09/04/2019
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Sommet Carnavalo-Kabalien : nouveau pacte pour nouveau monde

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Sommet Carnavalo-Kabalien :
nouveau pacte pour nouveau monde


KABALIEN 1KABALIEN 2
BARTHOLOMEON DE PETIPONTCAMILLE PRINTEMPERIE
KABALIEN 3KABALIEN 4

Le PDG-Protecteur Camille Printempérie et Son Excellence Bartholoméon de Petipont reçoivent depuis une semaine les représentants de la Kabalie génocidée, ex-territoire des Trois Lune, Nouvelle Carnavale, désert rouge de CRAMOISIE©. Le monde a été brutalement transformé par l'agent CRAMOISI et par la Principauté de Carnavale : s'en lamenter n'y changera rien, il faut aller de l'avant. Errer des années dans un désert empoisonné, corrompu par une science qui nous dépasse n'est pas une solution. L'exode n'est pas une solution. Le pays qui était le notre a disparu, les dunes de mon père et de ma mère ont été soufflées par un puissant vent rouge tiré depuis une nation lointaine. En CRAMOISIE© j'ai découvert la violence absolue de Carnavale, et elle m'a fasciné.

Petipont nous a dit que le temps du sable et des chameaux était irrémédiablement révolu. Nos bêtes meurent faute d'eau non-contaminée et de plantes à manger. Nous avons besoin des vaccins. Mais surtout nous avons besoin des voitures, des avions de chasse, de ces grands missiles qu'ils érigent au cœur du désert. Nous aussi nous désirons acquérir la toute puissance. L'archevêque athée nous a tendu la main. Il dit que nous appartenons à la même humanité, que nous aussi nous pouvons être des anges. Être des dieux sur cette terre. Il nous promet la gloire, la grandeur et l'émancipation.

Certains lui ont tourné le dos, préférant l'exode ou la mort à cette vie nouvelle qu'ils jugent corrompue. Ils se lamentent sur les ruines de ce désert qu'ils ont parcouru comme leurs pères avant eux. Mais le désert a changé de couleur et les dunes de leurs ancêtres ont été soufflées par la puissante explosion... En une salve de missiles ils ont réduit à néant mille ans de pistes, d'oasis et de contes. Certains les haïssent pour ça. Moi je veux devenir comme eux. Je ne me satisfait pas des étoiles brillantes et d'enseigner à mon fils les gestes de mon père. Je ne me satisfait pas des contes ressassés, des poésies qui n'ont pour elles que leur histoire. Je suis un homme nouveau, le désert rouge m'a changé, Carnavale m'a changé. Elle a détruit tout ce que je connaissais, a balayé mon histoire et mon identité. Elle a tué mon Dieu, et le sien aussi, si j'ai bien compris ce que nous a expliqué l'archevêque.

Mais au lieu de me laisser mourir, elle me tend la main. Je peux être l'homme que je désire être, tout est possible, Carnavale en a fait la démonstration, tout est possible car je suis un homme. Un homme fait du même bois et du même sang que ces blancs venus du ciel. Je peux être comme eux, parmi eux, avec eux. Je serai un dieu moi aussi, et j'emmerde ceux qui n'ont pas la soif de vivre, de créer et de détruire. J'emmerde la Kabalie qui est déjà morte et qu'il est inutile de pleurer. J'emmerde le passé quand je vois avec quelle dérision il a été rasé. S'il est possible de détruire mon peuple et mon histoire avec une telle simplicité, alors peut-être qu'il est temps de passer à autre chose.

J'étais Kabalien.
Je serai Carnavalais.

AVE LUCIFER

J’ai visité les jardins de CRAMOISIE©. Je n’ai jamais rien vu d’aussi étrange et d’aussi beau à la fois. On m’a dit qu’à Carnavale, les jardins étaient encore plus beaux que ça. Ils m’ont eu avec leurs jardins. Moi qui connaissait le sable et les oasis, j’ai découvert l’herbe grasse, les fleurs délirantes et les fontaines en escalier. J’ai trempé mes mains dans l’eau qui chante et les bassins décorés. Il y avait des fontaines dans mon ancien pays, celui qu’on appelle Kabalie, mais celles de Carnavale sont d’un autre genre. Les robinets ouvrent sur du vin et du miel, l’eau a un goût de citron et un parfum de rose. Bartholoméon de Petipont est un homme patient et consciencieux. Il m’explique que nous pouvons obtenir ces odeurs et ce goût grâce à des additifs, ces petites substances que l’on verse dans ses plats pour rendre leur saveur cent fois supérieure à tout ce que j’ai déjà mangé.

Dans les salons de Salem-Aleykoum, j’ai découvert des architectures et des arts dont on ne m’avait jamais parlé. J’ai placé des petits papiers buvards sur ma langue et tous mes sens se sont éveillés. Mon corps s'est révélé à moi dans des possibilités retenues jusque-là enchaînées. Je voyais des couleurs qui autrefois m’étaient dissimulées, dans les zones d’ombre de mon spectre visuel. Chaque souffle de vent était la caresse d’une femme, chaque son sonnait comme une musique céleste. Des blanches se sont offertes à moi et le sexe avec elles étaient si bon et si simple que toutes les femmes que j’ai connu avant elles me semblent à bien y repenser d’une fadeur désespérante. Carnavale a fait de moi un autre homme, elle a transformé mon regard et ma perception du monde. Désormais, je marche sur Terre comme un Ange et plus comme un simple mortel.

Si les Anges de celui qu’on appelle Allah sont descendus sur Terre guider les hommes, d’anges je n’ai jamais vu l’aile. Mais j’ai vu les Carnavalais. J’ai vu leurs pupilles se dilater et se rétracter, hypersensibles à la lumière, qui les rend semblables à de grands fauves. J’ai vu l’armature de métal dont certains s’équipent et qui les fait avancer à grandes enjambées là où me sens désormais ramper à côté d’eux. J’ai vu les merveilles de leur science et de leur médecine, je les ai vu guérir ma mère comme ils ont foudroyé mon père de leurs vapeurs chimiques. Carnavale décide de qui vit et qui meurt, elle donne la mort et donne la vie, exactement comme prétendait le faire mon Dieu poussiéreux, celui qu’on nomme Allah. Celui-là est sûrement mort dans le désert rouge, je ne l’ai jamais vu accomplir le quart des miracles qu’accomplissent chaque jour les Carnavalais. Mais eux, contrairement à Allah, ne me demandent pas de me soumettre. Ils me proposent de m’élever comme eux.

Plus jamais je ne courberai le dos en prière. Plus jamais je ne réciterai les sourates mensongères. Plus jamais je n’implorerai la miséricorde d’un autre que moi. Je suis dieu parmi les dieux, je donnerai la vie et la mort, je donnerai le feu. Bartholoméon de Petipont m’a instruit du mythe de Prométhée. J’ai entendu parler de cet homme qui n’existe pas en Islam, ce voleur de feu qui défia Dieu pour éclairer les hommes. Je comprends mieux désormais quelle prison fut ce désert qui m’a vu naitre, et qu’elle libération fut la venue de Carnavale. Le feu rouge qui souffla les dunes de mon enfance est la flamme prométhéenne qui apporta aux hommes l’émancipation. A mon tour, non pas fidèle soumis mais ange de la libération, j’apporterai le feu aux hommes.

Allah est mort. L’Islam, fidèle à son nom, ne m’a apporté que la soumission.
Mais leurs menaces ne m'atteignent plus car j'ai déjà connu et ne crains plus l’enfer.
Et je crie : Ave Lucifer.
Écriture de l'Acte de Coexistence des Kabaliens et des Carnavalais dans le Désert Rouge de CRAMOISIE©
Proposition de loinProposition de loin

Bartholoméon de Petipont et le PDG-Protecteur Camille Printempérie, réunis dans le Palais de Salem-Aleykoum auprès des représentants des clans décimés du désert rouge, les Kabaliens survivants, ceux ayant accepté de se présenter au boureau, ceux venus chercher la science et le savoir, le regard tourné vers l'avenir. Après sept nuits de délibérations, proclament l’Acte de Coexistence. La Kabalie n’est plus ; la République Actionnariale de CRAMOISIE© a surgi du sable en armes et en fontaines. Mais nous, qui avons survécu à l’agent CRAMOISI, à l’exode et à la poussière de nos ancêtres, choisissons de ne pas errer. Nous choisissons d’écrire.

Car le désert n’a pas seulement changé de couleur ; il a changé de loi. Les dunes ne connaissent plus les pistes des pères. Les chameaux se sont effondrés sous le poids de leurs bosses chargées de toxines, les sources sont devenues poison, et pourtant, les moteurs de Carnavale rugissent, les fontaines d’eau artificielle chantent, les missiles dressés au centre du vide percent le ciel comme des lances de lumière.

L’archevêque athée a parlé : il a dit que la Kabalie pouvait renaître, non dans son passé, mais dans un futur d’acier, de verre et de fleurs. Il a dit qu’à l’ombre des palais et des villas de CRAMOISIE©, les Kabaliens pouvaient marcher comme des anges nouveaux. Nous avons entendu.

Nous, anciens Kabaliens, futurs Carnavalais, proclamons donc :

Article Premier.
Tout Kabalien qui foule le sol de CRAMOISIE© et respire l’air nouveau importé de Carnavale est libre d’apprendre, d’échanger, de commercer et de bâtir à l’égal du Carnavalais. Le sang versé n’interdit pas l’avenir partagé.

Article Deux.
Les terres de l’ancien désert, rebaptisées désert rouge, seront partagées, cultivées et construites en commun. Chaque jardin, chaque usine, chaque fontaine, chaque missile sera désormais la propriété égale des deux peuples devenus un. La terre du père n’existe plus ; la terre de la mère Carnavale est à tous.

Article Trois.
Les traditions kabaliennes ne seront pas interdites mais transformées : elles deviendront matière première pour la science, la médecine et l’art de Carnavale. Les poèmes et les gestes des pères ne seront plus répétés dans l’ombre mais projetés en lumière sur les murs des cités neuves.

Article Quatre.
Les droits et devoirs de l’homme nouveau sont les mêmes pour les deux peuples : nul ne sera jugé sur sa naissance, son sang, sa race, son Dieu ou son ancienne nation. Quiconque choisit la voie du Titan prométhéen sera traité comme un Titan et un Ange.

Article Cinq.
CRAMOISIE© et Kabalie, par ce pacte, fondent une Nation Unique, la République Actionnariale de CRAMOISIE©, où le feu et l’eau, la mémoire et la destruction, la mort et la vie s’équilibrent.


Nous crions : assez d’exodes et de lamentations !
Nous crions : assez de frontières !
Nous crions : qu’un seul peuple surgisse des cendres, une seule voix parle, une seule flamme brûle.

Qu’à la place des dunes emportées par le vent rouge s’élèvent des serres d’acier, de verre et d’émeraude. Que le désert rouge devienne un jardin vert. Que les hommes autrefois ennemis bâtissent demain comme des frères.

Ainsi la loi sera promesse et non malédiction.
Ainsi nous deviendrons ce que nous désirons être : des hommes libres et des dieux ensemble.

Ave Carnavale.
Ave CRAMOISIE©.
Ave Kabalie.

Ave Prométhée.
Les chefs de l’autorité kabalienne, le ministère de transition des minorités légitimes et l’organe de coordination de l’implantation carnavalaise en Afarée rendent aujourd'hui public leur premier bilan sur la démographie du désert rouge.
Avec l’arrivée progressive de trois millions de nouveaux citoyens en CRAMOISIE© venus de Carnavale, compte tenu des deux millions de colons arrivés lors de la première vague post-bombardement et après recensement des natifs Kabaliens encore en vie, voici la composition finale de la population du désert rouge en ce jour :



Tous et toutes sont citoyen·nes de la République Actionnariale de CRAMOISIE©, sans distinction d'origine, de langue ou de culture. Ils forment un seul peuple indistinct et œuvreront désormais de concert à la gloire de l'humanité ! CRAMOISIE© toujours sera unie ! CRAMOISIENS toujours seront républicains !
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Les sanglots longs des colons de Kabalie Blessent mon cœur d’une langueur alanguie.

Ça s'en va et ça revient, chante Patrick Kabalien, comme une provocation. L'artiste natif du désert rouge, menacé de mort par certaines communautés radicales catholanes, a finalement obtenu gain de cause car les chiffres de l'année 2018 le montrent : il y en Kabalie un second exode qui s'amorce.

Alors que des Carnavalais venus des quartiers pauvres de la Cité noire continuent de s’exiler en Afarée à l'appel des autorités lucifériennes, un second mouvement s'est engagé, à rebours du premier, avec le retour d'une partie des colons de la première vague vers la Principauté.

Car les lucifériens ne sont pas les seuls à rallier les foules. Depuis Carnavale, Octobre Diabledhomme tente de capitaliser sur les troubles et menaces internes à la Kabalie rouge afin de rapatrier les primo-colons catholans, arrivés dans les premiers mois ayant suivi la destruction du désert à l'agent CRAMOISI. Ses arguments semblent avoir trouvé un écho dans la république luciférienne, aux antipodes du projet initial de colonisation messianique, basée sur la hiérarchie raciale.

Car si la République Actionnariale du Désert rouge a des outils pour se défendre et joue une partie diplomatique loin d'être perdue d'avance, les primo-colons, eux, ont de plus en plus conscience du risque qui pèse sur eux. Installés dans les grandes agglomérations côtières ou, pour la plupart, dans des communautés autonomes installées dans le désert, ils savent être un fusible que les lucifériens n'hésiteront pas à faire sauter pour faire retomber la pression.

Si la Kabalie rouge s'est évitée la guerre civile grâce à la conscience partagée de la menace étrangère et les concessions faites de part et d'autre des factions (dont la plus symbolique fut de conserver un temps Camille Printempérie au poste de PDG-Protecteur) il devient de plus en plus clair que les différentes parts de la société kabalienne ne pourront pas plus longtemps continuer de vivre ensemble. Seul l'éloignement des communautés les unes par rapport aux autres a permis d'éviter le gros des troubles.

Chez les primo-colons catholans, la RAD est une vaste désillusion depuis le coup d'Etat luciférien. La totalité de leurs privilèges ont été révoqués et il faut désormais composer avec les natifs afaréens, dont certains comme Balsilek Ishak occupent des postes de direction. Par ailleurs, bien que la RAD refusent toute enquête interne pour le moment, le PDG-Protecteur a explicitement exprimé sa volonté de poursuivre les instigateurs du génocide, dans lequel sont impliqués une partie non négligeable des primo-colons.

Ces-derniers estiment à raison qu'un retour, même provisoire, à Carnavale devient nécessaire. Car si la Kabalie rouge, fidèle à ses principes, refusent de céder du terrain en discriminant sa population, en cas d'agression par une puissance étrangère sur son sol le traitement des primo-colons (et même des colons tout court) serait plus incertain. L'augmentation progressives des tensions régionales sont autant de drapeaux rouges bien compris au sein de la presse et des communautés catholanes radicalisées.

Par ailleurs, car l'économie est le nerf de la guerre, si les entrepreneurs carnavalais ont pour la plupart eu l'occasion de renouveler leurs contrats avec la RAD, un certain nombre de business plans avaient été conçus en s'appuyant sur des présupposés génocidaires et d'exploitation coloniale du territoire et de ses ressources. Ces projections ne valent plus et plusieurs communautés de primo-colons catholans peinent à prospérer et à être rentables, malgré les aides à l'installation de la RAD.

Si beaucoup demeurent attaché au projet messianique des premières heures, d'autres ont renoncé, définitivement ou momentanément, et ont pris le chemin du retour vers Carnavale. Il faut dire qu'ils y seront bien reçus : Octobre Diabledhomme, l'entrepreneur à succès de la tech et de l'informatique, a racheté un quartier entier pour les loger et fonder un nouveau projet catholan au cœur même de la Cité noire.

Tandis que la population de la Kabalie rouge continue de croitre à un rythme régulier, ce sont quelques un million de primo-colons qui seraient rentrés à Carnavale, ou se prépareraient à le faire dans les prochains mois. Une estimation à prendre avec prudence, considérant l'absence de chiffres officiels et de volonté des autorités de la RAD de communiquer dessus, mais qui peut être estimé grâce aux recensements des communautés locales et l'abandon pur et simple de certaines colonies de peuplement, devenus des colonies fantômes.
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