La Parapluvie Inc., bien qu’elle se pense de plus en plus comme un État autonome et autosuffisant, demeure malgré tout une entreprise pharmaceutique, et conséquemment elle poursuit une finalité vénale, elle cherche le profit. Il en ressort qu’elle a un besoin concret de communiquer pour faire la publicité de ses produits et de ses prestations. Cependant, l’essentiel, au-delà des produits eux-mêmes, consiste à transmettre l’image de la firme. Souvent dans un style froid, lisse et aseptisé, elle présente un monde idéal où la biologie est maîtrisée, les corps parfaitement optimisés et l’hygiène élevée au rang de vertu suprême, en contraste total avec l’enfer toxique qu’est devenu le Dakora. On pourra dire que cela paraît daté — et ça l’est assurément — mais la Parapluvie demeure ce qui se fait de plus moderne au Dakora, ce qui ne l’empêche pas d’être figée, peut-être pour toujours, dans les années 90 (comme le défunt pays dans lequel elle se trouve et dont elle est l'une des dernières reliques encore vivantes).
Description : Ce document est un clip de recrutement institutionnel à destination des futurs collaborateurs de la société Parapluvie Inc. Mlle Antoinette Dispensier, son PDG, y expose avec une sérénité froide et déconcertante la doctrine eugéniste et raciste de l'entreprise. Sous couvert d'un discours prônant l'inclusion, elle précise que l'organisation est ouverte à tous les profils, mais que les perspectives de carrière dépendent strictement de la qualité raciale du candidat. L'idéal absolu de la Parapluvie est le « grand dolichocéphale blond » (c'est à dire le blanc nordique). C'est sur cet étalon que sont définies trois grandes catégories : les supérieurs, les passables et les inférieurs. Si tout le monde a vocation à être recruté si il le désire, le sort réservé à chacun diffère radicalement selon sa caste. C'est une vidéo au style sciemment corporate, qui utilise le vocabulaire du management moderne pour justifier une hiérarchie biologique implacable mais logique. VerbatimBonjour, je suis Antoinette Dispensier, PDG de la Parapluvie Inc. Bienvenue dans notre laboratoire. Ici, nous repoussons les limites de l'homme. Grâce à nos recherches en génétique avancée, nous façonnons l'avenir : plus fort, plus vif, plus parfait. Le surhomme n'est plus un rêve, c'est notre prochaine étape et nous comptons bien y arriver ensemble.
Depuis la nuit des temps, l'humanité avance à tâtons, au hasard d'une reproduction chaotique, trébuche sans cesse sur les aléas malheureux et injustes de l'histoire. Ici, au cœur de notre institut, nous avons choisi d'élever l'espèce humaine vers sa forme la plus pure et ce de manière la plus optimale possible.
Avec le grand dolichocéphale blond, doté d'un corps élancé, puissant et harmonieux, et d'un esprit performant et profond, nous travaillons, plus que quiconque, à faire du surhomme une réalité. Nous façonnons l'avenir comme un sculpteur façonne la lumière. En un sens, le surhomme n'est déjà plus une légende. Il naît, doucement, entre nos mains.
Mais la quête du surhomme est avant tout une initiative collective. C'est pourquoi chacun, même les individus que nos critères génétiques classent comme inférieurs, peut contribuer à cette grande œuvre. Dans ce monde nouveau, encore en gestation, tout être, fût-il le plus vil, trouve naturellement sa place.
Ainsi, par exemple, les femmes dont le code génétique ne répond pas aux standards qui sont les nôtres peuvent, avec générosité, porter les embryons d'hommes supérieurs et se voir libérées de leurs gamètes inutiles. À cette fin, nous avons mis en place un fonds spécial destiné à permettre aux volontaires issus des populations inférieures de contribuer à l'édifice que nous bâtissons. Car nous sommes intimement convaincus que c'est ensemble, dans un mouvement commun, que nous nourrirons la lignée pure de demain.
Le progrès n'exclut personne. Il ordonne, il hiérarchise, il donne à chacun la place que lui assignent ses aptitudes naturelles. C'est pourquoi tout le monde peut travailler pour Parapluvie. Les individus génétiquement supérieurs se verront naturellement proposer des postes de cadres ou chercheurs, ou bien, si besoin, des formations pour exercer des missions. Ceux qui disposent d'un matériel génétique passable se verront attribuer des tâches d'employés, d'agents de sécurité ou de laborantins.
Quant aux inférieurs, qui sont hélas les plus nombreux, il va de soi que Parapluvie a toujours des postes pour l'entretien des surfaces, la domesticité en général, la gestation pour autrui et l'expérimentation volontaire rémunérée. Comme vous le voyez, chez nous, personne n'est discriminé. L'inclusion est notre priorité.
C'est pourquoi, n'hésitez plus à nous rejoindre. Que vous apparteniez à une lignée de haute qualité ou que vous soyez génétiquement déficient, peu importe, car nous aurons toujours un poste pour vous. Chez Parapluvie, les opportunités sont nombreuses et adaptées à tous. Aussi, les individus les plus vils sur le plan racial n'auront aucune inquiétude à se faire pour l'avenir. En échange de leur obéissance et d'une nécessaire stérilisation, ils jouiront de beaucoup de nourriture et de sécurité.
Les individus génétiquement passables gagneront beaucoup d'argent et jouiront de nombreux privilèges matériels. Quant aux individus supérieurs, ils pourront contribuer génétiquement mais aussi scientifiquement à l'amélioration du surhomme que nous faisons advenir.
Car n'oublions pas notre slogan : Avec vous pour atteindre le Surhomme. À bientôt.
Pays producteur(s) : Terres Dévastées du Dakora (Parapluvie Inc)
Catégorie : Film de fiction
Nom de la production : Ascension entéléchique du Vivant
Affiche ou visuel : Facultatif – À défaut d’une affiche, vous pouvez illustrer le formulaire avec un visuel/une capture d’écran de votre production prise à un moment donné.
Genre ou thème abordé : Film expérimental
Synopsis ou résumé : Ascension Entéléchique du Vivant est une œuvre expérimentale qui refuse toute approche narrative traditionnelle. Ainsi, plutôt que de proposer une fiction linéaire centrée sur des personnages et leurs péripéties, le film privilégie une expérience sensorielle, plastique et intellectuelle, organisée autour de cartons thématiques en lien avec la vie dans son expression la plus fondamentale : la cellule. Sans voix off explicative ni récit conventionnel, il invite le spectateur à construire son propre cheminement à partir des images, des sons et des fragments textuels qui jalonnent le film afin de transmettre, autant qu'il est possible, l'émerveillement du réalisateur pour ce miracle qu'est la vie. Sur le plan visuel, l’œuvre oscille en permanence entre l’observation microscopique et des scènes de laboratoire, de vies sauvages, mutantes et déroutantes dans le Wasteland ou de vie humaine — distinguant nettement les hommes primitifs du Wasteland (Punks et Raiders) des hommes civilisés et supérieurs des abris de la Parapluvie Inc. Sur le plan sonore, la musique classique occupe une place centrale, entrecoupée de lectures philosophiques denses, parfois absconses, toujours emphatiques, et de silences ponctués de sons captés directement dans l’environnement des scènes. On ne va pas donner le résumé complet du film mais voila quelques cartons :
Le premier carton, Méiose, montre une cellule en cours de division qui donne naissance à deux nouvelles cellules. Cette séquence alterne avec des images de reproduction animale filmées dans le Wasteland — où évoluent plusieurs spécimens mutants difficilement identifiables — et avec des plans tournés dans les centres d’expérimentation des abris de la Parapluvie Inc. À travers la musique et le texte, le film célèbre le déploiement du vivant et la persistance de son élan vital vers un futur enthousiasmant.
Le deuxième carton, Nutrition, nous fait observer une cellule en train d’absorber des nutriments. Il est accompagné de lectures exaltées de passages de grands philosophes, puis suivi de scènes de nutrition au sein de la faune atypique du Wasteland et de scènes d'ivrognerie chez les punks de Dakoraville. Le segment s’achève sur un repas communautaire dans la cantine d’un abri de la firme, où se déploie toute la technicité de la science nutritionnelle au service des employés de la Parapluvie Inc.
Le troisième carton, Respiration, nous plonge dans le mouvement respiratoire permanent de la cellule qui capte l’oxygène et rejette le dioxyde de carbone au sein de ses mitochondries. La séquence alterne entre ces échanges gazeux microscopiques et des plans de la faune mutante du Wasteland haletant dans une atmosphère corrosive, sans doute lors du passage du Smog. Le film montre ensuite les systèmes de régénération d’air contrôlée des abris de la Parapluvie Inc, où des hommes et des femmes — en salopette noire de la firme ou en costume-cravate — respirent à pleins poumons tout en menant une existence paisible. En contrepoint, on entend des lectures exaltées de philosophes antiques consacrées à l’élément aérien.
Le quatrième carton, Croissance, observe une cellule qui s’allonge, accumule de la matière et s’organise progressivement pour atteindre une plus grande taille. Cette séquence est entrecoupée d’images filmées depuis un égout partiellement effondré et inondé : une plante monstrueuse aux racines hypertrophiées perce une épaisse couche de bitume et éventre un lotissement en ruine, tandis que ses larges branches prospèrent au-dessus de ses murs en parti éventrés. On y voit également des Raiders terrifiants et monstrueux pratiquant des scarifications rituelles sur le plus jeune d’entre eux. La séquence s’achève dans une salle de classe souterraine de la Parapluvie Inc, où une institutrice enseigne à de proprets enfants blonds. Des lectures philosophiques sur l’entéléchie accompagnent ces images ; bien que très complexes, elles sont lues par les enfants avec exactitude.
D’autres cartons suivent — Adaptation, Communication, Régénération —, toujours selon le même principe : présentation du processus cellulaire, extrapolation au Wasteland (sa faune, sa flore et parfois ses habitants), et mise en regard de la manière dont la Parapluvie Inc applique ce principe vital à ses propres installations et à ses employés.
Commentaire : Si la nature expérimentale de ce film ne fait absolument aucun doute, on ne sait toujours pas, à ce jour, si il s'agit d'un film d'entreprise ou non. Dans tous les cas, on voit clairement que ce film est un concentré de culture d'entreprise de la Parapluvie Inc. et que le réalisateur a reçu une assistance de la Firme, laquelle d'ailleurs produit le film.
Société de production / Producteur : Parapluvie Inc, branche communication
Réalisateurice : Jean Jouin
Distribution : Pas d'acteurs
Date de sortie : Déja sorti, mais n'a pas connue de sortie officielle en dehors des cinémas des abris, il sera donc exclusif pour le festival
Pays producteur(s) : Territoires dévastés du Dakora (Parapluvie inc)
Catégorie : Esthétique littéraire
Nom de l’œuvre : Le Poème du Surhomme qui vient
Genre ou thème abordé : Apologie du transhumanisme et de l’eugénisme
Résumé : Rédigé intégralement en décasyllabes, sur le modèle des chants épiques de l’Antiquité et du Moyen Âge, ce long poème de près de cinq mille vers constitue une ode puissante au Surhomme, c’est-à-dire à l’homme qui se transcende lui-même par la technique et la sélection eugénique. Le vers « L’homme est une chose qui doit être dépassée » y revient comme un leitmotiv (et pour cause, c'est bien là ce que c'est).
L’œuvre se divise en trois parties qui suivent l’ordre naturel des choses : une introduction où est dressé le constat implacable de l’imperfection radicale de l’homme, de ses faiblesses insupportables et de ses limites humiliantes qui appellent impérieusement à être surpassées ; un développement qui célèbre les bienfaits de la technique et de la science, mises au service de la cause suprême qu’est l’Avènement du Surhomme ; enfin, une conclusion triomphante et lumineuse qui décrit un monde idéal, magnifié et pur, dans lequel le Surhomme, enfin advenu, a remplacé l’homme primitif et règne sur le minde avec rationnalité et puissance, exempt de toute faiblesse.
Commentaire : De l’avis général, Le Poème du Surhomme qui vient est une œuvre d’une grande beauté formelle qui parvient à rendre poétiques des thématiques scientifiques et génétiques que l’on croyait jusqu’alors étrangères à l’art. Il convient toutefois de noter que cet ouvrage figure à l’index des livres interdits à la lecture au Makota par décision du Concile des Évêques, en raison de son approche naturaliste du monde, de son irrévérence envers Dieu, ses ministres et son culte, de certaines tournures licencieuses ou impudiques, ainsi que d’un racisme jugé déplacé et excessif. Il n’en demeure pas moins un texte central dans les centres de formation des abris de la Parapluvie : tout employé de la firme, particulièrement les cadres supérieurs, le connaît tout ou partie.
Auteur(s) : Jean Dispensier, ancien PDG de la Parapluvie et père de Mlle Antoinette Dispensier, actuelle PDG.
Date de sortie : Bien que l’œuvre ait été composée dans les années 1990, sa compilation en un volume unique, sa fixation finale, et sa distribution mondiale n’ont eu lieu pour la première fois qu’en 2012 par le moyen d'une édition définitive. L'oeuvre connait depuis lors plusieurs éditions dont une de poche qui permet à chacun d’en conserver un exemplaire sur soi — pratique courante chez les employés de la Parapluvie, en particulier les cadres.
Nom du pays : Dakora (en l'occurrence, ici, la Parapluvie Inc)
Titre de la chanson : L'air de l'Avènement Joyeux et Magnifique du Surhomme
Nom de l’artiste ou du groupe : L'Orchestre de l'Abri 1 de la Parapluvie avec Mlle Stéphanie Mourier comme cantatrice.
Lien vers la chanson :
Commentaire : L’air de l’Avènement Joyeux et Magnifique du Surhomme a été conçu comme la manifestation des espoirs de la Parapluvie Inc et de ses employés. Ce morceau déploie une orchestration lumineuse, vibrante de joie, qui évoque la marche irrésistible du progrès qui pousse l'homme supérieur et scrupuleusement sélectionné vers la Surhumanité. Dès les premières mesures, la voix de Mlle Mourier s’élève, pure et cristalline, avant de se muer en un hurlement d’admiration éperdue adressé à celui qui a dépassé la condition humaine. Elle célèbre le Surhomme qui vient – cet être supérieur, élevé au plus haut degré de perfection, libéré des faiblesses du passé et des tares d'une nature négligente et empirique grâce à la science patiente et bienveillante de la Parapluvie et de ses politiques eugénistes.
Cet air exprime avec une sincérité touchante la joie infinie de voir enfin l’humanité transcendée pour s'approcher de la perfection : des corps plus forts, des esprits plus clairs, des lignées débarrassées de toute faiblesse et guidées par une volonté de fer vers un avenir où chaque enfant naîtra déjà plus grand, plus beau, plus noble – en un mot : supérieur.
Ce morceau s’inscrit pleinement, de sa composition jusqu’à sa distribution en passant par son interprétation, dans le cadre plus large de la politique culturelle et communicationnelle de la Parapluvie. Sa vocation est donc de transmettre à l’ensemble de l’humanité, avec une bienveillance sincère, l’enthousiasme collectif pour l’avènement du Surhomme que l’entreprise et ses employés ressentent en œuvrant activement à faire advenir ce dernier sur Terre. En conclusion, il ne s’agit rien de moins que de faire naître au cœur de chaque auditeur la certitude enthousiasmante que le Surhomme n’est plus un rêve lointain, mais qu’il est au contraire sur le point d’advenir, et qu’il faut préparer cette venue dans la joie.