et celle du Parlement.

Une fois de plus, sur le dossier de la Nouvelle-Kintan le Parlement a commandé au Gouvernement de Sa Majesté et le Gouvernement que je dirige a répondu à l'Assemblée nationale et à la Chambre des Nobles. La démocratie teylaise c'est cela. C'est ce dialogue constant entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, ce respect scrupuleux de la volonté nationale qui fait la force et la singularité de notre Royaume. Le traité qui vous est soumis aujourd'hui n'est donc pas le traité du gouvernement, c'est le traité du Parlement. C'est votre traité guidé par l'esprit de la Déclaration de Manticore datant de mille neuf cent trente-cinq. Un monde de paix et de coopération. Mais aussi un monde où les peuples sont souverains et non soumis à un régime d'un autre continent, dont les aspirations de ce régime ne sont que la soumission d'un peuple et de sa culture.

Aujourd'hui, Honorables Députés, nous ne débattons pas d'un simple accord diplomatique ! Nous touchons à l'âme teylaise. Nous rallumons l'esprit nécessaire de Manticore, cet esprit qui avait montré au monde que la grandeur et le prestige d'une nation ne se font pas en fonction du nombre de nations conquises, de peuple soumis, mais dans la discussion et la coopération. Ce qu'a négocié le Royaume de Teyla, avec l'honorable nation, la Grande République de Velsna, n'est pas un simple traité, il est l'aboutissement de cette vision que je sais vôtre. À ce titre, Honorables députés, je veux adresser mes sincères remerciements aux chefs de groupe parlementaire, Julia Roberta pour le groupe "Les Royalistes", Geremia Moretti président du groupe parlementaire "Parti Monarchique pour la Liberté et le Progrès", Nathalie Poutou présidente du groupe parlementaire "Avenir du Peuple" et enfin Elijah Desjardins présidente du groupe parlementaire "Mouvement Royaliste et d'Union" avec qui les discussions sur ce dossier ont été continues, cordiales et constructives.

Si l'esprit de Manticore est peut-être en difficulté sur la scène internationale, je sais et les Teylais savent que cet esprit est plus que jamais vivant au sein de cet hémicycle. Lorsque vous vous êtes levés, honorables députés, d'une même voix pour corriger le tir face à la situation en Nouvelle-Kintan, le Gouvernement de Sa Majesté vous a entendu et c'est pourquoi je propose, en ce jour, un vote sur le "Traité trilatéral de Nouvelle Kintan".

Ce traité est un bon et juste traité. En effet, Honorables Députés, ce dernier s'assure que la Nouvelle-Kintan ne soit pas soumise aux bases militaires étrangères et que le stationnement de troupes venant d'un autre continent, tel que l'armée akaltienne, ne vienne pas défiler dans un mouvement belliqueux, déplacé et de soumission du peuple kintanais. Car à quoi bon briser les chaînes d'une tutelle si c'est pour voir la jeune nation kintanienne immédiatement enchaînée par une autre ? Je vous le dis, le Royaume de Teyla et la Grande République de Velsna ne toléreront aucun changement de maître car la flamme de la liberté ne peut être éteinte. Il garantit à la nation kintanienne qu'elle ne devienne pas l'arrière-cours des grandes puissances et des puissances régionales, le traité garantit l'indépendance et la souveraineté militaire de cette nation qui a l'avenir devant elle. Nous offrons aussi du temps à cette nation pour opérer une transition et ne pas, là encore, la laisser seule et désarmée devant les grandes puissances et puissances régionales.

Depuis la disparition de la nation pharoise, la piraterie a continué à exister dans certains endroits de la Manche Blanche. Le développement d'une marine nationale puissante et à la hauteur d'une grande nation comme la nôtre est l'un des prérequis pour combattre cette piraterie qui continuait de subsister dans certains endroits. Là aussi, l'Assemblée nationale et la Chambre des Nobles ont contribué à refaire du Royaume de Teyla une puissance navale lui permettant de défendre ses intérêts sur les mers et les océans du monde. La protection des routes commerciales est l'une des priorités et pour cela, nous devons jeter nos forces dans la lutte contre la piraterie. Mais la force brute ne doit être vue comme l'unique arme et l'unique moyen qui doivent être déployés pour lutter contre la piraterie. Bien au contraire, si une politique globale et cohérente n'est pas menée sur le sujet, alors la piraterie que nous voulons voir disparaître, continuera d'exister quoiqu'il advienne.

Les États qui voient la piraterie prospérer en leur sein doivent être conscients de la gravité de la situation et prendre les mesures adéquates. À travers le traité mis à la ratification aujourd'hui, nous nous assurons que l'État kintanais prenne les mesures nécessaires pour lutter contre la piraterie qui a lieu en son sein. C'est un traité qui prend tout en considération, qui garantit l'indépendance de la Nouvelle-Kintan dans la lutte contre la piraterie. Nous avons là un traité, non pas parfait, mais qui correspond aux aspirations de cette Assemblée.

Honorables Députés, le mandat que vous nous avez confié a été rempli. Pour la liberté, pour la paix, pour la décolonisation, je vous demande de ratifier ce traité.

Applaudissements dans les rangs de la majorité. Le traité sera ratifié à la majorité absolue.
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Mon humanité est différente de celle d'un Carnavalais, Elijah Desjardins, Président du Groupe Parlementaire Mouvement Royaliste et d'Union à l'Assemblée nationale.
Le dossier de la Cramoisie, le Royaume face à une horreur lointaine ? - I

Angel Rojas, le regard las par des pensées obscures, se tenait devant la fenêtre de la Résidence Faure, un havre de paix rempli de silence qui offrait un décalage complet face à l'agitation extérieure. La lumière tamisée venue de l'extérieur s'infiltrait dans les diverses pièces de la Résidence Faure et obligeait Angel Rojas à fermer l'un de ses yeux pour pouvoir regarder au loin et à l'extérieur de la Résidence Faure. Dehors, la ville frémissait sous la masse des millions d'êtres humains qui donnaient une vie à cette ville qu'était Manticore. Les klaxons des voitures, le murmure des conversations, et l’écho des pas pressés formaient un fond sonore qui lui était devenu étranger. Angel Rojas regarda, aujourd'hui et depuis longtemps, ce monde extérieur qu'il ne pouvait rejoindre avec une intense jalousie et une envie de rejoindre. Il s'imagina effleurer de ses mains l'herbe poussant sous un soleil de printemps. Il s'imagina pousser la porte d'un magasin, d'un restaurant tout seul sans garde du corps, vérifiant un par un les sacs des autres clients et l'arrière-boutique. La nostalgie faisait mal par moment et c'était là un de ces moments, alors qu'Angel Rojas attendait.

Il attendait l'arrivée de Pierre Lore ministre des Affaires Étrangères et Elijah Desjardins président du groupe du parti majoritaire et du Premier ministre à l'Assemblée nationale. La réunion porterait sur un sujet présent depuis longtemps mais dont le Pacte de sécurité Afaréen avait rappelé, non pas à un pays participant à la guerre contre la Principauté de Carnavale, au monde l'existence de la Cramoisie, un État indéfinissable bâti sur les cendres de la colonisation et d'un génocide. La déclaration était louable à bien des égards, mais Angel Rojas doutait des objectifs réels de ladite déclaration. Le chef du Gouvernement de Sa Majesté, pour qui l'envie de se représenter s'éloigne de plus en plus, resta perplexe devant la déclaration posée derrière lui, sur son bureau, où le soleil mit en évidence ladite déclaration.

Alors qu’il était perdu dans ses pensées, la porte s’ouvrit avec un grincement discret, et Pierre Lore entra, suivi d’Elijah Desjardins, tous deux enveloppés d'une aura politique suffisante pour prétendre à l'honorable fonction de Premier ministre de Sa Majesté, pensa discrètement Angel Rojas, en observant les deux personnages. Il observa Pierre Lore, toujours fidèle à lui-même, être en public durant les réunions politiques ne rien montrer de l'amitié qui lie les deux hommes. Ce comportement fit toujours rire discrètement Angel Rojas et c'est alors qu'il se mit à sourire quand Pierre Lore dit froidement : "Monsieur le Premier ministre de Sa Majesté, bonjour." Jamais, ô grand jamais, le ministre n'avait oublié de rajouter "De Sa Majesté" lorsqu'il nommait en public comme en privé la fonction officielle du Premier ministre.

Bien des hommes et des femmes politiques oubliaient souvent ce formalisme. Dans ce contexte, pour Angel, chaque détail semblait revêtir une importance capitale.

Alors qu'Angel Rojas avait résumé la situation en omettant des détails et certaines formalités, Pierre Lore qui allait prendre la parole fut devancé par Elijah Desjardins. Cet homme avait ses mains posées sur ses jambes, montrant un aplomb, une assurance certaine. Il était présent dans la pièce présentement avec le chef du Gouvernement car il représentait l'ensemble des députés de la majorité d'Angel Rojas. Dans ce genre de situation, même si une signature ne demandait aucun vote, ne pas expliquer la décision du Gouvernement de Sa Majesté, quelle qu'elle soit, aux députés aurait été un suicide politique pour Angel Rojas.

Le Royaume de Teyla était en guerre contre la Principauté de Carnavale, et les rumeurs de paix, n'étaient pour l'instant que des rumeurs au grand dam d'Angel Rojas. Le Premier ministre et ses équipes avaient du mal à prendre la température d'un pays (Teyla) qui vivait sur différents états d'exception depuis plus d'une année et qui vivait sous la menace constante d'une attaque chimique. C'est pour cette raison que les élections générales furent repoussées, et toutes les autres élections. Les remontées des députés concernant les remontées dans les circonscriptions étaient contradictoires mais Angel Rojas comprenait cette contradiction. Mais il n'était pas plus avancé sur l'état profond du pays et de la population. Il naviguait comme un matelot sans boussole ou sans gouvernail. Du moins, pas tout à fait. Récemment, Jean-Louis Gaudion, président du principal parti d'opposition et candidat à la fonction de Premier ministre, avait récemment appelé le Gouvernement de Sa Majesté à mettre fin aux états d'exception.

Chose que pensait faire très bientôt Angel Rojas, une fois que les vérifications sur le stock chimique de la Principauté de Carnavale seraient confirmées ou encore que la pression politique et/ou populaire se ferait vraiment trop importante. Pour l'instant, les vérifications continuaient autant que possible sur le terrain par les troupes teylaises en combinaisons NBC. Quoi qu'il en soit, Angel Rojas ne pouvait pas se permettre de perdre la confiance de ses députés dans le contexte actuel. Si le Gouvernement de Sa Majesté perdait la confiance des députés, alors la démission d'Angel Rojas déclencherait, très probablement, une élection dans un contexte où une attaque chimique ou autre pourrait survenir le jour du vote.

Pour satisfaire les députés et les oppositions, par ailleurs, Angel Rojas mit aux voix, non contraignant, toutes les principales mesures que le Gouvernement devait prendre dans l'urgence de la guerre. Les débats étaient courts, et des critiques montèrent très tôt dans les rangs des députés et des oppositions. Mais le comportement du Gouvernement était un moindre mal, pensaient Angel et Elijah, présents dans cette pièce. Alors la signature ou non de la Déclaration du Pacte de Sécurité Afaréen ne dérogeait pas à la règle. Par ailleurs, cette discussion était faite en présence des membres du Gouvernement de Sa Majesté et du parti majoritaire. Mais plus tard dans l'après-midi, ce seront les groupes des oppositions qui seront reçus.

- Je ne sais pas, dit, pensif, Elijah Desjardins. Mon avis personnel, c'est que le Royaume de Teyla doit se poser en acteur moral sur la scène internationale, comme nous avons toujours cherché à le faire. La déclaration, signée par l'un de nos partenaires de l'Organisation des Nations Démocratiques et par la République Faravanienne, nous donne une occasion d'affirmer notre humanisme sur la scène internationale. Une partie du monde, dont la deuxième puissance mondiale, nous accuse de participer à un génocide en Principauté de Carnavale. Peut-être signer la déclaration est une nécessité, une obligation pour démontrer que nous sommes humains comme les Communes-Unies.

Pierre Lore, dont le visage restait aussi impassible qu'un masque de cire, laissa un silence pesant s'installer après la tirade d'Elijah. Il tourna lentement la tête vers le chef de la majorité, ses yeux froids scrutant l'homme politique comme on examine une clause en petits caractères dans un traité désavantageux.

- C'est une lecture pessimiste que je ne porte pas, répondit Pierre Lore. Dois-je, Monsieur le Président, vous rappeler le discours du Grand Vizir Azuréen sur la Cramoisie ? Ils veulent envoyer les colons sur la planète Mars. Apposer la signature du Royaume de Teyla sur la déclaration ne fera que valider indirectement un projet tout aussi ignoble qu'un génocide. Bien que je respecte grandement la République Faravanienne, il s'agit là d'un moment d'égarement de ses autorités politiques.

- Le projet est quelque chose de sérieux pour le Pacte de Sécurité Afaréen, reprit Angel Rojas. L'un des partis politiques de l'Azur a envoyé une missive à l'Organisation des Nations Démocratiques pour demander l'avis de l'Agence Spatiale communes aux États-membres pour qu'elle se prononce sur la faisabilité d'un tel projet.

- En espérant que le projet puisse se faire, dit avec ironie Elijah, démontrant son plus grand dégoût pour les Carnavalais et ses colons.

Angel Rojas ne partagea pas le sourire en coin d'Elijah. Le trait d'humour, aussi sombre fût-il, résonna étrangement dans l'atmosphère feutrée du bureau. Ce n'était pas le moment d'être ironique, bien qu'il pardonnât à son chef de la majorité les propos malheureux qu'il eut et qu'il ne crût aucunement que ces propos n'étaient qu'une blague. Une pensée sérieuse déguisée sous l'excuse d'une blague par contre…

La question que vous vous posez légitimement est la suivante : est-ce une manœuvre de l'Azur pour s'assurer d'une bienveillance contrainte ou non sur le "Projet Mars" de l'Azur des États-signataires ? Je crois que nous devons prendre ce risque. La plupart des puissances mondiales ont signé le traité, comme Velsna, Sylva et j'en passe, Messieurs. Nous ne devons pas oublier que si les États-signataires sont prêts à condamner les actions de Carnavale et de la Cramoisie ils en feront autant avec le Projet Mars.

- Je trouve que les États membres du Pacte de Sécurité Afaréen sont très prompts à réaliser le Projet Mars. Je n'ai vu aucune condamnation publique dudit projet qui est pourtant, à bien des égards, inhumain. Je ne crois pas que les États-signataires estiment que l'Azur cherche à se servir de cette déclaration pour que les États-signataires ne puissent pas critiquer le Projet Mars en les mettant indirectement en lien avec le projet à l'avenir. Vous avez signé le traité, le discours du Grand Vizir était public, vous saviez dans quoi vous mettiez les pieds. Quelque chose comme cela, Honorable Président.

- Les termes de la déclaration sont très clairs. Pour être honnête avec vous, ils ne font aucunement mention du Projet Mars directement ou indirectement. Sans aller jusqu'à ce projet, Messieurs, je trouve les termes de la déclaration très soft alors que la Principauté de Carnavale n'hésitera pas à refaire, si elle en a les moyens, un Estham. Je n'en ai pas la confirmation, mais je pense que les députés de la majorité aimeraient bien que la déclaration aille plus loin dans ses propos.

- Malgré le point sept, je cite : "Ces solutions sont nécessaires et suffisantes pour une réconciliation." la déclaration est suffisante. La déclaration du Grand Vizir sur le Projet Mars a eu lieu en amont de cette déclaration du Pacte de Sécurité Afaréen, peut-être avez-vous raison, honorable président. Toutefois, je crois que nous devons nous prémunir contre ce que j'ai dénoncé plus haut qui est une hypothèse crédible.

Angel fit un geste de la main à Pierre Lore, lui demandant de ne plus parler. Le geste d'Angel était sec, définitif. Il coupa net la rhétorique glaciale de son ministre des Affaires Étrangères.

- Bien, reprit-il. Ce point ne fait pas consensus. Qu'en est-il du fait que la déclaration ne permette pas à une nation comme le Royaume de Teyla, qui a une portée internationale, d'être impliquée, même très sommairement, dans les solutions proposées pour mettre fin à la situation qui a lieu en Cramoisie. Si nous arrivons à obtenir ceci, nous pourrions influencer les projets portés par le Pacte de Sécurité Afaréen et éviter qu'un génocide se transforme en projet de déportation en dehors de l'atmosphère. Le Royaume de Teyla a vocation à avoir une diplomatie internationale et je n'aime pas l'idée qui veut que les nations se concentrent sur leur continent. Cela n'est pas la conception de la diplomatie teylaise et je sais que l'Assemblée nationale est d'accord sur ce point.

Vous avez raison sur ce point, Angel. C'est là que je reconnais pourquoi nous vous avons choisi pour devenir Premier ministre, dit-il en souriant. Peut-être pourrions-nous trouver un compromis pour satisfaire tous les points de vue, y compris les inquiétudes de l'Honorable ministre. L'opposition est de plus en plus inquiète face au maintien des états d'exception. J'ai de plus en plus d'alertes dans le groupe sur le moral de nos propres députés, Angel.

Le prénom du Premier ministre, prononcé par Elijah Desjardins, resta suspendu dans l'air, sonnant comme une familiarité déplacée par Pierre Lore. Ses yeux glissèrent lentement vers Elijah Desjardins, comme s'il venait d'apercevoir une tache sur le costume du président du Groupe parlementaire de la majorité. Le ministre était convaincu que l'usage d'un prénom dans un cadre officiel était le signe d'un affaiblissement de la fonction derrière le prénom de l'homme ou de la femme.

Comment s'assurer que vous n'êtes pas en train de vous accaparer les pouvoirs de la nation teylaise ? Fort heureusement, nombre de députés croient que la Constitution et la Cour Constitutionnelle Royale sont assez fortes pour éviter un tel scénario. Mais cette question se pose de plus en plus, Monsieur le Premier ministre. Sans geste dans cette direction ou sans un raidissement de la ligne contre la Principauté de Carnavale alors les députés de la majorité ne vous suivront pas.

- S'accaparer les pouvoirs... répéta Angel d'une voix grave. Puis le ton monta. S'accaparer les pouvoirs ? Je ne me suis pas fait élire député puis député pour démarrer une carrière de dictateur, alors que la nation traverse une période très grave. C'est une accusation grave, Elijah. Surtout venant de ceux qui ont voté ces mêmes pouvoirs d'exception il y a un an et qui ont eu à se prononcer de multiples fois sur cette question.

Je ne suis pas aveugle face aux craintes qui s'élèvent dans les rangs de l'opposition ou nos propres rangs. Mais mon nom ne sera pas sali par des accusations infondées et infamantes par ma personne, Elijah. Vous pouvez aller immédiatement prévenir les députés sur ce sujet crucial. Des soldats teylais sont blessés chaque jour pour s'assurer que demain le métro de Manticore ne soit pas envahi d'un agent chimique mortel. Où seront ces députés si nous levons les États d'exception et que nous subissons un acte terroriste et chimique ? Oh ils pourront pleurer autant qu'ils veulent, cela ne ramènera pas nos morts.


Angel Rojas se frotta les yeux avec ses doigts puis fixa le Président Desjardins.

J'ai un compromis à vous proposer. L'Assemblée nationale aura la prérogative d'apposer la signature du Royaume de Teyla sur la déclaration à travers un débat puis un vote. Mais, attention, nous l'avons tous rappelé ici. Le Royaume de Teyla doit avoir une diplomatie internationale. Pour ce faire, nous ne pouvons pas accepter le Projet Mars et cela reviendrait à mettre nos efforts à néant quant à la lutte contre la désinformation des Communes-Unies sur nos actions sur le sol de Carnavale. Ce vote doit être conditionné à une "réserve" de l'Assemblée nationale qui précisera que le Royaume de Teyla rejette tout accaparement de cette déclaration de bon sens pour justifier le Projet Mars du Grand Vizir et que la nation teylaise s'y opposera.

- Ce n'est pas réellement un compromis, coupa Desjardins.

- Attendez la fin de mon propos, Elijah, trancha Angel, sa voix tranchante comme une hache aurait tranché une bûche. Le ton qu'employa Angel Rojas replaça les différentes hiérarchies dans la pièce immédiatement. Si vous tenez le groupe et que le vote passe toutes les conditions que j'ai fixées précédemment, alors le lendemain je fixe un calendrier de retour à la normale et des élections. Nous devrons discuter de toute une série de mesures d'urgence pour permettre le vote qui n'est pas physique. Plus nous aurons de monde qui se déplace dans les urnes, plus les risques seront grands. Dans le même temps, je donnerai aux commissions de Défense des deux assemblées, accès, sous le sceau du secret-défense absolu, aux rapports non censurés de nos services de renseignement concernant l'arsenal chimique de Carnavale. Photos des corps inanimés, des débris de missiles, analyses toxicologiques, ils verront ce que mes nuits contiennent.

- Nous avons donc un accord, Monsieur le Premier Ministre, Elijah détourna son regard vers Pierre Lore et il rajouta : de Sa Majesté. Les députés ont confiance en votre parole, ne les décevez pas, car vous finirez avec un groupe non pas allié à vous, mais hostile à l'ensemble du Gouvernement de Sa Majesté.

- J'en attends pas moins, Honorable député.


Sources :
13023
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Un discours pour la nation, pour l'Empire Parlementaire et Démocratique du Nord !
La diplomatie Teylaise en Eurysie- II

Mise en contexte - Owen Mourtier, géopolitologue teylais :

Le mois de décembre de l'année deux mille seize fut sûrement le pire mois pour l'ensemble des nations de l'Organisation des Nations Démocratiques. En effet, alors que la tension diplomatique se faisait toujours de plus en plus forte entre l'Empire Démocratique et Parlementaire du Nord et la Principauté de Carnavale suite à l'assassinat d'un cardinal nordien par la Principauté de Carnavale lors d'une élection papale, en pleine nuit, Estham, la capitale de l'Empire, subit une attaque chimique de la part de la Principauté de Carnavale. Environ six cents missiles armés de têtes biologiques (agents chimiques ici) se dirigeaient et finirent par frapper la capitale Estham, propageant un agent extrêmement mortel. En effet, le bilan final monta à plus de deux millions de morts et à cela il faut ajouter les morts des suites des perturbations des services d'urgence, du système hospitalier. Les jours suivants la catastrophe et l'attaque de la Principauté de Carnavale, aucune réponse militaire ne fut enclenchée par les membres de l'Organisation des Nations Démocratiques, ce qui n'empêcha pas les discussions dans le secret, comme nous le verrons.

Publiquement, à cette époque et durant trois semaines entières, les États-membres se concentraient sur la réponse au sein de l'Empire Démocratique et Parlementaire du Nord. Les États-membres se relayèrent pour l'envoi de matériel pour les secours d'urgence, des équipes médicales spécialisées dans la gestion des agents chimiques, des respirateurs, des médicaments et des équipements de protection individuelle. Des centres de décontamination furent rapidement mis en place aux abords de la capitale, tandis que des navires-hôpitaux étaient dépêchés sur les côtes nordiennes pour offrir un soutien médical supplémentaire. Les organisations humanitaires internationales furent également mobilisées, malgré les difficultés logistiques immenses causées par l'ampleur de la catastrophe.

Pour assurer la continuité de l'administration de l'Empire, certains membres proposèrent à leur partenaire touché par la plus grande attaque jamais perpétrée, l'envoi de fonctionnaires dans les fonctions régaliennes pour soutenir l'Empire face à la perte de dizaines de milliers de fonctionnaires morts et de hauts fonctionnaires dans la capitale nordique. À la suite de l'attaque, le Gouvernement de Sa Majesté prit des mesures immédiatement sur l'ensemble du territoire national. Constitution de stocks de matériel permettant de lutter contre les risques chimiques, biologiques au sens général et la constitution d'un plan de réponse au niveau national, bien qu'une partie de ce dernier soit actuellement sous le sceau du secret-défense.

Toutefois, alors que les États membres restaient muets quant à une potentielle réponse militaire sur la scène publique, dans les sphères privées et les couloirs du Conseil militaire à Favaran, les réunions s'enchaînèrent pour convenir d'une réponse commune à la Principauté de Carnavale. Après des redéploiements de troupes au Royaume de Teyla, au sein de la République de Tanska, Caratrad pour préparer la réponse militaire et le déclenchement de l'article V de la Charte défensive de l'Organisation des Nations Démocratiques, la réponse fut officiellement lancée sous le nom "Opération Dreamland". Une opération aérienne inédite par son ampleur dans l'histoire de l'aide humanitaire et des opérations militaires. L'ensemble des avions de l'alliance défensive se retrouvèrent dans le ciel de la Principauté de Carnavale afin d'anéantir l'aviation carnavalaise et bien entendu de frapper les silos contenant les missiles balistiques et potentiellement chimiques de la Principauté de Carnavale. Mille trois cents avions, voilà la masse déployée par l'alliance défensive, un signe plus que clair de soutien envers l'Empire Démocratique et Parlementaire du Nord.

C'est dans ce contexte que, le 16 janvier à 20h00, le Premier ministre de Sa Majesté, Angel Rojas, s'exprima à la nation entière à la télévision, à la radio et même sur internet. Alors que même les frappes contre la Principauté de Carnavale avaient commencé ce jour même vers 4h00 du matin.

Discours du 16 janvier 2017 à 20h00 :

Teylais, teylaises, mes chers compatriotes,

Depuis le mois de décembre deux mille seize et l'attaque effroyable de la Principauté de Carnavale contre un des partenaires et alliés, nation sœur du Royaume de Teyla, l'Empire Démocratique et Parlementaire du Nord a subi une attaque illégitime mais dont les mots manquent pour décrire l'horreur à laquelle elle doit faire face chaque jour. L'Empire Démocratique et Parlementaire du Nord doit faire face à l'immense tâche de se reconstruire alors que le deuil de la perte de deux millions de personnes est encore présent. En tant que représentant de la nation teylaise, je sais que le peuple teylais, se tient aux côtés de notre partenaire et notre allié. Depuis le premier jour de l'effroyable attaque illégitime, nous avons soutenu notre allié financièrement et au-delà. Nous avons fourni du matériel et envoyé des équipes pouvant faire des tâches, non pas en substitution des services d'urgence de l'Empire, mais en complément de ces services.

Mais l'aide humanitaire, si essentielle, si généreuse fût-elle, ne pouvait suffire. Face à une barbarie d'une telle ampleur, face à une violation aussi flagrante de toutes les lois de la morale, de l'humanité et de ce que nous considérons comme les lois les plus élémentaires et fondamentales de la guerre, ne serait-ce que pour nous souvenir que nous sommes avant tout humains, il n'y a qu'une réponse digne des nations libres. La réponse de la justice face à la barbarie, une barbarie qui doit subir une réponse ferme et unitaire de la part des nations libres. Pendant ces semaines de recueillement et de deuil, nous, dirigeants des États membres de l'Organisation des Nations Démocratiques n'avons cessé de nous réunir pour convenir de la réponse adaptée à la situation. Nous avons tous convenu qu'une réponse ferme était nécessaire mais que cette réponse ne saurait être efficace en l'absence du sceau de la justice.

Ceux qui doutaient qu'une attaque contre l'un des membres de l'Organisation des Nations Démocratiques était une attaque contre l'ensemble de ces États-membres, n'auront, après aujourd'hui, plus aucune raison de douter de l'unité des États-membres. Quand l'un des nôtres fait face à une attaque, alors toutes les nations seront présentes à ses côtés et répondront aussi fermement qu'il se doit à l'attaque subie par l'un de nos alliés. En répondant par des actions concrètes au déclenchement de l'article V de la Charte défensive de l'Organisation des Nations Démocratiques, le Royaume de Teyla démontre son humanité.

L'horreur que nous avons vécue ne doit pas être oubliée. Deux millions de vies ont été perdues, des familles dévastées, des destins personnels brisés à jamais. Mes chers compatriotes, je le redis, mais dans cette épreuve, le Royaume de Teyla se tient auprès de son partenaire et allié. Je veux saluer ici le courage et l'abnégation des autorités nordistes et du peuple de l'Empire. En tant que nation sœur, le peuple teylais ressent profondément ces souffrances, car nous savons que chaque vie perdue représente une particularité si rayonnante dans un ensemble commun mais différent à bien des manières. L'humanité peut-être belle quand elle est unie et bâtie sur ce qui la rassemble. Ces souffrances, nous les ressentons d'autant plus que le Royaume de Teyla a aussi perdu ses fils dans l'effroyable bombardement d'Estham. Il est du devoir du Gouvernement de Sa Majesté de répondre alors que nos fils ont été visés et tués dans une attaque sans précédent contre l'un de nos alliés.

Pendant ces semaines, les États membres ont cherché, sans relâche, une réponse qui ne trahirait pas nos valeurs inscrites dans les textes fondamentaux de l'Organisation des Nations démocratiques. Une réponse qui défendrait la sécurité des peuples d'Eurysie et du monde face à la menace chimique que fait courir sur le monde entier la Principauté de Carnavale, y compris envers les nations de l'Organisation des Nations Démocratiques tout en s'assurant que les actes que nous mènerons respectent la dignité humaine et ne franchissent pas les limites que notre ennemi a décidé de franchir. Certains y verront une faiblesse, une hésitation incompréhensible face à la barbarie. C'est une erreur fondamentale d'y voir une faiblesse. C'est bel et bien la résistance de nos convictions dans les moments les plus difficiles qui fait la force de nos nations, de l'Organisation des Nations Démocratiques. Ce sont notre fidélité à nos valeurs qui convaincra de la justesse de notre action contre la Principauté de Carnavale.

La réflexion des États membres a entraîné une réponse militaire qui a commencé ce matin. L'opération Dreamland est une opération réalisée pour neutraliser la menace chimique de la Principauté de Carnavale et assurer la sécurité du Royaume de Teyla mais aussi de l'ensemble des nations du continent, du monde face à une menace dont nous ne pouvons plus détourner les yeux. Ce matin, des avions des États membres de l'Organisation des Nations Démocratiques, avec la participation active du Royaume de Teyla, ont commencé une opération qui vise à la destruction des stocks chimiques et des moyens de production chimiques de la Principauté de Carnavale, la neutralisation de l'aviation ennemie et des moyens de projection mortelle de cette dernière.

Cette opération menée avec des moyens permettant le ciblage d'objectifs uniquement et purement militaires n'a que pour seuls buts la sécurisation du monde et la traduction en justice de tous les responsables du bombardement d'Estham. Pas un seul responsable ne pourra fuir les tribunaux, pas un. Elle n'est pas dirigée contre le peuple de Carnavale, mais contre ceux qui, par leurs actes ignobles, ont transformé leur nation en une menace pour la paix et la sécurité internationales.

L'Opération Dreamland est la démonstration évidente et nécessaire de notre détermination collective. Elle témoigne de notre capacité à agir ensemble, unis par des valeurs communes, face à l'adversité la plus sombrede l'espèce humaine. Je veux, ce soir, saluer l'ensemble du personnel militaire et civil qui est engagé dans l'Opération Dreamland. Je veux saluer leur engagement et leur sacrifice qui permettent d'assurer notre protection, au prix parfois, de leur vie. La nation teylaise n'oubliera jamais le nom de ceux qui tomberont au combat pour notre sécurité. J'en fais mon combat personnel, le devoir de mémoire ne sera pas oublié, mes chers compatriotes.

À ceux qui ont peur ce soir, je veux vous dire que vous êtes en sécurité. Le Gouvernement de Sa Majesté a pris, à travers la déclaration de la loi martiale, de l'état de guerre et de la distribution en urgence à l'ensemble de la population du matériel permettant de faire face à des risques chimiques et biologiques, les dispositions pour faire face aux menaces. Je comprends l'inquiétude et la peur qui peuvent vous envahir de manière rationnelle ou irrationnelle. L'horreur que nous avons vue d'Estham est à jamais marquée dans notre esprit et dans nos cœurs. C'est là un débat démocratique que nous devons constamment avoir, pour n'être surpris par aucune menace. Je prends l'engagement, aux dépens de ma vie s'il le faut, mes chers compatriotes, de ne laisser aucune menace s'abattre sur le Royaume de Teyla sans qu'aucune réponse ne soit engagée fermement.

Dès les premières heures de la tragédie d'Estham, et bien avant le déclenchement de l'Opération Dreamland, le Gouvernement de Sa Majesté a agi et s'est mobilisé pour assurer votre sécurité. La déclaration de la loi martiale et de l'état de guerre n'est pas un signe de panique, mais un acte rationnel et justifié pour que nous ayons tous les moyens légaux et matériels de notre réponse face à la menace que pose la Principauté de Carnavale. Et conformément à la juridiction teylaise, le Gouvernement de Sa Majesté se soumet entièrement à la Cour Constitutionnelle Royale et au Parlement.

La distribution d'urgence de matériel de protection chimique et biologique à l'ensemble de notre population est une mesure sans précédent, certes, mais elle est le reflet de notre volonté de ne laisser personne démuni. Dès aujourd'hui et dans une opération qui s'étale sur plusieurs mois, le Gouvernement distribuera à chaque foyer les équipements et les instructions nécessaires pour réagir adéquatement en cas de menace. Là aussi nous n'avons pas attendu et nous avons agi dès que la menace s'est révélée. Aussi, des exercices auront lieu sur l'ensemble du territoire national pour préparer toute attaque chimique ou biologique sur notre territoire. À l'évidence, ces exercices seront accompagnés par des campagnes d'informations intensives concernant les gestes adéquats à faire.

Dans cette épreuve, l'une des plus éprouvantes qu'ait eu à vivre le Royaume de Teyla de son histoire, nous ne devons pas oublier nos valeurs. Nous ne devons pas oublier que nous sommes une nation qui croit aux principes démocratiques. Alors que le monde voit un débat naître sur l'existence des armes de destruction massive, la nation teylaise doit se prononcer après un débat national. Mes chers compatriotes, ce débat dont l'ensemble des forces politiques, vives de la nation et le peuple auront à se prononcer n'est pas un simple débat. Il définira la nature de ce que nous sommes et ce que nous voulons être. L'attaque d'Estham nous a montré à tous et toutes la dangerosité des armes de cette nature. Il y a ceux qui voudront que le Royaume de Teyla conçoive et fabrique ses propres armes de destruction massive afin de créer une dissuasion et protéger la nation teylaise. Bien que je puisse comprendre cette pensée, je suis en total désaccord.

Je ne peux concevoir qu'un homme à lui seul puisse décider de la vie ou de la mort de centaines de milliers de civils, allant à l'encontre de la législation teylaise sur la guerre et de nos valeurs les plus fondamentales. Faire le choix de concevoir des armes de destruction massive serait, selon moi, adopter la même logique que nos ennemis, dans une moindre mesure, mais dans un geste tout sauf rassurant. Nous devons construire, non pas un monde où chaque nation a une arme de cette nature, mais un monde où règne en maître la dignité humaine et que les lois qui régissent ce monde mettent en avant le fait que de tuer des centaines de milliers d'innocents dans un conflit est un crime et non un exploit guerrier.

Comment pourrions-nous, après avoir été témoins de l'horreur indicible d'Estham, justifier l'existence d'armes dont la seule fonction est d'infliger une souffrance inimaginable à des populations entières, sans distinction ? Ce n'est pas ma conception de l'honneur et de l'humanité.

C'est pourquoi, mes chers compatriotes, que j'engagerai une procédure de réforme constitutionnelle dans les jours à venir, pour inscrire l'interdiction pour le Royaume de Teyla de concevoir, de fabriquer et d'avoir sur son sol des armes de destruction massive allant à l'encontre, je crois, des valeurs de notre nation. Quel héritage voulons-nous pour nos enfants ?

Vive le Royaume de Teyla, Vive la démocratie, Vive la justice !
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