Seule survivante du Dakora d’avant l’Apocalypse, la Parapluvie est aussi la seule entité étatique réellement installée et véritablement fonctionnelle dans le Wasterland (L'Administration est en bordure et les punks, eh bien, ce sont des punks). Il s’agit, à l’origine, d’une corporation pharmaceutique — assortie d’une forte branche dédiée à la construction et à l’entretien d’abris — qui, après la destruction de l’État du Dakora et la disparition de son gouvernement, s’est tout simplement érigée elle-même en autorité souveraine. Cependant, les fictions propres au monde de l’entreprise, c'est à dire le vernis corporate, demeurent intacts : vous devez donc adresser vos messages à Mlle Antoinette Dispension, PDG de la Parapluvie Inc. Il est naturellement possible de vous montrer plus précis si vous connaissez le cadre interne auquel votre missive est destinée.
A Mlle Antoinette Dispensier, Directeur-Président Général de l'entreprise pharmaceutique Parapluvie
Note de protestation Par la présente note, et au nom du président Lye que j’ai l’honneur de servir par le traitement de ses courriers et de sa diplomatie, je me permets de vous adresser, une fois de plus et cette fois officiellement, les plus vives condamnations des autorités de la République du Dakora pour votre comportement rebelle, inqualifiable et résolument illégal. Vous savez très bien de quoi il s’agit, Mademoiselle. Je veux parler de votre attitude autonomiste — et donc sécessionniste — ainsi que de votre volonté, maintes fois affirmée, de vous soustraire au seul régime légitime, le seul qui puisse véritablement se dire à la fois souverain et dakoran : la République du Dakora, anciennement connue sous le nom inexact d’Administration militaire, et dirigée par le général Lye. Vous agissez comme si vous ignoriez que le Dakora est enfin entré dans une phase de renaissance, comme si notre glorieux général n’avait pas fait savoir au monde entier qu’il avait fait don de sa personne au Dakora pour le redressement économique, moral et démographique de notre pays. À voir votre attitude, nous serions encore dans les heures les plus sombres des années 1990, quand notre pauvre nation était encore inhabitable en surface et que la population se terrait dans de petites enclaves souterraines, dont vos abris constituaient une bonne part et les sous-sol de Dakoraville le reste. Ce temps est irrémédiablement révolu, Mademoiselle. Sachez le. L’esprit de principauté qui anime la Parapluvie Incorporation et que vous incarnez doit cesser immédiatement. Il n’a plus sa place dans le nouveau Dakora que le général Lye bâtit et que moi, à l'instars des milliers d’autres militaires de l’armée du Dakora et des centaines de milliers de citoyens libres et laborieux, nous nous efforçons activement de construire. Le Dakora renaît de ses cendres, Mlle Dispensier, que vous le vouliez ou non. Vous ne pouvez plus demeurer dans le déni et vous comporter comme un îlot de civilisation au milieu du néant et de la désolation. Pour l’heure, le général estime que vous méritez encore qu’on fasse preuve de patience à votre égard. Aussi n’est-ce qu’une pro-testation officielle que je vous transmets aujourd’hui. Mais vien-dra un jour, certainement plus proche que vous ne le pensez, où le gouvernement du Dakora ne se contentera plus de vous adresser des remontrances verbales et optera pour des solutions plus directes et plus radicales. Ne prenez pas ceci pour une menace, mais pour un avertisse-ment. Comprenez bien que si la Parapluvie doit apprendre à compo-ser avec l’État du Dakora et, par conséquent, à s’y soumettre, l’État du Dakora, pour sa part, n’a aucune nécessité de composer avec la Parapluvie. Nous bénéficions de soutiens internationaux de poids, notamment ceux de la République du Makota et de la Répu-blique Barbery, ainsi que de la sympathie, ou du moins de la reco-nnaissance, du Royaume de Brocelynwood. De qui pouvez-vous vous prévaloir, vous ? La principauté de Carnavale, paraît-il, vous co-nnaît et vous apprécie. C’est un soutien bien mince, d’autant qu’elle est très éloignée et très occupée par les armées de l’OND. Cela dit, je ne cherche pas à vous menacer, et il n’est pas non plus question de vous demander des choses inacceptables. Le général ne vous demande pas de déposer les armes ni d’ouvrir vos abris à nos hommes. Cela viendra, cependant, si vous persistez à refuser ce qu’il attend de vous. Pour l’heure, il se contentera d’une simple reconnaissance de la souveraineté de la République du Dakora sur l’ensemble de vos installations, ainsi que d’une coopération logistique de votre part. Le jour viendra — et il est sans doute plus proche que vous ne le pensez — où l’armée du Dakora se mettra en marche pour repren-dre Dakoraville aux clans punks. À ce moment-là, il vaudrait mieux pour vous que vous ayez régularisé votre situation et renoncé à tout esprit sécessionniste. Ne croyez pas que le béton de vos abris vous protégera efficacement lorsque nos forces d’assaut viendront les investir par la force. Et si ce jour arrive, il sera trop tard : plus aucune négociation ne sera alors possible et votre capitulation sans condition sera alors exigée. Dans l’attente d’une réponse de votre part que je m’empre-sserai de transmettre au général, veuillez agréer, Mademoiselle Dispension, l’expression de mes salutations distinguées.
Le texte en vrac Fort-Aleuciens, le 6 décembre 2019
A Mlle Antoinette Dispensier, Directeur-Président Général de l'entreprise pharmaceutique Parapluvie
Note verbale Mademoiselle, Par la présente note, et au nom du général Lye, je reviens vers vous concernant la proposition d’arrangement que vous lui avez adressée. Le général admet volontiers qu’il a tenté sans doute maladroitement de vous impressionner afin de vous amener à reco-nnaître la souveraineté de la République du Dakora sur l’ensemble de ses territoires historiques. Il vous concède qu’en l’état actuel des choses, il lui serait en effet difficile d’entreprendre la conquête de vos installations, d’autant que cela impliquerait leur destruction partielle ou même totale, ce qui ôterait l’essentiel de l’intérêt d’une telle opération, sans compter le coût humain et matériel considérable que cela représenterait. C'est pourquoi le général accepte donc d’ouvrir des discussions. Cet accord devra toutefois comporter un point non négociable : la Parapluvie reconnaît la République du Dakora et le général Lye comme son autorité régalienne et l'unique autorité régalienne légitime pour l’ensemble du territoire du Dakora d'avant l'Incident. En échange, le général s’engage à soustraire les possessions de la Parapluvie à l’autorité directe de l’État et à lui accorder une délégation de service public totale incluant toutes les compétences régaliennes sur l’ensemble de ses territoires. Le général considère déjà cette concession comme largement suffisante et extrémement avantageuse pour la Parapluvie et n’entend donc pas en discuter. Concernant les autres points que vous avez évoqués, votre expertise scientifique nous serait effectivement utile. Nos techniciens, majoritairement makotans comme vous le savez, man-quent souvent des connaissances techniques nécessaires pour faire face aux défis d’ingénierie que nous rencontrons ici. Le ministère de l’Équipement et de l’Industrie pourra donc faire appel à vos ingénieurs, moyennant salaire, dans le cadre de ses activités. S’agissant de l’accès logistique, le général respecte votre besoin d’isolement et de sécurité et ne vous demandera pas d’ouvrir vos abris. En revanche, il exige que l'armée du Dakora puisse positionner des troupes et établir des camps dans les territoires placés sous votre contrôle, à l’exception des par-celles vous appartenant en propre, sur la base du plan cadastral et des actes de propriété antérieurs à l’Incident. Enfin, votre assistance dans la reconquête de Dakoraville serait la bienvenue. Si elle peut être obtenue en échange de l’élargissement de notre arrangement aux installations de la Parapluvie située dans la capitale, considérez que la chose est acquise. Naturellement, cet accord devra être signé en personne par vous à Fort-Aleucien, en présence du général. Ce sera l’occasion pour et le général de faire connaissance. Telles sont donc nos conditions. Si elles vous conviennent, ou si vous souhaitez proposer des modifications sur des points secondaires, nous vous prions de nous le faire savoir. Sachez toutefois que la reconnaissance de la souveraineté de la République du Dakora et votre venue à Fort-Aleucien pour signer l’accord sont deux conditions non négociables. Dans l’attente d’une réponse de votre part que je m’empre-sserai de transmettre au général, veuillez agréer, Mademoiselle Dispensier, l’expression de mes salutations distinguées.