25/11/2018
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[Encyclopédie] Présentation & Histoire de Brocelynwood jusqu'en 2018

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Royaume de Brocelynwood



I. Généralités



Nom officiel : Royaume de Brocelynwood
Nom courant : Brocelynwood
Gentilé : Brocéliens / Brocéliennes

Inspirations culturelles : Britannique / Amérique du Nord

Situation géographique :

Langue(s) officielle(s) : Anglais austarien
Autre(s) langue(s) reconnue(s) : Aucune

Drapeau :
Drapeau

Devise officielle : Par la voix du Roi, la voie du peuple

Hymne nationale

Monnaie nationale : Le Woody Crown

Emblème de l'armée :
Armée Brocelynwood

Capitale : Wynterhall (1,23 million d'habitants)

Population : 11 050 000 habitants

Géographie :
Brocelynwood est un pays caractérisé par de vastes étendues de forêts et des centaines de kilomètres de côtes. L'économie est principalement tournée vers le bois et la mer.
Grandes villes et répartition urbain ruralhttps://i.ibb.co/QjYCbp5R/Screenshot-20251209-213514-Firefox.jpg
11 villes de + de 100 000 habitants :
Capitale - Wynterhall : 1,228 million d'habitants
Tintellin Cove : 821 000 habitants
Lornbridge : 512 000 habitants
Highbrook : 306 000 habitants
Dunsfeld : 267 000 habitants
Brumeforest : 222 000 habitants
Hollowford : 143 000 habitants
Alderash : 134 000 habitants
Oakspire : 128 000 habitants
Lakebury : 109 000 habitants
Percyval : 101 000 habitants


  • 3,97 millions d'habitants dans les 11 villes grandes et moyennes (de plus de 100 000 habitants) soit 36 % de la population.
  • 2,59 millions d'habitants dans 74 villes de 10 000 à 100 000 habitants soit 23 % de la population
  • 4,59 millions d'habitants en milieu rural, dans les 3 788 communes de moins de 10 000 habitants, soit 41 % de la population

II. Histoire



Jusqu’au XVIème siècle : les Alderii, peuples premiers
Les terres du futur Brocelynwood ne forment pas encore une nation. Elles sont occupées par des communautés autochtones, aujourd’hui appelées les Alderii. Les communautés Alderii ont peu de relations les unes avec les autres, ne forment pas d’unité linguistique ou culturelle. Certains brassages de populations au fil des siècles ont cependant conduit à des caractéristiques communes. Elles sont constituées en tribus de 100 à 300 personnes au cœur de la forêt. Le rapport à la forêt des Alderii est profondément sacré ; ces communautés ne conçoivent généralement pas le monde au-delà des bois, les arbres forment un Tout qui les enveloppe. La forêt n’est pas une multiplication de végétations mais un véritable être vivant dont la faune et la flore en sont le sang. Les communautés Alderii visent donc l’harmonie avec la nature ; elles cueillent et chassent pour se nourrir, mais elles ont généralement des animaux totem. Il est estimé que ces peuples premiers représentaient alors 600 000 personnes.

Début du XVIIème siècle : la colonisation austarienne
Au cœur du Royaume d’Austaria (Eurysie), nobles, marchands et explorateurs fondent la Compagnie de l’Aleucie Austarienne (CAA) en 1601 afin de multiplier les colonies sur cette partie du globe. Après une première implantation coloniale en Paltoterra en 1604 (Kàtal), la CAA cible à partir de 1610 les terres du futur Etat de Brocelynwood pour leurs richesses en forêts, dans l’objectif d’exploiter les ressources en bois. Cette matière première, alors indispensable au chauffage et à l’industrie, peut tout autant être importée en métropole que servir au développement colonial du continent. Par ailleurs, les peuples Alderii sont suffisamment dispersés, divisés et peu équipés pour présenter une quelconque menace. Nécessitant avant tout un nombre important de main-d'œuvre, la CAA mobilise la minorité protestante, principalement issue du Duché de Lasley. Rapidement, elle entame une exploitation intense, sans que cela conduise à un affrontement direct et majeur avec les peuples premiers. Ce territoire et ses ressources sont revendues au Duché de Weistmester en 1622, qui en assure dès lors l’administration directe.
Au fil des années, les protestants construisent leurs vies, leurs familles sur les terres aleuciennes, et ne se vivent plus uniquement comme la main-d'œuvre - par ailleurs surexploitée - d’un royaume lointain dominé par le catholicisme.
L'accès aux ressources primaires est accaparé par le peuple colonisateur. Dans les années 1680, les autochtones sont confrontés à une famine majeure, ce qui entraîne des rébellions. Le Duché constitue des forces de combat chargées de violemment réprimer ces révoltes. La minorité protestante y contribue en masse, moins par fidélité au Duché que par conviction propre, basée sur une profonde haine envers le Peuple premier. Au total, 200 000 autochtones périssent à cette période de la faim ou par les armes.

XVIIIème siècle : du comté de la Famille de Brocelyn au Royaume de Brocelynwood
Au début du XVIIIème siècle, la croissance de la production ralentit. Par ailleurs, les communautés autochtones ont des espaces plus limités, les colons ne leur permettant plus de développer le nombre de communautés, qui s'agrandissent en véritables grands villages. Ces évolutions structurelles des conditions de vie, additionnées au contact avec les colons, amène à des évolutions de la culture et de l'organisation sociale des Alderii. Ce processus complexe encore analysé par les anthropologues conduit à une croissance démographique plus rapide que celle des austariens protestants présents sur les terres. Pour ces raisons, le Duché de Weistmester commence à se désintéresser davantage de la colonie qu'il ne perçoit plus comme l'un des principaux cœur battant de la colonisation du continent. En 1739, les Weistmester relèguent l'administration du territoire à une famille noble vassale : les Brocelyn, maison cadette de la maison Andgor, membre de la dynastie Landor.
Plutôt que le massacre de masse, le comte Earl de Brocelyn adopte une nouvelle stratégie visant à assurer en quelques décennies une large supériorité numérique des descendants de colons : un programme de stérilisation forcée des femmes Alderii. L'approche est méthodique, scientifique et pragmatique : plutôt qu'une stérilisation systématique, on s'évertue à ce que cela concerne un nombre suffisants de femmes de la génération afin d'obtenir les conséquences statistiquement escomptées. Cela permet aussi d'éviter les situations conduisant potentiellement a de grands affrontements armés, alors que les Alderii sont mieux équipés, regroupés, déterminés et organisés qu'un siècle auparavant.
Tout au long du XVIIIème siècle, la Famille de Brocelyn cherche à gagner en légitimité auprès de la population protestante de son Comté. Bien qu'étant soi même catholique, elle implémente une politique beaucoup moins hostile au protestantisme, comparé au
Royaume d’Austaria. Elle permet aussi aux protestants d'occuper certaines positions de pouvoir et d'intendance, évitant que l'ensemble des occupants des terres soit une main d'œuvre surexploitée.

Dès la fin du siècle, les Brocelyn commencent à souhaiter un gain en autonomie vis-à-vis du Royaume. Pour cela, ils vont exacerber le sentiment religieux protestant afin de s'afficher in fine comme rempart contre le Royaume. Lors de l'arrivée controversée de Charles II sur le trône, le comte Earl de Brocelyn entre en opposition interne au Royaume. Avec l’éclatement de la guerre civile en 1799, il perçoit immédiatement l'opportunité historique. L'armée Royale est mobilisée en Austaria continentale contre les troupes d'Edward XV et les Protestants d'Aleucie sont un fervent soutien des Brocelyn.
Un tel rapport de force conduit à la déclaration d'indépendance en 1800 : le Royaume de Brocelynwood est né.
Le comte est couronné Roi Johnlyn Ier et se convertit au protestantisme, religion officielle du nouveau Royaume. Les Alderii sont officiellement des sujets de seconde zone.

XIXème siècle : le développement du nouveau Royaume
En 1803 en Austaria continentale, Charles II est défait par Edward XV, dont était initialement plus proche Johnlyn Ier. Pour autant, la famille Royale de Brocelynwood est en capacité de conserver l’indépendance de son jeune Royaume, ne souhaitant en aucun cas être de nouveau sous le joug austarian. La Famille de Brocelyn a été prévoyante, en soutenant financièrement Edward XV en échange de la garantie de garder son indépendance en cas d’accession de ce dernier au trône. Une trahison demeure toujours possible. Mais après plusieurs années de guerre, dans un contexte toujours conflictuel, et alors qu’il est encore plus affaibli par la perte du territoire de New Austaria (désormais contrôlé par le leader des partisans de Charles II), Edward XV n’a en effet pas les moyens de sonner la mobilisation pour reprendre le contrôle de tout ou partie des territoires de Brocelynwood.
Malgré et du fait de l”Histoire en commun, des précédentes alliances et des ressentiments historiques, le Royaume de Brocelynwood n’entretient aucune relation diplomatique avec les Royaumes d’Austaria et de New Austaria. L’équilibre des pouvoirs empêche dans le même temps toute opposition frontale. Cette situation a perduré pendant plus de 50 ans en ce qui concerne Westalia et plus de 150 ans pour l'Austaria, mais durant lesquels Brocelynwood a accueilli plusieurs vagues d'émigration de protestants depuis le Royaume d'Austaria.
Dans les années 1820, Jonhlyn Ier priorise le développement économique ; c’est ainsi que le pays s'industrialise et augmente fortement la productivité pour l'exploitation de ses ressources naturelles. La Compagnie Maritime Royale, la Compagnie Royale du Bois et la Compagnie Ferroviaire Royale sont créées. Elles deviennent le symbole du caractère relativement dirigé par l'Etat de l'économie brocélienne, en raison de secteurs hautement stratégiques. Par ailleurs, ́la Ville côtière de Tintellin Cove se développe, avec la construction d'un immense port industriel qui est toujours, deux siècles plus tard, un des cœurs principaux de l'économie brocélienne.
En 1863, le Royaume de Brocelynwood devient officiellement une Monarchie constitutionnelle. Une Assemblée Unique est créée, donnant un pouvoir législatif en partie indépendant du Roi. Le droit de vote est censitaire.
La Constitution est le résultat d'un compromis, la concentration de tous les pouvoirs par le Roi étant devenue indéfendable.
Lors de son arrivée sur le trône en 1864, Johnlyn III renoue rapidement avec Westalia, étant à la recherche d'un nouvel élan après le règne mouvementé d'Erik et donc de bonnes relations sur le continent. Les liens ont été facilités par l'arrivée de protestants parmis les membres dirigeants de Westalia. Les Histoires des deux pays restèrent liées, avec des influences politiques mutuelles, comme par exemple le traitement à l'égard des peuples natifs. Des mouvements d'émigration faibles mais réguliers se sont aussi déroulés dans les deux sens entre Westalia et Brocelynwood depuis cette période jusqu'à nos jours.

1800-1829 : Johnlyn Ier
1829-1856 : Johnlyn II
1856-1864 : Erik
1864-1916 : Johnlyn III


XXéme siècle : la relative démocratisation du Royaume
Le siècle est marqué par quelques évolutions pouvant sembler progressistes, mais très limitées et très ponctuelles.
En 1921, sous l'influence d'évolutions venues de Westalia, la Constitution est réformée pour la première fois avec un élargissement de l'Assemblée Unique dont le nombre de sièges élus passe de 15 à 28, avec désormais un droit de vote accordé à tous les hommes. Par ailleurs, l'esclavage des Alderii est aboli.
Le règne de William II est marqué par deux évolutions majeures sur le plan intérieur.
En 1961, des révoltes ouvrières éclatent et amènent à l'obtention d'une limitation du temps de travail hebdomadaire, fixé à 48 heures. Il s'agit encore aujourd'hui du quasi seul droit social présent dans la législation brocélienne.
C'est en 1983 qu’aboutit la deuxième réforme constitutionnelle. L'Assemblée Unique est élargie : le nombre de sièges élus passe de 28 à 56, dont 1 siège représentant le peuple Alderii. Les autochtones deviennent citoyens à part entière, protégés par les Droits Humains. Dans les faits, leur condition évolue peu. La liberté de la presse est reconnue et le pouvoir judiciaire devient officiellement indépendant, même si ces nouvelles dispositions sont très encadrées. Le Roi ne peut cependant pas être inculpé.
Au niveau des affaires étrangères, nous observons à partir des années 1960 un premier dégel des relations avec le Royaume d'Austaria qui est sous George VIII.
Malgré la reprise en main réactionnaire du Royaume conservateur par Johnly IV, actuel souverain, la société a évolué et le droit de vote des femmes devient une évidence, inscrit dans la Constitution à compter de 1997.

1916-1955 : William Ier
1955-1985 : William II
1985-Aujourd-hui : Johnlyn IV



III. Les Brocéliens au début du XXIème siècle



Mentalité de la population & place de la religion

Globalement, la population est très attachée à la religion, à la famille et à ses terres. Elle a une approche individualiste de la liberté, et défend ardemment la liberté d'entreprendre (que ce soit vis à vis de l'Etat, des très grands propriétaires et des idées socialistes). Les idées conservatrices sont hégémoniques.
La Royauté est encore très respectée, pour son rôle historique dans l’indépendance et la protection des protestants, mais elle est de moins en moins perçue comme une fin en soi.
La minorité autochtone a des intérêts et une culture qui diverge, mais elle est ultra-minoritaire : de fait elle est discriminée, mais elle est surtout complètement invisibilisée.

La religion protestante occupe une place centrale dans la société Brocélienne.
Il n'y a pas de séparation de l'Eglise et de l'Etat, avec un Secrétariat Royal au Culte, à la fois hiérarchie de l'Eglise Protestante et visant à garantir la place de la religion dans la société. Le Roi lui-même agit “au nom de Dieu".
La religion fait partie de l'éducation des enfants de manière obligatoire.
Le respect des règles religieuses et l'implication dans les diverses cérémonies font l'objet d'une forte pression sociale au sein de la population.
Par conséquent, les politiques menées sont très conservatrices, centrées sur la famille avec tout refus de libéralisation (au niveau des droits des femmes et des minorités). Les femmes ont cependant obtenu le droit de vote en 1997 (mais ne peuvent toujours ni être élues, ni être nommées à des fonctions de représentation).


Fiche : Economie de Brocelynwood


Rapport aux minorités

La moitié de la population autochtone est parquée dans d'immenses bidonvilles situés dans la ville cotière de Tintellin Cove (800 000 habitants). Hommes, femmes, et généralement les enfants dès 12 ans servent de main d'oeuvre bon marché aux activités de pèche, directement exploitées par la Compagnie Maritime Royale, qui est administrée directement par le Royaume.
Le peuple autochtone ne représente aujourd'hui plus que 150 000 personnes, soit 1,35 % de la population de Brocelynwood.


Rapport à la démocratie

La démocratie est assez peu développée ; la place et le rôle du Roi demeurent centraux. Les observateurs indépendants parlent davantage de "Monarchie consultative".
La Monarchie est de plus en plus remise en cause. La religion protestante, outil de l'Etat pour légitimer le pouvoir royal et le destin du pays, se retourne contre la Monarchie elle-même. La population, mue par des idéaux d'accomplissement individuels, supporte mal de servir directement la famille Royale par des taxes et comme main d'oeuvre de grandes compagnies d'Etat (qui emploient 40 % de la population active).


IV. Institutions politiques



Fiche : Constitution & Institutions politiques


V. Politique internationale



En 2018, l'impérialisme et l'expansion territoriale ne sont aucunement une réalité crédibles pour Brocelynwood.
La priorité du Roi est intérieure : faire perdurer la Royauté en maximisant la prospérité et en combattant par tous les moyens envisageables les idéaux républicains ou d'approfondissement de la démocratie par des réformes institutionnelles majeures.
Les échanges avec les autres pays visent principalement le développement économique, et la coopération militaire à visée défensive. Cela nécessite le développement de partenariats avec les pays de la région ou limitrophes visant les mêmes objectifs.
Cependant, le Royaume a conscience que la défense des idéaux monarchiques est aussi une guerre idéologique qui se déroule au niveau mondial ; pour cela, il suit de près les affaires internationales. Les nécessités pourraient l'amener à évoluer vers davantage d'interventionnisme.
Par ailleurs, Brocelynwood est l’Etat au monde dont la religion protestante est la plus hégémonique et centrale ; le Royaume a ainsi l’habitude de se positionner en protecteur des minorités protestantes du monde entier. Cela n’a pas mené à des interventions militaires mais il en fait un instrument de “soft power” redoutable à l’international.
Dans : Hi-stories
Ce mensuel est reconnu pour sa qualité et son indépendance. A ce titre, il est régulièrement mis en cause par le pouvoir politique, qui l’accuse de biaiser les réalités historiques à des fins politiques.

Le règne contrasté du modéré William II
30 mai 2018

Un règne de trois décennies, qui resteront longtemps comme une parenthèse dans l’Histoire de Brocelynwood.

Jusqu’à William Ier, chaque souverain avait toujours défendu la ligne politique la plus dure et la plus autoritaire, tant au niveau des libertés, des droits civiques et sociaux ou vis-à-vis de la minorité autochtone. Une forme de léger progressisme avait pu se dégager de quelques périodes historiques, mais ces décisions étaient davantage la ratification de pratiques presque disparues (comme l’abolition de l’esclavage en 1921) ou la résultante d’avancées arrachées par la mobilisation sociale (comme la Constitution de 1863). Jamais ces dispositions n’avaient été défendues par le souverain lui-même.


Très vite, une tonalité progressiste

Au décès de William Ier, alors âgé de 58 ans en 1955, son jeune fils William II est couronné. Peu de monde est alors capable de dire de quoi sera fait son règne. Et pour cause : il a seulement 17 ans. Cela explique aisément pourquoi sa doctrine politique n’est encore pas définie voire connue de lui-même. Comme cela se passe systématiquement dans ce cas de figure, toute une série de batailles et conflits interpersonnels se mettent en place dans l’entourage du nouveau Roi. Conseillers et membres de la famille se disputent pour obtenir les postes les plus influents autour de William II. Là encore, ce n’est pas une surprise, plutôt l’usage, surtout auprès d’un si jeune héritier : chacun cherche à favoriser non seulement sa carrière mais aussi sa ligne et stratégies politiques.

Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que sa mère la Reine Cathryn, aurait alors joué un rôle prépondérant, chose rare dans un pays où les femmes n’ont encore à ce jour jamais eu la possibilité d’occuper une fonction politique officielle. Reine Cathryn avait très mal vécu le mariage avec le précédent souverain, très dominateur et violent avec elle-mème et son fils, futur héritier du trône. Son décès marqua pour Cathryn le point de départ d’une libération immense. Auréolée de sa légitimité de Reine, elle fut en capacité d’écarter tous les puissants hommes du Palais et se positionner en principale conseillère de son propre fils.
Preuves que la psychologie et l’histoire personnelle ont toute leur place dans la grande Histoire, la Reine Cathryn tira de son expérience de vie la volonté de rejeter l’autoritarisme et l’arbitraire. William II était réceptif à cette transmission de sa propre mère, avec qui il était fusionnel ayant enduré peu ou prou pareilles souffrances.

C’est ainsi que les premiers discours de William II furent marqués par une ouverture inhabituelle, bien qu’il tenta intelligemment de les inscrire dans la continuité de l’Histoire de Brocelynwood : “Notre démocratie mérite d’être approfondie. Notre devise le dit : ‘par la voix du Roi, la voie du peuple’, car le Roi est le garant du destin du peuple lui-même. Pour cela, le peuple doit pouvoir s’exprimer, le Roi doit être à l’écoute et c’est la raison pour laquelle nous nous sommes déjà dotés d’une Constitution en 1863. Notre État peut encore l’améliorer. [...] En abolissant l’esclavage, nous avons reconnu le principe selon lequel nous partageons des terres et ainsi une part de destinée commune avec le peuple autochtone, qui fait cependant encore aujourd’hui l’objet trop systématique de mauvais traitements. [...] Je demande aux petits propriétaires comme aux chefs des équipes de nos compagnies royales, de bien traiter les ouvriers, car il n’y a pas de bonne économie avec un peuple chaque jour malheureux. Ca n’a jamais été et ça ne deviendra jamais notre état d’esprit.


Les contestations de l’hiver 60-61 comme tournant

Ces mots prudents mais inédits se prirent rapidement le mur du réel : peu pris au sérieux dans son entourage et incapable d’agir structurellement au-délà des lettres d’intention, William II généra en quelques années une frustration immense.
Celle-ci explique en partie les révoltes ouvrières qui éclatèrent dans l’industrie du bois à l’hiver 1960 - 1961, bien que les causes étaient plurielles et plus profondes. D’immenses quantités de bois furent brûlées chaque jour pendant huit semaines ; les contestataires visaient volontairement les matières prévues pour l’export à l’international, façon d’atteindre l’économie sans perturber directement les populations locales. Le Souverain fut alors mis face à ses propres contradictions et accepta en quelques jours de céder à une partie des revendications : la semaine hebdomadaire fut limitée à 48 heures (alors qu’elle allait régulièrement au-delà de 55 heures), l’interdiction des mauvais traitements fut inscrit dans la loi et devint un droit opposable aux ouvriers en cas de pratiques contraires. Ce dernier point était encore relativement théorique, avec une Justice directement rattachée au pouvoir royal.

Il est à noter que le droit social, toujours quasi-inexistant à ce jour, ne relevait ni du domaine réservé ni du domaine partagé du Roi (définis par la réforme constitutionnelle de 1921). La loi des 48 heures devait donc être votée par l’Assemblée Unique, au sein de laquelle le camp royaliste était hégémonique. Du fait de la protestation constante dans les forêts du pays, et la pression directe du Roi sur les membres de l’Assemblée Unique qui mettait en jeu sa parole et son honneur, la disposition fut finalement adoptée par le législateur d’une très courte majorité relative (12 votes pour, 10 votes contre, 6 abstentions).

Malgré la crise ouvrière à l’intérieur, William II fait le choix de continuer à ne pas s’engager aux côtés de Westalia et la Lermandie dans la guerre contre la Viétie communiste sur son continent, ce qui lui sera aussi très reproché par les plus conservateurs.

L’arrêt provisoire des exportations de bois causé par le mouvement social provoque une chute de la confiance des partenaires commerciaux envers le Royaume de Brocelynwood. Cela empêche une reprise rapide du commerce, impactant de manière non négligeable l’économie brocélienne. Par conséquent, c’est dans la première moitié des années 1960 que William II engage avec l’Austaria la signature d’accords commerciaux, après 150 ans de rupture des relations. Ce choix est légitimé par l’assouplissement de la politique Austarienne envers sa communauté protestante, à la suite de l’arrivée sur le trône du modéré George VIII, lui aussi en 1955. La production de bois retrouve des débouchés et les Accords de 1962 marquent le début d’une nouvelle période de détente des relations entre le Royaume et ses racines austariennes.


Un Roi qui affaiblit la Monarchie ?

Après ces épisodes, William II traversa une longue traversée du désert. Pendant 20 ans, ses apparitions publiques se limitèrent au strict nécessaire protocolaire. Cette période contribua malgré lui à la normalisation des idées républicaines dans le pays, tant la figure de Roi parut plus lointaine et cessa d’être déifiée. Pour la première fois dans l’Histoire de Brocelynwood, le Roi se vivait davantage en administrateur du quotidien plutôt qu’en figure pluriséculaire ayant pour ambition de maintenir l’ordre établi et la légitimité de la famille royale. Cette absence de volonté à s’inscrire dans le temps long, dans une vision plus large, à préparer la légitimité de ses héritiers, à défendre ses terres comme Royaume et uniquement comme Royaume contribuèrent certes à l’essor des discours républicains, mais conduisirent également à la radicalisation des royalistes. Résulta donc un renforcement de la polarisation de la société et du débat politique brocélien, dont on voit encore les effets aujourd’hui.

William II a parfois l’image d’un réformateur. Il est vrai qu’il a été porteur de quelques discours jamais vus chez un souverain jusque-là, Cependant, sa mise en action en ce sens est plus que nuancée pendant la majeure partie de son règne. Des événements personnels vont finalement bousculer sa fin de règne, tandis que les demandes de la société continuent d’évoluer.
En 1978, à 39 ans, une tumeur est découverte à son poumon gauche. Bénéficiant de soins et traitements rapides, il se rétablit après plusieurs mois, mais son état de santé général en ressort affaibli et on lui promet un fort risque de récidive. Le peuple brocélien ne saura rien de cet épisode et de la situation de santé du Roi, avant les informations révélées dans la presse en 2002. En janvier 1980, sa mère la Reine Cathryn décède à 70 ans.

William II est effondré, en même temps qu’il est à l’extérieur contesté de toutes parts, tant il apparaît comme un Chef d’Etat reclus, isolé, peu utile.


Une quête de fin de règne : marquer l’Histoire

Afin de retrouver un honneur, une légitimité, et en mémoire des idées de sa défunte mère, William II est convaincu que son règne doit laisser une trace et qu’il doit être à l’origine d’une réforme importante. Paradoxalement peut-être, il est convaincu que la famille royale retrouvera sa pleine légitimité en agissant et ce, par l’ouverture. Selon lui, ses sujets ont soif de liberté, de davantage de Justice, et l’appel à la République n’est qu’un outil pour cela - hormis pour quelques radicaux très minoritaires - or ces attentes et valeurs peuvent être remplies par la Monarchie elle-même.

C’est alors qu’il engage en 1981 le chantier de la principale réforme constitutionnelle d’ampleur depuis sa création. Pendant deux ans, des réunions au sommet sont organisées en présence du Roi et des Secrétaires Royaux afin de convenir d’un nouveau texte. Celui-ci entre en vigueur en 1983, pour les 120 ans de la Constitution, par Ordonnance Royale comme ce fut l’usage en 1863 et 1921.

Des fondements de l’actuel système politique ont été actés, non sans quelques tentatives de mises en échec parmi les proches du pouvoir royal.
Bien que l’on peut souligner quelques limites, la Justice devient pour la première fois indépendante, une partie de la hiérarchie n’étant plus directement rattachée au Roi et au pouvoir exécutif, ni nommée par ces derniers. La principe de la liberté de la presse est également affirmé pour la première fois, malgré une liste non négligeable d’exceptions. L’Assemblée Unique est renforcée dans son rôle de véritable pouvoir législatif - et moins comme ‘grand conseil consultatif” - en étant élargie de 28 à 56 sièges élus, et avec davantage de domaines de compétences. En effet, plusieurs thématiques relevant du domaine réservé du Roi basculent alors dans le champ du domaine partagé : les taxes, les mœurs, l’ordre public, la politique pénale, l’éducation. Le caractère symbolique de cette évolution est également fort ; il existe désormais des champs d’action pour lesquels une autre entité a une légitimité égale à celle du Roi. Les derniers principaux changements concernent la situation des autochtones, dont l’égalité des droits avec les descendants de la colonisation est officiellement reconnue dans le contrat social. Le modèle n’est pas universaliste puisque les autochtones constituent bien une communauté spécifique, qui pour la première fois peut être représentée par un élu au sein de l’Assemblée Unique. Le premier représentant autochtone débuta son mandat suite aux élections législatives de 1988.

William II décède d’un cancer le 28 avril 1985, peu après avoir transmis l’héritage du trône à son neveu l’actuel souverain Jonhlyn IV, lequel manifesta rapidement sa volonté de “ redonner toute sa place au Roi du Royaume de Brocelynwood, au nom de Dieu ’. Des affirmations suffisamment fortes pour marquer la rupture avec son prédécesseur.

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