25/11/2018
06:55:00
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Léandre Effraie de Méandre

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Léandre Effraie de Méandre

Léandre Effraie de Méandre

- Messieurs de l'OND, tirez les premiers ! ... non, non non ça ne va pas, c'est trop dramatique. Que... que diriez vous de baisser vos armes et de discuter de tout cela autour d'une tasse de café ? Oui nous avons du café bien sûr que nous avons du café Monsieur Dalyoha en fait pousser dans ses serres... non bien sûr il n'est pas aussi bon que celui qu'on récolte chez vous au Paltoterra mais nous y ajoutons des exhausteurs de goût qui... non mais qu'est-ce que je raconte ?

Il soupire devant son miroir, essaye encore d'écraser la mèche folle qui rebique sur le sommet de son crâne.

- Sachez que nous ne quitterons nos îles qu'à la force des baïonnettes ! ... Ne tirez pas, il y a des bébés qui dorment ! ... Les Îles Marines ? non non c'est au nord, ici il n'y a que des Clovaniens. ...

Il baisse la tête.

- Je suis vraiment trop nul... si papa et maman me voyaient...

Le reflet lui grimace.

- C'est à dire qu'ils se sont eux-mêmes fait piquer les îles par les Obéron, je ne sais pas s'ils auraient des leçons à te donner.

Léandre relève la tête avec un air de chien battu.

- Les Obéron... mais ça restait des Carnavalais... là on parle d'une armée étrangère...

- Et tu vas faire quoi ? Les repousser avec tes petits bras ? Sois un homme et affronte l'ennemi la tête haute, tu peux encore sauver les Marines, il faut juste que tu la joues finement.

Son mascara a coulé, il en a plein les joues.

- Qu'est-ce que tu penses de ce que dit Améthyste ? Laisser entrer les troupes du Kah.

- Ça semble la meilleure carte à jouer.

- Pour démanteler nos missiles ! Je ne le permettrai pas !!!

Il frappe du poing dans le vide, son reflet rigole.

- Les missiles des Obéron, quelques dizaines tout au plus. Carnavale en produira de nouveaux, ou autre chose. J'ai entendu dire qu'ils travaillent sur un nouveau projet, en métropole.

- Ces missiles c'est tout ce que nous avons. Sans ça nous ne sommes que des cailloux au milieu de rien. Quel destin attend les Îles Marines ? La Principauté s'en fout, c'est tout pour Carnavale et Bourg-Léon, la majeure partie des navires commerciaux s'arrêtent aux Marquises et ça fait des années qu'on n'a pas capturé de...

- N'en dis pas plus.

Le reflet semble réfléchir.

- Tu sais, c'est peut-être une bonne chose, finalement, tout ça.

- Comment ça ?

- Peut-être que Carnavale n'en a effectivement pas grand chose à foutre, de nous. Et alors ? Ça te laisse les mains libres. Les trois quarts de leur aviation sont à terre et les Obéron sont tous morts. Réclame ton dû : fais valoir tes droits. Ta famille gouverne les Îles Marines depuis des siècles, il est temps d’exiger qu'elles te reviennent.

Léandre lève les bras au ciel.

- A quoi bon si je ne peux pas les tenir ? Le droit ça ne vaut rien : il faut une armée pour exister.

- Fonde ta gendarmerie.

- Et qui les armera ? Les équipera ? Tu crois que la métropole est assez idiote pour se tirer une balle dans le pied ? Et puis leur aviation... ils la reconstruiront. Améthyste a lancé un grand plan de réinvestissement de la fortune des nobles, dans un an à peine la Cité noire aura recouvré sa pleine puissance.

- Ta position est plus stratégique que tu ne le penses. Beaucoup de gens seraient prêts à te venir en aide, pourvu que tu le leur demandes. Et alors Carnavale craindra de te perdre et deviendra comme une chatte mielleuse.

- M'aider. Qui ?

- Je ne sais pas moi, je ne suis qu'un reflet.

- Tu ne penses quand même pas à demander l'indépendance.

- Non, la Cité noire ne nous ne le pardonnerait pas. Mais davantage de pouvoirs, oui, nous pourrions faire de ces îles notre domaine privilégié, à l'abri des coups bas et des regards inquisiteurs des jaloux. Entretenir le secret industriel, fournir des services et des biens uniques au monde. Nous pourrions devenir...

- ... une grande famille.

- Léandre Effraie de Méandre. Grand de Carnavale.

Ils se sourient.

- Voilà qui sonne bien.

- Mais d'abord, sécurise tes terres.

- Oui.

Dans son dos, un valet toque à la porte et passe timidement la tête dans l'embrasure.

- Monsieur Effraie ? La Citoyenne-Brigadière Caireall Ó Dubhuir au téléphone pour vous. La Kah-Tanaise.

Léandre s'essuie les yeux dans sa manche de costume, il étale ainsi le mascara encore plus, ça lui fait comme une peinture de guerre.

- Je viens.
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Léandre Effraie de MéandreLéandre Effraie de Méandre

Surplombant le quai du lièvre, le palais Triton, la demeure historique des Effraie de Méandre, ouvre ses balcons sur l'océan. Tourné plein est, on ne peut que deviner que, des milliers de kilomètres au-delà de l'horizon, se trouvent le continent eurysien et la Principauté de Carnavale. Ici d'ordinaire tout est calme, la mer troublée seulement par les silhouettes des quelques navires qui viennent faire escale au milieu de l'océan d'Espérance. Leur ballet s'est accéléré toutefois depuis quelques jours, alors que les flottes du Grand Kah et celles de l'OND se rôdent autour. Un pacte avec le diable, songe Léandre Effraie de Méandre, dernier héritier de la vieille dynastie des gouverneurs des îles Marines. Dernière famille d'aristocrates tout court, l'une des rares à ne pas avoir participé au carnage de l'Armageddon't avec quelques autres chanceux. Léandre avait espéré un moment que cette brutale et soudaine diminution de l'offre de sang noble à Carnavale lui vaudrait un regain d'intérêt de la part de la métropole, mais il semble que la bourgeoisie soit las de jouer au jeu des symboles. Elle est en train de prendre le pouvoir maintenant, elle aurait tort de s'en priver, et loin de la Principauté Léandre Effraie de Méandre ne peut qu'observer l'ordre ancien se transformer et le déposséder de son prestige, sans rien pouvoir y faire.

Il a laissé entrer les Kah-tanais. Un pacte avec le diable, mais nécessaire, commandé par Améthyste Castelage. La garce a tout négocié dans son dos avant de lui annoncer la nouvelle d'un coup de fil. Ça lui reste pas mal en travers de la gorge, à Léandre Effraie de Méandre. Certes les Castelage sont depuis longtemps l'une des grandes familles de Carnavale, mais ils ne sont malgré tout que de simples parvenus, des roturiers nouveaux riches. Du temps des Obéron et des Dalyoha, jamais la noblesse n'aurait permis que les Castelage s'adressent à lui sur un ton aussi péremptoire... Mais les Obéron sont morts (Léandre peine encore à y croire) et Dalyoha se fait discret, retranché dans ses Jardins. Difficile d'avoir un contact avec lui, Philippe Géminéon ne cesse de répondre que son maître est occupé. Ces deux-là dissimulent quelque chose c'est certain, Léandre sent que le vent tourne, que le monde change et pourtant il est incapable de s'en saisir. On n'attrape pas la brise avec les mains.

En contrebas, une patrouille de Kah-tanais passe sous ses fenêtres. Mesquin, Léandre hésite à renverser son café sur eux. Ce ne serait pas digne d'un Grand de Carnavale lui souffle une voix dans sa tête alors il les laisse passer, comme il a laissé passer sa chance. Rageur, il se met à faire les cents pas dans la pièce. Ses tapis épais, importés d'Afarée, étouffent la cadence de ses pas. Que faire ? Lui qui a toujours fait on le lui demandait l'ignore. Il a fait tirer les missiles BONNE SANTE sur le royaume de Teyla, enfin, il a laissé faire, les miliciens qui gardent les sites de lancement ne lui demandent pas vraiment la permission et ce n'est pas sa maigre police qui va forcer les portes des bases militaires de Pervenche. Pervenche est morte maintenant, est-ce que ça change quelque chose ?

- Une division. Qu'on me donne une division et je conquiers le monde !

Dans les miroirs de sorcière disposés en archipel sur son mur, son portrait fronce les sourcils.

- Cesse de te lamenter sur ce que tu n'as pas. Prends ce qui te revient.

- Les îles. Les Marines me reviennent. Et peut-être même les Marquises aussi ?

- Ne soyons pas trop gourmands.

- C'est vrai... oui... d'abord les Marines. Ce sera déjà bien. Il faut qu'on dégage l'OND. Et les Kah-tanais. Tout le monde. Mais sans armée... sans troupes... sans navires...?

- Utilise ta tête, c'est ce que les Carnavalais font de mieux. Il existe toujours une solution inattendu qui prendra tout le monde de court et nous assurera la victoire.

- Une solution... sans doute mais laquelle ?

- Je ne vais pas toujours te mâcher le travail.

Léandre se détourne des miroirs, il retourne à son balcon. La mer, les vagues, les navires de guerre.

- Je sais. Je sais très exactement ce que nous allons faire.

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Améthyste CastelageLéandre Effraie de Méandre

Deux salles, deux ambiances. Nous sommes début décembre et Améthyste est en train de manger des fruits dans une serre chauffée quand elle décide d'appeler Léandre Effraie de Méandre sur son portable. Celui-ci se les caille en plein milieu de l'océan d'Espérance, sur ses pauvres îles Marines.

- Quoi ?

- C'est Améthyste !

- Je sais le numéro s'affiche. Quoi ?

- Ronchon Méandre ? Pardon, Léandre, vous avez de ces noms parfois... Tu n'es pas content de me parler ?

...

- C'est dommage Léandre car j'ai une excellente nouvelle à t'annoncer, nous allons faire l'acquisition de deux sous-marins lanceurs d'engins flambants neufs.

Le jeune homme s'étrangle.

- Quoi ?! Avec quel argent ?

- C'est vraiment la première question qui te vient à l'esprit Léandre ? Tu crois que les Castelage manquent d'argent ?

- Non ce n'est pas... depuis quand Carnavale se soucie d'avoir une marine ?

- Pas une marine, une sous-marine. Peu importe les petits bateaux, l'avenir est sous la surface. Nous avons payé durement le fait de stocker tous nos missiles au même endroit...

- Ce n'est pas de ma faute !

- Je sais bien Léandre, je sais bien. Toujours est-il qu'on ne fera pas deux fois la même erreur. La Principauté doit pouvoir frapper partout sans contrainte. Les Kah-Tanais vont nous fournir les premiers sous-marins, je compte faire construire le reste en métropole. Sauf qu'on manque un peu de main-d’œuvre qualifiée tu vois ? Il faudrait que tu me fasses un recensement des marins carnavalais, les ingénieurs navals, tous tes siréniers s'ils en restent des vivants, nous allons les rediriger vers Robotic & Toc qui s'occupera de...

- NON !

- Léandre ?

- Je... je peux m'en occuper. Les îles Marines sont l'avant-poste de la Principauté en haute mer, c'est normal que notre armada soit formée ici. Je vais m'en charger. Je superviserai la création de notre flotte.

- Léandre, votre industrie date du siècle dernier. Un port de transbordement ce n'est pas la même chose que fabriquer et accueillir des sous-marins.

- Il y a un chantier naval fonctionnel sur les îles. Dissimulé dans les grottes. Les Obérons l'ont aménagé dans les années 1990. Ils voulaient reconstruire des navires, je ne sais pas pourquoi, reconstituer l'armada du Vale probablement. Il n'a servi que pour produire des petites embarcations discrètes comme des vedettes.

- Ah oui ? Les cachotiers... et c'est maintenant que tu nous le dis Léandre ? Vos deux familles n'étaient pas si hostiles que ça finalement, on dirait que vous partagiez des secrets ?

- Ce n'est pas ce que tu crois... ils ont privatisé les îles, qu'est-ce qu'on pouvait faire ?

- Je ne sais pas Léandre. Il y a d'autres secrets que je devrai connaitre ? Les Obéron ont d'autres surprises dissimulées aux Marines ?

- Rien que des silos en train d'être démantelés.

- J'espère Léandre, j'espère. Donc comme ça tu veux reconstruire notre marine ? Mais as-tu les infrastructures pour ça, Léandre ? Le personnel ? Robotic & Toc ont une expertise, des cadres, c'est une machine qui roule, ils dégagent des bénéfices, si tu voyais ça ! Faramineux ! Les dignes héritiers des Obéron. Que possède la vieille noblesse à part des titres en papier ?

- Je possède les îles !

- Non, ce sont les Obéron qui les possédaient et maintenant elles appartiennent à l’État, c'est à dire à la Banque. Tu n'en es que gouverneur, comme du temps des princes de Vale.

...

- C'est tout Léandre ? Ce sont tes seuls arguments ? Je vais confier le marché aux Grimace si ça ne t'embête pas. Je ne t'oublie pas rassure toi, ce port Obéron, c'est parfait. Restaure le, qu'il puisse accueillir nos futurs navires. Nous aurons besoin de toute la logistique possible pour étendre notre capacité de projection. Les îles Marines sont de vieux rochers sans valeurs, mais je ne désespère pas d'aller forer dans la zone à l'occasion. Qui sait ? On y trouvera peut-être du pétrole. D'ici là tâche de les entretenir, la Principauté saura faire un bon usage des propriétés occidentales.

- Tu ne connais pas les îles...

- Comment Léandre ?

- Je dis que tu ne connais pas les îles...

- Dieu m'en garde, Léandre, Dieu m'en garde. Qu'est-ce que j'irai foutre au milieu de l'océan explique moi ? Écoute, je t'embrasse, il faut que j'aille me prendre un bain de champagne, n'oublie pas ce que je t'ai dit, il me faut un chantier naval flambant neuf pour de la maintenance d'accord ? Je te laisse Léandre, prends soin de toi.

Elle raccroche.

...

- Tu ne lui as pas dit pour...

- Je sais. La garce ne se prend pas pour de la merde.

- Tu vas la baiser Léandre, tu vas tous les baiser. Léandre Effraie de Méandre. Grand de Carnavale. N'oublie pas.
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Léandre Effraie de Méandre
A la frontière entre les îles Marquises et Marines, là où l'histoire a tracé une ligne imaginaire, Léandre Effraie de Méandre se voyait, lui, superviser le démantèlement de ses précieux missiles.

- Faut pas toucher à ça monsieur !

Vivement, il retire sa main du moteur en train d'être dévissé. Quelles belles bêtes tout de même que ces machines. Presque aussi fascinantes que les sirènes, mais au moins les missiles, on sait où les trouver. Ce ne sera plus si vrai dès demain, cependant, la quasi totalité du stock des Marines est en train d'être transféré vers le Grand Kah, aux Marquises. Que penserait Pervenche Obéron de tout cela, demande un instant Léandre ? Rien, probablement, car Pervenche Obéron a toujours eu un rapport fonctionnel aux îles. Tout juste si elle y a déjà mis les pieds, une fois, après leur prise, et une autre, quand elle y a inauguré son stupide parc d'attraction.

Vérifiant que l'homme qui vient de l'engueuler ne regarde pas, Léandre passe son doigt sur les rouages cuivrés, autant par curiosité que par provocation. Sait-il seulement à qui il s'adresse, ce petit mécano de merde ? Léandre préfère ne pas connaitre la réponse : s'il s'avérait que oui, cela serait encore plus humiliant pour son illustre nom.

- C'est toujours ça que l'OND n'aura pas...

L'homme qui vient de s'adresser à Léandre est un Carnavalais, comme lui. Un habitant des îles de longue date, même s'il est né dans la Cité noire. Il avait besoin d'air frais alors il s'est tiré au milieu de l'océan d'Espérance, à 1 500 kilomètres de toute côte, l'un des endroits les plus isolés au monde.

- Dire qu'ils auraient pu s'écraser sur Manticore... Je déteste voir un bel objet gaspillé comme ça.

- Qui dit qu'ils ne le feront pas un jour ? Ils ne sont pas détruits, juste transportés ailleurs.

- Les Kah-Tanais vont faire de la rétro-ingénierie, les secrets des BONNE SANTE vont tomber aux mains de ces... de ces...

- Chintok ?

- Voilà c'est le mot que je cherchais.

- Possible. Mais faut voir que l'époque des missiles m'a l'air un peu dépassée maintenant. Le monde appartient aux fabriquant de drones et on me dit qu'à Carnavale, cette révolution là est déjà lancée.

- Une centaine de missiles... flambants neufs...

- Tu te fais trop de mourrons Léandre, ce ne sont que des armes.

- Pas que des armes ! C'est l'assurance de la puissance des îles ! L'assurance que Carnavale nous considère avec intérêt et respect ! Que va-t-il nous rester maintenant ? Sans silos, les Marines vont crever, ce n'est pas ce stupide parc d'attraction qui va nous donner du poids... je les entends rire d'ici, les mondains, à Carnavale, au cœur de tout et nous ici au milieu de rien ! C'est à enrager !

- Tu crois qu'au XVIIème les Carnavalais ont pris les îles pour y stocker leurs missiles ?

- Qu'est-ce que j'en sais ? Ça se pourrait bien ? On avait déjà une sacrée avance technologique à l'époque...

- Ne dis pas de bêtise. Les Marines sont un relais, un point central et névralgique de toutes les voix maritimes qui vont de l'Eurysie à l'Aleucie, au milieu d'une immense masse d'eau insondable... ce ne sont pas trois cailloux perdus, c'est un terrain de jeu.
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Léandre Effraie de Méandre

Entouré de ses miliciens en civil, Léandre Effraie de Méandre s’éponge le visage sur le tarmac d’Axis Mundi. Sur son épaule, sa conscience virtualisée se matérialise sous forme d’un hologramme de dix centimètres qui a son apparence exacte.

- L’enfer, qu’est-ce qu’il fait chaud… foutu pays barbare…

- C’est le Paltoterra, c’est un continent chaud… dans tous les sens du termes…

- C’est quoi tous les sens du termes ?

- L’air est chaud et humide, olé ! et les filles aussi ! olé !

Les miliciens :

- Olé !

Léandre :

- Je pensais que ce serait comme aux Marquises : humide, froid et des femmes moches.

- Ne me dis pas que tu te sens déjà dépaysé Léandre ?

- Et alors ? Je n’ai pas le droit d’avoir le mal du pays ?

- On a atterri depuis moins de vingt minutes.

- Et personne ne vient nous chercher ?

Sa conscience lève les yeux au ciel.

- C’était littéralement dans le brief : c’est plus discret si on se fond dans la foule. Tu as écouté quoi que ce soit aux réunions ?

- Et à quoi bon m’être créé un double virtuel si ce n’est pas pour mémoriser ce genre de choses à ma place ? Bon on va où ?

- On passe la douane et on a l’adresse d’un hôtel où rencontrer nos hôtes.

- Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour s’acheter des sous-marins lance-missiles je vous jure. Heureusement qu’on voyageait en première. La climatisation me manque…

- Par-là, les gens ont l’air d’aller par là.

Les tracasseries douanières se déroulent avec la nonchalance des grands aéroports habitués à l’exercice et l’efficacité bien connue des nations communalistes. Léandre se plaint que la file n’avance pas, puis il se plaint que personne ne parle carnavalais. Heureusement que son hologramme, en mode discret pour l’occasion, lui souffle la traduction en direct dans l’oreille.

- Et ça c’est quoi ?

- Quoi ?

- Il demande ce que c’est que ça.

- Mon boîtier ?

- Quoi ?

- Il dit quoi ?

- Il dit quoi.

- Un boitier. C’est un boitier. Boi-tier. Machine.

- Je vois bien que c’est un boitier il me prend pour un con le gosse ? Il sert à quoi ce boitier ?

- Quoi ?

- Il demande à quoi sert le boitier.

- Holographie, communication, téléphone téléphone. Hologramme. Image. Rah ça va prendre des heures de tout expliquer, je l’allume.

Le douanier Kah-tanais lève un sourcil lorsqu’une petite réplique de Léandre Effraie de Méandre s’affiche sous ses yeux et le salue.

- Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Un jouet ?

L’hologramme répond directement en syncrelangue :

- Conscience virtuelle monsieur. Comme un disque dur avec commande vocale, ça permet de se souvenir de choses utiles, comme un secrétaire de poche. On peut également avoir une conversation socratique avec soi-même. C’est très prisé en Carnavale même si ça coûte encore un peu cher.

Le Kah-tanais explose de rire.

- Sadao ! Viens voir ça ! Il y a un petit bonhomme qui parle le syncrelangue.

- Il a dit quoi ?

- Il appelle sa collègue.

- Quel pays moyenâgeux, j’ai l’impression d’être un ours dansant dans une foire.

- N’exagère rien, leur science est juste plus populaire et donc moins spécifique.

La collègue Sadao arrive et découvre à son tour l’hologramme qui la salue.

- Vous parlez camarade hologramme ?

- Aussi bien que vous ou votre collègue camarade.

- Étonnant. Vous devez être Carnavalais pour vous promener avec ce genre de gadget ?

La conscience croise les bras, vexée.

- Gadget, parlez pour vous. Ce n’est pas parce que je n’ai pas de corps que je n’ai pas le droit au respect.

Le premier douanier explose de rire à nouveau. Sadao concède.

- Vous avez probablement raison camarade. Camarade comment ?

- Méandre, seigneur des Îles Marines, votre voisin.

- T’as dit quoi j’ai entendu notre nom ?

- Je nous ai présenté.

- Que venez-vous faire au Grand Kah monsieur Méandre ?

- Profiter du climat et bronzer.

- Amusant pour un hologramme.

- C’est mon original qui va s’en charger à ma place, il est très serviable.

- Je n’en doute pas. Monsieur l’original pouvez vous répondre à mes questions vous aussi ?

- Elle a dit quoi ?

- Il parle pas syncrelangue.

- Et lui il a dit quoi ?

- Que tu ne parles pas syncrelangue. Mon original ne parle pas syncrelangue.

- Tu leur as dit quoi ?

- Léandre s’il te plait laisse-moi gérer.

- Vous venez de lui dire quoi ?

- Pardon un interlocuteur à la fois sinon on ne sait plus qui parle et c’est très agaçant. Je parle un peu français on va essayer directement comme ça. Vous je comprends quand vous je parle monsieur Méandre ?

- Non.

- Mais enfin fais un effort !

- La grammaire c’est n’importe quoi.

- Vous comprenez pas je dis ?

- Léandre !

- Si si je comprends vous dites. Vous voulez quoi ?

- Parfait monsieur Méandre alors vous venez pour faire quoi à Axis Mundi ?

- Visiter des musées.

- Votre machine elle dit vous plage bronzer.

- C’est idiot c’est un hologramme, il ne peut pas bronzer.

- Non si c’est vrai c’est illusion.

- Hologramme.

- Alors vous contredisez le hologramme ?

- Rien du tout c’est moi qui décide ce qu’on fait ce n’est que ma conscience virtuelle on en a rien à foutre de son avis !

- Je pardon j’ai pas compris ce que

BIPBIPBIPBIPBIPBIP

- Merde alors qu’est-ce qui se passe ?

- Deux Carnavalais qui ont essayé de passer la douane avec un exosquelette bourré de couteaux !

- Il se passe quoi ?

- J'ai l'impression que les exosquelettes sonnent au détecteur de métal. J'aurai dû y penser, avec les modèles en carbone ça n'aurait pas été détecté.
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Léandre Effraie de Méandre

- Vous pouvez nous expliquer ça ?

La policière kah-tanaise soulève et abat brutalement sur la table une armature de métal et de plastique. Léandre fronce les sourcils.

- Attention c’est fragile… c’est un exosquelette Obéron. Ils n'en font plus des comme ça.

- Et vous tentez d’entrer sur le territoire national avec ce machin ?

- Un peu de respect pour la technologie... vous savez c’est comme une seconde peau, on n’y fait plus gaffe au bout d’un moment, comme porter des lunettes.

La policière se saisit d’une armature et active un mécanisme… qui dévoile une lame de 20cm.

- Vous avez pris l’avion avec ça ?

- Mais je ne m’en suis pas servi !

- Et ça là ?

- Non ne touchez pas !

Elle lui jette un regard suspicieux.

- Et pourquoi ça monsieur Méandre ?

- Effraie de Méandre. Parce que ça relâche du gaz et qu’on est tous bon pour une sieste.

- Vous vous foutez de moi ?

- Juré que non officière. Je suis un honnête citoyen qui a d’ailleurs rendez-vous avec des armateurs kah-tanais dans… quelle heure est-il ?

Le policier adjoint regarde sa montre.

- Midi moins le quart.

- De quel jour ?

- le 11.

- J’avais donc rendez-vous avant-hier, génial, je vous préviens que si vous me faites capoter ma vente de sous-mar…

Pschiiiiiiit !

- Mais vous avez appuyé sur le bouton ?!

- Merde du gaz !!!

- Je vous avais prévenuuuu

Tout le monde tombe inanimé.
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Léandre Effraie de Méandre

- Monsieur calmez-vous !

- Monsieur !

- AAAH ! AAAH ! Lâchez moi ! AAAH ! J’ai des droits ! J’ai des droits !

- Monsieur si vous ne vous calmez pas je vous met du spray au poivre !

- AAAH ! Du spray au poivre ?

- Oui !

- Merde merde merde, je déteste ce truc…

- Alors arrêtez de bouger et laissez nous vous passer les menottes.

- Fascistes ! Cochons ! Attendez que Carnavale apprenne comment vous traitez ses citoyens ! Je vais faire raser Axis Mundi ! Je vais faire raser Axis Mundi ! Lac Rouge portera bien son nom : UN LAC ROUGE DE SANG !

Pschiiit !

- AAAAAAAAH MES YEUX ! AAAH ! Je suis aveugle !

- Passe lui les menottes Hirano.

- Aaaaaaaaaah… mes yeux… aaah…

- Monsieur arrêtez de crier, c’est parce que vous avez fait n’importe quoi que vous avez pris du spray.

- Aaaaaaah…

- Bon, appelez le consulat de Carnavale et un avocat commis d’office, on va procéder au placement en garde-à-vue.

- Il y a un consulat carnavalais ?

- Maintenant que tu le dis, je crois pas.

- Merde alors.

- Aaaaaah… dans ma poche… le numéro d’urgence…

Les policiers hésitent.

- Hirano, allez chercher le téléphone.

L’écran s’ouvre effectivement sur un bouton « contacter un proche ». L’officier clique dessus.

Biiip.

Biiip.

Biiip.

Bi


- Léandre je t’ai dit d’arrêter de m’appeler tu sais quelle heure il est ?

- Mademoiselle ? C’est la police kah-tanaise, votre ami a été arrêté en essayant de passer les douanes avec du matériel militaire dangereux, il est suspecté de contrebande et préparation d’attentat.

- Léandre ? Un attentat ? Non mais quel nul celui-là je vous jure…

- Mademoiselle je vous explique la situation, il n’existe pas de consulat carnavalais au Grand Kah, pouvez-vous me confirmer votre identité et me dire si monsieur Méandre…

- Effraie de Méandre… aaaaah…

- Monsieur Effraie de Méandre vous a-t-il donné des instructions et êtes-vous en mesure d’entrer en contact avec son avocat ?

- Son avocat ? Mais qu’est-ce que j’en sais moi ? Je suis pas sa mère ! Vous savez quelle heure il est à Carnavale ?

- Je comprends mademoiselle. Pardon de vous demander ça mais pourriez-vous nous mettre en contact avec un poste de police ?

- Pourquoi faire ?

- Nous avons besoin d’informer votre administration que monsieur Méan… Effraie de Méandre est actuellement aux arrêts afin que nous puissions faire respecter ses droits selon les traités en vigueur entre nos deux pays.

- On a des traités en vigueur avec le Grand Kah ?

- Je vous avoue que je ne connais pas le détail mais il semble que vous êtes devenu une commune unie récemment ?

- Ah oui c’est vrai. Bon attendez une seconde je vous mets en attente.

- Mademoiselle donnez-nous juste le numéro de polic…

Bonjour vous êtes bien sur le répondeur d’Améthyste Castelage, merci de votre patience et n’oubliez pas : Carnavale, c’est trop génial !

- Hein ?

- Ça va Hirano ?

- Je crois que j’ai eu Améthyste Castelage au téléphone.

- Évidement que c’était Améthyste, vous êtes dans la merde les gars vous êtes dans la merde.

- Taisez-vous monsieur. Elle a dit quoi Améthyste ?

- Elle a un peu râlé et elle a dit d’attendre.

La policière adresse un regard suspicieux à Léandre Effraie de Méandre.

- Vous vous fichez de nous monsieur ? Si c’est le cas vous allez avoir des problèmes.

La porte de la pièce s’ouvre brutalement sur leur supérieur, en nage, un téléphone plaqué contre son oreille.

- Oui camarade Actée, il est là je l’ai sous les yeux.

Il cache le micro de l’appareil, en furie.

- Shime ! Hirano ! C’est quoi ce bordel ? Pourquoi il est par terre ? Oui camarade Actée je m’en occupe ne vous en faites pas. Oui je vous l’envoie bien sûr, non tout va bien ne vous en faites pas…

Il raccroche et soupire très très profondément.

- Monsieur de Méandre, veuillez accepter nos excuses pour…

- Effraie de Méandre.

- Hein ?

- C’est Effraie de Méandre, je peux avoir un verre d’eau ?
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