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Loukoums et pâtes de fruits œuvrant pour la paix [Jashuria-Aykhanide]

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Palais des Murmures - Ankévran - 05 Juin 2018

La Sublime Nation et la République des deux Océans ont toujours entretenus des relations cordiales, mais surtout stables. Pendant un certain temps, les deux nations ont pu jouir d’une scène diplomatique apaisante et propice aux relations et aux coopérations entre les nations du Nazum et celles qu’elles entretiennent avec le reste du monde. Ce temps fut précieux au regard des Aykhanides comme des Jashuriens, mais surtout était en cohésion avec leur politique extérieure sur le continent qu’ils partagent. Et bien qu’elles soient chacune sur une extrémité opposée du continent, leurs objectifs ont toujours été conformes les uns des autres. Jusque-là, la coopération entre les deux nations était dans une procédure lente mais confiante, comme en témoignent les domaines de ces coopérations qui n’ont eu que pour but l’enrichissement culturel. Or, les circonstances ont changé, la diplomatie stable du Nazum perturbée, et en cela les échanges entre les deux nations accélérées. Dans la crainte de perdre cette stabilité que les deux pays ont tout fait pour maintenir, elles ont pendant un certain temps accélérer le processus de rapprochement par de simples échanges entre les ambassadeurs, jusqu’à devoir en venir à des échanges diplomatiques officielle entre les deux gouvernements. Si aujourd’hui cette rencontre s’est imposée entre la Sublime Porte et le Cercle Intérieur, c’est que tous deux se sont mis d’accord sur la nécessité d’agir pour retrouver la paix et la stabilité. Au nord, une confédération d’une idéologie extremiste ayant surgi des décombres d’une nation eurysienne instable qui a taché le continent de rouge. Une couleur chaude qui a eu pour réaction de faire monter les extrémistes et les séparatistes dans tout le continent ; les Bozkurts, ultra-idéalistes yözids ; les Luzs qui ont renversé leur gouvernement pour un conseil ayant une idéologie incertaine voulant se défaire de la Sublime Maison ; les groupes fascistes au Khardaz. Tous ayant eu des impacts extrêmement négatifs sur la stabilité et la paix au Kyrkuzai, allant de la corruption croissante du gouvernement en Quatre Vallées à la dictature militaire s’étant installé en Yurtie. Au sud, des nations radicaux exerçant des politiques à la limite du draconien ; la guerre civile en Ramchourie ; e gouvernement hostile et agressif du Ninchi affamant sa population et commettant des crimes de tortures intentionnelles ; des gouvernements et régimes nouveaux dirigés par des militaires mettant en danger la démocratie et la sécurité régionale. En outre à tout cela, un mouvement continental d’éclatement idéologique et politique ayant créé dans chaque coin que du chaos et de l’insécurité tant pour les Etats que les civiles. Ce sont toutes ses choses qui explique l’arrivée à Ankévran du chef du gouvernement aykhanide, de son ministre des affaires étrangères, de son ministre des armées et de la défense nationale, de son ministre de la justice et du président du ŞAHİT (Şahane İstihbarat Teşkilatı).


Dans la matinée, par avion, le Grand Bey Orkhan Ier et les membres de son gouvernement posent les pieds sur le sol Jashurien. Escorté par un groupe d'agents du ŞAHİT et non par sa garde rapprochée, le Grand Bey tient à faire paraître sa confiance envers le gouvernement Jashurien quant au déroulement et à la sécurité de cette rencontre. La délégation attend patiemment quelque instant avant de suivre les fidèles agents du Cercle Intérieur jusqu’au Palais des Murmures. Comme le veut les coutumes aykhanides, plusieurs agents attendent avec des coffrets de loukoums en mains.

Rencontre Jashuro-Aykhanide
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Palais des Murmures - Ankévran - 05 Juin 2018


Il était rare que le Cercle Intérieur se présente aux délégations étrangères. Discret par nature et ne cherchant pas à s’afficher à l’international, le Cercle Intérieur déléguait la quasi-totalité de sa politique extérieure à l’institution du Hall des Ambassades. Celui-ci bien plus apte de par sa nature à instaurer des relations apaisées avec les différentes nations du monde. Le Ministère des Affaires Etrangères du Jashuria définissait en amont les grandes lignes de la politique extérieure du pays, mais c’était bel et bien le Hall des Ambassades qui possédait les institutions, les budgets et la force de frappe pour mener à bien les objectifs définis par le Cercle Intérieur. Le Premier Ministre, à cet égard, ne disposait que de peu de pouvoirs et se concentrait sur l’intérieur, là où son attention était requise. Il était rare, sauf raisons exceptionnelles, qu’il se porte à la rencontre des délégations étrangères, laissant aux Ambassadeurs le rôle de représenter les intérêts du pays. Ainsi, au Jashuria, les relations étaient moins « personnelles » et permettaient de limiter les pouvoirs individuels de certains politiques.

Le Hall des Ambassades, de par ses traditions diplomatiques, était considérablement bien pourvu pour traiter une grande partie des sujets pour lesquels il était missionné. L’essentiel de son activité était de répartir les questions vers les ministères dès qu’il s’agissait de questions qui les concernaient en matière d’international. Ainsi, il était rare que les délégations étrangères rencontrent directement l’un des ministres du Jashuria, mais plus courant qu’ils aient affaire avec des cohortes d’experts et de représentants spécialisés, qui prenaient leurs ordres de plus haut, dans les ministères. Le ministre, généralement, était un homme de l’ombre, plus occupé à traiter des questions avec ses équipes et à trancher qu’à faire de la représentation. Il en résultait que l’action politique jashurienne fonctionnait plus comme une grande machine que comme un lieu d’expression des destinées personnelles.

Il existait pourtant des exceptions à cette règle quand le pays recevait des invités de marque. Les agendas bien garnis des ministres s’accommodaient peu de la présence de délégations étrangères, mais dans le cas du Grand Beylicat Aykhanides, les Jashuriens s’autorisaient un effort pour recevoir leurs invités avec les égards qui leur étaient dus. Conduits dans les couloirs du Palais des Murmures, où s’affairaient des dizaines d’employés, la délégation aykhanide fut reçue avec amitié par monsieur Nantipat Sistrati, Premier Ministre du Jashuria depuis maintenant plusieurs mandats, dame Parvati Mathai, Quatrième Ambassadrice du Jashuria en charge des affaires nazuméennes et dame Mae-noi Sansurin, porte-parole du Cercle Intérieur au Pavillon des Murmures. Ces représentants étaient accompagnés d’un aéropage de généraux, représentants de la Sérénité et délégués aux affaires étrangères, conviés pour l’occasion afin d’apporter leur expertise. Assis dans de confortables fauteuils dans le patio principal, hôtes comme invités se virent servir des rafraîchissements et des collations afin de bien démarrer les discussions, selon le protocole jashurien en vigueur. Alors que les mondanités allaient bon train et que tout le monde se mettait à l’aise, bien à l’abri des caméras et des regards indiscrets, les portes furent fermées et le Premier Ministre débuta la séance :

« Ces loukoums sont un véritable délice, mais venons-en à notre ordre du jour je vous prie … Parole à nos estimables invités tandis que je finis cette délicieuse pâtisserie … »

Sous son attitude débonnaire et joviale, le Premier Ministre Sisrati était un requin de la politique jashurienne. Présent depuis des années dans la politique nationale, il avait participé à l’établissement de la nouvelle Constitution et avait toujours réussi à briguer le poste de Premier Ministre depuis lors. Bien que discret sur la scène internationale et d’une attitude sympathique, il n’avait pas atteint les plus hautes sphères de la politique jashurienne par sa simple bonhommie. C’était lui qui avait autorisé l’opération jashurienne au Chandekolza, au Plantar, à Kotios, mais aussi au Mokhai. Son expérience politique n’était plus à prouver et s’il se gardait bien de le laisser entrevoir, il avait plus de fils entre ses mains que nombre de ses pairs.

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Le gouvernement Aykhanide est relativement récent. Rares sont les membres qui ont participé à la scène politique de l’ancien régime absolutiste, puis ce que la plupart de ceux qui ont pris partie pour le monarque ont été ou exilés ou exécutés. Sa Majesté le Grand Bey Orkhan Ier ne faisait pas exception à cela. Au début du 20ème siècle, après la période d’unification donc durant la période Sélimienne, une loi fut créée par le Grand Bey Selim Ier notamment pour assurer la succession héréditaire et son accent sur la primogéniture. Cette loi s'appelle la “Selimiye-i Kanunname-i Şahane-i Ayhaniyye” ou encore “Selimiye Kanunnamesi”, ce qui peut être traduit par la “Sublime loi Aykhanide Selimienne” ou encore la “Loi Selimienne”. Cette “loi” ou plutôt compilation de loi avait pour but de centraliser le pouvoir dans les mains du Grand Bey. Elle avait par exemple rendu possible le fait que les membres de la dynastie Aykhanide puissent passer par une visite médicale pour déterminer l'aptitude à être éligible de régner. Ainsi, les princes non-éligibles pouvaient être écartés de la ligne de succession. La vérité est que cela permettait au fils aîné et héritier d'éliminer des potentiels menaces de frères qui aspireront illégitimement au pouvoir. La loi fut abrogée sous le nouveau gouvernement, accusé d’avoir causé après la période selimienne, la tyrannie et l’absolutisme illégitime des autres grands beys. Le Grand Bey Orkhan Ier était concerné par ces dispositions, il n’était nullement censé monter sur le trône ni sous l’ancien régime, ni réellement sous le nouveau. Toute sa vie, il fut enfermé au palais beylical, loin de la politique et privé d’un réel enseignement. Certains ont tendance à raconter de lui, pour les rares personnes l’ayant connu lorsqu’il était prince, du fait qu’il vivait dans une grande prison dynastique, que dans cette prison, on lui imposait une vie bien loin de la réalité. Orkhan Ier était le 9ème enfant de son défunt père et son second fils. Dans les rares biographies disponibles sur lui, son règne ne venant que de commencer, et dans les rares témoignages de ceux qui l’ont connus, le prince qu’il était était un jeune timide et réservé. Depuis l’enfance, il n’aimait point les jeux d’enfants et préférer passer son temps à lire, sans autorisation bien sur, les livres qu’il pouvait trouver dans la bibliothèque de l’a cour extérieure. Selon un discours du Grand Bey en personne, c’est son professeur qui lui apportait ses livres avant que celui-ci ne soit congédié et qu’il soit privé d’éducation. Ceux qui l’ont connus en attestent alors, “le jeune prince passait son temps à s’intéresser aux questions existentielles”. Les parlementaires s’étaient accordés à accuser l’entourage de l’ancien grand bey d’avoir délibérément empêché le prince d’avoir une bonne éducation de peur qu’un il ne devienne dangereux pour le trône. Leur but était de légitimer au maximum le fils aîné et grand frère d’Orkhan. Son ancien professeur avait avoué lui-même devant le parlement et la cour révolutionnaire d’avoir proposé au père du prince la fin de son éducation en accusant celui-ci d’être trop rêveur pour pouvoir suivre des cours aussi poussés. Durant cette période sombre de la Yözidie, les bourgeois et familles entourant les beys suivaient de meilleures éducation que les princes de la dynastie Aykhanide. Parmi ces familles, certaines étaient nouvelles et d’origine plus populaire, ce sont elles qui ont créé les premiers journaux indépendants clandestins, les premières écoles supérieures publiques avec des fonds pour les jeunes talentueux qui manquaient de moyens. En bref, ce sont eux qui ont permis de donner vie au mouvement des jeunes yözids qui ont renversé le pouvoir en 2012. Tout cela pour dire, que le Grand Bey Orkhan Ier et sont gouvernement ont en réalité tout apprit sur le tas. Mais une chose était claire pour le prince lorsqu'il était au moment de monter sur le trône ; garantir à l'entièreté de son peuple une bonne éducation, faire prospérer l'économie endormis de la Yözidie, protéger chacun de ses citoyens de la corruption et de l'instabilité, accorder à tous l'accès à la justice pour enfin vaincre l'insécurité juridique. Il savait que pour faire cela, la paix interne mais également externe était essentiel. Aujourd'hui, cette paix est menacée. La confédération cherche à armer des groupes communistes au quatre coin du continent pour faire renverser les régimes en place qui pourtant cherchent depuis la dernière décennie que la stabilité. Le Grand Bey Orkhan Ier voit les pays voisins qu'il essayait comme son pays de stabiliser et de développer se faire menacer par des dirigeants illégitimes qui disent agir pour le peuple sans même donner à celui-ci l'occasion de s'exprimer démocratiquement. Tout ceci est chose nouvelle pour le Sublime Palais, et c'est ce qui fait l'importance de la coopération avec le Jashuria pour les Aykhanides.


La délégation d'Otukhan suit avec courtoisie et sympathie le protocole du palais. Chacun prend la place qu'il doit prendre afin de laisser au Grand Bey et au Premier Ministre le soin de commencer les discussions. Alors, sans tarder, c'est ce que fait Orkhan Ier;

"Monsieur Nantripat Sistrati, cela me réjouit de vous voir apprécier les délices du Palais. Je ne puis m'empêcher, au nom de tout mes fidèles agents ici présent, de vous remercier pour votre hospitalité, mais surtout, de remercier votre nation pour le soutien qu'elle a toujours veillé à apporter aux nôtres."

Le Grand Bey marque une pose, il joue avec l'embout de sa cane, en souriant, visiblement pour réfléchir à ce qu'il allait dire ensuite.

"Depuis 2012 où le peuple Aykhanide a choisit de nous donner la mission de diriger la Sublime Nation, la République du Jashuria a fait partie de ceux qui nous ont accompagnés pour y parvenir. Notre jeune gouvernement et son régime, à l'image de mon aïeul Selim Ier, a tout mis en œuvre pour donner à son peuple ce qu'elle méritait ; un pays stable, libre, où l'accès à une bonne éducation et à la justice est garantit, où à chaque coin de rue des opportunités et du travaille se trouve à entreprendre et pourvoir, où personne ne subit d'enrôlement forcé à une quelconque idéologie. Nous sommes pourtant encore qu'à mi chemin de toutes ces choses que nous devons accomplir. D'une Yözidie où l'on trouverait des mektebs (écoles supérieurs) dans les moindres recoins du pays pour que tous nos enfants s'y épanouissent. Une Yözidie d'équité et de fraternité, d'un peuple pouvant entièrement accéder à la santé. J'aimerais des jeunes qui travaillent en toute légalité pour gagner leur pain. J'aimerais des usines qui brillent de productivité, et surtout, que le système que les dirigeants sans plus une once d'humanité ont installé cesse enfin d'influer sur mon pays.

Or nous sommes de ceux qui avons compris. Compris que pour accomplir toutes ces choses, un continent stable et une lutte collectif pour la paix était nécessaire avec nos voisins. C'est la raison pour laquelle nous vous rencontrons, et nous espérons que c'est la même pour laquelle vous nous accueillez."

Estimant pouvoir désormais aborder le premier sujet, le Grand Bey frappe avec douceur sa cane contre le sol, comme pour lancer le jeu.

"Nous nous sommes jusque là mutuellement observés, plus que ça, nous avons échangés nos points de vues, nos inquiétudes, nos projets. Cher Premier Ministre, nous sommes menacés par l'attitude belliqueux et expansionniste de la Confédération Socialiste. Vous l'êtes par l'attitude immesurée et agressif du Ninchi. Notre continent tout entier est attaquée par des groupuscules armées qui prennent peu à peu, si ils ne l'ont pas déjà fait, la tête de nations et de peuples dans leur globalité. En médiateurs de nos régions et acteurs actifs de notre continent, il est devenu essentielle, en réaction naturelle à ces troubles, que nos deux nations se retrouvent et se reconnaissent mutuellement pour ce qu'elles sont. Nous devons ensemble entreprendre ce qui doit être entrepris et montrer que ce continent qui a été bâtis sur la paix et par la paix des peuples continuera à grandir et prospérer de cette manière. Nous devons empêcher les déchets d'ailleurs qui ne partagent pas cette vision de fracturer notre foyer et d'en faire un lieu de belligérance. Monsieur, parmi toutes les choses que nous devons évoquer ici, la coopération défensive et militaire dans la lutte pour la paix me semble la plus importante à évoquer."
Palais des Murmures - Ankévran - 05 Juin 2018


Les Jashuriens étaient attentifs au protocole dans les relations diplomatiques, étant à l’origine de nombre d’entre eux, ce qui avait fait la renommée de leurs services diplomatiques. Toutefois, lorsqu’il s’agissait de passer au plat de résistance une fois les caméras disparues, les Jashuriens appréciaient grandement que l’on ne s’attarde pas sur les pesanteurs du protocole et que l’on aille directement au cœur du sujet. Le Grand Bey eut la politesse et la courtoisie d’introduire avec le moins de salamalecs possibles son propos, afin de passer directement à la suite. Les Jashuriens échangèrent quelques regards, tandis que le Premier Ministre continuait d’afficher son affable sourire. Les Aykhanides présentaient toutes les qualités que l’on attendait d’invités de marque, ce qui était rare par les temps qui courent : déférence, connaissance du protocole, concision, … Tant que qualités que les Jashuriens savaient apprécier, autant que leurs loukoums.

Une fois le discours du Grand Bey terminé, l’assemblée des Jashuriens prit le temps de reprendre une gorgée de thé tandis que le service de sécurité vérifiait une dernière fois que les caméras avaient disparu et que les téléphones portables étaient éteints. Rien de ce qui serait dit ici ne sortirait sans l’approbation des deux parties. Nantipat Sisrati termina son loukoum et demanda discrètement à être resservi en thé. Le représentant de la Sérénité sembla se faire plus discret dans son fauteuil, tandis que la Quatrième Ambassadrice restait de marbre.

« Excellence, je comprends parfaitement vos inquiétudes relatives à la Confédération Socialiste du Nazum ainsi que celles relatives au Sultanat du Ninchi. Le Sultanat, bien qu’agressif, n’est pas un danger pour la stabilité régionale dans la mesure où nous sommes en mesure d’étouffer son économie et de l’isoler diplomatiquement. Il est suffisamment sous contrôle pour que nous puissions étouffer dans l’œuf toute tentative de déstabilisation dans le Médian. Nous péchons peut-être par excès de confiance, mais les années passées à observer ce genre d’Etat nous a conforté dans l’idée qu’ils aboient plus qu’ils ne mordent. Les choses sont un peu différentes avec les Confédération Socialiste du Nazum dans la mesure où ils sont parvenus à exporter leurs guerres sur d’autres continents et ne se contentent plus simplement de rester dans le Septentrion. Nous avions pensé que l’effondrement du Morzanov signerait la fin de leurs tentatives d’exporter leur révolution hors du Nazum, mais force est de constater qu’ils ont simplement changé leurs méthodes. Cela étant dit, si individuellement, les membres de la CSN sont globalement inoffensifs, à plusieurs, ils peuvent devenir un véritable sujet d’inquiétude, même en Jashurie. Fort heureusement pour nous, leur sphère d’influence s’est pour l’instant limitée à crier « camarade » à toutes les sauces, sans s’intéresser véritablement au fonctionnement de leur propre économie ou de la pertinence de leurs idées. Il n’en reste pas moins que la CSN, par son envergure et sa population, peut devenir, à terme, un sujet de préoccupation majeur pour la stabilité du continent. Mais pour l’instant, en l’absence de colonne vertébrale idéologique et d’un homme fort à sa tête pour piloter le navire, la CSN reste un tigre de papier. »

Le Premier Ministre savoura à nouveau une bonne lampée de thé jashurien avant de reprendre.

« Ceci étant dit, nous ne pouvons pas rester inactifs en espérant que nos adversaires restent sagement dans leur coin. Depuis maintenant plusieurs années, la Troisième République du Jashuria modernise considérablement son armement et mène des opérations extérieures couronnées de succès pour faire comprendre aux pays du Nazum et à nos voisins turbulents ou encore les Eurysiens à la recherche d’une épopée coloniale, que nous ne sommes pas là pour plaisanter. Voyez-vous, notre patience a des limites et si nous pouvons tolérer qu’il subsiste des tensions à quelques endroits du continent, nous nous devons d’agir promptement pour enlever les mauvaises herbes lorsqu’elles se font trop envahissantes. C’est cette politique qui nous a amené à nous rapprocher avec les Velsniens et les Ushongs pour régler la question du Chandekolza et cette alliance nous a été particulièrement bénéfique, nous offrant des perspectives réjouissantes en matière de commerce, tout en nous offrant un accès privilégié aux marchés velsniens et ushongs, ceux-ci s’étant montrés forts accommodants par ailleurs. Ceci m’amène au point le plus saillant de notre discussion … Votre Excellence, vous demandez un rapprochement défensif et militaire pour la paix, face à des ennemis à vos portes et par-là même, vous demandez notre soutien … Mais si le Jashuria peut beaucoup … que pouvez-vous pour le Jashuria ? »


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Il y avait plusieurs raisons pour lesquelles les coopérations entre la République et le Grand Beylicat furent aussi lentes. C’est certes dû à un confort d’échanges entre les deux nations qui avaient placé en eux une certaine confiance plus ou moins importante sur plusieurs sujets politiques et diplomatiques. Mais également par un manque d’ambition, sûrement plus du côté des Aykhanides. La constitution de leur pays n’est encore que toute jeune, et forcément, tous les organes institués et le gouvernement en lui-même aussi. Cela a nécessité de la part du Sublime Palais des efforts et des concentrations internes énormes, laissant moins l’opportunité au pays de se concentrer sur ses ambitions externes. Plus que de temps, elle manquait surtout de moyens pour parvenir à s’émanciper de la nation isolée qu’elle était pour tenter de se faire une place sur la scène internationale. C’est par un manque de moyen, de temps, et donc de mécanisme que le Grand Beylicat à entamer une politique extérieure très peu engagée jusqu’en 2016. C’est le temps qu’il a fallu au Grand Bey d’installer la légitimité de son pouvoir, de gagner la confiance des représentants du peuple, de façonner et de relancer le moteur de son administration, de promulguer les nouvelles lois du pays, de travailler en coordination avec la fonte constitutionnelle nouvelle. Ce lapse de temps de 2012 à 2016 a été essentielle pour la formation de cet Etat administratif unitaire, centralisé, mais déconcentré, dont rêvait les révolutionnaires et dont le Grand Bey a été le porteur de flambeau. A partir de là, la fusée diplomatique enfin terminée, tout était prêt à être lancé. Le Sublime Palais a alors veiller à ce que tout se passe comme prévu. Certes, quelques échecs dans sa politique régionale se sont produits. Tel que le sommet de Rusalka qui fut un désastre. Il en sortit avec son voisin, le Drovolski, une réticence mutuelle à la diplomatie, à un endormissement même sur les échanges avec plusieurs nations. Or il sut se relever, il sut vers qui placer sa confiance et vers qui placer sa méfiance. Il avait trouvé dans la République de Velsna un partenaire commerciale, dans l’Empire Raskenois un partenaire militaire et industriel, dans le califat constitutionnel d’Azur un partenaire religieux et scientifique. Il avait plus que ça, posséder pour la première fois à des alliances qui visait à stabiliser ses frontières. Il a réglé le problème de la révolution Yurt, en y permettant l’installation d’un régime contrôlé par le Palais. Il a veillé à entamer avec la Morakhan une politique de réconciliation et de stabilisation interne en bâtissant avec elle une alliance conventionnelle durable. En trouvant dans l’Etat du Khardaz un voisin tendant sa main pour l’aide contre les agressions communistes, qui dès lors était devenu son allié naturel. Il avait su faire retrouver à Otukhan tous les représentants des nations turciques pour en faire émerger une organisation des nations turciques, dont les préparations se font encore pour entrer en vigueur en 2019 dans sa meilleure forme possible. Le Grand Beylicat avait compris que la stabilisation de la région était nécessaire à la préservation de sa propre stabilité. Sans cette politique, la région ne serait que dans un chaos encore plus dense qu’elle ne l’est déjà actuellement. Les Aykhanides sont un peuple fier, ambitieux, pour autant, ils ne sont pas de ceux qui préfèrent la guerre au commerce, le chaos au confort, l'agressivité au beaux-arts.

Le Grand Bey était accompagné de deux personnes importantes de son gouvernement, à sa droite son ministre des Affaires étrangères, Alper Kamar Agha. A sa gauche, son fidèle chef du Sublime Agence de Renseignement, le Serhafiye Fehim Karasakal Bey. Tandis qu’Alper Kamar Agha discutait essentiellement en silence avec son Baş Kattüp (greffier en chef du Kattüpname) pour retranscrire les discussions et préparer les documents nécessaires, Ferim Karasakal Bey se contentait de se tenir droit et de regarder discrètement tout ce qui se passait autour de lui. Des protocoles aux agissements des agents jashuriens, il regardait tout sans insistance, des chuchotis aux discussions ouvertes il écoutait tout sans persistance. Il se contentait, de temps à autre, de glisser un mot ou deux à l'oreille du Grand Bey sans l’interrompre.

Le Grand Bey boit avec calme de geste le thé qu’on lui sert, en laissant paraître dans son expression la satisfaction qu’il avait. Nous n’étions pas simplement entrain de poser des phrases sur la table, cette rencontre était un ensemble de muhabbet (discussion) et de müsbet-i hareke (gestuels prouvant la sincérité de ce qu’on dit, coutume aykhanide de l’art de parler).


“Veuillez pardonner mon insouciance, monsieur Nantripat Sistrati, cela était maladroit de ma part d’évoquer ce que nous voulons de vous, sans même vous dire ce que nous pouvons pour vous en échange. Nous sommes conscients de notre position, je ne voudrais pas reproduire les erreurs de mon défunt père en agissant par égoïsme. Au contraire, nous sommes ici pour vous montrer l’étendue de notre générosité et de notre altruisme envers les riches peuples qui nous sont voisins. Sachez que tout ce que vous évoquez est la raison pour laquelle nous apprécions en particulier les Jashuriens et leur politique. Nous ne souhaitons que vous inviter à la réciprocité de ce sentiment.”

Orkhan Ier prend une gorgée de son thé, ne voulant le laisser plus refroidir, il en termine le contenu avant de délicatement le poser à côté de lui.

“Nous savons que votre Grande République mène une politique mercantile. Nous aimerions la faire profiter des richesses que le Grand Beylicat a à offrir. Nous savons d’autant plus que vous mettez comme nous un point d’honneur sur l’aspect culturelle de votre nation, nous ne voulons que partager avec vous un enrichissement culturel mutuelle. Or, et vous le dites vous même, certaines herbes sont bien trop envahissantes. Le jardin de roses qu’est notre nation est chaque jour de plus en plus menacé par elles. Nous n’attendons pas de la Grande République Jashurienne une coopération de guerre pour appuyer nos positions personnelles. Mais souhaitons au contraire consolider avec elle nos opinions et positions communes sur le continent du Nazum. Les Jashuriens n’ont aucun intérêt, en allant tendre leur mains au nord de notre continent, de trouver que du chaos et de l’instabilité. Vos positions nous font penser que vous méritez d’y trouver des opportunités en tous genres. Cela n’est possible qu’avec la paix, la stabilité et la sécurité. Et nous sommes de ceux qui veulent rétablir tout cela. Il ne m’est pas compliqué de savoir que le Sultanat du Ninchi ne peut être un danger pour votre Nation. Mais tous les groupuscules réunis, ceux qui suivent le même mouvement que ce pays, deviennent des sources de troubles pour nous tous et ce que nous entreprenons. Si nous avons refuser de collaborer avec le Ninchi en leur posant un ultimatum, c’était d’abord pour cette cause, et ensuite pour vous montrer que nous sommes prêt à montrer au Jashuria et à ses politiques notre soutien à l'internationale, autant que nous le serons sur les projet commerciaux et culturelles dès lors que nous serons disposés à le faire dans les bonnes conditions. Le Ninchi n’est qu’un exemple de ce qui se profile constamment sur notre chemin à tous, nos actions avaient pour but de vous montrer que nos politiques et nos objectifs sur ce continent, sont en parfait accord. Que par cela, nous nous sentons voué, au-delà d’un respect continue, à un rapprochement mutuelle avec vous dans toutes les formes qui soit."

Le ministre Alper Kamar Agha prend dans ses mains un document dont la couverture était visible, en Jashurien comme en Yözid, il stipulait "Accords Jashuro-Aykhanide économique et culturelle". Le ministre ne le donne pas encore au Grand Bey, mais fait en sorte d'en étudier le contenue en le laissant paraître au Premier Ministre.
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Le Premier Ministre agita la main de façon à rassurer son interlocuteur et à détendre l’atmosphère sans trop en faire.

« Allons allons, mon ami, il n’est nul besoin de vous excuser pour cette maladresse tant elle est commune de nos jours. Les pays qui viennent à notre rencontre n’ont que des demandes à la bouche, mais peu ont la courtoisie de nous demander ce que nous voulons en échange de nos services. C’est une erreur commune dans les relations internationales ces dernières années. Les diplomates … mmmmh … estiment que nous leur devons quelque chose et se mettent à exiger dans la moindre contrepartie. C’est suffisamment commun pour que nous cessons d’en prendre ombrage. Ceci étant dit … »

Nantipat Sisrati était dans son rôle … celui d’un Premier Ministre débonnaire et sympathique, plus intéressé par le jardinage et les pâtisseries que par la politique internationale. Ceci n’était toutefois qu’un masque, l’homme n’ayant pas tenu son poste depuis tant d’années en étant simplement un sympathique citoyen du Jashuria. Il se redressa de son fauteuil et commença à faire les cents pas dans la salle, tout en prenant soin d’avaler un dernier loukoum.

« Oui … oui bien sûr, les richesses du Grand Beylicat … La richesse de vos terres n’est plus à prouver et nous avons quantité de données dans nos archives sur le potentiel du Septentrion. Mais là n’est pas la question … Qu’est-ce qui pourrait bien motiver une république comme la nôtre, si ce n’est l’appât du gain, la recherche d’une plus grande influence et une plus grande portée militaire ? Voyez-vous, nous sommes des gens simples, avec des motivations simples : nous cultivons notre jardin et sommes attentifs aux mouvements du monde. Le fait est que le Nazum est sur un point de bascule et que nous ne pouvons prendre la responsabilité de faire la police pour l’entièreté du continent. Cette fonction a été remplie par nos soins depuis plus d’une dizaine d’années, mais nous arrivons désormais aux limites de ce que nous pouvons politiquement faire … Voyez-vous, nous ne pouvons intervenir par monts et par vaux pour calmer les velléités de tous les gouvernements crypto-marxistes ou rétro-monarchistes qui pointeraient le bout de leur nez pour réclamer l’entièreté du continent. Non seulement, les mauvaises herbes ne cessent de pousser, mais en plus, nous arrivons au bout de notre patience légendaire … »

Il marqua une pause, pensif.

« Le Cercle Intérieur et la Sérénité pensent … à la suite des expériences au Mokhaï et au Chandekolza, qu’il est de plus en plus souhaitable que la Troisième République du Jashuria prenne un peu plus de hauteur par rapport aux conflits en cours et à la sécurisation du sanctuaire nazuméen. Nous pourrions, si nous le souhaitions, continuer à faire la police sur l’ensemble du continent … mais … avouons-le … ceci est d’un ennui … Il nous est apparu préférable de faire appel à d’autres jardiniers pour enlever les mauvaises herbes … Nous en avons fait l’expérience avec l’Empire des Ushongs dans le Médian et l’affaire nous est apparue extrêmement profitable. Oui … nous pouvons imaginer … déléguer … certaines de nos activités à des intermédiaires de confiance … Les Ushongs se sont avérés être d’excellents partenaires pour sécuriser le Médian et il nous faudrait un allié de confiance pour sécuriser le Septentrion. Mais pourquoi vous plutôt qu’un autre … un autre comme la République Velsnienne … le Burujoa, ou encore, la Poëtoscovie ? Que pouvez-vous nous offrir de plus qu’eux ? Après tout, les Velsniens sont des alliés historiques et particulièrement habiles en matière de commerce. Le Burujoa est un allié historique et culturellement proche. La Poëtoscovie, bien que rétive et isolée, reste une nation culturellement forte et sûre de ses atouts. »

La stratégie du Jashuria était suffisamment limpide pour que tout le monde dans la pièce la comprenne. Le pays ne pouvait assurer à lui seul la police sur l'entièreté du continent sans y perdre des plumes. A mesure que les domaines d'intervention du Jashuria s'étendaient, il devenait de plus en plus difficile politiquement à l'intérieur du pays de justifier des interventions extérieures sans gains immédiats. Les politiciens du Jashuria préféraient globalement que leur armée s'en tienne à sa vocation première : protéger les frontières du pays. Malheureusement, la nécessité faisait force de loi et le pays avait du étendre ses activités militaires au-delà de ses frontières pour gérer des problématiques régionales qui auraient tôt ou tard dégénérées. Mais il fallait aujourd'hui veiller à ce que d'autres fassent le sale boulot à la place des Jashuriens car cela apaiserait largement le Cercle Extérieur en recentrant le pays sur ses priorités locales et régionales, plutôt que d'aller chercher querelle à l'autre bout du continent pour des gains hypothétiques.


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La situation au Kyrkuzaï est réelle, elle est présente, elle croît et elle menace. La Confédération au nord est comme une meute de chiens qui salivent sur les nations libres comme sur des bouts de chair. Dans les Vallées, l’Etat est incapable, inapte, il n'est au bout du compte pas présente et c’est en cela même qu'il pose problème. Un problème non pas directement contre le Grand Beylicat ou ses nations partenaires, mais un problème envers son propre peuple et envers la stabilité régionale. Ce pays attire les nations du monde entier, certaines étant même hostiles envers le développement nazuméen, à développer une influence en utilisant comme base le territoire nationale des peuples des Vallées. Au-delà des mers, des organisations et des Etats-nations observent avec des intention de convoiter les terres des peuples du Nazum du Nord. Des terres qui ont dominé l’histoire de trois continents pendant plusieurs siècles se trouvent aujourd’hui dans une menace constante. Le Grand Beylicat, dans sa politique stabilisatrice, se dresse comme bouclier contre toutes ces entités étatiques et groupuscules hostiles en même temps sans avoir jusque-là demander l’aide de personne. Elle a vu dans la République des deux Océans, un défenseur plus aguerris et qui s’occupe depuis bien plus longtemps des mêmes problèmes que le Grand Beylicat, seulement à un autre endroit et sûrement à plus grande envergure. Les Aykhanides ne peuvent être que désireux de se reposer sur les Jashuriens, mais aussi de leur donner l’occasion de se reposer sur le Grand Beylicat.

Alors que le premier ministre s’était levé, la délégation Aykhanide fit de même, en guise de respect. Le Grand Bey lui resta assis, il se redressa et écouta avec concentration les paroles de l’homme. Alors que les ministres et agents du beylicats suivaient avec une petite inquiétude le Premier Ministre Jashurien faire les cents pas, le Grand Bey ne bougeait pas d’un poil. Non pas par irrespect ou désintérêt, tout le contraire, part attention et réflexion. Alors que monsieur Sistrati finit sa dernière phrase, les fidèles agents du Palais se regardent entre eux un instant, avant que tous ne se tournent vers le Grand Bey qui se leva également pour s’éloigner des agents et aller parler avec le Premier Ministre. De manière à assurer la sincérité de ses propos, il le regarda droit dans les yeux.

“Si nous sommes ici aujourd’hui, ce n’est pas en tant que créancier d’une dette fictionnelle que vous auriez envers nous, mais bien débiteur d’une dette arrivée depuis longtemps à échéance que nous avons envers votre pays. Ne voyez pas ces paroles comme des bravades en l’air, ni ne les voyez comme une soumission opportuniste, mais bien comme la sincère expression de notre opinion envers vous. Nous sommes de ceux qui entretiennent leur jardin de rose et qui aiment le faire découvrir au reste du monde. En revanche, nous ne laissons pas entrer dans ce jardin des parasites, ni laissons ceux dont nous ne connaissons pas les intentions trop en approcher. En vous, nous voyons un jardinier qui aime autant ses fleurs que nous aimons les nôtres, qui préserve non seulement son jardin mais également ceux des autres. Mais tout jardinier fait son métier en connaissant la valeur de la sérénité dans son jardin, de la paix à l’intérieur et à l'extérieur de celui-ci. Il est tout à fait naturel que la République du Jashuria, désireuse de découvrir les jardins les plus lointains et d’en faire profiter les siens, ne veuille pas pour autant s’occuper du désherbage des jardiniers qui n’ont rien à lui donner.”

Le Grand Bey détourne un instant le regard, il lache un rire et se retourne vers le Premier Ministre.

“Pour faire trêve de jardinage… Nous comprenons. Nous comprenons votre réticence depuis votre point de recul à voir en notre Nation une habileté à pouvoir gérer l’instabilité qui règne dans le Septentrion. Monsieur, si je ne doute des compétences de vos agents d’archives, laissez moi vous faire personnellement la présentation de mon pays. Peut-être une autre perspective vous donnera-t-elle confiance. Le Grand Beylicat est une nation jeune, fondée en 1912 et ayant traversé tout nouvellement en 2012 un changement de régime. Comme moi, mon gouvernement fut jeté sans réelle expérience sur la scène politique interne et internationale. Jusqu’en 2016 nous n’avons fait que régler nos propres affaires intérieures et réorganiser tout le système administratif, économique et judiciaire de notre pays. Tout ce temps et de plus en plus chaque jour que le Seigneur fait, nous avons été gênés, puis dérangés et enfin menacés par des entités étatiques ou armées qui ont voulu nous imposer leur façon de faire. Nous avons toujours résisté, et pourtant, bien que nous voulions préserver notre culture, nous avons réussi à traverser les remparts de l'isolationnisme et de la rétivité traditionnelle des beylicats yözids. Nous avons traversé les murs de la réclusion et avons entamé des partenariats et des alliances avec des nations fidèles à leurs valeurs et à l’ouverture politique. Si nous avons apprécié l’appât des profits commerciaux, nous avons su les gérer à notre avantage et à l’avantage de notre région, car nous savions que la paix et la prospérité à l’intérieure exigeait la même chose à l'extérieur. Nous avons su développer un réseau de partenaires, d’informateur, de collaborateur et d’amis près comme loin de chez nous. Monsieur, j’espère que vous pourrez voir en ces phrases notre différence avec les nations que vous avez cité sans que je ne doive les pointer du doigt. Nous sommes prêts à faire des promesses et des concessions qui permettront au Jashuria d’atteindre sans effort les extrémités de nos réseaux et de nos compétences. Il n’y a pour nous aucune crainte à le faire, tout simplement car il n’y a aucun doute non plus sur vos intentions. Si cela vous a convaincu, ou ne serait-ce qu'attiré à découvrir, nous aimerions vous présenter les documents qui pourront sceller nos discussions et démontrer précisément ce que nous avons à vous offrir.”

Orkhan Ier finit sa dernière phrase en invitant le Premier Ministre à s'asseoir autour de la table basse où était posée désormais des documents aykhanides.
Palais des Murmures - Ankévran - 05 Juin 2018


Le débonnaire Premier Ministre écouta attentivement le Grand Bey tout en s’approchant de la table pour réclamer de ses mains potelées et usées par le jardinage un de ces délicieux loukoums. Il était de plus en plus évident pour les Jashuriens que les Aykhanides pouvaient être aisément testés sur leurs dires et leurs projets. Le simple fait que le Grand Bey ne fasse pas comme l’ancien président du Zhonghai – à savoir rester de marbre et tenter d’avoir l’air profond – était tout à fait plaisant aux yeux des Jashuriens, qui appréciaient clairement la haute tenue de leur interlocuteur.

Les Aykhanides se révèleraient des alliés fiables dans le Septentrion, selon les prévisions de la Sérénité. Il n’y avait aucune raison que cela ne soit pas le cas. La soif de stabilité et de reconnaissance à l’international des Aykhanides étaient compatibles avec les aspirations jashuriennes au calme et à la tranquillité dans leur pré-carré. Et ce n’était pas comme si les candidats solides se pressaient au portillon du Jashuria pour réclamer le titre de défenseur du Nord du Nazum. Si Velsna occupait temporairement ce poste, les Jashuriens ne pouvaient faire peser l’entièreté de la sécurité du grand nord sur les épaules des flottes de Velsna. Il devenait nécessaire de relâcher un peu la pression sur les armées de la Sérénissime et de les conforter avec la présence d’un acteur bien mieux ancré dans le local. Et ce n’était pas la petite base des Jashuriens au Mokhai qui allait offrir une tête-de-pont pour bloquer l’avancée de la Confédération Socialiste du Nazum vers le sud …

« Assez, assez mon ami … Il n’est nul besoin d’aller plus loin dans la déférence. Nous sommes d’accord avec vous sur tous les points que vous avez soulevés et nous sommes prêts à vous faire confiance pour assurer la sécurité du nord du Nazum. Nous vivons des temps troublés et il nous faut placer les serres avant que la tempête n’arrive, si vous voyez ce que je veux dire … Soyez assuré que la Troisième République du Jashuria voit d’un excellent œil un rapprochement avec les Aykhanides, et que cette question a été âprement débattue dans nos institutions, jusqu’à arriver à un consensus, sur les modalités de ce rapprochement. Maintenant, montrez-nous un peu ces documents que vous nous avez préparé voulez-vous, mmmh ? »

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