Posté le : 08 jan. 2026 à 12:21:05
Modifié le : 10 jan. 2026 à 12:28:17
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[♠] Mäleke nä paxätyä
Kapöli 1: Vlamystëlä
Des gouttes tombaient du plafond à intervalles régulières. Il y avait un certain nombres de fuites, il était certain, mais la pluie lourde qui s'abattait cette nuit sur la ville de Henne n'arrangeait rien. la toîture était aussi en quelques sortes à blâmer pour cette inconvénience. Quoi qu'il en soit, ce sera bientôt terminé, et ils pourront rentrer chez eux rapidement.
De son côté, Heykÿ feuilletait un livre aux pages jaunies par le temps, embrasé sur l'un des bords et visiblement peinant à garder les feuilles correctement liées. Sa lecture était calme, reposée, elle avait un arrière goût de récompense, mais surtout de réconfort. Le feu de bois craquait doucement derrière lui, émettant un halo irrégulier sur son texte. Il tournait ses pages avec la plus grande des délicatesses, comme s'il s'agissait d'une bible vielle de plusieurs siècles, en prenant soin de ne pas abimer les bords. Sa respiration était lente. Il était calme. Il était en paix.
"Enlevez-moi ça de la tête, bordel !"
Heykÿ semblait complètement désintéressé par l'appel à l'aide qu'il venait d'entendre, accompagné de gémissements qui fusaient déjà depuis un moment dans la pièce. Il leva doucement les yeux, comme choisissant de voir si l'individu devant lui l'était toujours, et sans grande surprise il y était. Là, devant lui, sur un fauteil aussi doux que le sien se trouvait un individu, ligotté aux mains et aux pieds, eux mêmes reliés au meuble sur lequel il était assis. Sa tête était couverte par un vulgaire sac en toile blanche, lui donnant cet air d'otage cliché. Toujours aussi nonchalant, cette fois un poil plus énervé de devoir interrompre sa transe intellectuelle, Heykÿ lui adressa quelques mots.
"Un problème, monsieur le maire ?"
Pendant un instant, les deux restèrent en silence. C'était la première fois que le maire entendait une voix humaine lui parler depuis sa capture, il n'avait rien vu ni entendu de familier depuis. Cela faisait maintenant plusieures heures qu'il avait été enlevé, et le repas du soir commençait à retarder. Il était nécessaire de pouvoir souper si on espérait le faire dormir.
"S'il vous plaît, je payerais quelconque somme !"
"Par pitié, rassurez vous monsieur le maire. Vous allez vous irriter les poignets avec les cordes si vous continuez de bouger comme cela."
"Enlevez moi ce sac de ma tête, s'il vous plaît !!"
Le maire continuait de supplier son geôlier présent devant lui, toujours aussi nonchalant mais avec une petite pointe d'empathie pour l'individu visiblement perdu et désorienté. Il cherchait tout de même à le rassurer, il ne courrait point de risque entre ses mains. Après tout, Heykÿ aurait pu l'étrangler, le tuer de ses propres mains sur le champ, mais cette nuit là comme tant d'autres il choisissait la paix, la sienne et celle des autres. Il ne fallait pas s'enrager, ce n'avait pas lieu d'être.
À la demande du maire, Heykÿ décida de tourner la tête vers un coin obscur de la salle. La pièce entière était illuminé seulement par ce feu de bois, ce qui couvrait difficilement chaque angle et recoin. Cependant, lorsque le feu ne craquait point, on pouvait entendre des cliquetis réguliers provenant de l'endroit où le jeune homme regardait. En plissant les yeux, on pouvait en effet appercevoir une ombre provenant d'une autre salle, certainement mieux éclairée, d'où provenait aussi le son. Après une seconde, il prononça quelques mots adressé à celle-ci
"Klarnä, tu l'as entendu. J'enlève ou pas ?"
Un court instant après, une réponse d'une voix féminine douce sortit de la salle.
"Öta së poÿys, eÿ aytä. Voÿmne yöpa vapäütä änyet köysÿsta, küna än pÿsÿy täla."
Heykÿ tourna la tête et regarda le maire à nouveau, l'air hésitant. C'est alors que la femme ajouta quelques mots à son court discours.
"Anënkyn täÿty syödä. Soÿtän Avÿkÿ."
"Très bien. C'est votre jour de chance, monsieur le maire."
Heykÿ se redressa doucement, reposa son livre sur la table basse devant lui d'un soupir qui témoignait d'une déception sans précédent, sans dégoût cependant, puis s'accoupit en face du maire ligoté. Il le regarda avec un aire curieux, puis soupira a nouveau, sourit et enleva le sac d'un coup sec. Dès qu'il fut enlevé, le maire se mit à respirer à grande bouffés, comme s'il vennait de suffoquer tout du long. Il est tout de même vrai que dans un sac pareil, l'air devenait vite irrespirable, et ses attaques de panique n'arrangeaient rien. Heykÿ se transforma soudain de sa personalité nonchalante à un homme serviable et poli, en essayant de le rassurer.
"Ne vous inquiétez pas. Tout va bien. Vous n'avez pas d'asthme, si ?"
Le maire était encore en train de reprendre son souffle, mais malgré la situation il joua le jeu et accepta l'aide. Il fit non de la tête pour signaler qu'il n'avait en effet pas d'asthme. En voyant que son était s'était amélioré, Heykÿ tappa sa main sur son genou de manière amicale et enchaîna.
"Bon, je suppose que vous devez mourir de faim. Ne vous inquiétez pas, Klarnä va préparer la table, cuisiner quelque chose et faire la vaisselle."
De l'autre chambre on entendit soudain des insultes fuser.
"Kuykä söblyät !"
Heykÿ se mit à rire doucement après cette phrase, un rire qui n'était malheureusement pas partagé par son captif. Il le regardait avec des yeux presque en larmes, perdu, suppliant. Jamais il n'aurait imaginé avoir pu être enlevé par un groupe aussi facilement. Où était le reste du groupe d'ailleurs ? Il avait entendu plusieures voix auparavant lors de sa capture. Et le voilà dans un rudimentaire appartement, ligoté à un fauteil. Il se rappela soudain de sa famille, de sa femme et ses deux enfants. Pris par cette vision, il s'écria.
"Ma femme, Mes enfants ! Vous leur avez fait quoi ?! Où sont ils ?! Je veux leur parler !!"
Heykÿ était touché par cette réalisation. Il préparait depuis un moment dans son esprit une réponse à cette pensée qui allait surgir tôt ou tard. Il refit une tappe amicale sur le genou du maire avant de répondre.
"Votre famille a été mise au courrant. Nous les avons rassurés sur votre situation. Ce n'est pas un enlèvement comme ceux qu'on voit dans les films, nous ne demandons rien de particulier. Mon collègue passera demain matin, et vous pourrez les joindre par appel téléphonique sous notre présence. Je le dis à nouveau, il n'y a pas de quoi s'inquiéter. Vous et votre famille êtes pris en charge."
Ce discours était assez bien brodé pour permettre au maire de se détendre un peu. La situation était en effet plutôt anormale, les enlèvements qu'on était habitué à entendre étaient ceux des rançons, du chantage et de l'extorsion. Celui-ci paraissait presque comme une opération de sauvetage plus qu'autre chose. Et dans des termes plus vastes, ça l'était bien. Mais pour comprendre le pourquoi, il va falloir attendre. Le maire, toujours bluffé par cette prise de parole, essaya d'éclaircir la situation, qui était déjà tout à fait claire.
"Je... Je ne comprends pas... Que voulez-vous de moi ?!"
Heykÿ fit un sourire fugace avant de répondre l'air amusé.
"De vous ? Soyons honnête, pas grand chose. On ne visait pas vous particulièrement. C'était simplement pour faire passer un message. Ne vous inquiétez pas, pour votre réputation d'ailleurs, les citoyens semblent manquer votre présence. Nous vous réinstallerons lorsque tout cela sera terminé, nous ne voulons pas perturber les cycles démocratiques tout de même."
Cette réponse apportait plus de questions que de réponses en réalité, mais elle rassurait. D'une part car la situation était si absurde que le maire ne chercha plus à comprendre, mais aussi car ses ravisseurs étaient d'une sympathie presque candide. On avait rarement vu des criminels aussi compréhensifs, après tout criminels était un grand mot. Après quelques secondes de lapse, Heykÿ tappa une dernière fois sa main sur le genou du maire avant de se lever, un peu péniblement, pour ensuite se tenir debout de manière imposante.
"Bon, on va vous faire dîner. Klarnä, t'as bientôt fini ?"
On entendit un petit son de cloche sortir de la chambre, puis Klarnä qui apparaissait pour la première fois quelques secondes après, debout sur la portière. Elle était de taille moyenne, avait de très longs cheveux roux et le visage d'une petite fille mesquine. Son habit était simple, une longue robe noire avec des manches longues, ressemblant celui d'un docteur de la peste bubonique. Elle regardait Heykÿ avec un air sérieux, lui qui en retour la regardait avec un grand sourir.
"Ölen välmys. Layetämë kyrÿyën yümnëa."
"Quand même, fait un petit effort. Essayons de parler une langue que notre invité comprends, ce n'est pas courtois !"
Klarnä regarda Heykÿ d'un air assassin, puis le maire de même, pour ensuite revenir sur Heykÿ. Elle dit ensuite quelques mots avec un fort accent corvun.
"Tu sais que j'ai un mauvais akksent. Tu veux juste de moquer de moi."
Heykÿ sourit à nouveau, il regarda le maire qui était confus par la situation avant de river ses yeux sur Klarnä à nouveau.
"Ne dis pas ça, tu sais très bien que j'ai beaucoup de respect pour toi."
Klarnä semblait choquée par cette phrase, et rétorqua après quelques secondes de pause.
"Assez de respect pour me tromper avek ma soeur."
Heykÿ fit mine d'être gêné, mais il trouvait cela plutôt amusant de taquiner sa collègue. Il jetta un oeuil rapide sur le maire qui avait une nouvelle expression confuse, mais un peu plus sévère que la précédente. En voyant cela, Heykÿ lui souffla.
"Allons, ne me jugez pas pour cela monsieur le maire. Je n'ai jamais été très fort dans mes relations !"
Klarnä soupira, puis commença a marcher vers une autre porte du coté opposé de la salle.
"Je vais kuisiner, ça sera bientôt prêt."
"Tu as besoin d'aide ?"
"Tu mettrais le feu à l'appartement."
Après cette phrase, elle rentra dans la cuisine d'un pas vif et claqua la porte derrière elle. Heykÿ fit un petit rire avant de se tourner vers le maire.
"Elle a un sale caractère, mais au fond c'est une colombe. Très talentueuse. C'est elle qui rédige les pamphlets et communique avec le gouvernement. C'est probablement elle qui gèrera votre rentrée à la mairie. Mais bon, pour l'instant ce n'est que le début. On aura la chance d'en reparler."
Ils restèrent ainsi en silence. De longues secondes passèrent, jusqu'à ce que le maire osa poser la question qui le tracassait, et tracaissait tout le monde depuis longtemps.
"Je voudrais demander... Qui êtes vous ? Qui sont ces gens, ce groupe ? Quelle langue parlez vous ? Venez vous d'un autre pays en somme ?"
Heykÿ eut un court éclat de rire, comme s'il vennait d'entendre une question élémentaire. Il jetta un oeuil au maire, l'air amusé, puis sans changer de position, il lâcha.
"Nous avons toujours vécu ici monsieur le maire, même avant la proclamation de votre république. Nous avons vécu dans l'ombre, cela nous a point dérangé. Mais lorsque l'on a tenté de nous effacer volontairement, nous avons voulu reprendre le dessus."
Il marqua une courte pause avant de reprendre.
"Vous serez au premières loges, monsieur le maire, pour assister au retour de Corvus."
Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Dans cet épisode, on comprend l'envergure des opérations corviennes, et leur intentions de faire passer un message puissant sans terreur. C'est le début d'un soulèvement important.