12/05/2019
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[Wanmiri - Anaistésie] Renforcer les liens

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Eddonna Tymeri dans un des jardins de la Maison de la Wanya de Jalitaya

Le petit caillou vola sur quelques centimètres, avant d'en rouler le double, finissant sa course en douceur. Il avait été projeté par un soulier blanc, qui foulait calmement l'allée. Au-dessus de ce soulier, une robe blanche, très simple, et un non la, sous lesquels se cachait Eddonna Tymeri, Première Ambassadrice du Wanmiri. Le gravier crissait doucement sous ses pas, tandis qu'elle avançait dans les allées d'un des jardins de la toute nouvelle Maison de la Wanya de Jalitaya. Le bâtiment, inauguré l'année précédente, incarnait la renaissance de la ville après l'éruption du Kamath cinq années plus tôt, et le drame qui s'en était ensuivi. Une demi-décennie avait passé depuis la quasi-destruction de Jalitaya et la mort de plus de cent-mille citoyens wanmiriens, mais le traumatisme était encore frais dans les mémoires. Si la ville avait été reconstruite dans sa totalité, et n'avait plus rien à voir avec ce qu'elle était autrefois, nul n'oubliait ce qui avait poussé le gouvernement à accélérer la modernisation de la cité.

Eddonna s'arrêta devant un palmier, retirant son couvre-chef pour mieux l'admirer. Elle tendit un bras, caressant de ses doigts délicats une des feuilles de l'arbre, qui était en pleine santé. "Quelle vitalité ! Quelle preuve de résilience ! Quelle revanche admirable de la Wanya sur les forces de la nature !" Voilà ce à quoi pensait la Première Ambassadrice de la République Démocratique du Wanmiri, alors qu'elle se préparait à accueillir la délégation anaistésienne. "Le volcan nous a lancé un défi, et nous l'avons relevé. Trop nombreux sont ceux d'entre nous qui ont perdu la vie, mais nous avons réussi un exploit. Jalitaya est désormais une ville tout ce qu'il y a de plus moderne ; une vitrine éclatante de la renaissance wanmirienne... de la renaissance de la Wanya."

Continuant sa déambulation dans ce petit jardin intérieur, elle réfléchissait à ce qui devait être évoqué au cours de cette réunion. "Les projets culturels d'abord, ce sont les plus importants. Il s'agit du meilleur moyen de resserrer les liens avec nos cousins anaistésiens. L'ouverture d'une Maison de la Wanya à Papee-Teri est la priorité. L'organisation d'une course de tuk-tuk à Jalitaya ou d'une de catamarans dans les Isteal ou à travers l'Hallula ensuite. Et puis une exposition internationale entre nos pays tous les trois ans, pour mettre en valeur les œuvres et productions des peuples de la Wanya... Tant d'opportunités à saisir !"

Tandis qu'elle se préparait mentalement à la rencontre qui allait suivre, elle prit un virage, de sorte à se diriger vers une des sorties du jardin, pour aller accueillir ses visiteurs qui ne tarderaient pas à arriver à l'aéroport de Jalitaya. "Et puis, il faudra traiter les sujets d'ordre géopolitique. L'île de Panasi risque de créer des tensions avec l'Anaistésie ; il faut à tout prix en faire un vecteur de lien pour parer aux éventuelles critiques. Faciliter l'obtention des permis de pêche dans la zone pour tous les ressortissants anaistésiens est une idée... ou alors en faire une réserve naturelle, de sorte à leur garantir la non-militarisation de l'île, et préserver la biodiversité locale ? Ou encore en faire une base aéronavale dédiée à la défense de l'Anaistésie...? Mais ils risqueraient de prendre ça comme une menace, alors même que nous nous apprêtons à leur proposer de prendre en charge leur sécurité. Enfin bref, je saurai sonder le terrain et trouver l'option qui leur conviendra le mieux."

Elle sortit finalement du bâtiment, sachant pertinemment qu'elle y serait probablement revenue d'ici quelques heures, lorsque viendrait le temps d'offrir à ses invités les traditionnels gorerans, avant de formaliser les décisions qu'ils auraient prises ensemble. Une voiture l'attendait, prête à l'amener directement sur le tarmac de l'aéroport.

Elle venait d'arriver lorsque l'avion de la délégation anaistésienne se posa en douceur sur la piste. Tout avait été fait pour garantir le meilleur accueil possible. La fanfare et la chorale de la récente université jalitayaise jouèrent successivement les hymnes nationaux de chacun des pays, avant d'interpréter plusieurs chants traditionnels de la Wanya, dont une ode à la paix et l'harmonie. Eddonna accueillit la délégation avec tous les égards possibles, puis les invita à monter dans le véhicule qui les attendait, d'où on les emmena jusqu'à un promontoire rocheux qui dominait la région. La route, qui serpentait dans la forêt, débouchait sur une clairière, au centre de laquelle trônait un petit fort, datant du XVIème siècle. Il avait été construit pour se défendre des attaques de "commerçants" velsniens qui, non content de piller les richesse locales, menaient parfois des raids dévastateurs, jusque sur Dhavalae même.

Aujourd'hui, il incarnait autre chose : l'espoir. Ce fort avait servi, quelques quinze années plus tôt, de premier quartier général aux révolutionnaires. Il représentait la chute du Viswani, et la victoire des valeurs de la Wanya sur l'autoritarisme... et surtout, il offrait une vue imprenable sur toute la région environnant Jalitaya et sa baie. On pouvait ici admirer tout à la fois le volcan, les champs et les territoires de jungle encore inexploités, ainsi que la ville moderne de Jalitaya. Par temps clair, l'on pouvait apercevoir les chantiers navals qui faisaient la réputation de la cité, et le ballet incessant des navires - gros commerçants : tankers, pétroliers, méthaniers, comme petites embarcations de pêche. Et si en plus de cela, on avait une bonne vue, on pouvait discerner dans le lointain l'île des Isteal la plus proche.

"La vue vous plaît ? Je viens ici quand je veux me ressourcer."
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Vavea Teriimana, la Ministre anaistésienne des Affaires étrangères, avait été chargée de représenter le petit archipel halluléen dans cette rencontre avec son gros voisin du nord, une puissance démographique et économique énorme en comparaison de la petite Fédération Parlementaire. Il était indispensable en Hallula d'avoir de bonnes relations avec les wanmiriens pour pouvoir envisager une prospérité économique ou quoi que ce soit d'autre.

Cet endroit est en effet magnifique, nous n'avons que peu de points de vue tels que celui-ci sur les îles d'Anaistésie. Cela vaut déjà pratiquement le coup d'avoir fait ce déplacement, mais je suppose de toutes manières que nous ne sommes pas uniquement ici pour parler des paysages des Isteals.
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Le fort en question, dans un état de délabrement avancé

"Effectivement... et c'est très regrettable, d'ailleurs."

Eddonna quitta la baie du regard et se retourna vers son homologue anaistésienne, l'invitant à prendre place sur une petite chaise de voyage qu'un soldat avait placé là pendant qu'elles profitaient de la vue. Elle même s'installa sur une chaise de même facture - probablement sortie récemment d'une manufacture nationale, au vu de son état appréciable, et pas héritée de la guerre - en face de Vavea Teriimana. Une petite table pliable les séparait, tandis que les soldats se retiraient dans la cour du fort, les laissant seules sur une des petites tours.

"J'espère que l'assise ne vous dérange pas ; c'est un peu sommaire, j'en conviens, mais c'est aussi plus honnête. Vous accueillir au milieu des dorures des palais impériaux de Sivagundi aurait été... déplacé, au regard de l'histoire que nos nations ont en commun. Du thé ?"

La Première Ambassadrice servit une tasse du fameux thé de Dhatari à chacune - service dans des tasses en métal militaires, cela va sans dire. Après avoir soufflé sur le breuvage, et tenté une petite gorgée, elle reprit :

"Non, effectivement, nous ne sommes pas là uniquement pour profiter de la vue, aussi magnifique soit-elle. J'aimerais toutefois commencer par quelque chose que, à titre personnel, je trouve tout aussi belle, bien que souvent ignorée : la culture.

Vous le savez peut-être, j'en suis une grande amoureuse. Sous toute ses formes : littérature, danse, peinture, théâtre, sculpture, poésie, cinéma,... il n'y a pas un des sept arts que je ne sache apprécier. Je ne sais ce qu'il en est chez vous...? En tout cas, j'aimerais partager avec vous cette passion pour ce que l'humanité a de plus magnifique, et de plus unique.

D'autant plus que nos peuples, issus de cette grande famille qu'est la Wanya, partagent déjà beaucoup... beaucoup, oui, mais sans doute pas encore assez. La faute, j'en conviens totalement, à notre précédent... régime
(le mot fut prononcé avec douleur, et une pointe de haine), qui nous a éloigné durant si longtemps.

Ainsi, j'aurais à cœur de rétablir les liens, nombreux et riches, qui unissaient autrefois le Suvanardvipa, les Isteal, le reste de l'Hallula et, surtout, l'archipel anaistésien. J'envisageais, pour cela, quelques mesures... la première serait l'ouverture d'une Maison de la Wanya à Papee-Teri. Cet organisme, que vous connaissez peut-être déjà, cherche à faire connaître et promouvoir les diverses cultures de la Wanya. Évidemment, à ce jour, les seuls peuples représentés sont ceux du Wanmiri : Wans, Diàp, Jashis,... faute d'accord avec d'autres pays, et de ressources - tant financières que culturelles - suffisantes pour élargir le spectre des peuples mis en valeur. Toutefois, j'espère de tout cœur qu'un accord avec l'Anaistésie permettrait à nos peuples d'apprendre à se (re)connaître, et à s'aimer et s'entraider comme ils le faisaient autrefois."


Elle reprit alors sa tasse, laissant à sa confrère l'opportunité de digérer ces première données, et d'y réagir si elle le souhaitait. Après quelques gorgées, elle reprit.

"Bien sûr, cela ne serait pas la seule mesure culturelle. J'ai suivi de très près les derniers évènements sportifs en Anaistésie, à l'image de la Coupe d'Anaistésie ou de la compétition d'e-sport de l'année passée, et cela m'a inspiré quelques idées... originales. Voyez-vous, la mer est ce que nous partageons tous - un lien fort qui unit et réunit tous nos peuples. L'opportunité qu'elle représente est gigantesque... c'est pour cela que je souhaitais vous proposer d'organiser un évènement sportif conjoint, auquel nous pourrions peut-être inviter d'autres nations de la région dans un second temps, autour d'elle. Que dites-vous du course de catamaran à travers les Isteals, par exemple ?

Idem, j'envisageais d'autres collaborations, comme une course de tuk-tuk, qui est également prisé à travers toute la Wanya, ou autres. Dans la même lignée, l'idée d'une Exposition de la Wanya m'est venue, festival qui se tiendrait tous les trois ans dans une ville de la Wanya, pour la mettre à l'honneur et mettre à l'honneur les réalisations culturelles, artistiques ou scientifiques de ces peuples. Il n'y a pas que les eurysiens qui ont droit à une exposition !"
Conclut-elle en riant ce propos, avant de se resservir du thé.

"Oh, j'ai failli oublier... tant que nous sommes sur le sujet de la culture, je me disais que nous pourrions, peut-être, convenir d'échanges universitaires, scientifiques, ou simplement culturels, entre nos pays. L'Anaistésie est loin, très loin du Wanmiri, beaucoup - pour ne pas dire tous - les Wanmiriens n'ont pas eu la chance de la découvrir... et inversement. En parallèle des Maisons de la Wanya, qui sont une première étape vers la découverte de l'autre, peut-être pourrions nous faciliter les échanges et la circulation des personnes entre nos contrées, qu'en dites-vous ?"
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Vavea Teriimana, Ministre anaistésienne des Affaires étrangères :

Il en est en Anaistésie que si les sept premiers arts sont appréciés, le dixième l'est d'autant plus qu'il a fait la renommée mondiale de notre pays. Il semble aux yeux de beaucoup être le moins raffiné, puisqu'il est le plus récent, mais nous en pensons tout le contraire.

Cette Maison de la Wanya de Papee-Teri est une excellente idée, que nous devons mettre en place au plus vite. Comme vous le dites, nous missionerons des historiens et d'autres spécialistes de la culture anaistésienne pour qu'elle soit dorénavant représentée aux côtés des cultures nord-halluléennes dans ces excellentes structures. Avez-vous par la même occasion des projets d'ouverture de ces maisons au-delà de nos îles ? Je suis en tous cas certaine que plusieurs pays aleuciens pourraient en accueillir pour compléter cela, ou même la Nouvelle-Kintan si nous voulons aller jusqu'en Eurysie.

Pour ce qui est d'une course de catamarans autour des Isteals, je conviens qu'elle sera intéressante, mais suffira-t-elle aux navigateurs ? Je suis sûr que la plupart adoreraient ajouter à leur calendrier une course qui relierait l'archipel d'Anaistésie aux îles wanmiriennes. Ce n'est d'ailleurs pas un trajet si long, puisque le sud de l'Anaistésie n'est pas plus éloigné de l'est des Isteals que l'ouest ne l'est. Enfin bref, il n'y a qu'un pas à faire pour proposer, en plus des tuktuks et des autres sports qui nous réunissent, une grande course à travers l'Hallula.

Cette Exposition de la Wanya serait également une idée incroyable, et j'ai hâte de la voir être mise en oeuvre. De même, elle ira de pair avec une circulation facilitée des citoyens entre le Wanmiri et l'Anaistésie, comme vous le dites. Les échanges universitaires ou scientifiques, entre les universités des deux pays, seront encouragés de concert, et nous pourrons, j'en suis convaincue, contempler dans un futur très proche le résultat de cette coopération halluléenne.
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