11/06/2017
22:02:42
Index du forum Scène Internationale Diplomatie internationale

[Estalie-Altrecht] Une nouvelle Révolution, une nouvelle Lutte

Les camarades sont de l'autre côté, allez les sauver !


Rarement la Commissaire avait vu autant d'agitation à bord de l'avion officiel de la Commission aux Relations Extérieures. D'habitude, l'aéronef de la Commission s'avérait habituellement calme avant les entrevues internationales que l'Estalie avait la chance de participer de temps à autre. Ce calme ambiant, il était réservé aux périodes de réflexion diplomatique des délégations, il permettait notamment à la Commissaire elle-même de se remémorer ses dossiers sur le pays qu'elle aura à visiter, sur les diplomates avec qui elle devait s'entretenir, les intérêts qu'elle devait défendre au nom de la Fédération et ceux, plus larges, des intérêts de la lutte révolutionnaire. Mais ce luxe, qu'elle s'était permise tant de fois depuis plus de trois ans, n'était pas d'actualité en ce jour. A qui la faute ? Etait-ce la faute de ce gradé de la Commission à la Guerre qui insistait pour sécuriser l'Altrecht au plus vite avec une intervention armée pour couper l'herbe sous le pied à un agresseur quelconque ? Etait-ce un autre délégué, issu du Comité de Défense Internationale, qui exprimait à pleine voix sa méfiance envers le nouveau régime qui avait continué de marchander des armes avec ses anciens alliés du Bloc Nationaliste Eurysien et qui gardait une porte diplomatique ouverte à Slaviensk ? Ou peut-être ses propres partisans, adhérents de la ligne pragmatique de la Commission aux Relations Extérieures, qui tentaient de raisonner la personnification, au sein de la délégation estalienne, de l'Armée Rouge et du SRR respectivement ? L'Estalie était une nation unie, idéologiquement, au grand jamais elle ne se permettrait une guerre civile au sein de ses frontières pour des différends idéologiques comme ceux-là. Alors pourquoi faut-il qu'à chacune de ses entrevues, la Commissaire se doit de gérer la pire vitrine possible ? Sa délégation n'est pas à l'image du pays et pourtant, elle est là, à juguler l'influence du SRR dans sa politique, au point où son propre personnel commence à douter d'elle. Elle, la plus grande diplomate du pays ? Celle qui a réouvert une diplomatie estalienne bloquée par l'armée royale depuis plusieurs siècles ? Elle était à l'origine du changement, certes, mais c'était un changement abrupte, soudain, qui laissait des séquelles.

Son second pour la délégation s'asseyait en face d'elle. Elle soupira légèrement de soulagement. Pour une fois, le second désigné à cette rencontre était un ami personnel de Volkiava, Karnaukhov Yefim. C'était un délégué issu du Club Libertaire Renouvelé, l'un des principaux clubs husakistes du Congrès International des Travailleurs. Il était réputé comme sérieux, intègre et comme une figure respectée chez les modérés husakistes. Volkiava avait insisté pour que Karnaukhov soit du voyage en tant que second auprès du Congrès, non pas à cause de leur amitié personnelle mais pour éviter d'avoir en second un énième pion encombrant du SRR. Elle voulait avoir quelqu'un sur qui se reposer et Karnaukhov avait la tête de l'emploi pour ça.

"La situation est fâcheuse, pas vrai Kristianya ?
- C'est le moins qu'on puisse dire. Entre nos propres tergiversations et la situation en Altrecht, il y a de quoi faire un bon bouquin.
- On est les deux seuls ici à imposer la parole au nom de la Fédération dans cette délégation. Je sais que tu n'es pas partisane de cette ligne mais on devrait faire comprendre aux couillons qui nous accompagnent qui représente l'autorité ici.
- Je commence à croire que c'est la solution aussi mais j'ai toujours pensé que ce serait uniquement le dernier recours, je ne veux pas bêtement couper le cordon entre nous et...tu sais...
- Oui, je vois très bien ce que tu veux dire. L'avenir nous le dira. Tu as des idées pour l'Altrecht ?
- T'as lu les documents ?
- Oui mais je préfère récolter ton avis en main propre.
- Eh bien leur révolution est très soudaine, même un peu trop. Le SRR m'a indiqué qu'ils n'en sont pas à l'origine. Je ne sais pas si je dois les croire, ils ont tendance à nous cacher beaucoup de choses et puis c'est leur boulot de déclencher des révolutions.
- Je pense pas que ce soit d'eux. Ils nous préviennent toujours, au moins au dernier moment. Comme en Kartvélie.
- Ou au Nordfolklande. Tu as sûrement raison, ce ne sont pas eux. Mais c'est spontané, trop spontané.
- Le Grand Kah, tu penses ?
- Je sais pas. Si c'est le cas, pourquoi ne pas nous avoir prévenus ? C'est quand même dans notre rayon d'action, ils pourraient au moins faire semblant d'être nos alliés.
- Ahah, t'as pas ta langue dans ta poche, Kristianya ! Cela dit, je préfère ne pas questionner l'origine de cette révolution. Elle a réussi et c'est l'important. Il faut maintenant préserver tout ça.
"

En vérité, Kristianya n'avait pas de réponse parfaite à fournir à son collègue : l'accord qu'elle proposerait dépendrait en vérité des besoins immédiats des Altrechtois et de leur propension à coopérer. La Commissaire le savait : similarités idéologiques ne signifiait pas toujours confiance mutuelle absolue. Après tout, pendant tout ce temps, les Altrechtois ont certainement dû voir les Estaliens comme des ennemis communistes ou de potentiels envahisseurs plus que comme des amis. L'amitié estalo-altrechtoise, construite sur les ruines de l'ancienne théocratie, n'allait pas être facile à construire. Les oreilles de la Commissaire bourdonnèrent alors, l'avion de la Commission entamait sa phase d'atterrissage à l'aéroport d'Ehrenstadt, la capitale de l'Altrecht. L'avion touche alors la piste puis s'arrêta, une rampe se posa et permit à la délégation estalienne de descendre sans encombres.
Haut de page