
« Veillez à l'avenir de la patrie »
Dès les premières décennies du XVIIIe siècle, dans le contexte de la centralisation progressive du pouvoir autour du Khan et des institutions relevant de son autorité, et où l'euryanisation des élites de l'Empire commence sous l'influence de l'Empire mor, un « département des services du Khan » (en talar : Хан хезмәтләре бүлеге / Xan xezmätläre bülege) est instauré. Celui-ci lutte principalement contre les différentes volontés séditieuses des gouverneurs, beys et souverains locaux, mais infiltre également les ambassades, délégations et chancelleries étrangères. La compétence opérationnelle de ce département, qui se compose essentiellement d'anciens soldats et d'hommes de confiance du Khan, est très limitée : les anciens cavaliers de guerre, habitués au combat, au code d'honneur et aux valeurs morales propres aux peuples du Kirkuzaï, ont du mal à s'adapter à ce nouveau fonctionnement et à l'évolution de la société.
L'absence de formation et de renouvellement dans la manière de penser au sein du département empêche tout fonctionnement réel jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, qui est marquée par les réformes d'Aqbörü II Bärä Khan : le département est dissous et remplacé par le « Ministère spécial à la protection du Khan » (en talar : Ханны саклау буенча махсус министрлык / Xannı saqlaw buyınça maxsus ministrlıq) — le Khan étant toujours à ce moment le principal pilier et la représentation symbolique de l'État en tant que souverain. Disposant de sa propre académie et d'une organisation structurée, ce nouveau ministère parvient à mater les débuts d'insurrection et de révolte de la noblesse qui éclatent sporadiquement contre le pouvoir talar et prend, progressivement, de plus en plus de poids au fil du temps et de la baisse continuelle du pouvoir des Khans talars.
Approchant progressivement de la fin du XIXe siècle, le pouvoir impérial n'existe presque plus : le gouvernement est dirigé depuis 1844 par une commission exécutive composée de membres de la haute noblesse et de la nouvelle bourgeoisie de la capitale, Buzkent. Le Khan n'est plus qu'un souverain fantoche et le Ministère spécial est depuis longtemps acquis à la cause républicaine ; quand la transition se fait, il n'opère aucune action pour le maintien du régime. La commission exécutive, qui dirige alors la République talar, procède à la dissolution définitive du Ministère spécial en 1903.
En dépit des nombreux bouleversements que traverse la nation talare durant le XXe siècle, les services de renseignement et la lutte contre les « ennemis de l'intérieur » restent de la compétence seule des forces armées. Durant la seconde guerre civile talare, une partie de l'armée fait défection, dont l'intégralité du renseignement militaire, pour rejoindre le « Front de salut national » qui cherche la partition de l'État et l'instauration d'une domination ethnonationaliste talar. La « Coalition nationale unie », formée par le colonel Mirza Arsam, qui remporte finalement la victoire, décrète la dissolution de l'ancienne armée, qui reposait sur le modèle ethnique, et procède à la création, le 14 avril 1989, du Ministère de la Sécurité nationale afin d'assurer la sécurité intérieure de l'État, de fournir les principales capacités de renseignement et de garantir la paix civile aux côtés des autres services de sécurité. L'armée nationale ne retrouvera un service de renseignement militaire qu'en 2003, à la faveur d'une réforme.
Aujourd'hui, le Ministère de la Sécurité nationale est — à nouveau — l'un des principaux piliers du régime talar, bien que beaucoup plus discret que ses prédécesseurs. Sa présence au sein de l'exécutif en tant que département ministériel lui garantit une place de choix au sein du Conseil des ministres, tout comme sa présence au sein du Conseil de sécurité nationale, organe qui dépend directement de la présidence. Le MiM est l'un des principaux instruments de répression de l'opposition et l'un des atouts majeurs du gouvernement talar dans sa lutte contre les mouvements ethniques, religieux ou les organisations terroristes.


Dans l'imaginaire collectif, les troupes spécialisées du MiM constituent une véritable force militaire parallèle à l'armée nationale, dotée de moyens importants et constituant une unité d'élite. En réalité, seule une partie des moyens paramilitaires du MiM est réellement employée comme force auxiliaire des forces armées et des services de police, la grande majorité des agents étant polyvalents, souvent sous couverture, et employés dans le contexte du renseignement intérieur et extérieur.

Les troupes spécialisées disposent toutefois de moyens financiers, humains et militaires conséquents, avec un armement et des véhicules parfois supérieurs à ceux de certaines unités de l'armée régulière. Il est cependant difficile de connaître les chiffres exacts dont dispose le Ministère de la Sécurité nationale : que cela soit son budget ou ses effectifs, l'ensemble de ces données dites « sensibles » est classé par l'État et n'est accessible qu'à une minorité de hauts fonctionnaires et d'hommes de confiance de la présidence de la République.
Plusieurs scandales ont entouré l'usage des troupes spécialisées ces dernières années ainsi que leurs méthodes. Les organisations non gouvernementales de protection des droits de l'homme critiquent un « usage de la peur et de la force sans aucune retenue » contre des populations civiles dans certaines régions périphériques du Talaristan, tandis que des associations pour la liberté d'expression condamnent l'usage des troupes spécialisées contre des rassemblements pacifiques, comme ce fut le cas lors des manifestations de Buzkent en 2018 ou de la contestation « populaire » au Talaristan en 2019.