28/12/2019
04:20:36
Index du forum Continents Eurysie Carnavale

États-majors de la Principauté en guerre : écoutez aux portes, retrouvez vos personnages préférés

Voir fiche pays Voir sur la carte
7041
Banque Princière Castelage

Ils sont tous là : physiquement ou à distance, derrière leurs écrans ou par hologrammes, les élites carnavalaises, les nouvelles têtes connues ou apparues après la mort de la noblesse. Celles qui font la guerre, qui parient dessus et qui espèrent en tirer les bénéfices après la victoire.

Les politiques, d’abord, réduits à peau de chagrin : incontestée, incontestable, Améthyste Castelage préside la séance. Elle est le visage de Carnavale, la nouvelle matriarche. Intelligente, ambitieuse, jolie… si personne ne l’assassine, elle régnera sur la Cité noire, et probablement sur le monde. Son cousin, Léonpold, l’accompagne. A travers sa personne, c’est tout le clan qui est présent. Ils sont nombreux, les Castelage, et leurs cousins. Ils ont leurs ramifications à Carnavale depuis des siècles.

La seule personne aussi puissante qu’Améthyste Castelage, à Carnavale, le grand absent de l'année 2017, celui-ci a préféré envoyer son bras droit pour porter sa voix. Blaise Dalyoha, propriétaire des Laboratoires éponymes, n’est pas ici. A sa place, Philippe Géminéon représente ses intérêts : Grand Hôpital et Bourg-Léon. Son secrétaire et protégé, Balthazar Métaphore, se tient à ses côtés.

Du côté des industriels, Cielestin Robespaul de la société éponyme est entouré de ses avocats. Le couple Grimace représente Robotic & Toc. Le Conglomérat Archange, qui prend en charge le gros des travaux de reconstruction à Carnavale, est représenté aussi. Ils ne sont pas seuls, un quarteron d'industriel en queues de pies, plus ou moins anonymes, la bourgeoisie montante sont venus écouter Améthyste.

Du côté de la vieille noblesse, Léandre Effraie de Méandre s’exprime par visiophonie depuis les îles Marines où il est assiégé. Quelques combières athées qui ont refusé le suicide, la duchesse Adélaïde de Carbonite, qui s'est raté avec ses médicaments, et le duc Brise de Printanier, dont la corde de pendu s'est brisée et que les milices Dalyoha n'ont pas trouvé parce qu'il a tenté de se pendre dans sa cave à vin secrète. Le clan Petipont est là aussi, vieille famille ecclésiastique, les proches du pape noir de CRAMOISIE©. Le désert rouge peut également bénéficier de la présence de l’hologramme de Camille Printempérie.

Du côté de la presse, Philippe Pine est invité à participer pour Carnavale Matin, tout comme Hyppolicare Épithète de Carnavale Internationale. Vivien Pullisson représente pour sa part Casse Investigation.

Enfin, pour les institutions civiles de Carnavale, Mathisaac Tourbemoignon est le porte-parole de Commissariat Central, Olibert Mandanaryne a été dépêché par le Tribunal Populaire. Albernest Brulot, lui, est toujours à la tête du SAD BB, héritier des milices Obéron et proto-armée nationale carnavalaise.

C’est une assemblée d’hommes, qui bourdonnent autour de leur reine. Voilà, ils sont tous là. Tous ceux qui comptent. Tous ceux dont on entend parler. Il y a peut-être eu quelques oublis, des absents, des excusés, des inexcusables.

Améthyste Castelage prend la parole depuis son bureau au siège de la BCP.

Améthyste Castelage

- Mes chers concitoyens, tranchons un instant dans l’atmosphère hallucinée et festive de Carnavale, car la guerre nous y contraint de temps en temps. Je n’en suis pas plus heureuse que vous mais force est de nous rendre à l’évidence que la Principauté ne pourra pas faire front seule. Elle doit se ramifier et constituer autour d’elle des réseaux qui dépasseront les traditionnels intérêts financiers occultes et la vente d’arme.

Je pense vous devoir la vérité. Carnavale ne gagnera pas la guerre militairement, le constat est brutal mais lucide. L’invasion terrestre de l’OND rebat les cartes et nous pousse dans nos retranchements. Nous pouvons frapper de tous côtés, harceler, briser leur moral et leur détermination, mais sur le plan du nombre, nous sommes dépassés. Deux choix s’offrent à nous : nous arcbouter sur notre propre grandeur, déployer toutes nos forces dans la bataille. Perdre sans doute, mais arracher à l’OND des pans entier de chair, emporter avec nous un ou deux pays. Nous pouvons payer tous les mercenaires connus, multiplier les attentats, saboter partout, frapper sans cesse. Nous pouvons ravager Teyla avec nos produits chimiques, provoquer des catastrophes humanitaires dont ils mettront des générations à se remettre. Un Estham tous les mois peut-être, mais au prix de toutes nos ressources. Nous y gagnerons la gloire, mais nous y perdrons la vie.

La seconde option est de frapper assez fort et tenir suffisamment longtemps pour démoraliser l’opinion publique de leurs pays membres et les pousser à négocier. L’objectif désormais n’est pas de gagner la partie, mais de nous offrir une main assez fournie lorsque nous retournerons à la table des négociations. Je compte sur la discipline de chacun. Vous savez ce qui arrivera si les esclaves remportent la guerre et nous imposent leurs convictions : il n’y aura plus de grandeur. Plus de science. Plus de progrès. Plus de richesse. Juste… la médiocrité partout, et Carnavale mourra cette fois pour de bon.

Je ne suis pas Pervenche Obéron. Je n’emporterai pas Carnavale dans la mort, que ce soit dans la gloire ou dans la défaite, à une heure où précisément la Cité noire déploie son plein potentiel. Notre économie a quasiment doublé, nous n’avons jamais été aussi riches, jamais notre puissance économique n’a été aussi haute. C’est un pied de nez à nos adversaires. Nos ennemis ne l'emportent que par le nombre et le volume de production industriel. Seule la taille nous empêche de remporter la victoire. Ils n’ont ni l’intelligence, ni l’audace, ni la stratégie. Ils n’ont que le nombre. Quelle prouesse quand on y pense : Carnavale tient en respect la plus puissante coalition du monde, malgré tous leurs atouts il leur faut être dix fois plus nombreux pour atteindre notre puissance seul. Nous pouvons être fiers de nous.

C’est néanmoins sur l'aspect du nombre que nous devons faire des compromis. La Cité noire n’a pas l’habitude d’entretenir des liens diplomatiques avec les autres nations du monde, que nous considérions – peut-être à raison – comme indignes de notre temps. Mes amis, cela doit changer. Déjà des partenariats stratégiques ont montré leur intérêt : l'énergie nucléaire mesolvardienne a réduit les coupures d'électricité, le pétrole galésant maintient à flot nos machines sans parler du Grand Kah qui protège nos îles où sa marine tient l'OND en respect. Certains ont critiqué mon choix de me tourner vers Axis Mundi aux premières heures du conflit, ce ne fut pas de gaité de cœur mais mes décisions portent leurs fruits. Carnavale est debout. A défaut d'avoir encore repoussé l'OND nous envoyons un message au monde : personne, même en surnombre, même cent fois plus armé, ne triomphe aisément de la Cité noire.

Cette victoire symbolique, en bons entrepreneurs politiques, nous devons capitaliser dessus. La Principauté de Carnavale doit faire valoir la légitimité de son modèle, ou plus exactement l’illégitimité de celui de nos adversaires. La Cité noire s’est beaucoup transformée depuis un an, mais les changements ne vont pas s’arrêter là. Voyez la faiblesse de nos ennemis : coalisés ensemble, ils ne parviennent même pas à convaincre une majorité de nations de leur apporter leur soutien. L’OND parle à l’OND mais Carnavale parle au monde. Il faut transformer l’essai, enfoncer le clou. Il faut vaincre, et nous donner les moyens de vaincre.

Nous avons trop parié sur nos missiles et nos armes chimiques. Ils ont eu leur utilité mais l’avenir appartient aux réseaux d’influence et aux opérations clandestine. Nos amis Transblêmes nous apporteront leur expertise pour l’infiltration et la dissimulation. Je compte sur vos compétences de chefs d’entreprises, journalistes et courtisans pour bâtir ensemble le plus ambitieux réseau diplomatique au monde. Chancelleries de l'ombre, galas innocents, Carnavale n'a peut être pas de diplomates mais elle possède sans aucun doute le plus vaste réseau de banquiers et d'hommes d'affaires du monde. Nous sommes partout, nos capitaux arrosent les économies du monde entier, il se trouve dans chaque nation des politiciens corrompus, des évadés fiscaux, des humanitaires, des médecins, tous ceux qui ont un jour fait affaire avec Carnavale, ceux-là doivent être mobilisés au service de la guerre d'influence. Gentilshommes, nobles dames, à vos carnets d'adresses. Ave Carnavale !

- Ave !
3437
LéonpoldAméthyste

En train de se faire masser les pieds par son orang-outan de compagnie, Améthyste Castelage regarde les chaînes d'infos en direct à la télévision 4K 3D holographique. Léonpold rentre dans la pièce, les cheveux encore humides de la douche qu'il a pris après être rentré de la réunion de l'état-major. Il attrape l'émission en cour de route et s’assoit dans le canapé.

- C'est qui ce Venbranle ?

- Un beau gosse avec des abdos. Une petite fortune makotane, parent de Michèle de Vaunasse. Paraitrait qu'il a des liens avec Herbefleurie par sa mère aussi. Il est candidat aux municipales, plutôt bien placé.

Léonpold fait la moue.

- Tu le trouves si beau que ça ?

- Moins que toi mon cousin, mais il nous a fait un petit discours là, très poignant, les médias sont en boucle là-dessus.

- C'est bon pour nos affaires ou c'est un emmerdeur ?

- Un emmerdeur je ne pense pas. Mais quant à savoir si les gens vont l'écouter... il lance un appel à l'unité nationale.

- Osé pour un étranger.

- C'est pour ça que je suis sceptique, attendons de voir.

Ils écoutent un extrait du discours de Julonin, commenté par Albertrand Trêfleforêt, grand reporteur à RALLY.

- Rappelle moi pourquoi on n'a pas invité RALLY aux états-majors ?

- A quoi bon ? Ils seront au courant de toute façon.

...

- Attends, ce mec, c'est pas le type qui te traite de pougnette ?

- C'est toi la pougnette. Il me traite de poupette, il pense que je suis une clone.

- C'est vrai ça ?

- Qui sait ? Papa a joué au bonneteau avec les éprouvettes pour impressionner maman et depuis on n'a aucune idée de qui est l'originale.

Avec un timing parfait, une seconde Améthyste entre dans la pièce, une brosse à dent dans la bouche.

- Ah vous jêtes déjà rentrés ? Vous regardez Venbranle ? Il est chexy hein ?

- Très. Mais Léo est pas convaincu.

- J'ai quand même le droit de dire ce que je pense.

La deuxième Améthyste vient s'accroupir près de l'orang-outan et lui gratte la tête tout en terminant de se brosser les dents.

- Il a beau cheu de nous reprocher d'avoir demandé de l'aide au Kah, chur le moment ch'était la meilleure chose à faire.

- On ne pouvait pas deviner que les communalistes seraient de tels branleurs.

- Arrête, ch'était le cheul moyen de garder les Marines. La chituation aurait été beaucoup plus chiante chi on avait dû négocier la rétrochechion des jîles avec l'OND.

- Négochier.

- Hein ?

- T'as sûrement raison. Là on doit juste récupérer Roumont.

- Tout le monde ch'en fout, de Roumont, et puis ch'est les affaires de Blaise. Qu'il récupère ches champs tout cheul...

- Ses milices se sont bien débrouillées à Alagnan.

- Ch'ai hâte de voir les nôtres en acchion quand ils che cheront déchidé à entrer à Carnavale.

- Tu veux pas aller cracher ton dentifrice ?

La seconde Améthyste hoche la tête et sort de la pièce. Léonpold, qui est resté silencieux pendant l'échange, fronce les sourcils devant la télévision.

- Il réhabilite quand même pas mal Obéron ce connard...

- On est toujours plus indulgent avec les morts. J'attends de voir comment tourne la guerre pour décider si on en fait une sainte ou un bourreau. C'est juste dommage qu'on ait pas retrouvé son corps, on l'aurait filé à l'OND ça leur aurait fait un os à ronger.

- Quand même... faudrait pas que les gens commencent à se dire que les Castelage savent pas gérer la guerre.

Améthyste rigole et ébouriffe les cheveux de son cousin.

- Te fais pas autant de bile, Léo, la Cité noire dégueule littéralement d'or, on parle de miracle économique et il n'y a aucun concurrent sérieux encore en vie. Les grandes familles n'existent plus. Il ne reste que nous, les Castelage.

- Et Dalyoha aussi. Il marque des points dans l'opinion avec ses milices.

- L'opinion... ça va ça vient au gré des campagnes médiatiques. L'important c'est de savoir qui produit les armes. S'il y a bien un truc que nous ont appris les Obéron c'est ça. On ne fera pas deux fois les mêmes erreurs.

- Pas deux fois les mêmes erreurs.

Améthyste éteint la télévision et se tourne vers Léonpold.

- Oublie Blaise. Oublie Venbranle. Carnavale, c'est nous. Quand cette guerre sera terminée, nous prendrons définitivement tout le pouvoir. La plus grande famille du plus grand pays.

- Si tu le dis...

Elle l'embrasse sur le front.

- Ça ne te plairait pas ? de devenir prince de Vale ?
2083
- Par ici mademoiselle. Attention à votre tête.

Améthyste Castelage avance dans un long tunnel de maintenance, entourée de deux de ses miliciens et guidé par un officier du SAD BB.

- Cette manie qu’avait la noblesse de tout enfouir sous trois-cents mètres du sol…

- Ce sont des infrastructures critiques mademoiselle. Carnavale est un vrai gruyère, nous-mêmes ne contrôlons pas tous les cercles des égouts.

- A quel cercle somme nous actuellement rappelez-moi ?

- Entre le troisième et le quatrième mademoiselle. Les Industries Obéron sont juste en dessous.

- Pervenche pensait vraiment à tout. Ah mais ce câble est dénudé ?

- Les réparations ne sont pas encore terminées mademoiselle, nous touchons au but cependant. Voilà c’est ici.

L’officier ouvre une grande porte blindée, fermée par un code à neuf chiffres, et entre dans une grande salle encombrée où s’alignent des dizaines de serveurs informatiques.

Améthyste et Justin

- C’est ça Justin l’Éternel ?

- En effet mademoiselle. Attention à vos mots cependant, à partir de maintenant il peut nous entendre.

Améthyste fait quelques pas dans la pièce, elle observe les machines qui vrombissent doucement dans une ambiance tamisée.

- Justin ? Pape Justin ?

Pas de réponse.

- Votre Sainteté ? Je suis Améthyste Castelage, une amie de votre tante, Pervenche.

Pas de réponse.

- J’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer Justin. Pervenche Obéron… votre tante… on l’a assassiné.

Le vrombissement des serveurs s’intensifie, Améthyste prend cela pour un encouragement à continuer.

- L’organisation qui cherche en ce moment même à écraser Carnavale et occupe le territoire de la Principauté a tué votre tante. Si elle était encore en vie, jamais ces gueux n’auraient osé poser le pied sur notre sol mais maintenant nous devons faire face à une invasion.

Vrombissement attentif.

- Pape Justin, je viens vous demander votre aide contre les ennemis et meurtriers de votre tante. La puissance de calcul de vos serveurs est démesurée et nous aurions besoin d’un allié aussi puissant que vous pour repousser l’envahisseur. L’ennemi brouille en ce moment même nos communications mais vous avez le pouvoir de mener la guerre informatique contre lui. Pouvons-nous compter sur vous Justin ?

Vrombissement incompréhensible.

- Merci de m'avoir écouté Pape Justin, la mémoire de Pervenche Obéron ne sera pas bafouée.

Améthyste sort de la salle des serveurs. L’officier lui adresse un regard curieux.

- Ça a fonctionné ?

- Et comment voulez-vous que je le sache ? C’est un putain de data center.
885
- Tu es lequel déjà toi ?

- Le numéro deux-cents-un.

- Un des plus récents alors ?

- Il y en a d'autres. Dans les Jardins.

- Je m'en doute. Que me veut ton original ?

Améthyste soupire. Devant elle, une version juvénile de Blaise Dalyoha l'observe avec de beaux grands yeux innocents.

Blaise n°201Améthyste Castelage

- Il faut s'adapter, ce n'est pas possible de l'emporter.

- Je crois qu'il y a largement une chance.

- Non, l'adversaire a le soutien des règles du jeu, elles sont réécrites pour l'avantager. Nos missiles sont affaiblis avant de toucher le sol, nos bactéries sont rendues inopérantes, nos embuscades et nos plans sont ignorées, méprisés ou mal compris. La réalité est remodelée à l'appréciation de l'arbitraire, en notre défaveur. Nous ne nous battons pas à armes égales.

Nouveau soupire de la banquière.

- Vous et votre métaphysique... rentre dans tes jardins, gamin, et dit à Blaise de me contacter quand il aura autre chose à proposer que de la mystique.

- Nous avons une solution à te soumettre, Améthyste Castelage, qui pourrait tout changer.

- Ah oui ? Je suis curieuse de l'entendre.

Message secretInformation secrète réservée aux personnes autorisées
1671
Améthyste Castelage
- C’est un lieu étrange…

L’enfant hoche la tête.

- Tous les lieux sont étranges à Carnavale.

- Celui-ci particulièrement.

- C’est parce qu’il touche aux frontières de notre monde. Venez.

Ils se glissent sous les arbres toxiques, leurs voix étouffées derrière leurs masques à gaz. Améthyste avance prudemment. L’enfant, lui, semble à son aise dans la végétation hallucinée.

- C’est encore loin ?

- Oui un peu.

Ils franchissent un belvédère pour moitié effondré qui dominait un jour un lac aujourd’hui couvert de nénuphars.

- Il n’y a pas un moyen plus rapide ?

- Cela vaut le coup, venez.

Ils s’engouffrent dans une allée à peine discernable dans les arbres touffus, tout juste compréhensible par ses rangées de statues alignées dont les visages verdâtres transpercent les feuillages.

- XVIIeme ?

- XVeme.

- Je ne savais pas que les Jardins Botaniques étaient si anciens.

- Ils recouvrent depuis la nuit des temps.

Améthyste pouffe.

- Oui c’est ce que les Dalyoha aiment se raconter…

- Pas que les Dalyoha. Avant la christianisation et les Princes de Vale tout le monde les vénérait.

- Et aujourd’hui ce ne sont plus qu’une menace sans queue ni tête. J’ai entendu les rumeurs, votre dieu cerf et tout le bazar. Heureusement que les Castelage ont pris le pouvoir, nous sommes vraiment les seuls rationnels dans toute cette histoire.

- Pour quel résultat…

- Ne sois pas condescendant avec moi gamin. Tu as quoi ? Huit ans ?

- Quatorze.

- C’est ça, oui. En tout cas parle mieux à tes aînées, je serai bientôt princesse de Vale.

- Si vous voulez. Mais d’abord il faut sauver Carnavale.

- Et toi, Blaise, ou ton original, allez nous y aider. Les Jardins Botaniques, hein ? C’est très mystérieux tout ça.

- Ils n’ont rien de si étrange. Beaucoup de choses sont sous nos yeux depuis le début. Comme la prophétie millénariste était évidente pourvu qu’on prenne le temps de la regarder. C’est le cœur de tout, simplement. La source de toute la folie de la Principauté. Ceux qui les ont contemplés ont simplement compris.

- Compris quoi ?

- Que tout est possible.

Blaise Dalyoha
100
- Vous avez remarqué ?

- Quoi ?
Les lieux. -
Distorsion
- ?

Ils se distordent.

- Ah oui. Ça va c’est raisonnable…
Ça ne fait que commencer
2927
Améthyste CastelageAméthyste Castelage
Améthyste CastelageAméthyste Castelage

Bien sûr, Améthyste Castelage sait ce qui se passe. Si sa rivalité avec la maison Dalyoha n’a pas faibli, il est de bon ton de laisser son adversaire mener sa partie à sa convenance, lorsqu’il joue à l’étranger. Tout le monde a à gagner à défaire les envahisseurs alors si Blaise veut faire mu-muse avec ses éprouvettes, on ne va pas l’en empêcher. Assises devant la télévision comme une bande de copines, elles regardent les premières images satellites de la situation dans l’arrière-pays, où ça commence à tomber comme des mouches. Il va falloir agir vite maintenant et déjà les téléphones vibrent fébrilement, en attente d’instructions, mais devant les écrans, les Améthyste laissent sonner. Elles veulent encore quelques instants profiter du spectacle. Le pic du divertissement dans une guerre qui, jusque-là, avait été particulièrement ennuyante.

- Merde alors…

- Il a réussi son coup ce con.

- Pas juste réussi, c’est un triomphe.

- On parle d’un 100 sur 100…

A Carnavale, les analystes militaires jugent les manœuvres et la stratégie sur le front comme d’autres notent les films. 75/100, scénario prenant, excellente maîtrise de la lumière et scénographique au top. Quelques longueurs cependant et propos indigent. 20/100, malgré de bonnes intentions, une œuvre qui ne décolle pas et s’éparpille, on se demande sans cesse si les comédiens eux-mêmes ne finissent pas par se lasser tant leur prestation nous laisse sur notre faim. 100/100, un retournement de situation imprévu qui redonne de l’espoir pour une nouvelle génération de films, davantage portés par la qualité de la réalisation que par un déferlement de moyens et de budget sans âme.

- C’est une bonne nouvelle ?

- Oui et non. Blaise vient de marquer des points.

- Fais chier, il ne faut pas se laisser voler l’hégémonie.

- Quel petit con j’y crois pas…

- C’est sûr que ses partisans vont reprendre du poil de la bête.

- Ça pourrait donner l’envie à certains de tourner casaque.

- Pas si on transforme l’essai, les Dalyoha vont être occupés à gérer l’épidémie mais Carnavale c'est grand, ils vont avoir besoin de nos troupes pour récupérer le matos que l’OND va laisser sur place.

- J’ai peur que les gens ne soient pas dupes.

- La vie, c’est une histoire de com’, on fera un défilé militaire avec les chars de Tanska et ont fondra les hélicoptères du Faravan pour en faire un trône de fer, ça enverra un message à la population.

- Mouais.

L'une des Améthyste décroche finalement son téléphone et compose son numéro d'urgence.

Améthyste CastelageLéonpold Castelage

- Léonpold ? tu es en salle de crise ?

- Je suis avec Albernest et monsieur Caramel, on est en train de coordonner les milices.

- Super, tu me mets sur haut-parleur deux secondes ?

- C'est fait.

- Colin, tu m'entends ? j'ai besoin de ton avis, là.

- Demande moi tout ce que tu veux petite princesse.

- C'est quoi la prochaine étape ? On ne peut pas se permettre de jouer à la remorque, il faut être force d'initiative.

- A vue de nez, je pense que les Laboratoires vont tenter de faire un maximum de prisonniers. Soit ils les mettront au pot commun pour négocier la suite de la guerre soit...

- Soit ?

- Va savoir ce qui se passe dans les cliniques et à Bourg-Léon. Peut-être compte-t-il en faire une armée de zombis ?

- Tu sais où est Blaise en ce moment ?

- En train de siroter du champagne j'imagine ?

- Donc tu ne sais pas.

- Mes talents ont leurs limites j'en suis navré. Mon réseau ne voit pas jusqu'au cœur des jardins botaniques.

- Fais chier... s'il ressurgit, tu me préviens et tu lui dis de m'appeler.
1033
Améthyste CastelageColin Caramel

Améthyste croque dans une pomme.

- Ce quartier, là, le quartier bombardé, comment s'appelle-t-il ?

- Les colchiques, Améthyste.

- Je pourrai le reconstruire.

- Toute seule ? Ça risque d'être long...

- Débloquer une grosse somme d'argent, faire quelque chose pour le logement. Peut-être des appartements sur-mesure, pour les pauvres ? Une sorte de mesure sociale. Montrer que la Banque Princière est là pour eux.

- Quelque chose de planifié, tu veux dire ? D’Étatique ?

- C'est ça, on pourrait faire un concours, avec des architectes, promettre une récompense astronomique. Un projet d'envergure, une ambition pharaonique, avant-gardiste, futuriste peut-être ? je veux dire, il n'y a bien qu'à Carnavale qu'on peut s'autoriser ce genre de choses et puis... Blaise a marqué le coup avec sa pandémie, c'est sûr, il ne faut pas lui laisser gagner plus de terrain. Les Castelage ne sont peut-être pas connus pour leurs prouesses guerrières mais nous tenons les cordons de la bourse...

- Ce genre de mythologies familiales, il ne faut pas trop y croire. Tu es une cheffe de guerre, ma petite princesse, n'en doute pas. Le SAD BB te mange dans la main.

Elle lui lance le trognon en riant.

- Il mange dans TA main tu veux dire ?

- C'est moi ta main. Nous reconstruirons les colchiques.
8152
Gilbert CaméliaAméthyste Castelage

- Le congrès luciférien s'impatiente Améthyste. On vous accuse de manquer à vos promesses.

- Alors, bonjour déjà. On n'est peut-être pas obligé de s'engueuler seconde une ?

Le Pape noir soupire.

- Vous ne prenez pas ça au sérieux, hein ? Vous devriez.

- Écoutez Gilbert, vous êtes trois dingos dans le désert obligés de faire des concessions tous les quatre matins à quoi ? deux cent milles kabaliens crasseux ? Et à Carnavale, combien de bataillons ? Vous commandez à une armée de mendiants. Commencez déjà par sauver vos guêtres en Afarée avant de tenter de me mettre un coup de pression, d'accord ?

- Ne jouez pas à ça avec moi, Améthyste. Nous avions des accords avec votre père et rien ne les invalide aujourd'hui.

Améthyste Castelage dépose devant eux deux grands verres de vin.

- Au contraire Pape noir, je croyais avoir été assez claire la dernière fois. Mon père finançait votre petit coup d’État pour faire trébucher les Obéron, mais les Obéron sont morts et je n'ai plus besoin de vous. En fait nous sommes même un certain nombre à penser que la Kabalie est un boulet pour Carnavale, c'est par charité et patriotisme que je continue d'investir chez vous, rien de plus.

- Charité qui lorgne sur notre pétrole. La Principauté a désespérément besoin d'énergie.

- Ba, grâce aux centrales du Drovolski, nous n'aurons bientôt plus de problèmes de ce côté là. Buvez au lieu de me faire les yeux noirs comme ça Gilbert.

Elle prend une gorgée de vin, lui ne touche pas à son verre.

- Vous préférez remettre le destin de la Principauté entre les mains de Mesolvarde plutôt qu'à des Carnavalais ?

- Gilbert... je vous achète votre pétrole. Ce n'est pas un geste que vous me faites. Du pétrole contre des armes et des financements, nous sommes bien d'accord ? Ne m'obligez pas à vous couper l'herbe sous le pied, soyez gentil. Si la Banque Princière décide de suspendre les investissements, la RAD est asphyxiée en trois mois. Vous n'êtes pas en position d’exiger quoi que que ce soit.

- Arthur connaissait le poids des sectes lucifériennes au sein du peuple. Nos idées sont très populaires chez les Carnavalais. Les Grandes Familles ont toujours su l'importance de posséder des relais sur le terrain.

- Le gros des vôtres est parti s’exiler en Afarée, Gilbert, n'essayez pas de bluffer avec moi, ça vous donne un air encore plus pathétique.

- Ne m'insultez pas.

- Allez. Vous êtes un corbeau passablement déplumé, ayez au moins l'honnêteté de le reconnaitre, même si je ne sous-estime pas votre influence au sein des élites bourgeoises. Seulement soyons réalistes deux minutes : c'est moi qui tient les cordons de la bourse et nous savons vous comme moi qu'entre la ruine et les idées, la plupart de vos amis s’assoiront bien gentiment sur leurs convictions politiques si je le leur demande. Et quand bien même si vous essayez de me faire chier, je finance à perte un de vos concurrents. Des catholans peut-être ? Depuis la mort de la noblesse, ils sont désespérément à la recherche de financements. Un peu comme vous d'ailleurs.

- Les accords signés avec votre père étaient clairs : nous sabotions la conquête afaréenne des Obéron pour lui, en échange de quoi nous récupérions la CRAMOISIE©.

- Et alors ? Vous l'avez ! Tchin tchin !

- Vous savez très bien qu'avec le blocus sur la Cité noire et la guerre, le projet a dû être retravaillé en profondeur, le deal ne tient plus.

- Le deal ne tient plus parce qu'Obéron n'est plus une menace, Gilbert. Tout le monde est mort, couic, même l'OND n'est plus vraiment une menace en fait. Vous savez ce qui est une menace ? Blaise Dalyoha. Votre précieux allié... et quand je vous ai demandé de le dégager du désert vous avez refusé. Vous ne m'êtes d'aucune utilité Gilbert et vous me coutez cher.

- Vous êtes injuste, nous avons besoin des Dalyoha encore pour le moment et vous le savez très bien.

- Vous dites ça comme si vous aviez prévu de vous en passer un de ces quatre.

- Le congrès envisage toutes les options. Nous ferons ce qui est le mieux pour la Kabalie.

Elle éclate de rire.

- J'aimerai bien voir ça ! Après toutes les concessions que vous avez fait à Blaise ! C'est devenu Dalyohaland la Kabalie rouge, il y a son logo à tous les coins de rue.

- Par ailleurs l'accord passé avec votre père ne concernait en rien la Dalyoha Compagnie. Nous avons respecté notre part du marché : Obéron a été renversée en Afarée et ses possessions ont toutes été nationalisées.

- Une nationalisation qui devait conduire à sa ruine, oui, sauf qu'elle s'est zigouillée toute seule avant comme une grande, cette conne. Et elle a emporté mon père dans la foulée et toute la noblesse avec.

- Nous avions... proposé notre protection à Arthur Castelage. Mais il a refusé. Personne ne pouvait prévoir le suicide massif des catholans, vous ne pouvez pas nous le reprocher. D'ailleurs c'est nous qui avons fini le travail cette nuit-là : c'est nous avons combattu les partisans d'Obéron dans les rues, nous avons rempli notre part du marché. Les catholans ne sont plus une menace, grâce à nous.

- Gilbert. Acceptez que la situation nous a tous un peu échappé. Les mérites des uns et des autres sont assez flous dans toute cette affaire et je soupçonne plusieurs complots de s'être télescopés. Faites le deuil des contrats secrets signés avec mon père, Obéron est morte, le contre-poids que représentaient les lucifériens face à la noblesse catholane n'est plus d'actualité, la foi s'est évanouie et vous ne parlez plus au nom de l'Antagoniste. Vous n'êtes qu'un groupe politique d'illuminés athées qui ont eu l'intelligence de proposer une sortie de crise idéologique à vos partisans au bon moment. L'équilibre des pouvoirs à l'intérieur de la Principauté n'a plus rien à voir avec ce qu'il était avant l'Armageddon't et la place de la Noire Église s'y est considérablement réduite. Comme celle de l’Église régulière, d'ailleurs.

- Vous pourriez être surprise du contraire, notre influence va bien au-delà des sectateurs.

- Oui oui, vous avez le bras long à Commissariat Central et j'ai ouïe dire que vous vous rapprochiez des syndicalistes. Allons. Si nous gagnons la guerre, les Castelage et les Dalyoha en ressortiront plus forts que jamais. Ne vous donnez pas plus de poids que vous n'en avez réellement. Si vous voulez négocier, négocions à partir des cartes que nous avons réellement en main, pas celles que vous fantasmez.

- Nous avons également de l'influence auprès du Grand Kah, ses services secrets travaillent avec ceux de Balsilek Ishak.

- Qui ça ?

- Le nouveau PDG-Protecteur. L'Afaréen.

- Ah oui. Et bien tant mieux pour vous, sans doutes que le Grand Kah a vu quelque intérêt en Kabalie rouge qui m'échappe. Réjouissez vous, vous êtes utile à quelqu'un.

- Carnavale a aussi besoin du Grand Kah. Nous aliéner, c'est s’aliéner Axis Mundi.

- Je ne serai pas aussi catégorique que vous, Gilbert. Le Grand Kah est un monstre à sang froid, il nous l'a suffisamment prouvé et j'ai beaucoup plus à offrir que vous. Revenons à nos moutons d'accord ? qu'est-ce que vous voulez ?

- Nous voulons la mairie.

- La mairie ira à Julonin Venbranle.

- C'est un inconnu et vous savez qu'il travaille pour le Califat d'Azur.

- Et alors ? Le Califat d'Azur déteste les Dalyoha, ce sont des alliés naturels de la maison Castelage. Julonin est populaire et il s'est avéré utile.

- Il n'est pas fiable et le Califat est un ennemi déclaré de la Kabalie rouge. Il a également déclaré vouloir se rapprocher de l'OND.

- Oui, j'en ai entendu parler. Ce ne sont que des mots, les gens mentent, Gilbert, ils bluffent. Qui irait rejoindre un conflit où la moitié de l'armée alliée vient de se faire décimer en une après-midi ? Et puis les élections n'auront lieu qu'une fois la guerre terminée. Non je crois bien que pour mettre la pression à Blaise, Julonin fera très bien l'affaire.

- Si vous vouliez vraiment un adversaire acharné de Dalyoha, vous auriez donné le poste à Jumentfleur.

- C'est vrai que j'y ai pensé mais lui je le soupçonne d'être un agent-double poëtoscovien.

- Pardon ? C'est nouveau ça.

- Vous savez bien qu'ils ont les meilleurs services secrets du monde.

- C'est n'importe quoi. Nous avions convenu au début de la guerre que Robespaul serait maire, c'était la contrepartie pour garder un œil sur les psy op de l'OND dans les bas-quartiers.

- Et force est de constater qu'ils n'en font pas. Ou peu. Les Transblêmes se sont avérés plus utiles que vous sur ce coup-là. Alors quoi ? Encore une fois, le destin vous rend inutile Gilbert, enfin, mettez quelque chose sur la table, je ne sais pas, un truc alléchant... ? Dieu que vous êtes un horrible négociateur...!

- Nous pouvons aussi nous rapprocher de Blaise Dalyoha. Si vous ne nous donnez pas ce qui nous a été promis.

- Oh, des menaces ? Intéressant, mais vous n'avez déjà plus aucune autre carte en main ? Aucun complot sorti des fagots ? Pas de plot twist inattendu ? De secrets enfouis sous le sable de Kabalie ?

- Je laisse la Kabalie au Pape noir Alexandrier Arrimage, mon affaire est Carnavale. Blaise Dalyoha a vaincu l'armée de l'OND à lui seul, c'est un héros dans les faubourgs, nous pourrions parfaitement entretenir cette image de lui et toutes vos tentatives pour le saboter passeront pour de la trahison.

Améthyste pose son verre de vin vide sur la table et se penche vers Gilbert Camélia.

- Tout le monde s'en fout Gilbert, de ce que pense le peuple. Blaise a fait tuer des milliers de gens dans l'arrière pays et pourtant tout le monde l'acclame. Nous ne sommes plus en train de préparer l'Apocalypse, personne n'a plus envie de se battre pied à pied dans les rues pour provoquer la fin du monde. L'heure n'est plus aux batailles d'influence entre grandes familles pour tenter de conquérir le cœur des quartiers et d'attirer les plus malins ou les plus forts dans son camp, nous avons changé d'échelle ne voyez vous pas ? Tout ce qui compte maintenant c'est d'avoir un complot d'avance sur son adversaire. Alors allez fourbir vos secrets et revenez me voir quand vous aurez une conspiration à poser sur la table.
301
Améthyste Castelage

- 20 000 Chèques Carnavalais. En cash.

- En cash ? Ce serait plus simple de faire ça de manière virtuelle ? On traficote trois lignes de compte pour éponger les dettes ?

- Pas cette fois. En cash. De l'or pur pour les dieux.

- A l'ancienne, ouais... on leur sacrifie un taureau aussi ?

- Léonpold... et pourquoi pas un sacrifice humain ?

- 20 000 Chèques en cash, c'est parti.
Haut de page