25/11/2018
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[Vlastie-Lermandie], première tant attendue

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----------------21/07/2017
--------Le Premier Secrétaire du Bureau Politique, Michaël Gorbata, et le Directeur du S.R.S. (Service de Renseignement et de Sécurité), Georges Androlophe, sortirent de la limousine les ayant amenés jusqu’au tarmac. Le jeune candide tira légèrement sur son collier d’âme sœur, qui n’arrangeait point chaleur étouffante couplée au fait qu’il portait un costume majoritairement noir (captant donc grandement la chaleur du Soleil).
--------Le directeur du Sérèse était en train de discuter avec un des officiers supérieurs des services secrets, s’assurant des derniers détails concernant la sécurité des dignitaires des deux régimes. Heureusement, le fait d’avoir planifié la rencontre un jour de fête eut pour conséquence de faciliter les choses, les citoyens utilisant moins l’avion un jour où ils étaient avec leur famille.

--------Au même moment, l’appareil transportant à son bord la délégation lermandienne pénétrait dans l’espace aérien vlastique, la tour de contrôle prit contact avec les pilotes lermandiens :
-------C-TAL Unité, ici la tour de contrôle de l’Aéroport International Thénardeau de Mosvara, nous recevez-vous ?
-------Thénardeau Tour, ici C-TAL Unité, nous vous recevons cinq sur cinq. Demandons vecteurs d’arrivée pour approche initiale.
-------Ici Thénardeau Tour, rendez-vous à la balise au cap zéro trois huit de votre position. Après la balise, prenez ensuite le cap zéro deux zéro pour atteindre la piste quatre par une approche depuis le Sud.
-------C-TAL Unité à Thénardeau Tour. Pouvez-vous nous indiquer les conditions sur place ?
-------Thénardeau Tour à C-TAL Unité. La température au sol est de vingt-neuf degrés celsius avec un vent de face de quatre nœuds sur la piste.

--------Peu après, avec l’accord des responsables du dispositif de sécurité du côté lermandien, deux appareils de chasse vlastiques escortèrent l’avion présidentiel jusqu’à l’...
Pas mal, non ? C’est vlastique.
Aéroport International Thénardeau de Mosvara


--------Tout comme lors de la dernière rencontre, un tapis rouge avait été déroulé à l’emplacement prévu où s’arrêta l’appareil, mais cette fois ci des militaires vlastiques en uniformes de cérémonie avaient été disposés de manière à entourer ledit tapis rouge sur toute sa longueur. Après l’arrivée des plénipotentiaires, les deux hommes les plus importants de la rencontre firent à présent leur entrée :
Le vieux et l’impétueux.
Léonin Ilyas Frejnès et Michel Lucas Daniel Duval

--------Le vieux Secrétaire Général du P.C.V. (Parti Communiste de Vlastie) s’extirpa de sa Z.I.A. 600 Poulemane (difficilement, et grâce à l’aide de ses gardes du corps) pour rejoindre le Président de la République Lermandienne, qui sortit très peu après de son aéronef de la société Schmit Aviation. Au moment où ledit président apparut, un groupe de musiciens, plus imposant en nombre que celui ayant accueilli la Première Ministre Miller quelques mois auparavant, se mit à jouer l’hymne national lermandien.
--------Alors que les deux dirigeants se rejoignaient, au pied de l’appareil, les militaires vlastiques firent le salut militaire de rigueur en portant leur main droite à leur tempe tout en gardant la tête haute et le corps parfaitement droit. Léonin Frejnès empoigna fortement, bien que chaleureusement, la main de son homologue lermandien avant de prendre la parole :
-------Monsieur le président, bienvenue en Vlastie !

--------Au même moment, les membres des autres délégations se saluèrent cordialement, généralement d’une poignée de main. Bien qu’il n’échappa à personne l’attitude visiblement froide, très peu conviviale, du Directeur du Sérèse Georges Androlophe.
--------Le vieil homme, anti-oxydantal farouche, cachait à peine son antipathie totale et sa méfiance viscérale que suggéraient ces idées qu’il arborait fièrement depuis des années, malgré le fait qu’il respectait néanmoins le protocole d'accueil diplomatique en vigueur en serrant la main et souhaitant la bienvenue à ses interlocuteurs. Une attitude qui contrastait grandement avec celle du très jeune Premier Secrétaire du Politburo, qui se montrait très accueillant.
--------Les deux hommes se lancèrent plusieurs regards du coin de l'œil. L’un au étant accusateur et l’autre plein de défi.
{HRP}Bombastic side eye
Criminal offensive side eye
2323
Qu’attend le Président Duval de cette visite diplomatique ?

Réponse : rien.

En raisonnant ainsi, le Président Duval ne risque pas d’être surpris par un éventuel échec diplomatique provenant d’une nation communiste autrefois alliée de l’ancienne Viétie, aujourd’hui totalement démantelée par la République de Lermandie et l’État de Nebrownia.

De plus, les principaux dirigeants de la République démocratique vlastique sont des politiciens âgés de plus de 75 ans, conservateurs à leur manière… du moins pour des communistes.
Il faut reconnaître que la République de Lermandie a su évoluer et se développer dans des technologies de pointe, issues pour partie du complexe militaro‑industriel lermandien. La Grande République de Westalia est devenue l’un des moteurs économiques les plus puissants de l’Aleucie de l’Ouest, permettant ainsi à la République de Lermandie de profiter de cette dynamisme économique.
Et la République démocratique vlastique ? Toujours figée dans les années 1970.

Pourtant, l’importance de ce sommet entre les meilleurs( ou les pires )ennemis de l’Aleucie de l’Ouest ne doit pas être sous‑estimée. Depuis les années 2000, la volonté de la société lermandienne de développer la recherche scientifique, notamment dans le domaine spatial, en réutilisant les résultats de la R&D sur les missiles balistiques via l’ARDL, a été perçue par les dirigeants vlastiques comme une provocation.

En réaction, ces derniers ont entrepris de développer leurs propres missiles balistiques équipés d’armes de destruction massive, pointés vers la Lermandie.
Fort heureusement, la Lermandie dispose de la capacité industrielle nécessaire pour en aligner autant.
Cette crise, baptisée Crise des Aleumissiles, demeure techniquement en cours, bien qu’elle soit passée au second plan en raison, ou à cause, de la rivalité avec la Fédération de Sterus.


S330-500
Le S330-500 Présidentiel

Peu après l'atterrissage, le Président Duval descendit de son avion présidentiel et écouta Léonin Frejnès, personnalité influente de la Vlastie, lui adresser ses salutations. Le président lui rendit la politesse, fit de même avec les autres représentants politiques et se prêta aux photographies protocolaires. Et après avoir écouter la fanfare vlastique, le Président Duval suivit son homologue sur son invitations dans l'objectif de discuter tranquillement et sans aucune perturbation extérieure.

Ironiquement, le Président Duval se montre aujourd’hui moins méfiant envers les représentants vlastiques qu’envers certains États ayant récemment changé de régime, passant d’une démocratie plus ou moins libérale à des systèmes démocratiques décentralisés, voire anarchistes.
Le changement tue l’habitude, après tout.
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----------------21/07/2017
--------Après avoir attentivement écouté l’hymne lermandien avec son homologue et que les représentants vlastiques et lermandiens se soient salués, le Secrétaire Général du Parti, le vieux Léonin Ilyas Frejnès tendit le bras devant lui en direction des limousines blindées :
-------Monsieur le président.
--------Ils se dirigèrent tous deux vers les...
Z.I.A. 600 Poulemane
ZIA_600_Poulemane
--------Plus précisément vers la première du convoi, la seule à être équipée d’un fanion arborant le drapeau vlastique, et l’autre lermandien. Les autres limousines étaient toutes affublées de fanion uniquement d’un seul des deux pays, soulignant où devaient se placer les membres de telle ou telle délégation.
--------Le Président lermandien Michel Lucas Daniel Duval et le Secrétaire Général vlastique Léonin Ilyas Frejnès prirent place à l’arrière de la grande limousine en tête du cortège. Tout comme lors de la venue la Première Ministre lermandienne, l’intérieur somptueux, empli de dorures, de bois massif et d'écrans électroniques tactiles permettant aux passagers de sélectionner une station radio ou une chaîne de télévision pour le trajet.
--------Ledit cortège était bien entendu escorté par les Zatra 603 du S.R.S. (Service de Renseignement et de Sécurité, aussi qualifié de "Sérèse") et les automobiles de police de la marque Ghase.
Zatra 603 du Sérèse.
Zatra_603
Ghase de la police nationale.
Ghase1
Ghase2
Ghase3
--------Le jeune Michaël Gorbata, quant à lui, se dirigea vers la voiture qu’il avait emprunté à l'aller avec celui qui lui servait de père, le directeur du Sérèse. Le grand convoi prit l’immense autoroute à douze voies qui s’ouvrait.

--------Tout comme au cours de la dernière rencontre, le cortège continua sa course bien après la sortie pour atteindre Mosvara. Après un certain temps, ils arrivèrent jusqu’à la bretelle les amenant au...
Palais_de_Vertailles
Palais de Vertailles
--------À l’image de l’entrevue qui avait eu lieu en avril 2017, celle qui concernait les deux dirigeants aleuciens aujourd’hui allait se dérouler au sein de l’illustre résidence qui avait abrité les anciennes dynasties monarchiques qui avaient régné sur la Vlastie.
--------Les deux dirigeants finirent par sortir de la voiture quand on leur ouvrit les portes. Là aussi, il avait été nécessaire de donner au Secrétaire Général une aide dans le but de lui permettre de quitter le véhicule.
--------Ils prirent ensuite la pose devant des journalistes, qu’ils saluèrent, avant de pénétrer au sein de l’immense palais. Une fois à l’intérieur, ils prirent le chemin d’une des grandes salles internes de celui-ci, plus particulièrement un salon privé somptueux, au sein duquel les attendait des mets légers tels que des toasts de caviar ainsi que divers spiritueux doux.
Pas mal, non ? C’est vlastique.
--------Les membres de la délégation vlastique prirent place. Après le respect du protocole de vigueur, Léonin Frejnès lança les hostilités :
-------Si vous me le permettez, monsieur le président, j’aimerais entamer cette discussion. En adéquation avec les accords cadres signés il y a quelques mois, j’aimerais tout d’abord que nous actions la décision concernant la mise en place d’ambassades mutuelles.
--------Il pointa du doigt un homme se trouvant dans la pièce, celui se signala d’un signe de la main et prononça "votre excellence" en direction du président, avant que le Secrétaire Général ne reprenne :
-------Il s’agit de monsieur Valérien Federer, conseiller diplomatique du Ministère des Affaires Étrangères, vivement recommandé par le Premier secrétaire Michaël Gorbata.
--------Ledit Premier Secrétaire se signala également de la même manière. Le vieux dirigeant reprit :
-------Cela vous semble-t-il adéquat ?
--------Il laissa son interlocuteur sur cette question afin qu’il puisse lui donner sa réponse concernant le sujet discuté.
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La délégation diplomatique lermandienne, menée par le Président Duval, ne put s’empêcher de penser à l’indécence du Parti Communiste Vlastique, qui exposait sans retenue sa richesse à travers le fameux palais de Vertailles. Le communisme est censé promouvoir le partage équitable des richesses entre tous les citoyens ; pourtant, alors que la population vlastique vivait sous l’oppression de ses dirigeants et manquait régulièrement d’un confort de vie décent, les responsables politiques, eux, se gorgeaient de privilèges aux dépens de leur propre peuple.

Cela ne surprenait guère le chef de l’État lermandien : il connaissait bien la situation grâce aux informations officielles et officieuses provenant de Vlastie, mais aussi à l’héritage de l’ancienne Viétie, un territoire ancienne dirigé par un Etat communiste annexé par la Lermandie et la Nebrownie, et qui demeure l’un des plus pauvres du pays malgré de nombreux investissements publics et étrangers.

Peu après que le Président Duval et sa délégation eurent pris place sur les sièges proposés par les dirigeants vlastiques, ils écoutèrent leurs hôtes.

Michel Duval: "C’est tout naturel, Monsieur le Secrétaire, de vous laisser ouvrir la discussion. Après tout, nous ne sommes ici que vos invités."

Puis le Président Duval tourna son regard vers la personne désignée par le chef du Parti Communiste.

Michel Duval: "Enchanté de faire votre connaissance, Monsieur Federer. Nul doute que des échanges diplomatiques entre nos deux ministères seront réguliers, une fois que nous aurons trouvé des arrangements mutuellement bénéfiques dans un objectif de paix."

Le Président Duval était convaincu que l’époque de l’affrontement Monde libre contre dictatures communistes appartenait désormais au passé, un vestige du siècle dernier. Aujourd’hui, la Fédération de Stérus représentait la préoccupation numéro un de l’État lermandien.

Michel Duval: "Quoi qu’il en soit, je suis ici pour écouter vos propositions et discuter des moyens de résoudre ces tensions, qui me semblent devenues obsolètes depuis quelque temps. Par conséquent, messieurs, nous vous écoutons."
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--------Le secrétaire général du P.C.V. (Parti Communiste Vlastie) Léonin Ilyas Frejnès commença de façon directe, avec un ton calme et appaisé :
-------Monsieur le président, tout d’abord, je vous propose de séparer les sujets actuels dans plusieurs traités : l’un concernant la construction d’ambassade ainsi que la normalisation des relations vlasto-lermandiennes, un second portant sur les sanctions économiques qui durent depuis plusieurs décennies, et un dernier impliquant l’actuelle crise des Aleumissiles. Voyez-vous, je pense qu’il serait intéressant de montrer que l’amélioration des relations est une mesure relevant du long terme et pas uniquement d’une crise passagère.
--------Marquant une légère pause pour reprendre son souffle et difficilement déglutir, le vieil homme reprit :
-------Voici les conditions que nous proposons pour la normalisation des relations. En premier lieu, comme nous venons d’en convenir, l’instauration d’ambassades permanente à Bradis et Mosvara avec l’établissement d’ambassadeurs ainsi que de diplomates en présence constante. Ensuite, dans cette même optique de rationalisation diplomatique, il sera important de mettre en place des canaux de communication ouverts en permanence, également les gouvernements vlastique et lermandien se devront une reconnaissance mutuelle, notamment avec l’institutionnalisation la fin de l’usage du terme "vlastiens" en ce qui concerne des éléments actuels de notre pays.
--------Bien que toujours courtois, le vieux dirigeant avait insisté sur une partie du mot encore utilisé pour qualifier la gentilité de la Vlastie. En effet, il était connu de tous que le fait de ne pas utiliser le terme "vlastiques" était un moyen pour le gouvernement lermandien de protester de façon symbolique contre le gouvernement communiste, en montrant le fait que les lermandiens ne reconnaissaient pas le changement de gentilité après la victoire du P.C.V. dans les années 1930.

--------Il s’arrêta un instant avant de prendre une gorgée de son verre d’eau, alors que les autres membres de la délégation vlastique semblaient observer toute la situation. Le secrétaire général continua :
-------Nous devons de plus aborder les embargos sur les produits et services provenant de la Vlastie. Voyez-vous, afin de garantir des relations stables sur le long terme, la fin des sanctions sur notre nation semble pertinente, ou à défaut un très important assouplissement de celles-ci. De même, il faudrait envisager de futures négociations trilatérales avec la Grande République de Westalia concernant le blocus maritime militaire empêchant le passage des navires vlastiques. Des échanges économiques facilités, ou au moins la fin des sanction, seraient une avancée des plus conséquentes pour garantir un apaisement sur le long terme.
--------Finissant son verre d’eau, le vieillard conclut :
------- Qu’en pensez-vous monsieur le président ? Quelles seraient, du côté lermandien, les conditions de ces deux premiers accords ?
--------Il s’adossa à son siège, dans une position plus confortable montrant son désir d’écoute.
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Le Président Duval ne semblait pas exprimer la moindre émotion devant le dirigeant vlastique. Mais intérieurement, le chef de l’État lermandien souriait. Voilà maintenant cinq ans que les essais balistiques, responsables de cette soi‑disant Crise des Aleumissiles, étaient régulièrement évoqués en Vlastie, alors qu’ils ne suscitaient presque aucune réaction dans les médias lermandiens.
La raison était simple : le rapport de force entre les deux pays penchait très largement en faveur de la Lermandie. Non seulement grâce à ses capacités balistiques, mais aussi grâce à la performance de son complexe militaro‑industriel et à la qualité de son matériel.


D’ailleurs, ces tests de missiles balistiques n’étaient presque plus réalisés en conditions réelles à Artaville : ils étaient désormais effectués par simulations informatiques sur supercalculateurs. Le site de lancement était même devenu, depuis quelques mois, le nouveau centre de lancement des fusées lermandiennes de l’Agence Républicaine des Études Spatiales. Les premiers lancements officiels étaient prévus pour janvier 2019.

Quant au fameux embargo pénalisant la Vlastie, le Président Duval y voyait surtout une opportunité économique : un moyen d’augmenter les revenus de l’État lermandien via les entreprises privées dans lesquelles celui‑ci détenait des participations.

Michel Duval: "Eh bien, Monsieur le Secrétaire, il faudrait être un peu plus précis concernant ces Aleumissiles. Parlez‑vous d’une interdiction de produire ces lanceurs ? Souhaitez‑vous limiter les tests en conditions réelles au profit des simulations informatiques ?
Sachez, Monsieur le Secrétaire, que la plupart de nos missiles balistiques sont déjà testés par simulation, grâce aux données recueillies lors de lancements réels effectués les années précédentes.

Mais peut‑être faites‑vous allusion à notre programme spatial, désormais installé sur ce site d’essais… Dans ce cas, je crains de devoir vous dire que ce programme ne sera en aucun cas interrompu : ce ne serait absolument pas dans l’intérêt de l’État."

Duval marqua une courte pause avant de reprendre, d’un ton parfaitement neutre.

Michel Duval: "Concernant l’ouverture d’ambassades entre nos deux pays, je n’y vois aucun inconvénient. Après tout, nos deux nations ont tout intérêt à maintenir des relations civilisées face à des États autrement plus agressifs.
En revanche, pour ce qui est de la désignation de votre population, l’État lermandien n’a pas le pouvoir d’imposer un tabou lexical afin d’en privilégier un autre. La République de Lermandie garantit la liberté d’expression : c’est donc à notre population de choisir les termes qu’elle souhaite employer pour désigner la vôtre."

À cet instant, le Président Duval adressa à son interlocuteur un sourire subtilement ironique, un discret « Cheh » diplomatique, destiné à rappeler que la République de Lermandie était une démocratie pleinement établie, contrairement à la République Démocratique Vlastique.

Michel Duval: "Pour ce qui est de la levée des embargos visant votre pays, je dirais que cela est envisageable, mais cela devra être discuté avec mon homologue westalien.
Notez toutefois qu’une condition évidente sera la réciprocité : un accès équitable à votre marché intérieur. Et, bien entendu, je serais curieux de savoir ce que votre pays pourrait exporter vers la Lermandie."

Le Président Duval ne s’inquiétait guère des échanges économiques avec la Vlastie. Après tout, l’un des rares points communs entre la République de Lermandie et la République Démocratique Vlastique était leur interventionnisme économique.
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--------Bien que surpris, le vieux loup vlastique ne laissa absolument rien transparaître.

--------Léonin Frejnès n’était pas un débutant. Des impudents qui tentent de déformer ses propos pour le pousser à l’erreur, il en avait vu d’autres. Après tout, cela faisait plus de cinquante ans qu’il luttait face à des stratégies de déstabilisation (souvent efficaces pour les non-initiés) qui étaient très similaires à celles dont le président Duval semblait faire usage aujourd’hui.
--------S’il était parvenu à se hisser à la tête de l’un des dictatures les plus sévères d’Aleucie, ce n’était pas en se laissant décontenancer à la moindre petite provocation qui aurait pu lui être apportée. Et puis bon, il n’allait pas se laisser faire par un petit jeune lermo, qui n’était en plus même pas encore né au moment où Frejnès combattait en Viétie dans les années 1950.



--------Il parla d’une voix posée, calme, montrant à la fois une certaine consilience et un désir de garder le contrôle :
-------Concernant la Crise des Aleumissiles, je comprends que nous ne pouvons pas réduire nos arsenaux, de même pour vous, et les simulations informatiques sont d’hors et déjà un standard largement répandu. Même si, après ces négociations, la Lermandie ne représentera plus un danger pour nous et que Vlastie ne sera désormais plus une menace pour vous, avec ce que nous espérons être une nouvelle détente, nos deux nations auront besoin de pouvoir disposer d’une force de frappe suffisante pour parer à toute éventualité.
--------La situation au sujet de ladite Crise des Aleumissiles était bien plus compliquée qu’il ne pouvait y paraître.
--------Sur une période allant de 2016 à 2017, la Lermandie faisait des essais balistiques (dont une petite partie avec de réels missiles), jusque-là rien d’anormal, néanmoins ces tests arrivaient à des instants peu propices. En effet, au moment où lesdits essais avaient été entamés, la Vlastie avait déjà commencé une modernisation depuis quelque mois des lanceurs et systèmes de guidages destinés à son arsenal de destruction massive.
--------Les dirigeants vlastiques, d’un naturel méfiant (voir paranoïaque, au vu de leur âge), avaient toujours craint que les autorités lermandiennes ne souhaitent attaquer la Vlastie pour se venger de sa participation à la Grande Guerre de 1958. Ils virent donc dans ces banals entraînements une provocation, un moyen de tester leurs nerfs dans cette Guerre Froide qui s’éternisait depuis le début des années 1950 et qui avait vu grand nombre de projets venir du côté vlastique de l’échiquier.
--------Il prit une gorgée d’eau :
-------Nous devons donc trouver un moyen de montrer que nous sommes en train de trouver une issue pacifiste à cette crise, tout en n’entravant pas la production de nos Armements de Dissuasion Massive afin de nous défendre contre des menaces extérieures. Nous savons quels genre de problèmes des nations aux dérives agressives et menaçantes à l’international telles que le Sterus peuvent causer, et avoir une force dissuasive pour calmer leurs velléités est plus que primordial pour vous comme pour nous.

--------Il continua ensuite :
-------Puisque vous abordez le sujet de votre programme spatial, sachez que jamais les vlastiques n’entraveraient les efforts d’une nation dans ce domaine, et ce peu importe laquelle. Pour nous, les recherches sur l’Espace extra-atmosphérique revêtent un caractère disons...
--------Il donna l’air de chercher ses mots avant de reprendre.
-------... "inviolable", en quelque sorte. Après tout, nous savons quelle importance elles requièrent au vu du fait que la Vlastie a été l’un des premiers pays au monde à envoyer un satellite artificiel, en mille-neuf-cent quatre-vingt-sept. Une célébration nationale est même prévue pour fêter l’anniversaire de trente ans du lancement le quatre octobre prochain.
--------Parmi les grands projets vlastiques de la seconde moitié du XXème siècle, l’on comptait des programmes à portée symbolique, comme le Stratos CO-144, un avion de ligne supersonique qui servait en véritable instrument de soft power. Mais, dans le hard power, il était possible de compter un important réseau de satellites espions (développé depuis les années 80 et mis en service au début des années 2010) sillonnant en continu le sol de la Lermandie pour arriver à détecter des lancements de missiles offensifs lermandiens.
--------Dans les débuts paroxystiques de cette appréhension d’une vengeance, en 1971, avait été inauguré par Nicétas Sergio Rouchtchès (prédécesseur de Léonin Ilyas Frejnès) un gigantesque mur couvrant une très grande partie de la frontière terrestre de la Vlastie avec le reste de l’Aleucie. Ce mur était un rempart militaire très moderne pour l’époque et constamment tenu à jour, et avait été complété au fil des années par des fortifications maritimes et sous-marines (notamment de mines navales) ainsi que d’immenses champs de mines antipersonnelles.
--------Un véritable symbole de cette Guerre Froide qui n’avait que peu de portée dissuasive puisque ce rôle était en réalité tenu par l’arsenal de dissuasion massive vlastique. Ce fut en revanche un moyen efficace mais beaucoup trop onéreux (par rapport à son inutilité) de préparation du pays en cas d’attaque frontale, mais aussi de parvenir à mettre à absolument tout risque d’exode de population vers l’étranger de la part de personnes qui souhaitaient fuir le régime communiste autoritaire.



--------Allant au prochain sujet, Léonin Frejnès resta conciliant, faisant la même mine qu’une personne dont on aurait mal compris les propos :
-------Monsieur le président, je crains qu’il n’y ait une sorte de quiproquo. En ce qui adjoint à la désignation de la population vlastique, nous n’imposerions jamais de censure à une nation étrangère, nous formulons simplement la requête que vous services officiels utilisent la gentilité correcte.
--------Frejnès était un autoritaire, mais pas un imbécile. Demander à la Lermandie une telle censure de ses médias, ce serait le meilleur moyen de s’assurer un incident diplomatique et les négociations deviendraient rapidement bien plus complexes.
-------Nous ne pensons pas qu’il faille imposer des directives à vos médias d’information, en réalité cela ne les concerne pas. Cela étant dit, cela prouverait le grand professionnalisme des porte-parole du gouvernement lermandien si lesdits porte-parole utilisaient une désignation établie et actuelle, au lieu d’une expression tombée dans la désuétude il y a de cela plus de quatre-vingt ans.
--------En guise de cerise sur le gâteau, il ajouta à son argumentaire :
-------De plus, ne serait-il plus accommodant d’assurer des communications par nos ambassades si nos nations ont rationalisé les termes utilisés par leurs représentants ? Les journalistes peuvent utiliser les termes avec lesquels ils sont les plus à l’aise, mais des protocoles diplomatiques clairs entre nos dignitaires sont nécessaires dans les prises de contact bilatérales.



--------Ils en vinrent au sujet qui ne pourrait pas être réglé aujourd’hui mais qui était tout du moins primordial : la question des sanctions économiques sur la Vlastie. En effet, depuis un long moment maintenant la Vlastie subissait de plein fouet des embargos et blocus de la part de la Lermandie, qui avait coordonné ses efforts avec d’autres pays de l’Aleucie opposés aux dictatures sur le continent, principalement Westalia.
--------Même si la Vlastie avait pu se développer, grâce à sa forte démographie et à ses grandes réserves de matières premières, les embargos et blocus avaient toujours porté un lourd coup à son économie. Depuis les années 1980, peu après l’arrivée au pouvoir de Léonin Frejnès, le pays avait principalement axé son économie sur les exportations de matières précieuses telles que les hydrocarbures.
--------Il ne fallut pas longtemps pour que les conséquences s’en fassent ressentir sur l’économie, au vu du fait que le vieux dirigeant vlastique avait délaissé tous les autres secteurs. À cause de cela et de la corruption gangrénant la société, le pays connut petit à petit un long déclin économique étalé sur plus de trente ans mais surtout caché à toute la population et aux nations étrangères, avec l’épuisement des réserves qui avaient été accumulées par les prédécesseurs de Frejnès.
--------Les réserves souterraines regorgeaient toujours de ressources naturelles, mais les quantités qui avaient déjà été forées et stockées en prévision de mauvaises périodes étaient de plus en plus proches du tarissement. Mais plutôt que de réformer le pays, de stimuler la croissance par la recherche et le développement, l'optimisation des processus de production ou de nouveaux forages, les vieux dirigeants préféraient négocier l’exportation de leurs matières premières.
-------En ce qui attrait à la fin des sanctions économiques et la mise en place d’échanges dans ce domaine, nous comprenons qu’il faille mettre en place une nouvelle rencontre diplomatique à ces fins. Pour arriver à ce que notre pays pourrait exporter en Lermandie et au sein de l’Aleucie, nous pensons principalement à des produits issus du secteur primaire, tels que des ressources brutes ou transformées en ressources intermédiaires, ainsi que des denrées alimentaires.
--------Il prit une nouvelle gorgée dans son verre d’eau :
-------Néanmoins, nous considérons, pour l’instant, que les échanges économiques seraient principalement par des échanges internationaux de produits. Voyez-vous, nous ne pouvons décemment pas accepter en Vlastie des entreprises capitalistes étrangères. Cela étant dit, les détails seront à préciser et à négocier lors de prochaines entrevues avec nos homologues westaliens, qui concerneront les sanctions.
--------Il fallait dire que les vlastiques, bien que prêts à coopérer de façon multilatérale sur le plan des échanges, étaient très attachés au fait que l’économie soit sous le contrôle quasi-intégral de leurs concitoyens. En effet, en conséquence des nombreuses sanctions économiques et de l’isolation du pays provenant des violences sous la régence de la dictatrice Joséphine Talin (ayant dirigé le pays 1937 à 1963), la Vlastie n’avait jamais cessé de nourrir un rêve autarcique.


--------Laissant la parole à son homologue lermandien, Léonin Frejnès prit une des petites bouchées au caviar, tout en ne lâchant pas du regard le président Duval pour signifier qu’il l’écoutait désormais attentivement.
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Le Président Duval écouta attentivement les propos de son homologue vlastique. La plupart des arguments avancés ne l’étonnaient guère. Toutefois, il décida de jouer carte blanche avec la Vlastie. Après tout, si cela pouvait permettre de faire entrer ce régime dans la sphère d’influence lermandienne, autant tenter l’ouverture.

Michel Duval: "Concernant la crise des Aleumissiles, nous pourrions envisager la création d’une commission binationale regroupant des diplomates des deux pays. L’objectif serait de rassurer nos gouvernements respectifs et d’éviter toute escalade inutile.
Cependant, je pose une condition claire : il ne devra y avoir aucun vol de technologie, ni tentative d’acquisition de plans, ni prise de photographies de systèmes sensibles, d’un côté comme de l’autre.
Cette idée, qui me vient à l’instant, pourrait constituer la base d’une relation de confiance entre nos deux nations."

Duval n’était pas naïf. Il n’accordait aucune confiance à un régime communiste autoritaire. Mais il savait aussi que provoquer inutilement un État issu de l’ancien bloc de l’Entente serait contre‑productif.

Michel Duval : "Pour ce qui est du domaine spatial, je ne peux qu’acquiescer. La recherche est un gage de paix, de progrès et de prospérité."

En réalité, Duval était parfaitement hypocrite. Le programme spatial lermandien n’avait rien d’un projet pacifique : il s’agissait avant tout d’un enjeu de sécurité nationale. Mais il avait conscience que la Lermandie avait pris du retard sur la Vlastie, notamment parce que la République sortait à peine d’une succession de conflits, dont la Grande Guerre de 82.
Cette période avait lourdement pesé sur l’économie : remboursement des dettes, reconstruction des infrastructures, et investissements massifs dans les régions occidentales de l’ancienne Viétie désormais annexées.


Michel Duval: "Pour ce qui est du terme à employer pour désigner vos administrés, je peux vous assurer que je donnerai des consignes à notre diplomatie et à mon gouvernement, du moins à ceux issus de ma majorité, pour utiliser le mot vlastique. Mais cela dépendra toujours de celui qui gouvernera en Lermandie."

Duval savait pertinemment que choisir entre “vlastien” et “vlastique” ne changerait rien à la vie du dirigeant vlastique. Mais si cela pouvait flatter son ego, autant l’accorder.

Michel Duval: "Enfin, concernant l’économie, je ne peux pas statuer seul. Toutefois, si l’embargo venait à être partiellement ou totalement levé, les droits de douane par défaut de la Lermandie s’appliqueraient à vos marchandises afin d’éviter toute concurrence déloyale.
En revanche, accueillir nos entreprises sur votre sol pourrait ouvrir la voie à un approfondissement de nos relations économiques."
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