22/03/2019
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En Dalyoha nous croyons.

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Ambrois Crogère
- Pays de fou, désert de merde.

Plus d'un an que le professeur Ambroise Crogère exerce à CRAMOISIE©, sur les instructions de son patron, le mystérieux Blaise Dalyoha. Le désert rouge est, pour les plus pauvres et les plus radicaux de Carnavale, un horizon plein de promesses et d'espoir. Une nation à bâtir à partir de rien, loin de la capitale et son ordre social truqué et violent. Mais pour un Carnavalais parvenu, pour un médecin de Grand Hôpital, habitué aux splendeurs de la Cité noire et à la douceur de Bourg-Léon, le désert rouge est une descente aux enfers.

Que fait donc Ambroise Crogère, l'un des plus grands esprits de Carnavale, à CRAMOISIE© depuis un an ? Il supervise l'implantation des cliniques DalyohaTM mais pas seulement. Il est une extension du pouvoir carnavalais, le seul qui vaille et le seul qui compte, celui qui toujours sauva la Cité noire et ses excroissances : la science. Triomphante, quasi magique, divinisée, elle permet ce que personne ne croyait possible et retourne toutes les situations.

Ambroise Crogère n'est pas qu'un simple médecin, il est l'atout de CRAMOISIE©, le cadeau offert par Blaise Dalyoha à la colonie chimique où le PDG a ses intérêts. Ambroise Crogère sera récompensé pour cela, il le sait, mais en attendant il s'emmerde. Il ne manque pas de travail mais le soleil tape trop fort, l'air est trop sec, avec cet arrière goût chimique désagréable qu'a laissé l'agent CRAMOISI et qui tranche si vulgairement avec les nuances toxiques des milliers de polluants qui embaument la Cité noire - à condition d'être connaisseur.

Dans le désert rouge, les cliniques ont fleuri comme des petits pains. Là où il y a des hommes, il y a des cliniques. Le monopole carnavalais sur la médecine est à la fois un héritage colonial et une nécessité. Personne ne sait soigner comme Dalyoha. Personne ne refuserait un IRM dernière génération et une greffe d'organe pour la pisse de chameau que les bédouins se versent sur les plaies en priant pour que la gangrène se résorbe. Personne. Les décoloniaux peuvent toujours se bercer d'illusions sur l'égalité raciale et civilisationnelle mais on ne triche ni avec la science, ni avec la médecine. La différence est dans les chiffres : Dalyoha tu vies, ailleurs tu meurs.

Ambroise Crogère, affable et hypocrite, laisse planer le doute sur l'avenir. "Si les Carnavalais partent, y aura-t-il encore des cliniques ?" difficile d'en être sûr. Monsieur Blaise Dalyoha ne fait pas la charité, le départ des Carnavalais pourrait bien signer le rembarquement des scanners, des radios et des médicaments miracles. Le décolonialisme, oui, mais le décolonialisme sans la science et sans la médecine, c'est le retour à l'âge de pierre. Les Kabaliens ont goûté aux spa, aux toilettes avec jet d'eau tiède et à la climatisation. Le retour aux chameaux sera difficile. Pire : il n'est pas désiré.

Dans les cliniques Dalyoha, on a soigné les lymphomes. On a sauvé des enfants morts-nés. On a amputé des membres et on les a remplacé par des machines plus fonctionnelles encore. Des cœurs battent grâce aux pace-makers, des sondes sont implantées, des gens vivent avec des poches aux reins. Qui va les remplacer ? Qui va faire la maintenance ? La médecine sauve et asservit, on peut se passer de tout sauf de soins. Revenir à la douleur, à la mort, ils étaient des dieux, ils ramperont désormais dans le désert rouge comme les larves qu'ils étaient avant notre arrivée.

Mais une larve ne s'émeut pas d'être une larve. Elle n'en a pas conscience. La chenille ne regrette pas les cieux qu'elle n'a pas connu. Il en va autrement du papillon auquel on a coupé les ailes. Le colonisé redouta le colonisateur. Désormais il redoute son départ.
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Ambroise Crogère

Dialectique du maître et de l'esclave. La technologie sauve mais asservit. Qui a trempé les lèvres à la coupe ne s'en détournera plus. Il n'y a pas de retour en arrière. Comment expliquer sinon la fascination qu'exerce la Cité noire sur le monde entier ? Monsieur Dalyoha l'a bien compris : ce qu'il offre d'une main, c'est une couronne et une menotte. Couronnez vous, dit-il, couronnez vous et devenez des dieux. Le titan n'a eu que faire des lois scélérates, il les a bravé pour apporter le feu aux hommes.

Oui mais le titan fut enchaîné et pareil à lui, la science nous attache au rocher. Il suffit d'un regard à nos corps déshabillés, tout plein de coutures et de cicatrices. Nul part de moi même qui n'ait été retouchée, améliorée, remplacée, disséquée. Je suis à moi seul un bateau de Thésée. Médecin, je croyais m'émanciper de la médecine. Fou. La médecine est chose trop complexe désormais pour qu'un homme seul puisse la tenir entre ses mains. Il faut, pour se comprendre et donc pour survivre, une armée de praticiens.

Ces médicaments, me sauvent-ils la vie ou me lient-ils par un pacte faustien à l'industrie ? Vivant c'est vrai, mais au prix de ma liberté. Désormais s'accumulent les rendez-vous, les machines m'examinent, me jaugent et me mesurent. Vais-je bien ? Comment le saurais-je sans diagnostic ? Comment le saurais-je si on ne me dit rien ? Soudain mon corps n'est plus le mien. Soudain mon corps appartient à mon médecin.

Pilules, pilules, pilules pour dormir, pilules pour digérer, pilules pour bander, pilules pour crever. Une à chaque heure, une à chaque chose. Ma main m'échappe, ma jambe trébuche : la prothèse dysfonctionne, la machine se rouille, ce qui faisait de moi un titan soudain m'asservit et je ne suis plus qu'un esprit sans corps et je cris, et j'appelle à celui qui viendra réparer le robot. Réparer ma prison. Alors dans un rêve fiévreux, assailli de doutes et d'angoisses, je vois dans mes rêves ce grand sorcier, Blaise Dalyoha éclater de rire, avec son pilulier. Au sommet d'une montagne de gélules, le fournisseur de vie, distributeur de mort. Médecin et artiste, le dernier des vivants. Vite vite ! Mes pilules ! Vite car je me meurs, mais on ne me laisse pas mourir.
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Affiche Dalyoha

Affiche Dalyoha
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Ambroise Crogère et Henri Holistique

- Félicitations docteur Holistique.

- Hein ?

- Pour avoir opéré le pilote azuréen.

- Ah, oui... enfin ce n'est pas ça qui va le ramener à la vie.

- Tant qu'il en a l'apparence.

- Il a fallu bidouiller pas mal. J'ai pas pu tout sauver. Alala...

- Il a perdu un bras c'est cela ?

- Cramé ouais, on a coupé, et il a les genoux et le bassin bousillés, la moitié des organes sont irrécupérables.

- Ce n'était pas notre intention. Je pensais en faire un exemple.

- Ah. Vous auriez pu me prévenir avant que vous le vouliez dégueulasse, j'aurai mis moins de cœur à l'ouvrage pour qu'il soit présentable.

- Non, non, au contraire, un exemple de mansuétude. Et de médecine. Un nouveau miracle des Laboratoires Dalyoha.

- Ah. Alala...

- Vous seriez un héros, cela vous plairait ?

- Vous savez moi, je fais juste mon boulot.

- Je peux attribuer vos mérites à un autre médecin si vous préférez rester discret.

- J'aurai une prime quand même ?

- Bien sûr. Mais si vous acceptez de jouer le jeu, vous pourriez obtenir bien plus.

- Je veux des cobayes. Des petits kabaliens, miam miam, et mon propre programme de recherche à Bourg-Léon. Deux millions de Chèques Carnavalais de budget par an.

- Vos prix sont élevés.

- C'est le prix de la qualité.

- Vendu. Je vais vous mettre en contact avec notre équipe de communication.
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Officier PoutrailleAmbroise Crogère

- Professeur Crogère ?

Potentielle menace. Milice rivale. Les réflexes ont la vie dure, la prudence est nécessaire, même en Afarée. Les garde-du-corps Dalyoha ont levé leurs armes en direction du général Poutraille, grand officier supérieur des ex-milices Obéron, devenue armée nationale kabalienne. D'un geste apaisant, le professeur Crogère fait redescendre la pression.

- Allons. Bonjour officier, que puis-je faire pour vous ?

Le milicien semble hésitant.

- On a parlé avec les gars. On voulait vous dire...

Regard professionnellement impassible du médecin.

- Ce que vous avez fait à Carnavale, c'est du beau boulot. Du sacré beau boulot.

- C'est vrai, bien que le mérite ne me revienne pas. Je transmettrai vos félicitations à qui-de-droit.

Un silence.

- Professeur... le rapport de force a changé, on s'en rend tous compte. Si monsieur Dalyoha a besoin de nos services, vous pouvez compter sur nous.

- Je ne manquerai pas de le prévenir. Je vous remercie officier.
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La science folle a son lot de succès, mais aussi d'échecs cuisants. Parfois, il est difficile de savoir de quel côté penchent les résultats d'une expérience. Seul le temps et l'utilité que lui trouveront les hommes décideront de si ces recherches valaient le coup d'être menées. Dans le doute, les Laboratoires Dalyoha tâtonnent. Ils sont la seule entreprise médicale au monde à se donner les moyens de véritablement explorer toutes les pistes, là où d'autres ne jurent que par l'éthique et les protocoles, Dalyoha offre à ses médecins une liberté d'expérimentation presque totale. Charge à leurs pairs de déterminer quelle expérience mérite d'être poursuivie ou d'être abandonnée. Les archives de Bourg-Léon débordent de documents et de dossiers, témoins d'expérimentations n'ayant pas donné suite, ou dont les résultats ne savent pas encore être interprétés. Dans mille ans, on réalisera peut-être le génie Dalyoha. D'ici là, patience. C'est un jeu dont on récupère la mise à longs termes. Au prix de quelques dégâts collatéraux.

Docteur Henri Holistique

- Docteur, vous êtes bien sûr que c'est raisonnable ?

- Pas du tout ! Héhé alala, mais la raison est sans objet dans ce laboratoire.

- Nous devrions peut-être remettre l'expérience à plus tard...?

Le docteur Holistique pose son doigt sur les lèvres de son nouvel assistant.

- Chuuuut... vous allez nous porter la poisse. Je ne veux pas de mauvaises ondes dans ma salle d'opération.

- Pardon de vous le dire ainsi docteur, mais ce n'est pas professionnel. Vous êtes complètement défoncé.

- Et vous devriez l'être aussi, nous nous apprêtons à faire quelque chose de profondément contre-nature, il est impératif de s'engourdir l'esprit avant !

- Docteur...

- Alalala... mais qui m'a fichu un poltron pareil dans les pattes ?? vous étiez bien dans le laboratoire du professeur Crogère ?

- Oui docteur.

- Et alors ? Vous n'avez jamais rien fait de dérangeant ou d'inhumain ?

- Bien sûr que si, mais le professeur Crogère était toujours maître de ses moyens et d'un grand professionnalisme.

- Et bien moi je dis qu'il faut tenter la science en étant sous crack, voilà. Alala. Au pire quoi ? ça échouera ?

- Au pire...

- Vous devriez fumer un peu aussi mon garçon, ça vous détendra. Soyez joyeux, nous explorons de nouveaux possibles !

- Je préfère rester conscient. Par respect pour le patient.

- Mais on va le charcuter dans tous les sens le patient de quoi vous me parlez là...? Il va gueuler comme un putois et saigner comme un porc le patient...

- C'est comme la viande hallal, il faut l'abattre selon les rituels. Par respect.

- Ah vous me rassurez, je vois que vous êtes sous opium vous aussi. Ça nous détend le fion ce stage dans le désert de Kabalie ! On se sent vraiment dépaysé ça vous ouvre des horizons ! Allez, on y va.

Il entre dans une pièce contingente où se trouve le cobaye.

- Alala c'est parti mon kiki ! Serre les dents petit ça va pas être marrant !
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