25/11/2018
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District 8156 C : Base en phase de colonisation par la Légion Dante (Karvélie)

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District 8156 C : Base en phase de colonisation par la Légion Dante (Karvélie)

Ce sujet correspond à un district encore vide du Wasterland, ouverte à la colonisation pour une nation disposant d’un projet validé. Tant que le district n’est pas officiellement revendiqué, il existe sous la forme d’un simple sujet servant de terrain de jeu et de production de lore. En y jouant, vous incarnez vos colons tentant de survivre, de s’implanter et de reconstruire dans un environnement post-apocalyptique hostile, ou bien êtes vous seulement de passage. L’objectif est de produire, par vos RP, 20 000 points de développement représentant l’effort humain, matériel et narratif de la colonisation. Aucun point n’est investi : seul le temps de jeu, la cohérence et l’ambiance comptent. Les posts réalisés dans ce district constituent son histoire et feront foi, même en cas d’abandon de votre part. Tant que la colonisation est en cours, le district ne peut être contestée ni conquise. Une fois le seuil atteint et validé dans les règles, le district devient une partie à part entière contrôlée par votre colonie. Elle peut alors être gérée comme une entité autonome, sans atlas mais avec toutes les libertés narratives usuelles (comme une nation en somme).
L'Aube Toxique :

Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui (Apocalypse 12:9).



Je te défie, Satan !
⮕ Le domaine de Belzébuth sur Terre.


La vingtaine d'avions de transport de l'Armée Rouge volaient à haute altitude dans la couverture nuageuse perpétuelle qui enveloppait le Dakora depuis plusieurs décennies maintenant, leurs silhouettes grises se fondant dans les masses vaporeuses jaunâtres qui semblaient avoir remplacé définitivement le ciel bleu que les anciennes générations avaient connu avant l'effondrement du pays. Le commandant Irina Einberg, une officier d'origine kaulthe de l'AFRE, scrutait l'écran de radiométrie installé dans la soute de l'appareil où elle se trouvait, observant les chiffres qui défilaient avec une régularité implacable tandis que l'escadrille descendait progressivement vers la zone de largage prévue, située à environ 500 kilomètres au nord-est de ce qui avait été autrefois la capitale du pays. Les données étaient aussi précises qu'alarmantes : 2,3 millisieverts par heure au niveau du sol dans la zone ciblée, avec des variations importantes selon les secteurs et des pics pouvant atteindre 8 millisieverts dans certaines zones que les archives diplomatiques d'avant l'effondrement identifiaient comme d'anciennes installations militaires ou industrielles.

"On dirait que les rapports des services de renseignement n'exagéraient absolument pas la situation."
Irina se tourna vers la voix. C'était son adjoint, le capitaine Malik Touré, un vétéran de 42 ans de l'Armée Démocratique du Gondo, un désillusionné parmi tant d'autres par son propre mouvement national et qui avait vu dans l'AFRE une organisation jeune mais prometteuse pour apporter la Révolution, la vraie, dans son pays et sur son continent. Après tout, cela faisait des années que le Gondo était en guerre civile et malgré un soutien pro-actif, les Kah-tanais n'avaient jamais pu libérer le pays définitivement. L'AFRE, elle, avait au moins le bénéfice du doute et ses actions en Kartvélie et en Retsvinie laissaient entendre que l'organisation avait cette fougue décisive que Malik considérait comme absente des mouvements communalistes soutenus par Axis Mundis. Malik observa lui aussi les écrans avec cette expression que Irina ne connaissait que trop bien maintenant.

"C'est objectivement pire que le Drovolski. Et encore, il existe au moins deux ou trois endroits isolés au Drovolski où ça reste respirable. Là, c'est tout le territoire national qui est contaminé, ce qui signifie que nous allons devoir opérer dans un environnement continuellement hostile pendant toute la durée de notre présence, sans possibilité de repli vers des zones saines."
Autour d'eux, dans les soutes de la vingtaine d'appareils de l'Armée Rouge estalienne, les combattants de la désormais nommée Légion Dante vérifiaient une dernière fois leur équipement individuel avec cette méticulosité particulière que seuls développent les soldats expérimentés avant une insertion en territoire ennemi, sachant que la moindre négligence dans la préparation du matériel pouvait signifier la différence entre la vie et la mort dans les heures qui suivraient le largage. Chaque combattant portait une combinaison NBC de nouvelle génération issus des arsenaux immenses des forces armées estaliennes, une merveille de technologie en somme portée sur trois couches : une couche externe en kevlar traité résistant aux déchirures et aux perforations et capable d'encaisser des impacts de shrapnel ou des contacts avec des structures métalliques corrodées ou coupantes ; une couche intermédiaire de charbon actif tissé dans une matrice de fibres synthétiques conçue pour neutraliser et absorber les agents chimiques qui pourraient pénétrer le kevlar externe ; enfin, une couche interne en polymère respirant qui évacuait la transpiration tout en maintenant une étanchéité parfaite afin d'éviter aux combattants de se noyer dans leur propre sueur après quelques heures d'activité physique, surtout dans un environnement où retirer sa combinaison, même quelques secondes, est inenvisageable. Le système de filtration autonome, installé dans un module dorsal compact qui pesait environ quatre kilos était capable de fonctionner pendant 72 heures continues en filtrant l'air ambiant à travers une série de membranes HEPA et de cartouches de charbon actif, ce qui produisait un flux d'air respirable qui était ensuite injecté dans le masque facial par un système de surpression légère qui empêchait tout reflux de l'air contaminé même en cas de microfissure dans les joints d'étanchéité. Les masques eux-mêmes représentaient une prouesse considérable, équipés de visière à affichage tête haute qui projetaient directement dans le champ de vision du combattant une multitude d'informations essentielles telles que les niveaux de radiation ambiante mesurés en temps réel par des capteurs géiger miniaturisés intégrés dans le tissu de la combinaison, la composition atmosphérique analysée continuellement par des senseurs chimiques capables de détecter des traces infimes de gaz toxiques ou d'agents biologiques, le niveau de charge restant dans les batteries du système de filtration, la température corporelle, le rythme cardiaque du porteur et même une fonction de vision nocturne, une nécessité compte tenu que l'éclairage naturel est considérablement atténué par la couverture nuageuse permanente et les particules en suspension dans l'atmosphère. Ces tenues étaient conçues pour la guerre, développées avec grand cynisme par l'Armée Rouge dont la logique de guerre totale et apocalyptique avait tendance à se refléter sur ses équipements généralement faits pour endurer des guerres de haute intensité. Bien sûr, la plupart des fonctionnalités supplémentaires des masques étaient une variante dédiée surtout aux forces spéciales, rares étaient les soldats estaliens à disposer de ces masques (en même temps, à quoi ça servirait à un fantassin ?). Mais l'AFRE, dont les fonds découlaient visiblement de l'instrumentalisation malhonnête des ressources kartvéliennes, avait su se les procurer à des prix préférentiels qui feraient chavirer n'importe quel industriel de la défense. C'est beau, la Révolution, surtout si ça nous donne une excuse d'avoir des promos.

Le docteur Amara Okonkwo, cheffe de l'équipe scientifique civile d'origine banairaise embarquée dans l'opération et professeure de biologie à l'Université de Biologie de Mistohir en tant que correspondante étrangère dans le cadre d'un des nombreux programmes de l'Internationale Libertaire et qui s'est engagée dans l'opération par curiosité scientifique du Dakora, passait entre les rangées de combattants assis sur les banquettes métalliques des soutes pour distribuer personnellement les dosimètres individuels, des petits appareils électroniques de la taille d'un briquet que chaque membre de la Légion devait en permanence porter sur la poitrine et qui enregistreraient la dose cumulative de radiation perçue par chacun, ce qui permettrait ainsi de suivre précisément l'exposition individuelle et de retirer préventivement toute personne approchant des seuils de danger établis par les protocoles médicaux de l'AFRE. Amara ouvrit le système intercom de la soute afin que chaque homme l'entende dans son oreillette.

"Vous devez tous comprendre quelque chose d'absolument fondamental avant que nous ne mettions les pieds sur le sol dakoran. Le Dakora n'est pas simplement un territoire irradié comme pourrait l'être la zone d'exclusion autour d'une centrale nucléaire accidentée, ce n'est pas un site industriel contaminé qu'on pourrait nettoyer avec des méthodes conventionnelles de décontamination, ce n'est même pas comparable aux zones de retombées chimiques que l'on peut trouver en Cramoisie où la contamination reste relativement homogène et prévisible dans sa distribution. D'après toutes les analyses préliminaires effectuées par des équipes scientifiques indépendantes et des ONG sur les six derniers mois, nous parlons d'une contamination multicouche, hétérogène et combinant plusieurs types de menaces environnementales qui se superposent et interagissent de manières que nous ne comprenons pas encore complètement. Je vous ai déjà tout dit dans le briefing avant de partir mais je vais vous refaire un topo.

Il y d'abord les isotopes radioactifs bien sûr, principalement du césium-137 et du strontium-90 mais aussi du plutonium-239 qui proviennent certainement de bombes sales artisanales. On trouve aussi des traces d'américium et de cobalt radioactif dont l'origine reste mystérieuse à ce jour. Ensuite, on a la contamination chimique extensive qui vient des industries lourdes qui ont continué à fonctionner sans aucun contrôle environnemental pendant plusieurs années, déversant dans l'atmosphère et dans les sols des quantités massives de dioxines, de furanes, de composés organochlorés persistants, de métaux lourds comme le mercure ou le cadmium, tout cela a créé des zones où le sol lui-même est devenu toxique. Enfin, et c'est peut-être la partie la plus imprévisible, nous avons des indications comme quoi des armes biologiques, probablement des agents pathogènes modifiés, ont étés utilisées, peut-être sous forme de spores dormants ou de réservoirs animaux, des agents dont nous ne connaissons ni la nature exacte, ni les modes de transmissions et encore moins s'ils sont encore virulents après tant d'années.

Les populations locales, qu'ils appellent ici les punks, semblent avoir développé des adaptations biologiques remarquables dans cet environnement apocalyptique, des adaptations que nous devons absolument étudier et comprendre si nous voulons avoir une chance de réussir notre mission à long terme. Il est possible que certaines mutations génétiques leur ait permis de métaboliser certaines toxines, peut-être que leur système immunitaire s'est adapté afin de résister partiellement aux radiations et il est tout aussi probable que leur physiologie respiratoire et cardiovasculaire leur permettre de fonctionner dans une atmosphère appauvrie en oxygène et chargée de particules toxiques. Nous devons prélever des échantillons tissulaires et sanguins, séquencer leurs génomes pour identifier leurs mécanismes d'adaptation et comprendre ensuite comment ça fonctionne au niveau moléculaire et cellulaire. Vous avez tous reçu une formation sur le sujet mais vous devez être conscient que la réussite des opérations militaires dépendent de ces recherches ainsi que pour l'avenir de ce peuple opprimé que nous allons libérer !
"

Alors que Amana terminait son bref topo, le signal lumineux installé au plafond de la soute passa du vert au jaune. Il restait quinze minutes avant le largage et immédiatement, les combattants commencèrent leurs vérifications finales d'équipement avec des gestes précisés et répétitifs qu'ils avaient pratiqués des centaines de fois pendant des mois d'entraînement intensif. Le lieutenant Yusuf Ibrahimi, un autre Banarais, responsable du premier peloton de reconnaissance qui serait en charge d'établir le contact initial avec la zone de déploiement et de sécuriser le périmètre immédiate de la zone de largage, rassembla sa section dans un coin de la soute pour leur donner un dernier briefing.

"La zone de drop est désignée Alpha-3 dans nos plans, coordonnées 47°12' Nord et 89°34' Est...c'est bon ? C'est noté ? Bon, ça correspond à une ancienne zone industrielle. Les images infrarouges prises montrent qu'il y a une activité humaine sur place, on a repéré au moins deux cent signatures répartis dans ce qui semble être une installation communautaire relativement organisée, probablement des Punks dont nous bassinent les gars du rens'. Notre mission sur les 48 prochaines heures, ça va être d'établir et sécuriser un périmètre défensif de trois kilomètres carrés autour du point de largage Alpha-3, d'installer des capteurs de mouvement et des caméras de surveillance thermique sur les points stratégiques et repérer les zones défensives les plus adéquates, on sait jamais si les populations locales seront hostiles ou pas, gardez en tête qu'on est en zone hostile, à tout moment, vous pouvez vous prendre un pruneau. Alors n'hésitez pas, si vous voyez un hostile, même un gosse armé d'un vieux Tokarev loduarien, vous tirez, je veux pas d'états d'âmes. Ensuite, on établira le camp de base qui servira de centre de commandement, de base logistique, de centre médical et de labo pour la Légion. Normalement, ils vont nous larguer les structures gonflables et les générateurs de décontamination et d'énergie. On aura qu'à tout installer en propre. Vous occupez pas du matos scientifique, c'est les équipes en deuxième vague qui s'en chargent. Une dernière chose, messieurs : même si je vous ai dit de tirer sur tout hostile, évitez les approches hostiles. On est là pour aider ces gens, alors soyez cools. Pas de gestes brusques, vous répondez pas aux provocations et vous ne confisquez rien aux locaux."
Le signal lumineux passa au rouge, indiquant qu'il ne restait plus que deux minutes avant l'ouverture des rampes de largage et immédiatement, l'atmosphère de la soute changea, la tension nerveuse de l'attente faisait place à une concentration intense que chaque combattant ressentait au plus profond de son être, tous conscients d'avoir fait le choix risqué de rejoindre l'initiative de la Légion Dante au nom de l'idéal révolutionnaire, pourtant tous mis au courant des risques que ça impliquait et des difficiles conditions de vie sur place. Dans une des soutes d'un des appareils, réservé exclusivement au personnel scientifique, on vérifiait pour la énième fois l'arrimage des conteneurs de laboratoire qui représentaient l'investissement scientifique et financier le plus important de l'AFRE ait jamais consacré à une opération de terrain. Chacun des douze conteneurs pesait environ deux tonnes entièrement chargé et contenait es équipements scientifiques de pointe d'une valeur inestimable : des spectrographes de masse capables d'identifier et de quantifier des traces infinitésimales de composés chimiques et d'isotopes radioactifs dans les échantillons environnementaux, des séquenceurs génétiques portables de dernière génération capable de décoder le génome humain en quelques heures, des microscopes électroniques à balayage miniaturisés pour observer les structures cellulaires et subcellulaires avec une résolution nanométrique, des bioréacteurs d'urgence capables de synthétiser rapidement des contre-agents pharmaceutiques ou des vaccins en cas d'exposition à des pathogènes inconnus, des centrifugeuses à haute vitesse, des thermocycleurs pour l'amplification PCR, des chromatographes en phase liquide et gazeuse, des spectrophomètres et encore plein d'autres instruments, souvent issus des laboratoires de recherche universitaires estaliens. L'équipe scientifique qui composait la soute, soigneusement sélectionnés parmi les meilleurs chercheurs des institutions académiques de l'Internationale Libertaire (et donc sympathisants de la cause révolutionnaire que portait l'AFRE) représentait un éventail impressionnant de compétences spécialisées absolument nécessaires pour comprendre l'environnement du Dakora : des biologistes moléculaires experts en génomique, en protéomique et en biologie cellulaire ; des chimistes experts en chimie analytique environnementale et en toxicologie des composés organiques ; des physiciens nucléaires ; des médecins, souvent militaires, experts en radiobiologie et en épidémiologie ; des microbiologistes et enfin des bioinformaticiens.

Alors que les minutes défilaient, Amara Okonkwo était de plus en plus nerveuse, ajustant son casque pour la dixième fois de suite, manifestement moins habitué que les soldats professionnels et les grands brûlés des guerres révolutionnaires qu'étaient les combattants de l'AFRE, tous de pays différents et pourtant si similaires dans leurs méthodes de préparation. La guerre est un langage universel, c'est le moins qu'on puisse dire. Yusuf Ibrahimi s'approcha de sa compatriote, visiblement mal à l'aise dans son équipement NBC. Yusuf tenta de la rassurer.

"Docteur, je sais que vous n'avez jamais sauté en parachute avant aujourd'hui, ça doit vous paraître surréaliste, pas vrai ?
- Un peu, oui.
- Respirez un grand coup et souvenez-vous des entraînements. Vous inquiétez pas. Le parachute va s'ouvrir automatiquement à l'altitude préprogrammée. Donc même si vous paniquez, vous vous écraserez pas comme une crêpe sur le sol, ahah !
- Hé, ça n'a rien de drôle, lieutenant !
- Pardonnez-moi, haha ! Bon...ne vous inquiétez, vous n'aurez pas le temps d'avoir peur que le parachute s'ouvrira alors respirez profondément, faites confiance à votre équipement et concentrez-vous sur votre boulot de scientifique. Nous, on est bien largués sur ce sujet mais je peux au moins vous donner des conseils de vieux briscard.
- Merci, lieutenan-
"

Pas le temps de finir sa phrase que le signal passa au vert, les rampes arrière des appareils s'ouvrirent quasi-simultanément dans un rugissement métallique assourdissant, révélant le ciel jaunâtre et maladif du Dakora et permettant à l'air toxique extérieur de s'engouffrer dans les soutes malgré la surpression maintenue par les systèmes de ventilation des avions. Immédiatement, les capteurs atmosphériques intégrés aux combinaisons de tous les combattants commencèrent à afficher des données alarmantes sur leurs visières : dioxyde de soufre à 0,8 parties par million, ce qui était largement au-dessus des seuils de toxicité respiratoire normale et suffisant pour causer des dommages pulmonaires sévères en quelques heures d'exposition sans protection ; particules en suspension de césium-137 à des concentrations de plusieurs centaines de becquerels par mètre cube d'air ; traces détectables de gaz moutarde stabilisé ; composés organochlorés intégrées aux analyseurs automatiques et une multitude d'autres contaminations détectés. Einberg commença à crier de façon autoritaire dans le système intercom :

"A toutes les unités, largage immédiat, restez groupés pendant la descente. Rendez-vous sur Alpha-3, terminé."
Les soldats de l'AFRE se précipitèrent vers les rampes ouvertes par vagues successives dans une chorégraphie quasi-parfaite, se jetant dans le vide avec cette confiance apparemment insouciante que seuls possèdent les paras les plus aguerris, leurs silhouettes disparaissant dans la brume toxique alors que leurs parachutes noirs se déployaient automatiquement quelques secondes après la sortie de l'appareil, créant dans le ciel malade une floraison temporaire de coupoles sombres qui ressemblaient de loin à des champignons vénéneux géants suspendus dans l'atmosphère jaunâtre. Les conteneurs de matériel suivirent immédiatement les combattants, largués depuis les soutes par les équipes de manutention restées à bord des appareils, chaque conteneur suspendu à des voilures cargo renforcées spécialement dimensionnées pour supporter le poids considérable de l'équipement scientifique et militaire, chaque conteneur étant également équipé de balises de localisation cryptées émettant des fréquences radio sécurisées pour permettre aux équipes au sol de les retrouver facilement une fois atterris sur place. Ibrahimi fut parmi les premiers combattants à toucher le sol, ses bottes militaires renforcées s'enfonçant dans une terre spongieuse et inhabituelle au toucher, d'un gris cendreux maladif strié de traînées orangées qui ressemblaient à des veines de rouille, c'était une texture que le lieutenant n'avait jamais vu auparavant, lui qui avait pourtant combattu dans la plupart des conflits de l'Internationale Libertaire aux côtés du Grand Kah et des Brigades Internationales. Il effectua immédiatement un balayage viseul à 360 degrés de son environnement, le canon de son fusil d'assaut ESH-14 estalien suivant automatiquement la direction de son regard alors qu'il évaluait les menaces potentielles. Tout ce qu'il vit concordait parfaitement avec les descriptions apocalyptiques que les briefings avaient fournies. Le paysage qui s'étendait devant lui était celui d'un monde qui avait été tué par l'Homme et par son avidité, une vision cauchemardesque qui semblait sortir directement des représentations artistiques d'un peintre possédé par le Diable de l'apocalypse biblique : des arbres squelettiques aux troncs tordus dans des angles impossibles se dressaient çà et là comme des doigts décharnés pointant vers un ciel malade, leur écorce noircie et craquelée tombant par plaques révélant un bois dessous qui avait pris une teinte verdâtre malsaine, des affleurements rocheux émergeant du sol à des intervalles irréguliers avec une surface rongée par l'acide atmosphérique jusqu'à en prendre une apparence presque organique, comme de la chair exposée plutôt que de la pierre, des carcasses délabrées des anciens bâtiments industriels avec des structures métalliques corrodées et tordues, des murs de béton fissurés et souvent écroulés, digérées par une corrosion chimique qui semblait progresser plusieurs fois plus vite que les processus de dégradation naturelle normaux. Son dosimètre émit un bip continu er régulier qui s'accompagnait d'un affichage numérique sur sa visière montrant exactement 3,1 millisieverts par heure, un niveau qui était certes élevé et qui nécessiterait de limiter le temps d'exposition mais qui restait néanmoins dans les marges de sécurité acceptables pour une exposition de quelques heures selon les protocoles médicaux de l'AFRE, du moins tant que cette exposition ne se prolongerait pas pendant des jours ou des semaines sans interruption.

"Alpha Leader à Overlord, périmètre immédiat sécurisé, aucun contact hostile détecté, terrain conforme aux rapports. Visibilité atmosphérique réduite à environ 200 mètres en raison de la brume toxique permanente et des particules en suspension, ça va être compliqué de se coordonner. Je confirme que les systèmes de communication radio fonctionnent et j'ai la réception des balises de localisation de nos contenus à 500 mètres de ma position. Parlez.
- Reçu, Alpha Leader. Débutez la récupération du matériel et l'établissement du périmètre défensif. Parlez.
- Reçu, Overlord, terminé.
"


L’empereur du royaume douloureux sortait de la glace jusqu’à la moitié de sa poitrine ; et je suis plus proche d’un géant que les géants ne le sont de ses bras.

Par moi l’on va dans la cité de douleur,
par moi l’on va dans l’éternelle souffrance,
par moi l’on va parmi la gent perdue.

La justice anima mon sublime architecte :
je fus bâtie par la puissance divine,
la suprême sagesse et l’amour primordial.

Avant moi rien ne fut créé, sinon l’éternel,
et moi je dure éternellement.

Vous qui entrez, abandonnez toute espérance.
Lacrimosa :

Et le diable qui les séduisait fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète ; et ils seront tourmentés jour et nuit aux siècles des siècles. (Apocalypse 20:10).



Qu'ont-ils faits à cette Terre de si horrible ?
⮕ Massacre à ciel ouvert.


Le caporal Viktor Reiss sut que quelque chose n'allait pas au moment exact où son parachute s'ouvrit avec un claquement sourd qui ne sonnait pas tout à fait juste, un son légèrement étouffé et irrégulier qui suggérait que les suspentes ne s'étaient pas déployées correctement ou que la voilure elle-même avait subi des dommages pendant le largage. Il regarda instinctivement au-dessus de lui et son estomac se noua en voyant que plusieurs des suspentes étaient effectivement emmêlées et que sa voilure présentait une déchirure visible d'environ deux mètres de long sur le côté gauche, probablement causée par un contact avec une arête métallique tranchante dans la soute pendant les dernières secondes avant le saut ou peut-être par un fragment de débris volant dans l'atmosphère toxique du Dakora. Sa descente était beaucoup trop rapide, beaucoup trop déséquilibrée et il dérivait latéralement de manière incontrôlable, s'éloignant rapidement de la zone de largage prévue où il pouvait encore apercevoir vaguement à travers la brume jaunâtre les dizaines d'autres parachutes noirs de ses camarades qui descendaient en formation relativement ordonnée vers le point de ralliement.

Il tenta désespérément de corriger sa trajectoire en tirant sur les poignées de contrôle de direction mais le parachute endommagé ne répondait que mollement et de manière imprévisible, le faisant tourner sur lui-même dans un mouvement de vrille nauséeux qui désorienta complètement son sens de la direction et lui donna l'impression que le ciel et le sol tournoyaient autour de lui dans une danse vertigineuse. La brume toxique qui enveloppait le Dakora comme un linceul se refermer rapidement autour de lui à mesure qu'il s'éloignait de ses camarades, devenant de plus en plus dense et opaque jusqu'à ce qu'il perde complètement de vue les autres parachutes et se retrouve seul dans un monde de brouillard jaunâtre uniforme où il n'y avait plus de haut ni de bas, plus de référence visuelle d'aucune sorte, juste cette brume épaisse et nauséabonde qui semblait presque vivante dans la façon dont elle tourbillonnait et ondulait autour de lui. Son altimètre indiquait qu'il descendait beaucoup trop vite, environ 800 mètres par seconde, alors qu'une descente normale aurait dû être dans les 400-500 mètres par second maximum. A cette vitesse, il allait juste s'écraser au sol avec une force suffisante pour lui briser les jambes ou pire encore si son parachute ne se stabilisait pas miraculeusement. Il tenta de contacter sa section par radio en criant dans le microphone intégré de son casque :

"Gamma-7 à Alpha Leader, j'ai un problème de parachute, je dérive hors zone, je répète, je dérive hors de la zone de largage prévue, est-ce que quelqu'un me reçoit, parlez ?"
Tout ce qu'il obtint en retour fut un grésillement de parasites stridents qui lui vrilla les tympans et qui était probablement causé par l'interférence électromagnétique que générait apparemment l'atmosphère du Dakora elle-même ou peut-être à cause d'une quelconque source de radiation intense qu'il survolait en ce moment sans même le savoir. Putain, il voyait de toute façon pas à travers cette brume. Il était seul maintenant, complètement coupé de tout contact radio avec le reste de sa section, dérivant dans le brouillard toxique vers une destination inconnue avec un parachute endommagé qui menaçait de le laisser tomber comme une pierre à tout moment. Son dosimètre commença à émettre des bips de plus en plus rapprochés et de plus en plus stridents, indiquant que le niveau de radiation ambiante augmentait considérablement, passant de 3 millisieverts par heure à 5, puis 7, puis à 9 et il réalisa avec une terreur croissante qu'il était en train de descendre directement vers une des zones de contamination intense que les rapports mentionnaient et que les planificateurs de l'AFRE avaient soigneusement évitées dans le choix de la zone de largage.

Le sol apparut soudainement à travers la brume, beaucoup plus proche qu'il ne s'y attendait et il eut à peine le temps de plier les genoux et de préparer son corps à l'impact qu'il percuta violemment ce qui semblait être un amas de débris métalliques rouillés qui s'effondra sous son poids dans un fracas assourdissant de métal tordu. La douleur explosa instantanément dans sa jambe gauche et il sut immédiatement qu'il s'était fait un mal de chien même si l'adrénaline qui inondait maintenant son système sanguin masquait temporairement l'intensité complète de la blessure. Il resta allongé pendant plusieurs secondes à reprendre son souffle péniblement, son cœur battant si fort dans sa poitrine qu'il pouvait entendre chaque pulsation résonner dans ses oreilles puis il se força à évaluer méthodiquement sa situation malgré la panique qui menaçait de submerger sa capacité de raisonnement rationnel. Sa jambe gauche le faisait atrocement souffrir et refusait de supporter son poids correctement. Il s'était probablement fracturé le tibia ou peut-être la cheville, sa combinaison NBC était intacte d'après ce qu'il voyait mais il ne pouvait pas en être certain. Son fusil d'assaut était toujours accroché à son harnais et semblait en bon état de fonctionnement et sa radio continuait à émettre ce grésillement de parasites inutile qui indiquait qu'il restait coupé de tout contact avec ses camarades. Il détacha son parachute endommagé avec des mains tremblantes et se redressa péniblement en position assiste, puis il utilisa son fusil comme béquille improvisée pour se hisser en position debout sur sa jambe valide tout en gardant sa jambe blessée légèrement pliée pour éviter de mettre du poids dessus. La visibilité autour de lui était absolument terribles, réduite à peut-être 15 ou 20 mètres au maximum avant que le brouillard toxique ne devienne une muraille opaque et impénétrable de brume jaunâtre qui semblait bouger et onduler de manière presque organique, comme si le smog lui-même respirait lentement. Son dosimètre hurlait maintenant de manière continue, un bip strident ininterrompu qui indiquait qu'il était exposé à plus de 15 millisieverts par heure, un niveau de radiation qui était définitivement dangereux et qui causerait des dommages cellulaires importants s'il restait exposé pendant quelques heures mais il n'avait absolument aucune idée de la direction dans laquelle il devait se déplacer pour sortir de cette zone contaminée et rejoindre ses camarades au camp de base qui était maintenant probablement à plusieurs kilomètres de distance dans une direction qu'il ne pouvait déterminer. Il activa sa boussole intégrée à sa visière et attendit que le système établisse une connexion mais l'appareil affichait simplement un message d'erreur qui confirmait bien que quelque chose dans cet endroit maudit par Dieu interférait avec les signaux électromagnétiques et le coupait effectivement du monde extérieur. Il était complètement perdu, gravement blessé, dans une zone de contamination intense, sans contact radio et sans moyen de navigation électronique fonctionnel. Tout ça sentait étrangement la merde. La formation militaire prit le dessus sur la panique et il se força à respirer lentement et régulièrement à travers son système de filtration, à évaluer calmement ses options, quoi que très limitées. Il devait se déplacer, rester immobile dans cette zone était se condamner à mort par empoisonnement radiologique, il devait choisir une direction au hasard et espérer qu'elle le conduirait vers une zone moins contaminée ou vers un point de repère reconnaissable, peut-être un endroit où sa radio recommencerait à fonctionner. Il choisit arbitrairement ce qu'il pensait être le nord-est d'après la position vague du soleil filtré à travers les nuages toxiques et il commença à boiter péniblement dans cette direction en utilisant un bout de bois récupéré par terre comme canne, chaque pas sur sa jambe blessé envoyant des décharges de douleur aiguë remontant le long de sa colonne vertébrale jusqu'à son cerveau. Le paysage autour de lui était absolument cauchemardesque, encore pire que ce que les briefings avaient décrit ou que ce que son imagination avait pu concevoir avant son arrivée dans ce pays maudit. Les structures qu'il pouvait apercevoir vaguement à travers le brouillard n'avaient plus rien d'architecturalement cohérent ou même de géométriquement sensé : des bâtiments effondrés sur eux-mêmes dans des angles impossibles, des pylônes métalliques tordus qui ressemblaient à des squelettes de créatures géantes fossilisées dans des postures d'agonie, des véhicules complètement corrodés jusqu'à n'être plus que des carcasses ajourées qui ne ressemblaient plus à rien de reconnaissable et évidemment, des cadavres...beaucoup de cadavres. Des cadavres squelettiques, certes, mais il discernait clairement au sol des crânes humains tous les dix mètres. Le sol sous ses pieds était lui-même spongieux et instable, cédant légèrement à chaque pas comme s'il marchait sur de la chair putréfiée plutôt que sur de la terre ferme et par endroits, il voyait ce qui ressemblait à des flaques d'un liquide épais et visqueux d'un vert luminescent maladif qui émettait une lueur phosphorescente faible qui boullonnait lentement en dégageant des vapeurs qui faisaient onduler l'air au-dessus d'elles.

Il avait parcouru peut-être 300 mètres en boitant douloureusement quand il entendit le premier son étrange, un bruit qui n'aurait absolument pas dû exister dans ce paysage mort et abandonné. C'était un grattement métallique répétitif, irrégulier, qui semblait provenir de quelque part derrière lui dans le brouillard, un son qui évoquait des griffes ou des ongles raclant contre du métal ou peut-être contre du béton. Il se figea immédiatement et fit pivoter son fusil dans la direction approximative du bruit, scrutant intensément la brume opaque pour tenter de distinguer ce qui avait pu produire ce son mais ile ne voyait absolument rien d'autre que le smog jaunâtre qui tourbillonnait lentement. Le son s'arrêta une dizaine de secondes puis reprit plus près cette fois-ci, définitivement plus proche, accompagné maintenant d'une sorte de respiration sifflante et laborieuse qui ressemblait que ferait quelqu'un...ou quelque chose...souffrant d'une maladie pulmonaire quelconque, comme si ce qui était en face essayait d'aspirer désespérément l'air à travers des voies respiratoires obstruées. Malgré la peur qui commençait à serrer sa gorge comme un étau glacé, il cria avec autorité :

"Identifiez-vous immédiatement, soldat de l'AFRE, je suis armé ! Si vous êtes un civil local, montrez-vous lentement et gardez vos mains en évidence, je ne vous ferais aucun mal si vous coopérez !"
Aucune réponse ne vint, juste ce grattement métallique qui continuait de se rapprocher progressivement, accompagné maintenant d'un autre son qu'il ne parvenait pas à identifier clairement, une sorte de cliquetis humide et répétitif qui évoquait vaguement des articulations déshydratées grinçant les unes contre les autres. Il activa la fonction de vision thermique de sa visière dans l'espoir que cela lui permettrait de voir à travers le smog à travers l'écran thermographique lui glaça les os et fit bondir son rythme cardiaque, à deux doigts de faire une attaque. Il y avait une signature thermique au milieu du smog, à environ 50 mètres et qui se rapprochait lentement. Mais ça n'avait rien d'une signature thermique humaine normale. La forme était vaguement humanoïde dans ses grandes lignes, avec quelque chose qui ressemblait à une tête, un torse et des membres mais les proportions étaient complètement déformées et grotesques. Le torse était démesurément long et étroit, les membres supérieurs étaient beaucoup trop longs et semblaient se terminer par des extrémités anormalement grandes qui pourraient être des mains hypertrophiées ou peut-être rien à voir. Et puis la température corporelle fluctuait de manière bizarre, c'était même pas physiologique, on passait de zones très chaudes à des zones presque froides en quelques secondes comme si la créature ne régulait plus sa température corporelle normalement. Et plus troublant encore, il y avait des zones sur l'image thermique qui ne produisaient aucune signature de chaleur malgré le fait qu'elles faisaient manifestement partie de l'organisme, des zones sombres et froides qui évoquaient de la chair morte ou nécrosée peut-être. La chose se rapprochait maintenant à moins de 40 mètres et il pouvait commencer à distinguer vaguement sa silhouette à travers le brouillard dense même sans la vision thermique, une forme sombre et voûtée qui se déplaçait avec une démarche irrégulière et saccadée qui n'avait rien d'une locomotion humaine normale, avançant par à-coups spasmodiques comme si ses articulations ne fonctionnaient plus correctement ou comme si cette chose apprenait continuellement à marcher.

"Restez où vous êtes, dernière sommation !"
La voix de Viktor était clairement empreint par une peur primitive alors qu'il désengagea le cran de sûreté de son fusil d'assaut, son doigt tremblant légèrement sur la détente alors que tous ses instincts de survie lui hurlaient de fuir aussi vite que possible malgré sa jambe blessée mais il savait rationnellement qu'il ne pourrait jamais distancer cette chose en boitant sur une seule jambe, sa seule chance de survie était de l'affronter. La chose émergea enfin du brouillard à une distance d'environ 25 mètres et ce que Viktor vit lui arracha un cri d'horreur involontaire dans sa gorge malgré tous ses efforts pour maintenir son calme stoïque de militaire. C'était...ou ça avait été...un être humain à un moment donné dans un passé lointain mais ce qui restait maintenant n'avait presque plus rien d'humain au-delà de la structure corporelle de base avec une tête, un torse, deux bras et deux jambes. Sa peau, ou ce qui en restait, était d'un gris cadavérique strié de veines noires pulsantes qui saillaient comme des câbles électriques sous un épiderme devenu translucide et presque transparent par endroits, révélant les structures musculaires et ossues dessous dans une parodie grotesque de planches anatomiques médicales. Son corps entier était couvert d'excroissances tumorales de tailles variées, certaines petites comme des verrues mais d'autres aussi grosses que des poings ou même des ballons de foot, des masses de chair déformée qui pendaient mollement ou qui palpitaient faiblement, plusieurs avaient apparemment déjà éclatées ou avaient été arrachées, laissant des plaies ouvertes suppurantes d'où s'écoulait un pus jaunâtre qui émettait une odeur putride si intense que Viktor pouvait la sentir même à travers les filtres sophistiqués de sa combinaison NBC. Les bras de la créature étaient démesurément longs, s'étendant presque jusqu'au sol quand elle se tenait voûtée dans sa posture habituelle et ils se terminaient par des mains dont les doigts avaient grandi jusqu'à devenir des griffes osseuses de trente ou quarante centimètres de longueur, des structures qui n'étaient plus vraiment des ongles mais plutôt des sortes d'énormes excroissances osseuses qui avaient percé l'extrémité des doigts et continuaient à croître en spirales tordues qui cliquetaient les unes contre les autres quand la créature bougeait ses doigts spasmodiquement. Mais ce n'était pas le plus horrible car ce qui était véritablement au-delà de ce que l'esprit humain était préparée à accepter comme réel, c'était son visage...si on pouvait appeler ça un visage. Les yeux avaient disparu complètement, remplacés par des cavités orbitaires vides et béantes d'où pendaient des filaments de tissu nécrosé et pourtant, malgré cette cécité apparente, la créature semblait parfaitement capable de le localiser et se dirigeait droit vers lui avec une intention manifeste. La bouche s'était déformée et agrandie jusqu'à s'étendre horizontalement sur presque toute la largeur du crâne, révélant des rangées multiples de dents qui avaient continué à pousser anarchiquement dans toutes les directions jusqu'à perforer les joues de l'intérieur et émerger à travers la peau dans une éruption de pointes osseuses sanglantes. La mâchoire inférieure pendait à un angle impossible, maintenue seulement par quelques lambeaux de tissu et de muscle déchiqueté et de cette boucle déformée s'échappait le fameux sifflement respiratoire constant qu'il avait entendu tout à l'heure, les poumons de la créature étaient visiblement remplis de fluide ou peut-être qu'ils s'étaient partiellement liquéfiés.

Dans ce cauchemar éveillé, tu seras le premier à en faire les frais, camarade.

Viktor tira instinctivement, une rafale de cinq cartouches frappèrent la créature en plein torse avec des impacts visibles qui projetèrent des éclaboussures de fluide noirâtre mais la chose ne s'arrêta même pas, elle ne ralentit même pas sa progression inexorable vers lui, continuant simplement à avancer avec sa démarche saccadée comme si les balles qui venaient de déchiqueter ses tissus n'étaient rien de plus que de légères irritations sans conséquence. Il tira une deuxième rafale, puis une troisième, visant cette fois-ci la tête dans l'espoir que détruire le cerveau arrêterait cette abomination comme dans les histoires de zombies qu'il avait bouffées étant jeune et effectivement, plusieurs balles frappèrent le crâne et firent exploser des fragments d'os et de tissu cérébral grisâtre mais la créature continua de marcher sur trois ou quatre pas avant de finalement s'effondrer en avant dans un bruit mou et écœurant de chair putréfiée. Il resta figé pendant plusieurs longues secondes, respirant péniblement, son fusil toujours pointé vers le corps immobile de la créature abattue, attendant pour voir si elle allait se relever miraculeusement comme dans les pires cauchemars mais le corps resta parfaitement immobile dans une flaque croissante de fluides corporels noirâtres qui s'étendait lentement autour de lui. C'est alors qu'il entendit les autres sons, les mêmes grattements métalliques, les mêmes respirations sifflantes qu'il avait entendus auparavant mais provenant maintenant de multiples directions autour de lui dans le smog, au moins cinq ou six sources distinctes s'approchaient progressivement de sa position. Il activa frénétiquement sa vision thermique et son sang se glaça en voyant les multiples signatures thermiques déformées qui convergeaient vers lui depuis toutes les directions, l'encerclant systématiquement, au moins une dizaine de créatures similaires à celle qu'il venait d'abattre qui se déplaçaient apparemment de manière coordonnée comme si elles chassaient en meute.

"Non non non, putain de merde, non !"
Il vérifia frénétiquement son chargeur, réalisant avec horreur qu'il ne lui restait que quinze cartouches après les rafales qu'il venait de tirer, absolument insuffisant pour faire face à la meute entière de ces abominations. Il se força à réfléchir malgré la terreur qui paralysait progressivement ses capacités de raisonnement rationnel, cherchant désespérément une solution qui lui permettrait de survivre aux prochaines minutes. Il devait fuir, il devait trouver un abri, n'importe quoi qui pourrait le protéger ou lui donner un avantage tactique sur ces choses. Il repéra à travers le smog ce qui ressemblait à une structure partiellement effondrée à environ 50 mètres sur sa gauche, sûrement un ancien bâtiment industriel ou un entrepôt dont il ne restait plus que le squelette métallique et quelques pans de murs en béton. Il commença à boiter aussi rapidement que possible dans cette direction en ignorant complètement la douleur explosive qui irradiait de sa jambe blessée à chaque pas. Les créatures accélérèrent leur approche dès qu'elles le virent fuir, leurs grattements métalliques et leurs respirations s'intensifiaient en une cacophonie horrible qui se rapprochait rapidement de toutes les directions. Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et faillit trébucher de terreur en voyant qu'au moins trois de ces abominations avaient émergé du smog et le poursuivaient maintenant ouvertement avec une agilité surprenante malgré leurs corps déformés, utilisant leurs bras démesurément longs pour se propulser en avant dans une locomotion semi-quadrupède qui leur permettait de se déplacer bien plus vite qu'un humain normal qui court. Il atteignit miraculeusement l'entrée béante du bâtiment en ruine et se précipita à l'intérieur, manquant de s'effondrer complètement à cause de sa jambe qui hurlait maintenant de douleur mais il se forçait à avancer plus profondément dans la structure en cherchant frénétiquement des yeux un endroit où il pourrait se barricader ou se défendre avec un minimum d'avantage tactique.

L'intérieur du bâtiment était un labyrinthe chaotique de couloirs effondrés et de pièces dont les murs s'étaient partiellement écroulés, le plafond s'était affaissé par endroits, créant des passages obstrués et des culs-de-sac, le sol était jonché de débris métalliques coupants et de flaques de cette substance verdâtre qu'il avait vu tout à l'heure. Il entendit les créatures entrer dans le bâtiment derrière lui, leurs griffes osseuses raclant contre le béton et le métal dans un concert de sons qui faisait dresser les cheveux sur sa nuque et il réalisa avec un désespoir grandissant qu'il s'était peut-être lui-même piégé en entrant dans cette structure car il n'avait plus aucune route de fuite évidente s'il tombait sur un cul-de-sac. Il tourna à droite dans un couloir étroit dont l'un des murs s'était partiellement effondré, puis à gauche dans ce qui avait dû être autrefois une grande salle mais qui était maintenant remplie de gravats et de structures métalliques tordues qui pendaient dangereusement du plafond affaissé, essayant désespérément de semer ses poursuivants dans ce labyrinthes de ruines. C'est alors qu'il sentit quelque chose de froid et humide se refermer autour de sa cheville droite, sa jambe valide, avec une force de serrage brutale qui le fit hurler de douleur et de terreur. Il regarda vers le bas et vit avec une horreur qui dépassait tout ce qu'il avait expérimenté jusqu'à présent qu'une des créatures avait réussi à le rattraper et l'avait chopé, sa main griffue aux doigts démesurément longs enserrant sa jambe avec une poigne de fer qui commençait déjà à percer à travers le tissu épais de sa combinaison NBC. La créature commença à le tirer vers elle avec une force surprenante, le faisant tomber violemment en arrière et frappant le sol en béton avec un impact qui lui coupa temporairement le souffle. Il se retrouva étalé sur le ventre.

Il se retourna frénétiquement sur le dos et leva son fusil d'assaut, visant la créature qui le tirait et pressa la détente de toutes ses forces, vidant son chargeur entier dans cette chose qui refusait obstinément de mourir malgré les impacts multiples qui déchiquetaient sa chair putréfiée et brisaient ses os déformés. Finalement, après ce qui semblait être une éternité pour Viktor qui dura probablement cinq ou six secondes, la créature relâcha sa prise et s'effondra en arrière dans une dernière convulsion. Mais le soulagement de Viktor ne dura qu'un instant alors qu'il entendait déjà les autres créatures s'approcher rapidement depuis plusieurs directions, attirées par le bruit de la fusillade comme des requis attirés par le sang dans l'eau. Il se redressa péniblement et vérifia son fusil avec des mains tremblantes, réalisant avec terreur que son chargeur était complètement vide et qu'il n'avait pas le temps de recharger alors qu'une nouvelle créature s'approchait rapidement. Il tira son couteau de combat de son fourreau à la ceinture avec un geste désespéré, une lame d'une vingtaine de centimètres qui lui semblait si ridiculement petite et inadéquate face à ce qu'il allait devoir affronter, il se mit en position défensive en appuyant son dos contre un mur de béton pour s'assurer qu'on ne l'attaque pas par derrière. La première créature fut rapidement suivie par deux autres, leurs orbites vides fixées sur lui avec une perception qui transcendait la vision normale. Elles approchaient lentement maintenant, prenant leur temps comme si elles savaient qu'il était piégé et qu'il ne pouvait plus leur échapper, encore plus largement dans ce qui ressemblait à un sourire grotesque révélant leurs dentitions anarchiques. Viktor serra son couteau si fort que ses jointes blanchirent sous ses gants, sa respiration devenant courte et saccadée à travers son masque de filtration, chaque fibre de son être hurlant contre l'injustice absolue de crever ici après avoir survécu à autant de guerres. Après la Translavya, après la Retsvinie, après le Prodnov, après la Ramchourie, après la Kartvélie, il allait vraiment crever là, ici ? Face à des choses qui ne sont même pas sensées exister ?

La créature la plus en avant bondit soudainement en avant avec une rapidité qui le prit complètement par surprise, franchissant les quelques mètres restants en une fraction de seconde et se jetant sur lui avec une férocité primale. Il réussit à esquiver partiellement et à planter son couteau profondément dans ce qu'il espérait être une zone vitale du torse de la créature, sentant la lame pénétrer à travers la chair putréfiée avec une facilité écœurante mais la créature ne sembla même pas remarquer la blessure et continua son assaut en lacérant son épaule gauche avec ses griffes, déchiquetant les couches externes de sa combinaison NBC en entaillant profondément la chair dessous. La douleur était indescriptible, une agonie brûlante qui explosa le long de son bras et de son épaule et il hurla involontairement tout en continuant frénétiquement à poignarder encore et encore la créature qui l'attaquait, enfonçant sa lame dans son corps déformé une dizaine de fois avant que la chose ne s'effondre finalement. Mais déjà, les deux autres créatures étaient sur lui, leurs griffes lacérant sa combinaison en multiples endroits, perçant le tissu protecteur et exposant sa peau nue à l'atmosphère toxique du Dakora pour la première fois et il sentit immédiatement l'air corrosif brûler sa chair exposée comme de l'acide. Il continua à se battre désespérément, donnant des coups de couteau aveugles dans toutes les directions mais il y avait trop de créatures maintenant et il ne pouvait pas toutes les repousser simultanément malgré tous ses efforts. Une douleur explosive éclata dans son ventre et il regarda vers le bas avec une horreur détachée pour voir qu'une des griffes osseuses l'avait transpercé complètement, pénétrant à travers sa combinaison déchirée et s'enfonçant profondément dans sa cavité abdominale, perforant probablement la plupart de ses organes vitaux.

Son couteau tomba de ses mains qui n'avaient soudainement plus aucune force et il s'effondra contre le mur de béton alors que ses jambes refusaient de le supporter plus longtemps, glissant lentement jusqu'à se retrouver assis dans une position presque...confortable, adossé au mur froid. Les créatures reculèrent légèrement comme si elles savaient qu'il ne représentait plus une menace maintenant, observant simplement avec leurs orbites vides alors qu'il mourait lentement devant elles, le sang s'écoulant en flots pulsatiles de ses multiples blessures et formant une flaque rouge sombre qui s'étendait autour de lui. Sa vision commençait à se troubler et à s'assombrir par les bords et il sentait un froid glacial envahir progressivement son corps à partir de ses extrémités, remontant progressivement vers son torse alors que son coeur bataillait désespérément pour pomper suffisamment de sang vers son cerveau malgré les pertes massives. Sa dernière pensée conscient avant que l'obscurité ne l'engloutisse complètement fut de se demander combien de temps il faudrait avant que quelqu'un ne découvre son corps, ou si son corps serait jamais découvert du tout dans ce labyrinthe de ruines toxiques...ou encore si ces créatures le dévoreraient complètement, ne laissant aucune trace de son existence, à part peut-être quelques fragments d'os et des lambeaux de sa combinaison déchirée.

Puis ce fut l'obscurité. Les créatures attendirent patiemment que son corps cesse complètement de bouger et que son cœur arrête définitivement de battre. Puis, elles commencèrent leur festin.

A la discrétion des modos et de Lionel.Evidemment, l'existence de telles créatures relevant fortement de la fiction (bien qu'on puisse supposer que les radiations peuvent provoquer des mutations génétiques très aléatoires), la conformité de ce récit est laissé à votre indiscrétion. Si ça se trouve, le frérot s'est juste fait chopé par des chiens sauvages et bouffer en hallucinant. C'est une possibilité.
Etat des lieux :

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> NOM D'UTILISATEUR
mikhaïl_jaksovicth
> MOT DE PASSE
***** **** ****


Rapport du 3 Juillet 2018, rédigé et publié à 8h13, heure locale.
Rapport de terrain de catégorie 5 (accès restreint).
Description des opérations préliminaires de la légion Dante.



Nous tenons à informer à la hiérarchie de l'AFRE du succès des opérations préliminaires de déploiement au Dakora durant les derniers jours précédant ce rapport. L'établissement de la base avancée Alpha a débuté immédiatement après la sécurisation initiale du point de largage Alpha-3, conformément aux protocoles opérationnels de l'AFRE en environnement NBC extrême. Le site retenu correspond à une ancienne zone industrielle lourde du Dakora, identifiée sur les archives avant l'effondrement comme un complexe de transformation métallurgique et chimique abandonné depuis plusieurs décennies maintenant. Ce choix a été dicté par plusieurs facteurs techniques : présence de structures porteuses partiellement intactes, sols compactés adaptés à l'installation de structures gonflables lourdes, accès à des réseaux souterrains anciens exploitables à des fins de confinement et de stockage ainsi qu'un niveau de contamination hétérogène mais relativement stable comparé aux zones plus au sud. Dès les premières heures suivant l'insertion, les équipes de déploiement ont procédé à l'installation des structures modulaires gonflables pressurisées de type MOD/IX conçues pour fonctionner en atmosphère totalement contaminée. Ces modules, fabriqués à partir de composites polymères multicouches intégrant des membranes anti-radiation et des filtres passifs aux composés organiques volatils ont été déployés selon une configuration en anneaux concentriques. Le noyau central regroupe des fonctions critiques tels que le centre de commandement, le centre de données, le laboratoire principal et l'unité médicale lourde. Les anneaux périphériques accueillent les zones de vie, les sas de décontamination, les entrepôts de matériel sensible et les modules énergétiques essentiels à l'alimentation de la base Alpha. Cette organisation vise à limiter la propagation de toute contamination interne en cas de défaillance structurelle ou humaine.

L'intégralité de la base fonctionne en surpression contrôlée permanente avec des gradients de pression différenciés entre les différents secteurs afin de canaliser les flux d'air contaminé vers les zones de filtration primaire. Les systèmes de renouvellement d'air reposent sur une combinaison de filtres HEPA multicouches, de cartouches de charbon actif haute densité et de membranes catalytiques expérimentales développées par les laboratoires estaliens, initialement prévues pour des scénarios de guerre chimique prolongée. Les taux de renouvellement ont été volontairement surdimensionnés afin de compenser la charge particulaire exceptionnelle de l'atmosphère du Dakora, caractérisée par une concentration élevée de radionucléides aérosolisés et de composés organochlorés persistants. Les infrastructures énergétiques reposent sur une double source redondante avec une production principale assurée par des générateurs thermiques multi-carburants capables de fonctionner avec des hydrocarbures fortement dégradés récupérés à l'échelle locale dans les cuves industrielles résiduelles restantes, après les avoir filtrés et stabilisés chimiquement. En complément, des unités de production électrique par micro-réacteurs radio-isotopiques sécurisés ont été mises en service pour alimener les systèmes critiques tels que les laboratoires, les zones de stockage de données ou encore les unités médicales. Tout cela devrait garantir une autonomie minimale en cas de rupture logistique prolongée. Les émissions thermiques et radiologiques de ces systèmes sont strictement confinées et surveillées en continu afin d'éviter toute confusion avec les signatures environnementales déjà élevées du site.

La sécurité de la base repose sur une combinaison de mesures passives, actives et environnementales. La Légion a décidé d'établir un périmètre de surveillance continue dans un rayon moyen de trois kilomètres autour du noyau central, intégrant également des capteurs sismiques, acoustiques et thermiques adaptés aux conditions de visibilité dégradées de la zone. Les capteurs optiques classiques ont montré une efficacité très limitée en raison de la densité de la brume toxique et des particules en suspension, ce qui a conduit à une priorisation des capteurs infrarouges à large spectre et des systèmes radar de courte portée. L'ensemble des données est traité par un système d'analyse algorithmique centralisé qui identifiera les schémas de déplacement anormaux, humains ou animaux. Les mesures de biosécurité internes ont été également renforcées au-delà des standards habituels de l'AFRE compte tenu des circonstances. Chaque accès aux zones sensibles impose un cycle de décontamination complet comprenant une exposition contrôlée à des agents neutralisants chimiques, un balayage radiologique individuel et des analyses atmosphériques de la combinaison de chaque personnel. Les protocoles interdisent toute ouverture directe entre l'extérieur et les zones internes sans passage par au minimum deux sas successifs. Les déchets biologiques, chimiques et radioactifs générés par la base Alpha sont conditionnés dans des conteneurs vitrifiés et stockés dans des cavités souterraines scellées et identifiées comme zones sacrificielles à long terme.

Sur le plan scientifique, les premières expérimentations locales ont début dès notre arrivée, parallèlement à la stabilisation des infrastructures. Les équipes ont procédé à un échantillonnage systématique des sols, des eaux stagnantes et de l'air ambiant à différentes altitudes et profondeurs, révélant une stratification complexe des contaminations. Les analyses confirment une cohabitation simultanée de radionucléides issus de plusieurs sources distinctes, de polluants industriels persistants et de signatures biologiques atypiques qui suggèrent la présence d'agents microbiens fortement modifiés. Certains échantillons présentent des structures protéiques et génétiques incompatibles avec les bases de données connues, indiquant certainement des mutations extrêmes sous la pression de l'environnement. Les premières interactions avec les populations locales, désignées comme "punks" dans les rapports de terrain, ont permis de collecter des données biologiques préliminaires à partir de matériaux récupérés sur des sites d'occupation abandonnés (restes alimentaires, textiles imprégnés de fluides biologiques, outils, etc.). Les analyses suggèrent une tolérance physiologique anormalement élevée à des niveaux de radiation et de toxicité chimique qui seraient létaux pour des populations humaines non exposées de manière chronique. Des marqueurs biologiques indiquent des mécanismes de réparation cellulaire accélérés, une activité enzymatique inhabituelle dans la détoxification des métaux lourds et une réponse immunitaire partiellement adaptée à des agents pathogènes non identifiés. Il convient de noter que ces premières expérimentations sont menées dans un cadre strictement observationnel et analytique, conformément aux directives initiales de l'AFRE, mais que les contraintes opérationnelles et la rareté des opportunités d'échantillonnage vivant posent dès à présent la question d'une évolution des protocoles scientifiques de la Légion Dante à moyen terme. L'environnement du Dakora, par sa dangerosité, impose une articulation étroite entre impératifs militaires et scientifiques, ce qui rend toute séparation stricte entre les deux de plus en plus théorique.

Nous considérons à l'heure actuelle la base avancée Alpha comme opérationnelle avec des marges de sécurité suffisantes pour soutenir des opérations prolongées dans l'environnement du Dakora, sous réserve d'un maintien strict des protocoles NBC et d'une surveillance continue des infrastructures. La Légion Dante note que les risques principaux persistent et doivent être constamment surveillées telles que la dégradation accélérée des matériaux sous l'effet combiné des contaminations, la saturation progressive des systèmes de filtration et l'émergence de menaces biologiques qui pourraient compromettre l'intégrité sanitaire du personnel et des installations.

Mikhaïl Jaksovicth.

FIN DU RAPPORT


AFRE.
DANTE ONLY: NON DIFFUSABLE AUX EFFECTIFS TERRAIN

Addendum classifié - Incident DAK-A3-Y-REISS :

L'incident référencé DAK-A3-Y-REISS concerne la perte opérationnelle d'un opérateur isolé lors de la phase d'insertion initiale sur la zone Alpha-3 et constitue à ce stade le premier contact confirmé avec des entités biologiques hostiles non cataloguées sur le théâtre du Dakora. Les informations compilées ci-dessous résultent d'une reconstruction a posteriori fondée sur les données télémétriques partielles récupérées (dosimètre, HUD, capteurs biométriques), l'analyse balistique du site secondaire identifié ultérieurement ainsi que les corrélations environnementales établies par les équipes scientifiques.

Lors de la phase de largage, une défaillance critique du système parachutiste individuel du caporal Viktor Reiss a entraîné une dérive incontrôlée hors du couloir de descente sécurisé. Les causes probables identifiées sont soit une dégradation mécanique de la voilure en environnement contaminé (interaction avec particules corrosives ou débris métalliques en suspension), soit un endommagement préalable lors de la préparation en soute. La vitesse de descente anormalement élevée et la perte de contrôle directionnel ont conduit à un atterrissage violent dans une zone classée ultérieurement comme secteur de contamination radiologique et chimique extrême, située à plusieurs kilomètres du périmètre de sécurisation initial. Les données du dosimètre individuel indiquent une exposition progressive et rapide à des niveaux de radiation dépassant les seuils opérationnels maximaux tolérables, culminant au-delà de 15 millisieverts par heure de manière continue. Cette exposition combinée à une interférence électromagnétique intense, a rendu inopérants les systèmes de communication et de navigation embarqués, isolant totalement l'opérateur du reste de la force. L'environnement local se caractérise par une topographie instable, une contamination chimique active avec la présence de composés visqueux luminescents non identifiés et une densité élevée de restes humains anciens, suggérant une zone historiquement inhabitable et non fréquentée même par les populations locales.

Les enregistrement visuels et thermiques partiels, récupérés par extraction différée du module de stockage de la visière HUD (récupéré ultérieurement dans un rayon de 200 mètres du site présumé du décès), confirment l'apparition d'au moins une entité biologique mobile présentant des caractéristiques morphologiques humanoïdes sévèrement altérées. Les signatures thermiques observées sont incompatibles avec une physiologie humaine normale : fluctuations thermiques extrêmes, zones étendues d'absence de chaleur suggérant des tissus nécrosés ou non vascularisés et absence apparente de régulation thermique centrale. L'analyse morphologique indique une croissance osseuse anarchique (hypertrophie des phalanges distales, excroissances osseuses perforant les tissus mous), une prolifération tumorale massive et une dégradation avancée des organes sensoriels classiques, notamment une destruction complète des globes oculaires sans perte apparente de capacité de localisation de la cible. La locomotion observée combine une marche bipède instable et des phases de déplacement semi-quadrupède à vitesse élevée, suggérant une adaptation fonctionnelle opportuniste plutôt qu'une mutation cohérente dirigée. Les échanges de tirs confirment une résistance anormalement élevée aux traumatismes balistiques conventionnels, y compris des impacts multiples au niveau thoracique et crânien. Les entités semblent capables de maintenir une activité motrice significative malgré des lésions normalement incompatibles avec la survie humaine (destruction partielle du cerveau, effondrement de la cage thoracique, pertes massives de fluides biologiques). La neutralisation d'une entité n'intervient qu'après une destruction extensive et cumulative des structures corporelles, suggérant soit une absence de dépendance à un centre neurologique unique, soit une activité résiduelle automatisée des tissus. Les données audio et thermiques indiquent que ces entités opèrent en groupes coordonnés, manifestant un comportement assimilable à une chasse en meute. Les déplacement convergents observés après les premières détonations laissent penser à une sensibilité accrue aux stimuli sonores et/ou vibratoires. Aucun élément ne permet d'affirmer l'existence d'une communication consciente structurée mais la synchronisation des mouvements suggère au minimum des mécanismes de coordination collective rudimentaires.

L'opérateur Reiss a subi, au cours de l'engagement, des perforations multiples de sa combinaison NBC, entraînant une exposition directe de ses tissus vivants à l'atmosphère du Dakora. L'analyse post-incident conclut que la cause du décès est multifactorielle : traumatismes pénétrants sévères, hémorragies massives, contamination chimique aiguë, exposition radiologique extrême et choc physiologique. L'absence de récupération du corps empêche toute autopsie directe mais les projections de dégradation biologique indiquent qu'une récupération ultérieure exploitable est hautement improbable, nous n'avons à l'heure actuelle aucun indice de ce qui est advenu du corps du caporal Reiss malgré nos recherches en dehors de son HUD et de ses capteurs individuels à proximité du lieu hypothétique de son décès.

Cet incident impose une réévaluation immédiate de plusieurs hypothèses opérationnelles et scientifiques. Premièrement, l'existence d'entités biologiques hostiles issues soit de mutations humaines extrêmes ou d'expérimentations biologiques antérieures non documentées est désormais considérée comme une hypothèse hautement probable. Deuxièmement, l'efficacité des armements conventionnels légers contre ces entités est jugée insuffisante et nécessite une adaptation doctrinale rapide via l'utilisation d'armes incendiaires notamment. Enfin, les zones de contamination extrême précédemment classées comme non-stratégiques seront requalifiées comme zones de menace active.
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