11/06/2017
22:06:21
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Le discours de Melchiolivier Grimace à l'hôtel Archange face à un quarteron d'actionnaires

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Le discours de Melchiolivier Grimace à l'hôtel Archange face à un quarteron d'actionnaires de Robotic & Toc
Melchiolivier GrimaceL'hôtel Archange

Mesdames, messieurs, chers actionnaires, j’espère ne pas vous choquer car je sais qu’un certain nombre d’entre vous y avaient des actions, mais le démantèlement du Conglomérat Obéron est notre chance. Non seulement nous avons pu mettre la main pour peu cher sur un certain nombre de brevets, mais nous avons également récupéré plusieurs de leurs meilleurs ingénieurs, qui se sont partagés entre nous et l’entreprise Cielestin Armateurs, principal acteur du secteur des aéronefs civils. Les Industries Obéron sont depuis des années à la pointe de la technologie en matière de robotique et d’exosquelettes individuels, mais leur tropisme en faveur de l’aviation et du pilotement humain a toujours limité les budgets que le conglomérat était prêt à allouer à des projets ambitieux de drones de combat. Pire : leur volonté d’hégémonie a empêché le développement à son plein potentiels de ses concurrents, tels que nous, spécialisés dans des secteurs alternatifs à la balistique et l’aviation. Leur chute fera notre fortune : grâce aux Obéron la Principauté a fait des prouesses d’innovation en matière de fuséologie. Grâce à nous, Carnavale confirmera sa place de pionnière de la dronotique.

La salle applaudit.
Il nous faut tirer le bilan des combats aériens au-dessus de Carnavale. Celui-ci est parfaitement clair : la technologie Obéron a triomphé de nos ennemis, mais le nombre leur a permis de l’emporter à la fin. En termes de ratio, un pilote carnavalais vaut un pilote et demi de l’OND. Cela a été permis par un entraînement d’exception, la meilleure qualité de nos appareils et par l’usage des implants neuronaux Dalyoha. A termes cependant, ce qui a fait plier la Principauté est le manque de roulement des pilotes. Face à n’importe quel autre ennemi, la Principauté aurait vaincu. Seule la force du nombre nous a fait défaut. Faut-il dès lors former d’avantages de pilotes en prévision d’un futur affrontement ? Robotic & Toc ne le pense pas. Nos pilotes sont déjà parmi les mieux payés du monde, de véritables hommes oiseaux, nos académies forment chaque année autant d’entre eux, si ce n'est plus, qu’il est possible de le supporter humainement et financièrement pour un pays de notre taille. Toutefois la Principauté de Carnavale ne pourra, à elle seule, tenir le choc face à une horde volante, aussi inférieure soit-elle en qualité et en préparation. Voilà le bilan définitif du combat aérien dans le ciel de la cité noire : la qualité humaine a failli. C’était prévisible, nous devons en tirer les conclusions et réajuster nos ambitions en conséquence.

Chez Robotic & Toc, nous pensons que l’avenir de la Principauté se trouve encore une fois à chercher dans sa supériorité technologie et le génie de ses ingénieurs et scientifiques. L'histoire de notre cité n'est tissé que de nos avances sur nos concurrents, la Principauté a toujours et par tous les moyens travaillé à marcher cent pas devant le reste du monde. C'est par le génie de Carnavale que nous triompherons, par l'innovation, par l'intelligence, partout là où on ne nous attend pas, partout où nos ennemis ne voient que des limitations, nous nous voyons du potentiel, des champs entier de découvertes encore inexplorés. Là où nos ennemis sont prévisibles, nous ne le sommes pas et cela fait notre force ! Ils disent que c'est impossible ? Alors c'est le devoir de Carnavale de leur prouver qu'ils ont tort. La qualité de nos pilotes s’est inclinée face au nombre ? Carnavale aura la qualité ET le nombre !

La salle applaudit.
La puissance carnavalaise devra désormais se reposer sur le nombre de ses aéronefs dronisés c’est-à-dire sans pilote. Un pilote carnavalais doit pouvoir guider une dizaine voire une centaine de drones depuis un poste de combat situé dans les bunkers souterrains. Le bombardement de la cité noire l’a montré : l’OND peut détruire des aérodromes mais pas atteindre les profondeurs insondables de notre ville. La politique urbaine de Carnavale a triomphé du ciel en se plaçant hors de portée d’une attaque aérienne. Il faut en tirer deux enseignements : le premier est que l’imprenabilité de la ville repose bel et bien sur ses défenses enfouies. Nous devons persister dans cette voie, Carnavale est notre atout majeur, sa densité urbaine et ses particularités architecturales uniques nous défendent aussi bien voire mieux que n’importe quelle montagne, fleuve ou désert. Toutes nos forces et installations critiques doivent être concentrées dedans, si possible en-dessous. Deuxièmement, l’installation de pistes de décollage et de pas de tirs de missiles dans la ville entre en contradiction avec le camouflage que celle-ci offre naturellement. Les drones peuvent décoller en essaims sans avoir besoin d’autant d’amplitude qu’un avion de chasse. Il nous suffit de les faire décoller sous le sol puis d’ouvrir ponctuellement des bouches d’égouts pour les envoyer frapper l’adversaire. Enfin, la dronotique complètera certaines des limites de la balistique. Bien que je n’en appelle nullement à abandonner le savoir-faire carnavalais en fuséologie, un drone peut tout aussi bien (certes sur de plus courtes distances) transporter une charge virale ou un agent pathogène au cœur du territoire ennemi. On peut détruire un silo, mais il ne sera jamais possible d’empêcher un drone de décoller, articulé aux prouesses de la science Dalyoha, notre potentiel de terreur reste intact et pourra être reconstitué en quelques mois.

Les drones et l’intelligence artificielle sont l’avenir de la Principauté. D’ores et déjà nous accusons une avance sur nos concurrents. Celle-ci doit être exploitée jusqu’à l’os, sans aucune concessions morales ou financières, portée par la radicalité du génie carnavalais, elle dépassera tout ce que l'homme sait de la guerre et imposera une nouvelle ère ! Comme Carnavale a imposé l'ère des missiles, nous imposerons demain celle des drones de combat !

La salle applaudit.
En plus de nous épargner les pertes humaines de nos précieux pilotes, grâce à la combinaison de l’assistance IA et des drogues de synthèses nous serons en mesure de combattre une armée dix fois supérieure à la nôtre, avec moitié moins de soldats. Le nombre ne sera plus jamais un obstacle pour Carnavale ! Ave Carnavale !

Ave Carnavale !
Tous les signes de notre triomphe économique sont sous nos yeux, telle l’apocalypse annoncée par Saint-Jean, réjouissons-nous : déjà avant l’Armageddon’t notre entreprise annonçait des chiffres florissants. Les bilans financiers sont clairs : nous progressons à pas de géants ! Le théâtre cramoisien a été pour nous la consécration de notre science et j’ai bon espoir, malgré les changements politiques de la République Actionnariale de CRAMOISIE©, qu’il pourra l’être encore. Je compte monsieur Camille Printempérie, PDG-Protecteur de la RAC© comme un ami personnel qui m’a assuré, contrairement aux déclarations de Bartholoméon de Petipont (un idéaliste sympathique mais aveugle à la réalité de son propre pays) que la traque de certaines communautés bédouines se poursuivait dans le désert rouge. La dronotique permet d’aller plus loin, plus vite et plus précisément que ne le pourra jamais un avion de chasse, même avec les meilleures intentions et le meilleure matériel.

Robotic & Toc a déjà pu tester ses drones dans le désert rouge : des machines sans prétentions mais qui facilitent grandement le travail des commandos nettoyeurs dans cette immensité impraticable. Imaginez déléguer dans un futur proche toute la salle besogne à des robots, imaginez qu’un seul homme puisse, dans le confort de son bureau, commander par assistance IA ce qui, dans d’autres circonstances et avec une technologie moins aboutie, aurait pris des mois et pour un résultat infiniment moins satisfaisant. La dronotique et la robotique seront les nouveaux piliers de l'industrie carnavalaise future, à la fois sur le plan militaire et civile.

Car les marchés ne manquent pas et ce pour tous les aspects de notre société : madame Améthyste Castelage souhaite faire de Carnavale le cœur technologique et scientifique du monde. Nous sommes déjà dix ans en avance dans le domaine de la médecine, nous serons dix ans en avance pour la robotique. Métro aérien automatisé, transports publics intelligents, reconnaissance faciale, optimisation de la circulation, assistance personnalisée, sans oublier tout le travail de domesticité bientôt accessible à la classe moyenne. Les robots seront partout pour peu que vous investissiez dedans, et je vous promets un retour sur investissement gigantesque ! Multipliez par cent chaque Chèque Carnavalais investi et devenez, mesdames et messieurs les actionnaires, la nouvelle aristocratie de la cité noire.

Carnavale a besoin de nous. De vous. Les gangs profitent des suicides nobiliaires pour s’emparer des quartiers huppés, la reconfiguration des milices oblige à revoir les priorités de sécurité. Carnavale est au bord d’un nouveau Chaos mais contrairement à 1931 nous sommes prêts, madame Améthyste Castelage ne va pas laisser la cité noire s’effondrer sur elle-même une fois de plus, elle compte déployer tous les moyens nécessaires pour sanctuariser son héritage et tenir la ville. Nos drones ne seront pas de trop, alliés aux forces de police, aux miliciens Castelage et du SAD BB nous reprendrons possessions de tous les points stratégiques de la ville et ferons de Carnavale l’utopie qu’elle a toujours mérité d’être ! La cité noire redressée ! L’héritage des Princes de Vale vengé !

La salle applaudit.
Quant à nos prévisions de croissance à longs termes, rassurez-vous chers actionnaires : elles sont proprement illimitées ! Pour peu que nous demeurions à la pointe technologique, les contrats potentiels ne manquent pas. Mademoiselle Améthyste Castelage m’a d’ores et déjà assuré du soutien financier de la Banque Princière pour la reconstruction rapide d’une industrie de défense de pointe. Nous avons également l'amitié discrète de monsieur Blaise Dalyoha et travaillons, en parallèle des drones militaires, à accélérer encore davantage développement de la robotique à Grand Hôpital, pionnier des IA médicales et de l'assistance informatisée lors des opérations chirurgicales. Vous le voyez, le marché intérieur est prometteur. Les usines se dressent déjà sous nos pieds comme des champignons de cavernes. Chaque guerre, chaque rébellion, chaque catastrophe humaine sera pour nous un marché, une manne, un terrain fertile où nos drones s’élanceront bientôt comme des vautours mécaniques. Là où d’autres se débattent dans la morale, nous moissonnons la réalité de la guerre qu’ils redoutent, et nos moissons saignent de profits.

Je sais que l’offensive de l’OND contre la Principauté a échaudé certains d’entre vous. Vous craignez la riposte : n’ayez crainte. On pourrait croire que nos méthodes soulèveront l’indignation. Il n’en sera rien. Si nous sommes au sommet de la chaîne de production, si nous faisons rapidement et spectaculairement nos preuves tout le monde se pressera pour acheter. Aucune sanction, aucune condamnation, car nos clients seront leurs États, leurs armées, leurs polices. Et nos pires atrocités sont sous le sceau du secret industriel. Carnavale est généreuse avec ses enfants les plus doués et madame Améthyste Castelage m’a confirmé en personne son soutien total et inconditionnel. La Principauté de Carnavale brille par son amoralité, ceux qui nous condamnent feignent d’ignorer qu’ils bénéficient, de façon détournée, de nos avancées. Les progrès de la science ne peuvent être complètement cloisonnées, malgré les brevets, malgré les secrets. Tout ce que nous explorons, nous le faisons au bénéfice de l’humanité toute entière et si cela demande des sacrifices, la raison d’Etat a toujours su fermer les yeux face aux atrocités qui la servent. Offrons au monde une technologie supérieure en tout à ce qu’ils connaissent et ils se presseront pour ignorer dans quel contexte celle-ci fut développée.

Prenez nos programmes de reconnaissance comportementale : nous lâchons nos drones dans des camps de réfugiés, la caméra braquée sur les regards affamés. L’algorithme apprend à distinguer un enfant mourant d’un adulte valide, un vieillard tremblant d’une femme fertile. Ensuite ? Le logiciel décide qui mérite une balle, qui mérite un viol, qui mérite d’être laissé en vie assez longtemps pour servir d’appât. Mais croyez-vous qu’on nous reproche cela ? Non. Ils veulent la licence.

Plusieurs de nos projets sont d’ores et déjà prometteurs et, lorsqu’ils aboutiront, révolutionneront l’art de la guerre pour toujours. Nous travaillons à concevoir des essaims miniatures qui s’introduisent par les narines, rongent les poumons de l’intérieur, puis ressortent par la bouche avec un petit cri métallique que nos ingénieurs qualifient de "signature commerciale". La victoire par la terreur. Mais nous pouvons également être plus subtils : en provoquant des inflammations ciblées, en déréglant la machine humaine si profondément et si précisément, nous provoquons une mort à rebours. Le drone est déjà hors de portée depuis des jours que la victime suffoque et succombe à ses blessures. Le plus beau est que vous n’en entendrez jamais parler dans la presse : officiellement, ce ne sera qu’une épidémie respiratoire.

L’amoralité carnavalaise nous confirme une avance technologique assurée. Là où d’autres travaillent dans les règles de l’éthique, nous nous autorisons à explorer l’ensemble des champs du possible. Nos prototypes les plus récents, chers actionnaires, ne se contentent plus de tuer. Ils jouent. Ils traquent leurs proies pendant des heures, parfois des jours, comme un chat avec sa souris. Ils percent les tendons, sectionnent les nerfs, puis recousent grossièrement leurs victimes afin de recommencer le lendemain. Nos drones ont appris la cruauté ludique. Savez-vous ce que cela signifie économiquement ? Une courbe d’amortissement plus longue, un cycle de test multiplié par dix. Chaque douleur devient une donnée, chaque cri une ressource exploitable. Chaque seconde qui passe, nos data centers se chargent en données inédites. Carnavale est un formidable champ d’expérimentation et la Kabalie également.

Qu’on ose donc nous accuser d’avoir transformé la guerre en abattoir scientifique. Ce serait exact. Nous calculons la productivité d’une émeute comme d’autres mesurent celle d’un élevage : nombre de corps par minute, par litre de carburant, par gramme d’acier utilisé. Nous avons réduit la mort à un rendement. Mais mesdames et messieurs, qui voudra nous condamner ? Pas un seul pays, pas une seule institution, pas un seul organisme international. Ils nous appelleront monstres le matin, et l’après-midi signeront des contrats. Leurs gouvernements diront nous combattre, mais c’est dans nos hangars que se forgent les armes de leurs victoires.

C’est pour cela que nous prospérons. Car nous sommes la vérité nue que les autres se refusent à voir. Nous sommes la guerre débarrassée de son masque de vertu. Nous sommes la rentabilité absolue de la chair. Et dans ce silence complice du monde, c’est sur les cadavres des autres que nous bâtissons, jour après jour, vos dividendes.

La salle applaudit.
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