11/06/2017
22:02:42
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La chute de l'Altrecht Livre II [ ALTRECHT - GRAND KAH ]

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L'usine désaffectée :


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Vous apercevez au loin une usine ressemblant à l'indication de vos plans. Il apparaît clairement que 12 gardes de l'Inquisition font des rondes autour de l'usine, patrouillant pour surveiller cette dernière et empêcher les curieux d'y accéder.
L'air était froid, celui d'une crypte. Il charriait l'odeur de la rouille humide et du béton oublié. Une friche industrielle, somme toute. Le genre de cicatrice que le monde moderne laissait sur les pourtours de ses villes - une architecture de la ruine et du tombeau, suspendue entre l'échec d'un projet et la lente reconquête du sol par la nature.

Au moins, songea Eleni, cela lui évitait une infiltration sociale. Mieux valait la boue et le silence que les sourires carnassiers et le champagne tiède de la réception à la banque. Elle avait déjà mené ces opérations pour l'Égide : une valise d'argent, un contact pour s'assurer qu'elle ne disparaisse pas dans la nature, et une quantité effroyable de poignées de main molles. Non, vraiment, elle était mieux ici.

Elle avait rejoint le pays grâce aux réseaux de Koponen, dont les contrebandiers semblaient posséder des clés pour chaque serrure du continent. Officiellement, l'Égide ignorait tout de son escapade. Officieusement, ses contacts personnels au sein de l'organisation avaient facilité la logistique. Son matériel, récupéré dans une cache frontalière, était un patchwork de ses influences. Sous son simple imperméable, une combinaison thermique fine collait à sa peau, brouillant sa signature et ne laissant aucune trace. L'armement, un surplus pharaonique compact, était une concession à la brutalité inévitable de ce monde. Le reste provenait de camarades mähreniens.

Abaissant ses jumelles thermiques, elle pivota vers son équipe. Dans un souffle à peine audible, elle subvocalisa les cycles de patrouille, l'équipement des gardes et les angles morts de leur surveillance. Une usine désaffectée si bien gardée. Elle était sur la bonne voie.

Topaz, le chef de son escouade, accusa réception d'un signe de tête. Ils étaient un mélange hétéroclite, mais tous formés aux standards du LiberalIntern : des professionnels qui comprenaient le langage des signes et du communalisme libertaire. Ils étaient plus fidèles à la cause qu'à leur propre survie, la seule raison pour laquelle ils l'avaient suivie dans cette croisade personnelle. Topaz lui désigna une route d'approche, un cheminement serpentant entre l'ombre et les débris.

Eleni acquiesça. Une fusillade était un luxe qu'ils ne pouvaient s'offrir. Pas encore. Elle sentit le regard de ses équipiers sur elle, attendant l'ordre.

Sa voix fut à peine un murmure dans le micro-gorge.

« On y va. »
Ainsi, troussé, Eleni et son équipe avancèrent discrètement vers l’usine bien gardée.
Mais un bruit assourdissant fit soudainement arrêter l’équipe : une explosion à quelques 150 mètres...
D’après la sentinelle de l’équipe d’Eleni, il semblerait qu’un des dépôts ait explosé à cause du gaz.
Une boule de feu ravagea la zone sur 50 mètres, et la chaleur avec l’onde de choc balaya plusieurs centaines de mètres autour du dépôt.

C’est alors qu’une dizaine de gardes sortirent en courant en direction de l’explosion pour sécuriser les lieux.
C’était une occasion en or : seuls trois gardes restaient à protéger les lieux, captivés par l’explosion et leurs confrères partant secourir les éventuels blessés.

Alors, aussitôt, sans hésitation, le groupe profita de cette diversion soudaine pour passer par la porte du hangar arrière, venant d’être abandonnée par ses occupants.
Mais le temps était compté.
Arrivés dans le hangar, celui-ci semblait désaffecté, rien n’avait d’apparence attractive, mais un local était fermé par un cadenas et une lourde porte en fer. Des chaînes et un panneau en interdisaient l’approche.

C’est alors que des bruits de bottes résonnèrent : un garde s’approchait de l’équipe d’Eleni à petits pas.

QUE FAITES-VOUS ?!
L'entraînement prit le dessus. Heureusement. Eleni étouffa le juron qui lui montait aux lèvres, un réflexe animal dompté par des années de discipline. Son regard balaya son équipe. Un instant de flottement, un doute partagé dans chaque œil. C'était trop beau pour être une coïncidence. Compter sur la simple déliquescence du pays pour leur ouvrir la voie était un pari risqué. Encore que...

Eleni n'était pas mystique, mais elle était kah-tanaise. Parfois, le matérialisme historique ressemblait étrangement à une force du destin. Les choses se produisaient parce qu'elles devaient se produire.

L'échange de regards dura moins d'une seconde. Toute l'équipe glissa à l'intérieur du hangar, se fondant dans les ombres comme des spectres. Un balayage rapide des lieux, l'œil d'une femme habituée à évaluer les angles et les abris. Pas de trappe, pas de couvert évident. Le départ des gardes ne durerait pas éternellement. Elle fit signe à Décalogue, nom de code d'une collègue inquisitrice, qui sortit un kit de crochetage et se mit immédiatement au travail sur les cadenas des chaînes.

Puis le bruit. Des pas. Un seul homme, au rythme mesuré, qui approchait de leur position.

L'hésitation d'Eleni fut purement théorique. Une fois les chaînes rompues, l'intrusion serait évidente, à moins de les remettre en place. Le plan se forma, froid et net, en une fraction de seconde : neutraliser le garde. Dissimuler le corps dans le passage qu'ils allaient ouvrir. Laisser un homme derrière pour refermer, verrouiller, et s'exfiltrer vers le point d'extraction. C'était la seule option qui leur achetait du temps, la seule qui ne laissait aucune trace immédiate de leur passage.
Le garde passa à peine le mur donnant sur la porte qu’aucun des équipiers d’Eleni, une ficelle en aluminium renforcée à la main, se jeta sur lui, l’étranglant par derrière.
Mais dans la seconde entre cette scène et l’équipe d’Eleni venant rapidement achever le garde, ce dernier sortit un couteau pour le planter dans la jambe de son assaillant.
Eleni l’acheva rapidement d’un mouvement sec sous la gorge de ce dernier.

Le plan avait foiré, des traces de sang étaient visibles sur le sol, mais pour le moment les deux gardes restants ne semblaient pas être avertis de l’action.
Vous pouvez d’ailleurs entendre ces derniers rire grassement des théories qu’ils avaient élaborées vis-à-vis de l’explosion.

Votre équipe se retrouve avec un agent grièvement blessé à une jambe, qui réussit à stopper l’afflux sanguin via un garrot.
Mais impossible pour lui de marcher, et sautiller semble lui provoquer des douleurs qui le font grincer des dents.
Vous réussissez cependant à ouvrir, en crochetant le cadenas de la porte.
Derrière celle-ci se trouve un long escalier menant à une pièce carrelée et lumineuse.
Il fait d’ailleurs extrêmement froid à mesure que vous descendez : il doit faire dans les 4°.

QUE FAITES-VOUS DU CORPS, DU BLESSÉ ET DU SANG ?
Le bruit humide et final du couteau s'enfonçant dans la gorge du garde fut couvert par le grincement de dents de son propre agent, à terre. Pas de panique. Recalibrer. L'odeur cuivrée du sang monta aux narines d'Eleni, un parfum âcre. Celui des complications. Dehors, les deux gardes restants riaient encore, leur insouciance ne durerait pas. Chaque seconde comptait.

Elle ne perdit pas un instant en reproches ou en hésitations. Ses ordres fusèrent, sifflés dans le micro-gorge.

« Topaz, le blessé. Évaluation. »

Pendant que Topaz s'agenouillait près de l'homme à terre, confirmant d'un signe de tête sec l'impossibilité de le déplacer rapidement, Eleni désigna deux autres agents.

« Le corps. Dedans. Maintenant. »

Sans un mot, les deux agents saisirent le cadavre du garde par les épaules et les pieds. Le corps laissa une traînée écarlate sur le béton poussiéreux tandis qu'ils le traînaient vers l'escalier béant, son poids mort disparaitrait bientôt dans l'obscurité.

Le sang. Il fallait effacer le sang. Eleni fit un geste à Décalogue, qui abandonna la porte désormais ouverte pour sortir une petite pochette. Elle en versa une poudre grise et absorbante sur la flaque, puis la frotta avec la poussière environnante à l'aide d'un chiffon. En quelques secondes, l'idée était de transformer la tache de sang frais en une vieille souillure sombre, indiscernable parmi les autres cicatrices du hangar. Il n'était pas dit que ce camouflage fonctionnerait (je te laisse voir).

Restait le plus difficile. L'homme blessé. Son nom était Isaac. Il la regarda, le visage blême, la mâchoire serrée par la douleur. Il savait. Ils savaient tous les deux.

« Je ne peux pas continuer », confirma-t-il simplement.

Eleni s'accroupit face à lui.

« Je sais. » Elle marqua un temps. « Tu couvres nos arrières. Verrouille cette porte derrière nous. Fais diversion si nécessaire. Contacte le point d'extraction dans trente minutes. S'ils n'ont pas de nouvelles de nous dans deux heures, considère la mission comme un échec et exfiltre-toi. Compris ? »

Elle posa brièvement sa main sur son épaule, une pression ferme, puis se releva. Inutile de lui dire que la mort était préférable à la capture. Pour l'heure, elle pouvait encore prétendre que tout était sous contrôle.

« On descend. »

Un à un, les membres restants de l'équipe s'engouffrèrent dans l'escalier, leurs armes pointées vers le bas, vers la lumière blanche et le froid glacial qui montait des profondeurs. Eleni fut la dernière à passer. Avant de disparaître, son regard croisa celui de Kael une ultime fois. Un pacte silencieux scellé dans le hangar maculé. Puis la porte en fer se referma derrière elle, le claquement du verrou le son le plus solitaire qu'elle ait jamais entendu.
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La tristesse et le désespoir que dégageait l’usine venaient à nouveau d’être animés par le chagrin.
Le lieu est bien placé pour le savoir. Il en a vu, de ses horreurs...

En descendant l’escalier, l’équipe découvrit une pièce semblable à une salle opératoire, entièrement propre, comme s’il y avait encore de l’activité à l’intérieur.
Mais pour l’instant, personne. Enfin, presque.

On pouvait observer des instruments scientifiques, des machines de précision et des tableaux de calculs sur le mur principal.
On pouvait voir que des molécules apparaissaient.
Il était écrit en allemand : Tissu cérébral, suivi de formules incompréhensibles pour des non-scientifiques spécialisés dans la biologie humaine.

Il y avait une table d’opération propre au centre de la pièce, et également des documents sur la table qui se tenait à droite du tableau de calculs.
Il y était inscrit en allemand ceci : Calcul juste, assemblage biologique fait, échec cérébral, suivi de données concernant cet échec.

Il semblerait qu’une porte entrouverte, menant à une immense pièce, se trouvait au fond à gauche de la salle.
On pouvait aussi voir l’image de l’Empereur surplombant la pièce, dans une sorte de tableau honorifique.

En ouvrant la porte de gauche, les équipiers tombèrent face à un homme... nu, et dans une cuve.
L’homme paraissait âgé, dans les 75 ans.
Rapportant à Eleni leur découverte, les équipiers tombèrent de haut en apercevant le tableau de l’Empereur.
C’était lui...

Eleni, c’est l’Empereur qu’il y a dans cette cuve !

En fouillant un peu, les soldats trouvèrent également deux autres Empereurs, ainsi que des humanoïdes lui ressemblant mais clairement différents, dans une dizaine d’autres cuves.
Il y avait en dessous des cuves une inscription : Sujet 107 – 108 – 110 Réussi !

Soudainement, des bruits de pas seuls se firent entendre dans le couloir, derrière une porte fermée de cette deuxième salle avec les cuves.
Des bruits de pas légers, mais rapides.

QUE FAITES-VOUS ?!
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« Eleni, c’est l’Empereur qu’il y a dans cette cuve ! »

Le murmure de son coéquipier dans l'oreillette fut comme une décharge électrique.

Son esprit s'arrêta. Puis, en une fraction de seconde, la scène se superposa à une autre, un souvenir enfoui de sa jeunesse, bien avant l'Égide. Une nuit clandestine, l'odeur de la paille souillée et du sang. Elle avait dix-neuf ans, le visage dissimulé sous une cagoule, une caméra tremblante à la main. Elle s'était introduite dans un abattoir industriel. Elle se souvenait du froid glacial des salles carrelées, du bourdonnement des machines indifférentes, et des corps suspendus, numérotés, attendant d'être traités.

La même sensation la saisit. L'odeur n'était pas celle du sang, mais celle, plus clinique, plus stérile, de l'abomination aseptisée. Le froid était identique. Et les corps dans les cuves, nus, vulnérables, marqués comme des sujets d'expérience, n'étaient que du bétail d'un autre genre. La même déshumanisation méthodique, la même transformation du vivant en produit. Elle avait cru à l'époque voir le sommet de l'horreur. Elle penchait les cauchemars circonscrits à l'inhumain, et à quelques lieux d'exceptions tels Carnavale. Ce qu'elle voyait était moins la négation de la vie animale que celle de l'humanité elle-même, de l'idée même de personne.

Putains de fascistes.

Les bruits de pas la ramenèrent brutalement au présent. Légers. Rapides. Peut-être pas le pas lourd et martial d'un garde en patrouille. Quelque chose d'autre. Son esprit analysa la situation en une nanoseconde. Ils étaient en territoire ennemi, face à une vérité monstrueuse, avec un blessé en couverture à l'étage et un inconnu approchant.

Elle ne dit rien. Sa main se leva, paume ouverte, le signal universel du silence et de l'immobilité. Puis, ses doigts se mirent à danser, une série de gestes rapides et précis que son équipe comprit instantanément.

« Topaz », subvocalisa-t-elle à peine, « la porte. Caméra endoscopique. Je veux voir ce qui arrive. Pas de contact avant mon ordre. »

Pendant que son lieutenant sortait une fine caméra-fibre et la glissait sous la porte, Eleni orienta son regard vers Décalogue.

« Décalogue, tout. Photographie chaque cuve, chaque document sur cette table. Surtout les notes sur l'échec cérébral et les numéros de sujets. Priorité absolue : l'information doit sortir d'ici, même si nous n'en sortons pas. Commence maintenant. »

Les autres membres de l'équipe se postèrent, utilisant les cuves de verre comme abris, créant un champ de tir croisé qui couvrait la porte d'où venaient les pas. Les silencieux étaient vissés, les canons pointés. L'ambiance tendue d'une confrontation à venir. Eleni s'accroupit à côté de Topaz, son arme épaulée, les yeux fixés sur le petit écran qu'il tenait dans sa paume, prête à voir le visage de leur prochain problème. Le corps-né, dans sa cuve, pouvait attendre.
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Les premières preuves prises en photographie, l’équipe se prépara à l’affrontement.
C’est lorsque la caméra observa qu’une description émergea.

Une femme arrive, grande, en blouse blanche. Elle ne semble pas armée.
Elle a un carnet et écrit quelque chose.
Elle ne nous a pas remarqués mais arrive à grands pas.


La femme allait ouvrir la porte pour entrer dans la pièce précipitamment.

QUE FAITES-VOUS D’ELLE ?!
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« Putain ma grande, t'as pas choisie ton jour », lâcha Topaz dans le canal radio.

Ou ta carrière », ajouta Décalogue. Elle détourna brièvement les yeux du spectacle terrible des cuves. Clic. Une photo de plus.

La porte pivota vers l'intérieur. Eleni resta en retrait, observant la scène. « Super », murmura-t-elle pour elle-même et pour son équipe. « Nous avons une guide. »

Avant que la scientifique n'ait pu lever la tête, une main gantée se plaqua sur sa bouche, étouffant le cri dans sa gorge. Un bras puissant l'enserra, la tirant en arrière dans la pièce tandis qu'un troisième agent refermait la porte sans un bruit. Eleni s'approcha lentement, son arme abaissée mais toujours prête. Elle s'arrêta juste devant la scientifique, la regardait des pieds à la tête. Elle n'éleva pas la voix. Rien ici ne le justifiait.

« Salut et fraternité, camarade », dit-elle d'un ton calme, presque conversationnel. « Votre survie, à partir de cet instant, dépend entièrement et exclusivement de votre coopération. Hochez la tête si vous comprenez. »

Topaz relâcha légèrement sa prise. Eleni fit un pas de côté, son regard balayant à nouveau la salle des cuves.

« Parfait », dit-elle, se tournant à moitié vers leur nouvelle captive. « Fouillez-là, virez moi tout ce qui peut faire office d’arme ou de communicateur. Madame, nous allons vous poser quelques questions... »

Deux de ses hommes se placèrent dans le couloir d'où venait la scientifique, cherchant à déterminer vers où ils se prolongeaient.
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La scientifique, surprise, hocha la tête. Elle avait compris que les hommes et la femme devant elle étaient des ennemis de sa nation.
Mais, sans pouvoir appeler du secours car son téléphone venait d’être confisqué par un des agents de l’équipe d’Eleni, elle obéit à celle-ci.

Elle avait l’air stressée, ce qu’elle faisait la dégoûtait tout autant que les personnes devant elle. Mais son allégeance ne pouvait vaciller, au risque que sa famille et elle soient sanctionnées.
Elle dit :

Je… je… je vous jure ! J’ai… j’ai rien à voir dans cette histoire, on me… on me force, je suis captive de ces locaux. Ne me… ne me tuez pas, madame.

Sa voix tremblante ne laissait aucun doute sur sa terreur. Des larmes coulaient de son visage jusqu’à frapper le sol.
Elle était une jeune femme d’environ 25 ans, brillante scientifique altrechtoise, blonde aux yeux marron.

Elle attendait les questions qu’allait lui poser Eleni.
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Le masque de l'opératrice implacable fut brièvement remplacé par le visage d'Eleni Papolonova, l'enquêtrice. Cet otage était une victime potentielle prise dans un engrenage monstrueux. La terreur de la jeune femme était palpable, si authentique qu'elle en était presque une ressource. En partant du principe qu'elle ne cherchait pas à s'en tirer en les apitoyant.

Eleni fit un signe discret de la main. Les canons des armes de ses coéquipiers s'abaissèrent d'un cran, ne visant plus directement la scientifique, mais couvrant toujours la pièce. L'atmosphère, bien que toujours saturée de tension, puait un peu moins le meurtre à venir.

« Respirez », dit Eleni d'une voix calme, qui contrastait violemment avec la situation. Elle s'avança de deux pas, s'arrêtant à une distance de sécurité. « Nous ne sommes pas là pour vous. Nous sommes là pour ça. »

Son regard désigna les cuves.

« Vous dites qu'on vous force. Que vous êtes une captive. Je vous crois. Nous savons comment ils fonctionnent. La menace, le chantage. Tout ce que nous venons abattre, en fait. Alors nous ne voulons pas vous tuer. Nous voulons mettre fin à ça. Pour de bon. »

Elle lui lança un regard en coin.

« Alors, s'il vous plaît », ajouta-t-elle, d'un ton qui se voulait égal. « Expliquez-moi ce que je vois. Qu'est-ce que cet endroit ? Quel est votre rôle en son sein ? »

Décalogue orienta sa caméra vers l'otage, et se racla la gorge.

« Agent…
– Je sais. Docteur », elle pivota vers leur otage. « Nous cherchons un accès à un réseau de tunnel. Cet endroit n’est qu’une étape. Quand nous en aurons terminé ici, nous aurons besoin de votre aide pour passer les éventuels systèmes de sécurité, et pour nous orienter. »
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La scientifique était nettement plus rassurée par l'attitude d'Eleni. Alors, la gorge serrée, elle dit craintivement :

Je suis prise dans un engrenage qui me dépasse, on m’a d’abord offert un contrat pour financer mes études et un jour l’Inquisition, visiblement satisfaite de mes travaux, m’a emmenée ici. C’est alors que j’ai compris. J’ai d’abord protesté, mais ils m’ont montré la maison de mes parents et le trajet de ma petite sœur vers son école. Je suis forcée…

Ici, ma mission est de manipuler génétiquement l’Empereur, enfin ce qu’il en reste. Je n’ai pas tout compris, je suis nouvelle, cela fait hmm, je… je… je ne sais pas… plusieurs mois… ou peut-être plus… L’Inquisition nous fait travailler sur la création d’un clone de l’Empereur qui serait "parfait". Un Empereur qui leur obéirait au doigt et à l’œil. Mais nos expérimentations s’avèrent très complexes. Cela fait depuis mon arrivée que la pression a augmenté pour accélérer le processus de clonage. Mais pour le moment nous n’avons jamais réussi à en créer un qui soit intelligent. À chaque fois, il fixe la première personne qu’il croise et il n’arrive pas à parler. On m’a ordonné de leur implanter un code cérébral pour pouvoir les guider. Les trois que vous voyez dans les cuves sont ceux de secours au cas où celui visible faillirait. Je crois que le projet date des années 90. Mais les scientifiques travaillant sur le sujet sont aujourd’hui tous morts ou disparus… et… et… ce sera bientôt mon tour, je le sais.


S’effondrant en sanglots, pensant à ce qu’ils lui feraient, qu’elle réussisse sa mission ou non.

Vous parlez des tunnels, mais pour aller où ? De ce que j’ai compris, ils relient le palais impérial à ici, puis jusqu’à la banque où tout un tas de choses est stocké. Mais il faut un badge pour pouvoir ouvrir les sas. Et des agents de l’Inquisition contrôlent ces différents sas. C’est une forteresse imprenable…

Continuant de pleurer dans un mélange de soulagement et de rage.

Pour le moment, le brouilleur de données du palais impérial englobe également le laboratoire. Rien ne peut, pour l’instant, sortir de ce lieu. Il faudra attendre d’arriver à la banque ou de partir de l’usine pour pouvoir transmettre le tout. Mais le temps presse, votre coéquipier blessé vous informe que de l’agitation se fait entendre : les gardes semblent chercher celui qui a disparu.
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Les sanglots de la jeune femme emplissaient l'espace, un son fragile et humain au milieu du laboratoire stérile. Eleni laissa les larmes s'épuiser un instant, non par pitié, mais par calcul. La panique est un ennemi, le désespoir, en revanche, peut devenir un outil. Puis le message d'Isaac crépita dans son oreille, une alerte lointaine mais pressante. Le monde extérieur, celui des gardes et des fusils, se rapprochait. Le temps des explications était terminé.

Eleni s'accroupit, forçant doucement la scientifique à relever son visage baigné de larmes pour croiser son regard.

« Morts ou disparus. C'est votre avenir si vous restez ici. L'Inquisition ne laisse pas de témoins, vous le savez mieux que moi. »

Elle marqua une pause, son regard quittant celui de la chercheuse pour se porter vers la porte.

« Votre badge », dit-elle, sa voix ne laissant place à aucune discussion. « Donnez-le moi. »

Sans attendre une réponse verbale, elle se tourna vers son équipe. Ses ordres claquèrent.

« Topaz, tu la tiens. Elle reste avec nous. Qu'elle n'ait pas l'air d'une otage. Décalogue, data sécurisée ? » L'agent hocha la tête, tapotant la pochette blindée à sa ceinture.
Mais impossible d'émettre depuis ici. Tout est brouillé.
Bon. Radio pour Isaac. Silence total. Tenez la position. On ne remonte pas. Répétez. »

Un double bip confirma la réception. Puis Eleni se retourna vers l'otage, son regard à nouveau fixé sur elle.

« Vous allez marcher devant nous. Vous faites une inspection de routine. Si nous rencontrons des gardes, vous parlez, nous restons silencieux. Votre vie et la nôtre dépendent de votre performance. Compris ? Bien », conclut Eleni, en se plaçant derrière elle. « Alors en route pour la banque. Montrez-nous le chemin de votre forteresse imprenable. »

L'équipe se forma autour de leur nouvelle "guide", progressant désormais vers la porte du fond, celle qui menait plus profondément encore dans les entrailles du Reich.
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La scientifique s'exécuta en hochant la tête et en essuyant ses larmes. Alors une sorte de colère prit le dessus, la colère d'une femme privée de tout par une société injuste qu'elle n'avait pas choisie. Elle passa devant la troupe comme une guide.

Après 20 minutes de marche dans un long tunnel éclairé et large comme deux hommes, l'équipe arriva alors devant un premier sas, sortant ainsi du béton qui les entourait pour rejoindre une pièce sécurisée. Deux gardes leur barraient la route. Mais avec une certaine confiance, la scientifique s'avança.

Bonjour, Anna Lutwerk, j'ai été chargée de conduire notre unité à un poste de protection pour la Reichbank. Voici mon badge.

Les soldats, sans émotion, prirent le badge, le scannant, la porte s'ouvrit.

Passez, et bonne route.

Un des gardes avait l'air surpris. La vue d'une femme soldate était peu commune ici. Mais on lui avait parlé d'une unité spéciale créée il y a plusieurs mois, une unité secrète. Alors il ne dit rien, pensant qu'il devait s'agir d'eux.

Alors, le portail à peine passé, l'officier reçut un message radio.

Matricule c129 a disparu de son poste, quelque chose d'anormal se passe, tenez-nous informés.

L'officier cria alors.

Eh vous ! Attendez !

QUE FAITES-VOUS ?!
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