A la fin du Chaos de Carnavale (1931-1938), trois grandes familles émergent sur les ruines de la couronne de Vale : les Dalyoha, les Obéron et les Castelage. Chacune spécialisée dans un secteur de l'économie particulier, elles s'accordent sur la cessation des hostilités entre elles, préférant à la guerre ouverte une forme de concurrence larvée et d'équilibre de la terreur. Chacune des trois grandes familles de Carnavale se dote d'une milice qui participe à construire un oligopole militaire dans la Principauté.
Comme bien souvent à Carnavale, les milices sont un marché sur lequel les diplômés des prestigieuses écoles militaires peuvent choisir de rejoindre l'une ou l'autre, selon leurs compétences et la situation militaire du moment. Certains clans proposent, après le recrutement, des formations plus poussées pour adapter les compétences de leurs soldats aux spécificités des armes employées par leur milice. Les Dalyoha entraînent ainsi à la manipulation des armes chimiques et bactériologiques, les Obéron préfèrent la fuséologie et l'artillerie. Les milices Castelage, elles, s'illustrent dans le renseignement urbain.
Bien qu'elles soient en concurrence, les milices collaborent malgré tout très régulièrement. Sauf pour les opérations les plus sensibles, elles communiquent leurs intentions les unes aux autres et s'informent de leur stratégie afin de ne pas se marcher sur les pieds. Carnavale ne possède pas d'organe militaire centralisé (si on fait exception de Commissariat Central, qui s'occupe de la sécurité intérieure) et l'autonomie des milices implique nécessairement une bonne coordination entre elles. Elles s'unissent également souvent sur certaines opérations lorsque leurs capacités peuvent fonctionner en synergie.
Le partage des savoirs-faire tout comme la concurrence industrielle entre les milices a fait l'efficacité militaire de Carnavale, en état de guerre avec elle-même permanent. Les menaces ne manquent pas sur le sol de la Principauté : lépreux, sectes, gangs, etc. sont autant de théâtres d'opérations où les miliciens Castelage, Dalyoha et Obéron peuvent s'entraîner les uns avec les autres, ou les uns contre les autres.
Historiquement, les milices Obéron sont les plus nombreuses et les mieux équipées. Après la chute du clan, elles sont devenue le SAD BB, le Syndicat Autonome de la Dissuasion Balistique et Biologique et s'apparentent de plus en plus à une forme de proto-armée nationale. Efficaces et mobiles, le SAD BB se déplace en groupes et peut tenir une ligne de défense, une rue, un boulevard, un champ. Spécialistes de l'artillerie, des fusées et des mines, elles font de la progression de l'ennemi un enfer et maîtrisent comme personne les opérations massives en milieu urbain.
Les milices Dalyoha, davantage spécialisée dans les opérations commandos, se caractérisent par l'emploi de produits chimiques et biologiques sur le terrain. Gaz incapacitant, seringues et fléchettes, elles peuvent tuer ou neutraliser à l'aide de produits inodores sans même alerter l'ennemi de leur présence. L'angoisse d'être assommé par l'une de leurs attaques et de se réveiller dans les tréfonds de Bourg-Léon en a fait capituler plus d'un...
Les milices Castelage, enfin, se font plus discrètes. Pas moins efficaces que leurs deux concurrentes, elles profitent de la manne financière quasi illimité de la Banque Princière éponyme pour graisser des pattes et obtenir des renseignements que personne d'autre n'aurait réussi à avoir. Le clan Castelage a ses entrées dans la Cité noire et plutôt que de circuler furtivement dans les égouts comme des rats, ses miliciens se montrent au grand jour, parfois même en habits civils, où ils s'apparentent à une véritable armée populaire.
On estime le SAD BB à environ 30 000 hommes, les milices Dalyoha et Castelage n'en comptent pour leur part que 20 000. Moins nombreux sont ceux qui se déploient réellement sur le terrain considérant le grand usage que fait Carnavale de ses opérateurs, réseaux satellites et neuronaux connectés. Comme souvent la Principauté privilégie l'efficacité du petit nombre à la masse. Les miliciens carnavalais sont d'ailleurs réputés pour leur haut niveau d'éducation, bien loin des bourrins que recrutent souvent les armées de métier. Il faut dire que la prime est bonne dans les milices, sans compter les nombreux avantages en nature et le prestige d'être recruté. Devenir officier dans les milices garantit de sortir sa famille de la misère et l'armée est un rouage à part entière de la méritocratie carnavalaise.

L’emblème partagé des milices, représentant un squelette noir sur fond jaune, reprend le code couleur des panneaux indiquant le danger radiologique ou chimique. Repérable de loin sur un brassard, un plastron ou une épaulette, il indique lorsque les milices font des opérations de maintien de l'ordre, que mieux vaut se trouver ailleurs que dans leurs parages...

