03/10/2020
07:35:15
Index du forum Continents Aleucie Brocelynwood

[Encyclopédie] Présentation & Histoire de Brocelynwood jusqu'en 2018

Voir fiche pays Voir sur la carte
14118

Royaume de Brocelynwood



I. Généralités



Nom officiel : Royaume de Brocelynwood
Nom courant : Brocelynwood
Gentilé : Brocéliens / Brocéliennes

Inspirations culturelles : Britannique / Amérique du Nord

Situation géographique :

Langue(s) officielle(s) : Anglais austarien
Autre(s) langue(s) reconnue(s) : Aucune

Drapeau :
Drapeau

Devise officielle : Par la voix du Roi, la voie du peuple

Hymne nationale

Monnaie nationale : Le Woody Crown

Emblème de l'armée :
Armée Brocelynwood

Capitale : Wynterhall (2,07 millions d'habitants) [2019]

Population : 18 600 000 habitants [2019]

Géographie :
Brocelynwood est un pays caractérisé par de vastes étendues de forêts et des centaines de kilomètres de côtes. L'économie est principalement tournée vers le bois et la mer.
Grandes villes et répartition urbain ruralhttps://i.ibb.co/QjYCbp5R/Screenshot-20251209-213514-Firefox.jpg
11 villes de + de 100 000 habitants [données 2019] :
Capitale - Wynterhall : 2,07 millions d'habitants
Tintellin Cove : 1,38 million habitants
Lornbridge : 862 000 habitants
Highbrook : 515 000 habitants
Dunsfeld : 450 000 habitants
Brumeforest : 374 000 habitants
Hollowford : 241 000 habitants
Alderash : 226 000 habitants
Oakspire : 216 000 habitants
Lakebury : 184 000 habitants
Percyval : 132 000 habitants


  • 6,65 millions d'habitants dans les 11 villes grandes et moyennes (de plus de 100 000 habitants) soit 36 % de la population.
  • 4,28 millions d'habitants dans 131 villes de 10 000 à 100 000 habitants soit 23 % de la population
  • 7,67 millions d'habitants en milieu rural, dans les 6 448 communes de moins de 10 000 habitants, soit 41 % de la population

II. Histoire



Jusqu’au XVIème siècle : les Alderii, peuples premiers
Les terres du futur Brocelynwood ne forment pas encore une nation. Elles sont occupées par des communautés autochtones, aujourd’hui appelées les Alderii. Les communautés Alderii ont peu de relations les unes avec les autres, ne forment pas d’unité linguistique ou culturelle. Certains brassages de populations au fil des siècles ont cependant conduit à des caractéristiques communes. Elles sont constituées en tribus de 100 à 300 personnes au cœur de la forêt. Le rapport à la forêt des Alderii est profondément sacré ; ces communautés ne conçoivent généralement pas le monde au-delà des bois, les arbres forment un Tout qui les enveloppe. La forêt n’est pas une multiplication de végétations mais un véritable être vivant dont la faune et la flore en sont le sang. Les communautés Alderii visent donc l’harmonie avec la nature ; elles cueillent et chassent pour se nourrir, mais elles ont généralement des animaux totem. Il est estimé que ces peuples premiers représentaient alors 800 000 personnes.

Début du XVIIème siècle : la colonisation austarienne
Au cœur du Royaume d’Austaria (Eurysie), nobles, marchands et explorateurs fondent la Compagnie de l’Aleucie Austarienne (CAA) en 1601 afin de multiplier les colonies sur cette partie du globe. Après une première implantation coloniale en Paltoterra en 1604 (Kàtal), la CAA cible à partir de 1610 les terres du futur Etat de Brocelynwood pour leurs richesses en forêts, dans l’objectif d’exploiter les ressources en bois. Cette matière première, alors indispensable au chauffage et à l’industrie, peut tout autant être importée en métropole que servir au développement colonial du continent. Par ailleurs, les peuples Alderii sont suffisamment dispersés, divisés et peu équipés pour présenter une quelconque menace. Nécessitant avant tout un nombre important de main-d'œuvre, la CAA mobilise la minorité protestante, principalement issue du Duché de Lasley. Rapidement, elle entame une exploitation intense, sans que cela conduise à un affrontement direct et majeur avec les peuples premiers. Ce territoire et ses ressources sont revendues au Duché de Weistmester en 1622, qui en assure dès lors l’administration directe.
Au fil des années, les protestants construisent leurs vies, leurs familles sur les terres aleuciennes, et ne se vivent plus uniquement comme la main-d'œuvre - par ailleurs surexploitée - d’un royaume lointain dominé par le catholicisme.
L'accès aux ressources primaires est accaparé par le peuple colonisateur. Dans les années 1680, les autochtones sont confrontés à une famine majeure, ce qui entraîne des rébellions. Le Duché constitue des forces de combat chargées de violemment réprimer ces révoltes. La minorité protestante y contribue en masse, moins par fidélité au Duché que par conviction propre, basée sur une profonde haine envers le Peuple premier. Au total, environ 600 000 autochtones périssent à cette période de la faim ou par les armes.

XVIIIème siècle : du comté de la Famille de Brocelyn au Royaume de Brocelynwood
Au début du XVIIIème siècle, la croissance de la production ralentit. Par ailleurs, les communautés autochtones ont des espaces plus limités, les colons ne leur permettant plus de développer le nombre de communautés, qui s'agrandissent en véritables grands villages. Ces évolutions structurelles des conditions de vie, additionnées au contact avec les colons, amène à des évolutions de la culture et de l'organisation sociale des Alderii. Ce processus complexe encore analysé par les anthropologues conduit à une croissance démographique plus rapide que celle des austariens protestants présents sur les terres. Pour ces raisons, le Duché de Weistmester commence à se désintéresser davantage de la colonie qu'il ne perçoit plus comme l'un des principaux cœur battant de la colonisation du continent. En 1739, les Weistmester relèguent l'administration du territoire à une famille noble vassale : les Brocelyn, maison cadette de la maison Andgor, membre de la dynastie Landor.
Plutôt que le massacre de masse, le comte Earl de Brocelyn adopte une nouvelle stratégie visant à assurer en quelques décennies une large supériorité numérique des descendants de colons : un programme d'enlèvement des jeunes femmes Alderii. L'approche est méthodique, scientifique et pragmatique : plutôt qu'une stérilisation systématique, on s'évertue à ce que cela concerne un nombre suffisants de femmes de la génération afin d'obtenir les conséquences statistiquement escomptées. Cela permet aussi d'éviter les situations conduisant potentiellement a de grands affrontements armés, alors que les Alderii sont mieux équipés, regroupés, déterminés et organisés qu'un siècle auparavant.
Tout au long du XVIIIème siècle, la Famille de Brocelyn cherche à gagner en légitimité auprès de la population protestante de son Comté. Bien qu'étant soi même catholique, elle implémente une politique beaucoup moins hostile au protestantisme, comparé au Royaume d’Austaria. Elle permet aussi aux protestants d'occuper certaines positions de pouvoir et d'intendance, évitant que l'ensemble des occupants des terres soit une main d'œuvre surexploitée.

Dès la fin du siècle, les Brocelyn commencent à souhaiter un gain en autonomie vis-à-vis du Royaume. Pour cela, ils vont exacerber le sentiment religieux protestant afin de s'afficher in fine comme rempart contre le Royaume. Lors de l'arrivée controversée de Charles II sur le trône, le comte Earl de Brocelyn entre en opposition interne au Royaume. Avec l’éclatement de la guerre civile en 1799, il perçoit immédiatement l'opportunité historique. L'armée Royale est mobilisée en Austaria continentale contre les troupes d'Edward XV et les Protestants d'Aleucie sont un fervent soutien des Brocelyn.
Un tel rapport de force conduit à la déclaration d'indépendance en 1800 : le Royaume de Brocelynwood est né.
Le comte est couronné Roi Johnlyn Ier et se convertit au protestantisme, religion officielle du nouveau Royaume. Les Alderii sont officiellement des sujets de seconde zone.

XIXème siècle : le développement du nouveau Royaume
En 1803 en Austaria continentale, Charles II est défait par Edward XV, dont était initialement plus proche Johnlyn Ier. Pour autant, la famille Royale de Brocelynwood est en capacité de conserver l’indépendance de son jeune Royaume, ne souhaitant en aucun cas être de nouveau sous le joug austarian. La Famille de Brocelyn a été prévoyante, en soutenant financièrement Edward XV en échange de la garantie de garder son indépendance en cas d’accession de ce dernier au trône. Une trahison demeure toujours possible. Mais après plusieurs années de guerre, dans un contexte toujours conflictuel, et alors qu’il est encore plus affaibli par la perte du territoire de New Austaria (désormais contrôlé par le leader des partisans de Charles II), Edward XV n’a en effet pas les moyens de sonner la mobilisation pour reprendre le contrôle de tout ou partie des territoires de Brocelynwood.
Malgré et du fait de l”Histoire en commun, des précédentes alliances et des ressentiments historiques, le Royaume de Brocelynwood n’entretient aucune relation diplomatique avec les Royaumes d’Austaria et de New Austaria. L’équilibre des pouvoirs empêche dans le même temps toute opposition frontale. Cette situation a perduré pendant plus de 50 ans en ce qui concerne Westalia et plus de 150 ans pour l'Austaria, mais durant lesquels Brocelynwood a accueilli plusieurs vagues d'émigration de protestants depuis le Royaume d'Austaria.
Dans les années 1820, Jonhlyn Ier priorise le développement économique ; c’est ainsi que le pays s'industrialise et augmente fortement la productivité pour l'exploitation de ses ressources naturelles. La Compagnie Maritime Royale, la Compagnie Royale du Bois et la Compagnie Ferroviaire Royale sont créées. Elles deviennent le symbole du caractère relativement dirigé par l'Etat de l'économie brocélienne, en raison de secteurs hautement stratégiques. Par ailleurs, ́la Ville côtière de Tintellin Cove se développe, avec la construction d'un immense port industriel qui est toujours, deux siècles plus tard, un des cœurs principaux de l'économie brocélienne.
En 1863, le Royaume de Brocelynwood devient officiellement une Monarchie constitutionnelle. Une Assemblée Unique est créée, donnant un pouvoir législatif en partie indépendant du Roi. Le droit de vote est censitaire.
La Constitution est le résultat d'un compromis, la concentration de tous les pouvoirs par le Roi étant devenue indéfendable.
Lors de son arrivée sur le trône en 1864, Johnlyn III renoue rapidement avec Westalia, étant à la recherche d'un nouvel élan après le règne mouvementé d'Erik et donc de bonnes relations sur le continent. Les liens ont été facilités par l'arrivée de protestants parmis les membres dirigeants de Westalia. Les Histoires des deux pays restèrent liées, avec des influences politiques mutuelles, comme par exemple le traitement à l'égard des peuples natifs. Des mouvements d'émigration faibles mais réguliers se sont aussi déroulés dans les deux sens entre Westalia et Brocelynwood depuis cette période jusqu'à nos jours.

1800-1829 : Johnlyn Ier
1829-1856 : Johnlyn II
1856-1864 : Erik
1864-1916 : Johnlyn III


XXéme siècle : la relative démocratisation du Royaume
Le siècle est marqué par quelques évolutions pouvant sembler progressistes, mais très limitées et très ponctuelles.
En 1921, sous l'influence d'évolutions venues de Westalia, la Constitution est réformée pour la première fois avec un élargissement de l'Assemblée Unique dont le nombre de sièges élus passe de 15 à 28, avec désormais un droit de vote accordé à tous les hommes. Par ailleurs, l'esclavage des Alderii est aboli.
Le règne de William II est marqué par deux évolutions majeures sur le plan intérieur.
En 1961, des révoltes ouvrières éclatent et amènent à l'obtention d'une limitation du temps de travail hebdomadaire, fixé à 48 heures. Il s'agit encore aujourd'hui du quasi seul droit social présent dans la législation brocélienne.
C'est en 1983 qu’aboutit la deuxième réforme constitutionnelle. L'Assemblée Unique est élargie : le nombre de sièges élus passe de 28 à 56, dont 1 siège représentant le peuple Alderii. Les autochtones deviennent citoyens à part entière, protégés par les Droits Humains. Dans les faits, leur condition évolue peu. La liberté de la presse est reconnue et le pouvoir judiciaire devient officiellement indépendant, même si ces nouvelles dispositions sont très encadrées. Le Roi ne peut cependant pas être inculpé.
Au niveau des affaires étrangères, nous observons à partir des années 1960 un premier dégel des relations avec le Royaume d'Austaria qui est sous George VIII.
Malgré la reprise en main réactionnaire du Royaume conservateur par Johnly IV, actuel souverain, la société a évolué et le droit de vote des femmes devient une évidence, inscrit dans la Constitution à compter de 1997.

1916-1955 : William Ier
1955-1985 : William II
1985-Aujourd-hui : Johnlyn IV


Fiche : Généalogie de la Famille Royale depuis William Ier


III. Les Brocéliens au début du XXIème siècle



Mentalité de la population & place de la religion

Globalement, la population est très attachée à la religion, à la famille et à ses terres. Elle a une approche individualiste de la liberté, et défend ardemment la liberté d'entreprendre (que ce soit vis à vis de l'Etat, des très grands propriétaires et des idées socialistes). Les idées conservatrices sont hégémoniques.
La Royauté est encore très respectée, pour son rôle historique dans l’indépendance et la protection des protestants, mais elle est de moins en moins perçue comme une fin en soi.
La minorité autochtone a des intérêts et une culture qui diverge, mais elle est ultra-minoritaire : de fait elle est discriminée, mais elle est surtout complètement invisibilisée.

La religion protestante occupe une place centrale dans la société Brocélienne.
Il n'y a pas de séparation de l'Eglise et de l'Etat, avec un Secrétariat Royal au Culte, à la fois hiérarchie de l'Eglise Protestante et visant à garantir la place de la religion dans la société. Le Roi lui-même agit “au nom de Dieu".
La religion fait partie de l'éducation des enfants de manière obligatoire.
Le respect des règles religieuses et l'implication dans les diverses cérémonies font l'objet d'une forte pression sociale au sein de la population.
Par conséquent, les politiques menées sont très conservatrices, centrées sur la famille avec tout refus de libéralisation (au niveau des droits des femmes et des minorités). Les femmes ont cependant obtenu le droit de vote en 1997 (mais ne peuvent toujours ni être élues, ni être nommées à des fonctions de représentation).

Répartition des religions
  • Protestants : 87 %
  • Catholiques : 5,8 %

Fiche : Economie de Brocelynwood


Rapport aux minorités : Histoire de la commuanuté Alderii à Brocelynwood

Dans Hi-Stories :
- Partie I (XVIIème siècle)
- Partie II (XVIIIème siècle)

Aujourd'hui :
La moitié de la population autochtone est parquée dans d'immenses bidonvilles situés dans la ville cotière de Tintellin Cove (plus de 1 350 000 habitants). Hommes, femmes, et généralement les enfants dès 12 ans servent de main d'oeuvre bon marché aux activités de pèche, directement exploitées par la Compagnie Maritime Royale, qui est administrée directement par le Royaume.
Le peuple autochtone ne représente aujourd'hui plus que 315 000 personnes, soit 1,69 % de la population de Brocelynwood.


Rapport à la démocratie

La démocratie est assez peu développée ; la place et le rôle du Roi demeurent centraux. Les observateurs indépendants parlent davantage de "Monarchie consultative".
La Monarchie est de plus en plus remise en cause. La religion protestante, outil de l'Etat pour légitimer le pouvoir royal et le destin du pays, se retourne contre la Monarchie elle-même. La population, mue par des idéaux d'accomplissement individuels, supporte mal de servir directement la famille Royale par des taxes et comme main d'oeuvre de grandes compagnies d'Etat (qui emploient 40 % de la population active).


IV. Institutions politiques



Fiche : Constitution & Institutions politiques


V. Politique internationale



En 2018, l'impérialisme et l'expansion territoriale ne sont aucunement une réalité crédibles pour Brocelynwood.
La priorité du Roi est intérieure : faire perdurer la Royauté en maximisant la prospérité et en combattant par tous les moyens envisageables les idéaux républicains ou d'approfondissement de la démocratie par des réformes institutionnelles majeures.
Les échanges avec les autres pays visent principalement le développement économique, et la coopération militaire à visée défensive. Cela nécessite le développement de partenariats avec les pays de la région ou limitrophes visant les mêmes objectifs.
Cependant, le Royaume a conscience que la défense des idéaux monarchiques est aussi une guerre idéologique qui se déroule au niveau mondial ; pour cela, il suit de près les affaires internationales. Les nécessités pourraient l'amener à évoluer vers davantage d'interventionnisme.
Par ailleurs, Brocelynwood est l’Etat au monde dont la religion protestante est la plus hégémonique et centrale ; le Royaume a ainsi l’habitude de se positionner en protecteur des minorités protestantes du monde entier. Cela n’a pas mené à des interventions militaires mais il en fait un instrument de “soft power” redoutable à l’international.
Dans : Hi-stories
Ce mensuel est reconnu pour sa qualité et son indépendance. A ce titre, il est régulièrement mis en cause par le pouvoir politique, qui l’accuse de biaiser les réalités historiques à des fins politiques.

Le règne contrasté du modéré William II
30 mai 2018

Un règne de trois décennies, qui resteront longtemps comme une parenthèse dans l’Histoire de Brocelynwood.

Jusqu’à William Ier, chaque souverain avait toujours défendu la ligne politique la plus dure et la plus autoritaire, tant au niveau des libertés, des droits civiques et sociaux ou vis-à-vis de la minorité autochtone. Une forme de léger progressisme avait pu se dégager de quelques périodes historiques, mais ces décisions étaient davantage la ratification de pratiques presque disparues (comme l’abolition de l’esclavage en 1921) ou la résultante d’avancées arrachées par la mobilisation sociale (comme la Constitution de 1863). Jamais ces dispositions n’avaient été défendues par le souverain lui-même.


Très vite, une tonalité progressiste

Au décès de William Ier, alors âgé de 58 ans en 1955, son jeune fils William II est couronné. Peu de monde est alors capable de dire de quoi sera fait son règne. Et pour cause : il a seulement 17 ans. Cela explique aisément pourquoi sa doctrine politique n’est encore pas définie voire connue de lui-même. Comme cela se passe systématiquement dans ce cas de figure, toute une série de batailles et conflits interpersonnels se mettent en place dans l’entourage du nouveau Roi. Conseillers et membres de la famille se disputent pour obtenir les postes les plus influents autour de William II. Là encore, ce n’est pas une surprise, plutôt l’usage, surtout auprès d’un si jeune héritier : chacun cherche à favoriser non seulement sa carrière mais aussi sa ligne et stratégies politiques.

Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que sa mère la Reine Cathryn, aurait alors joué un rôle prépondérant, chose rare dans un pays où les femmes n’ont encore à ce jour jamais eu la possibilité d’occuper une fonction politique officielle. Reine Cathryn avait très mal vécu le mariage avec le précédent souverain, très dominateur et violent avec elle-mème et son fils, futur héritier du trône. Son décès marqua pour Cathryn le point de départ d’une libération immense. Auréolée de sa légitimité de Reine, elle fut en capacité d’écarter tous les puissants hommes du Palais et se positionner en principale conseillère de son propre fils.
Preuves que la psychologie et l’histoire personnelle ont toute leur place dans la grande Histoire, la Reine Cathryn tira de son expérience de vie la volonté de rejeter l’autoritarisme et l’arbitraire. William II était réceptif à cette transmission de sa propre mère, avec qui il était fusionnel ayant enduré peu ou prou pareilles souffrances.

C’est ainsi que les premiers discours de William II furent marqués par une ouverture inhabituelle, bien qu’il tenta intelligemment de les inscrire dans la continuité de l’Histoire de Brocelynwood : “Notre démocratie mérite d’être approfondie. Notre devise le dit : ‘par la voix du Roi, la voie du peuple’, car le Roi est le garant du destin du peuple lui-même. Pour cela, le peuple doit pouvoir s’exprimer, le Roi doit être à l’écoute et c’est la raison pour laquelle nous nous sommes déjà dotés d’une Constitution en 1863. Notre État peut encore l’améliorer. [...] En abolissant l’esclavage, nous avons reconnu le principe selon lequel nous partageons des terres et ainsi une part de destinée commune avec le peuple autochtone, qui fait cependant encore aujourd’hui l’objet trop systématique de mauvais traitements. [...] Je demande aux petits propriétaires comme aux chefs des équipes de nos compagnies royales, de bien traiter les ouvriers, car il n’y a pas de bonne économie avec un peuple chaque jour malheureux. Ca n’a jamais été et ça ne deviendra jamais notre état d’esprit.”


Les contestations de l’hiver 60-61 comme tournant

Ces mots prudents mais inédits se prirent rapidement le mur du réel : peu pris au sérieux dans son entourage et incapable d’agir structurellement au-délà des lettres d’intention, William II généra en quelques années une frustration immense.
Celle-ci explique en partie les révoltes ouvrières qui éclatèrent dans l’industrie du bois à l’hiver 1960 - 1961, bien que les causes étaient plurielles et plus profondes. D’immenses quantités de bois furent brûlées chaque jour pendant huit semaines ; les contestataires visaient volontairement les matières prévues pour l’export à l’international, façon d’atteindre l’économie sans perturber directement les populations locales. Le Souverain fut alors mis face à ses propres contradictions et accepta en quelques jours de céder à une partie des revendications : la semaine hebdomadaire fut limitée à 48 heures (alors qu’elle allait régulièrement au-delà de 55 heures), l’interdiction des mauvais traitements fut inscrit dans la loi et devint un droit opposable aux ouvriers en cas de pratiques contraires. Ce dernier point était encore relativement théorique, avec une Justice directement rattachée au pouvoir royal.

Il est à noter que le droit social, toujours quasi-inexistant à ce jour, ne relevait ni du domaine réservé ni du domaine partagé du Roi (définis par la réforme constitutionnelle de 1921). La loi des 48 heures devait donc être votée par l’Assemblée Unique, au sein de laquelle le camp royaliste était hégémonique. Du fait de la protestation constante dans les forêts du pays, et la pression directe du Roi sur les membres de l’Assemblée Unique qui mettait en jeu sa parole et son honneur, la disposition fut finalement adoptée par le législateur d’une très courte majorité relative (12 votes pour, 10 votes contre, 6 abstentions).

Malgré la crise ouvrière à l’intérieur, William II fait le choix de continuer à ne pas s’engager aux côtés de Westalia et la Lermandie dans la guerre contre la Viétie communiste sur son continent, ce qui lui sera aussi très reproché par les plus conservateurs.

L’arrêt provisoire des exportations de bois causé par le mouvement social provoque une chute de la confiance des partenaires commerciaux envers le Royaume de Brocelynwood. Cela empêche une reprise rapide du commerce, impactant de manière non négligeable l’économie brocélienne. Par conséquent, c’est dans la première moitié des années 1960 que William II engage avec l’Austaria la signature d’accords commerciaux, après 150 ans de rupture des relations. Ce choix est légitimé par l’assouplissement de la politique Austarienne envers sa communauté protestante, à la suite de l’arrivée sur le trône du modéré George VIII, lui aussi en 1955. La production de bois retrouve des débouchés et les Accords de 1962 marquent le début d’une nouvelle période de détente des relations entre le Royaume et ses racines austariennes.


Un Roi qui affaiblit la Monarchie ?

Après ces épisodes, William II traversa une longue traversée du désert. Pendant 20 ans, ses apparitions publiques se limitèrent au strict nécessaire protocolaire. Cette période contribua malgré lui à la normalisation des idées républicaines dans le pays, tant la figure de Roi parut plus lointaine et cessa d’être déifiée. Pour la première fois dans l’Histoire de Brocelynwood, le Roi se vivait davantage en administrateur du quotidien plutôt qu’en figure pluriséculaire ayant pour ambition de maintenir l’ordre établi et la légitimité de la famille royale. Cette absence de volonté à s’inscrire dans le temps long, dans une vision plus large, à préparer la légitimité de ses héritiers, à défendre ses terres comme Royaume et uniquement comme Royaume contribuèrent certes à l’essor des discours républicains, mais conduisirent également à la radicalisation des royalistes. Résulta donc un renforcement de la polarisation de la société et du débat politique brocélien, dont on voit encore les effets aujourd’hui.

William II a parfois l’image d’un réformateur. Il est vrai qu’il a été porteur de quelques discours jamais vus chez un souverain jusque-là, Cependant, sa mise en action en ce sens est plus que nuancée pendant la majeure partie de son règne. Des événements personnels vont finalement bousculer sa fin de règne, tandis que les demandes de la société continuent d’évoluer.
En 1978, à 39 ans, une tumeur est découverte à son poumon gauche. Bénéficiant de soins et traitements rapides, il se rétablit après plusieurs mois, mais son état de santé général en ressort affaibli et on lui promet un fort risque de récidive. Le peuple brocélien ne saura rien de cet épisode et de la situation de santé du Roi, avant les informations révélées dans la presse en 2002. En janvier 1980, sa mère la Reine Cathryn décède à 70 ans.

William II est effondré, en même temps qu’il est à l’extérieur contesté de toutes parts, tant il apparaît comme un Chef d’Etat reclus, isolé, peu utile.


Une quête de fin de règne : marquer l’Histoire

Afin de retrouver un honneur, une légitimité, et en mémoire des idées de sa défunte mère, William II est convaincu que son règne doit laisser une trace et qu’il doit être à l’origine d’une réforme importante. Paradoxalement peut-être, il est convaincu que la famille royale retrouvera sa pleine légitimité en agissant et ce, par l’ouverture. Selon lui, ses sujets ont soif de liberté, de davantage de Justice, et l’appel à la République n’est qu’un outil pour cela - hormis pour quelques radicaux très minoritaires - or ces attentes et valeurs peuvent être remplies par la Monarchie elle-même.

C’est alors qu’il engage en 1981 le chantier de la principale réforme constitutionnelle d’ampleur depuis sa création. Pendant deux ans, des réunions au sommet sont organisées en présence du Roi et des Secrétaires Royaux afin de convenir d’un nouveau texte. Celui-ci entre en vigueur en 1983, pour les 120 ans de la Constitution, par Ordonnance Royale comme ce fut l’usage en 1863 et 1921.

Des fondements de l’actuel système politique ont été actés, non sans quelques tentatives de mises en échec parmi les proches du pouvoir royal.
Bien que l’on peut souligner quelques limites, la Justice devient pour la première fois indépendante, une partie de la hiérarchie n’étant plus directement rattachée au Roi et au pouvoir exécutif, ni nommée par ces derniers. La principe de la liberté de la presse est également affirmé pour la première fois, malgré une liste non négligeable d’exceptions. L’Assemblée Unique est renforcée dans son rôle de véritable pouvoir législatif - et moins comme ‘grand conseil consultatif” - en étant élargie de 28 à 56 sièges élus, et avec davantage de domaines de compétences. En effet, plusieurs thématiques relevant du domaine réservé du Roi basculent alors dans le champ du domaine partagé : les taxes, les mœurs, l’ordre public, la politique pénale, l’éducation. Le caractère symbolique de cette évolution est également fort ; il existe désormais des champs d’action pour lesquels une autre entité a une légitimité égale à celle du Roi. Les derniers principaux changements concernent la situation des autochtones, dont l’égalité des droits avec les descendants de la colonisation est officiellement reconnue dans le contrat social. Le modèle n’est pas universaliste puisque les autochtones constituent bien une communauté spécifique, qui pour la première fois peut être représentée par un élu au sein de l’Assemblée Unique. Le premier représentant autochtone débuta son mandat suite aux élections législatives de 1988.

William II décède d’un cancer le 28 avril 1985, peu après avoir transmis l’héritage du trône à son neveu l’actuel souverain Jonhlyn IV, lequel manifesta rapidement sa volonté de “ redonner toute sa place au Roi du Royaume de Brocelynwood, au nom de Dieu ’. Des affirmations suffisamment fortes pour marquer la rupture avec son prédécesseur.

7036
Dans : Hi-stories
Ce mensuel est reconnu pour sa qualité et son indépendance. A ce titre, il est régulièrement mis en cause par le pouvoir politique, qui l’accuse de biaiser les réalités historiques à des fins politiques.

Le Royaume face à son Histoire oubliée : les souffrances des Alderii
Partie I - Coloniser à tout prix

9 décembre 2018

Le racisme de la Monarchie actuellement perceptible à travers le conflit avec l'Empire de Stérus est la face émergée des rapports entre colons et peuple Alderii, aux fondations de Brocelynwood depuis le XVIIème siècle. Dans ce long dossier en plusieurs parties, Hi-stories revient sur cette réalité historique.

Village Alderii traditionnel


Un semblant d’équilibre fragilisé au fil des décennies

Au début du XVIIième siècle, la Compagnie de l’Aleucie Austarienne (CAA) entame la colonisation de ce qui deviendra le Royaume de Brocelynwood. 80% du territoire est habité par 4 000 petites communautés, en quelque sorte des villages, de 100 à 300 Alderii.
Les protestants envoyés sur place agissent pour le compte du Royaume et n’envisagent pas à ce moment là s’établir durablement sur ces terres aleuciennes. Ils exploitent les terres, en récoltant du bois, certaines plantations et des ressources de la mer, le tout dédié au Royaume continental et servant à l’effort de colonisation austarien de l’Aleucie. Cet accaparement progressif des richesses se fait sans affrontement direct avec les communautés autochtones. En effet, les colons adoptent plutôt des stratégies d’évitement ; ils n’ont aucun intérêt à faire émerger des conflits avec la population locale, ce qui représenterait de nouveaux risques et impacterait négativement la productivité.

Progressivement, les “entrées en contact” entre colons et peuples locaux se multiplient, sans que cela ne mène nécessairement à des combats. C’est parfois le cas , de façon très disparate, lorsqu’une partie se sent directement menacée par l’autre.
Mais le nouveau contexte provoque surtout une déstabilisation des communautés autochtones et à des conflits internes. Ces peuples traditionnels sont confrontés à des sociétés humaines dont l’apparence, l’organisation, le mode de communication diffèrent en tout point à tout ce qu’ils, ou leurs ancêtres, ont pu connaître. L’équilibre même de leur système de croyances est brisé. Ces nouveaux Hommes qui les entourent agissent directement sur l’environnement, font tomber des arbres, réduisent la densité de la forêt. Pour ces peuples, il s’agit d’une destruction de leur habitat, de leur Univers même.
Pour autant, il serait complètement contrefactuel d’imaginer une haine envers “l’occupant” : ces modifications profondes et existentielles sont perçues comme une malédiction, exogène, et non à travers les intentions d’un groupe d’individus. Dans ce système de pensée, ils n’envisagent pas la possibilité d’agir directement sur les acteurs de cette destruction à des fins de dissuasion ou de persuasion.

De leur côté, les austariens ne s’intéressent pas du tout à ces communautés, perçues comme étant sans valeur. Cette déshumanisation au dernier degré peut se lire dans les “carnets de voyage” des colons : “il y a cette espèce qui ressemble pas mal aux Hommes, mais on évite leurs villages comme on évite les fourmilières, car ça peut toujours être désagréable et difficile de s’en débarrasser une fois un pied en plein milieu”

Cette coexistence en apparence pacifique va se rompre à partir du milieu du siècle. Les fruits et les légumes sont exploités au profit des austariens, dont la population sur place continue de croître et s'étend largement en termes de superficies de terres occupées. Les villages de colons se multiplient et s’agrandissent, et sont mieux armés pour chasser les animaux. Tout l’écosystème de la faune et la flore s’en trouve changé. Les sociétés traditionnelles n’ont pas la capacité d’intégrer tous ces changements et de s’y adapter. La baisse de l’accès à la nourriture les frappe rapidement de plein fouet, et les famines sont de plus en plus courantes.


La guerre ouverte et les massacres coloniaux

En conséquence, à partir des années 1680, les rapports entre locaux et colons changent radicalement. Guidés par la faim, ceux qu’on appellera plus tard les “Alderii” vont être contraints d’attaquer le Mal à la source, en s’en prenant directement à la manifestation le plus concrète et ostensible de leurs malheurs : les austariens.

Les Alderii n’ont pas la culture dite “moderne” de la guerre, du combat, des stratégies, mais seulement de la chasse. Pour eux, “l’ennemi” forme un tout, un Mal qu’il faut éradiquer. Dans leurs attaques, en réalité défensives, ils s’en prennent donc de manière indiscriminée aux femmes, hommes, enfants. Cette image est restée jusqu’à aujourd’hui et contribue à l’imaginaire raciste actuel selon lequel ce sont des sauvages dangereux, raison pour laquelle toute la société et les médias brocéliens mettent en avant le moindre fait divers impliquant une personne Alderii.

Voici un extrait d’une lettre d’une austarienne en 1688 :

“Ces Sauvages, ces envoyés de juda, ont débarqué en groupe. On était capables de sentir leur puanteur avant même qu’ils apparaissent dans notre champ de vision. Ils balançaient des lances aiguisées sur nos maisons ; ils ne savaient faire que ça donc ils étaient habiles. Un enfant de notre village est apparu. Ils l’ont visé, sans la moindre pitié. Le pauvre s’est tout de suite étalé dans une mare de sang. La mère du petit s’est écroulée, a hurlé jusqu’aux cieux. C’est à ce moment que les forces du Royaume sont arrivées. On reconnaît les envoyés à Dieu à la rapidité à laquelle ils font fuire le Diable. Il s’agissait bien d’envoyés de Dieu. Puis le soir même, ils ont réduit le danger à néant. Tout notre village a voulu participer. Il fallait venger la mort de cet enfant. Il y a eu un grand feu, gigantesque, au milieu de la forêt. Le Mal était anéanti. On aperçut certains s’échapper. Il est à craindre qu’ils puissent encore se multiplier et infester la forêt. Mais pour le moment, nous sommes en sécurité. Le soir, nous nous sommes interrogés : comment avait-on pu laisser un si bel endroit, de si belles terres, dans de si laides mains ? Qui avaient-ils bien pu déjà massacré avant nous ?”
Pendant des années, il n’y eût nul besoin systématique de lances Alderii pour en détruire les villages. Ces types de témoignages circulaient rapidement et permettaient de constuire un discours légitimant pleinement d’écarter le danger. Cela prend aussi la forme de tentatives de mise en esclaves mais qui globalement échouèrent. L’idée largement partagée était que ces populations n’avaient pas les bonnes capacités leur permettant de travailler comme de “vrais humains”. Leur taille trop petite et leur peau foncée étaient directement associées à une faiblesse naturelle.
Il serait faux d’associer les massacres des Alderii aux seules décisions du Royaume, appliquées par les forces de combat officielles. La grande majorité de la communauté blanche protestante contribue, encourage ou est complice de cette logique d’extermination sans scrupules.

Les famines associées à ce génocide n’aboutiront pas à la destruction complète et définitive des communautés Alderii. Les Historiens estiment tout de même que ce gigantesque charnier à ciel ouvert représente trois quarts des populations locales décimées, soit environ 600 000 individus.
L’anéantissement n’est pas complet, notamment parce qu’une partie des communautés sont relativement éloignées de terres occupées, sur des lieux encore quasi-inexplorés. Elles passent donc sous les radars car elles ne sont pas perçues et pas particulièrement recherchées.
Aussi, ces guerres représentent une débauche d’énergie au détriment de la production, objectif premier et initial, alors même qu’elles sont enclenchées par les colons et que les alderii ne représentent pas partout un danger réel ni même palpable.
Par ailleurs, malgré la conviction profonde, les conflits armés ont un impact psychologique important et entraînent des pertes chez les austariens protestants qui affectent des villages entiers.

Progressivement, la logique d’extermination laisse place à la théorisation de la coexistence, non pas dans une optique égalitariste, mais comme moindre mal. Le constat central pour les colons est le sentiment, conforme aux faits, qu’ils sont désormais largement plus nombreux.


10817
Dans : Hi-stories
Ce mensuel est reconnu pour sa qualité et son indépendance. A ce titre, il est régulièrement mis en cause par le pouvoir politique, qui l’accuse de biaiser les réalités historiques à des fins politiques.

Le Royaume face à son Histoire oubliée : les souffrances des Alderii
Partie II - Contrôler la démographie

25 mai 2020

Dans ce dossier en trois parties, Hi-stories revient sur la réalité historique des rapports entre colons et peuple Alderii, aux fondations de Brocelynwood depuis le XVIIème siècle. La première partie publiée fin 2018 revenait sur le XVIIème siècle et a fait l’objet d’une procédure judiciaire de la part du Royaume, remportée par notre magazine. Cette deuxième partie développe les méthodes employées au XVIIIème siècle.

Village alderii


Une réorganisation des communautés et des rapports colons / autochtones

Au tournant du XVIIIème siècle, le peuple alderii est décimé, mais toujours bien présent. Les austariens qui investissent peu à peu le territoire du future Royaume de Brocelynwood ne considèrent cependant plus les autochtones comme représentant une menace quelconque. Chez les descendants de colons, désormais de plusieurs générations, l’existence des alderii est connue mais avec le sentiment que la menace qu’ils représentaient a été vaincue et appartient désormais au passé. Les alderii ne sont plus que 200 à 250 000 selon les estimations, et le territoire est vaste, d’autant que les colonies de peuplement s’établissent de plus en plus vers l’ouest, avec les prémisses de ce que seront Wynterhall et Lornbridge.
Par ailleurs, la population autochtone tend à se regrouper davantage et agrandir la taille de ses villages, qui passent de quelques petites centaines d’habitants à généralement plus d’un millier. La persécution et le génocide du siècle précédent ont conduit les populations de certains villages à fuir vers des villages voisins, ce qui a progressivement agrandi la taille des lieux de vie sédentaires. Outre la contrainte physique conduisant à la fuite, cet agrandissement des communautés a aussi rempli le rôle de représenter une force plus importante devant les attaques des colons. Il était très facile et rapide pour les colons de mener des attaques expresses surprises contre des villages de quelques dizaines d’habitants. Si le rapport de force est toujours à l’avantage des austariens, il devient plus coûteux de se confronter à un village d’une taille bien supérieure et ayant acquis une expérience et des techniques de défense. En conséquence, les austariens bâtirent leurs propres villages et exploitèrent les ressources sur des lieux établis à distance des communautés alderii. Cela n’était évidemment pas une marque de respect ou de souhait spécifique de cohabitation, mais une volonté d’éviter la confrontation.

Mais le siècle passé a bouleversé la communauté alderii. Il ne s’agissait pas seulement de villages qui s’agrandissent. Pour un peuple ayant établi ses rites, son organisation, une transmission, des croyances, depuis des siècles, c’est tout un système social qui se trouvait bouleversé par la présence puis le génocide austarien et la famine. Les rapports familiaux, amoureux et sexuels ont été profondément modifiés, d’après les reconstitutions effectuées par les ethnologues. Selon certaines analyses, dès que les filles sont en âge de procréer, les rapports sexuels seraient favorisés avec les hommes considérés comme les plus fertiles. La croyance religieuse rattachée serait de permettre la concrétisation de corps physiques en capacité d’accueillir les âmes de toutes les personnes éliminées lors des décennies passées.
Si ces interprétations ne sont pas exclues par des vrais chercheurs et spécialistes aujourd’hui, il faut cependant les manier avec prudence. En effet, elles ont été construites après l’analyse approfondie de centaines de carnet de notes appartenant à des émissaires du Gouverneur. Celui-ci est le plus haut représentant opérationnel du futur territoire du Royaume de Brocelynwood, agissant directement pour le comte Earl de Brocelyn. A compter de 1739, cette famille Noble est la nouvelle propriétaire du territoire, après la cession effectuée par le Duché de Weistmester, qui s’était progressivement désintéressé de ces terres est-aleuciennes.
Si les austariens protestants plaçaient leurs priorités sur d’autres enjeux, les responsables politiques continuaient de suivre de très près le devenir des communautés alderii. Leur but était bien de faire part des observations les plus objectives et précises possibles. Mais dans le contexte de l’époque, il demeure difficile de parler de démarche scientifique. Il est évident que le regard posé sur la vie des alderii souffrait nécessairement d’un grand nombre de biais, probablement d’ailleurs non conscientisés. Dans tous les cas, ce qui a eu des conséquences, ce ne sont pas nécessairement les faits, mais bien la conviction acquise par les responsables austariens.


La rationalisation de l'obsession démographique

La centaine d’observateurs était directement sous la responsabilité du “Commissaire aux peuples sauvages”, forme de Ministre dédié aux populations autochtones rattaché au Gouverneur du futur Brocelynwood. Le Commissaire Richard Pembroke rassemble l’ensemble des données et notes des observateurs puis il les analyse. Surveiller la menace potentielle représentée par les autochtones était bien de sa principale mission, puisqu’il n’avait évidemment pas de prise de pouvoir directe sur les peuples Alderii. En compilant à la fois les pratiques sociales, le nombre de grossesses et naissances, les données de mortalité, l’évolution de la population dans les villages, Pembroke théorise le “croisement des courbes”. Si la population autochtone a bien été divisée par près de quatre au siècle dernier et qu’elle est devenue numériquement inférieure à la population austarienne présente sur ces terres, les alderii ne sont pas en voie de disparaitre, bien au contraire. La reprise démographique serait extrêmement rapide, davantage que celle des protestants. C’est en tout cas la nouvelle conviction des autorités austariennes, forgée par les démonstrations de Pembroke. Alors que les colons comptaient sur une présence de plus en plus “résiduelle” des peuples autochtones, Pembroke instille l’idée qu’au cours du XIXème siècle, ce “croisement des courbes” interviendrait, avec un nombre d’alderii identique à celui des protestants, avant qu’ils ne deviennent plus nombreux.

Ces analyses ne sont ni cachées, ni versées spécifiquement au débat public. Mais entre Gouverneur et Commissaires, on tire la sonnette d’alarme et on réfléchit à un plan pour “casser la courbe” de la démographie alderii. Le constat étant posé, encourager un génocide systématisé impliquant toute la société austarienne, comme au siècle précédent, n’est plus à l’ordre du jour. La population blanche elle-même et ses aspirations ont évolué. Il ne s’agit plus de primo-arrivants cherchant expressément à gagner du terrain pour occuper les terres, mais de descendants de plusieurs générations qui sont désormais bien établis et aspirent à développer leurs vies. Dans une logique de protection de la population blanche, l’approche à adopter est établie au début de la deuxième moitié du XVIIIème siècle entre autorités administratives, politiques et pseudo-médicales. Elle se veut rationnelle - "scientifique" dirait-on aujourd'hui - et donc davantage “morale” puisqu’il n’est pas plus question d’éliminer des populations de manière indiscriminée. En réalité, la méthode évolue significativement mais il serait hasardeux de la qualifier comme bien moins violente. Si l’on tente une comparaison avec les politiques publiques du XXième siècle, cela est du même ordre que des autorités sanitaires qui aujourd’hui suivraient l’émergence et la diffusion de virus entre experts, sauf qu’il s’agissait bien ici d’êtres humains. Sans être caché, ce n’est pas un sujet du quotidien pour la population blanche locale. Il n’y a pas de connaissance et donc de controverse politique sur ces méthodes. Les alderii sont l’objet central de quelques responsables et scientifiques et invisibilisés pour les autres. Cette invisibilisation sera d’ailleurs une réalité récurrente au cours des décennies et siècles suivants.

Pour les Historiens, l’approche plus administrative et rationalisée a l’avantage de laisser énormément de traces écrites extrêmement précises, permettant de savoir ce qu’il s’est concrètement passé du milieu des années 1750 jusqu’au tournant de l’indépendance en 1800.
Sans massacre ostensible, l’objectif est de “casser la courbe démographique”, en agissant village par village. Le Commissaire Pembroke a déduit “mathématiquement” qu’il faudrait empêcher une femme sur trois arrivant à la puberté de développer une vie entière de procréation, ce chiffre étant considéré comme le minimum nécessaire. Les austariens étant convaincus que les autochtones auraient déjà une stratégie de suroptimisation de leur devenir démographique, ils considèrent que les alderii ne pourront pas compenser cette action étant donné que les autres femmes ont déjà un nombre de grossesses indépassables.
C’est ce type de réflexions qui mèneront à des politiques de stérilisation forcée au XIXème siècle, mais ces méthodes médicales n’existent techniquement pas encore près de deux siècles plus tôt. Par ailleurs, la Famille de Brocelyn n’a pas non plus de pouvoir administratif direct sur la population autochtone, ce qui ne permet pas de mise en œuvre légale d’une politique de réorganisation sociale et de régulation familiale autour de nouvelles institutions comme la monogamie et le mariage.


Plus de quarante ans d'enlèvements cruels

Pendant des cycles de trois ans, les villages alderii d’une même région sont scrutés : leur organisation, leur taille, leur mode de vie. Le fait de cibler dans une même période les villages d’un même secteur géographique évite que ce qu’ils subissent soit communiqué à des villages voisins autochtones, situés à quelques kilomètres, ce qui compromettrait la réussite des “opérations”. Pour les observateurs, une attention particulière est portée aux rites célébrant la force procréatrice des filles car ils permettent d’identifier les principales futures cibles. Pendant une période de quelques semaines à quelques mois, les interventions se déroulent dans l’ensemble des villages visant à enlever une partie des filles et jeunes femmes devenues récemment en capacité de procréer.

Une partie des forces austariennes intervenantes font mine de se positionner pour préparer une attaque armée de grande ampleur au cours de la nuit. Ils sont peu nombreux mais ils servent d’appât sur une entrée du village, attirant les combattants alderii, constitués d’hommes et de femmes plus âgée, avant de s’enfuir.. Pendant ce temps, de manière plus discrète, d’autres hommes procèdent méthdodiquement aux enlèvements. Les observations préalables permettent d’organiser avec la plus grande précision chaque positionnement, déplacement, de connaitre les habitations et les lieux de sommeil collectifs à cibler. Malgré la discrétion, ils sont armés afin, évidemment, de contrer la résistance d’une partie des villageois qui ne sont pas au front. L’ensemble de l’opération doit être menée dans un court laps de temps, de façon éclair.

Emmenées à plusieurs dizaines de kilomètres, les filles sont ensuite regroupées dans des campements, au sein desquels leur force de travail est utilisée, bien qu’il ne s’agissait pas de l’objectif premier. Les conditions de vie sont extrêmement difficiles sur le plan physique, sans compter le traumatisme de leur condition, arrachée à leurs familles et à leur communauté au-delà duquel tout monde leur ont toujours semblé inconcevable. Leur espérance de vie est généralement très courte, puisqu'elles décèdent généralement autour de l'âge de 25 ans, mais les autorités austariennes se refusent, au moins officiellement, à toute mise à mort directe. Paradoxalement, ce serait désormais considéré comme une “pratique de sauvage”.

Au total, il est estimé qu’au cours de la deuxième moitié du XVIIIème siècle, autour de 70 000 filles alderii ont été arrachées par ces méthodes à leur village, et que la population alderii serait restée stable. Les historiens contestent cependant que cela ne soit dû qu’à l’orchestration de ces opérations, puisque l’équilbre de l’habitat et de l’accès à l’alimentation a été profondément déséquilibré par deux siècles de colonisation, au-delà du nombre important de grossesses par femmes, lorsqu’elles survivaient. Au cours du même siècle, la population austarienne augmente de manière exponentielle.




Haut de page