Dans ce topic, vous pourrez retrouver les histoires de Benny, un adolescent de 17 ans vivant à Vishtek, au Khardaz. Ses histoires pourront toucher toute sorte de sujets, allant d'un évènement banal à de la prévention sur un sujet tel quel. Vous pourrez retrouver ses histoires sous forme d'épisodes.
Épisode 1 : le suicide
Les histoires de Benny
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— Dis moi Benny, tu penses faire quoi une fois que la guerre sera finie ?
— Je pense que j'irait à Kharinsk et que je deviendrai politicien ! Et toi ?
— Huummm je sais pas trop, je sais même pas si je tiendrai jusqu'à la fin de la guerre...
— Olalala arrête de faire le dépressif un peu là. Allez viens on va au marché pour voler des brochettes de poissons !
— Nan je pense que je vais rentrer chez moi en fait. Désolé.
— T'es sur ? J'ai vu le poissonnier il a fait une giga bonne récolte ce matin.
— Oui désolé.
Le jeune garçon se lève. Salut son ami sans vraiment le regarder. Part dans sa direction.
Il marche dans les rues insalubres de nuit.
Il fait nuit.
Il est 16h30.
Il fait froid.
Le garçon marche sans vraiment savoir où il va. Il marche pour rentrer chez lui mais s'en éloigne. Il ne veut pas rentrer. Il sait qu'en rentrant chez lui, tout s'éteindra de nouveau. Cette lumière qu'il y a en lui. Celle qui vit difficilement en lui, celle qui grésille de jour en jour. Il sait qu'en rentrant chez lui, il sera seul. Et c'est lorsqu'il est seul qu'il revient. Cet homme qui s'assoit à côté de lui. Qui lui parle d'une solution, d'une issue à tous ses problèmes. Cet échappatoire, cela fait longtemps que Viktor y pense. Mais cette solution est forte, peut-être trop forte pour un homme aussi fatigué. Une solution définitive à des problèmes éphémères.
Alors dans son désir de ne pas rentrer chez lui, Viktor marche. Il marche non pas vers chez lui afin de retrouver cet homme, mais vers un pont. Le beau pont de la ville de Vishtek. Il s'y rend timidement ; la circulation routière est dense, les klaxons se font entendre, les pots d'échappement laissent échapper une forte odeur d'essence. Il s'agit là d'une fin d'après-midi normale pour la ville de Vishtek. Viktor, lui, est debout sur les rambardes de ce beau pont, des larmes coulent sur ses joues creusées, ses jambes tremblent mais son regard est posé. Il regarde loin devant lui. Ou loin derrière lui, regardant les différents moments de sa vie passés un à un, se remémorant des souvenirs d'enfance gâchés par la guerre qui a su emporter ses parents. Il est là, l'homme de chez lui. Celui qui lui proposait cette définitive solution. Il a prit une place si importante. Viktor n'entend plus rien, plus que cet homme, cet homme qui continue de parler.
Un saut de l'ange l'attend. Quand, un phare. Rapide et net. Puis une phrase hurlée par un homme dont Viktor n'entend qu'un long râle sans vraiment de sens. Mais ce râle, il le stoppe. L'homme et sa tentation s'éteignent. Viktor ne saute pas, il est immobile. Le vent sèche ses larmes cristallines et caresse ses cheveux bruns. Un homme vient derrière lui. Il l'attrape par la taille et le pose par terre. Viktor n'entend rien, juste un brouhaha surplombé d'une sorte de voix qu'il n'entend pas.
Si Viktor n'a pas sauté, ce n'est pas par héroïsme. Ce n'est pas parce qu'il va mieux. Cependant, sa lumière s'est rallumée un instant. Un instant qui l'a fait réaliser, réaliser qu'il ne fallait pas. Que ce n'était pas une solution, mais une fin.
Vous n'êtes pas seul.