25/11/2018
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Guerre dodécaliote - Un nouveau gouvernement pour Cortonna ?

Acte I - RP MAJEUR (évènement)


Histoires dodécaliotes


La prise de Cortonna
Gina Di Grassi (24 avril 2018)

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"Je ne connais rien aux princes, aux gouvernements et aux intrigues de palais: je suis un soldat. Mais ce sont les types comme moi qui font avancer les pions de tous ces gens, et les types comme moi qui gagnent les guerres. Adria est déjà en guerre, même si son gouvernement ou Agricola ne le savent pas encore, ou refusent de le comprendre. Alors, nous ferons le travail à leur place, comme toujours."

Les mots du commandant Mardonios, mon "prince-condottière", venaient frapper en plein cœur. J'étais ainsi entourée: par des hommes et des femmes vivant dans la méprise des convenances, mais paradoxalement, étaient l'expression de la puissance des élites qui les méprisaient allègrement. Car oui, il était vrai que dans les patries fortunéennes, on se méfiait de ceux, comme les mercenaires, qui avaient fait du versement du sang de leur métier. Quel genre d'homme fallait-il être pour s'adonner à pareil labeur ? Au choix, un homme cruel et rustre vivant de sa propre cruauté, ou bien, un homme désargenté et misérable, réduit à la violence par les mêmes structures qui le recrutent par la suite pour remplir de sombres offices. Et il y avait des hommes et des femmes comme moi-même, en quête de soi et de structures familiales qui n'existaient plus. Ironique qu'il était de chercher famille en pareil endroit, et en pareille compagnie. Pourtant, je l'avais bien trouvé: la troupe de Mardonios était remplie de ces gamins ruinés de l'ancienne élite foncière d'Achosie du Nord, mise de côté par une nouvelle élite financière mieux pourvue, et qui l'a remplacée dans tous les aspects de la politique...sauf dans la guerre. Il y avait toujours le besoin d'hommes et de femmes maniant des armes pour remplir de sales labeurs que cette nouvelle élite refusait de voir, tout en ayant conscience de sa nécessité. Aussi, ces gens, ces soudards vivaient dans le clair-obscur permanent, entre deux mondes: celui de la misère, et celui de l'élite. Ils voyaient la pauvreté et la richesse en même temps, en l'espace de quelques clignements d'yeux.

Les élites d'Adria, c'était un fait tiré de nos semaines entières passées à errer dans cette ville, ne savaient pas comment mener une guerre. La cité n'en avait pas faite depuis des décennies, et il n'y existait pas même une véritable armée avant l'arrivée d'Agricola, à la tête de ses navires. Les gens d'Adria, hormis Adolfino Agricola et la doyenne Marina Moretti, ne paraissaient prendre pleinement conscience de la nature du conflit qui se profilait en pays dodécaliote, ni en saisir les enjeux. Les membres du directoire scientifique de la ville, qui administrait cette patrie, caressaient encore cette illusion vaine, qu'afficher une neutralité de façade dispenserait la ville des affres des troubles à venir. Ils avaient tort, certains andrians comme son excellence Moretti le savaient, mais même les lucides ne savaient concrètement pas faire pour mener un combat, elle la première. Les mercenaires comme nous, comme le commandant Mardonios ou le professeur Bishop étaient là pour ça. Quant à Agricola, il connaissait les choses de la guerre, mais il n’entendait pas la "mener avec la même fourberie que Lograno", si jamais elle devait éclater. Le fameux traître velsnien était un Homme bon jusque dans ses manœuvres: il croyait en la guerre courtoise, celle qui permet de voir son adversaire et l'affronter de face. Là encore, le sénateur déchu vivait dans une illusion autre, celle de penser que la Guerre dodécaliote serait un affrontement conventionnel. Malgré tous les avertissements qui furent faits de Lograno à sa personne, que ce soit de son amante adriane ou du commandant Mardonios, cette bonne âme et ce soldat compétent restait un politicien dont j'eus toujours pensé qu'il était médiocre dans la lecture de ses adversaires. Il n'est rien de plus navrant que de travailler pour un Homme que je pensais sincèrement bon dans ses intentions, mais qui présentait ses failles.

Il ne se rendait pas compte de toutes les formes que le conflit allait prendre, à commencer par le fait que cette lutte passerait en premier lieu par les ambassades, les chancelleries et les détours des couloirs, où l'usage des mots seraient plus efficaces que ceux des armes. Là encore, les apamées et les volterrans avaient un train d'avance, et le confort d'Adria n'était dû qu'à sa situation plus isolée. Mais cela ne durerait pas, il arriverait tôt ou tard le moment où lorsque Apamée ou olterrra chuterait, où Adria serait seule face à un adversaire qui aurait prit le temps de bâtir sa puissance, qui aurait graduellement acheter la loyauté de toutes les autres cités dodécaliotes, alors qu'Adria, elle, se serait compromise dans l'inaction et la paralysie: peut-être Marina Moretti espérait que la respectabilité et la sagesse suffiraient à ce que sa cité soit élue à l'hégémonie au prochain congrès, mais cela, moi même en doutais-je fortement. Au cœur du commandant Mardonios et des autres mercenaires payés par la cité d'Adria, il paraissait clair que cette hégémonie ne se gagnerait pas par la passivité: la démocratie apaméenne paraissait l'avoir compris, de même que le "prince de Volterra", mais les élites d'Adria tardaient à en prendre conscience.

Ainsi, il faudrait agir à leur place, et les mettre devant le fait accompli: c'est ainsi que l'idée de prendre la cité de Cortonna par la ruse, et remplacer son gouvernement afin d'obtenir un premier soutien vers la conquête de l'hégémonie, était née dans l'esprit de quelques fous, Mardonios et Bishop les premiers. Cortonna fut la cible parfaite: qui irait défendre une ville gouvernée par une élite théocratique et rétrograde ? Les autres cités dodécaliotes ? Apamée était-elle prête à dénoncer la cité d'Adria au sujet d'une ville qu'elle tenait elle même en piètre estime ? Alors même que le conflit faisant rage entre Porto Rosso et Nuevo Fortuna à sa frontière faisait rage ? Ce régime honni de tous trouverait-il du soutien auprès de Lograno, lui-même accaparé par ses propres rêves de grandeur en péninsule apaméenne ? La cité de l'évêque de la Dodécapole était pour ainsi seule, et elle avait cultivée cette position d'elle même durant les décennies précédentes, coupant le contact avec presque toutes ses consœurs, se refusant à la moindre libéralisation politique dans un monde ayant depuis longtemps poursuivi sa route sans elle. Cortonna était le grand infréquentable de la Dodécapole, l'Homme malade de la famille, la paria. Parmi les dodécaliotes, peut-être y aurait-il quelques dénonciations opportunistes qu'il faudrait contrecarrer, mais rien d’insurmontable selon le commandant Mardonios. De même, qui à l'étranger pouvait regretter la chute de ce régime ? Velsna ? Pas un instant celle-ci s'intéressait à son sort malgré toute l'inimitié de la cité sur l'eau pour Agricola, le fameux traître velsien. L'OND ? L'organisation était-elle prête à sacrifier des moyens pour sauver une théocratie mourante ? Sans doute pas. La cible était parfaite, le moment choisi l'était tout autant. Le 23 avril 2018, le plan fut lancé.

Il y avait parmi les pauvres fous que j'eus décrit plus tôt, quelques centaines d'hommes et de femmes, tout au plus. Des fous, que je me refuserais d'appeler "esprits libres", car ils restaient enchaînés à leur condition d’exécutants des bonnes volontés de leurs employeurs. Il y avait les chasseurs strombolains de Mardonios, dont je fis partie, les kotioites de Bishop, ainsi qu'un curieux et récent arrivage de mercenaires provenant de lointaines contrées nazumi. Une équipée baroque.


Si Agricola était indifférent vis à vis de la ruse, ce n'était point le cas de nous autres, les moins que rien et les soudards. Mardonios usa d'un stratagème qu'il tira de ses souvenirs de la Guerre de l'AIAN, en Achosie du Nord, afin de prendre la ville par la fourberie et la bénédiction de Dame Fortune. Sachant ma personne, en tant que fille de sénateur velsnien, particulièrement prisée en guise d'otage par les cités dodécaliotes, et en particulier par Apamée et Volterra, qui tentaient toujours d'obtenir de Velsna sa stricte neutralité, je consenti à me faire "vendre" par les condottières aux autorités de Cortonna, lesquelles nous pesions avec raison que celles-ci contacteraient incessamment Volterra ou Apamée dans le but de me vendre comme otage de marque en échange de quelque avantage que ce soit, une pratique commune dans les cités dodécaliotes. J'étais fille du Maître de l'Arsenal de la Grande République, et prise de valeur pour quiconque.

Aussitôt contactée, l'évêché de Cortonna consenti à ouvrir ses portes à la troupe de Mardonios, de Bishop et de Retaellon, pensant que nous changeâmes d’allégeance pour préférer la leur: une petite compagnie d'une centaine d'hommes atterrirent donc sur une piste, répartis en plusieurs petits avions. On me fit sortir de l'un d'entre eux par la violence: toute attachée et avec un bâillon, des chaînes autour des mains. On se permit même de me donner quelque coup de crosse, dont un à la tempe qui me fit grand mal. On reçut Mardonios, Bishop et Retaellon en grande pompe, dans un accueil digne du pape de Catholagne, et on emmena le cortège jusqu'au bâtiment de l'évêché, qui servait ainsi de résidence à son dirigeant tyrannique. Nous pûmes observer furtivement l'étendue de l'impuissance de cette ville, la plus pauvre de la Dodécapole, gardée par des poignées de soldats qui ne furent pas préparés à la suite des évènements sont ils ne furent que les victimes collatérales et nécessaires de la quête de l'hégémonie d'Adria. Ces soldats étaient pauvrement équipés, et pauvrement vêtus, loin des réformes militaires que la plupart des cités dodécaliotes avaient déjà effectuées sur le modèle velsnien.

L'heure d'agir vint lorsqu'on me présenta à l'évêque lui-même et à son conseil, qui étaient chacun trop heureux de me posséder en tant que monnaie d'échange inespérée en vue de sortir de leur isolement mortifère. On me mis sur mes genoux face à cet homme, dont l'odeur rappelait celle de la vieillesse et de de l’échec, que les condottières d'Adria lui rappelleraient bien assez tôt la réalité. Alors que ses gardes s'apprêtaient à se saisir de moi, les mercenaires Mardonios retournèrent leurs armes contre les gardes de l'évêque, et les abattirent dans un mouvement si vif, que les conseillers de ce dernier n'eurent le temps de dire mot, ne serait-ce que de crier à l'aide. Le gouvernement de Cortonna était ainsi renversé, au détour d'une brève fusillade qui se prolongea dans les rues adjacentes du palais. Leur gouvernement décapité, des mercenaires dans leurs murs, la garde cortonnaise fut rapidement dépassée, et rendit les armes face à une équipée pourtant quatre fois moins nombreuse qu'elle en effectifs. Une centaine de morts fut à déplorer pour ces derniers, contre à peine une dizaine pour nous. Cortonna était tombée en moins d'une heure, et avec une opposition des plus minimes, sans même que la population ne s'en rendit compte à l'instant, et qui ne le découvrirait que les heures qui suivirent.

Dés lors que la ville était sous contrôle, nous fîmes venir le reste de nos troupes: 2 000 d'entre nous tinrent cette ville; Le Gouvernement d'Adria, et l'ancien hégémon Agricola ne furet mis au courant que dans les heures suivantes, et mises devant le fait accompli. On dit que cet acte d’insubordination fut acceuilli avec rage par Agricola, qui vit une partie des troupes de ses alliés adrians prendre une initiative par elles seules. Mais cette désobeissance reçut un accueil beaucoup plus pensif de la part de la doyenne Moretti, qui pris conscience de l'opportunité, malgré la ruse et la fourberie qu'il fut nécessaire de mettre en œuvre pour arriver à cette situation. Il fut dés lors question de savoir que faire du futur gouvernement de Cortonna. Moretti et Agricola furet eux même partagés sur la question: si Agricola était favorable à simplement changer l'identité des personnes en charge, Moretti voulait quant à elle remodeler entièrement le gouvernement de cette vieille rivale, et imposer une gouvernance calquée sur le modèle de Directoire scientifique d'Adria, mettant ainsi fin à un gouvernement théocratique vieux de plusieurs siècles. Mais dans les faits, le choix revenait aux hommes et aux femmes en place, qui eurent le dernier mot quant à ces instructions...

Le choix appartenait aux acteurs de cette pièce, les moins que rien et les flingues à louer, dans la plus grande des ironies.


Effets:
- Cortonna est prise par des mercenaires engagés par la ville d'Adria. Elle devrait changer d'allégeance en vue du prochain congrès dodécaliote (voir le premier post du topic conflit pour voir l'état des forces en présence.
- 100 soldats et leurs équipements seront supprimés de l'atlas de la Dodécapole (pertes militaires durant la prise de la ville).
- Les joueurs doivent décider de la marche à suivre dans le changement de gouvernement de Cortonna, à savoir:
  • Suivre les ordres de la doyene Marina Moretti et remplacer le gouvernement théocratique par un Directoire de grandes figures universitaires calqué sur le modèle d'Adria (nécessite une garnison plus importante pour garantir la pérenité du prochain gouvernement de Cortonna, et risque des évènements de révolte populaire).
  • Suivre les ordres d'Adolfino Agricola et remplacer l’évêque ainsi que le conseil ecclésiastique de la ville par des figures plus amicales (nécessite une petite garnison et amoindri les risques de révolte populaire, mais fidélité plus aléatoire de Cortonna vis à vis d'Adria à l'avenir).
  • Suivre une voie alternative qui mettra les joueurs en porte à faux immédiat avec leurs employeurs, ainsi que Mardonios (affrontement prévisible)
- Une chaîne d'évènements se déclenche dans le topic conflit, qui permettra aux différents acteurs de la Dodécapole de condamner ou non cette initiative, et de déterminer le choix des joueurs quant à l'avenir du gouvernement de Cortonna.


Lieu de l'action: Cortonna (Nord de la péninsule d'Albe)

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Facteurs explicatifs de la situation:
- Les joueurs d'Apamée ont refusé l'idée d'une expédition visant à prendre Cortonna, ce qui a laissé l'action des joueurs d'Adria se faire sans la moindre opposition (la situation aurait pu être différente).


Liens pour la bonne compréhension du post:

- Pour compredre le personnage d'Agricola
- Pour comprendre la situation de Cortonna
- Pour comprendre l'origine du plan de la prise de Cortonna
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Un nouveau gouvernement pour Cortonna ?

Que faire ?



C'est la fête !



"Un cadeau de l'évêque !"


Il y avait là l'un de ces moments dont on voudrait qu'il dure pour une vie. Une atmosphère de fête et de victoire, des victoires comme on en assiste rarement. Sans coup férir, presque sans résistance, une bande hétéroclite de mercenaires avait réussi à prendre une ville de 70 000 habitants. 100 morts: c'était là le nombre des pertes combinées des forces en présence, autant dire rien du tout. Une fois passée la surprise, la garde de la ville s'est effondrée en l'espace d'une heure, et la plupart des lieux de pouvoirs, le siège de l'évêché en tête ont été investis. Faite de nuit, il est probable que l'attaque n'ait même pas réveillée tous les habitants de Cortonna, encore nichés dans le fond de leur lit, qui s’apprêtent à se réveiller avec un nouveau gouvernement.

Les mercenaires ont immédiatement investi le Palais de l'évêché, les strombolains de Mardonios en tête. Ils sont entrés dans un monde dont ils n'ont qu'un timide aperçu, qu'ils découvrent à chaque qu'ils sont payés par ceux pour qui ils font la guerre: des bijoux, des croix en or, de la belle vaisselle, des sièges dans un velours inimitable. Les avantages de la victoire, les voilà. Bien que Mardonios eu promis au Professeur Bishop de ne pas atteindre aux artefacts ayant une valeur historique, ses hommes restent des hommes à payer, et il se pourrait bien que quelques bracelets, bague et coutellerie ait finie dans la poche des uns et des autres malgré la surveillance de leurs capitaines.

Par dessus tout, on boit, on boit sans fin dans tout ce qui peut contenir un liquide: des verres incrustés de rubis, dans des coupes en or, dans des verres faits das le cristal le plus recherché. La vie, voilà la vraie vie, une belle vie qui ne durera que le temps de cette soirée. "Un cadeau de l'évêque !", Mardonios fait passer
à Retaellon le casque d'un garde civique cortonnais qu'il a rempli de vin à ras bord. Il en fait tomber par terre lorsqu'il le fait passer de mains en mains: Mardonios, Retaellon, la jeune Di Grassi et pour finir, Bishop. La petite loutre, "Scaela" se promène sur la table, vole à manger, de ci et de là, avant de s'enfuir lorsque Mardonios claque de la main sur la table, interpellant sa baroque: "Alors, notre petite intervention ne vous a pas déçue j'espère !". Les hommes et les femmes qui festoient autour de lui et de son petit commandement répondent immédiatement "No chef !". "Bien. Alors buvez, buvez comme si demain n'existait pas !"

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Le commandant Mardonios

Alors que la nuit bat son plein, Mardonios n'a pas l'air d'être parti pour n'offrir qu'un casque débordant de nectar à ses compères Si c'est nuit de fête, il faut déjà réfléchir à la suite, et planifier ce qui doit être planifié. Ces mercenaires ont pris une ville sans la permission de qui que ce soit, pas même de leurs employeurs, et ceux-ci ne sont certainement même pas encore au courant des évènements de Cortonna. En lançant le casque à une foule de soldats avinés, il monte sur la grande table qui le sépare de son commandement, marche de ci et de là, pousse avec le pied quelques plats, avant de rejoindre un siège plus confortable. Lui-même est quelque peu ivre, déjà, mais garde l'esprit aiguisé: du moins, il le croit. Se tournant vers Bishop, Raetallon et sa jeune aide de camp, il esquisse les prémices de la suite:

" Messieurs. Madame. Je dois l'admettre: cela s'est passé bien plus facilement que prévu. Je suis content de vous tous. Et toi, Gina, tu as bien rempli ton rôle d'otage: j'ai adoré les larmes de crocodile. T'as pensé au théâtre ?"


Un éclat de rire collectif se fait entendre autour de la jeune femme, à qui l'on vient taper sur l'épaule.

" Professeur Bishop, mon excellence Rataellon, je tiens à vous adresser mes félicitations pour le professionnalisme dont vous avez fait preuve. J'aime travailler avec des individus qui connaissent le juste milieu: efficace, mais pas cruel. Dangereux, mais pas incontrôlable. Pour l'instant, nous formons une bonne équipe, et je pense que nous avons fait avancer la cause de nos employeurs.Mais avant de passer à la suite, je voudrais vous dévoiler la suite de notre spectacle. Bartholomée ! Fais entrer notre hôte !"


Une jeune soudard se précipite vers les grandes portes battantes de la sale du conseil de l'évêché que la troupe occupe et saccage allègrement, et on fait revenir un attelage festif de plusieurs mercenaires, portant chacun une chaise sur laquelle est assis, attaché et baîonné, monseigneur Lascari, l'évêque de Cortonna, à qui on a remplacé la mitre par un bonnet d'âne.

"Faites bon accueil à notre seigneur !"

Le rire et la moquerie envers l'adversaire vaincu se généralise dans la troupe, et on lève volontiers son verre en direction de l’ecclésiastique défait, incapable de répondre. On vient le déposer à la table des chefs de troupe. Mardonios se penche au dessus de lui:

"Mais. Je rêve ou tu t'es pissé dessus ?"

Le rire des mercenaires strombolains reprend de plus belle, avant que leur commandant ne se tourne de nouveau vers ses compères:
" Et maintenant ? Nous avons la ville, nous avons de l'argent, nous avons des armes, des nouvelles qui viendront grossir les effectifs de nos patrons. Ils seront furieux, mais croyez moi: ils se feront à l'idée quand ils verront ce butin. La question étant qu'ils ne sont pas encore là, et qu'il faut bien que cette ville soit dirigée par quelqu'un. Et je ne pense pas que notre gros cochon ici présent ne soit très coopératif. Dans tous les cas, il va lui falloir un remplaçant, à lui et ses amis de son conseil. Mais la grande interrogation qui vaut le million c'est: que fait-on ? On s'était mis d'accord pour donner Cortonna sur un plateau au Directoire d'Adria, mais on a jamais précisé l'identité de ceux qui tiendront la boutique en attendant l'arrivée des renforts d'Adria. L'idéal serait l'instauration d'un gouvernement stable, et qui à la fois, demeure loyal à nos patrons, tout en ne s'aliénant pas la population locale. J'attends vos suggestions."


hrp: des exemples d'options sont disponibles en bas du premier post.

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Mon Henry,

La nouvelle m'a frappé ! Elle a traversé les mers comme un souffle de mistral, un courant vital, le frisson électrique d'une action pure ! On m'a dit « Cortonna est prise », mais j'ai entendu « La Vie a triomphé ! ».

Car que fut cette cité, sinon un sépulcre blanchi, une momie dont les artères se sont depuis longtemps changées en poussière ? Dans ses rues ne flottaient que les relents d'encens ranci et la peur hiératique de vieillards édentés psalmodiant des prières à un dieu mort. Vous n'avez pas mené une simple opération, mon disciple, vous avez accompli un acte de salubrité publique ! Morale ! Vitale ! Par la fulgurance de votre ruse – cette offrande d'une vestale velsnienne, quel théâtre ! – vous avez fait entrer l'air frais et âcre de la poudre dans un mausolée qui empestait la mort.

Vous avez sculpté l'événement ! Vous avez été le bras qui guide le ciseau dans le marbre pourrissant de l'Histoire. Et c'est cette vitalité, cette énergie tellurique qui jaillit de l'acte décidé, qui seule peut séduire la jeunesse ! Croyez-vous que les âmes ardentes qui peuplent les amphithéâtres d'Adria se contenteront de gloser sur des textes morts ? Non ! Elles brûlent d'un feu secret, elles attendent le signal, la flamme qui leur montrera le chemin de la gloire. Votre audace est cette flamme. Déjà, je les imagine, ces jeunes hommes au sang vif, délaissant les grimoires pour le fusil, voyant en vous non plus le professeur mais l'Archonte, le Condottière de l'Esprit. Vous n'avez pas conquis une ville ; vous avez conquis des âmes ! Bientôt, ils afflueront sous vos bannières, non pour une solde, mais pour une destinée ! Ils viendront chercher dans le danger la seule véritable ivresse, et dans l'action, la seule véritable connaissance. Préparez-vous à moissonner cette jeunesse dorée, car vous leur avez offert un mythe !

Quant à moi... Mon Henry, je sens le frisson du crépuscule. Mon corps, ce vieux vaisseau qui a bravé tant de tempêtes, se fissure et prend l'eau. Chaque matin, le souffle est plus court, le sang plus lent. Mais mon dernier souffle sera un chant ; car je m'éteins comme une étoile s'effondre pour devenir supernova : dans une dernière explosion de lumière. Et ma lumière, mon héritage, c'est vous. Quelle joie suprême, avant de rejoindre le grand silence, que de voir notre œuvre s'étendre ! De voir Adria, cette idée pure, cette citadelle de l'intelligence, déborder de ses murs ! Elle est une tache d'huile, de sang vif, qui se propage, un ferment qui corrompt la vieille et stérile Eurysie. Chaque arpent de terre que vous lui adjoignez est un vers ajouté à mon plus grand poème.

Ô mon sion, mon prolongement, mon glaive et ma plume ! Vous avez compris. Vous avez compris que la politique n'est rien sans le geste, que la pensée n'est rien sans le risque. Vous avez vengé votre maître de l'inanité de ce monde en prouvant que la volonté d'un seul, si elle est pure et trempée d'acier, peut refaçonner la réalité.

Alors ne vous arrêtez pas ! Faites de Cortonna non une conquête, mais une base avancée, une tribune d'où haranguer les peuples ! Que cette victoire ne soit que la première strophe d'une épopée sanglante et magnifique ! Le vieux lion sent ses forces l'abandonner, mais il rugit une dernière fois en voyant son lionceau dévorer sa première proie.

Allez ! Vivez dangereusement ! Prenez ! Osez ! Le monde appartient à ceux qui ont le cœur assez vaste pour le désirer tout entier !

Votre maître, mais aussi votre ami, et un jour votre égal, D'Alcyon.

Il referma le fax, repliant le papier jaunit avec soin, et le posa sur le côté de l’épais bureau de bois sombre, entre une tasse à peine entamée de thé et un portrait de son épouse. Il faisait froid, sous ces latitudes. Et bien que tout était fermé, de la fenêtre à la porte, il sembla à Bishop qu’un courant d’air traversait le bureau.

Alors c’était vrai. Si même le vieux lion se l’avouait, il devait être mourant. Au fond il le savait : en s’engageant dans cette campagne, il s’éloignait du poète au moment de ses derniers jours. Seulement il aurait voulu qu’ils arrivent plus tard. Le Maître devait rendre un avis sur le devoir qu’on lui remettait. C’était la norme. Et s’il mourait, il y aurait inévitablement du bruit. Une lutte à bas bruit entre ses fils et filles.

Peut-être était-il bon d’être aussi loin du centre, au moment où le séisme se déclencherait. Coincé dans des extrémités, que la distance rendait glorieuse. Maître à bord d’un navire fou, fait de gloire et d’ambitions hypertrophiées. Car en vérité, quoi qu’ait pu en dire la propagande officielle, la prise de Cortonna n’avait en fait rien de glorieuse.

Il posa le plat de ses mains sur celui du bureau. Le bois était traité, on ne sentait pas ses nervures, sous la couche de peinture et de vernis. Il serra les doigts, comme s’il pouvait repousser la mort. Repousser cette certitude, puis se leva, enfila sa veste, fit disparaître la missive dans une poche de sa veste, et passa la porte du bureau. Dehors, les deux jeunes gardes se turent. Les derniers mots qu’ils prononcèrent étaient « Post-modernes ». Donnez des fusils à des étudiants, et ils n’en restent pas moins des étudiants. Bishop les salua d’un signe de tête.

« Nunc est bibendum », leur dit-il enfin. « Nunc pede libero pulsanda tellus. »

Se joindre aux festivités était important. Il ne s’était éloigné qu’un instant à peine, pour lire la missive que lui avait remis un homme, pour jeter un coup d’œil aux vidéos prises par son équipe de communication - c’était en recevant une version non-filtrée que le vieux poète avait appris pour les évènements du jour - et, enfin, pour vérifier une première liste des reliques historiques saisies par ses troupes. Le travail. Bishop était un homme de méthode et, surtout, de sérieux. Il lui restait de longues années d’étude et d’entraînement une discipline qui
n’avait, au fond, pas grand chose à envier à celle dont les moines se prétendaient tenant.

Sauf que moi, pensa-t-il avec une évidente satisfaction, je m’y tiens réellement.

Il salua ses troupes avec un large sourire de circonstance, congratula les chefs de rang, s’attarda sur les blessés légers du conflit, pris la peine d’écouter le récit rapide des combats. Futiles. Sans apothéose ou gloire. On buvait pour se donner l’impression d’un héroïsme aux abonnés absents. Ce n’était pas bien grave. La victoire de l’esprit sur la matière voulait aussi dire la victoire du sens sur l’héroïsme, par définition insensé. Un plan bien conçu se concevait sans héroïsme. Enfin, il rejoignit la table de ses pairs, les autres chefs, leur passant les salutations de son maître. Derrière lui, pas trop loin, la silhouette hallucinée de Christophe Vectan, son vidéographe officiel, capturant des images de la fête, rapprochant des mercenaires le temps d’une photo. Les appareils pendaient à son coup comme autant de chapelets. Il y en avait un pour chaque religion majeure. Une dizaine d’œil, qui mentaient, mentaient. C’était essentiel. Le mensonge était l’arme des recruteurs. Et pourquoi tolérer Christophe, sinon, car ses images attireraient de nouvelles troupes ?

Bishop s’installa à la table et acquiesça en entendant Mardonios, salua la Di Grassi lorsque fut évoqué la position compromettante dans laquelle on l’avait placé, et le caractère convaincant de son jeu.

Bon public, il regarde l’évêque arriver avec amusement. Il repense à des images. Un film, un vieux film étudiant. Un religieux en latex. Bâillon boule. Humilité. Trainé dans un sous-sol de béton. Fouetté. Crassement transgressif. C’était durant sa jeunesse folle. Il avait trouvé ça si drôle. D’un coin de l’œil, il aperçoit Vectan, qui abaisse la caméra. Il lui fait signe, discrètement, de filmer. Ces images trouveront leur usage. Un jour.

Un applaudissement poli. Puis soudainement, il se lève à son tour, et approche de l’évêque, contournant la table, se pliant un peu pour se placer à son niveau. Il l’observe comme un observe une bête à la foire. L’étudie. Regarde tous les aspects de cet avatar de la vieille Eurysie. Décrépis. Corrompue. Une vieillerie de plus à jeter aux ordures.

« Ubi est nunc Deus tuus ? »

Il lui mit une tape amicale sur l’épaule et se redressa, croisant les bras.

« Au fond la véritable erreur du clergé a été d’oublier sa ville, et la véritable erreur de la ville a été de le laisser faire. Je suis de Kotios, cela fait de moi un homme de révolution, je le crains. Mais je suis aussi – hélas – un lettré, biberonné à l’histoire et au champ de ce qui a déjà été réalisé, et raté. »

Il s’approcha à nouveau de la table des convives, à nouveau ce sourire, qui n’atteint pas les yeux. Cette certitude, celle d’un homme qui croit tout savoir, ou en savoir assez pour tirer des hypothèses justes sur tous les sujets.

« Qu’avons-nous vu en arrivant à Cortonna ? Mes amis, nous nous partageons ici un butin conséquent, mais nous savons qu’il est bien faible, en vérité, pour une ville de la Dodécapole. Ce butin, nous l’avons trouvé tout entièrement concentré dans les mains du pouvoir Théocratique. Et ce pouvoir… N’est plus. »

Il pencha la tête en avant, pensif.

« Les hommes du peuple sont pour beaucoup dévoués. Ils ont acceptés la misère comme on accepte une vérité universelle, car on leur promettait un paradis après la terre terre. Leurs enjeux s’opposent – superficiellement – à ceux de nos propres employeurs, lesquels ont tout intérêt à faire de cette ville un nouveau siège de raison, afin que notre victoire ne soit pas celle d’une saison ou deux, mais le fondement d’une orientation historique. En bref, que notre action soit encore cités dans dix ans, un siècle, et plus tard encore, comme les fondements d’une nouvelle Cortonna ! »

Il écarta les bras, puis frappa ses mains l’une contre l’autre. Le vieux lion était mourant. Il n’allait pas lui faire l’injure de sauver une théocratie. Non. Il fallait du sang neuf.

« Nous devrions trouver des gens fiables. Des notables, des hommes de lettre, des scribes. Même des hommes d’Église prêts à collaborer. Celles et ceux capables d’assurer l’intendance en attendant que l’éducation tris le peuple, que les grands examens fassent émerger les prochains leaders, et n’efface pour de bon le régime de la Foi. Et parce que le peuple n’a connu que le Régime de la Foi, il aura peur, sera prompt à l’émeute, sera tenté de s’opposer à sa libération.

C’est pourquoi nous devons faire preuve d’intelligence, et de populisme. Assurer que chacun mange à sa faim. Se renseigner sur les besoins matériels du peuple, et y répondre. Faire rimer le règne de la Pensée et de l’Esprit avec des ventres plein, des foyers chauds, de nouveaux marchés en lien avec Adria Nous devons viser la petite bourgeoisie, les petits propriétaires, et promettre une libération moins nébuleuse que celle du paradis au peuple qui n’a rien, à celui qui a faim. Le confort sur terre vaincra le paradis après la terre.

Naturellement il se trouvera de vrais zélotes et fanatiques pour s’opposer à notre règne, quel qu'il soit. Mais cela sera vite réglé par l’espionnage, la mise en place de moyens de surveillance. Celui qui travaillera avec Adria aura un poste, la sécurité pour lui et ses enfants, la nourriture et la chaleur du foyer. Celui qui s’opposera à Adria sera identifié très rapidement, puis éliminé. Je ne suis moi-même pas socialiste, mais je le crois : pour lutter contre l’influence de la Vieillerie d’entre toutes, il faut s’inspirer de leurs méthodes, et promettre de nouveaux horizons au peuple. Peut-être même pourrions nous tirer au sort quelques jeunes gens, moins de trente ans, dans toute la cité, et leur donner le droit de faire remonter les problèmes de leur quotidien aux autorités nouvelles. Voilà mon avis d’étranger. Les vieux débris seront dominés par le fer, leurs fils et filles par le confort, et ceux qui prendront leur place doivent devenir nos alliés et notre armée. Mais que celles et ceux connaissant l’esprit de Fortuna me reprennent, et proposent en contre-argument les subtilités de cet esprit. 
»
Un nouveau gouvernement pour Cortonna ?

Que faire ?






"Que chacun mange à sa faim..."


Mardonios grommelait dans sa barbe, sans pour le moment répondre à Bishop. Il tournait autour de la table avec son verre incrusté de pierres précieuses qu'il avait subtilisé au trésor de l'évêché, et laissait ses compères dans une autre coupe, contenant les paroles bien théâtrales de l'Homme avec qui il avait partagé la responsabilité de l'opération. La jeune femme qui lui faisait office d'aide de camp se retournait vers lui, attendant sans doute que des mots sortent de sa bouche pour répondre au professeur, mais celui-ci était devenu sage, tout d'un coup. Il n'avait pas été frappé d'une épiphanie, certainement pas. Il y avait dans cette scène qu'il contemplait un spectacle auquel il pensait avoir déjà assisté. Tous ces jeunes gens réunis en cercle autour d'une table, au milieu d'une troupe d'Hommes et de femmes bravaches qui buvaient comme si ils n'auraient jamais accès à autre luxe que celui de l'ivresse, le temps d'un soir. L'Achosie, Menkelt...lui revenaient à l'esprit: c'est cette sensation des fins de mois où le butin tombait, la sensation d'un début de justice qui n'arrivait finalement jamais. En pays velsnien, fortunéen, dodécaliote et celte, les gens comme eux se battaient, et les princes gagnaient. Cortonna était ainsi peut-être le début de quelque chose, un début de justice. Il y avait cette tentation de reverser la table, de n'écouter ni les conseils d'Agricola, ni ceux de la Doyenne Moretti, et de devenir le roi de son petit chez lui, mais un roi parmi tous les autres: chaque Homme est un souverain en son droit.

Et puis...le soufflet retombe une fois la déclamation du professeur terminé, et et l'ivresse de la boisson cède la place à ce sentiment de solitude, et Mardonios ricane en regardant le fond de son verre. Gina attend une réponse qui ne vient pas, alors celle-ci parle pour les siens, ou du moins, un sentiment partagé par le natif de Kotios, qui paraît faire consensus autour de la table:

- Le prof a raison sur un point: au diable les évêques. Dés que nous repartirons, ils s'empresseront de revenir à leur état naturel, celui dans lequel nous avons trouvé la ville. Et il n'y a aucune garantie qu'ils ne nous poignardent pas dans le dos dés qu'Adria aura besoin d'eux, et de leurs troupes. Adolfino Agricola agit avec prudence parce qu'il pense ménager les particularismes locaux en espérant mieux les contrôler. Il parle comme un velsnien car il n'a pas été éduqué autrement à la diplomatie et à la politique, mais je ne sais pas si c'est la bonne approche à adopter après ce que j'ai vu dans la ville. Il nous faut des nouvelles têtes dans tous les cas, et que ce régime s'arrête avec nous. Après tout...le prof veut entrer dans l'Histoire avec un grand H... La question est de savoir si on doit copier trait pour trait ce qui se fait à Adria, et laisser un petit groupe d'universitaires à grosse tête effectuer les réformes en attendant un autre avenir. Je pense que suivre les conseils de la doyenne Moretti serait pour le mieux.

Les paroles de Di Grassi rencontrèrent un certain écho dans l'audience, du moins parmi ceux qui écoutaient davantage la jeune femme qu'ils n'écoutaient l'appel de leur pinte. Parmi eux, Mardonios s'était avachi dans un coin, ayant abandonné le siège de l'évêque avec lequel il avait joué un temps. Il apparaissait plus sceptique:

- Que chacun mange à sa faim, que la ce soit la jeunesse qui gouverne... Ce sont des paroles censées, prof, mais je l'ai ai déjà entendu partout où j'ai travaillé: Velsna, Achos, Menkelt, Dodécapole. Tout le monde veut faire le paradis: les apaméens, les volterrans, même nos employeurs, mais au fond, ils sont tous les mêmes. Je suis assez vieux, et j'ai vu assez de guerres pour revoir mes ambitions à la baisse. Vous avez l'air de croire que les gens peuvent changer en bien, et j'aimerais tant être de votre avis. Mais je ne puis. J'ai déjà vu quelqu'un essayé de transformer une cité dodécaliote en paradis, et cela nous a donné Volterra. Je connais bien Lograno, vous savez...

Dans la troupe, un des strombolains tenta de dissuader Mardonios de continuer: "On a dit qu'on parlait plus de ça patron..." , sans que ses parole ne soient prises en compte.

...Quand je l'ai rencontré, il était tout jeune, et j'étais déjà vieux. Il était maigre, il n'avait pas mangé depuis trois jours, et il vadrouillait avec une bande de son âge dans les rues de Volterra. Il avait faim, peut-être une faim que seuls ceux qui ont subit un siège peuvent connaître. J'ai pris pitié de lui, je l'ai nourri, et je l'ai enrôlé dans la troupe, cette troupe. J'ai fait tout mon possible pour en faire une bonne personne, même si je sais que dans notre métier, cette notion est très relative: partager le butin à parts égales, partager le labeur à la hauteur des capacités de chacun... Mais rien n'y a fait. A Menkelt, durant leur guerre civile, peut-être...fin 2005, il lui a suffit qu'il évolue quelques jours hors de ma surveillance pour qu'il se rende coupable d'un massacre dont on me reproche encore le fait dans ce pays de nos jours. Quelques années plus tard, il est revenu chez lui à Volterra, avec tout ce que je lui avais appris dans les bagages, et il a transformé cette ville, je veux bien lui donner ce mérite. Il en a simplement fait la vitrine de toutes ses névroses.

Il règne un pesant silence parmi les mercenaires, et une petite voix par-ci par là, qui réagit à la réminiscence d'un souvenir douloureux pour ceux qui étaient déjà là à cette époque: "T'étais pas obligé de nous ressortir tout le laïus, Mardonios..."

Bref, les Hommes ne changent pas, fin de l'histoire, et que Dame Fortuna aille se faire foutre, car elle ne sourit pas à des gens comme nous. Mais si vous pensez qu'il suffira à ces gens d'un catéchisme et de tirer des noms sur des petits bouts de papier fera l'affaire, alors je ne m'y opposerai pas. Agricola ou Moretti, ce n'est pas mon problème tant que nous sommes payés, et que mes Hommes obtiennent la part qu'ils méritent."

Plusieurs voix s'élèvent la grande salle, autour de cet Homme d’Église toujours attaché. Di Grassi fait la proposition la première:
" Doit-on voter la proposition du prof ? Qui est pour conserver le conseil de l'évêché ?"

Bien peu de mains se sont levées pour défendre l'ancien régime, ou à minima, de remplacer ses figures par des personnalités aisément malléables. Du vote d'une simple bande de soudards, il en était donc fini de la théocratie de Cortonna, cette anomalie historique qui restait là, tel un vestige inerte d'une Dodécapole qui avait depuis longtemps tourner la page de son existence, à tel point que l'on se demandait même parmi ces gens si qui que ce soit aller lever ne serait-ce qu'une oreille à l'annonce prochaine de la nouvelle de ce qui était un coup de force, dont on ne pouvait s'empêcher de faire un parallèle avec la prise de contrôle de Volterra par Salvatore Lograno, quelques années plus tôt, et avait fini par en devenir le tyran.

La tenue d'une décision aussi importante n'a pourtant pas été assez mémorable pour que la fête ne s'arrête pour elle, et il se pouvait bien que peu ne se souviennent exactement de ce qui s'était déroulé la veille une fois que le soleil se lèverait. Mais Bishop, assurément, se souviendrait de sa conversation, plus privée, qu'il eut avec Mardonios sur le balcon de la salle du Conseil de l'Evêché, à l'abri des oreilles qui de toute façon, n'étaient plus forcément en mesure de trouver des jambes marchant droit pour les soutenir. Son regard n'était ni signe de fermeté, de méchanceté, de joie ou de quelconque autre sentiement que celui de la lassitude, et d'une certaine appréhension pour le devenir de ses hommes et femmes. Comme si, passé le plaisir de la boisson, il ne savourait aucune sorte de plaisir d'avoir cueilli les fruits de la récompense, ni n'éprouvait la moindre impression de triomphe:

- Prof. J'espère que vous savez ce que vous faites en actant un changement de régime ici: Agricola nous aurait engueulé de toute manière pour l'action en elle même, mais je le connais, et je sais ce qui lui fait du soucis. C'est un commandant, qui n'aime pas être mis devant le fait accompli. Non pas que je ne me moque pas de ce qu'il pense, mais il paie trop bien pour qu'on le laisse nous lâcher. Vous viendrez avec moi annoncer la nouvelle à Adria. Quand on y sera, je vous conseille de flatter son égo, et de lui faire oublier que nous lui avons imposé cette situation. La dernière chose que l'on veut est qu'il en prenne ombrage, et que cela fragilise son alliance avec Adria. Inutile de vous dire que j'ignore comment nous défendrons la ville si nous n'avons plus son appui. Vous me suivez ?


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