25/11/2018
14:12:57
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La Guerre des Ombres / Vöynÿa n Kÿyerneyta

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La Guerre des Ombres
♠ Vöynÿa n Kÿyerneyta ♠


"Les dés sont lancés. Le conflit débute. C'est le début d'une periode sinistre pour le pays."
"Reks keyäas. Vonönÿa plörë. Nÿ ployöre në yankäsonä fantäķÿyn pön änto."

Ici sont réunies toutes les actualités, histoires, allocutions et écrits en rapport avec l'épisode de la Guerre des Ombres.

Survolez certains bouts de texte avec votre souris pour afficher les traductions.

* * *

Indices

[♠] : Corvus
[♜] : MIRA / ARA
[❀] : Gouvernement Antarien
[⚯] : Edwige, Luca et Märtÿ
[✚] : Rex
[☙] : Chloé et Marsile
[ ♄ ] : Saturne


D'autres indices sont à venir à mesure que l'histoire avance.
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[♜] Eÿto Nön, nä alkuperä
Kapöli 1: Vlamystëlä


"Il est possible que nous ayons trouvé une solution à votre problème."

Ces mots résonnaient plus fort que d'habitude cette nuit là, non seulement à cause du silence qui pesait comme pierre lourde dans la salle, mais aussi pour l'impossibilité qu'était celle de l'entendre. Cette nuit là.

Il y a seulement quelques heures. C'était un désastre. L'opération la plus humiliante qui ait jamais vu le jour. mais aujourd'hui, l'espoir frappait à la porte. Une solution, c'est bien ce qu'on leur offrait. Et, peut être aussi, une chance. Une chance d'aboutir à ce qui avait été originellement prévu. Cet engoument bien trouvé pour un retournement de situation, un abus satanique de la confiance qui a été remise en ces mains. Cette confiance, celle qui perdait d'un coup de l'élan, et qui en retrouvait ce soir. Après tout, qui a besoin de confiance lorsqu'on peut forcer son propre passage.

Cette phrase, ou plutôt ce son, effleura les oreilles des représentants. La salle était sombre, l'atmosphère de même. Et leurs expressions ? Impassibles, comme d'habitude. Seule Electre souriait sous son masque, mais cela, on le savait déjà. Les autres attendaient encore les explications. Tous réunis, tous unis, tous les individus les plus dangereux de la nation au même endroit.

Cette réunion n'était certainement pas habituelle. Elle était à vrai dire exceptionelle. On avait déjà perdu espoir. On pensait déjà devoir rendre les armes. On attendait le procès, les barreaux froids et secs de la cellule où leurs vies allait s'arrêter. Le plus stressé d'entre eux à cette idée, c'était certainement Wiff. Toute sa vie, il l'avait passé sous couverture pour cacher sa position à sa femme et son enfant en bas âge, et il frôlait de voir cette structure se décomposer d'une seule frappe. De l'autre coté, Cassandra s'était promise de tuer le plus possible avant d'être arrêtée. Après tout, elle allait déjà devoir faire face à la perpétuité. Et encore et toujours, Electre souriait. Mais nous y reviendrons plus tard, le pourquoi nous choquerait désormais.

L'avenir d'une nation, peut être d'un continent aussi, tenait simplement à cettre phrase. Ce mot. La solution. Quelle solution ? On avait tout essayé. Tout vu. Tout entendu. On avait tué, torturé, menacé, rien n'avait marché. Dans ses opérations journalières, le groupe réussissait sans cesse avec un brio absolu. Et désormais, lorsqu'il fut temps de s'indépendentiser, tout l'espoir et la compétence se diluait dans de l'eau froide. C'était une nouvelle fois humiliant.

L'Escoffier se tenait face à ces titans sans visage, sans expressions, des dents de sabre cachés sous les mains, son projet en tête. Une solution, c'est ce qu'il était venu apporter. Quelquechose qui allait changer la donne. Son niveau de stress était comprehensible. Mais il n'allaît pas flancher devant ses pairs.

"Vous avez ouï juste. Une solution, c'est ce que je vous apporte. Elle était si simple à trouver, je dois dire..."

L'humour ne marchait pas dans ces circonstances, et certainement pas avec ce public. Ils n'étaient pas là pour rire. Pour eux, il était question de survie. Ils n'allaient pas se laisser distraire par des expressions ou tournures de phrase colloquiales. Il le savait très bien. Ainsi, l'Escoffier reprit son discours.

"Vous rappelez vous, par le plus grand des hasards, de la jeune Chloé ?"

Il était facile de se rendre compte que quelques visages s'étaient allumés parmi les agents. Les plus intelligents avaient déjà tout compris de l'idée de leur équipier, mais pour d'autres, ils attendaient encore d'en venir au fait. Après tout, nous n'étions qu'au début du discours.

"Ce que nous avons trouvé, vous le savez, va au delà de tout ce que nous avions pu espérer. Ce n'est plus une culture, c'est un pays entier. Une civilisation qui vit parmi nous, en Antares."

"Viens en au fait."

VNC n'aimait pas les longs discours. Il ne lisait ni ne regardait de films, non que les autres en consommaient de nombreux, mais il n'aimait tout simplement pas le suspense. C'était puéril à ses yeux. Et on le comprennait, surtout dans cette situation. L'Escoffier s'attendait à cette réaction de sa part, il avait justement prévu d'en venir au fait, comme instruit.

"En bref, nous avons analysé nos chances en essayant de fomenter un mouvement à partir de cette facette du pays. C'est possible."

Electre était sur le bord du fou rire. Intérieurement, elle brûlait de joie, d'excitation, de rage, de rire. Mais aux yeux des autres, elle restait solide comme une statue. Et pourtant, même dans le vide de ses deux yeux scintillants sur son masque, on y voyait son humeur. Elle pensait. Pire, elle rêvait.

"Très bien. On se remet au travail."

Comme si rien ne s'était passé, comme si ils n'avaient pas traversé une période de sueurs glaciales, Jack balaya le discours d'un geste de main approbatif, et se leva. Il ne fallait point passer par quatre chemins avec lui, si quelquechose tenait la route, il fallait commencer à y travailler sans superflus verbaux. Les autres membres suivirent ainsi son exemple et se levèrent tous en silence. Tous se dirigeant vers la sortie, tous sauf Electre qui partait vers les toilettes.

"Tu ne travailles pas, Electre ?"

Mauser était surpris par le comportement de sa collègue, d'habitude si excitée par l'idée de terminer une tâche sans attendre. Et le fait qu'elle ne s'absentait quasiment jamais du groupe.

"Cela fait 37 heures. Et où est passée ta courtoisie ?"

Electre arrivait difficilement a prononcer des mots. Elle voulu rire, rire tellement. Mais elle garda tout de même une voix normale pour parler avec Mauser.

"Mes excuses. Il est vrai que la situation est insolite. Prends le temps nécessaire."

Il s'avera ainsi compréhensif, laissant le temps à Electre pour s'introduire dans les sanitaires, fermer la porte a clef et frappa le lavabo avec ses deux mains, en s'appuyant dessus. Elle savait que cette zone était insonorisée. Son fou rire pouvait ainsi se l'ibérer. D'une traite, d'un cri puissant, toute l'énergie, tout le rire qu'elle contennait, toute l'hystérie se déversa d'un coup, telle une régurgitation sinistre. Pendant de longues minutes, elle ne cessa de rire. Rire encore, rire comme une folle, une demeurée. Elle l'était après tout. Alors que son rire s'effaçait lentement, elle empoigna son masque avec une main et le déchira de son visage. Elle respira à grand coups, continua de rire te temps en temps, puis redressa sa tête pour se regarder dans le mirroir. Son visage était celui d'une tueuse, d'une folle. Ses pupilles étaient minuscules, elle souriait hystériquement, son expression faisait peur. Au milieu de deux accès de rire, elle commença a fredonner quelques paroles. Ces paroles qui débutèrent la guerre. Après tant de minutes, et même quelques pleurs de joie, elle frappa ses mains sur le lavabo à nouveau. Cette fois, elle regardait le mirroir de façon déterminée, mais toujours aussi hystérique.

"S...Sy..."

Elle tremblait. Elle jouissait. Les mots n'arrivaient pas à sortir. Elle était à bout de souffle. Et seulement après une longue inspiration, elle essuya enfin un sourire normal. D'une voix déterminée, heureuse et quelque peu tremblante, elle annonça:

"Syvä ëto... Shön ëmnö."


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Durant cet épisode, on assiste à une réunion de la MIRA (Services secrets Antariens) sur la possibilité de s'allier à un nouveau mouvement culturel pour une opération à grande envergure pour faire tomber le gouvernement.
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[❀] Nykÿnenstät
Kapöli 1: Vlamystëlä


"C'est quoi ça ? Un nouveau mouvement social ?"

Le Président de la République avait du travail, beaucoup de travail, assez pour ne pas avoir à se soucier des problèmes mineurs. Ces problèmes là, c'était à d'autres de s'en intéresser. Il ne pouvait pas se permettre de s'éterniser sur chaque petit détail d'un pays entier, après tout.

"Culturel. C'est un mouvement culturel."

Le conseiller essayait tant bien que mal de convaincre son supérieur de la gravité de la situation. Les chances étaient minces, même quand on lui accordait une once d'intérêt, on oubliait très rapidement de s'en occuper par la suite.

"Et ? Demandez à madame Beauxvents de s'en occuper. Elle le fait très bien."

Le conseiller prit ainsi un ton plus grave.

"Monsieur. Ces personnes revendique un nouvel Etat. Ils sont armés."

C'était assez pour attirer l'attention du Président de la République. D'un coup, comme par une magie obscure, tous ses rendez-vous se voyaient repoussés et son attention était complète.

"Vous insinuez qu'un groupe terroriste s'est formé ?"

"Il ne s'est pas formé. Il a toujours existé. Mais d'un coup, il s'est réveillé."

"Je comprends rien, qu'es-ce que ça veut dire ?"

"Je ne sais pas très bien moi même..."

"Que dit monsieur Alénan à ce propos ? Faut il mobiliser des agents ? Vous avez contacté le bureau central de la MIRA ?"

"C'est ce qui m'inquiète. La MIRA ne semble donner que de vagues réponses. Elle est occupée. Mais elle travaille déjà sur le problème. Quand à Monsieur Alénan, il est en déplacement."

"Appelez Electre sur son numéro personnel. Je la veut ici, et avec des informations. Et quand à monsieur Alénan, essayer de le joindre à tout prix. La dernière chose que je veux c'est avoir à faire à ce genre de problème."

Il s'appretait justement à s'absenter pour régler ses autres problèmes supposéments plus importants. Il prit hâtivement une bouteille d'eau d'une étagère près de la porte, lorsque le conseiller l'arrêta.

"Vous devriez peut être savoir aussi... Le maire de Henne a disparu."

À ce moment là, pris par surprise, le Président predit prise sur la bouteille. Alors qu'elle tombait, cette information explosait dans sa tête. Lui qui avait travaillé pour rendre le pays meilleur voyait désormais un nouveau problème surgir de nulle part. La consternation était insupportable. La bouteille se brisa enfin, en milliers de morceaux et gouttes sur le parquet de la chambre, dans un vaccarme assourdissant. Ces gouttes, ces échardes de verre, tous ces morceaux annonçaient le début d'un siège sanguinaire.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Prisé par son travail, le Président de la République ne comprends pas le danger. Jusqu'à ce que l'enlèvement lui soit présenté. Il appelle Electre, une haut-gradée de la MIRA pour une enquête sur la situation.
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Département de la Presse Nationale Antarienne


Date de la Dépêche: 26 Juin 2018
Pays Concerné: Antares
Code d'Identification DPNA: PO-27782



Dépêche du DPNA:

Le maire de la ville de Henne a été porté disparu la nuit dernière, suite à des circonstances inexpliqués. Cette nouvelle semble choquer le reste du pays, tandis que la ville concernée reste presque impassible. Les autorités sur place parlent d'un enlèvement probable effectué par "Des professionels du milieu", mais ne donnent cependant aucune raison pour l'action.

Selon les citoyens, il s'agit sans l'ombre d'un doute d'un enlèvement, un qui se saurai su plusieurs jours auparavant au travers de rumeurs. Certains décrivent une "Situation inévitable" sans donner plus de détails. Dans l'absolu, il s'agirait d'un enlèvement à caractère politique.

Certains citoyens ont été plus bavards sur la question, citant notamment une "insatisfaction générale" de la "mentalité générale et du type de gouvernement en place".

Les réponses restent vagues, personne ne sait réellement ce qui se passe ou leurs convictions, mais les mêmes histoires resurgissent avec beaucoup de similitudes.

Certains experts en sociologie se sont penchés sur la question, parlant d'un "remaniment culturel" selon les salonistes de l'ALMA. Palatine de Rigault trouve même cette occurence "Justifiable" et "Les rémanents d'une culture préantarienne dévaluée".

Cette confusion notable ne cause cependant pas de panique générale, un calme presque anormal est même à noter.


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Lÿsä Köwnatör, ??? a écrit :
26/06/2018 à 20:57 à la Taverne du Pieu Vert, Henne

"Där Edustäye nä Korvä,

Më ölemnë vyndöyn sänyët tarvÿyävat varmnt altäksemnë operätiomneydä, kaksÿyn vösiķä sä yälkön, kön mnëytä sörsy yamnäÿyn edystyksÿynën lumnu tämän män mnäravÿyn. Olosuytë övat yerätanë meyķä ya kaykylvä asukä tamn kapynöydä, öta takaÿsyn së, mykä meyltä on varastëtu, körvata yökäya.

Täna yltäna më ötame voymamnä tasäÿyn. Ötame mnalynän takaÿysyn. Tästa lämnytän taÿynster vapäutemnë pulestä, täyk vyëmne pernytömne mnäutän yösomnëde avoÿyksy. Mnuykÿmna, sylä täm vöy ovnë vymeysëmne.

Udächy, pölimnäÿyn nä Korvä !"

- Lÿsä Köwnatör

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Dans cet épisode, on assiste à un discours qui marque le soulèvement de la culture Corvienne par Lÿsä Köwnatör dans la taverne du Pieu Vert à Henne, l'un des locaux les plus fréquentés par les adeptes corvuns.

Rappel: Survolez le texte écrit en Corvun Standardisé avec votre souris pour afficher la traduction française.
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[♠] Mäleke nä paxätyä
Kapöli 1: Vlamystëlä


Des gouttes tombaient du plafond à intervalles régulières. Il y avait un certain nombres de fuites, il était certain, mais la pluie lourde qui s'abattait cette nuit sur la ville de Henne n'arrangeait rien. la toîture était aussi en quelques sortes à blâmer pour cette inconvénience. Quoi qu'il en soit, ce sera bientôt terminé, et ils pourront rentrer chez eux rapidement.

De son côté, Heykÿ feuilletait un livre aux pages jaunies par le temps, embrasé sur l'un des bords et visiblement peinant à garder les feuilles correctement liées. Sa lecture était calme, reposée, elle avait un arrière goût de récompense, mais surtout de réconfort. Le feu de bois craquait doucement derrière lui, émettant un halo irrégulier sur son texte. Il tournait ses pages avec la plus grande des délicatesses, comme s'il s'agissait d'une bible vielle de plusieurs siècles, en prenant soin de ne pas abimer les bords. Sa respiration était lente. Il était calme. Il était en paix.

"Enlevez-moi ça de la tête, bordel !"

Heykÿ semblait complètement désintéressé par l'appel à l'aide qu'il venait d'entendre, accompagné de gémissements qui fusaient déjà depuis un moment dans la pièce. Il leva doucement les yeux, comme choisissant de voir si l'individu devant lui l'était toujours, et sans grande surprise il y était. Là, devant lui, sur un fauteil aussi doux que le sien se trouvait un individu, ligotté aux mains et aux pieds, eux mêmes reliés au meuble sur lequel il était assis. Sa tête était couverte par un vulgaire sac en toile blanche, lui donnant cet air d'otage cliché. Toujours aussi nonchalant, cette fois un poil plus énervé de devoir interrompre sa transe intellectuelle, Heykÿ lui adressa quelques mots.

"Un problème, monsieur le maire ?"

Pendant un instant, les deux restèrent en silence. C'était la première fois que le maire entendait une voix humaine lui parler depuis sa capture, il n'avait rien vu ni entendu de familier depuis. Cela faisait maintenant plusieures heures qu'il avait été enlevé, et le repas du soir commençait à retarder. Il était nécessaire de pouvoir souper si on espérait le faire dormir.

"S'il vous plaît, je payerais quelconque somme !"

"Par pitié, rassurez vous monsieur le maire. Vous allez vous irriter les poignets avec les cordes si vous continuez de bouger comme cela."

"Enlevez moi ce sac de ma tête, s'il vous plaît !!"

Le maire continuait de supplier son geôlier présent devant lui, toujours aussi nonchalant mais avec une petite pointe d'empathie pour l'individu visiblement perdu et désorienté. Il cherchait tout de même à le rassurer, il ne courrait point de risque entre ses mains. Après tout, Heykÿ aurait pu l'étrangler, le tuer de ses propres mains sur le champ, mais cette nuit là comme tant d'autres il choisissait la paix, la sienne et celle des autres. Il ne fallait pas s'enrager, ce n'avait pas lieu d'être.

À la demande du maire, Heykÿ décida de tourner la tête vers un coin obscur de la salle. La pièce entière était illuminé seulement par ce feu de bois, ce qui couvrait difficilement chaque angle et recoin. Cependant, lorsque le feu ne craquait point, on pouvait entendre des cliquetis réguliers provenant de l'endroit où le jeune homme regardait. En plissant les yeux, on pouvait en effet appercevoir une ombre provenant d'une autre salle, certainement mieux éclairée, d'où provenait aussi le son. Après une seconde, il prononça quelques mots adressé à celle-ci

"Klarnä, tu l'as entendu. J'enlève ou pas ?"

Un court instant après, une réponse d'une voix féminine douce sortit de la salle.

"Öta së poÿys, eÿ aytä. Voÿmne yöpa vapäütä änyet köysÿsta, küna än pÿsÿy täla."

Heykÿ tourna la tête et regarda le maire à nouveau, l'air hésitant. C'est alors que la femme ajouta quelques mots à son court discours.

"Anënkyn täÿty syödä. Soÿtän Avÿkÿ."

"Très bien. C'est votre jour de chance, monsieur le maire."

Heykÿ se redressa doucement, reposa son livre sur la table basse devant lui d'un soupir qui témoignait d'une déception sans précédent, sans dégoût cependant, puis s'accoupit en face du maire ligoté. Il le regarda avec un aire curieux, puis soupira a nouveau, sourit et enleva le sac d'un coup sec. Dès qu'il fut enlevé, le maire se mit à respirer à grande bouffés, comme s'il vennait de suffoquer tout du long. Il est tout de même vrai que dans un sac pareil, l'air devenait vite irrespirable, et ses attaques de panique n'arrangeaient rien. Heykÿ se transforma soudain de sa personalité nonchalante à un homme serviable et poli, en essayant de le rassurer.

"Ne vous inquiétez pas. Tout va bien. Vous n'avez pas d'asthme, si ?"

Le maire était encore en train de reprendre son souffle, mais malgré la situation il joua le jeu et accepta l'aide. Il fit non de la tête pour signaler qu'il n'avait en effet pas d'asthme. En voyant que son était s'était amélioré, Heykÿ tappa sa main sur son genou de manière amicale et enchaîna.

"Bon, je suppose que vous devez mourir de faim. Ne vous inquiétez pas, Klarnä va préparer la table, cuisiner quelque chose et faire la vaisselle."

De l'autre chambre on entendit soudain des insultes fuser.

"Kuykä söblyät !"

Heykÿ se mit à rire doucement après cette phrase, un rire qui n'était malheureusement pas partagé par son captif. Il le regardait avec des yeux presque en larmes, perdu, suppliant. Jamais il n'aurait imaginé avoir pu être enlevé par un groupe aussi facilement. Où était le reste du groupe d'ailleurs ? Il avait entendu plusieures voix auparavant lors de sa capture. Et le voilà dans un rudimentaire appartement, ligoté à un fauteil. Il se rappela soudain de sa famille, de sa femme et ses deux enfants. Pris par cette vision, il s'écria.

"Ma femme, Mes enfants ! Vous leur avez fait quoi ?! Où sont ils ?! Je veux leur parler !!"

Heykÿ était touché par cette réalisation. Il préparait depuis un moment dans son esprit une réponse à cette pensée qui allait surgir tôt ou tard. Il refit une tappe amicale sur le genou du maire avant de répondre.

"Votre famille a été mise au courrant. Nous les avons rassurés sur votre situation. Ce n'est pas un enlèvement comme ceux qu'on voit dans les films, nous ne demandons rien de particulier. Mon collègue passera demain matin, et vous pourrez les joindre par appel téléphonique sous notre présence. Je le dis à nouveau, il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Vous et votre famille êtes pris en charge."

Ce discours était assez bien brodé pour permettre au maire de se détendre un peu. La situation était en effet plutôt anormale, les enlèvements qu'on était habitué à entendre étaient ceux des rançons, du chantage et de l'extorsion. Celui-ci paraissait presque comme une opération de sauvetage plus qu'autre chose. Et dans des termes plus vastes, ça l'était bien. Mais pour comprendre le pourquoi, il va falloir attendre. Le maire, toujours bluffé par cette prise de parole, essaya d'éclaircir la situation, qui était déjà tout à fait claire.

"Je... Je ne comprends pas... Que voulez-vous de moi ?!"

Heykÿ fit un sourire fugace avant de répondre l'air amusé.

"De vous ? Soyons honnête, pas grand chose. On ne visait pas vous particulièrement. C'était simplement pour faire passer un message. Ne vous inquiétez pas, pour votre réputation d'ailleurs, les citoyens semblent manquer votre présence. Nous vous réinstallerons lorsque tout cela sera terminé, nous ne voulons pas perturber les cycles démocratiques tout de même."

Cette réponse apportait plus de questions que de réponses en réalité, mais elle rassurait. D'une part car la situation était si absurde que le maire ne chercha plus à comprendre, mais aussi car ses ravisseurs étaient d'une sympathie presque candide. On avait rarement vu des criminels aussi compréhensifs, après tout criminels était un grand mot. Après quelques secondes de lapse, Heykÿ tappa une dernière fois sa main sur le genou du maire avant de se lever, un peu péniblement, pour ensuite se tenir debout de manière imposante.

"Bon, on va vous faire dîner. Klarnä, t'as bientôt fini ?"

On entendit un petit son de cloche sortir de la chambre, puis Klarnä qui apparaissait pour la première fois quelques secondes après, debout sur la portière. Elle était de taille moyenne, avait de très longs cheveux roux et le visage d'une petite fille mesquine. Son habit était simple, une longue robe noire avec des manches longues, ressemblant celui d'un docteur de la peste bubonique. Elle regardait Heykÿ avec un air sérieux, lui qui en retour la regardait avec un grand sourir.

"Ölen välmys. Layetämë kyrÿyën yümnëa."

"Quand même, fait un petit effort. Essayons de parler une langue que notre invité comprends, ce n'est pas courtois !"

Klarnä regarda Heykÿ d'un air assassin, puis le maire de même, pour ensuite revenir sur Heykÿ. Elle dit ensuite quelques mots avec un fort accent corvun.

"Tu sais que j'ai un mauvais akksent. Tu veux juste de moquer de moi."

Heykÿ sourit à nouveau, il regarda le maire qui était confus par la situation avant de river ses yeux sur Klarnä à nouveau.

"Ne dis pas ça, tu sais très bien que j'ai beaucoup de respect pour toi."

Klarnä semblait choquée par cette phrase, et rétorqua après quelques secondes de pause.

"Assez de respect pour me tromper avek ma soeur."

Heykÿ fit mine d'être gêné, mais il trouvait cela plutôt amusant de taquiner sa collègue. Il jetta un oeuil rapide sur le maire qui avait une nouvelle expression confuse, mais un peu plus sévère que la précédente. En voyant cela, Heykÿ lui souffla.

"Allons, ne me jugez pas pour cela monsieur le maire. Je n'ai jamais été très fort dans mes relations !"

Klarnä soupira, puis commença a marcher vers une autre porte du coté opposé de la salle.

"Je vais kuisiner, ça sera bientôt prêt."

"Tu as besoin d'aide ?"

"Tu mettrais le feu à l'appartement."

Après cette phrase, elle rentra dans la cuisine d'un pas vif et claqua la porte derrière elle. Heykÿ fit un petit rire avant de se tourner vers le maire.

"Elle a un sale caractère, mais au fond c'est une colombe. Très talentueuse. C'est elle qui rédige les pamphlets et communique avec le gouvernement. C'est probablement elle qui gèrera votre rentrée à la mairie. Mais bon, pour l'instant ce n'est que le début. On aura la chance d'en reparler."

Ils restèrent ainsi en silence. De longues secondes passèrent, jusqu'à ce que le maire osa poser la question qui le tracassait, et tracaissait tout le monde depuis longtemps.

"Je voudrais demander... Qui êtes vous ? Qui sont ces gens, ce groupe ? Quelle langue parlez vous ? Venez vous d'un autre pays en somme ?"

Heykÿ eut un court éclat de rire, comme s'il vennait d'entendre une question élémentaire. Il jetta un oeuil au maire, l'air amusé, puis sans changer de position, il lâcha.

"Nous avons toujours vécu ici monsieur le maire, même avant la proclamation de votre république. Nous avons vécu dans l'ombre, cela nous a point dérangé. Mais lorsque l'on a tenté de nous effacer volontairement, nous avons voulu reprendre le dessus."

Il marqua une courte pause avant de reprendre.

"Vous serez au premières loges, monsieur le maire, pour assister au retour de Corvus."


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Dans cet épisode, on comprend l'envergure des opérations corviennes, et leur intentions de faire passer un message puissant sans terreur. C'est le début d'un soulèvement important.
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[♠] Lapÿym Lÿp
Kapöli 1: Vlamystëlä

Deux hommes se tenaient seuls dans les rues noires. Ils se regardèrent. L'un d'entre eux interrogea l'autre. Suivi de la réponse de celui-ci.

"Nÿyn ?"

"Mynüya ön Lapyÿm Lÿp."

Ils restèrent là un moment. Puis, l'espace d'une seconde, le deuxième homme ouvra son manteau et en sortit un petit carreau de soie. Il prit soigneusement les coins et les écarta doucement pour déplier le drapeau devant lui, devant les yeux émerveillés de son camarade. Celui qui portait l'étendard souffla ainsi.

"Udächy, pölimnäÿyn nä Korvä."


Drapeau de Corvus, Le Drapeau de Pique (Lapÿym Lÿp)


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
On assiste ici à la première instance du drapeau de Corvus, nommé Drapeau de Pique à cause du pictogramme remarquable. Le blanc et le noir sont couleurs primaires dans la culture corvienne, ainsi que l'as de pique qui représente le jeu et le risque. Le jeu d'argent est d'ailleurs une partie importante des pratiques culturelles, comme l'incarnation d'une philosophie tournant autour du risque et la clémence du hasard.
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[❀] Synÿnen Valtÿmo
Kapöli 2: Intervëntiö


Électre
Électre



Le Président de la République était nerveux. C'était la première fois qu'il devait attendre quelqu'un pour son rendez-vous. D'habitude, c'était à lui d'être en retard. Mais là, même avec son retard, il était en avance.

Ces dernières semaines avaient été complexes pour lui. Déjà, les travaux au gouvernement ne manquaient pas, il y avait une quantité de projets de lois absurdes et dans tout cela, il avait presque omis de s'occuper de sa politique étrangère. Et à présent, il devait s'occuper de ce qui semblait être une insurrection. Il ne pouvait pas s'en occuper lui même, il allait donc faire ce que tout bon président antarien aurait fait à sa place: mettre ça sur le dos de la MIRA. Ils s'en occupent déjà tellement bien...

Alors qu'il essaya de fermer les yeux pour récupérer un peu de ce sommeil qu'il avait perdu ces derniers jours, il entendit la porte de son bureau s'ouvrir, puis se refermer subitement. En ouvrant les yeux, il découvrit Electre assise devant lui, devant son bureau, toujours avec son uniforme distincte et son masque de carbone noir comme la nuit spécifique des hauts gradés de la MIRA. La particularité de son masque, évidemment, étaient les deux minuscules points blancs lumineux comme des petites ampoules à la place de ses yeux, lui donnant l'air d'un regard aussi assassin que ses pulsions frôlant la schizophrénie. On avait beau l'ignorer, elle prennait bien de l'aripiprazole tous les matins, sans en abuser bien évidemment, sauf lorsqu'elle était assignée à la torture d'un individu. Dans ces cas, il n'était peut être pas recommandé de calmer ses effets.

Le Président et Electre échangèrent plusieurs regards, avant que le silence soit interrompu.

"Bonjour Electre... Je crois que tu sais pourquoi on vous a appelé ici ?"

"L'enlèvement du maire de Henne."

Sa réponse sèche était typique de celle d'un agent de la MIRA. Droit au but, sans transition, sans particuliers. La situation n'était justement pas des plus compliquées, le maire avait tout simplement disparu, avec certains signes d'effraction dans son domicile. Rien d'autre de très manifeste. Mais là justement résidait l'inquiétude du Président. Comment un événement comme celui-ci a-t-il pu arriver sous le regard d'une des organisations d'élite les plus performantes du continent ?

"Et tu sais m'expliquer pourquoi ?"

Electre resta impassible. Elle avait des ennemis partout. Elle marchait constamment sur un fil de fer. Mais elle y était habituée. Depuis son enfance, elle a toujours marché au dessus du vide, la tête haute. Son rire l'avait ammenée loin. Assez loin pour volontairement se livrer aux services de police suite à cinq braquages à main armée. Et être faussement prononcée morte en prison pour intégrer la MIRA pour ses talents exceptionnels. Elle en avait tué pour être ici. Elle n'avait plus le choix ni le droit à l'erreur désormais.

"Difficilement. Si c'est une critique, Mauser les reçoit mieux."

Electre était probablement la seule personne de tout le rang majeur de la MIRA doté de sens de l'humour. Un humour derrangé, fou très certainement, mais un humour tout de même. elle aidait souvent à détendre l'atmosphère, ou bien à la rendre encore plus tendue dans ce cas. Le second degré ici était difficilement apprécié par le président, qui aurait aimé un peu plus d'empathie envers son égard.

"Electre... On vous paye plus que l'écrasante majorité des services secrets dans le monde... Puis-je vous demander de vous pencher sur cette affaire et de la résoudre le plus vite possible ?"

Electre souriait. Cette situation s'expliquait difficilement. Elle et ses compagnons ne savaient que vaguement ce qui s'était passé au maire de Henne. Rien ni personne en réalité, à part les ravisseurs bien entendu, savaient où il était. Electre s'impatientait. Elle voulait bondir de son siège, le tuer, terminer toute l'opération. Mais il fallait être prudent, et surtout patient. On improvise pas une prise de pouvoir. Elle exécuta alors la partie du plan prévue.

"Ces personnes qui ont ravi le maire ne sont pas des premiers-venus. Ils sont dangereux. Ils sont lourdement armés."

Le président n'en revenait pas. Il pensait revivre l'épisode des patriarches il y a quelques années de cela, où des attentats avaient frappé certains lieux de Margaux heureusement sans faire de victimes. Il n'allait pas prendre cette histoire à la légère et ferait de tout pour arrêter d'avoir à y penser.

Electre avait désormais fait son travail. La MIRA allait recevoir des fonds et des armes pour combattre cet ennemi. Désormais, il était temps qu'Electre plante sa propre graine dans l'opération, ce qu'elle était réellement venu faire depuis le début.

"Vous devriez aussi vous pencher sur la question d'avantage. Les autres membres du conseil voient ces individus comme une menace sans se poser de questions... Vous gagnerez à en savoir plus."

Le président était trop occupé à penser au budget de l'année 2019 pour entendre ce que lui disait Electre. Voyant cela, elle était évidemment frustrée. Le plan ne se déroulait pas comme prévu.

"C'est comme vous voulez, je vous fais confiance. Mais actuellement, ça chauffe au gouvernement. Je dois apporter des réponses. Donc si c'est pour des questions, allez voir le Président du Conseil, il sera ravi de les entendre. Je m'excuse."

C'était peu, mais c'était un peu de lumière pour Electre. Peut être un moyen de se récupérer sur sa lignée. Dans l'absolu, le président de la République était bien plus facile à manipuler dans sa personalité er ses décisions que le Président du Conseil. Lui était plus cryptique, plus calme, plus alerter. Mais il était aussi bien plus curieux. Elle pouvait peut être miser sur cela.

"Très bien. Nous attendrons vos livraisons."

"Je vais en parler avec Monsieur Alénan, il saura vous fournir plus d'armes et tout ce dont vous avez besoin. Merci beaucoup pour votre temps."

Sans rajouter un seul mot, elle se leva du fauteuil, se tourna et quitta la salle. Elle marcha machinalement à travers les couloirs du palais, ce n'était bien sûr pas la première fois qu'elle s'y rendait, ni la première fois qu'elle effectuait la navette entre les bureaux du Président du Conseil et celui de la République. Ils étaient censés travailler main dans la main, mais leurs bureaux étaient dans deux ailes différentes. De quoi fournir aux personnes comme Electre cinq minutes de marche, montés et descentes comprises pour effectuer le voyage.

Une fois arrivée devant la porte, elle attendit une seconde en silence. Le président du conseil n'était pas en réunion. Elle frappa sept fois à la porte, puis s'invita dans le bureau. L'atmosphère comparée au précédent était bien différente, les lumières étaient plus tamisés et les affaires étaient certainement plus organisés. Et surtout, le Président du Conseil était debout devant sa fenêtre plutôt qu'à son bureau. Il avait l'habitude de prendre ce genre de pauses pour calmer son esprit. Et cela marchait très bien.

"Bonsoir Electre."

Le Président du Conseil savait sans même se retourner qu'il s'agissait d'Electre. Ce n'était pas dur à deviner, d'habitude les individus qui rentrent dans sont bureau sont pressés, ont des demandes ou bien sont particulièrement nerveux. Tourna sa tête pour voir que sa théorie était très justement correcte. Le coin de la porte d'entrée de son bureau était aussi particulièrement sombre, les "yeux" d'Electre ressortaient ainsi très bien dans l'obscurité à défaut de son corps. On aurait dit une vision d'horreur. Mais le Président du Conseil avait vu pire. Cela ne le choquait point.

"J'aimerais vous sensibiliser à propos de ce nouveau soulèvement."

Le Président du Conseil resta impassible. Il sirotait un thé, doucement, alors qu'une tueuse d'élite lui parlait.

"Je suis déjà assez alerte sur la question, sachez-le."

Il se retourna pour regarder Electre dans les yeux avec un sourire.

"Et je suppose que vous l'êtes aussi, d'ailleurs."

Electre resta silencieuse. Rares étaient les fois où elle était confrontée à un imprévu. Celui-ci s'avérait véritablement curieux. Comment le Président du Conseil pouvait il savoir ?

"Très bien."

Electre considéra donc son travail achevé. Au diable, elle aura bien une autre chance de se rattraper. Et pourtant, une seconde avant qu'elle quitte le bureau, le Président du Conseil prit la parole à nouveau.

"Vous savez, des événements comme celui-ci, on en croise peu. Il est difficile de juger ce qu'il se passera. Mais tous deux savons bien une chose. Faisons un pari: Le gagnant remporte tout, le perdant tombe."

Horrifiée par le fait d'avoir ouï cette phrase depuis la bouche de son supérieur, un qui devait être ignorant face à cette situation, c'était assez pour la figer sur place. Elle ne pouvait plus parler. Elle allait délirer. Pour se préserver de cette éventualité, elle lâcha un mot avant de s'éclipser.

"Entendu."

Et comme cela, Electre rentra. Elle le savait désormais: Tout ce qu'elle avait prévu pouvait être oublié. Tout était désormais imprévisible. La seule option ? Le pari.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Electre joue le double jeu dans cet épisode. D'un côté, elle cherche à obtenir du financement et du soutien militaire pour mener à bien les opérations nuisibles de la MIRA. De l'autre, elle cherche à rallier le pouvoir du côté de Corvus. Elle est surprise par le fait que le Président du Conseil semble déjà averti sur cette situation, ce qui pourrait compliquer l'avenir du conflit et le rendre imprévisible.
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[♜] Yüne mynä kädun, synä kädut kanķany
Kapöli 2: Intervëntiö


Samson
Samson



Certainement l'un des individus les plus mystérieux du haut conseil de la MIRA, Samson était aussi l'un des plus redoutés. Il ne vient jamais aux réunions. Il ne connaît pas la définition du mot "conséquence". Et ainsi, il n'a rien à perdre.

Naturellement, étant le plus distant du conseil, il avait été choisi pour mener à bien la tâche difficile mais nécessaire lorsqu'il s'agissait d'avoir le support de l'armée pour prendre le pouvoir par la force. Le plan était très simple: Rentrer dans le bureau de Thomas Alénan, le ministre en charge des armées, convaincre quelques généraux de le suivre et ainsi obtenir les clés de l'arsenal. Pour Samson, c'était une promenade de santé.

Il avait passé ces dernières cinq années à étudier le terrain comme tout bon opérateur, en sympathisant avec certains ici et là et en gagnant en réputation. Après tout, il avait déjà un accès très élevé au sein de l'armée, faisant partie du conseil de la MIRA. Il pouvait, si il le voulait, rentrer dans le bureau du ministre sans permission préalable. Mais ce qu'il cherchait, ce n'était pas la permission. C'était le soutient.

La tâche n'était pas non plus très compliquée de ce point de vue là. Samson faisait peur à tout le monde. Non seulement à cause de son masque unique chez les agents de la MIRA, son attitude ou bien sa respiration très lourde, mais plutôt le fait qu'il était exonéré de toutes sortes de conséquences juridiques, ou presque. Tout lui était permis, car tout le monde savait qu'il pouvait tout faire s'il le voulait. Pour ce qui était de ses erreurs, le reste du conseil prennait cela sur eux-mêmes. Samson n'en abusait pas. Au contraire, il jouait bien le jeu. Il lui arrivait cependant de rouer de coups d'autres agents ou militaires lorsqu'il était de mauvaise humeur. C'était là où il faisait peur. Personne n'avait envie de se faire rouer de coups par Samson.

Aujourd'hui, c'était le jour de l'opération. Il avait enlevé, négocié, torturé, tué aussi, pour parvenir à cet aboutissement. La plupart des généraux lui étaient fidèles désormais, ou bien étaient des moins gradés qu'il avait connu auparavant et avait décidé d'investir de l'amitié sur eux en espérant qu'ils grimpent. Tous attendaient son commandement pour agir. Il n'avait qu'à faire ce qu'il avait à faire, et ce qu'il était bien entendu autorisé à faire. Rentrer sans discrétion dans le bureau du ministre des armées et le ligoter à un poteau. Puis prendre le contrôle de l'armée et procéder à des arrestations à travers le pays.

Comme il le faisait à son habitude, Samson parcourait les couloirs de la base Primum Lacertae où se réunissait tout l'état major antarien. Son travail, il était flou et indéfini en réalité. Personne ne savait vraiment pourquoi il était là. Mais son quotidien se résumait souvent à sonner les cloches à des individus qui n'avaient pas fini leur travail à temps, ou bien assister à des réunions. Il ne mangeait presque jamais, on ne le voyait jamais dormir ni boire. Il fréquentait cependant à moultes répétitions par jour la salle de sport de la base, ce qui baissait aussi considérablement le nombre de militaires et de personnel qui la fréquentait en même temps. Samson faisait certainement peur dans les couloirs déjà, mais c'était autre chose que de le croiser alors qu'il soulevait des poids surhumains à vitesse constante, sans jamais essuyer une goutte de sueur. L'incident qui avait définitivement dissuadé les autres de s'y rendre lorsqu'il s'y trouvait fut quand il décida de provoquer un autre individu pour un sparring. L'homme a du être hospitalisé par la suite. Heureusement pour eux, une autre salle était disponible aux étages plus antérieurs de la base, là où Samson ne passait que très peu de fois. Bref, la terreur sur pieds.

Le voilà enfin qui se tenait devant le bureau provisoire de Thomas Alénan, ministre des armées de la République d'Antares. Bien entendu, le ministre avait l'habitude de travailler à Margaux à son ministère, mais il passait souvent ici pour des réunions ou régler d'autres tâches qui demandaient sa présence. Ainsi, un bureau "provisoire" lui était attribué pour qu'il continue ses travaux même en déplacement. Et il était justement présent pour superviser certaines affaires liés à une production importante d'armes légère de dixième génération ainsi que d'autres technologies à usage militaire. Tout avait déjà été aménager pour justifier une abscence plus longue du ministère, et les conflits qui allaient suivre avec les soulèvements corvuns alimenteraient ces justifications. Tout ce que Samson avait à faire, c'était frapper à la porte et l'arrêter.

Et c'est ce qu'il fit. À sa façon, bien sûr.

Il ne pris pas la peine de toquer. Son bureau était au même étage que celui des généraux, eux ayant été avertis de la situation. Il enfonça la porte d'un coup de pied solide, l'éjectant ainsi à plusieurs mètres à l'intérieur de la salle avant de tomber à plat sur le sol. Le ministre des armées étant concentré sur son travail fut des plus ahuris en voyant sa porte traverser la pièce et sauta de son fauteuil d'effroi. Il ne fallait pas attendre une seule seconde pour voir Samson rentrer d'un pas décidé dans le bureau en direction du ministre. Le pauvre ne put même pas penser à prononcer un mot qu'il se fit empoigner par le revers de son costume, soulever d'une force surhumaine et jetter comme un sac de sable à plat sur le bureau. Samson de son côté jouissait de cette expérience. Une fois avoir balancé le ministre sur le bureau, il le retourna pour le mettre sur son ventre et commença a lui ligoter les mains alors qu'il gémissait. Le choc lui avait déboité l'épaule, et la douleur mêlée à la confusion du moment pointaient au cauchemar. Mais tout était bien réel. Samson était dans son habitat naturel désormais. Il n'allait pas laisser quelques gémissements ruiner son moment.

"Ferme-la ou je t'en colle une."

Naturellement, étant dans un état toujours aussi ahuri, Thomas Alénan ne comprennait ni n'entendait les ordres de ce monstre. Alors qu'il finit de lui ligoter les mains avec plusieurs tours de ruban adhésif pour cartons, il l'empoigna à nouveau pour le coller au mur et lui fixer une bande de ruban sur la bouche.

"Je vais te casser toutes tes dents, enculé."

La panique devenait maintenant de l'horreur. Le ministre était au bord des larmes. Il ne savait plus ce qu'il se passait, mais désormais il s'en moquait. Il était impuissant face à Samson. De son côté, lui était aux anges. Après lui avoir scotché là bouche, il le relâcha et il tomba tête la première à plat ventre sur le sol. Dans cette position, il était ainsi plus facile de lui ligoter les jambes.

Une fois le travail terminé, il l'empoigna une dernière fois far le col de sa chemise et l'assit sur sa chaise de bureau. Il prit soin de l'attacher fermement à celle ci, en effectuant plusieurs tours d'adhésif. Le ministre arrivait difficilement à respirer, et le fait d'être scotché à son fauteil restreignait le mouvement naturel de ses poumons. Il manquait d'air, il avait besoin de respirer. Il était au bord de l'évanouissement. Mais Samson n'avait aucune pitié pour lui. Aucune.

Une fois fermement accroché à la chaise, il souleva le tout avec une facilité déconcertante. Il portait dans ses bras une chaise avec le ministre attaché de toutes part dessus, comme un gibier de chasse, comme tout autre objet du quotidien. Ainsi il marchait dans les couloirs, sans dire un mot, regardant droit devant, exécutant. Les autres généraux et personnel étaient tous dissimulés dans leurs bureaux ou bien dans un endroit où ils étaient sûrs de ne pas croiser la bête. Il avait ainsi le champ libre et désert jusqu'au placard de service, qui avait été préalablement vidé pour accueillir la victime. Arrivé devant la porte de celui ci, il porta momentanément la chaise avec un seul bras pour libérer l'autre affin d'empoigner la poignée et accéder à la salle, pour ensuite y jetter le ministre qui tomba avec la chaise sur son côté sur le sol froid et sec du placard. Sans dire un mot, et même sans un seul regard de pitié, il referma la porte d'un coup une fois y avoir largué sa proie. Ainsi se tennait Thomas Alénan, blessé de toutes parts, confus, horrifié de la situation, sur son coté droit alongé par terre. Doucement, alors qu'il manquait d'air pour respirer, il s'évanouit.

De l'autre côté, Samson était des plus heureux. Il fit le chemin à l'envers, marchant d'un pas décidé vers le bureau où il venait de faire irruption. Arrivé sur place, il se pencha pour soulever la porte encore sur le sol et la posa délicatement sur son socle, comme s'il ne l'avait jamais défoncée. Il resta ensuite là un instant, contemplant la salle, puis se dirigea vers le bureau. Il était rempli de papiers, l'ordinateur du ministre ainsi que plusieurs autres accessoires, tous éparpillés après que le ministre ait été balancé dessus. Sans réfléchir, Samson empoigna le bureau dans son entièreté, le souleva du sol et le pencha sur le côté pour faire basculer tout ce qui était posé dessus par terre. Il le reposa ensuite de là où il l'avait soulevé, passa un coup de bras pour enlever définitivement tout ce qui traînait, puis se tourna vers les deux chaises qui se trouvaient devant le bureau placés là pour d'éventuels invités. Voyant qu'une des deux était de trop, il en prit une au hasard et la lança de toutes ses forces vers une étagère de l'autre côté de la salle. Dans un vaccarme assourdissant, l'entièreté de l'étagère s'écroula sur elle même au contact violent avec la chaise qui venait d'être balancée. Tous les objets placés dessus s'éparpillèrent sur le sol, tout ce qui était fait de verre se brisa en mille échardes et les objets métaliques retentissaient sourdement. Sans l'ombre d'un dérrangement vis à vis de cette pagaille, Samson empoigna la chaise qui restait, la posa de l'autre côté du bureau qu'il venait de raser et s'assit dessus en posant ses pieds sur la table.

Il resta là, en silence, dans un bureau saccagé mais sous sa botte, contrôlé par son chaos et sa force. Il était satisfait, enfin. C'était peut être l'une des rares fois dans sa vie où il avait ressenti de la satisfaction réelle.

Après avoir profité de ce court instant, il prit sa radio et alerta les autres généraux.

"J'ai sécurisé le bureau. Retrouvez moi dans cinq minutes dans la salle d'opérations. Je ne veux pas de retards."

Tout était dit. Cinq minutes auparavant, tout était normal. Tout était tranquille. Maintenant, il était assis au bureau du ministre. Lui était dans un placard en train d'agoniser.

C'était ainsi. Le gagnant remporte tout. Le perdant, lui, tombe.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Le plan de la MIRA pour prendre le pouvoir devient réalité. La première étape étant de sécuriser l'armée, Samson rentre en jeu et s'occupe de cet aspect là dès à présent. L'épisode marque le début de l'utilisation de la force armée dans le conflit Corvo-Antarien.
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[♠] Väynö
Kapöli 2: Intervëntiö


"Le Tireur Protecteur" Kärlä Släkk, 2019 (Musée des Arts de Margaux, Huile sur Toile)
"Le Tireur Protecteur" Kärlä Släkk, 2019 (Musée des Arts de Margaux, Huile sur Toile)




Depuis les débuts de Juillet voire de Juin, le rassemblement et l'émancipation de la culture Corvienne prenait une tournure importante. Pendant des années, ils étaient restés volontairement cachés. Puis un jour, on a cherché à les effacer. Une menace, on disait. Et désormais, on les persécutait.

Deux lieux majeurs de manifestations de la culture originale étaient en train de se déveloper en Antares: Le premier, là où tout à commencé, la ville de Henne. Ville riche de cette culture que personne ne savait vraiment de quoi il s'agissait, c'est bien évidemment le berceau choisi d'un retour en vigeur. Seulement les anciens le savent, mais à l'époque de la partition des principautés, Henne était bel et bien la capitale.

Venait aussi la ville de Robaltes, là où la culture était certainement plus minoritaire mais bien plus vivante qu'à Henne. Silencieusement mais à travers le temps, la mode et les coutumes de celle-ci ont évolué et se sont transmises grace aux efforts Robaltois. On les voyait d'ailleurs se promener avec leur fédora et leur long manteau noir, comme de sinistres croque-morts sortis d'un enterrement. C'était en effet un enterrement perpétuel qu'ils vivaient. Et là, c'était la résurrection.

Cette culture, acheminée de la bouche à l'oreille depuis maintenant deux siècles, se portait ainsi plutôt bien. Personne ne leur en voulait, et il ne voulaient de mal à personne. C'est toujours le cas pour eux. Mais les temps on changé. On l'attaque, désormais.

* * *

Sävyk déjeunait comme à son habitude dans le vieux quartier de Henne. Il était souvent accompagné d'amis, parfois de sa famille. Mais aujourd'hui, il profitait de ce moment seul, après une matinée de travail. Il avait pris soin de prendre le filet de boeuf avec la sauce Margalaise, de loin son plat préféré, ainsi que la purée de pommes de terre façon roncevalloise comme accompagnement. Une bière bien ambrée n'était certainement pas de refus non plus, après tout. Pendant qu'il mangeait lentement, il regardait les passants. Il était si émerveillé par la grandeur du monde, qu'il en oubliait souvent de mâcher. Devant lui, sur une petite place, jouaient des enfants avec des billes. Comme au bon vieux temps, il aurait envie de dire. Mais Sävyk était encore jeune, il n'avait pas le luxe de pouvoir dire cela à propos d'autres. Et pourtant, il sentant en lui comme une appartenance à un temps perdu, un temps où l'on vivait sous une tout autre culture.

À côté de lui, un journal. Les nouvelles étaient inchangées depuis des jours: le maire de la ville avait disparu, sans raisons apparentes. Sävyk connaissait la raison au fond de lui, mais il devait comme tout le monde cacher son excitation. Ce n'était qu'un petit message après tout. Et le pays ne semblait pas s'en affoler non plus. Il fallait regarder de l'avant. Peut être un jour, il pourra trouver sa voie.

"Alors Sävyk, je dois appeler ta mère pour lui dire que tu ne manges pas ? Ton repas va se refroidir !"

L'homme se retourna pour se retrouver face à Sëlmä. Cette serveuse, il la connaissait depuis toujours, depuis que lui et ses parents venaient ici lorsqu'il était petit. Et même maintenant, dans sa trentaine, la serveuse lui faisait toujours la remarque lorsqu'il mangeait lentement.

"Je prends mon temps."

Sävyk aimait bien rigoler à propos de son épanouissement lorsqu'il se mettait à table seul, le faisant manger à une vitesse considérablement lente. Sëlmä avait par maintes fois essayé de le convaincre de se dépêcher pour laisser la table à quelqu'un d'autre, sans succès. Elle avait abandonné désormais. Il était plus facile d'en rire que de combattre ce fléau après tout.

"C'est quoi la philosophie aujourd'hui ? Le bonheur ? Le temps ?"

Sävyk et Sëlmä avaient l'habitude de discuter sur des sujets assez philosophiques en effet. Lorsqu'il mangeait, il pensait à un tas de questions, pour ensuite les poser à Sëlmä lorsqu'elle avait enfin le temps de s'attarder à sa table. Et comme souvent, n'ayant pas l'esprit pour ces choses là, elle répondait de façon franche et sans réelle arrière pensée. Elle trouvait simplement cela mignon de voir un enfant qu'elle avait vu grandir être aussi adulte désormais.

Elle regarda par la fenêtre, et fut prise de cette mélancolie en regardant ces enfants jouer aux billes. Autrefois, c'était Sävyk à leur place. Il n'était pas le plus fort, certainement pas. Sa mère se plaignait tout le temps du fait qu'il fallait lui racheter des billes, car il les perdait toutes à chaque fois. Mais il savait toujours réunir des jeunes pour jouer contre lui. Il avait cet étonant talent pour se faire des amis. Il n'allait certainement pas le gâcher comme tant d'autres. Et surtout pas cracher sur les amis qu'il se faisait. Cela serait le comble. Non, Sävyk était responsable, même enfant. Une responsabilité que beaucoup devraient avoir après tout...

"Tiens ! La Paix. Es-ce que ça te parle, la Paix ?"

Sëlmä le regardait avec cet air à moitié amusé, à moitié enfantin, comme celui d'une mère envers ses enfants. Elle jouait le jeu au début, essayant de parler de ces sujets. Mais cet après-midi là, un des employés de la brasserie était malade. Elle ne pouvait dépenser son temps de travail à discuter avec Sävyk. Elle essaya donc de balayer la conversation pour pouvoir s'éclipser.

"La paix, que sais-je, la paix ?"

"Je ne sais pas trop non plus... Mais... Nous sommes en paix... Je le suis pour ma part... Et lorsque nous essayons de faire quelquechose de manière pacifique... Les autres essayent toujours de l'escalader..."

Sëlmä ne savait pas trop quoi répondre. Elle ne voyait pas très bien à quoi pouvait faire allusion Sävyk, à part peut être le nombre de policiers ayant drastiquement augmenté en ville depuis l'enlèvement. Elle lâcha donc sa dernière carte pour essayer de retourner en cuisine aider le reste de l'équipe.

"Bon allez ! Finis de manger ! Ta purée va se refroidir !"

Sävyk préférait lui sourire plutôt que de surenchérir sur les remarques. Un sourire qu'on ne pouvait que rarement oublier.

Alors que Sëlmä était sur le point de repartir, quelquechose à l'extérieur attira son attention. Voyant la serveuse regarder dehors l'air contrariée, Sävyk fit de même. Dehors, sur la place où jouaient les enfants, on voyait un groupe d'officiers militaires armés discuter avec les deux enfants. Ils furent encore plus contrariés lorsque celle qui était vraisemblablement leur mère arriva en courrant pour éclaircir la situation. Sëlma et Sävyk regardèrent la scène avec un regard sévère. Que faisaient ces militaires ici ? Et que voulaient-ils de quelques enfants et une femme ?

Le moment prit une tournure assez dramatique lorsque la femme se retourna et regarda en direction de là où déjeunait Sävyk. Son visage s'illumina subitement. Sëlmä l'avait aussi reconnu, mais demanda tout de même confirmation à Sävyk.

"Eh ! C'est ta cousine Änya, non ? C'est elle avec les enfants ?"

"Je crois bien... Cela fait une éternité que je ne les avait pas vu..."

"Tu n'as pas reconnu ses enfants à rester assis là ?"

"La dernière fois que je les ai vus, ils étaient tout juste nés..."

Änya avait un visage paniqué. Elle avait apperçu Sävyk, et lui faisait signe de venir. En voyant cela, Sävyk se leva de sa chaise et s'habilla machinalement. Sans dire un mot, il se rendit à l'extérieur et alla rejoindre sa cousine. Une fois proche d'elle, elle lui sauta dans les bras.

"Sävyk ! Combien d'années, ça fait du bien de te retrouver ! Et dans quelle situation !"

Sävyk était confus. Derrière elle, les militaires les dévisageaient tous les deux. Il avait un mauvais présentiment.

"Je ne comprends pas... Que ce passe-t-il ? Et... Et comment as-tu su que je déjeunais ici ??"

"Les militaires, je ne sais pas ce qu'ils veulent ! Enfin... Ils veulent parler avec toi."

Après avoir dit cela, l'un d'entre eux s'approcha justement de Sävyk. Sur son gilet, les initiales "MIRA" étaient écrites en bandeaux noirs réflechissant, créant un léger contraste avec leur combinaison déjà noire et bleu marine. L'officier prit Sävyk à part et l'interrogea.

"Monsieur, Sävyk c'est bien cela ?"

"C'est moi. Que voulez vous ?"

"Vos papiers d'identité s'il vous plaît."

Sävyk était très perturbé par la situation. Il n'avait jamais rien fait de suspect ni d'illégal, et le voilà recherché par la MIRA ! Que se passait il ?

"Sauf votre respect, monsieur l'officier... Je ne comprends pas bien ce qui se passe. Que nous voulez vous ?"

D'un ton plus sévère, l'officier répondit.

"Nous ne pouvons pas en parler. Vous devenz venir avec nous. Vous quatre."

"Quatre ?!"

Sävyk eut du mal à contenir sa surprise. Il déjeunait tranquillement, et le voilà pris par la MIRA, ainsi que sa cousine et ses enfants ! Qu'avaient-ils donc fait ?

Soudain, un autre individu fit irruption dans la scène. Il portait lui aussi comme Sävyk un fédora et un long manteau noir, mais il avait l'air bien plus sérieux et surtout, averti. Il interpela les officiers.

"Je peux savoir qu'es-ce que vous leur voulez ?"

Les militaires étaient agacés par cet individu. Il venait de rentrer dans la discussion sans y être invité.

"Et pouvons nous savoir de quelle autorité vous vous mêlez ?"

Sans changer d'expression, l'homme sortit un badge de sa poche et le montra aux militaires. C'était un objet métallique orné, qui visiblement portait une certaine signification. Les militaires se regardèrent entre eux, avant de s'avancer vers l'homme.

"Monsieur, nous allons vous demander de mettre vos mains derrière le dos. Vous êtes en état d'arrestation."

Sävyk n'en revenait pas. Qu'es-ce qui n'allait pas chez ces individus ? Quel était le problème tout d'un coup ? Il cherchait des réponses dans le regard de l'homme qui venait de rentrer dans la discussion. En voyant cela, l'homme avisa Änya et son cousin.

"Ne vous inquiétez pas, je vais au commissariat avec eux pour régler cette situation. Vous rentrez chez vous."

Les deux jeunes gens n'avaient même pas le temps de se sentir rassurés que les militaires prirent un ton bien plus féroce.

"Personne ne bouge d'ici ou je descend les enfants."

C'était une vision d'horreur. L'agent pointait son fusil en direction des enfants restés derrière le groupe de militaires. L'un d'eux se mis à pleurer, tandis que l'autre, candide, ne comprennait pas la gravité de la situation. Änya eut un mouvement impulsif.

"Non ! Mes enfants !"

Elle fut rapidement intercepté par un autre militaire qui la tenait là. Voyant cela, l'homme mystérieux fit un pas décidé vers les enfants, se mettant devant eux pour les protéger, puis sortit un revolver et le pointa vers l'officier. Il cria d'une voix énervée.

"Les accords de Corvus, ça ne vous dit rien bande de cons ?! Vous n'avez aucun droit d'exercer la force sur nous comme cela. On a un accord avec la MIRA."

Malgré l'arme braqué sur lui, l'officier resta impassible. Il répondit en haussant le ton.

"Il n'y a plus d'accord. Vous êtes tous en état d'arrestation."

Le moment était difficile à voir. Les passants s'étaient tous arrêtés pour regarder. Et dans la brasserie, tout le monde, Sëlmä comprise, étaient collés à la vitrine. La situation était devenue silencieuse. Tendue. L'homme pointait son arme en protégeant les enfants. Änya pleurait dans les bras du militaire le suppliant de le laisser passer. L'officier regarda l'homme mystérieux dans les yeux. Et Sävyk ? Il était un pas en arrière. Il regardait ce qui se déroulait avec un mélange d'horreur et de confusion. Il n'avait jamais été confronté à une situation pareille dans sa vie. Il était sous le choc. Impossible de bouger un orteil. Impossible de formuler une pensée, ne serais-ce qu'un mot. La foule retenait son souffle.

Le silence retentissant fut intérompu par le son de bottes cirés se rendant vers le groupe de militaires. Tous se retournèrent pour voir de qui il s'agissait. C'était un gradé de la MIRA. Il ne portait pas de masque, comme les hauts-gradés, simplement une cagoule et des lunettes de soleil droites noires. Il marcha lentement vers le groupe de militaires, puis s'arrêta juste devant. Pendant de longues secondes, il scruta les environs, avant de lâcher d'une voix la plus grave qui soit.

"Lequel d'entre ces personnes est Sävyk ?"

L'officier répondit presque du tac au tac à la question posée.

"L'homme à l'écart derrière moi, commandant."

Le commandant se tourna lentement pour regarder Sävyk dans les yeux. Ils se regardèrent pendant de longues secondes, des secondes où désormais, tout était fini. D'un geste rapide, le commandant dégaina son pistolet et lui tira une balle dans la tête.

Sävyk ne voyait plus. Il était aveugle. Il était muet. Et à présent, il tombait. Le choc sur son front était assez pour le tuer sur le champ. Il tomba lentement en arrière et vint s'éclater la nuque sur les pavés, dans un bain de sang qui s'élargissait progressivement. Il n'eut même pas le temps de formuler une pensée, que le voilà mort, sous les cris agonisant de sa cousine toujours captive des militaires, et les bruits d'horreur de tous ceux réunis là assistant à ce spectacle macabre.

Sans changer d'attidude, le commandant s'adressa aux autres militaires de la MIRA.

"Arrêtez les deux adultes et les enfants. On rentre à la base. Envoyez quelqu'un pour nétoyer ce bazar."

Il s'adressa ensuite à la foule.

"Que tout le monde rentre chez soi immédiatement. Je ne veux personne dans cette rue avant demain."

Sävyk était mort. Il baignait dans son propre sang. Une mort peu douleureuse. Il mourut sur le choc. Sans souffrance en réalité. Et à présent, il était couché sur le sol. À contempler le ciel. Tellement de questions philosophiques qu'il lui restait à se poser...

Ce jour là fut un jour gris pour la nation. L'incident ne fit aucune nouvelle. Même pas une colonne. C'était une chose comme une autre. Même après, même bien plus tard, on ne saura jamais pourquoi le commandant a tiré une balle dans la tête de Sävyk. Il était mort, personne ne sachant jamais pourquoi. Ce que l'on savait, c'est qu'il était la première victime.

La première victime d'un affrontement sanguinaire.

La première victime de la guerre civile.

Pendant ce temps, Sëlmä était figée sur place. Tandis que les autres clients et employés se dépêchaient de rentrer chez eux en panique après ce qui venait de se passer, elle resta plantée là. Livide. Le garçon qu'elle avait vu naître, celui qu'elle avait vu grandir, il venait de mourir d'un coup net sous ses propres yeux. Sävyk était mort.

Mort.

En attendant, cette purée qu'il n'a jamais fini était toujours là, sur la table, devant la chaise où il avait l'habitude de manger, et où il mangeait il y a quelques instants de cela.

Et malgré les nombreuses remarques de Sëlmä sur le fait qu'elle allait se refroidir, la purée resta encore chaude pendant de longues heures, avant que cette chaleur ne se dissipe dans l'air et l'atmosphère froide d'une ville de Henne dès à présent funèbre.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
L'Exécution de Sävyk est l'un des moments les plus importants de la guerre civile Corvo-Antarienne, car il marque justement le début officiel de celui-ci. Première victime d'un affrontement sanguinaire, on se souviendra de lui par la suite comme celui qui est mort sans raison pour une guerre qui n'avait pas de raison non plus.
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[♠] Loëkü
Kapöli 2: Intervëntiö


Ryämö Köwnatör
Ryämö Köwnatör




Les visages et les esprits n'étaient qu'une chose, inquiets. Cers derniers jours, ils l'avaient passé à se cacher. À se faire réprimer. C'était une persécution qui se déroulait sous leurs yeux.

La MIRA avait trahi l'accord entre eux et les adeptes corvuns. Il n'y a même pas deux jours, elle avait procédé à des arrestations systématiques et exécutions en pleine rue, en plein jour. Alors qu'il n'y a même pas un mois, la MIRA leur avait donné un essor économique considérable, leur avait fourni des armes, et avait fait grandir la culture à travers le pays.

Désormais, ils étaient les boucs émissaires d'une stratégie égoïste et sournoise. Désormais, ils étaient persécutés.

Les représentants du mouvement s'étaient réunis au lieu culte, là où tout avait commencé. La taverne du Pieu Vert, dans le vieux quartier de Henne. Là à présent, tout se décidait.

La taverne était pleine a craquer. Et pourtant, pas un bruit. Des chuchottements ici et là, mais rien d'autre. Certains avaient une bière dans les mains, mais ne buvaient qu'à peine. Certains d'entre eux avaient perdu des amis suite aux arrestations en masse. D'autres, de la famille. Et certains même, leurs propres enfants. C'était le cas de Mäsek, le mari d'Änya, sur une table entouré de ses amis, les larmes aux yeux. Lui avait vu disparaître sa femme et ses enfants en bas âge aux mains de la MIRA, et vu mourir son cousin par alliance Sävyk. D'autres partageaient son désarroi. Il se sentait trahi. Il se sentait perdu.

Après de longues minutes d'attente, à chagriner, à espérer, Lÿsä s'avança vers le milieu de la salle principale.

Lentement, tous les regards se rivèrent sur elle. Lÿsä Köwnatör faisait partie de ceux et celles qui représentaient la culture. C'était les ambassadeurs, c'était les stratèges. C'était les anciens monarques des Principautés Unies. C'était eux, les Köwnatör. Elle devait porter le flambeau. Elle devait rassurer. Elle était la porte parole, la voix de la famille, et par extension, de Corvus.

"Amis. Citoyens de Corvus."

Il y eut un petit instant de surprise chez les spectateurs, dès ces premières paroles. Lÿsä ne s'exprimait que très peu en français, elle privilégiait d'habitude le corvun. Le fait qu'elle puisse parler dans cette langue à présent voulait dire beaucoup. Mais tout le monde le savait déjà. C'était le signe qu'une décision importante devait être formulée. Une décision que tout le monde devait comprendre. Une décision qui pourrait changer le cours de l'histoire à tout jamais.

"Nous avons atteint une case. Nous touchons au mur. Nous sommes contraints de prendre du recul sur la situation."

Lÿsä fit une pause. Elle regardait autour d'elle. Tous étaient en quête d'espoir dans ses paroles.

"La MIRA nous a soulevé. La MIRA nous a offert la possibilité de punir ceux qui ont décidé de saccager notre héritage. Mais... Désormais... Elle nous réprime. Elle nous persécute. Elle nous accuse. Vous serez d'accord, avec moi, je ne vois que l'ombre d'une manipulation dégoûtante."

La colère. C'était aussi de la colère. Lÿsä le savait bien. Mais à quoi bon être en colère, si il n'y a pas d'options pour reprendre le contrôle ? Il était ainsi temps de se poser la question fatidique.

"Nous sommes là, seuls, laissés avec peu de choix. Un seul choix, en réalité. Nous pouvons d'un côté combattre, faire ce pari. Parier tout. Le gagnant prend tout. Le perdant..."

Ce dicton, tout le monde le connaissait. Il était inutile de terminer la partie désagréable de la phrase.

"Notre chemin s'arrêtera peut être ici à tout jamais. Sur un champ de bataille où nous coulerons notre sang. Peut-être. Ou bien, nous pouvons choisir la deuxième option. Disparaître à nouveau, comme mes arrière grands-parents l'ont fait, et ceux de vous tous, en se mélangeant aux autres, et en continuant de faire vivre ce feu dissimulé en nous. Nous reprendrons nos noms d'usage. Nous reparlerons français. Bref, comme nous le faision avant."

Des chuchotements commencèrent à fuser dans la salle. Réellement, la plupart d'entre eux avaient perdu espoir. Ils avaient tous perdu des proches. Ils ne voulaient pas en perdre d'avantage. Peut être que la solution était d'accepter le fait de s'être fait arnaquer...

Soudain, la porte de la taverne s'ouvra en grand, puis se referma d'un coup. Tout le monde se retourna pour voir qui venait d'entrer. Et pas moins d'une seconde après, tous eurent un visage livide. Tous, sauf Lÿsä.

En effet, dans la portière se tenait une figure noire, haute et imposante. Il était difficile de distinguer son visage sous le grand chapeau noir, et sa carrure était renforcée par le grand manteau noir traditionnel corvun. Pourtant, même dans l'obscurité de sa face, ses yeux brûlaient visiblement de rage. Pas de colère. De Rage. Rage et espoir. Il prit la parole, sa voix grave faisant frémir tous ceux et celles qui étaient dans la salle.

"Lÿsä... Ma fille..."

Il regarda d'un coup tous les corvuns rassemblés. D'un pas assuré, il alla rejoindre Lÿsä au centre, s'adressant aux autres, mais tenant dans la main un dossier qu'il leva et montra fièrement.

"Citoyens de Corvus. J'ai en main les clés du pari."

Cet homme, tout le monde le connaissait. Qui ne le connaissait pas ? C'était lui, le seul et principal hériter de la famille des Köwnatör. C'était lui le monarque, c'était lui le représentant, le chef, le stratège. Lui, c'était Ryämö Köwnatör.

"Vous êtes tous sûrement en quête d'explications. Savoir ce qui se passe. Pourquoi nous avons été trahi. Je vous le dis pourquoi !"

Il regarda sa fille. Elle ne voyait pas le visage de son père. Mais au fond d'elle même, elle savait qu'il lui souriait tout le temps. Ryämö continua son discours.

"Voyez-vous, la MIRA a fait de tout pour que nous prennions de l'importance. C'est grâce à eux que nous avons, en quelques sortes, repris le contrôle de Henne après deux siècles. C'est eux qui ont monté ce coup. Et à présent, ils nous attaquent."

Il agita le papier qu'il avait dans les mains pour le montrer à tous.

"J'ai des informations. Je sais ce qu'ils font. Ils veulent justement que nous nous battions. Ils essayent de nous enrager. Ils veulent nous utiliser comme boucs émissaires pour déclarer l'état de guerre civile et prendre le pouvoir !"

Tous exprimèrent leur surprise. N'étaient-ils donc que des pions ? Ne servaient-ils que d'excuse pour prendre le pouvoir ?

"Sachez -le, Citoyens de Corvus. Nous ne nous laisserons pas faire. Bien au contraire. C'est nous qui prendrons le pouvoir de leur mains ! Aujourd'hui, Corvus renaît de ses cendres. Cela ne se fera pas dans la paix comme nous l'avons espéré. Cela se fera dans le sang."

L'espoir revenait, mais à mesure que les citoyens se voyaient plus motivé, la peur se développait de même. Ils avaient vus de quoi la MIRA était capable.

"Je ne peux qu'imaginer la douleur que vous vivez en ce moment. Vos proches ont été arrêtés. Certains, même, tués. Mais rappelez vous... Rappelez vous qui nous sommes. Nous sommes Corvuns. Nous sommes joueurs. Nous sommes prêts à tout parier, et remporter tout. Ou bien périr dans la gloire, selon les règles du Jeu. Nous avons entretenu cette mentalité. Voici donc, je vous le présente. L'ultime pari."

La culture corvienne était en effet très fortement fondée sur le hasard, et par extension le jeu d'argent. La notion de pari, tout le monde l'avait intégré. Ces mots étaient ainsi d'une puissance inimaginable. Ils faisaient appel à leur valeurs. À la communauté.

"Je crois en vous. Chacun d'entre vous. Et vous savez qui croit en vous aussi ? Notre famille et nos amis détenus. Eux ne savent pas ce qui se déroulent. Eux sont dans l'abîme, séquestrés. Ils ont le droit de savoir. Ils ont le droit à la libération. Eux parient sur le fait que nous prennions les armes pour les libérer. Nous, de notre côté, parions sur notre propre victoire."

Ils étaient à nouveau tous motivés. Tous avaient envie de retrouver leurs proches. Et s'ils tombaient ? Cela ne faisait rien. Ils allaient les retrouver au Ciel. C'était un pari, un seul. Le dernier, peut-être. Ou bien le premier d'une nouvelle nation.

À présent, la rage de Ryämö ressortait de plus belles. Il était temps de prendre les armes.

"Aujourd'hui et jusqu'à ce que chacun d'entre nous tombe, nous nous battrons contre la MIRA. Non contre Antares. La MIRA. Les traîtres. Ceux qui ont tué notre famille et fait couler leur sang. C'est eux qu'il faut exécuter. C'est contre eux que nous pointerons nos fusils !"

Tout le monde chantait. Tout le monde carburait en rage. Tout le monde était prêt à se battre. Désormais, il ne faillait plus que lancer l'appel. Ryämö regarda sa fille. Elle savait quoi faire. C'était à son tour de jouer.

D'un pas décidé, elle s'avança, et devant tout le monde elle brandit son poing en l'air, en hurlant à la gloire de Corvus.

"Künyä nä Korvä !!!"


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Après les arrestations et les quelques exécutions qui ont suivi la trahison de la MIRA contre Corvus, cet événement marque officiellement le soulèvement de ce peuple contre les forces armées. À présent, la guerre civile entre l'Etat Major antarien contrôlé par la MIRA et les corvuns allait faire rage pendant plusieurs mois.

Pris au piège entre les coups de feu, le reste du pays ne pouvait pas choisir de camp. Ceux qui étaient d'appartenance corvienne se battaient. Ceux qui ne l'étaient pas essayaient de rester en vie.

Bientôt, les premiers affrontements allaient avoir lieu.
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01/08/2018
Entete
Le Journal Quotidien de la République


Soulèvement Corvun: Début de Conflits Armés
Après des arrestations massives et exécutions, les militants corvuns répondent avec la violence


Du jamais vu. Depuis les attentants des années sombres par les groupes patriarches d'Antares, il y a maintenant plusieures décénies, le pays avait connu une paix remarquable. Une paix qui s'arrête ici.

Dans la nuit du 29 au 30 Juillet 2018, des groupes armées de corvuns ont dévalé les rues de Henne et saisi plusieurs entrepôts provisoires installés par la Milice d'Intervention et de Renseignement Antarienne (MIRA), jusque là utilisés pour détenir des individus jugés "perturbateurs" par celle-ci. Le bilan actuel est de 117 morts du côté des forces armées contre 27 du côté Corvun, après une perte de tous les cinq entrepots. Au moins une centaine de blessés sont aussi à déplorer dans les deux camps, un bilan qui continue de s'alourdir surtout du côté antarien après avoir été pris par surprise par des milliers de manifestants armés. Cette violence n'est cependant pas une surprise pour certains, ce n'est même que le début à en croire les habitants de Henne.

Des Antécédents Méconnus

La question que tout le monde se pose à ce jour reste surtout à propos des causes de ce soulèvement sanguinaire qui commence déjà à engloutir ses premières centaines de victimes. En réalité, elle est obscure même pour les plus avertis. L'histoire dépend naturellement de quel côté nous l'entendons.

Selon les forces armées antariennes, des interventions de sensibilisation avaient été entreprises dans les parties nord du pays, en particulier à Henne ainsi qu'à Robaltes, là où un "nouveau groupe ethnique" s'était "manifesté" (Porte Parole de la Milice). La raison du soulèvement serait dû à une escalade de la situation par des individus révolutionnaires de ce groupe, ayant pris pour cible les patrouilles de sensibilisation de la MIRA avec des menaces parfois armées qui ont contraint la riposte de celle-ci. La situation aurait donc évolué en conflit de grande envergure lorsque des arrestations furent mises en place.

Cependant, selon les représentants Corvuns que nous avons eu la chance de rencontrer cet après midi, l'histoire est bien différente. Eux parlent d'un accord de non-agression entre les citoyens d'appartenance corvienne et les forces armées, un accord qui avait permis à celle-ci d'évoluer. Cet accord ayant été soudainement enfreint par moyen d'arrestations massives, les Corvuns disent avoir fait recours à la force comme "seul pari possible" pour assurer leur survie en tant que civilisation, selon les mots de l'actuel leader du groupe Ryämö Köwnatör. L'intervention armée de la MIRA, encore une fois selon ses mots, est tout à fait "illégitime" et la riposte serait "la seule option nécessaire et envisageable".

Nous nous retrouvons ainsi au milieu d'un conflit à la fois d'intérêt, ethnique et à caractère vindicatif, là où les deux camps justifient leur propre légitimité en discréditant celle de l'autre. La seule chose qui est certaine, c'est que la situation est en pleine escalade et ne semble pas vouloir s'appaiser.

L'Etat Corvun

Là où les citoyens d'Antares cherchent notamment des réponses, c'est principalement savoir quel est cet état auto-proclamé au sein du pays. En effet, on en parle depuis maintenant quelques mois, surtout depuis qu'on a commencé à remarquer cette étrange langue fuser et écrite dans les rues des parts et d'autres. À en croire certains citoyens de cette appartenance qui ont bien voulu répondre à nos questions, cette culture aurait toujours existé au sein du pays... Même avant que la République ait été proclamée il y a bientôt deux siècles.

En effet, avant qu'Antares ne devienne le pays qu'il est aujourd'hui, c'était une trentaine de principautés fédérales qui étaient unies sous une seule culture, très méconnue à ce jour. Il ne reste que très peu de vestiges ou d'écrits de ce passé, ce qui a poussé beaucoup de romanciers à créer des histoires à propos de celle-ci. Mais à priori, la culture corvienne était bien celle qui avait existé avant. Ce raisonnement ne vient pas de nulle part, il a été confirmé par les hypothèses de plusieures salonistes de l'ALMA, notamment Marsile Valéron qui s'était déjà penché sur la question depuis maintenant un an.

Alors, pourquoi resurgit-elle tout d'un coup ? Les corvuns sont clairs à ce propos: ils avaient volontairement cédé la place à une culture antarienne plus avancée et productive aux débuts de l'ère industrielle, s'éclipsant volontairement pour favoriser l'unification. Endormie en effet, elle se réveille dès à présent pour des raisons qui sont encore méconnues. Dans tous les cas, les représentants de Corvus ont insisté sur la nature pacifique du mouvement, qui ne cherche pas à "remplacer" mais à s'intégrer. La prise d'armes semble ainsi avoir été une réaction à la menace d'une disparition complète de la culture.

Cependant, cette assertion s'avère être éloignée de la réalité. En effet, pour que la culture disparaisse complètement, il faudrait que tous les individus étant et se reconnaissant d'appartenance corvienne soient éliminiés. Selon les recherches les plus récentes de l'institut de l'ethnie et immigration de Margaux, le pourcentage de ces individus encore parmis nous même après deux siècles s'élève à près de 31%, soit presque dix millions d'individus au total. Autrement dit, le nombre de personnes d'appartenance corvienne dans le pays est assez conséquente pour que ce conflit escalade à hauteur nationale.


Pour l'instant, la plupart de ces individus ne participent pas au conflit et sont tout aussi confus par la situation. Cependant, il n'est pas exclus que les militants corvuns lancent un appel à leur semblables pour qu'ils les rejoignent dans leurs affrontements.

La Réponse du Gouvernement

L'événement à frappé l'assemblée en pleine décisions budgétaires pour l'année 2019, ce qui a fortement décalé son temps de récéption. La plupart des personalités politiques importantes ne se sont pas encore exprimés officiellement à propos des conflits. Cependant, des divisions apparaissent déjà au sein des députés.

En effet, on constate que la majorité des députés de gauche sont en faveur d'une riposte contre le groupe armé de part son origine principalement royaliste. Même si Ryämö Köwnatör affirme ne pas vouloir établir un système monarchique et conserver une démocratie telle qu'elle existe à présent dans le pays, la plupart des députés du cadran rouge ne semblent pas être tout à fait convaincus des intérêts corvuns. Au contraire, la droite privilégie une stratégie de négotiation, voire de laissez-faire. Par exemple, le parti conservateur a affirmé vouloir soutenir la culture préantarienne "comme une des nôtres, celle qui nous a enfanté" selon le porte parole du parti. Eux seraient plus en faveur d'un cessez-le-feu immédiat et de la libération des prisonniers des deux camps.

Pour ce qui est du gouvernement, le Président de la République affirme avoir "une certaine confiance" en l'efficacité de la MIRA pour désescalader la situation, mentionnant notamment le fait qu'une réunion était prévue pour stopper ce qu'il qualifie de "massacre fratricide".

De l'autre côté, le Président du Conseil était bien plus pragmatique dans les quelques paroles qu'il a adressé à nos journalistes. Pour lui, il faut "ouvrir une enquête sur les actions indépendantes de la MIRA immédiatement" et demande à voir le Ministre des Armées, toujours en déplacement à l'heure actuelle, pour "Stopper ce délire".

Enfin, la ministre des affaires étrangères Clara Malmaison se dit "furieuse" qu'on puisse faire "ouvertement confiance à un organisme d'Etat qui exécute des civils". Elle prévoit de quitter son poste si la situation ne s'arrête pas et la MIRA n'est pas mise en examen. Selon elle, cela ne fait pas de doute: C'est l'incompétence, ou bien l'abus de pouvoir de la milice qui est la cause de l'escalade des tensions.

Quoi qu'il en soit, la classe politique semble extrêment partagée par la situation. Il est en effet difficile de choisir un camp entre deux entités qui ne relèvent pas de la majorité. Ce qui est certain, c'est que la plupart des politiques demandent l'arrêt du conflit à court terme.

Plusieures allocutions sont prévues dans le courant de la semaine, notamment des trois personalités mentionnés précédemment.

Le Rôle de la MIRA dans le conflit

Pour le haut conseil de la MIRA, cela ne fait que peu de doute: il faut déclarer un Etat de loi martiale pour suffoquer la révolte avant qu'elle ne déborde. Connue pour ses interventions rapides et ciblée, elle a toujours opéré de façon presque indépendante avec un taux de succès pratiquement parfait. Cependant, nombreux ont observé que l'armée antarienne conventionnelle et ses généraux étaient impliqués dans le conflit du côté de la milice et sous leur demande explicite, explique le Général de Kerson en charge de l'une des cinq divisions de défense de l'ARA (Armée Républicaine Antarienne). "Nous devons aider la MIRA dans ses efforts pour éviter au plus les dégâts collatéraux sur les civils". Il ajoute aussi que "la sécurité du pays est une priorité, et nous suivrons quiconque promet cet objectif".

Le Président du Conseil a réagi à cette petite allocution du général, demandant un rapport immédiat sur la situation, ainsi que une "nécessité de suivre les demandes de l'Etat".

Cependant, le fait que la MIRA prenne ses libertés pour assurer la sécurité du pays ne semble pas être le seul problème mis en évidence par nos recherches. Selon Ryämö Köwnatör, la MIRA aurait directement financé et armé le groupe pour qu'il puisse "grandir" et passer un message à la nation. Lui parle d'une provocation venue du fait qu'un site archéologique corvun majeur ait été saccagé, supposément par une entité étatique dans les vieux quartiers de Henne, ajoutant une autre couche de légitimité pour leur insurrection. Même si cette thèse reste à être prouvée, ses paroles sur le fait que la MIRA ait pu fournir des armes directement au groupe a été taxée de "Ridicule" par le haut conseil de celle-ci, mentionnant en plus de cela une volonté de "se prendre pour la victime".

Et pourtant, Corvus insiste sur l'hypocrisie de la milice encore et toujours, appelant en plus de cela le gouvernement à "chercher à y voir clair dans le jeu de la MIRA".

Quoi qu'il en soit, la MIRA a légalement le droit de prendre certaines libertés d'intervention jusqu'à un certain délai, un délai qui devrait être dépassé dans deux semaines, ce qui rend son action légale pour le moment. Cependant, la situation rentre dans une zone grise lorsque l'armée décide de rendre support à la milice dans le cadre du conflit, ce que de nombreux experts en droit antarien qualifient de "Anomalie du système légale" et "une situation qui était censée ne pas se passer".

La Situation du Front

Pour l'instant, Henne reste en grande partie contrôlée par les résistants corvuns qui ont pris des positions défensives dans le coeur et les extrémités de la ville. Selon le leader du groupe, leurs forces consistent de plusieurs positions lourdement armés et une défense "difficile à percer sans endomager la ville". Le groupe joue surtout sur le fait que l'armée décide de ne pas effectuer de bombardements sur la deuxième ville du pays, ce qui pourrait entre autres causer des dommages civils collatéraux.

Du côté de la MIRA, une stratégie est en train d'être mise en place pour faire irruption dans le coeur, ou bien assiéger la ville entière en cas d'assault manqué. Un siège serait l'option la plus saine à ce stade, car elle pourrait éventuellement donner lieu à un cesser-le-feu ou même une capitulation corvienne.

Ryämö Köwnatör a cependant adressé des mots puissants au gouvernement antarien, en précisant que "la violence s'arrêtera lorsque la MIRA arrêtera de tirer pour de bon". En d'autres termes, ils attendent un cesser-le-feu mais à l'initiative de l'armée, sans quoi ils continueront le conflit.

Les experts polémologues ont étudié de près les positions et la situation du conflit telle qu'elle l'est à l'heure actuelle avec les informations disponibles. Selon eux, à court terme, Corvus devrait pouvoir maintenir le contrôle de la ville, mais échouera à long terme face à la puissance de l'armée. Cependant, ils soulèvent le fait que la coopération entre l'armée et la MIRA est actuellement "désorganisée" et "pleine de failles évidentes".

Le Regard de l'Etranger

Peu de nations étrangères se sont exprimés à propos de la situation qui est encore assez récente même aux yeux des antariens. Cependant, la ministre des affaires étrangères est formelle sur le fait qu'elle n'acceptera pas d'aide militaire étrangère, tout simplement car "selon la majorité, les deux camps sont tout aussi légitimes de recevoir du support".

Il n'est tout de même pas exclu qu'une zone et par extension un couloir humanitaire soient prévus si les conflits continuent, pour faire en sortes que les civils puissent évacuer en toute sécurité et les blessés des deux côtés puissent recevoir de l'aide médicale de première nécessité. Des décisions sont encore à prendre, elles devront attendre des réunions d'urgence qui auront lieu dans le cours de la semaine.

Le Début d'une Guerre Civile ?

Selon la plupart des experts sur la situation ainsi que les représentants des forces armées sur place, l'épisode ne devrait pas durer "plus de quelques semaines". Il serait faux selon eux de qualifier la situation de guerre civile pour autant.

Du côté corvun en revanche, les pronostics sont beaucoup plus pessimistes. Eux parlent réellement de guerre, une qui pourrait durer des mois, voire plus d'un an selon les sondages les plus extrêmes. Quoi qu'il en soit, les visions des deux camps sont très différentes notamment selon leurs espoirs de resister ou de faire tomber l'autre.

Il est assez évident que la prochaine semaine sera décisive pour le pays, puisque nous saurons l'issue des décisions gouvernementales et si l'assault de la MIRA aura finalement réussi à mettre fin au conflit, ou au contraire, si celui-ci aura poussé à l'escalade encore plus prononcée.

Nous vous retrouverons bientôt pour suivre en direct toutes les informations et les évolutions du front. N'hésitez pas à consulter nos issues sur notre site internet pour voir les actualités en direct.

Quand aux civils, le gouvernement recommande de "garder le moral" et ne pas "diverger de la routine" d'après les mots rassurants de la porte parole du gouvernement Lexa Roos à propos des étapes à suivre pour la population antarienne vraisemblablement sous le choc de voir un conflit aux portes de leurs maisons.

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[♠] Röbaltesÿyn Sylmät
Kapöli 2: Intervëntiö


Pare-Lances
Pare-Lances



Le ciel de Robaltes était particulièrement nuageux durant ces temps-ci. L'atmosphère était lourde. Il ne pleuvait pas, il faisait sec, et pourtant, l'air était opprimant.

Les raisons pour une atmosphère aussi silencieuse, elles étaient évidentes. Tous les habitants de la ville avaient entendu de qui s'était passé non loin de chez eux, à Henne, là où leurs frères corvuns avaient été exécutés et ils s'étaient révoltés. La MIRA faisait en sorte que cela ne se produise pas à Robaltes aussi. Et pour cause, un couvre feu avait été mis en place. Plus personne n'était dans la rue. C'était désert. C'était la guerre.

Soudain, c'était le son des cloches de la cathédrale de Sainte Maxime qui mirent fin au silence assourdissant qui régnait dans la ville. Comme tous les midis elles sonnaient, annonçant l'heure de la mi-journée. Ce n'était pas une nouveauté. Mais d'habitude, ce son là n'était pas le plus remarquable. Il s'insérait dans les discussions de rue, parmi les klaxons des voitures circulant dans la ville, le bruit des perceuses et marteau piqueurs de chantiers avoisinants. Désormais, c'était le seul rescapé de tout cet orchestre liquidé. C'était presque un écho. Certains y voyait de l'espoir. D'autres, le rappel d'une période sombre.

Celui qui était en charge de sonner les cloches, c'était Pare-Lances. Bien évidemment, elles sonnaient automatiquement, comme la plupart des églises du pays. Mais cela, les militaires ne le savaient pas, ce qui lui donnait accès une fois par jour aux tours de la cathédrale. L'endroit parfait pour observer.

Pare-Lances n'était évidemment pas son vrai nom. Son vrai nom, il ne l'utilisait que très rarement, pour des tâches administratives par exemple. Mais on l'appelait ainsi. Pare-Lances. Pourquoi ? Même lui ne savait pas. Il ne traitait ni de lances, ni de parer quoi que ce soit. Non, son métier à lui était celui d'observateur.

Il était fan de tout ce qui touchait à l'espionnage. Déjà lorsqu'il était enfant, il avait toujours voulu devenir agent secret. En grandissant, et en se confrontant au système scolaire antarien, il fu vite ravisé dans ses choix. Mais l'occasion du soulèvement de Corvus était telle une bénédiction pour lui. Peut-être qu'à présent il pouvait se rendre utile.

Et c'est ce qu'il fut. Il se rapprocha du groupe et mis en avant son appartenance pour cette culture, il en découvrit d'ailleurs beaucoup sur l'histoire de sa famille. Et au fur et à mesure, on commençait à reconnaitre ses talents d'observateur. Pare-Lances était perspicace. Il avait le potentiel d'un héros de l'ombre. Et surtout, une personne comme lui, ils en avaient besoin.

Il était très difficile de faire de l'espionnage surtout face à la MIRA. C'était sans aucun doute l'un des groupes secrets les plus compétents du continent eurysien, effectuer des infiltrations ou des collectes d'informations contre eux s'avérait être un défi sans précédent. Ce dont ils avaient besoin, c'était du renseignement à distance. Des coordonnés. Des cibles. Les corvuns avaient dissimulé du matériel d'artillerie important dans le nord-ouest de la ville, là où la présence de la milice était moindre. Des mortiers, des obusiers et même quelques cannons tractés étaient prêts à l'emploi. Il suffisait juste de savoir où viser avec précision chirurgicale pour éviter de toucher des cibles civiles. Et cette précision, c'était désormais à Pare-Lances de l'apporter.

Ansi, il se trouva là, au bord d'une des fenêtres de la tour nord de la cathédrale de Sainte Maxime. Comme il le faisait depuis maintenant quelques jours, il restait là pendant des heures sous prétexte de "maintenance des cloches de la cathédrale" à observer les positions de la MIRA, noter chaque convoi, chaque mouvement, le nombre d'individus ainsi que la marge d'erreur face aux autres bâtiments civils. Il avait même donné des petits noms aux officiers qu'il voyait souvent. C'était un vrai plaisir pour lui. Dès qu'on lui aura donné le feu vert, il transmettra les informations pour débuter le bombardement des positions.

Pare-Lances était calme. Il était posé. Il avait les yeux encastrés dans ses jumelles. Il regardait. Il observait.

Soudain, il sentit quelquechose lui tirer le bas de son manteau. D'un coup, il bondit de sa position comme un chat à la vue d'un concombre. Il se retrouna en un sursaut effrayé, et ne voyant personne devant lui, il baissa les yeux pour découvrir une petite fille à ses pieds qui lui tennait le manteau. Elle avait un pull noir avec des manches trop longues pour ses bras, et portait sur sa tête un large bonnêt rayé en noir et blanc malgré le climat estival du pays. Elle regardait Pare-Lances avec des gros yeux et une curiosité sans fin. Lui de son côté était gêné. La dernière chose à quoi il s'attendait, c'était de voir une petite fille perchée ici, là où il menait des opérations discrètes. Il ne savait pas très bien ce qu'elle faisait là non plus. Il essaya de balbutier quelques mots en prenant soin de rester le moins suspect possible.

"Bonjour petite fille... Qu'es-ce qui t'amène ici ?"

D'un coup, la fille lâcha prise sur son manteau et se mit en position de salut militaire, comme un soldat devant Pare-Lances.

"Je suis ici pour vous aider dans votre travail, mon capitaine !"

Pare-Lances était ahuri. S'agissait-il d'un jeu ? Ou d'une ruse de la MIRA ? Ou bien était elle vraiment là pour l'aider ? Il ne la connaissait pas, il ne l'avait jamais vue non plus. C'était une situation des plus étranges pour le jeune homme. Il ne savait pas quoi articuler.

"Je... Je ne comprends pas très bien..."

"Capitaine, je suis ici pour vous aider à renseigner l'artillerie corvienne mon Capitaine !"

Cette réponse apportait presque plus de questions que de réponses. La petite fille était toujours en position de salut tel un soldat discipliné. Apparemment, il avait vu juste, cela semblait être un médium mandé par les officiers corvuns pour l'aider à relayer ses relevés. Il n'était cependant toujours pas convaincu de cette histoire. Il essaya donc de dissuader la petite fille.

"Je dois faire des trucs d'adultes, ce n'est pas un jeu. Vous ne voulez pas jouer ailleurs ?"

"Ce n'est pas un jeu mon capitaine, nous sommes les messagers de l'Abbé de la paroisse pour le compte des corvuns mon capitaine !"

"L'Abbé ?!"

"Oui mon capitaine. Des informations vous serons transmises à la réunion de ce soir mon capitaine !"

cette situation s'éclaircissait donc. Les enfants étaient des moyens efficaces pour passer sous le regard du couvre feu et transmettre des relevés pendant la journée. Mais il trouvait tout de même la situation ahurissante. Qui plus est, il n'était même pas capitaine. Il essaya tout de même de savoir d'où sortait cette fille.

"Mais d'où venez vous au fait ?"

Il eut à peine le temps de terminer sa phrase qu'on entendit un autre enfant, cette fois une voix masculine, montant les escaliers serrés de la tour.

"Capucine ! T'es où ?!"

La petite fille alors arrêta de saluer et se tourna vers la sortie de l'escalier.

"Je suis en haut ! Viens ! Le capitaine nous attend !"

Avant que Pare-Lances ne puisse réagir, il vit un jeune garçon de la même taille que la petite fille arriver par les escaliers tenant dans ses mains une malette noire trop grande pour lui. Arrivé à l'étage, il courra vers Pare-Lances, posa la malette à ses pieds et se mis en position de garde-à-vous à côté de la petite fille.

"Mon capitaine, voici des informations importantes mon capitaine !"

Pare-Lances n'en revenait pas. Il souleva la malette et la posa sur une table à côté de lui. En l'ouvrant, il découvrit des plans et des directives signés par les officiers corvuns eux mêmes. C'était loin d'être une blague, ces enfants servaient réellement de messagers entre l'état major corvun et sa position à lui. Il se retourna pour voir qu'ils étaient encore au garde-à-vous. Les voyant dans cet état, Il essaya donc de jouer le jeu.

"Bon... Comment vous vous appelez vous deux ? Et vous avez quel âge ?"

La petite fille répondit la première, suivie du garçon.

"Je m'appelle Capucine mon capitaine, j'ai neuf ans !"

"Moi je m'appelle Romain mon capitaine, j'ai aussi neuf ans !"

Toujours aussi ahuri, il continua de leur poser des questions.

"Et comment ça se fait que vous êtes là ? Où sont vos parents ?"

La fille glissa un mot au garçon avant de lui répondre.

"Je vais lui expliquer. Nous faisons partie de l'orphelinat de la cathédrale mon capitaine !"

"Ça alors... On m'avait jamais dit que la cathédrale avait un orphelinat..."

Romain prit la parole pour ajouter aux détails fournis par Capucine.

"C'est car nous sommes les deux seuls enfants de l'orphelinat mon capitaine ! L'abbé s'occupe de nous mon capitaine !"

"Donc j'imagine que vous êtes frères et soeurs ?"

Capucine répondit cette fois-ci.

"Non mon capitaine. Nous sommes de deux familles différentes mon capitaine. Romain n'est pas mon frère, c'est mon mari !"

Pare-Lances l'arrêta tout de suite.

"Attends attends, c'est quoi cette histoire ?! Comment ça, mari ?!"

"On fait semblant d'être mariés mon capitaine ! Nous sommes juste amoureux en réalité !"

Ça alors ! Cette histoire faisait un petit choc au coeur célibataire de Pare-Lances. Deux orphelins de neuf ans se prenant pour mari et femme avaient débarqué comme cela dans sa vie, perché à une quarantaine de mètres au dessus du sol. C'était à la fois ahurissant et mignon. Il devait absolument en parler aux officiers et à l'abbé pour en savoir plus.

D'un autre côté, cette histoire ne le choquait pas. L'Abbé de la cathédrale Sainte Maxime était en lice avec les officiers corvuns après que la MIRA ait décidé de fermer l'accès aux messes en dehors de celle du dimanche matin par respect du couvre feu. Il était donc furieux contre cet abus d'authorité. D'autant plus que les Corvuns étaient parmi les plus pratiquants de la ville. Cependant, qu'il décide de mettre à l'emploi des enfants de son orphelinat, c'était certainement une surprise.

Pare-Lances était désormais muni de deux équipiers pour l'aider dans ses démarches. Cela ne faisait point de doute: Le début des bombardements de Robaltes allait commencer.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Tandis que des opérations violentes armées avaient lieu à Henne, Robaltes restait dans le calme, une accalmie qui pourtant sentait l'instabilité.

Durant les prochaines semaines, les affrontements les plus explosifs allaient avoir lieu dans la ville, et grâce au travail sans relâche de Pare-Lances, la résistance corvienne parviendra à toucher avec précision chirurgicale les positions de la MIRA.

C'est un nouveau type de guérilla qui se développe à présents grâce aux efforts de ce héros et ses nouveaux acolytes.
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Vielle Henne
3 Août 2018

Fidèle à leur promesse de reconquérir la ville de Henne, la MIRA lança un assaut armé sur la partie vielle de la ville de Henne avec un régiment constituté principalement de soldats d'élite en petit nombre et quelques véhicules de combat d'infanterie. L'opération devait durer quatre heures et aboutir avec l'arrestation ou l'exécution de tous les révolutionnaires Corvuns.

De leur côté, la guérilla corvienne était bien plus lourdement armée que prévue, ayant déjà pris des positions défensives à travers la ville avec des mitrailleuses lourdes et tireurs de précision postés à des endroits stratégiques pour stopper l'avancée de la MIRA, en plus d'avoir un effectif plus important comparé à celui de l'assaut de la milice.




Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

744 MORTS
279 Corvus / 465 MIRA


Les forces de Corvus ont décimé l'assaut frontal de la MIRA grâce à plusieurs positions surélevés de mitrailleurs lourds dans les appartements de la ville ainsi qu'à des unités anti-véhicule et des embuscades au lance-grenades. La grande majorité du régiment de la MIRA a été liquidé, le reste ayant battu en retraite sous les ordres des commandants sur place.


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Aéroport Polaris
4 Août 2018

Au lendemain de la victoire de Corvus à Henne, la branche robaltoise du mouvement entreprend une attaque surprise sur l'Aéroport International Polaris juste à l'extérieur de la ville. La grande majorité du personnel et de l'équipement de la MIRA étaient entreposé là bas, le complexe étant utilisé de manière temporaire comme base d'ancrage pour garder le contrôle sur la ville.

Les citoyens de Corvus prennaient aussi pour cible certains commisariats de la ville dans le but d'expulser la MIRA de l'intérieur de Robaltes. En plus de cela, la mise en place d'artillerie lourde tirée à répétition grâce aux relevés de Pare-Lances allaient fournir une aide considérable à l'assaut surprise Corvun.




Drapeau de Corvus

CORVUS EST VICTORIEUX

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

902 MORTS
221 Corvus / 681 MIRA


Les forces de Corvus n'ont laissé aucune chance à la MIRA grâce à un assaut supporté par des véhicules de combat d'infanterie et près de 75 obus au total tirés sur l'aéroport, plus une trentaine d'autres dans des commissariats de la ville. Désorganisée, presque aucun des militaires de la MIRA stationnés à l'aéroport ont survécu, seulement quelques détachements présents en ville ont pu s'enfuir par l'autoroute après avoir été expulsés.


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