25/11/2018
14:20:51
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Cher docteur Géminéon, je m'interroge...

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Mon propre implant...
Cher docteur Géminéon,

Je m'interroge après vos récents succès en matière de greffe. Nous en avons déjà discuté mais je tenais cette fois à mettre mes doutes par écrit et vous exposer la totalité de mon raisonnement. La question de l'identité est centrale pour notre civilisation et je m'interroge sur notre propension à tenir certains axiomes pour acquis, notamment la dimension mécaniste de nos corps et l'idée bien trop ancrée de mon point de vue que la conscience survivrait, voire réapparaitrait à l'identique lorsque les conditions matérielles à son émergence sont réunies. Pour le dire plus simplement, docteur Géminéon, je doute. Je doute que nous revivions effectivement dans les ordinateurs après notre mort, je doute que les clones soient de véritables extensions de nous-mêmes et désormais, je doute des effets réelle de cette greffe de cerveau que vous avez réussi sur la persistance de l’identité individuelle du patient.

Car toutes nos connaissances sur le sujet, docteur, ne sont au fond que des expériences de pensées. Comment nous assurer que la conscience demeure et qu'il ne s'agit pas d'un simple leurre d'une mémoire refabriquée et qui nous donne l'illusion de notre propre continuité ? Mon propre implant, censé cartographier mes données cérébrales en temps réel, ne me semble parfois plus un si grand bouclier que cela face à la mort et il m'arrive de me demander si je devais un jour décéder, me réveillerais-je véritablement dans la machine ou est-ce un autre moi, une copie, qui s'éveillera ? A quoi bon l'immortalité je me le demande, si c'est un autre qui la vit, et que je suis mort ? Car c'est la vie qui me transcende, et pas la perspective de la transmettre à un autre. Sinon, je me serai contenté d'avoir des enfants, or mes ambitions sont d'une autre nature. Prenez le temps, docteur, de lire ma lettre, et répondez moi je vous en prie, car ce débat est nécessaire à l'apaisement de mes angoisses.

Votre dévoué,
Jean Javel
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Première lettre
Le principal problème que soulève votre récent exploit repose sur la notion psychologique et philosophique d'"identité personnelle". Comment l'individu se perçoit-il, perçoit-il sa persistance dans le temps et sa place dans une forme de cosmologie, qu'elle soit mystique ou athée ? Ces enjeux ont des implications centrales dans la vie des individus, et plus largement dans leur perception de la société, dans laquelle ils acceptent minimalement de s'intégrer parce qu'elle correspond au moins un peu à une vision cohérente du monde.

Les théories de l'identité personnelle mettent l'accent sur des conditions nécessaires et suffisantes, parfois concurrentes entre elles, qui doivent être remplies pour expliquer la persistance d'une personne dans le temps. L'opinion la plus répandue en dehors de Carnavale est celle selon laquelle une certaine forme de continuité psychologique est indispensable à l'identité personnelle. D'autres philosophes misent sur la continuité d'un organisme vivant et postulent que la psychologie n'a aucune incidence sur l'identité d'une personne au fil du temps. Depuis le siècle dernier, à Grand Hôpital et Carnavale plus généralement, nous faisons appel à des concepts plus holistiques, qui considèrent que l'identité personnelle se préserve lorsque l'interaction complexe entre des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux est reproduite à l'identique, y compris en cas d'interruption momentanée de la conscience dans le temps.

La tension entre ces points de vue rivaux n'est pas toujours apparente dans les situations de la vie quotidienne, mais ils commencent souvent à diverger fortement dans des cas plus ambitieux, touchant à la religion, la transcendance du corps et la perception que nous nous faisons de notre propre civilisation et des moyens que nous nous donnons pour la faire survivre. Si certains cas sont encore purement contrefactuels ou théorique, la réussite de la greffe de cerveau réalisée à Bourg-Léon rouvre le débat, de façon très concrète, sur les implications que de telles pratiques auront sur nos corps, mais aussi sur notre propre conception de la vie, de la mort, de l’héritage et de la continuité de notre identité dans le temps. Un Carnavalais est Carnavalais d’abord et avant tout parce qu’infuse dans notre société la conception concrète et tangible que nos corps sont des véhicules, remplaçables, réparables et que si nous travaillons assez dur, nous atteindront collectivement des formes de connaissances transcendantales, pour nous et pour l’humanité. Ces convictions ont pu prendre des formes diverses, telles que le millénarisme catholan ou le techno-solutionnisme ambiant, mais elles ont toutes la même matrice : Carnavale n’est pas qu’un pays, c’est un projet et un pari, et nous y prenons tous part car nous savons que nous serons récompensés à la fin des fins. Certains croient à la Jérusalem céleste, d’autres aux paradis virtuels et la virtualisation de l’esprit, d’autres enfin espèrent que nous transcenderons bientôt nos corps afin d’arpenter cette terre comme des dieux, ou des titans prométhéens.

Compte tenu de l’accélération récente de ces agendas millénaristes, techno-solutionnistes et maintenant de dépassement des limites de la chair, réfléchir aux scénarios des conséquences politiques futures me semble non seulement nécessaire, mais également urgent.

Tous ces scénarios ont une structure commune : une personne, et par extension le peuple carnavalais, car nous réfléchissons dans un paradigme individualiste, subit un événement transformateur qui soulève des questions sur l'identité de la personne transformée. On se demande alors si la personne qui était en vie avant l'événement est la même que celle qui est en vie après. Le plus souvent, il existe plusieurs cas de figure possibles, tous avec des implications transcendantales radicalement différentes (pensons simplement à la différence de structure mentale entre un fanatique catholan millénariste, un luciférien athée et un ingénieur de Robotic & Toc…), ce qui rend l’examen de ces scénarios particulièrement complexes.

En revanche, chacun de ces types de scénarios impliquent généralement un changement dans le statut ontologique de la personne subissant le scénario imaginé, et sont couramment utilisés comme éléments fondamentaux (parfois aussi comme éléments illustratifs) d'arguments éthiques et médicaux que nos scientifiques sont amenés à se poser sur l'identité personnelle.

Jusqu’alors, nos scénarios étaient bien souvent le fruit d’expériences de pensées contrefactuelles. Les problèmes éthiques qu’elles soulevaient ont été balayés par nos philosophes et nos comités sous prétexte qu’elles s'appuyaient sur des prédictions concernant des scénarios strictement potentiels que nous n’étions pas en mesure de faire à l’époque. Nous voilà rattrapé par le temps et je réalise que nous n’avons traité aucun des problèmes pourtant largement débattus au sein de la communauté des savants carnavalais. Il existait tout au plus un certain consensus sur le fait que les conclusions tirées des scénarios permettent de révéler les tensions et les incohérences dans les points de vue sur l'identité personnelle, mais sans jamais en tirer de conséquences pratiques pour nos patients ! L’impossibilité de principe n’est plus d’actualité, professeur, il est désormais urgent de rouvrir ces débats !
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Deuxième lettre
Le problème de l'identité personnelle est intimement lié à celui de la conscience. On accepte en général trois cas de figure prototypiques :

Le premier est un dualisme classique : il existerait quelque chose appelé "âme" qui existerait en dehors du corps physique et pourrait potentiellement lui survivre. Selon les modalités religieuses de chacun, ce dualisme aura divers implications. Faute de preuve en faveur de ce dualisme, nous le laisserons de côté car il ne permet de toute façon pas de répondre à la moindre question, se contentant de les rejeter dans le champ de la spéculation métaphysique.

Le deuxième est un matérialisme continu. La conscience est un état particulier de la matière, une contingence atteinte à partir d'un certain niveau de complexité. Cette hypothèse peut être appuyée par différentes expériences de pensées convaincantesen voici un exemple et qui font consensus au sein de la communauté scientifique. La conscience est donc un certain état de la matière, qui peut s'interrompre lorsque cet état est bouleversé (entrer en phase de sommeil, être assommé). Nous en tenons pour preuve les différents niveau de conscience que peut expérimenter un individu, si son cerveau est endommagé ou placé sous substance. Nous ne sommes pas toujours les mêmes, nos perceptions sont modifiées par notre état physique. Quel que soit son état de conscience, le cerveau dispose d'une banque de souvenirs qui l'aident à constituer immédiatement l'illusion d'une identité personnelle permanente dans le temps. Cette identité n'est qu'une illusion, elle aussi est le produit d'un certain état de la matière, à un certain moment.

Comme cette identité est une illusion, le deuxième cas de figure nous oblige à accepter une idée dérangeante : toute rupture du flux de conscience est une mort. Nous mourrons chaque nuit et un nouvel individu apparait chaque matin, illusionné de sa propre permanence. C'est une idée vertigineuse, mais tout à fait logique au regard de nos connaissances scientifiques actuelles.

Le troisième, et c'est la position la plus communément admise à Carnavale, est un matérialisme fonctionnaliste. Exactement comme dans le premier paragraphe du premier cas de figure, la conscience apparait dans un certain contexte matériel donné. Seulement, contrairement aux conclusions du deuxième cas, le troisième cas suppose une permanence de la conscience malgré les discontinuités. Notre conscience, autrement dit nous mêmes, sommes un phénomène particulier et reproductible en mesure d'émerger n'importe où pourvu que les conditions soient réunies. La conséquence de cela est très simple : un esprit répliqué à l'identique, ou suffisamment proche de l'original, entraînera mécaniquement un dédoublement de la conscience. Nous pouvons donc exister à plusieurs endroits à la fois. L'exemple le plus probant pour soutenir cette théorie est le cas du jeune Fulbertrand Bienheureux, dont l'esprit dupliqué existait à la fois dans ma machine et dans son corps humain. Il est navrant que les bombardements de l'OND aient mis fin à ce lien "d'âme" si vous m'autorisez l'expression, en détruisant une partie de son cerveau car les deux structures étaient alors trop différentes l'une de l'autre pour permettre de maintenir la duplication. Bienheureux et Justin l’Éternel sont redevenus deux personnes différentes, mais nous avons touché du doigt pendant quelques instants la synchronicité de conscience. C'est également dans cette optique que sont clonés ces messieurs Dalyoha afin d'aboutir, à force de recherche, à les élever vers une conscience jumelée, un seul être dans plusieurs corps.

Je développerai les conséquences de ces trois cas de figures dans mes prochaines lettres, docteur Géminéon, mais je voulais clarifier ces distinctions théoriques avec vous pour commencer...
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Troisième lettre
Nous serions malhonnêtes de prétendre avoir été pris au dépourvu : dès le début du siècle les scénarios sur la greffe de cerveau ont occupé une place importante dans nos réflexions sur l'identité personnelle. Celles-ci n’ont fait que s’accélérer à mesure que nous touchions au but, cependant sans jamais apporter de réponse satisfaisante. Je ne vous apprends rien mais je suis obligé de penser à cette célèbre expérience de pensée qui occupait déjà les salons de nos sociétés savantes et ça dès le XVIIème siècle ! L'histoire se déroule à peu près comme suit : imaginez que le cerveau d'une personne soit transplanté dans le crâne vide d'une autre personne (ou dans un corps dont le cerveau a été retiré). On nous demande alors de réfléchir : qui est la personne qui se réveille après l'opération ? La personne qui en résulte est-elle identique au « donneur de cerveau » ou au « donneur de corps », ou s'agit-il d'une personne complètement différente ?

Cette question, centrale vous me l’accorderez, est omniprésente dans le débat moderne en médecine. Ce qui jusque-là n’était qu’une expérience de pensée est fréquemment présentée comme un soutien aux théories de la continuité psychologique, elle est désormais considérée comme particulièrement gênante pour les points de vue concurrents. Beaucoup me répondent « testons ! » demandons au greffé qui il est mais c’est là tout le piège de la situation car le testé n’a pas plus conscience de l’altération de lui-même que nous. Soit il est un cerveau qui s’est déplacé, soit il est une nouvelle personne mais dans un cas comme dans l’autre, il ne peut en avoir conscience car du point de vue de l’intériorité il n’y a pas de différence entre la continuité psychologique et la reconstruction d’une nouvelle identité. Vous ne pouvez pas vous « souvenir » d’avoir été quelqu’un d’autre puisque dans ce cas-là, vous n’êtes pas quelqu’un d’autre, puisque ce sont les souvenirs qui font notre identité. De la même façon un esprit copié et virtualisé n’a pas conscience d’être la copie, de son point de vue il y a une continuité psychologique alors même qu’il vient littéralement de naitre quelques secondes plus tôt.

Les défenseurs des théories de la continuité corporelle, ont affirmé qu'une variante des transplantations cérébrales, parfois décrite comme un « échange de corps », joue en fait en faveur des conceptions de la continuité corporelle. Ils présentent plusieurs arguments remettant en question le prétendu soutien aux théories de la continuité psychologique tiré des greffes de cerveau. Une autre critique, plus générale, affirme qu'en raison d'un manque inévitable d’informations sur l’intériorité des patients, les conclusions qui sont tirées des expériences de greffes de cerveaux conduisent souvent à se fier à tort aux prédictions sur la manière dont notre concept d'identité personnelle s'appliquerait dans les cas imaginés. Selon ce point de vue, les scénarios sur la greffe de cerveau ne soutiennent pas les théories de la continuité psychologique, mais reflètent simplement des intuitions qui n'ont aucune incidence sur notre concept d'identité personnelle.

Ambroise Crogère a récemment fait valoir que rejeter les scénarios sur la greffe de cerveau qui semblent aller dans le sens des théories de la continuité psychologique comporte « deux erreurs coûteuses ». Il estime que (1) lorsqu'ils évaluent ces cas imaginaires, les philosophes commettent l'erreur d'essayer de déterminer les intuitions que devraient avoir, selon eux, les personnes vivant dans un tel monde possible, au lieu de réfléchir à leurs propres intuitions. Crogère ajoute que (2) les scénarios sur la greffe de cerveau ne peuvent confirmer aucune théorie donnée de l'identité personnelle, mais qu'elles peuvent plutôt exclure certaines théories. Nous ne devrions donc pas les considérer comme capables de produire des résultats positifs, mais simplement comme capables de réfuter des théories. Dans cette optique, Crogère affirme que même si les scénariossur la greffe de cerveau n'apportent pas de soutien direct aux théories de la continuité psychologique, elles rendent néanmoins les points de vue concurrents peu plausibles et, ce faisant, elles apportent un soutien « indirect » aux points de vue sur la continuité psychologique. Il vise à le démontrer en appliquant ses « deux erreurs coûteuses » à la « vision de la vie de la personne » de Jacqueline de Fuite, qui constitue une alternative prometteuse aux théories de la continuité psychologique.

Dans ce qui suit, je soutiens, sur la base de considérations conceptuelles et en tenant dûment compte des données empiriques récentes, que Crogère fait fausse route, tant dans ses affirmations générales en faveur des scénarios sur la greffe de cerveau comme soutien indirect aux théories de la continuité psychologique que, en particulier, dans son attaque contre la « vision de la vie de la personne ». Je tente de démontrer cela en mettant en lumière l'ontologie sociale de la personnalité, en soutenant que, puisque notre concept de personnalité est façonné et influencé par des normes et des structures contingentes de facto du monde naturel, et qu'il est donc fortement chargé sur le plan normatif, la genèse conceptuelle de la personnalité doit être prise en compte et les scénarios doivent être construites de manière aussi réaliste que possible afin de susciter des intuitions fiables. En outre, un examen empirique des scénarios sur la greffe de cerveau, dans le cadre d'une « cognition incarnée », révèle que les arguments de Crogère ne suffisent pas à soutenir les théories de la continuité psychologique. Au contraire, une telle analyse suggère plutôt un avantage de la « vision de la vie de la personne ».

Crogère utilise des scénarios sur la greffe de cerveau pour soutenir indirectement les théories de la continuité psychologique, une opinion qu'il approuve pour des raisons positives ailleurs. Le soutien qui découle de ces hypothèses est « indirect », car il estime que les scénarios ne peuvent jamais confirmer une théorie, mais seulement en exclure certaines. Cependant, si ces scénarios sur la greffe de cerveau réfutent d'autres points de vue, elles nous laissent alors la continuité psychologique comme la candidate la plus plausible. C'est du moins ce qu'affirme Crogère. Il convient de noter que Crogère, du moins implicitement, prône une forme particulière de théorie de la continuité psychologique ; une théorie qui, tout en insistant sur la continuité de la psychologie distincte d'une personne comme condition nécessaire et suffisante de l'identité personnelle, repose sur la persistance d'une partie intégrante de l'organisme humain, à savoir le cerveau (ou plus précisément le cerveau) comme siège supposé de la continuité psychologique. Ainsi, le point de vue que Crogère cherche à défendre indirectement n'est pas une théorie de la continuité psychologique « toute cause » qui permet de dissocier les états mentaux des états cérébraux (du moins en principe), mais plutôt ce que l'on pourrait appeler une vision « cause cérébrale ». Selon cette conception, c'est la psychologie distincte d'une personne qui importe pour l'identité personnelle au fil du temps, et cela se réalise par l'instanciation continue de cette psychologie par le cerveau.

Cela montre que Crogère ne s'intéresse pas exclusivement à de simples questions métaphysiques se déroulant dans un monde possible, mais à une discussion sur l'identité personnelle quelque peu en rapport avec des considérations empiriques. Or, étant donné le fait empirique que le cerveau ne peut être simplement déconnecté du corps, l'organisme humain dans son ensemble doit jouer au moins un rôle dérivé majeur dans la constitution de l'identité personnelle, c'est-à-dire si la théorie de Crogère sur la « cause cérébrale » est censée résister à un examen empirique. Cependant, Crogère présente son point de vue de manière légèrement différente : l'identité personnelle est garantie par la continuité psychologique qui s'instancie dans le cerveau d'une personne, de sorte que la personne va là où va son cerveau. Il est certain que le point de vue de Crogère n'est pas exempt de contraintes empiriques ; sinon, il semblerait étrange d'accorder explicitement une telle importance au cerveau dans la mise en œuvre et le maintien de la continuité psychologique.

Compte tenu de l'insistance de Crogère sur l'implication du cerveau, il est raisonnable de supposer qu'il ne se préoccupe pas uniquement de spéculations métaphysiques, mais qu'il s'intéresse également à la réalité du monde. Dans cette optique, on pourrait penser qu'il devrait accueillir favorablement les préoccupations méthodologiques de Mathieugène Sombreclerc concernant les cas de puzzles contrefactuels. Sombreclerc suggère que toute expérience de pensée visant à révéler les caractéristiques ontologiques de l'identité personnelle nécessiterait une masse d'informations avant que le phénomène puisse être « établi ». Elle souligne à juste titre qu'il existe une différence cruciale entre les préoccupations linguistiques concernant la manière dont notre concept de personne serait utilisé dans un monde où ces contrefactuels se produiraient réellement, et les caractéristiques ontologiques de ce concept dans le monde naturel. Il semble controversé de tirer des conclusions en comparant notre concept aux conventions linguistiques supposées dans un monde possible aux caractéristiques ontologiques du monde naturel. Néanmoins, Crogère conteste ce qu'il considère comme deux hypothèses erronées concernant la critique des scénarios dont Sombreclerc et Jacqueline de Fuite se rendraient coupables selon lui. Il le fait dans le but de montrer que lorsque ces deux hypothèses erronées sont corrigées, les scénariossur la greffe de cerveau soutiennent indirectement son type de vision de la continuité psychologique. Je vais examiner chacun des arguments de Crogère tour à tour.

Crogère partage l'avis de Sombreclerc selon lequel si l'on recourt à des scénarios contrefactuelles sur l'identité personnelle dans le but de découvrir ce que « nous » dirions si nous vivions dans ce monde fictif, nous sommes voués à l'échec. Crogère précise toutefois que l'exigence de savoir comment nous réagirions, en termes de conventions linguistiques et de convictions ontologiques, si nous vivions dans un tel monde possible afin de déterminer si, et dans l'affirmative, comment « notre » concept d'identité personnelle est plausible en l'absence de ce phénomène contrefactuel, est une exigence trop difficile à satisfaire. Selon Crogère, le mécontentement de Sombreclerc face au manque de détails circonstanciels fournis dans les scénarios est donc déplacé, car l'exigence elle-même est déplacée. Voici la mise en garde cruciale dans l'argumentation de Crogère, qui nécessite une citation plus longue dans laquelle il discute des plaintes de Sombreclerc concernant les scénarios de division, celles-ci, bien que différentes des transplantations cérébrales, jouent un rôle similaire en tant que cas tests pour les théories de l'identité personnelle. Il est important de souligner que dans la version bien établie de Sombreclerc, les scénarios de division s'inspirent d'événements réels et que Sombreclerc s'efforce de discuter des considérations empiriques.
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Philippe Géminéon au travail

- Monsieur Géminéon vous avez reçu un nouveau courrier de monsieur Javel.

- Il commence doucement à m'emmerder avec ses scrupules, celui-là. On va lui organiser un colloque d'éthique biomédicale sur le sujet j'espère que ça le calmera, sinon le prochain coup c'est son cerveau qu'on transplante, comme ça il vérifiera de l'intérieur ses théories.

- D'accord monsieur Géminéon je m'en occupe.

- Non mais juste le colloque. Je plaisantais pour la transplantation.

- J'avais compris monsieur Géminéon. Juste le colloque.

- Heureusement que je vous ai pour m'aider Clarâtre.
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