14/08/2018
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[Latrua - Karty] Une Fête de la République pas comme les autres...

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en-tête
05/03/2018, Palais Présidentiel de VraranyPalais présidentiel

Vasiliy était dans son bureau, relisant le discours qu’il prononcerait dans quelques heures devant tout le peuple latruant. Il corrigeait de son écriture fine les quelques phrases encore trop imparfaites. Ce discours, il le voulait grand, fédérateur, annonciateur de ce que serait les deux dernières années de son quinquennat, mais aussi de ce que serait le futur du Latrua et de son armée. Cet exercice, auquel il se prêtait rarement, avait été poussé par l’invitation de deux dignitaires kartiennes au défilé militaire. Les paroles qu’il prononcerait seraient aussi pour ses alliés, pour les convaincre d’aller plus loin dans la coopération, principalement dans le domaine militaire.

La porte de son bureau s’ouvrit soudain. Sergey entra dans la pièce. Il était vêtu d’un costume bleu marine, et il arborait fièrement une cravate bleu clair, aux motifs fins et délicats. Vasiliy délaissa la version annotée de son discours pour s’avancer vers son mari. Il lui toucha l’épaule, resserra légèrement sa cravate et l’embrassa. Il lui dit :

« Vous a-t-on dit que vous étiez très séduisant dans ce costume Monsieur Shulichenko ?

- Plus d’une fois, répondit Sergey en riant.

- Les enfants vont bien chez tes parents ?

- Oui. Ma mère leur a préparé un programme très chargé pour la Fête de la République. Elle a dit qu’un jour comme celui-ci ça se fête.

- Je suis bien d’accord avec elle. Sais-tu quelle heure il est ?

- 8 h 45 mon amour. Pourquoi ?

- Les dirigeantes kartiennes devraient arriver d’une minute à l’autre à l’aéroport. J’ai demandé à Yuliya de les accueillir et j’attends sa confirmation.

- Elle ne saurait tarder.

- J’en suis convaincu, répondit Vasiliy. »


Le téléphone portable posé sur son bureau svibra soudain. Le Président s’avança jusqu’au meuble au bois vernis, témoin du temps qui passe, emportant tout : les Hommes et leur pouvoir. Il regarda l’écran. Un message venait de s’afficher : Elles sont arrivées. Vasiliy sourit et se tourna vers son mari :

«  C’est bon, dit-il. Il faut que je me remette au travail. Et toi, tu ne vas pas tarder à partir. »

Il embrassa son mari sur le front puis sur les lèvres, le regarda tendrement et lui glissa à l’oreille :

« On se retrouve dans la tribune officielle. À tout à l’heure, je t’aime ! » 

Sergey envoya et baiser et sortit de la pièce, laissant seul son président de mari avec son envie correctrice compulsive.

PR


***

Aéroport
Aéroport international de Vrarany
L’avion de la délégation kartienne venait de se ranger devant la passerelle. Le vent était encore frais en ce début de mois de mars. Yuliya attendait ici depuis une quinzaine de minutes avec ministres, responsables locaux, militaires et gérants de l’aéroport. La porte de l’avion s’ouvrit enfin. Quelques hommes et femmes, chargés de valises et d’attaché-cases, sortirent de la carlingue de l’appareil. Les conseillers et assistants partis, deux femmes sortirent à leur tour. Elles descendirent les marches de la passerelle avec assurance. Arrivée en bas de l’escalier, la Première Ministre leur tendis la main et les salua :

«  Madame la Gouverneure de la Présidence Fédérale Orlovski, Madame la Gouverneure de la Présidence Fédérale Shimanskaya, Excellences, je m’appelle Yuliya Belyakova et je suis la Première Ministre de la République du Latrua. C’est pour moi un honneur et un privilège de vous accueillir au Latrua. Si vous voulez bien me suivre... »

Elle présenta aux dirigeantes kartiennes les différents membres de la délégation latruante présents sur le tarmac. Elle les conduisit vers le cortège de voitures qui devait les amener jusqu’au centre-ville. Les trois femmes montèrent dans une des voitures qui, dès que la porte fut fermée, s’élança en direction de Vrarany. La Première Ministre dit :

« Excellences, nous nous dirigeons vers les lieus des commémorations et du défilé militaire. Lorsque nous arriverons, vous rencontrerez le chef du protocole. Il attendra avec vous le Président de la République qui arrivera quelques minutes après vous. Vous assisterez, et participerez si vous le voulez, au dépôt de gerbe devant le Monument à la Révolution puis vous gagnerez en voiture la tribune officielle située en bas de l’avenue de la République. De mon côté, je rejoindrais directement la tribune après vous avoir déposé. J’espère que cette organisation protocolaire vous convient. N’hésitez pas à me poser des questions. »

Elle sourit.

Première Ministre
Gouverneure Angèle Orlovski

Musique d'ambiance

AlinéaJet privé filant à travers cieux, une délégation Kartienne sur la voie de la diplomatie. Une invitation Latruante, une cérémonie, un défilé puis une entrevue. Les premiers pas de la Présidence Fédérale s'effectuaient pour la première fois hors Karty, par les deux dames Orlovski et Shimanskaya. Si Angèle avait déjà bien eu l'expérience de la diplomatie, Tosca quant à elle, était passée de simple mairesse de Buchta à l'une des trois dirigeantes de Karty, tantôt la voix populaire est-elle hasardeuse. Enfin pas exactement, Tosca avait été l'une des premières politiques à pointer du doigt le futur compliqué d'après guerre civile avec les germains, car "remporter la victoire c'est bien, mais que ferons-nous après ? Laisserons nous l'Etat tel quel, pour revenir à la même situation dans dix ans ?". La Gouverneure Shimanskaya fut donc royalement élue -et l'expression est paradoxale, elle qui ayant combattu les forces monarchistes- avec plus de 70% des voix de l'état de Zaverço. L'état de Valverde avait naturellement choisi dame Orlovski, l'état d'Helmer n'avait quant à lui pas eu le droit à des élections... Il fallait dire que les germains avaient perdu une guerre, Luciano Bellanti avait été placé leur tête, un socialiste pro-armée très dur et qualifié populiste sur les bords. L'état d'Helmer aura le droit à des élections, comme le prévoit la nouvelle constitution, mais ce sera à la fin du mandat de Luciano. Il avait pour mission, en un total de huit ans, de démonarchiser Helmer, tout du moins d'influer des opinions plus en adéquation avec la nouveauté populaire. C'est bien pourquoi sieur Bellanti n'était point dans le jet avec les deux autres membres de la Présidence Fédérale, il était trop occupé à Karty, pacifier une région dont la plupart des citoyens avaient soutenu l'ancien coup d'état. Angèle et Tosca était dans un avion de semi-ligne, quelques dizaines de chasseurs escortant de loin la délégation, à l'affût du moindre danger. Il fallait dire que les Kartiens n'étaient plus assurés par la sécurité, depuis quelques vives déclarations avec l'OND et le nouveau régime, les réactions étrangères pouvaient être imprévisibles. Si le climat extérieur était plutôt tumultueux, l'ambiance à l'intérieur de l'appareil était toute autre. Les deux Kartiennes étaient posées dans ce dernier, laissant défiler d'un côté une chaîne de radio Kartienne, de l'autre discutant de temps à autre. Le jazz se développait de plus en plus en Karty, dit-on qu'une telle scission de régime influerait sur l'art en lui-même. Une effervescence socialiste, l'on quittait peu à peu les musiques militaires ou nationalistes pour des styles sociaux plus normaux, plus citoyens. Mais il y avait évidement les bribes de l'héritage culturel, et en effet, une interprétation de Katyusha, hymne de l'Empire de Karty, passa à la radio. Tosca éteignit le poste, puis s'adressa à Angèle, qui avait le regard perdu, une réflexion profonde semblait la traverser.

Tosca Shimanskaya-"Nostalgique ?"

Angèle Orlovski-"Excuse-moi ?"

Tosca Shimanskaya-"Nostalgique de ces notes, cet hymne ?"

Angèle Orlovski-"Ah... Non, non pas vraiment. Anxieuse plutôt, perdue. Tosca, j'ai vu passé la République Impériale et notre nouveau régime..."

Tosca Shimanskaya-"Je le sais bien. Mais à ton avis, pourquoi le peuple a-t-il tenu à conserver ta place ? Pourquoi n'as-tu pas finie comme les autres reliquats de cette 'République Impériale', cet Empire ? Tu ne sais pas ? Je vais te le dire, je t'apprécie Angèle, quelque part je t'admire. Tu as toujours choisi les citoyens, ils t'ont choisi en retour. A ta place, combien auraient choisi d'aider Teyla ? Imagine seulement. On serait en guerre contre toute l'Union Libertaire, et tout cela était entre tes seules mains. Notre nouveau régime vise justement à éviter de telles responsabilités pour si peu de monde. Je ne te critique pas toi, un pouvoir exécutif fort, une autocratie même, c'est bien. Oui c'est bien, ça marche. A seule condition que la seule personne à la tête soit censée, réfléchie, à l'écoute des maux du peuple. Ce qui était ton cas. Ce qui aurait certainement pas été celui de ton successeur, on peut pas contrôler qui aurait pris ta place. C'est pour ces raisons que je suis libertaire Angèle, séparer les pouvoirs c'est éviter de donner à un seul individu le destin de millions de gens. Car ça va dans les deux sens, si le tyran est bon alors ses décisions le seront, mais si le tyran est mauvais -ce qui est généralement le cas- alors ses décisions le seront d'autant plus."

Angèle Orlovski-"J'entends, mais n'en suis pas convaincue."

Tosca Shimanskaya-"Ta réaction, cette inquiétude, prouve que tu es une bonne dirigeante. Tu stress à l'idée de mal faire, de pas bien servir ce pour quoi tu t'es engagé, ton peuple, notre peuple. Et tant mieux, tous ces faux-culs de dirigeants, ces populistes, qui se remettent jamais en question, ça donne le tournis et c'est peu dire."

Angèle Orlovski-"Dis-moi Tosca, que penses-tu du Gouverneur d'Helmer ?"

Tosca Shimanskaya-"Luciano ? une brute épaisse qui a fait de l'armée, un des populistes justement. Mais est-ce qu'on avait le choix ? Je veux dire, les principes que je t'expose sont beaux, mais ils n'auraient jamais pris à Helmer. Il faut déjà un travail bien fait pour enterrer la volonté monarchique."

Angèle Orlovski-"A nous de maintenir à Valverde et Zaverço ces valeurs."

Tosca Shimanskaya-"Et concernant le Latrua ? C'est ma première je te rappelle."

Angèle Orlovski-"Tu t'y feras à la longue, on a rien à craindre au Latrua. Diplomatiquement on s'entend bien malgré un écart considérable de puissance et... personnellement, je m'entends bien avec Vasiliy le Président, plutôt bien."

Tosca Shimanskaya-"Soit, soit... Alala, j'apprécierais toujours autant le doux air du jazz moi..."


Gouverneure Tosca Shimanskaya

AlinéaTandis que des cargos Kartiens avaient amené des militaires pour le défilé, Angèle et Tosca entraient par les grandes portes. L'ancienne Chancelière adopta une attitude sereine, diplomatique et autoritaire, qu'on lui connaissait bien. La nouvelle Gouverneure elle, souriait chaleureusement, elle paraissait enjouée d'être en ces lieux... Et elle ne faisait pas semblant. Lorsqu'on l'annonça, Tosca fut la première à prendre la parole.

Tosca Shimanskaya-"Mes salutations ! C'est un véritable honneur d'être accueilli en votre patrie, et je suis sincère !"

Dame Orlovski était un peu perplexe, un tel engouement ? Quoiqu'il en soit, elle annonça à son tour, comme pour recadrer un minimum le spectre diplomatique.

Angèle Orlovski-"Honneur et privilège partagés, dame Yuliya Belyakova, la République Fédérale Kartienne vous remercie de votre invitation."

Finalement les deux Kartiennes entrèrent dans un véhicule de fonction aux côtés de la Ministre, Angèle toujours de sa mine sérieuse, Tosca rayonnante, qui répondit du tac au tac à son interlocutrice.

Tosca Shimanskaya-"C'est un réel plaisir de découvrir votre culture, j'ai très sincèrement hâte d'observer de près vos us et coutumes, un honneur d'être aux premières loges si je puis dire. Nous participerons évidement à ce dépôt, nous ne pouvons refusons une telle invitation ! Tout est très clair pour moi... Pour Angè-euh, pour la Gouverneure Orlovski aussi j'imagine."
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I. Cérémonie aux morts
II. Revue des troupes
III. Discours aux armées de Monsieur le Président de la République
IV. Défilé militaire
V. Fin du défilé

Le cortège des dirigeantes kartiennes arriva devant le Monument à la Révolution. Ce dernier, haut de 42 mètres, avait été sculpté pour célébrer la mémoire des hommes et des femmes qui s’étaient soulevés et battus pour la Liberté, contre l’oppression. La Liberté surplombait le monument de granite, portant à bout de bras, présentant au monde, trois étoiles, symboles des trois valeurs qui sont indissociables du Latrua : la Liberté, l’Union et la Démocratie. Tout autour de la place, des soldats, membres de la garde du Palais présidentiel, étaient se préparaient à accueillir le Président de la République et ses invitées.

Un soldat ouvrit la porte du véhicule, laissant sortir la Première Ministre et les deux Gouverneures kartiennes. Yuliya présenta aux deux femmes le Chef du protocole de la Présidence de la République, Monsieur Maksim Zhernakov. Cela fait, elle serra une dernière fois la main à la Gouverneure Shimanskaya et à la Gouverneure Orlovski puis retourna vers la voiture et s’en alla rejoindre les membres du gouvernement qui l’attendaient dans la tribune officielle. La Première Ministre partie, le Chef du protocole s’approcha des hôtes étrangers et les guida jusqu’à un emplacement qui leur avait été attribué. Il dit :

«Excellences, le Président de la République ne devrait plus tarder. Lorsqu’il sera là, vous irez avec lui déposer au pied du Monument à la Révolution. Nous vous avons préparé une gerbe. Comme le veut le protocole, deux membres de la garde du Palais présidentiel vous accompagneront dans le dépôt de la gerbe.»

Lorsqu’il eut fini, il prit congé des deux dirigeantes, les laissant seules devant le Monument. Quelques minutes plus tard, une voiture noire, arborant sur son capot deux petits drapeaux latruants, roulant au pas, s’engagea sur la place. Elle s’arrêta à quelques mètres de l’endroit où étaient situées les deux femmes. Une voix grave annonça : «  Le Président de la République du Latrua, Monsieur Vasiliy Shulichenko. " Vasiliy sortit du véhicule. Il portait un costume noir et semblait empli de gravité, arborant un regard dur, sérieux mais néanmoins déterminé. Il s’avança vers le Monument, s’arrêta pour saluer le Chef d’État Major des Armées, le Maréchal Lavrenti Lomtev. Voilà sept ans que l’homme était à la tête des armées latruantes, sept ans qu’il s’acharnait à réformer et à moderniser une armée qui n’avait, en réalité, jamais vraiment combattu. La tâche était immense, mais certains résultats avaient déjà été notés par le Président de la République.

Les salutations d’usage expédiées, Vasiliy s’approcha des deux représentantes de la République Fédérale. Il les salua chaleureusement :

« Mesdames les Gouverneures de la République Fédérale, c’est un honneur pour moi de vous accueillir au Latrua. Madame la Gouverneure Orlovski, cher Angèle, je suis heureux de vous revoir. »

Il regarda Angèle, se rendant compte de la chance qui était la sienne d’accueillir cette femme sur son territoire. Elle et son pays étaient importants pour lui et le Latrua. Il reprit :

« J’espère que vous avez fait un bon voyage et que Madame la Première Ministre vous a bien accueillit. »

Il écouta leur réponse puis leur indiqua de le suivre. Ils marchèrent ensemble jusqu’à une marque faite au sol. Trois petits panneaux avaient été posés, indiquant le placement de chacun d’entre eux. Le silence se fit sur la place, un silence lourd et pesant. Soudain, la fanfare de la Garde du Palais présidentiel entonna la sonnerie au mort.

Marche funèbre

Le Président de la République s’avança vers le Monument à la Révolution. Il marchait à pas lents, l’air fermé. Il monta une à une les quelques marches le séparant de la base du monument. Il entendit derrière lui les deux Gouverneures avancées à un rythme lent, solennel. Il arriva enfin en bas de l’imposante colonne. Il inclina respectueusement la tête. Deux soldats arrivèrent, portant à bout de bras une imposante couronne de fleurs. Vasiliy les aida à la poser au sol, puis remit soigneusement le ruban qui entourait les gerbes. Il fut rejoint par les deux femmes qui firent de même avec une seconde couronne.

Lorsqu’elles eurent fini, ils repartirent se placer devant le monument. L’orchestre s’arrêta de jouer, la dernière note disparaissant pour mieux laisser place au silence. Le silence d’une ville qui se recueillait, se rappelant le sacrifice de leurs ancêtres, de leurs grands-pères, de leurs grands-mères. Seul un tambour marquait de son son régulier le lent écoulement des secondes, le long passage du temps. Le tambour cessa de jouer. Une brise légère caressa la joue de Vasiliy. Soudainement, un bruit métallique, un bruit religieux sacré, le bruit d’une cloche se fit t’entendre. Puis un second, puis un troisième et ce furent bientôt toutes les cloches de toutes les églises de Vrarany qui sonnèrent. Cette symphonie, cette harmonie, dura deux longues et belles minutes, plongeant ainsi la ville dans une atmosphère s’approchant du céleste, du divin.

Les cloches redevenues muettes, le Président de la République se tourna vers les dirigeantes kartiennes et leur expliqua :

« Je dois malheureusement vous quitter. Je vous remets entre les mains du Chef du protocole, il vous mènera jusqu’au lieu du défilé. »


Il quitta les deux femmes et se dirigea vers une voiture officielle décapotable. Le Chef d’État Major était déjà installé. La voiture s’ébranla et se mit à descendre la longue avenue qui menait à la tribune officielle. Tout autour de la route étaient disposées les différentes unités militaires terrestres qui allaient défiler. Le Président de la République les salua. Il scrutait l’horizon, un horizon en vert, en bleu marine, un horizon rempli d’hommes, de femmes, de soldats, de chars, de canons. Un horizon couvert de drapeaux à la couleur dorée, de pans de tissu aux drapée légers et sublimes, doux et envoûtants. Le véhicule arriva doucement devant la tribune officielle. Il s’arrêta et laissa descendre ses deux passagers. Vasiliy s’approcha des dignitaires latruants, rangés en ligne, qui l’attendaient. Il commença tout d’abord par saluer la Première Ministre. Il lui demanda :

« Comment aller vous Madame la Première Ministre.

- Très Monsieur le Président, honorée d’être parmi les Latruants et Latruantes pour ce jour spécial.

- Je vous remercie pour le travail que vous menez pour notre pays. Merci ! »


Il salua ensuite le Ministre de la Défense, le Chef d’État Major de l’armée de terre et la Cheffe d’État Major de l’armée de l’Air. Cette dernière était la première femme à occuper ce poste. Une de ces premières nominations après son élection à la présidence. Les salutations faites, ils s’avancèrent tous vers le détachement de la garde républicaine situé à leur droite. Les soldats se mirent immédiatement au garde-à-vous et l’hymne national résonna sur la place du défilé.

Нам нужна одна победа

Vasiliy passa ensuite en revue la garde. Il aimait ces moments-là.

Revue de la garde

La musique lui semblait belle, pleine de solennité. Il regardait chaque homme et chaque femme qui formaient ces rangs, ce groupe, ce corps. Lorsqu’il arriva à la fin de la rangée, un homme sortit du lot et s’approcha. Il salua le chef de l’État et proclama :

« Monsieur le Président de la République, les honneurs vous ont été rendus par le 5e et le 6e détachement de la garde républicaine stationnées à Illiv. »

Il salua militairement Vasiliy, qui le remercia, et rentra dans les rangs. Le Président de la République se dirigea vers la tribune officielle. Il salua les ministres présents, serra la main aux deux présidents des chambres latruantes puis il s’approcha de son mari. Les deux hommes se sourirent. Vasiliy prit la main de Sergey, longuement, et l’embrassa. Il se tourna alors vers le pupitre qui avait été installé pour lui. Son discours était déjà posé dessus. Vasiliy s’éclaircit la voix et commença :


« 
Madame la Gouverneure de la République Fédérale Shimanskaya, Madame la Gouverneure de la République Fédérale Orlovski, chère Angèle, Monsieur le Président de l’Assemblée constituante, Monsieur le Président du Parlement des territoires, Monsieur le Président de la commission à la Défense Nationale de l’Assemblée constituante, Madame la Présidente de la Sous-commission à l’Armement de l’Assemblée constituante, Madame la Première Ministre, Monsieur le Chef d’État Major des armées, Madame et Monsieur les Chefs d’État Major, Monsieur le Directeur de la Police, Monsieur le Gouverneur militaire de Vrarany, Monsieur le Ministre de la Défense et des armées, Mesdames Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, soldats de la fière République du Latrua, Latruants Latruantes, mes chers compatriotes,

Voilà huit ans que je suis à la tête de la République du Latrua et à la tête de son armée. Voilà huit ans que chaque 5 mars, je dresse l’État de nos forces armées terrestres et aériennes. Voilà huit ans que je mesure l’engagement de nos soldats, de nos militaires, de ces hommes et de ces femmes, dans la défense de notre nation. Un engagement sacré, un pacte fait avec notre pays, notre peuple. Une promesse de défense, de protection, de sûreté. Un promesse de mortelles à une cause immortelle. Un engagement chaque jours tenu, chaque minutes honoré, chaque secondes mis en œuvre.

Il y a huit ans, quand je prenais mes fonctions, l’armée de la République du Latrua était affaiblie. Affaiblie par des décennies de désintérêt, d’abandon par notre personnel politique. Affaiblie par la corruption qui gangrenais nos élites et qui détournait le budget alloué à nos militaires. Affaiblie par des tensions entre soldats et officiers, entre colonels et généraux. Il y a huit ans, l’armée de terre était désorganisée, mal commandée.
Il y a huit ans, l’armée de l’air était presque inexistante, contenue à quelques appareils dont l’efficacité était loin d’être probante. Il y a huit ans, nos forces armée auraient été en incapacité de défendre la souveraineté nationale si cette dernière avait été menacée.

C’est pourquoi, en huit ans, nous nous sommes attachés, moi, en ma qualité de Président de la République et de chef des armée, et les gouvernements successifs, à réformer en profondeur nos forces de défenses. Réformer en s’attaquant tout d’abord à la protection de nos frontières, en redonnant des moyens, réels, aux hommes et aux femmes présents dans les plus de 20 postes frontières partout sur le territoire, aux hommes et aux femmes qui surveillent, chaque jour et chaque nuit, chaque kilomètres de forêt, de terre appartenant à notre nation.
Réformer en débureaucratisant largement la chaîne de commandement, en la féminisant, en permettant à des femmes s’étant illustrées par leur bravoure, par leur intelligence, de commander nos soldats.
Réformant en mettant en place des partenariats de les domaines stratégiques de la défense et de l’aviation, en achetant du matériel militaire, permettant ainsi à notre armée de retrouver son statut de grande armée.

Ces efforts entrepris tout au long des huit dernières années, nous les continuons. Tout d’abord par la signature de nouveaux partenariats. Je tiens ici à remercier le soutiens qu’a apporté la République Fédérale de Karty à notre pays par la voix de ces deux Gouverneures, Mesdames Shimanskaya et Orlovski. Votre présence parmi nous, aujourd’hui, est un honneur pour mon pays et, plus personnellement, pour moi. Il y a quelques mois, votre démocratie a été menacée par un groupe séditieux, par des hommes ayant décidé de mettre fin aux libertés défendues par Karty. Je tenais ici à rendre hommage, chère Angèle, à la manière dont vous avez permis à votre pays de sortir de l’horreur, de l’impasse. Avec vous, mon pays à signé un accord important, qui a permis de stimuler nos économies respectives dans tous leurs secteurs, dont celui de la défense.

Nous continuons aussi les efforts entrepris par des choix budgétaires orientés. En effet, les huit dernières lois budgétaires, proposées par les gouvernements successifs et votés par les différentes législatures de l’Assemblée constituante, ont entériné la nécessité de donner à nos armées des moyens importants. En huit ans, le budget de la défense a été multiplié par 5, devenant le premier poste budgétaire de notre nation. Nous assumons de vouloir et de porter un effort budgétaire nouveau, historique et sans précédents

Cet effort, nous comptons le continuer dans le temps. J’ai demandé au Ministre de la Défense de revoir la loi de conscription pour permettre d’ouvrir le service militaire aux femmes. Voilà en effet plus de deux siècles que le même texte loi régis le processus de conscription. Un processus devenu aujourd’hui, à l’heure de l’égalité entre hommes et femmes, à l’heure où la misogynie est devenue, à raison, illégale et interdite, une obligation morale et civique.
J’ai aussi demandé au Chef d’État Major des Armées de lancer une série d’entraînements pour préparer nos armées à une confrontation directe avec une autre nation.

J’entends déjà les voix de celles et ceux qui s’insurgeront, qui diront que ces mesures sont inutiles, bellicistes, qu’elles ne peuvent qu’amener à une hausse des tensions entre notre pays et d’autres nations dans le monde. A ces personnes, je réponds que la situation à l’internationale nous oblige à continuer à réformer, mais à le faire. En effet, voilà plusieurs années que les conflits de haute intensité ne cesse d’éclater aux quatre coins de la planète, que les guerre civiles font vaciller les régimes démocratiques. Voilà plusieurs années que nous voyons toutes et tous la montée des périlles, que nous constatons que partout dans le monde, les nations se réarment, se préparent.

Pour être libre, aujourd’hui comme hier, il faut être craint et pour être craint il faut être puissant. Cette maxime est simple, élémentaire et c’est pour cela qu’elle doit guider notre stratégie militaire. Nous ne pouvons pas permettre à notre pays d’être menacé par quelque groupe ou gouvernement que ce soit. Nous nous devons de durcir nos forces armées, de nous préparer, de faire de la Défense notre priorité absolue.
Nous ne jouons pas à la guerre, nous ne voulons jouer à la guerre ! Nous ne voulons pas faire la guerre et nous ne cherchons pas à la faire ! Nous voulons la paix, mais il semblerait aujourd’hui que pour faire vivre la paix, il faut préparer la guerre.

Je ne veux pas créer de peurs, je ne veux vous inquiéter mes chers compatriotes. Je veux au contraire vous rassurer. Aujourd’hui, notre armée est forte. Le défilé qui aura lieu dans quelques minutes en sera un exemple concret. Latruants, Latruantes, soyons fiers de nos soldats, du sacrifice qui est le leur, de la promesse qu’ils ont faits à notre nation. Soyons fiers du choix qu’ils ont faits, comme nos ancêtres, de défendre la liberté, l’égalité, la démocratie.
Il y a 57 ans, nos grands-pères et nos grands-mères, se sont soulevés contre l’oppression, contre la tyrannie. Il y a 57 ans, notre peuple affirmait sa souveraineté, se libérant de l’Empire et de ses contraintes. Il y a 57 ans, nos aïeux ont décidé de nous offrir, de nous léguer la liberté.

Cette liberté, nous nous devons de la garantir, de la défendre, de la protéger. Ce rôle, nous l’avons confié aux membres de nos forces armées. Je tenais ici, à remercier nos soldats, membres de l’Armée de terre, nos aviateurs, membres de l’Armée de l’air, nos gardes-frontières, membres des Forces de protection du territoire,et nos policiers, membres de la police nationale. Je veux aussi saluer l’engagement de nos jeunes, qui défileront aujourd’hui pour représenter les différentes écoles militaires présentes dans notre pays. Tous, jeunes comme moins jeunes, nouveaux arrivants comme vieux briscards, vont nous rendre fiers. Fiers de nos armées, fiers de notre pays, fiers d’être latruants, fiers d’appartenir à ce vieux et beau peuple.

Mesdames, Messieurs, Latruants, Latruantes, mes chers compatriotes, joyeuses Fête de la République !

Vive la République et Vive le Latrua ! »

La foule autour de la place applaudit. Vasiliy attendit que la clameur disparaisse, et dit :

« Soldats de la République du Latrua… HOURRA ! »



Les hommes et femmes en armes répondirent comme un seul Homme, un « HOURRA » long, intense, sortit du plus profond de leur âme fit trembler les sièges de la tribune. Le Président de la République partit se rasseoir et le défilé commença.

Les 500 soldats kartiens s’avancèrent sur le bitume et commencèrent à descendre l’avenue. Lorsqu’ils eurent fini, ce fut au tour des élèves des quatre grandes académies latruantes de s’engager sur la voie publique. Les membres de l’Académie militaire de Vrarany, de l’École des cadets de l’Armée de l’air de Sloleni, de l’Université militaire d’Illiv et ceux de Institut Sakarov étaient tous reconnaissables à leurs uniformes, héritages de l’histoire impériale.

Soldats

Suivirent, dans l’ordre, 5 bataillons de l’armée de terre, un bataillon de gardes-frontières, un bataillon de la police. Ce fut ensuite le moment pour les tankistes de faire entendre le bruit caractéristique des chenilles de leur char. Défilèrent aussi quatre missiles balistiques sur les onze possédés par le pays, une fierté pour le Président. Enfin, ce fut au tour des avions de chasse de défiler. Ils survolèrent la place, créant une forte bourrasque de vent.


Les aéronefs partis, un jeune technicien déposa un micro avec son pied au beau milieu de la place. Une voix grave annonça :

« Mesdames et Messieurs, veuillez accueillir l’Artiste de la République du Latrua, Gardien de l’Art latruant, Monsieur Grigory Viktorovitch Leps. »

Grigory Leps s’avança et l’orchestre de la Garde commença à jouer. Le chanteur, ami proche de Vasiliy, chanta une chanson patriotique très connue dans le pays.

Grigory Leps

Архангел Михаил

La dernière note chantée, l’artiste s’approcha du Président de la République et lui serra la main. Il dit dans son micro :

« Soldats, vive le Latrua ! »


Des applaudissements fusèrent de la foule. Cela permit de masquer l’arrivée d’une vingtaine de personnes devant la tribune. Ils étaient toutes et tous des Latruants et Latruantes, caissières, cadres, prêtres, laïcs. Tous rassemblés. Derrière eux, des soldats et des jeunes tenaient un immense drapeau latruant tendu. Le Président de la République se leva, le reste de la tribune suivant son exemple. Les hommes et les femmes devant eux commencèrent à chanter.

Нам нужна одна Победа

La chanson finie, le Gouverneur militaire de Vrarany s’approcha du micro. Vasiliy descendit les quelques marches de la tribune. Lorsqu’il fut arrivé à sa hauteur, le Gouverneur dit :

« Monsieur le Président de la République, le défilé militaire de la Fête de la République est désormais clos. Ce fut un honneur.

- Honneur partagé, répondit Vasiliy. »


Il partit discuter avec les membres assis dans la tribune, avec les familles de militaires morts, avec les orphelins de la nation. Après une demi-heure de discussion, il repartit vers le Palais Présidentiel à bord de son convoi.
V comme Victoire



AlinéaL'air était baigné dans une de ces fastes cérémoniales, passant de l'hommage aux défunts pour la patrie jusqu'au discours du Président Latruant. Ce même air qui fut découpé, tranché puis lacéré par les notes de l'hymne de la République Fédérale Kartienne. Ni chœur ni paroles, il était impensable de prononcer les paroles du chant des partisans, comme il était d'usage de le nommer, hors des frontières de la Fédération. En effet, c'était une marque culturelle, l'hymne Kartien n'était interprété qu'instrumentalement à l'étranger pour les cérémonies, sans quoi une insulte se profilerait bien à l'horizon.

Cette montée orchestrale qui se profilait, montait et s'élevait à l'horizon, le symbole de la victoire libertaire sur la menace royaliste, certes sévère mais héroïque et porteuse d'espoir pour nombres Kartiens. De puissants cuivres hurlaient, des tambours s'abattaient, vibrant le sol des tribunes. Un de ces tribunes où siégeaient deux des trois Gouverneures de la Présidence Fédérale, le pouvoir exécutif Kartien. Angèle se redressa légèrement, posture fière, droite et froide, tandis que Tosca affichait ce sourire fier, quasiment enfantin. Dame Shimanskaya observait là le triomphe de ses idéaux, pour une Karty plus égalitaire où le pluripartisme et la démocratie règnent et s'érigent.

Les militaires Kartiens s'avancèrent en trois groupes, tous drapés d'une quasi monochromie verte et sans dorure. La nouvelle armée Kartienne n'avait plus besoin d'afficher cette opulence pour voiler les faiblesses manquantes à sa puissance, l'on savait. L'on savait que la République Fédérale Kartienne siégeait parmi les plus grandes puissances militaires de ce monde, c'était devenu une certitude, mais une nation guère belliqueuse, qui savait se montrer autoritaire, mais aussi juste. Des plaques tactiques noires mates, des fusils de génération récente, des écussons fédéraux sur les épaules. Simplicité visuelle mais puissance brute, certains y interprétaient le rouleau compresseur Kartien, jusque là jamais encore mis en pratique.

Le premier bataillon s'avançait, ouvrant la marche d'une posture méthodiquement militaire. Les quelques cinquantaines d'hommes regardaient fièrement à leurs devants, puis vinrent se poster aux devants cette fois de la tribune où siégeaient Angèle et Tosca. Tournant leur têtes à l'unisson, saluant les deux Kartiennes d'un geste ferme et maîtrisé, comme si leur bras tranchaient l'air d'une précision méticuleuse. Angèle afficha un sourire fier, elle retourna le salut, elle y voyait là la validation de la force militaire Kartienne, puis ajoute à voix basse à sa collègue.

Gouverneure Angèle Orlovski-"Je suis persuadée que les dignitaires, le Président, apprécieront cette discipline de fer. Nous leur montrons que si alliance il y a, sur une nation puissante et mesurée ils pourront compter."

Le deuxième bataillon fit irruption, toujours aussi droit que son prédécesseur. Tandis que certains observaient mollement ce qui semblait s'annoncer comme une répétition, les Kartiens firent un geste inattendu. Parfaitement codifié chez les Kartiens, le V de la Victoire, un geste citoyen et libertaire, qui s'écartait d'une droiture ferme hors des visions populaires. Le geste, court mais voulu, paraissait un salut fraternel, digne de la nouvelle Karty. La foule Latruante émit une certaine réaction, dit-on en adéquation avec ce qu'avait prévu Angèle, qui observa sa collègue glousser doucement.

Gouverneure Tosca Shimanskaya-"Le salut des partisans... C'est joueur de ta part Angèle.
Gouverneure Angèle Orlovski-"Le chic d'une culture populaire, que veux-tu. Peut-être la majorité n'y comprend rien, qu'un simple petit geste enfantin, mais il demeure avant tout celui de celles et ceux qui ont versé leur sang pour mettre au monde cette patrie, cette République Fédérale Kartienne.

Finalement le troisième et dernier bataillon s'avança, et le public sembler attendre un autre geste inattendu. Comme si chaque nouvelle marche allait porter un nouveau signe, et cela allait être le cas. Tandis que les pas résonnaient parfaitement d'une des manières les plus simultanées, et les soldats se tournèrent vers la tribune présidentielle, où trônait Vasiliy Shulichenko. Ils se mirent à saluer le Président Latruant, non par dévotion ou signe de soumission, mais bien pour afficher une volonté de soutien inconditionnel envers une patrie qui pourrait devenir sœur à Karty.

Gouverneure Tosca Shimanskaya-"Oh, tu as vu ça ?
Gouverneure Angèle Orlovski-"Oui, ils le remercient à leur façon... Une réforme d'intégration des femmes dans l'armée, il n'y avait pas mieux pour être bien perçu par nos services. Nous avons montré une République debout, et pas prête à s'agenouiller.

Dame Orlovski se remémora les paroles de son homologue Latruant, son discours. Le Latrua empruntait la voie du militarisme, voie que Karty ne pouvait qu'encourager. Un pays dont le budget de l'armée dépasse les 10% en comptant les achats étrangers, un pays qui possède dores et déjà une grandiose armée, et qui continue de la perfectionner. Peut-être le Latrua était-il bien pâle et frêle en comparaison de Karty, mais c'est sans rappeler que seules trois petites années ont suffi à faire de Karty cette puissance militaire. Une armée Latruante réformée, avec un budget quintuplé, dont la devise dissimulée et déjà prononcée par maintes nations comme la République d'Antares: Si vis pacem para bellum, si tu veux la paix prépare la guerre. Ce qui marque surtout le pouvoir Kartien, demeure l'intégration féminine à l'armée. Sous l'ancien régime, les femmes possédaient déjà un rôle égalitaire à l'homme. Avec le nouveau régime, une des nations les plus progressistes à ce niveau, un des seuls pays où le taux de femmes demeure par ailleurs plus élevé que celui des hommes. Les défilés Latruants passés, observés de près par les deux Kartiennes, Angèle s'avança, se préparant à la prononciation d'un discours à portée nationale et historique.

Gouverneure Angèle Orlovski-"Monsieur le Président Vasiliy Shulichenko, mes frères Kartiens et sœurs Kartiennes, peuple Latruant, la République Fédérale Kartienne acte aujourd'hui, ce 5 mars, jour bien porteur de symbole pour vous, Latruantes et Latruants, sa volonté d'alliance ferme avec votre patrie. Le soutien de votre gouvernement envers le camp démocrate et socialiste Kartien fut entendu, et a eu sa contribution pour faire de la République Fédérale Kartienne ce qu'elle est devenue, une nation fière, porteuse des belles et uniques valeurs démocratiques de ce monde. Ces présents défilés sont biens plus qu'une simple occurrence, j'ai à cœur d'y voir le symbole d'une alliance que j'espère millénaire.

Vive la République Fédérale Kartienne, et vive la République de Latrua !
"

Gouverneure et citoyenne Angèle Orlovski
Palais

Le cortège entra dans la cour du Palais présidentiel. Vasiliy sortit de la voiture et se positionna au bout du tapis rouge. Sur sa gauche, des dizaines de journalistes se préparaient à immortaliser la poignée de main entre le Président et les dirigeantes kartiennes, piaffant d'impatience, tandis qu'à sa droite se tenait, droits, impassibles, un détachement de soldats de la Garde du palais. Tous, soldats, journalistes et chef d’Etat, attendaient que la voiture kartienne entre dans la cour.

Leur patience fut rapidement récompensée. Un lourd cortège s'approcha, sirènes hurlantes, de l'entrée du Palais. Un véhicule noir s'arrêta au début du tapis rouge et laissa sortir les deux Gouverneures de la République Fédérale. Vasiliy s'avança à la rencontre des deux femmes et leur serra, pour la deuxième fois de la journée, la main. Il les entraîna plus en avant sur le tapis et les trois dirigeant s'arrêtèrent devant le peloton de soldats et son orchestre. Ce dernier commença à jouer les deux hymnes nationaux.

Hymnes nationaux


La dernière note jouée, ils s'avancèrent jusqu'au perron du Palais. Arrivés en haut des quelques marches, les trois dirigeants se serrèrent la main. Les flashes des appareils photo crépitèrent, aveuglant quelque peu Vasiliy et ses invités. Le Président de la République invita ensuite les kartiennes à le suivre à l'intérieur du bâtiment. Ils traversèrent quelques pièces, arborant fièrement dorures et moulures pour arriver dans la petite salle à manger du Palais.

Petite salle à manger

La pièce était rectangulaire, les murs étaient couleur verte, percés seulement par deux grandes baies vitrées qui donnaient sur les jardins. Une table avait été dressée au centre de la pièce, posée sur un grand tapis noir dans lequel des losanges semblaient se découper, créant un effet de profondeur. Le Président latruant invita ses convives à s'asseoir autour de la table en chêne. Des maîtres d'hôtel arrivèrent au même moment et déposèrent sur la table une entrée composée d'une feuilletée de saumon fumée, d'oeufs, de riz et d'épinards à la crème. Les convives attaquèrent le koulibiac et Vasiliy commença :

" Mesdames les Gouverneures de la République Fédérale, je suis très heureux de vous accueillir au Palais présidentiel. Je vous remercie d'avoir assisté au défilé militaire ainsi que d'avoir permis à 500 membres de vos forces armées d'y participer. Si nous sommes aujourd'hui réunis, c'est aussi pour parler de l'accord que nous avons signé, avec vous chère Angèle, à Volkingrad. Au vu des changements qui ont bouleversé l'organisation politique de la nation kartienne, ma question est donc si les accords signés sont toujours actifs ou si nous devons les renouveler.

De plus, en vertu du préambule du dit traité, j'aimerais apporter quelques modifications à ce dernier, en y rajoutant des articles relatifs à la coopération militaire. Je souhaiterais ainsi y ajouter trois codicilles. Le premier concerne l'achat de matériel militaire par le Latrua à l'Ordre Oruzhiya. En effet, mon pays a déjà effectué deux commandes auprès de cet ordre, et je propose que le Latrua s'engage à se fournir uniquement après de l'Ordre Oruzhiya en échange d'une réduction permanente sur la valeur d'achat. Cela me semble acceptable pour votre pays, à la vue des "cadeaux" que cette même organisation a pu faire à mon pays.

La seconde modification permettrait à nos deux pays de participer à des exercices militaires communs. Comme je l'ai indiqué dans mon discours, mon ambition pour le Latrua est que ce dernier se dote d'une armée professionnelle, capable de défendre son intégrité territoriale du pays et son peuple. Pour rendre cette armée performante, les exercices militaires sont cruciaux, car ils permettent aux soldats, aux militaires, de mieux appréhender les situations complexes, périlleuses, et donc de savoir y répondre le moment venu. L'armée kartienne est l'une des armées les mieux entraînées, les mieux préparées, les mieux armées au monde. Son aide technique et son expérience seraient donc bénéfiques aux forces armées latruantes.

J'imagine vos questionnements quant à l'intérêt qui serait le vôtre à soutenir cette proposition. C'est pourquoi, je propose que les ports latruants soient ouverts non seulement aux navires commerciaux kartiens mais aussi à sa marine de guerre. Cela permettrait à votre pays d'avoir accès à un espace maritime nouveau."


De nouveaux serveurs entrèrent et posèrent une nouvelle assiette. Cette dernière contenait des pelminis à la truffe blanche, accompagnés d'une duxelle de giroles et de fines tranches de lard. Il but une gorgée de vin et attendit la réponse de ses interlocutrices.
Gouverneure Angèle Orlovski

AlinéaAngèle et Tosca s'étaient installées aux côtés du Président Latruant, autour de cette large tablée aux festins du Nord. Les deux Kartiennes écoutaient leur homologue, à deux fins distinctes. L'une analysait afin de répondre, l'autre écoutait afin d'apprendre de la diplomatie. De fait, Dame Shimanskaya faisait ses premiers pas dans ce vaste domaine de la diplomatie, une entrevue de cette hauteur ne pouvait que devenir des plus enrichissantes. Tosca écoutait donc, tout en savourant mélodieusement ces plats étrangers, elle avait toujours eu le goût pour découvrir les autres cultures. Finalement, Dame Orlovski se prononça, d'un air certes chaleureux mais pas moins diplomate.

Gouverneure Angèle Orlovski-"Sentiment partagé, monsieur le Président, ce défilé fut une réussite. Venons-en au fait, ces accords ratifiés sous la République Impériale, je les qualifierais d'amplement détachés du temps. Voyez-vous je les dirais mêmes caducs, l'exemple de l'article V abordant la cause Altrechtoise, toutefois là n'est aucunement la fin de notre partenariat.
Bien au contraire, voyons y un moyen d'outrepasser ces anciens accords pour une ère de renouveau, amplement plus poussée et profitable. Une reconnaissance de souveraineté, des ambassades, tout cela est bien redondant et demeure de la formalité pour deux Etats pourtant si proches. Dans la mesure où nous jouissons de relations bien plus que cordiales, engager dans le marbre l'obligation de partenariats culturels me paraît délusoire et inutile: Nos nations demeurent alliées.
Vos propositions vous honorent, et permettez-moi de vous réjouir: Elles sont acceptées, et même complétées. Le volet de l'armement n'est qu'une simple officialisation d'un élément factuel, le Latrua s'est toujours fourni auprès de l'Ordre, il serait étonnant d'observer que vous ne bénéficierez pas des avantages qui en découlent. L'accord maritime est fortement apprécié, toutefois je ne puis le rendre réciproque. La République Impériale était dores et déjà soucieuse de toute présence militaire sur son territoire, la République Fédérale l'est encore plus. Sachez cependant que le passage d'un convoi, militaire je l'entends, sera évidement accepté, épistolairement et au cas par cas par conséquent. Pour ce qui relève du domaine civil, cela ne causera aucunement un problème de rendre l'accord bilatéral, toutefois je ne puis encore préciser ce point précis du fait des débats qui se tiennent encore en République Fédérale, notamment en matière économique.
J'en reviens au domaine militaire, notre patrie étant une puissance reconnue en la matière. Vous faire bénéficier de notre expérience par des entraînements ne pourra que vous être profitable, c'est une réalité. Nonobstant, Excellence, un point diverge. Lorsque vous pouvez, à juste titre, vous souciez du caractère unilatéral d'un tel accord, sachez qu'il n'en est rien. Si, aux premières apparences, la République Fédérale ne gagne rien à collaborer avec votre armée, ce ne serait qu'un élément factuel de court terme. Lorsque nous regardons sur le long terme, et c'est là mon devoir, nous participons à l'ascension d'une armée alliée, ce qui nous sera profitable dans le futur donc. Excellence, je vous avais affirmé de compléter vos accords, voici. La République Fédérale Kartienne est prête à vous offrir sa défense, contre toute attaque extérieure, tant que cette dernière ne résulte point de votre fait. A terme, cet accord changera: Lorsque votre armée sera suffisamment développée, cet accord de défense unilatéral deviendra un pacte de défense mutuel. Ce ne sont là que des prémices, toutefois dans le cas que j'espère avéré d'une validation, il resterait à aborder la question logistique d'un tel soutien... Qu'en dites-vous, Excellence ?
"
La discussion se passait à merveille. L’échange qui avait lieu montrait à quel point les intérêts kartiens et latruants avaient pu, en quelques mois, se rapprocher, se retrouver sur des terrains communs.

À chaque rencontre, à chaque entretien avec les Kartiens, Vasiliy sentait que les partenariats créés entre les pays devenaient plus forts, plus importants, se transformant petit à petit en une alliance, une amitié.
Il appréciait aussi énormément Angèle. L’ancienne Chancelière Impériale devenue Gouverneure Fédérale l’impressionnait encore et toujours pour son courage et sa détermination. Beaucoup de choses les séparaient : leur carrière, leur vie… Cependant, ils étaient tous deux réunis par une seule et unique envie : celle de faire rayonner leur pays.

Ce rayonnement passait par les accords qui étaient en train d’être discutés. Le Président de la République était satisfait de la réponse kartienne et accueillait la main tendue par Angèle. Il piqua donc sa fourchette dans le plat, mangea un morceau et reprit :

« Je vous remercie Madame la Gouverneure Fédérale, chère Angèle, pour la réponse positive que vous venez d’apporter à mes différentes propositions.

En ce qui l’accès aux ports kartiens pour la marine militaire latruante, je comprends tout à fait que vous ne puissiez rendre cela possible. En effet, vous êtes maîtresse, avec la peuple kartien, sur votre territoire. De plus, il n’existe à ce jour aucune unité militaire marine au Latrua. C’est un point sur lequel mon pays sera amené à travailler, mais cela rend donc impossible toute réciprocité.
La compensation proposée me semble on ne peut plus acceptable.

Vous avez évoqué l’idée d’une alliance militaire future, reposant sur un pacte d’assistance mutuelle. Je partage avec vous cet objectif, que je crois atteignable. La promesse d’aide en cas d’agression contre la Latrua est la marque de l’estime que la République Fédérale de Karty porte à mon pays, et pose les bases de cette alliance militaire future. »


Il but une gorgée d’eau et continua :

« Avant que nous ne posions tout cela par écrit, j’aurais aimé m’entretenir avec vous d’un sujet de nature géopolitique.

Vous n’êtes pas sans savoir, chère Angèle, que l’Eurysie est aujourd’hui en proie à une montée inquiétante des régimes autoritaires. Juntes militaires, Démocraties illibérales, Dictatures, tous ces régimes semblent de plus en plus présents sur notre continent. De plus en plus de pays, de peuples, sont pris en otage par un ou plusieurs hommes, qui mettent à mal des années de démocratie.

Les pays comme Karty ou comme le Latrua, sont donc aujourd’hui en danger. En danger de disparaître, de se faire submerger par les assauts de ce qui veulent museler la liberté. Nos démocraties sont en danger de mort !

C’est pour cette raison que je vous soumets l’idée de créer une organisation regroupant plusieurs démocraties d’Eurysie. Cette organisation aurait pour but de centraliser la prise de certaines décisions en matière de droits civiques et économiques. Elle regrouperait plusieurs grandes démocraties eurysiennes et permettrait de coordonner nos services sur des sujets tels que ceux relatifs aux droits de douane, à la libre circulation des denrée et des populations ou aux libertés fondamentales. Cet organe décisionnel, regroupant les chefs d’État des pays membres, permettrait de créer un vrai bloc démocratique eurysien, capable de montrer sa force, sa puissance, sa capacité à peser sur la scène internationale.

Je me permets de devancer certaines de vos possibles objections. Il en existe pour moi 4. La première réside en la capacité, pour les pays membres, à s’entendre. Il est évident que chaque nation est différente. Différente de par son Histoire, ses capacités militaires, économiques, diplomatiques, de par ses gouvernants. En effet, il semble impossible de faire s’entendre des politiques de gauche avec des politiques de droite, des libéraux avec des partisans de l’économie planifiée, des progressistes avec des conservateurs.
Cependant, aurait-on, au début des relations diplomatiques entre nos deux pays, misé un seul sou sur la réussite de nos partenariats ? Je ne pense pas. Il existait des divergences de point de vue qui, au premier abord, semblaient insurmontables. Mais, au fil des rencontres, des appels téléphoniques, nous avons su dépasser ces blocages, nous avons su faire des compromis, trouver la voie la plus bénéfique pour nos deux nations, nous entendre. Aujourd’hui, je pense que nous pouvons être fiers du chemin parcouru et satisfaits des partenariats mis en place.
Je crois donc qu’il est possible que nous réussissions à faire de même avec d’autres nations.

Le deuxième obstacle porte un nom : la souveraineté. Vous comme moi, chère Angèle, sommes très attaché à la capacité de nos peuples à s’autodéterminer, à prendre leur destin en main, à choisir leur futur. Une organisation qui serait supranationale pourrait donc remettre en cause cette souveraineté nationale. Cette interrogation est légitime. Je pense cependant que les prérogatives de cette future organisation permettront aux nations membres de conserver leur capacité à décider pour elles-mêmes.

Troisième frein : l’existence d’organismes similaires. Il existe effectivement déjà des ensembles de pays démocratiques ou eurasiens. Mais ces ensembles semblent aujourd’hui dysfonctionnel, abandonnant leurs missions, désertant leur poste. Ma proposition ne vise pas à concurrencer ces organes ni à les remplacer. Ma proposition vise à permettre l’émergence d’une alternative crédible et bien moins contraignante.

Enfin, dernier blocage : les contours précis de cette organisation. Ils sont encore flous et restent à définir. Ils doivent être le fruit d’une discussion collective, d’un travail satisfaisant toutes les parties.

Ce que je vous propose ici peut vous sembler fou,déraisonnable, voire inutile. Une vague utopie d’un Président en mal de reconnaissance internationale. C’est peut-être vrai. Qui sait ? Permettez-moi de croire que c’est plutôt la promesse d’un avenir meilleur.

Je vous présente cela ici et aujourd’hui, dans la perspective du bal que vous donnerez le 10 mars. En effet, lors de cette réception, plusieurs chefs d’État et de gouvernement seront présents, et cela pourrait permettre de présenter ce projet. Qu’en pensez-vous ? »


Il attendit la réponse de ses invitées.




PR
Gouverneure Angèle Orlovski

AlinéaL'entrevue s'apprêtait doucement à se clôturer sur la ratification de nouveaux accords pour la République Fédérale, ce jusqu'à la nouvelle intervention de Vasiliy. Le passé de Karty quant aux organismes internationaux est bien connu, le gouvernement en place en a conscience. Même si la Présidence Fédérale souhaiterait en rejoindre un, encore faudrait-il que le Sénat le valide: Autrement dit, impossible. Angèle allait devoir décliner, sans pour autant braquer son interlocuteur.

Gouverneure Angèle Orlovski-"Je loue très sincèrement le triomphe de nos alliances, aujourd'hui est un jour marquant et décisif pour deux nations désormais sœurs. Vous souhaitez aborder un autre sujet avant la ratification, soit. J'observe que le projet proposé n'est pas fait à la volée, il est étudié, vous vous souciez dores et déjà de potentiels refus. Permettez-moi toutefois d'ajouter un cinquième, par ailleurs le plus important, point, qui se lie à celui de la souveraineté. La République Fédérale Kartienne ne peut, en l'état, participer à ce projet. Je pourrais me contenter de simplement communiquer le refus, je vous en donne également les raisons par courtoisie et amitié diplomatique.
Le nouveau système Kartien octroie le choix de se joindre à des organismes internationaux à son pouvoir législatif, la requête devant émaner de l'exécutif que je représente aux côtés de Dame Shimanskaya et Sieur Bellanti. C'est là l'article IV de notre constitution, je vous le dis, nos députés seront fortement défavorables à cette entreprise. Je ne nie ni le fond ni l'utilité, le seul point omis demeure la mentalité et doctrine Kartienne. Dans le cadre du plan de quatre ans, l'ensemble des mesures pour ancrer et agrandir la nouvelle puissance Kartienne, l'une des prérogatives demeure l'éloignement des organismes internationaux. Par souveraineté comme vous l'avez évoqué, par conscience de notre Histoire car Karty ayant été mêlé à divers de ces instituts, mais aussi et surtout par le choix de la volonté populaire. En paraphrasant les commissaires auteurs du plan de quatre ans, "le socialisme dans un seul pays", nos intérêts seront privilégiés, ceux de nos alliés ensuite, rien de plus. J'entends votre requête, elle vous honore, nonobstant la République Fédérale ne pourra s'y joindre.
"

Sceau du plan de quatre ans concernant la doctrine internationale Kartienne
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