25/11/2018
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[à archiver] Apex Uuqtinut, une histoire de gaz

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Cela fait maintenant plusieurs années qu’Apex s’est étendue à l’international, Sylva, Velsna, Slaviensk et bien d’autres, au total, l’entreprise s’était implantée dans 6 pays en dehors de Rasken et Uuqtinut pourrait bien devenir le septième. Il y a maintenant 3 ans, le petit État du nord d’Aleucie avait lancé un appel d’offres pour l’exploitation de gisements au large de ses côtes, appel étant resté sans réponse du côté d’Apex, l’entreprise étant déjà débordée par ses investissements déjà en cours. 3 ans plus tard, l’appel d’offres est toujours sans réponse de la communauté internationale, mais l’entreprise raskenoise ayant terminé certains de ses investissements, elle est maintenant en capacité d’y répondre. Cependant, un tel appel d’offres ne se négocie pas avec un simple oui ou non, bien trop de détails devant être discutés, il n’y a qu’une rencontre pouvant amener à la fin souhaitée.

Cette rencontre, les officiels d’Apex en concertation avec le ministre des relations avec l’étranger de la république native d’Uuqtinut, a lieu aujourd’hui, le 20 février 2018. Cependant, une telle rencontre ne pouvait se dérouler n’importe où, il fallait un lieu symbolique, c’est tout naturellement qu’Apex choisit le siège de son partenaire Kiesling OilRig Group surnommé KORG dans la ville portuaire de Lengenbruck. Pourquoi un tel choix ? La réponse est évidente pour Apex, car du haut du bâtiment de KORG, on peut apercevoir le chantier naval de l’entreprise où sont assemblées les plateformes pétro-gazières de classe Keryl. Plateformes qui, suite à l’accident du Dämonische Grube le 8 janvier 2016, virent leurs mesures de sécurité grandement renforcées, à tel point que certains disent que l’endroit le plus sûr de la planète est une plateforme Keryl. L’objectif d’Apex en choisissant ce lieu était de montrer à ses invités tout le savoir-faire raskenois en matière d’exploitation en mer.

Il était 9 h du matin et sur le tarmac de l’aéroport de la capitale raskenoise se trouvait une voiture, dedans le dirigeant de la branche internationale de l’entreprise, Falko Meyer, attendait patiemment la venue de son invité. Heureusement pour lui, sa patience avait payé, car on venait de lui annoncer que l’avion du ministre de l’Uuqtinut allait se poser d’une minute à l’autre. Une fois l’avion arrêté, Falko Meyer se dirigea vers son invité pour le saluer.

Falko Meyer – C’est un plaisir de vous rencontrer, excellence Umiaktorvik, j’espère que le vol s’est bien passé.
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Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger de la République Native d'Uuqtinut, venait de descendre de son avion :

En effet, ce vol fut plutôt calme, en dépit du blizzard qui recouvrait l'Uuqtinut lorsque nous avons décollé de l'aéroport de Juunaitit. Je vous remercie de vous enquérir de mes conditions de voyage.
Cette vue sur la mer et sur les chantiers côtiers est incroyable. Cela fait ressembler l'économie raskenoise à un monstre en comparaison de celle de mon petit pays. J'espère bien que nous pourrons grâce à vous nous faire une place dans l'économie mondiale ! Concurrencer seuls les géants des hydrocarbures comme Apex ou Gazoka, ce n'est pas chose facile, du haut de notre petite population.
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Falko Meyer – Il est vrai que l’économie raskenoise peut s’apparenter à un monstre, cela apporte des avantages, mais également son lot d’inconvénients, le fait que l’économie repose à 40 % sur de l’industrie fait qu’elle est très gourmande en ressources. Malgré ce qui peut se dire à l’internationale sur Rasken et sur son abondance en matières premières, le pays est en réalité assez pauvre, ou plus précisément peu diversifié, la quasi-totalité de la richesse souterraine de mon pays étant concentrée sur le pétrole, le fer et un peu moins le gaz. Mais cela ne suffit pas forcément à assurer notre indépendance, sur le gaz par exemple, Rasken ne subvient qu’à 22 % de sa consommation, de plus, la remontée de la production étant due à des gaz disons moins conventionnels, comme le gaz associé ou le gaz de charbon. Rasken est donc un monstre, mais un monstre dépendant des importations pour se maintenir à flot, cependant, votre pays, l'Uuqtinut, pourrait bien devenir un véritable hub énergétique à l’avenir. Votre nation dispose d’un atout précieux : un potentiel énergétique encore totalement inexploité et une volonté politique claire de se développer. Ce sont souvent ces pays-là qui finissent par surprendre les géants que vous mentionnez.

Cependant, potentiel énergétique ne veut pas dire que les ressources sont là, mais qu’il faut prouver leur existence. Lorsqu’on regarde les données que vous nous avez transmises, on remarque tout de suite l’immense prospect du nord du pays, cependant, il y a une chose que l’industrie extractive de manière générale m’a apprise, c’est que la nature ne nous fait jamais de cadeau et que les apparences sont parfois trompeuses. Je vous dis ça en connaissance de cause, car à Rasken, nous avons eu un cas similaire avec le prospect Courtial, un prospect à grande profondeur (12 000 mètres) s’étalant sur plus de 100 km de longueur avec 6 dômes visibles grâce aux données sismiques. À l’origine, on avait estimé que celui-ci contenait près de 4 500 milliards de m³, cependant, lors du premier forage, la seule chose qui remonta, ce fut du CO2 et non du gaz naturel. Par la suite, nous avons foré le dôme deux et trois pour savoir si ceux-ci étaient communicants ou distincts les uns des autres. Au final, les dômes ne communiquent pas entre eux, mais seul le dôme numéro trois a mis en lumière des ressources exploitables, 500 milliards de m³ pour être précis, soit 9 fois moins que l’estimation initiale. Même s’il nous reste les dômes quatre, cinq et six à forer, nous avons maintenant peu d’attentes sur ce qu’il pourrait s’y trouver. De plus, en plus d’être une déception au niveau des réserves, Courtial fut également le théâtre du plus grave accident de notre compagnie le 8 janvier 2016. Plus on fore profondément, plus les incertitudes augmentent, et Courtial ne nous le rappelle que trop bien, nous pensions savoir ce qu’il se passait à 12 000 mètres de profondeur, mais l’accident parle de lui-même. Enfin bon, l’accident aura au moins eu l’avantage de nous forcer à renforcer grandement notre matériel et nos mesures de sécurité pour empêcher qu’un accident de ce type ne puisse se reproduire à l’avenir.

Si je vous dis tout ça monsieur Umiaktorvik, ce n’est pas pour vous faire peur ou vous dire que ça ne sert à rien, mais pour vous dire que nous ne savons en réalité pas grand-chose sur les profondeurs de notre planète, l’Homme sait bien plus de choses sur les confins de l’espace et la naissance de l’univers que ce qu’il se cache sous nos pieds. Pour savoir avec certitude ce qu’il se passe et l’étendue de vos ressources gazières, il n’y a qu’une seule solution : un forage. Heureusement pour vous, les prospects gaziers de votre pays se trouvent à des profondeurs relativement faibles par rapport à ce que nous avons déjà réalisé, ce ne sera pas une promenade de santé, mais ce ne sera pas un enfer non plus.
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Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger de la République Native d'Uuqtinut :

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ces histoires nous remettent à notre place de petits êtres qui tentent de maîtriser la nature. J'espère bien que vos installations seront assez solides pour ne pas reproduire une telle catastrophe, dont j'avais déjà un peu entendu parler. Et le froid qui règne sur place n'aidera pas non plus, j'espère que vos machines peuvent y résister, ainsi qu'à des changements de température étant donné que le sous-sol est bien plus chaud que notre blizzard hebdomadaire.

Si vous avez répondu à notre appel d'offre, c'est donc que vous pensez que le potentiel uuqtinut sera meilleur qu'un peu de CO₂, me tromperai-je ? Je ne m'attend pas à découvrir un gisement immense sous nos pieds, mais quelque chose qui permettra de donner un coup d'accélérateur au développement de l'Uuqtinut et du Tuktuqivik voisin sera le bienvenu.
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Falko Meyer – Pour ce qui est de la résistance de nos installations aux conditions météorologiques parfois extrêmes, vous n’avez pas à vous en faire, car si exploitation il y a, les plateformes qui seront utilisées seront les mêmes que celles en activité au large de la cité libre de Nowa Velsna. La cité se trouve, à peu de chose près, à la même latitude que l’Uuqtinut et est soumise à des conditions météorologiques similaires. Pour ce qui est de la reproductibilité de l’accident que nous avons subi, cela serait hautement improbable : comme je vous l’ai dit, les prospects offshore que vous avez localisés se trouvent à des profondeurs bien moindres, les pressions en jeu ne seront donc en rien comparables avec ce que nous avons pu rencontrer.

Pour répondre à la deuxième partie de votre question, non, nous ne pensons pas que l’Uuqtinut dispose d’un meilleur potentiel que juste un peu de CO₂, car dans l’industrie pétro-gazière, rien n’est certain, et seul un forage nous permet d’affirmer avec certitude. Pour faire une analogie, chercher du pétrole, c’est comme naviguer sur une mer que l’on ne connaît pas très bien. Au moment de prendre la mer, on dispose de cartes, de radars et de sonars qui vont nous donner une idée générale de ce que l’on peut trouver sous l’eau (le relief, des zones peu profondes, parfois des anomalies, etc.) ; cependant, cela ne montre jamais le fond marin avec certitude. L’exploration pétro-gazière, c’est la même chose : on utilise de l’imagerie sismique pour obtenir une idée globale du sous-sol, permettant de déceler des formations géologiques susceptibles de contenir des hydrocarbures.

Tant qu’un navire n’a pas jeté une sonde, il ne sait pas avec exactitude ce qui se trouve sous la coque ; de la même manière, on ne peut pas savoir s’il y a réellement des hydrocarbures et en quelles quantités tant qu’on n’a pas foré.

Vous me direz peut-être que, dans votre cas, des forages ont bien été effectués et que du gaz a effectivement été extrait en petite quantité ; cependant, comme mentionné dans l’étude, ce forage n’a jamais atteint la poche principale. Pour quelqu’un d’externe au monde des hydrocarbures, cela peut s’apparenter à une bonne nouvelle, car cela confirme la présence de gaz, mais ce n’est pas du tout le cas, et cela peut même vouloir dire l’inverse ; je m’explique.

Pour qu’il y ait des poches d’hydrocarbures, il faut qu’à un moment dans l’histoire de la Terre il y ait une roche mère produisant des hydrocarbures et que ceux-ci aient migré vers une roche réservoir, empêchant qu’ils ne remontent davantage, formant de facto un gisement. Si vous avez atteint une poche de gaz au-dessus de la poche principale, il existe trois situations :

  • Premièrement : la poche que vous avez percée est le résultat d’une accumulation secondaire d’hydrocarbures liée à une fuite limitée de la poche principale, qui, elle, est toujours étanche, contient des hydrocarbures en quantité suffisamment importante et est donc commercialisable. Ceci est le cas idéal, mais comme toute chose idéale, ce n’est pas la plus fréquente.
  • Deuxièmement : les hydrocarbures qui ont été générés dans la roche mère ont correctement migré vers la roche réservoir, mais celle-ci a perdu de son étanchéité avec le temps, les hydrocarbures reprenant alors leur migration, ce qui fait que la poche principale est soit partiellement, soit entièrement vide. La poche secondaire que vous avez percée représente ce qu’il en reste.
  • Troisièmement : la poche secondaire que vous avez percée appartient à un système pétrolier distinct, sans communication avec la poche principale, son gaz provenant d’une autre roche mère. Dans ce cas, nous n’avons aucune idée du contenu de la poche principale : elle peut être pleine, vide ou remplie d’eau.

Comme je vous l’ai dit, dans l’exploration pétro-gazière, on travaille à l’aveugle ; on évolue dans un brouillard constant, brouillard ne pouvant être levé que par un forage. Ce que je vous ai dit va peut-être vous démotiver, et j’en suis conscient, mais c’est la vérité. Ce que je veux vous dire, c’est que je ne peux pas vous promettre la lune. Apex Energy est une entreprise centenaire avec beaucoup d’expérience : si nous voulions absolument le contrat, je vous dirais que les risques sont nuls, que la présence de gaz est avérée et que les quantités en jeu sont faramineuses, mais vous dire cela serait non seulement vous mentir, mais également vous manquer de respect. Ce que nous voulons, c’est établir un lien de confiance avec nos partenaires, pas les arnaquer.

Vous me demandiez ce qui nous a convaincus de répondre à votre appel ? C’est très simple : c’est la présence d’imagerie sismique, car cela veut dire que l’on sait où chercher si l’on veut maximiser nos chances de trouver des hydrocarbures. Je sais que cela peut etre frustrant, car je ne vous donne pas de réponse clair, que les gisement dispose de X milliards de m³ cube, mais sans forage je ne peux rien affirmer. Avec les imageries sismiques et en partant du principe que les prospects sont tous plein, alors des milliers de milliards de m³ dorme sous vos pieds, mais il est également possible qu’il n’y ai rien ou seulement une fraction.
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Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger de la République Native d'Uuqtinut :

Je vous remercie beaucoup de votre honnêteté à notre égard, cela montre qu'Apex ne cherche pas à exploiter les méconnaissances des gouvernements des petits pays. Quoi qu'il en soit comme vous le dites, il faut forer. Nous le ferons donc ! Mon État peut se permettre de financer cela, et les ports de Juunaitit et Peltzbourg pourront accueillir vos navires et autres engins de prospection aussi longtemps que vous en aurez besoin. Nous pouvons aussi fournir de la main d'oeuvre locale si vous en avez besoin.

Si cela vous convient, je suppose que nous pouvons conclure cette entrevue et en fixer une dans quelques temps, lorsque vous aurez eu des résultats, je l'espère, favorables ?
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Falko Meyer – Je vous remercie pour la confiance que vous nous portez ; le fait que vous soyez prêt à assumer le financement est un signal fort, car c’est le type d’engagement permettant à des projets ambitieux de voir le jour. Cependant, vous devez comprendre que l’industrie des hydrocarbures n’est pas gratuite : les dollars internationaux qu’investit un pétrolier ne sont, pour la plupart, jamais rentabilisés, mais une fois sur dix, ou même plus, on touche le jackpot et on rembourse tous les investissements qui n’ont rien donné. Il faut voir cela comme une sorte de loto, mais avec beaucoup plus de chances de gagner : la majorité des projets n’aboutissent pas, mais ceux qui réussissent compensent largement les autres. Si je vous dis cela, ce n’est pas pour rien ; avant notre rencontre, nous avons réalisé une étude d’exploration et de forage à partir des informations déjà disponibles, afin d’avoir une idée du coût global de l’opération. Ce coût est obtenu en prenant en compte l’imagerie sismique pour affiner les données existantes des années 1970, le forage de six puits (deux par prospect), ainsi qu’une marge pour les imprévus. Avec tout cela, le budget que nous jugeons nécessaire à l’opération s’élève à 1,8 milliard de dollars internationaux. Ce coût est très élevé, mais se justifie par l’environnement arctique de la zone et la grande profondeur d’eau ; cependant, nous craignons que cela puisse faire peser une charge plus qu’importante sur les finances de l’Uuqtinut (HRP : le pays claquerait quasiment 100 % de son PIB dans l’opération, donc bon).

À mon sens, il serait plus judicieux que l’Uuqtinut prenne en charge le financement de la logistique ; je pense notamment aux ports de Juunaitit et de Peltzbourg que vous avez mentionnés. Quant à nous, Apex financera sur fonds propres la sismique et les navires de forage.

Pour revenir sur les ports, ils nous donneront un avantage logistique majeur, car ils nous offriront une flexibilité opérationnelle importante, que ce soit dans le déploiement des navires de prospection que pour le soutien aux opérations de forage. Sur le sujet de la main-d’œuvre locale, je n’y vois pas d’objection ; cependant, il faudra bien entendu que celle-ci ait reçu les formations adéquates requises pour ce type d’opération. Dans tous les cas, nous proposerons aux locaux voulant travailler dans le secteur pétrolier des formations, car dans chaque pays où nous nous implantons, nous priorisons la main-d’œuvre locale. Cela fait en sorte que les travailleurs utilisent leurs salaires dans l’économie locale, et cela évite également à des Raskenois ou à toute autre nationalité de partir pour des missions de six mois ou plus loin de chez eux et des leurs.

Quant à votre dernier point, si vous êtes d’accord avec la méthode de financement que je vous ai proposée, alors oui, nous nous reverrons dans quelque temps une fois les forages effectués. Bien entendu, si vous avez d’autres idées de financement, je suis totalement ouvert, bien entendu, toute décision finale relèvera de votre souveraineté, dans le cadre que nous aurons défini ensemble.

Enfin, quoi que le futur nous réserve, je considère pour ma part ce dialogue que nous avons eu aujourd’hui comme les prémices d’un partenariat solide, basé sur la transparence, et c’est pour nous la seule manière de faire qu’une relation dure dans le temps.
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Ukluk Umiaktorvik, Ministre des Relations avec l'Étranger de la République Native d'Uuqtinut :

Je ne sais que dire pour vous remercier de ce financement, qui est un véritable cadeau pour l'Uuqtinut. Cela augure véritablement le meilleur pour notre collaboration commune, et j'ai hâte de voir les équipes de prospections arriver dans nos ports. Nous nous reverrons donc dans les plus brefs délais !
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