Le Roi George VIII et sa femme, en visite dans la ville de Shahirazan, le 26 mai 2017.
Une visite royale en terre loyaliste
L’île de Varsan est le joyau de la couronne, la région la plus peuplée du Royaume et celle avec la plus importante croissance économique. Conquis en 1774 par les forces du Baron George Stanley, dit “l’Oriental”, dont les descendants continues de gouverner le territoire, l’île est avant tout un carrefour commercial stratégique : entre le Nazum et l’Afarée, entre la Mer Blême et l’Océan des Perles, elle a fait la richesse des Vice-rois qui ont eu la charge de la contrôler pour la couronne, en faisant de cette colonie la plus importante de tous les territoires d’outre-mer possédés par le Royaume d’Austaria ou ses vassaux, à l'époque. Depuis le règne de la Reine Mathilde Ier, dite “d’Outre-mer”, de 1867 à 1909, ce territoire de l’ancien Empire colonial austarien a pris de plus en plus d’importance dans les affaires royales. Shahirazan, principale cité de l’île, devient un centre politique majeur du Royaume au cours de l’époque mathildienne, accueillant presque la moitié de l’année la cour royale et sa souveraine, qui y fait bâtir le “Palais mathildien de Shahirazan”, faisant gagner le surnom de “capitale d’Orient” à la plus importante ville de Varsan. Plus clément avec les locaux et modérant les pratiques discriminatoires des Vice-Rois de l’époque, elle va finir par diviser l’île en deux seigneuries-électives, en 1906, intégrant pleinement le territoire dans le Royaume d’Austaria. Ses successeurs, le Roi George VII, dit “le Fugace” et Richard XI, dit “le Soldat”, vont entretenir cette proximité avec l’île qui va connaître en conséquence un développement important entre la fin du XIXème siècle et aujourd'hui.
Le Roi George VIII, actuel monarque d’Austaria, a une relation toute particulière avec l’île de Varsan. Tout d’abord par le fait qu’il est le premier souverain de l’histoire austarienne à y être né, en 1923, alors que ses parents résident dans le Palais mathildien de Shahirazan, mais il est surtout connu de la population pour son édit de 1955, qui a permit aux cultes musulmans de Varsan d’être de nouveau autorisé à se développer et à s’exprimer publiquement, via l’instauration de la liberté de culte, et également pour le Grand édit royal de 1961, qui garantie pour sa part la protection des minorités ethniques, les verseans natifs inclus. Diplomatiquement, c’est également lui qui a permis de mettre fin à la Guerre des insulaires, en 1978, qui a opposé les deux seigneuries de l’île sur fond de protection de la culture varseanne, en imposant le traité royal de Landor, rétablissant la paix sur l’île. Depuis le début de son règne, et tout particulièrement après la guerre, George VIII passe une grande partie de l’année à Shahirazan avec sa cour, bien plus que tout autre monarque dans l’histoire du pays, avec un record de dix mois consécutif en 2007. Proche de la population locale, au cours de ses séjours, il est souvent aperçu dans les marchés de Shahirazan, avec ou sans sa femme, en train d’échanger avec les passants ou les marchands. Amateur d’équitation et de chasse, il organise des parties de chasse à courre dans le centre de l’île et des promenades à cheval le long des rives sud. Orientaliste, il finance le développement de la ville de Shahirazan pour lui donner un style “néo-versean”, que cela soit par la construction de nouvelles propriétés, de musées, d’églises, de mosquées, et même de galeries d’art où il expose des œuvres d’artistes locaux ou du Royaume.
Présent à Shahirazan depuis le 25 mai, le Roi est de retour dans sa ville natale après sept mois d’absence, afin de préparer officieusement son jubilé de platine, marquant les soixante-dix ans de règne ininterrompu de George VIII sur l’Austaria, le monarque ayant le plus longtemps régné de l’histoire du Royaume et probablement du monde. Malgré ses vénérables quatre-vingt-quatorze années, il reste un homme très en forme pour son âge, à la surprise de ses sujets et de ses vassaux, pour qui la longévité et la bonne santé marquent le respect, malgré les quelques problèmes inévitables qui viennent avec la vieillesse. Ainsi, dès le lendemain de son arrivée, il se lance dans une visite royale officielle de la “capitale d’Orient”, accueilli par une population venue en nombre pour voir le monarque populaire. Saluant la foule avec son sourire bienveillant iconique, il remonte la plus grande avenue de Shahirazan à bord d’un carrosse sans toit, tiré par six chevaux blancs et escorté par une vingtaine de cavaliers de la garde royale, en habit de cérémonie. Au bout de cet imposant chemin, on retrouve l’un des palais où réside le Marquis de Shahirazan, Victor III, un puissant seigneur-électeur politiquement proche du Roi, qui l’accueille en jouant l’hymne national du Royaume. Si les deux hommes se sont déjà rencontrés la veille de façon informelle, ils font mine de s’accueillir comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis plusieurs mois, le temps que la foule se rassemble devant l’entrée du palais et pour que George VIII monte sur une estrade où il va tenir un discours devant la population.
“شهیرازان! شهرازان زیبای من!”, commence-t-il par prononcer, en versean, avant que la foule s'exclame de joie devant le monarque. Si la majorité de la population du Marquisat est verseanne, près d’un tiers des citoyens de la seigneurie sont également des descendants de colons austariens et, si l’anglais reste la principale langue parlée sur l’île, le perse versean est toujours une langue vivante, que le monarque lui-même parle couramment, après ses très nombreux séjours sur ce territoire iranophone. Des très nombreuses langues parlées sur le territoire austarien, c’est la seule langue non-eurysienne que George VIII maîtrise parfaitement, démontrant son attachement tout particulier pour ce territoire. Cependant, il reprend son discours en anglais austarien, peu après cette introduction locale, “Mes chers sujets, notre île de Varsan connaît une nouvelle ère de grandeur, bien plus grande que toutes celles qu’elle a pu connaître par le passé, dans une époque pleine d’opportunités et de richesses qui n’attendent que d'être attrapées pour notre plus grand bonheur ! C’est ensemble que nous allons faire de mon Royaume, de notre population, l’une des plus prospères de cette planète !”, la foule acclame une fois de plus son dirigeant, qui marque une pause dans son discours. Depuis la montée sur le trône de George VIII et sa coopération étroite avec les différents Marquis qui se sont succédé depuis son arrivée au pouvoir, la qualité de vie dans le sud de l’île s’est beaucoup améliorée pour les habitants, tout particulièrement pour les castes les plus basses dans l'échelle sociale et surtout pour ceux d’ethnie verseanne, ayant subit une véritable discrimination des autorités austariennes, jusqu’en 1937 au moins pour la partie méridionale de l’île, avec de graves répercussions ayant mené les population native de Varsan à vivre dans la pauvreté et dans l’obscurantisme le plus total. Entre les années 60 et les années 90, la couronne a financé personnellement de nombreux programmes visant à renforcer la croissance économique de l’île, la sauvegarde de la culture verseanne et l’éducation des populations les plus démunies, tout cela en affichant très régulièrement le visage du Roi dans presque toute les initiatives mise en place. En 2017, Shahirazan est l’une des villes les plus modernes et dynamiques du Royaume, bien plus ouverte sur le monde que la capitale métropolitaine, Landor, elle est devenue un port marchand incontournable dans cette région du monde. Les familles locales et les guildes sont particulièrement prospères et le taux d'alphabétisation de la population est passé de 35% en 1960 à 94% en 2015. La vie y est bien plus agréable, les conforts de la modernité y sont présent et cela se récolte tout naturellement en une popularité importante pour le Roi, qui est vu comme l’auteur de ce nouvelle âge d’or, tout particulièrement lorsqu’il y a encore de nombreux citoyens ayant connu l’époque où la vie était beaucoup plus dur, des anciens qui sont désormais régulièrement interviewés par la machine de propagande royale pour entretenir le mythe du “Roi bon, généreux et compétent” sur l’île, tout cela dans un effort de faire reculer les mouvements indépendantistes varseans, illégaux mais existant, dont l’attachement populaire s’est grandement réduit avec les décennies, autre résultat bénéfique de cette politique de favoritisme, alors que la métropole n’a pas connu un investissement aussi important du Roi au cours de son règne.
“Vous êtes sûrement déjà au courant du grand trésor qui réside sous nos pieds”, poursuit George VIII d’un air joyeux, “Des milliards de Talirs de ressources naturelles qui n’attendent que notre arrivée pour donner un nouveau souffle à Versan, un nouvel âge d’or à Austaria. Ensemble, avec les familles, les guildes, les artisans et tous les volontaires, nous allons faire jaillir du sol ces matières pour construire un nouveau territoire plus riche et où tous ses habitants y trouveront quelque chose à gagner !”. La foule exprime à nouveau sa joie, le monarque faisant un geste de la main pour demander à reprendre la parole, sous les acclamations de shahiraziens, principalement des citadins et des loyalistes, déjà acquis à la cause de Sa Majesté, qui reprend après le retour au calme, “Nos guildes spécialisées dans l’extraction de ces matières ont déjà identifié les zones où nous allons réaliser nos opérations et les familles vont mettre à votre disposition de nombreuses opportunités de les rejoindre dans cette aventure ! N’ayez pas peur de la nouveauté, comme n’ayez pas peur de l’apparition de plus en plus d’étrangers sur nos terres ! La société humaine moderne connaît une mondialisation importante depuis le début de ce siècle et il est nécessaire pour Austaria d'en tirer profit en nous y insérant encore plus que par le passé. Leurs investissements, leur intérêt et les profits qui en seront générés seront des avantages pour notre pays ! Soyez des acteurs de cette avancée en soutenant notre grand projet pour l’île !”. La popularité du projet était déjà majoritairement acquise par une population qui ne voyait pas de problème à ce que le dirigeant ayant stabilisé et amélioré leur vie au cours de ces dernières décennies se lance dans un nouvel investissement sur leurs terres. Le problème viendrait probablement des mouvements indépendantistes, dont la campagne de diabolisation devrait encore plus s'accentuer pour éviter que leur discours “anti-versean”, comme qualifié par les autorités locales, ne fasse son chemin dans la tête des citoyens. Il fallait également se méfier des imams radicaux, bien que minoritaire, qui prêchent souvent contre les projets du Royaume, celui des extractions de ressources ne devrait d’ailleurs par y échapper. Si les territoires côtiers du Marquisat, urbanisés, peuplés et prospères, sont les moins touchés par ces discours à contre-courant, les territoires ruraux au centre de l’île, encore marqués par les blessures du passé, y sont beaucoup plus réceptifs. Si le Marquisat s'emploie à une politique pacifique pour transformer ces régions écartées en nouvelles terres loyalistes, à l’inverse de son voisin au Nord, il y a encore beaucoup à faire, tout particulièrement quand les territoires en questions sont ceux où vont avoir lieux les extractions, mais le Roi et le Marquis ont déjà leur propre plan de prévu pour cette problématique.
Le reste du discours du Roi se poursuivant toujours sur la même ligne, celle de rassembler la population sous sa bannière, tout en inondant l’île de nombreuses qualités et compliments. A la suite de cela, le monarque quitte le palais à bords de son carrosse pour rejoindre la Grande Mosquée de Shahirazan, plus grand édifice religieux musulman de l’île, construite entre 1910 et 1914 avec l’aide du Marquisat. Elle est devenue au cours du XXème siècle le centre de l’Islam varsean, dont l’imam à la tête de cette institution est généralement un fidèle du Marquis, entretenu par une relation historique entre le pouvoir et le clergé musulman de Versan, celui du sud à minima. Accompagné du Marquis Victor III et du Chapelain du Marquisat, Monseigneur Hubert Valen, également Évêque de Shahirazan, ceux-ci furent accueillis par l’Imam de la Grande Mosquée, Parviz Zarqan, qui dispose également d’un siège dans le gouvernement du Marquisat, en tant qu’Intendant, une première historique pour un religieux non-chrétien. La visite de la bâtisse débute par un parcours des différentes ailes rénovées du lieu sacrée au cours de ces dernières années et qui vont bientôt rouvrir au public, avec de magnifiques mosaïques aux motifs arabes et persans, des échanges théologiques avec les différents imams de la régions s'en suivirent et la participation du Roi à la Namaz Jumah, également appelé prière du vendredi, à midi, dans la Grande mosquée avec les fidèles de Shahirazan, en tant qu’observateur. Une prière où son nom sera cité pour le remercier de ses actions qui, selon l’Imam, “ont toujours contribué au bien-être des varseans, des temps difficiles jusqu'aux jours illuminés guidés par le Tout-puissant, dans une générosité qui fait figure d’inspiration”. Parviz Zarqan est un acteur majeur dans le projet d’extraction prévu par le Marquisat et la couronne dans le sud de l’île, puisqu’il en est littéralement le pilote sur le terrain, de par sa position d’Intendant du Marquis. Dans les différentes mosquées du territoire, il fait passer le message visant à présenter ce projet comme un événement positif et cherche à mettre à mal l’influence des imams radicaux, voir en les écartant dès qu’il le peut, sa position en tant que leader religieux à la Grande Mosquée et le soutien du pouvoir lui permettant d’apporter la plus grande contribution à la lutte contre l’indépendantisme et aux idées anti-austariennes.
Après avoir participé à un banquet dans le Palais mathildien de Shahirazan, sa résidence principale sur l’île, avec la noblesse locale, le Roi se retire au milieu de l’après-midi dans ses appartements, fatigué par une journée riche en déplacements et en échanges. Si la raison officielle de sa présence est d’apporter son soutien au projet d’extraction des ressources naturelles de l’île, il compte profiter de cette occasion pour rester quelques mois à Shahirazan, une fois de plus, et potentiellement imposer la tenue de son Jubilée de platine sur l’île, au grand dam de nombreux de ses conseillers qui souhaitent que ses soixante-dix ans de règne soient fêtés à Landor, capitale du Royaume, comme cela avait pu être le cas en 2007, lors du Jubilée de diamant, qui avait marqué les soixante ans de règne de George VIII. Ainsi, malgré ses quatre-vingt-quatorze années d’existence, le monarque austarien reste toujours en forme et en capacité d’assurer son rôle. Sa bonne santé continuelle est souvent présentée comme une “bénédiction de Dieu”, qui récompense “le plus fidèle et le plus généreux des chrétiens” par une longévité supérieure à la moyenne. En réalité, le Roi est une personne soucieuse de sa santé, s’étant entourée très tôt des meilleurs médecins et conseillers pour construire un quotidien sain et capable de le faire vivre le plus longtemps possible. Ce processus, appelé populairement “méthode de George VIII” est le fruit de nombreux fantasmes dans la noblesse, face à un monarque qui est très opaque sur l'entièreté de son contenu, bien que l’on sait que des activités sportives régulières, comme le vélo ou la marche à pied, semblent contribuer à sa bonne forme, contrairement à certaines théories particulièrement loufoques, qui peuvent inventer des repas à base d'éléphants d'Afarée abattus à minuit ou des mélanges à base de sang de jeunes vierges, dans cette méthode, qui sont plus de l'ordre du fantasme. Cependant, certaines rumeurs affirment que le Roi aurait été atteint d’un cancer du pancréas au début des années 2000, une maladie qui avait déjà emporté la vie de son père, le Roi Richard XI, dit “le Soldat”, avant d’en guérir miraculeusement. Aucune preuve médicale n’a pu être apportée à ce jour pour affirmer cette histoire et les autorités austariennes ont toujours démenti l’existence de cette ancienne maladie, préférant rester sur le discours officiel présentant le Roi comme un parangon de vertu et de vie saine lui permettant de vivre en bonne santé continuellement. La course pour le trône s'intensifie parmi ses héritiers, mais Sa Majesté est encore bien décidé à garder la couronne sur sa tête pour encore le plus d’années possibles…