07/11/2018
07:29:27
Index du forum Continents Afarée Azur Université Ibn Sina [Science & Technique]

MUSHAWWIQ !

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MUSHAWWIQ ! (« intéressant ») est le surnom donné à l'ancienne Revue universitaire des sciences et techniques modernes de l'Université Ibn Sina. C'est un média tenu par des chercheurs, des étudiants et des amateurs qui couvre certaines découvertes technologiques, et qui traite de questions scientifiques en général. Essentiellement basé sur les activités azuréennes, il peut aussi s'intéresser à certaines réalisations faites à l'étranger. MUSHAWWIQ ! est administré par des universitaires et des étudiants, et se veut être à destination d'un public amateur ou doté d'un niveau d'éducation intermédiaire, pour valoriser le travail des scientifiques, et interroger les développements dans la science : il est bon de savoir que ce journal, tenu par un bastion laïque et progressiste minoritaire en Azur, est perçu par les autorités califales comme une publication politique, et considérée comme telle. Bien qu'autorisé et exerçant sans difficulté, MUSHAWWIQ ! intéresse essentiellement la communauté estudiantine, des ingénieurs, des amateurs et des partisans de l'opposition.

L'un des refondateurs de MUSHAWWIQ ! n'est autre qu'Abdulmajid Reza, étudiant en mécaingénieurie à Agatharchidès, tué en 1978 à l'occasion de la révolution contre la dictature républicaine et militariste, menée à la fois par les socialistes et les islamistes, et accouchant d'un compromis historique à travers l'établissement du Califat « constitutionnel. » Reza avait participé à l'insurrection, après avoir été, quelques semaines avant le début des manifestations, incarcéré par la police pour avoir diffusé sans autorisation des exemplaires de la Revue universitaire sans autorisation des autorités. Sorti de geôle, il avait promis à ses camarades de dédier sa vie au journalisme scientifique pour inventorier l'expansion des sciences à travers le monde ; une balle de l'armée, tirée aux abords du palais présidentiel visé par un assaut populaire, aura eu raison de ses ambitions mais pas de son esprit. MUSHAWWIQ ! vit encore.




16.06.2018 - Aérien - SKYRAVAN lance le "Samaa", son nouveau dirigeable semi-rigide
20.07.2018 - Flotte océanographique - Avec l'"Aldébaran", l'étude de l'air et des mers va s'intensifier
01.11.2018 - Adaptation - Sécheresse en Tigrane : la QĀNĀT envisage à nouveau la météo modifiée



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16.06.2018 - Aérien, Aéronautique, Dirigeables, Energies renouvelables

AÉRIEN
« SKYRAVAN » LANCE LE SAMAA, SON NOUVEAU DIRIGEABLE SEMI-RIGIDE

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Il s'élève au-dessus de la plaine, lent et régulier malgré le vent de nord-est. Il le prend de face. Au-dessus du terrain d'essai de Seylimsaray, l'appareil réalise son premier vol officiel à usage commercial ; des treuils suspendent, sous sa majestueuse silhouette ronde comme un nuage, le mât d'une éolienne de quarante mètres qui sera installée à quarante-huit kilomètres plus à l'ouest, dans les contreforts des Monts du Tigre. Remarquablement stable, le nouveau dirigeable semi-rigide de SKYRAVAN, dont le revêtement triple-couche assure la sécurité vis-à-vis des rayons ardents du soleil autant que des cruelles variations de température en haute altitude, démontre ainsi son utilité pour le transport de biens volumineux et sensibles, tels que les composantes d'infrastructures difficiles à acheminer à travers le relief accidenté de l'Afarée orientale.

« Une première depuis 1978 » ; la Société Caravanière des Airs, connue à l'international sous le nom de SKYRAVAN, avait annoncé concrétiser son projet remontant à 2010 de relancer l'industrie azuréenne de manufacture de ballons dirigeables. C'est désormais chose faite. Construit pour l'essentiel dans les ateliers aéroindustriels de Seylimsaray, dans la plaine du Plateau central, le Samaa, « firmament » en arabe littéraire, renoue avec l'histoire aéronautique azuréenne, intimement liée aux « baleines des cieux » du comte Zeppelin. Ses capacités « dépassent largement » celles de la dernière classe d'aéronefs produits par la Société Caravanière des Airs, comme l'indique son porte-parole ; contrairement à la classe Sîrwanpûr qui équipait les lignes moyennes pour le transport des voyageurs et du courrier entre les provinces du pays, le Samaa se destine à des charges beaucoup plus importantes, et se prépare à affronter des conditions autrement plus difficiles.

Le Samaa est pensé par SKYRAVAN comme un appareil de transport de charges lourdes et volumineuses, notamment en articulation avec les projets prometteurs mais techniquement complexes de développer des stations de production d'énergie dans les zones reculées du pays, une voie de décarbonation de l'économie et de « sortie des hydrocarbures », des objectifs pieux affichés par le Diwan. « C'est un gros chargeur aérien, le premier de son genre », affirme Gabdan al-Hithmaqi, porte-parole du projet Transafareair 2020 promu par SKYRAVAN. Il se caractérise, selon ses concepteurs, par trois atouts essentiels vis-à-vis des autres dirigeables en fonctionnement à l'ère actuelle. Premièrement, le revêtement du ballon, qualifié de « changeur de donne » dans le petit milieu des concepteurs d'aérostats scientifiques et civils ; doté d'une triple couche, il est extrêmement résistant au rayonnement ultraviolet grâce à une couche externe de polymères fluorés, mais aussi léger et déformable : « c'est l'intérêt essentiel du semi-rigide », explique un ingénieur, selon lequel la couche intermédiaire du revêtement, en fibres aramides et en graphène, ajoute « une grande déformabilité » directement commandable par le poste de pilotage. En effet, ce sont près de trente-six ballonnets internes à l'enveloppe qui permettent une homéostasie du gaz d'une cellule à l'autre, dotant le Samaa d'une « très grande maniabilité » mais aussi d'une bonne résistance de l'enveloppe contre les éclairs et les dommages causés par la grêle, la neige ou le vent. Enfin, la couche interne de l'enveloppe, revêtue d'aluminium vaporisé, est « la plus étanche du marché », permettant une économie de gaz en obstruant les possibilités de diffusion du gaz porteur à travers l'enveloppe - un défi technique, posé par l'extrême légèreté du gaz porteur qui permet la sustentation.

Le deuxième « atout » du Samaa semble résider dans son gaz porteur, que les familiers ont renommé le « Bisotopique » : mélange d'hélium-3 et d'hélium-4, il est supposé apporter une plus grande stabilité que l'hélium pur, en plus d'en conserver le caractère porteur et inerte. « Cette composition améliore le temps que pourra passer le dirigeable en-dehors de l'entretien », lui assurant plus de vols entre chaque visite de contrôle, que la Caravanière des Airs assure pourtant « très réguliers. » La stabilité du « Bisotopique » au sein du ballon est également promue comme un levier essentiel pour augmenter la capacité de charge de l'appareil, qui prétend à plus de cent tonnes de charge utile, et d'être adapté au transport d'objets très volumineux. « Les vols de chargement sont les plus délicats pour le maintien du gaz », explique un pilote formé par SKYRAVAN, qui rappelle que l'hélium, abondant en Azur à travers les nappes d'hydrocarbures mais coûteux à l'échelle mondiale et promis à une exploitation rapide, s'échappe de l'appareil au moindre accroc de trajectoire ; « avec un dirigeable classique, le chargement d'objets volumineux est intenable dans la durée, si l'on ne fait rien pour stabiliser la portance d'un vol à l'autre. » L'intégrité de l'aérostat et la sécurité des personnels sont en jeu, selon lui.

Enfin, un troisième argument de vente avancé par SKYRAVAN concerne l'innovation quant à la propulsion. Selon la compagnie, le Samaa assure un vol stationnaire « exceptionnel » en comparaison des ballons produits par les autres constructeurs internationaux ; la frontière du vol stationnaire était pourtant une ligne rouge expliquant le déclin de l'aérostation pendant le vingtième siècle. « C'est très difficile d'assurer un vol stationnaire », nous explique à nouveau le pilote, « en raison du vent, des dépressions de l'air, de l'envergure du ballon » qui peut se retrouver balancé par les éléments « comme un navire chahutés dans ses voiles » ; ainsi, les ballons dirigeables ne pouvaient jusqu'à lors être complètement stabilisés que par atterrissage, une opération « risquée, coûteuse » (notamment en main-d'oeuvre ; jusque dans les années soixante-dix, il fallait souvent jusqu'à deux cent opérateurs pour tirer sur les câbles et attirer le ballon vers le sol afin de conclure un atterrissage !), mais aussi « de moins en moins nécessaire » ; le ballon ayant, avec les années, été de plus en plus relégué à un vol permanent en-dehors de visites d'entretien à terre dédiées à la nacelle et aux moteurs. « A Carnavale, le problème avait été solutionné par la fixation du ballon par sa proue à un réceptacle en haut des gratte-ciels » ; une technique adaptée pour déposer des passagers de luxe dans une métropole, mais tout à fait inenvisageable pour décharger du matériel sensible en zone accidentée, ou de grandes charges sur un terrain de catastrophe. Comment SKYRAVAN prétend-elle régler le problème du vol stationnaire ? Réponse de Gabdan al-Hithmaqi : « grâce à des hélices rotatives » fixées sur l'enveloppe elle-même, et actionnées par les moteurs, de façon à « inverser les forces ascendantes ou collatérales » qui pourraient faire dévier le ballon : le vent, allié et adversaire des marins des cieux. Les concepteurs du Samaa s'inspirent du principe du sonar, ou du mode anti-son sur des écouteurs ; la propulsion d'une force inverse à celle exercée sur l'aérostat. A l'aide de capteurs et d'un module de traitement de l'information physique entraîné par intelligence artificielle, les ingénieurs assurent que ce système garantit « un vol quasi-stationnaire », « amplement suffisant » pour stabiliser l'appareil lors de la charge ou de la décharge de cargaisons lourdes à très lourdes. La Société Caravanière des Airs compte pour cela sur ses moteurs électriques, développés grâce à une collaboration avec Beno Air, une filiale co-développée entre l'Azuréen SKYRAVAN et les Laboratoires Henri Ventafalle (LHV) du Drovolski. Un moteur électrique, participant à la décarbonation des trajets, et capable d'assurer une autonomie de l'appareil importante pour assumer, en particulier, la consommation gourmande d'énergie que suppose le dispositif de vol stationnaire (DVS).

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D'un point de vue technologique, « c'est une avancée incontestable », se félicite par ailleurs le Ministère du Développement. Mais encore faut-il que le Samaa fasse démonstration de son intérêt commercial, car la Société Caravanière des Airs compte bien amortir rapidement les investissements de presque dix ans de recherche en construction aéronautique. « Le projet a bénéficié de considérables subventions publiques », rappelle un délégué au Sérail, qui se félicite « d'un aboutissement concret » et qui invite SKYRAVAN à « tenir les délais de livraison » pour la construction du champ d'éoliennes d'Uzgöyir, une localité située dans le nord des monts du Tigre, à trois mille mètres d'altitudes. Selon les experts, le marché public pour la construction d'infrastructures en zone reculée sera le principal client du Samaa et de sa majestueuse course, déplaçant sur des distances importantes et livrant par les airs les composantes essentielles d'ouvrages publics. Une autre application voulue par la Caravanière des Airs est également de faciliter l'exploitation des bois remarquables en forêt tropicale ; en intervenant au-dessus de la canopée, les arbres pourraient être extraits beaucoup plus facilement de la forêt, pour être ensuite travaillés en ébénisterie ou en marquetterie ; le Samaa pourrait permettre de rejoindre, de charger et de livrer sur les ateliers un grand nombre d'arbres aujourd'hui isolés au sein de forêts souvent primaires et difficiles d'accès. Un usage sur lequel compte bien la propriétaire principale de la Caravanière des Airs : Dilara Kuzbanzadeh, la « femme la plus riche d'Azur », ambitionne de valoriser la production d'articles de luxe par l'une de ses autres entreprise, la Maison Shamsûr. Le dirigeable pourrait-il être un facteur essentiel à l'exploitation d'espèces menacées ? Certains militants écologistes demandent au Diwan d'instaurer des clauses limitantes à de potentielles « atteintes à la biodiversité », démultipliées par « les nouveaux moyens techniques. » D'autres champs d'application, tels que le ravitaillement des plateformes pétrogazières océaniques, ou encore des bases polaires situées en Arctique et en Antarctique (Nivérée mais bof), pourraient donner une utilité commerciale au Samaa. « La communauté scientifique et politique est conquise », analyse Jeanculle Grognochon, économiste messaliote d'origine carnavalaise, « mais les milieux économiques peuvent rester sceptiques. »

L'économiste pointe en effet la dimension politique de ce retour fracassant de l'Azur sur la scène de l'aérostation, une première depuis le début du siècle, et depuis plus longtemps encore. Et pour cause : l'aérostation est une passion historique azuréenne, depuis l'installation du comte Frederikus von Zeppelin en Azur en 1904, exilé du Lofoten après qu'on lui ait disputé la paternité de brevets novateurs. Héritiers des Luftschiffbauern Zeppelin, ceux que les Azuréens appellent les « safinat-al-sama » (سفينة السماء), « navires célestes » ont fait partie de l'iconographie modernisatrice de la période républicaine entre 1922 et 1978 - timbres-postes, affiches, magnets, et même des chansons célèbrent les dirigeables azuréens, qui furent en leur temps parmi les meilleurs au monde. On se rappelle que l'Azur a d'ailleurs été, dans les années soixante et soixante-dix, l'un des derniers pays à opérer des ballons dirigeables pour le transport des voyageurs, là où l'aviation, plus compétitive avait anéanti la filière aérostatique dans le reste du monde. « C'est un motif de fierté nationale », résume Dilara Kurbanzadeh, figure de la Caravanière des Airs ; « une fierté qu'on n'abandonnera à personne. »

Le lancement du Samaa s'est accompagné de prises de paroles unanimement réjouies dans la classe politique, y compris de la part des fractions les plus hostiles au régime dans l'opposition légale. Pour la première fois depuis le début du vingtième siècle, un dirigeable ne sera pas prioritairement alloué au transport de riches voyageurs ; un détail qui attire, de façon surprenante, l'attention du Parti des Travailleurs Azuréens, P.T.A., qui s'est félicité d'une « avancée utile pour le développement des forces productives. » De leur côté, les nationalistes des Jeunes-Altaïs ont fait savoir leur satisfaction de voir « la Patrie rayonner à nouveau » à travers les rayons étincelants que le soleil fait briller sur la surface argentée du Samaa.


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20.07.2018 - Océanographie, Climatologie, Météorologie, Atmospheric Measurement Technology, Navire de recherche

FLOTTE OCÉANOGRAPHIQUE
AVEC L'« ALDÉBARAN », L'ÉTUDE DE L'AIR ET DES MERS VA S'ACCENTUER

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« Un partenariat essentiel » ; selon le Docteur Yilmaz, directrice de l'Institut d'Océanographie, l'association avec les équipes de chercheurs spécialistes en météorologie et climatologie a été « structurante » dans le développement des projets de recherche nationaux. Avec l'Institut de l'Atmosphère, les experts de la mer, des fonds marins et des milieux océaniques bénéficient d'un partage de connaissances et d'expertises dans l'utilisation d'outils de recherche de pointe ; et, désormais, dans leur développement. Lancé ce mois de juillet, le nouveau navire océanographique azuréen « Aldébaran » vient suppléer l'Albiréo, dont les expéditions ont déjà permis une cartographie complète du domaine maritime national et l'apport de nouveaux enseignements sur les écosystèmes et les gisements halieutiques. Capables de déployer des mini-sous-marins d'exploration scientifique, les deux navires « complètent un dispositif en profonde restructuration » pour propulser l'Azur au premier rang mondial de la recherche océanique et atmosphérique.

« L'Aldébaran est un bijou pour nous autres chercheurs », s'extasie Yasser Mustansîr, chef du département de bioclimatologie au sein de l'Institut atmosphérique. Ce spécialiste explique qu'en raison des développements des technologies de surveillance aérospatiales, « de moins en moins de pays ont investi dans les réseaux stations météorologiques », misant tout sur les modèles numériques prédictifs à partir de données satellitaires obtenues par remote sensing. Moins coûteux, réputés plus efficaces pour produire les grandes tendances météorologiques au grand public et au secteur de l'aviation, les réseaux satellitaires « ont fait disparaître un tissu de stations locales », dont la qualité des données par prélèvement in situ demeure « inégalée. » Un désinvestissement des ministères dans la majorité des pays du monde, qui laissent aujourd'hui les chercheurs et les entreprises tributaires de données produites par les réseaux satellitaires complets, qui se comptent sur le doigt d'une main - Tanska, le Faravan et peut-être le Grand Kah sont aujourd'hui les puissances spatiales capables d'assurer la fourniture d'un service essentiel pour le suivi de l'atmosphère, à la fois dans sa composante météo indispensable à l'agriculture, au trafic aérien et maritime, et à la prévention contre les catastrophes naturelles mais aussi dans sa composante climatique, objet de recherches croissantes. D'où un impératif, selon le Professeur Mustansîr : « retrouver la qualité des données » produites par les réseaux de stations locales dans les années soixante à quatre-vingt, avant la généralisation des satellites d'observation météo.

« C'est une super-station-météo flottante », résume un doctorant, qui a participé à l'inauguration de l'Aldébaran en rade d'Anaxandre, la grande métropole portuaire de l'Azur, à l'embouchure du Mirobansar. « Grâce à sa technologie, le navire est polyvalent », explique un ingénieur ayant abouti au projet de nouveau navire océanographique pour la flotte de recherche nationale. En effet, capable d'héberger des mini-sous-marins d'exploration subocéanique Matsyayugma achetés au Jashuria, doté d'un sonar DSS-20 conçu par la keiretsu kah-tanaise Saphir Technologies, l'Aldébaran multiplie ses services en répondant au cahier des charges des études de l'atmosphère ; il est doté d'un réservoir et d'un décondensateur d'hélium « bisotopique », et d'une capacité de déploiement de ballons-sondes stratosphériques Ayn al-Qat, un joli petit fleuron produit par la société SKYRAVAN. Ces ballons-sondes, dont le nom signifie affectueusement « Oeil de Chat », permettent le recueil de données ultraprécises, notamment pour la mesure de la concentration d'ozone atmosphérique aux différents étages de la troposphère, grâce à un microréacteur au potassium produisant une donnée chimique, qui peut être transmise automatiquement par onde électromagnétique jusqu'à la station de lancement du ballon, ou une autre station plus proche. Un outil essentiel pour collecter de la donnée de qualité, et notamment surveiller l'évolution de la couche d'ozone, dont de récentes études annoncent une dégradation inquiétante.

« L'Aldébaran pourra faire office de station de collecte de données et de communication d'urgence », notamment avec les autres navires dans la zone grâce au système de communication à ondes courtes employés par un nombre croissant de navires civils et militaires. Selon le Docteur Yilmaz, « le déploiement du navire permettra de compléter de façon décisive l'observation des couches les plus éloignées de l'atmosphère » au-dessus de régions éloignées du territoire national, en particulier en des endroits mal dotés en terme de réseau de stations météorologiques. Un enjeu assumé par le projet SPARK-I annoncé à l'orée des années 2020, et qui vise à répondre complètement aux besoins de la science en matière de couverture des besoins en données pour effectuer une analyse satisfaisante de l'atmosphère. Il pourra également porter assistance à des zones sinistrées, promeut le Ministère de la Guerre, qui entend en faire un atout diplomatique important. En effet, en cas de tsunami, de séisme ou de cyclone, la destruction des capacités terrestres pour la mesure de la situation météorologique peut être un facteur d'aggravation des dégâts sur les populations. Au Deltacruzando, le tsunami de 2014, responsable de milliers de morts sur la côte alguarenaise et caribeña, avait gravement endommagé les vieilles stations locales et induit une sous-estimation du risque météo par les autorités locales ; dans des inondations et des vents forts subséquents, des dizaines d'autres personnes avaient perdu la vie faute d'avoir été placées dans des abris plus sûrs. « L'Aldébaran pourra répondre rapidement » en déployant les ballons Oeil-de-Chat et en réalisant des relevés sismiques rapides à hauteur des côtes.

« Nous vivons dans un monde difficile » sur le plan de la coopération internationale, estime le Docteur Yilmaz dans son allocution inaugurale, rappelant « l'opacité et la méfiance » régnant parfois entre des instituts de recherche concurrents, au détriment du progrès scientifique mondial ; « l'Institut Océanographique, fidèle à sa mission, continuera de produire de la connaissance au bénéfice des populations », et désormais sans attendre la création d'une hypothétique organisation mondiale d'harmonisation des règles civiles et militaires. « Les gouvernements étrangers ignorent la nécessité de la coopération », comme en témoignent de nombreux conflits et la rupture sans motifs d'accords de coopération prometteurs ; « la société dépend pourtant de choses simples et cruciales que seul un travail collectif peut permettre d'obtenir. » A plusieurs, irait-on plus loin ? « L'Azur se tient prêt à partager avec ses partenaires et la communauté mondiale ses observations atmosphériques », rappelle le porte-parole du Diwan ; mais en l'état actuel des choses, « il prend de lui-même l'initiative de mener ses travaux de recherche. » Bien lui en a pris, espèrent les chercheurs des deux instituts partenaires co-gérant l'Aldébaran et son quasi sister-ship, l'Albiréo ; depuis l'arrivée au pouvoir du Grand Vizir Afaghani Pasha, les crédits à la recherche ont été significativement rehaussés, surtout ceux portant à l'étude des risques biogéologiques. « Afaghani Pasha est un "réchauffiste" », s'amuse Zayneb, une étudiante à l'Université Ibn Sina qui fera partie de la première expédition de l'Aldébaran ; « il a conscience du danger que le système climatofasciste fait peser sur l'Humanité » et il « prend les devants » pour proposer une alternative complète, structurée, radicale et positive au « chacun pour soi » des centres de recherche privés qui prétendent, en « abolissant la morale », trouver la panacée, la fontaine de jouvence et la perle du dragon de jade ; « la science ne sert qu'à l'Humanité », résume le Docteur Yilmaz, « et à rien d'autre. » L'Azur peut-il présenter une doctrine politique et épistémologique aussi cohérente que ne le font les réelles puissances technologiques du reste du monde ? « On verra », conjecture l'auteur de cet article, qui reconnaît qu'il « en avait gros sur la patate. »
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01.11.2018 - Climate Change, Drought, Aerosols, Cloud seeding, Adaptation,

ADAPTATION
SÉCHERESSE EN TIGRANE : QĀNĀT ENVISAGE À NOUVEAU LA MÉTÉO MODIFIÉE


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« Nous sommes entrés dans une période de sécheresse structurelle » : c'est sans fard, mais avec réalisme, que le maire du sandjak de Sughdai, localité montagneuse du nord du massif du Tigre, a présenté la situation à l'occasion d'une réunion d'urgence de la province sur la question de l'accès à l'eau. « Nous entrons dans la quatrième année consécutive de déficit hydrique », une première depuis 1984, et qui n'est pas sans rappeler un douloureux précédent. « Comme dans les années quatre-vingt, nous sommes face à des défis inédits pour assurer la satisfaction des besoins agricoles en eau », a ainsi statué Evrendar Kazân, élu appartenant à la Nahda, devant le conseil de la province.

Cette situation n'est pas inédite, mais elle pose à toute la région une question épineuse. « Il pleut 20 à 50 % moins ces dernières années par rapport à la moyenne », explique Güslepe Muhmade, hydrologue à l'Université Ibn Sina, spécialiste des questions d'approvisionnement en eau dans sa terre natale. « Les Monts du Tigre ont toujours été une région sèche, difficile », explique-t-elle, rappelant que « c'est là que la variation des précipitations annuelles est la plus élevée du pays. » Des années sèches, suivies d'années d'inondations, sont « fréquentes » dans les Monts du Tigre. « L'aléa a toujours fait partie des défis du territoire », reconnaissent les pouvoirs publics, qui constatent néanmoins des difficultés croissantes.

Le Diwan a ainsi formulé un plan exceptionnel d'aide pour catastrophe naturelle à près de huit mille éleveurs à travers les sandjaks de Sughdai, de Mahliq et d'Uğuz, qui ont reçu moins de cinquante millimètres cumulés depuis plus de trois ans. Dans ces régions où l'altitude moyenne oscille entre les 2000 et les 2500 mètres, l'élevage est la ressource numéro un des collectivités rurales les plus pauvres, depuis plusieurs siècles. « Ce sont des régions de prédilection pour le nomadisme », remarque le Professeur Muhmade ; la spécialiste explique que « la grande variabilité saisonnale et interannuelle est un facteur majeur de déplacement des cheptels à travers les grands espaces de pâturages des montagnes du Tigre. » Le Tigre, berceau de la culture nomade altaï, revêt pour l'Azur un caractère symbolique important. C'est également à Sughdai que se dresse le monument commémorant la révolte de Bii Biyeljî. En 1964-1966, les populations nomades réfractaires aux politiques de sédentarisation agressives menées par le gouvernement central avaient pris les armes contre la saisie de leurs cheptels, et défendu leur modèle pastoral contre la planification étatique. Le monument de Sughdai, qui contient les noms d'autour de vingt mille personnes, avait été élevé en 1979 après le renversement de la République pour honorer les victimes des clans locaux. « L'attachement au nomadisme est particulièrement fort ici », juge une habitante, qui compte trois membres de sa famille ayant participé à l'insurrection de 1964.

« Aujourd'hui, le nomadisme fait face à de nombreux défis », reconnaît le maire du sandjak, qui se présente pourtant comme un descendant de révoltés. Selon lui, « l'urbanisation croissante » et « la variabilité saisonnale et interannuelle » se conjuguent pour accroître le péril sur la ressource en eau. « Nous devons trouver des moyens d'adaptation à une situation de plus en plus complexe », dit-il pour justifier, par exemple, les interdictions de prélèvements hydriques à des fins industrielles, qui ont déjà immobilisé des sites de raffinage du pétrole, mais aussi des industries agroalimentaires. Deuxième région la plus bâtie en barrages hydroélectriques en Azur, la Tigrane voit aujourd'hui le niveau de ses retenues baisser annuellement. « La question de la production électrique pour la métropole agatharchidienne n'est pas encore posée », estime le Diwan, qui assure que l'électricité n'est pas menacée par la sécheresse continue sur les montagnes qui alimentent la capitale à hauteur de 30 % de sa consommation. « Néanmoins, les trois sandjaks du Tigre Nord font face à un défi important. »

L'alerte sécheresse est donc lancée à Sughdai et dans les départements voisins, et des actions exceptionnelles vont être mises en place. « On a déjà connu ça », dit un habitant ; en 1984, certes, mais aussi durant les sécheresses éclair de 1998 et 2005. A priori, rien de particulièrement inquiétant. Nassim Tajrukk, membre d'une coopérative laitière de la région, assure que le cas de figure est connu. « Il n'y a rien de mieux à faire », estime-t-il : « en alpages, la sécheresse est évidente » : du fait de l'assèchement du sol superficiel, l'herbe des prairies qui nourrissent habituellement les troupeau ne se regénère plus, à tel point qu'un déficit régional en alimentation menace le bétail. « Le gouvernement met en place des livraisons venues de l'extérieur de la province, mais on devra réformer autour de 10 % des têtes », c'est-à-dire réduire le nombre d'animaux. « Le niveau d'indemnisation est plutôt satisfaisant », se réjouit l'éleveur ; un niveau qui avait déjà fait pâlir la ministre du Développement en commission au Sérail. Selon le Diwan, l'enveloppe votée par les parlementaires « ajoute au fardeau budgétaire » d'une région qui reçoit plus d'aides gouvernementales qu'elle ne produit de recettes fiscales. « Le nomadisme, c'est beau mais ce n'est pas rentable », aurait ironisé un délégué parlementaire, créant un petit émoi parmi les communautés rurales de la région.

Evrendar Kazân et le conseil provincial ont saisi la coopérative Qānāt, leader azuréen de l'irrigation et de l'ingénieurie hydraulique, pour « identifier des solutions techniques à terme » face au défi des sécheresses récurrentes, qui rendent de plus en plus irréconciliables la satisfaction des besoins des éleveurs nomades et la productivité économique. « Il faut trouver un moyen de préserver nos traditions et la soutenabilité économique » des Monts du Tigre, que certains climatologues jugent comme l'une des régions les plus exposées au changement climatique. Selon les scientifiques, près de 90 % des glaciers de haute montagne, qui alimentent la plupart des rivières et des barrages de la région, auront disparu d'ici 2070 ; une extinction qui serre le coeur autant qu'elle questionne la durabilité et la viabilité des activités humaines dépendant de cette ressource. De plus, la variabilité internannuelle dans le régime des pluies va s'accentuer. La question est donc désormais posée de trouver des moyens d'adaptation face à une contrainte structurelle. « On ne peut plus indemniser et continuer comme avant », résume l'élu, « il faut changer nos manières de faire et trouver des solutions techniques. » Un cahier des charges complexe se présente donc aux ingénieurs de la Qānāt. « L'enjeu est tout simplement de trouver une viabilité à l'élevage traditionnel en période de changements climatiques. »

Abdulkarim Sakir, directeur de la Qānāt, a pris la parole pour la première fois à ce sujet depuis la sollicitation des collectivités de Tigrane la semaine dernière. Il a jugé que les pouvoirs publics faisaient preuve de « lucidité » vis-à-vis de la situation hydrologique de leur territoire. « Le réapprovisionnement du cycle de l'eau est en train de muter », a-t-il rappelé, estimant que la disparition des glaciers était « le défi à long-terme le plus important », car cette mutation posait directement « la question de la soutenabilité de l'agriculture sur le Platea azuréen » ; avec près de 30 % de la production hydroélectrique pour les trente millions d'habitants de la mégalopole capitale, et 60 % de l'irrigation en zone agricole, le bassin du Tigre, alimenté par les pluies erratiques sur les profils montagneux et la fonte des neige, « verra sa productivité décroître. » Selon le directeur Sakir, « le Diwan a bien conscience de cet enjeu », comme en témoigne le lancement d'un projet visant à mieux comprendre les dynamiques météoclimatiques à l'oeuvre dans la région Afarée-Nazum. « Les chercheurs nous permettront de mieux comprendre les mutations en cours », a estimé le chef de la Qānāt ; « mais c'est à nous, ingénieurs, de trouver des solutions. » Des solutions qu'Abdulkarim Sakir semble ressortir du tiroir.

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« Nous relançons nos programmes sur la pluie artificielle », a annoncé la coopérative, qui avait pourtant tourné la page de ces technologies depuis les années quatre-vingt. « Nous travaillons à des molécules plus performantes et plus satisfaisantes que les techniques du siècle dernier », indique-t-on à la presse. Et pour cause : la pluie artificielle, provoquée par la diffusion d'agents chimiques dans l'atmosphère, est une technique jugée « archaïque » par la plupart des experts. En cause, « un rapport coût/bénéfices insatisfaisant », fait état la coopérative d'irrigation et d'hydraulique dans l'un de ses rapports techniques, qui préconise l'abandon de la méthode d'ensemencement atmosphérique pour pallier aux besoins en eau des cultures. « La diffusion d'un agent dans l'air pour provoquer des précipitations est trop aléatoire pour apporter des résultats réellement efficaces », notent les ingénieurs. A sa création, la coopérative avait même fait du passage des techniques intensives de la Révolution verte à des pratiques plus agroécologiques l'un de ses piliers pour développer des techniques d'irrigation rentable. « La Qānāt est un leader mondial de la microirrigation », nous rappelle le Güslepe Muhmade. Mais si les techniques azuréennes permettent aujourd'hui à la production arboricole de prospérer, « le goutte-à-goutte ou la microaspersion ne conviennent pas à l'entretien des prairies. » Un déficit technique qui rend les pâturages naturels, vastes et fréquemment asséchés, très vulnérables aux évolutions du climat. « On ne va pas répandre des mètres cubes d'eau sur une prairie », juge un ingénieur agronome, « ni déployer de la microirrigation au pied de chaque brin d'herbe. » Pour lui, la prairie est « fragile » face au péril de la sécheresse, et les techniques actuelles d'irrigation ne permettent pas de pallier à cette fragilité.

« Pendant les années soixante et soixante-dix, la République promouvait la pluie artificielle pour stimuler la production agricole » ; en tant qu'hydrologue, Güslepe Muhmade juge aujourd'hui que la science dispose d'un « recul suffisant » pour évaluer les conséquences environnementales, économiques et sociales de la « Révolution verte. » « La recherche de productivité par les techniques modernes a été une voie sans issue pour l'Azur et ses écosystèmes fragiles » : un constat partagé par la classe scientifique, qui identifie la plupart des crises écologiques et sanitaires des années quatre-vingt aux pratiques débridées des années soixante. « La pollution des nappes phréatiques aux nitrates dans la région du Shediz découlait directement du recours sans mesure aux engrais minéraux chimiques » ; « avec les pesticides et l'utilisation de nouvelles techniques génomiques pour produire des variétés ultra-rentables, la pluie artificielle a été le recours préféré de la dictature pour mener à bien la révolution agricole dont elle rêvait. » L'historien Yusef Wandî abonde à ce propos : « les républicains, notamment le Président Muğarrım Pasha, étaient des techno-solutionnistes enthousiastes. » Face aux défis de l'urbanisation et de la sécheresse, risque-t-on de voir les politiques publiques retomber dans les travers de la dictature scientiste ?

« Il n'est pas question de reprendre les épandages massifs d'iodure d'argent », met en garde la Qānāt ; « l'efficacité de ces techniques ne correspond pas aux attentes du vingt-et-unième siècle. » L'iodure d'argent, utilisée comme noyau cryogène capable de déclencher la condensation des nuages en précipitations, était largement utilisée pour stimuler les pluies dans les hauteurs et garantir un niveau piezométrique stable dans les cours d'eau de Tigrane. Ce produit, qui n'a pas d'effet néfaste prouvé, n'en demeure pas moins « coûteux » et « erratique », tant l'épandage de cet aérosol dépend, pour déclencher des pluies efficaces, « de l'humidité atmosphérique générale. » L'hydrologue analyse donc le rejet de l'iodure d'argent comme un constat général ; les « grandes pluies artificielles » des années soixante, qui avaient été pensées pour « annuler la saisonnalité » et créer « un climat artificiel, sous cloche, sous contrôle » dans les grandes vallées de barrages hydroélectriques, ne sont donc pas appelées à se reproduire. Les ingénieurs hydrauliques eux-mêmes jugent le recours à l'iodure d'argent « abusif et inefficace » ; ils promeuvent plutôt des « frappes ciblées » à l'aide de dérivés soufrés, essentiellement pour réduire les dégâts liés à la grêle fréquente en haute montagne. Néanmoins, l'objectif d'Abdulkarim Sakir veut désormais aller au-delà : « nous devons être capables de compenser le déficit hydrique par tous les moyens possibles. »

Selon des informations de sources dans la coopérative d'ingénieurie hydraulique, l'idée privilégiée par la Qānāt consiste à « développer de nouvelles technologiques d'appel aux précipitations » basée sur « des phénomènes naturels observables », tels que les facteurs biotiques dans les forêts tropicales humides. « Répliquer la manière dont les écosystèmes humides appellent les pluies est une voie prometteuse », veut croire un ingénieur, auquel un collègue rétorque que « l'enjeu central n'est pas d'appeler, mais de produire la pluie. » Interrogée à ce sujet, SKYRAVAN, qui propose déjà à l'agriculture des services en matière d'information météorologique grâce à ses stations de surveillance aérienne, juge qu'introduire un nouveau régime de pluies artificielles est « conditionné à la possibilité de réintroduire le courant de mousson jusqu'au coeur du désert » ; le « courant de mousson », un phénomène de circulation atmosphérique lié aux orages de l'été azuréen, à l'origine des apports saisonniers en précipitations venues des mers chaudes et humides vers les espaces secs d'altitude, est en effet selon l'Institut de l'Atmosphère « entré dans une phase d'activité historiquement basse » expliquant la sécheresse. Au coeur d'une politique de retour des pluies se trouverait donc l'enjeu de comprendre, pour « le recréer en partie », le phénomène atmosphérique qui permet l'alimentation saisonnale des montagnes du Tigre en pluies. La Qānāt, qui préfère ne pas commenter cette hypothèse, s'en tient plutôt à des objectifs « plus raisonnables » selon Güslepe Muhmade. « Le plus probable reste la généralisation d'aérosols organiques », réputés plus efficaces que les molécules inorganiques d'iodure d'argent ou de sulfates.

« Nous lancerons les premiers tests de polyoxosulfates d'ammonium d'ici la fin 2018 », établit la coopérative d'irrigation dans un communiqué. Ces molécules, dont l'effet « noyau d'Aitken » est supposé accélérer la condensation de manière plus efficace que l'iodure d'argent, sont pourtant relativement peu utilisées à l'international, du fait d'une fabrication coûteuse. « Les APS [Ammoniacal Poly Sulphates, n.d.l.r.] sont les techniques les plus prometteuses en matière de pluie artificielle », juge un expert qui préfère rester anonyme, et qui a travaillé comme consultant dans d'autres programmes d'altération météorologique contrôlée à des fins agricoles et militaires. « Mais de là à en faire un usage généralisé pour corriger les effets d'une sécheresse décennale ou centennale, il y a un pas à franchir. » La Qānāt pourra-t-elle avoir les jambes assez longues ? Son directeur veut y croire, et avec lui les pouvoirs publics territoriaux et nationaux, qui ont promis une grosse enveloppe pour accélérer la recherche et développement dans ce sens.
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