19/09/2019
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[RP FERMÉ] Le jour ou la Boravie s'arrêta

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La nuit ou le brasier s’alluma 1/X


Anton Levchuk

04 août 2018, une nouvelle journée se levait sur Bełków, il y faisait froid, comme à peu près tous les jours de l’année en Boravie, mais ce froid, les Rachites de Kushnir avaient fini par s’y habituer, au point qu’on pourrait les confondre dans leur comportement avec des locaux. Cependant, bien que ce jour soit banal en apparence, il ne l’est qu’en apparence, car ce jour changera à jamais la Boravie : aujourd’hui, les Rachites passent à l’action, l’action qu’ils préparent depuis plusieurs années. Mais malgré ce que promettait cette journée, celle-ci commença normalement, les gardiens du premier tiers se présentant à l’entrée, les gardes vérifiant leurs informations puis, une fois chose faite, se dirigèrent vers la cafétéria pour prendre un café et bien commencer la journée. Parmi ce cortège se trouvaient des Rachites, et pas qu’un peu, près de 1500 dont Kushnir et ses sous-chefs, parmi eux, un certain Anton Levchuk assigné comme technicien en chef dans la centrale géothermique du centre de la prison. Une fois descendu du bus, comme bon nombre de ses collègues, il se dirigea vers la cafétéria, prenant son café et, fumeur oblige, se dirigea vers le coin fumeur de la zone.

Anton Levchuk

Anton Levchuk – Quelle journée de merde, putain, pourquoi je me suis engagé dans ça.

???? – Un problème, Anton ?

Ayant repris une gorgée de café, Anton manqua de s’étouffer quand l’un des gardiens avec qui il avait l’habitude de fumer dans cette pièce juste avant leur prise de poste posa sa main sur son épaule. Même s’il n’avait rien dit de compromettant sur ce qui se déroulait dans l’obscurité, le Rachite ne put s’empêcher de se poser non pas une question, mais LA question : est-ce que toute l’opération va foirer à cause de moi ?

Heureusement pour lui, ce n’était que Dimitri Moroz, un gardien avec qui il avait sympathisé avec le temps, au point où ceux-ci se voyaient régulièrement en dehors de la prison pour discuter ou boire un verre.

Anton Levchuk – Putain, tu m’as fait peur Dimitri.

Dimitri Moroz – Ce n’est que moi pourtant, comme tous les jours on se retrouve ici pour boire notre café et fumer une clope avant de prendre nos postes.

Anton Levchuk – Pas faux, mais vu que tu avais du retard et que je ne t’ai pas vu dans le bus, je me suis dit que tu ne serais pas là aujourd’hui.

Dimitri Moroz – Non, j’ai juste pas pris le même trajet, je devais aller récupérer des médocs à la pharmacie, j’avais un mal de crâne pas possible en me levant, mais assez parlé de moi, parlons de toi, tu n’as pas l’air bien aussi.

Anton Levchuk – Non c’est rien, c’est juste que le loyer arrive et la vieille commence à en avoir marre des retards de paiement, la dernière fois elle m’a dit qu’elle commençait à penser à me dégager.

Dimitri Moroz – Ah merde, si tu as besoin d’aide, n’hésite pas à demander.

Anton Levchuk – Et puis quoi encore, tu viens d’avoir un gosse, je suis la dernière des merdes si je te demande de l’argent. Par contre, pour revenir à ce qu’on se disait avant, si tu n’es pas bien tu n’aurais pas dû venir, va voir ton chef pour demander ta journée.

Dimitri Moroz – Comme tu l’as dit, j’ai un enfant, cet argent j’en ai besoin.

Anton Levchuk – Vaut mieux prendre un jour de repos que de devoir s’arrêter pendant une semaine après.

Dimitri Moroz – Pourquoi tu dis ça ? Tu as un mauvais pressentiment, tu penses qu’on va attaquer la prison hehe ?

Anton Levchuk – Dis pas de connerie, c’est une forteresse, elle est imprenable, moi je pense à toi, c’est tout.

Si Anton se montrait aussi insistant, c’était bien parce qu’il pensait à ce qu’il considérait depuis quelque temps comme un ami. Cependant, ce n’était pas à son mal de crâne qu’il pensait, mais à ce qui allait arriver, car comme tout Rachite, il savait ce que cette journée allait devenir. Cette journée, c’était les prémices de l’enfer, l’enfer non pas juste pour Bełków mais pour la Boravie dans son entièreté, car si l’opération réussissait, ce seraient 800 000 prisonniers parmi les plus dangereux du monde qui seraient libérés dans un pays de 2 millions d’habitants.

Voyant que Dimitri n’allait pas rentrer chez lui, il laissa tomber et reprit une gorgée de café, c’est à ce moment-là qu’une troisième personne fit irruption dans la zone fumeur, c’était l’officier Korzh. D’une voix sérieuse et légèrement agacée, elle interpella les deux compères.


Nina Korzh – Il y en a qui tirent au flanc à ce que je vois, la cafétéria s’est déjà vidée, vous êtes les derniers, vous Moroz, rejoignez votre poste immédiatement et que je ne vous voie plus en retard, quant à vous Levchuk, j’aurai deux mots à vous dire.

Dimitri Moroz – Oui madame, ça ne se reproduira plus, on se voit à la pause de 4h Anton ;

Dimitri écrasa ce qu’il restait de sa clope dans le cendrier avant de quitter la cafétéria et de rejoindre enfin son poste, mais avant de partir, il lança un dernier regard à Anton comme pour le soutenir, sachant qu’il allait recevoir un savon de l’officier Korzh. Après quelques instants, la zone était complètement vide à l’exception de l’officier et du technicien, un silence de quelques secondes plana avant que l’officier ne prenne finalement la parole, quelques secondes qui semblèrent une éternité.

Nina Korzh – Qu’est-ce que tu essayais de faire avant que j’arrive Anton ? Tu veux faire foirer toute l’opération.

Anton Levchuk – Mais qu’est-ce que tu racontes, dis pas n’importe quoi, je discutais juste avec un collègue, comme nous l’a dit Anatolij, on doit sympathiser et agir normalement.

Nina Korzh – Non, ça va au-delà de la simple sympathie là, tous les jours tu discutes avec lui, tu le vois régulièrement en dehors de la prison, il t’a même invité chez lui pour une fête quand il a appris qu’il allait devenir papa. Si je ne te connaissais pas depuis la Krésetchnie, je penserais que tu es en train de nous trahir.

À l’écoute de ces mots, Anton sentit une goutte de sueur couler le long de son front, lui trahir ? 20 ans, cela faisait 20 ans qu’il était au sein des Raches, 20 ans qu’il se battait au nom de l’idéologie, autant dire qu’il ne trahirait jamais son camp, cela ne lui avait jamais traversé l’esprit à vrai dire. Sa réaction ne se fit pas attendre, d’un ton quelque peu énervé il répondit

Anton Levchuk – Tu te fous de moi ? J’étais présent avant toi dans les Raches et je compte bien y être après. Tu m’accuses de trahison ? Tu mériterais que je t’en colle une.

Nina Korzh – Je sais très bien que tu ne nous trahiras pas, je demande juste ce qui se passe, tu cherches à te racheter une conscience pour tes "crimes" passés ?

Anton Levchuk – Me racheter une conscience ? Après 20 ans je pense que c’est un peu tard tu ne crois pas ?

Nina Korzh – Alors quoi ?

Anton Levchuk – Alors rien du tout, je n’ai fait que sympathiser comme notre mission nous le demandait.

Nina Korzh – On va dire que je te crois.

Après ces mots, Nina se rapprocha d’Anton, une fois proche au point où personne n’aurait pu entendre ce qu’elle allait dire, elle lui dit ceci : À partir de maintenant, tu respectes le protocole à la lettre. Pas d’échanges inutiles. Pas de conversations personnelles. À la moindre anomalie, tu te replies. Compris ? Anton hocha la tête sans discuter. Il savait qu’elle avait raison et qu’il était déjà trop tard pour revenir en arrière. Une fois cela fait, Nina reprit son rôle d’officier de la prison, détourna sans attendre le regard et quitta la cafétéria sans perdre une seconde de plus. Anton était maintenant seul dans la cafétéria, une cigarette dans la main droite et son café refroidissant dans l’autre. Après quelques secondes immobile, il avala ce qu’il restait de son café et écrasa le gobelet avant de quitter la cafétéria pour rejoindre son poste : la centrale géothermique 5 de la prison.

Bełków n’avait pas été conçu comme une prison, mais comme une véritable forteresse capable de résister à n’importe quel assaut venant de l’extérieur, stockage de nourriture pour plusieurs mois, hôpital dédié et bien entendu production électrique au sein même de la prison. Certaines prisons dans le monde peuvent emprunter un chemin similaire, mais là où Bełków faisait mieux que toutes les autres, c’est que la prison pouvait générer son électricité sans limite de temps. Là où les autres sont dépendantes de groupes électrogènes à utiliser uniquement en cas d’urgence si la ligne extérieure est coupée, Bełków se trouve littéralement au-dessus d’un immense champ géothermique, lui permettant de produire sans être dépendant d’une réserve de diesel qui tôt ou tard sera épuisée.

À minuit et douze minutes, Anton arriva enfin devant la salle de contrôle, se rapprochant de la porte il regarda l’écriteau au-dessus sur lequel était marqué accès réserve, cet écriteau, il l’avait vu des centaines de fois depuis qu’il était ici. Une fois au niveau de la porte, il badgea et la lourde porte métallique s’ouvrit automatiquement, une fois dedans, il salua ses collègues qui, eux, ne manquèrent pas de lui faire remarquer son retard. Quand il fut dedans, comme à son habitude, la première chose qu’il fit fut de se diriger vers la machine à café de la salle pour en reprendre un, ceux de la cafétéria n’ayant visiblement jamais réussi à complètement le réveiller. Son deuxième café en main, il descendit enfin dans la salle des machines pour aller voir les techniciens de la précédente rotation qui n’attendaient que lui pour enfin partir.

Anton Levchuk

Anton Levchuk – Comment ça se passe, rien à signaler ?

Technicien 1 – À part ton retard, pas grand-chose, à part une légère surchauffe, on a remarqué que quand on lui demande de tourner au-dessus de 90 %, le condenseur a du mal, à mon avis, une petite révision ne serait pas de trop dans les prochaines semaines. De toute façon, ne dépasse pas les 90 % et tu n’auras pas de problème.

Anton Levchuk – Je vois, rien d’autre sinon ?

Technicien 2 – Non, elle est peut-être vieille mais c’est ce qui fait sa force, elle a été conçue pour durer.

Les quelques informations transmises, les techniciens de la rotation précédente commencèrent à faire leurs affaires pour enfin rentrer chez eux après huit longues heures de travail, il s’agissait sûrement des plus chanceux car ceux-ci seraient chez eux lorsque l’enfer s’abattrait sur la prison.

Après avoir bu une gorgée de café, Anton commença à marcher en direction de la salle de contrôle pour s’installer devant son pupitre de commande, montant les escaliers métalliques, il s’arrêta à mi-chemin, se tourna et regarda une dernière fois la salle des machines. Le bruit était constant et les vibrations également, faisant croire qu’elle était vivante, vivante oui, mais plus pour longtemps, cette petite réflexion passa et Anton se remit à marcher vers la salle de contrôle. Une fois sur place, il enleva sa veste, la posa sur sa chaise et se mit en face de son pupitre de contrôle, les chiffres défilaient, pression, température, débit, toutes les valeurs possibles et imaginables. Cela faisait plus d’un an qu’il avait ce poste et avec le temps, plus besoin d’analyser les valeurs, c’était devenu des automatismes, un simple coup d’œil et il savait si quelque chose n’allait pas. S’il n’avait pas rejoint les Raches, il aurait très certainement eu un poste d’ingénieur en énergie dans un pays d’Eurysie, malheureusement (ou heureusement) pour lui, il avait rejoint très tôt les Raches le coupant à jamais de cette réalité.

Il était maintenant minuit et dix-huit minutes, tout était normal au sein de Bełków, tout était normal, car rien n’avait encore été fait, le plan établi pendant des mois par Kushnir était clair, simple, tout était réglé à la seconde près. En aucun cas, ce plan ne devait échouer, car si cela arrivait c’était assurément la fin pour eux, alors Anton, comme ses pairs, l’avait répété des dizaines, non des centaines de fois. À cet instant précis, tout était normal ou tout semblait l’être car les pupitres n’affichaient pas les vraies valeurs, mais celles qu’on voulait qu’elles affichent, la légère surchauffe mentionnée par les techniciens n’était pas due à un manque d’entretien, mais à une action délibérée d’Anton. Lors de sa journée de travail précédente, tout se passa normalement, mais à un moment Anton se connecta sur la console secondaire servant aux diagnostics de fond et à des tests de redondance, autant dire une console peu utilisée. Peu utilisée certes, mais le 27 juin, c’est ce qu’Anton allait faire, non pas pour un diagnostic mais pour quelque chose de plus sombre, il inséra alors une clé USB dans l’ordinateur. Le logiciel, voulant se protéger des éléments extérieurs, demanda alors le mot de passe administrateur pour confirmer l’accessibilité des données présentes sur la clé, mot de passe que possédait Anton du fait de son poste. Le mot de passe rentré, la clé était accessible, ainsi que son unique fichier, un logiciel créé par les Raches, dont l’objectif était de prendre le contrôle du réseau de la prison, de réfuter les accès excepté à ceux des Rachites infiltrés ainsi que d’induire en erreur les consoles des centrales géothermiques.

En apparence, tout fonctionnait normalement, mais en réalité, les condenseurs des centrales avaient des régimes de fonctionnement tout sauf normaux, rien n’allait casser, mais petit à petit, heure après heure, les condenseurs allaient se rapprocher de la surchauffe. Comme dit, il n’était pas question de casser les centrales, alors les surchauffes se devaient d’être évitées et elles le seraient, grâce au système de sécurité, qui pour préserver le matériel, couperait l’arrivée de vapeur… dans toutes les centrales géothermiques… à l’exact même moment. L’objectif était clair, provoquer un blackout généralisé dans toute la prison.

Minuit trente passa, le moment était venu, Anton regarda une dernière fois les valeurs sur sa console centrale, elles étaient stables, parfaitement stables, de quoi rassurer les équipes, mais ce n’était qu’une stabilité de façade, et Anton le savait. Prenant sa respiration, il ouvrit l’invite de commande et entra les mots que le programme installé la veille attendait :

Vive les Raches, longue vie à nos frères.
Le code rentré, rien ne se passa, du moins pas immédiatement, durant 30 secondes Bełków continua de fonctionner normalement, les caméras surveillant les moindres faits et gestes, les gardiens faisant leurs rondes, les prisonniers dormant ou jouant aux cartes pour certains. Durant 30 secondes, Bełków continua de respirer, mais passé ce délai, les voyants auparavant verts passèrent à l’orange, puis au rouge. En une fraction de seconde, le système réalisa que les données avec lesquelles il travaillait depuis 24 heures étaient factices, les condenseurs ne fonctionnaient pas normalement, mais étaient proches de la surchauffe. Sans demander l’avis de qui que ce soit, il coupa immédiatement l’arrivée de vapeur dans la turbine pour éviter une catastrophe, il le fit non seulement dans la centrale numéro 5, mais également dans la 1, la 2, la 3, la 4 et la 6. En une fraction de seconde, l’arrivée de vapeur fut coupée pour toutes les centrales alimentant la prison, les turbines s’arrêtèrent, le bruit cessa, de même que les vibrations, les salles des machines s’étaient tues. Anton, lui, était toujours assis sur sa chaise devant son pupitre, il se tenait dans une obscurité totale qui n’était percée que par les lumières rouges d’urgence.
Anton Levchuk
Le silence s’installa dans la salle, Anton resta figé, regardant inlassablement son pupitre alors maintenant complètement noir, il ne disait rien, ou plutôt rien ne sortait de sa bouche, mais nombre de pensées se bousculaient dans sa tête, il était maintenant impossible de faire marche arrière. Le silence s’était installé, mais fut brisé en quelques secondes par les voix paniquées des techniciens, ne comprenant pas ce qu’il venait de se passer. Technicien 1 – Putain, qu’est-ce qu’il s’est passé, qu’est-ce que tu as foutu Anton. Anton ne répondit pas, au même moment, celui qui était alors dans la salle des machines au moment de la coupure remonta dans la salle de commande.

Technicien 2 – Qu’est-ce que vous avez foutu, le flux de vapeur s’est arrêté et les turbines viennent de se stopper, c’est toi qui as fait ça Anton ?

Anton Levchuk – Non, ce n’est pas moi et ce n’est pas qu’un problème local, si l’on est plongé dans le noir c’est que les autres centrales ont également un problème.

Technicien 2 – Qu’est-ce qu’on fait alors ?

Anton Levchuk – On suit la procédure, on sécurise la salle de commande et la salle des machines et on attend les instructions d’en haut.

Le silence s’était abattu dans la centrale 5, mais également dans toutes les autres, toutes les machines qui alimentaient Bełków s’étaient arrêtées, les générateurs diesel de secours tentèrent de démarrer mais ce fut un échec, comme si quelque chose les en empêchait. Ils démarraient, puis se coupaient quelques secondes plus tard avant d’avoir pu injecter le moindre watt sur le réseau de la prison. Là où le silence s’était abattu dans les centrales, dans les différents centres de commandement de la prison, c’était le chaos. Ces salles étaient les seules à disposer encore d’électricité grâce à des batteries, des alarmes hurlaient de chaque côté, de même que les opérateurs devant leurs écrans, car ceux-ci se remplissaient de messages d’erreur à une vitesse hallucinante. Le réseau tenta de lancer des protocoles d’urgence pour garantir la stabilité de la prison, mais ceux-ci se heurtèrent à un mur infranchissable, les autorisations n’existaient plus et les accès du personnel avaient été révoqués, comme si, comme si quelque chose les empêchait de reprendre le contrôle.

Dans les couloirs de la prison, l’obscurité régnait, ou en réalité pas totalement, les lumières d’urgence éclairaient d’une faible lueur rouge le passage et les gardiens courant dans tous les sens, ne sachant pas comment réagir face à cette situation qu’ils n’avaient jamais connue. Entre les pas nombreux des gardes, un bruit différent se fit entendre, un clac, puis un autre, puis encore un autre, puis des dizaines à la fois, dizaines qui se transformèrent en centaines. Ce bruit, c’était celui des verrous magnétiques des portes des 800 000 cellules de la prison se désactivant un à un, ceux-ci étaient les rares équipements de la prison à avoir encore de l’électricité. En temps normal, si une telle coupure de courant avait eu lieu, le réseau informatique de la prison aurait complètement verrouillé les portes, mais nous n’étions plus dans une situation normale et le réseau n’avait plus la main sur grand-chose. Il était maintenant minuit et trente-cinq minutes et, une à une, les cellules de la prison s’étaient ouvertes, libérant 800 000 prisonniers avec chacun une dent contre la prison et les gardes.
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salle de contrôle

Les agents pénitentiaires de Bełków couraient dans tous les sens, la panique avait gagné la salle de contrôle de la prison. Une partie des agents regardait les écrans des caméras s’éteindre les unes après les autres, d’autres essayaient de contacter les salles de contrôle locales, d’autres enfin regardaient dans les manuels, cherchant désespérément une procédure à appliquer dans cette situation. Mais la réalité, c’était que cette situation n’avait jamais été prévue par les concepteurs de la prison, et de la même manière que les manuels n’apportaient aucune solution, les supérieurs étaient tout aussi sans réponse. Personne au sein du personnel de Bełków n’avait été formé pour savoir quoi faire face à cette situation ; le résultat était donc couru d’avance : tout était figé, les ordres fusaient, suivis quelques secondes plus tard par des contre-ordres. Enfin ça, c’était pour les ordres qui arrivaient à passer. Le chaos régnait, oui, mais certains avaient réussi à garder leur calme, dont un certain Dimitri Moroz qui, malgré son mal de crâne persistant, réussit à établir le contact avec l’aile NORD-OUEST, mais lui qui pensait y trouver une situation rassurante, les mots qu’il entendit lui glacèrent le sang.

Dimitri Moroz – Ici Dimitri Moroz de la salle de contrôle principale. Est-ce que vous me recevez, aile NORD-OUEST ? Je répète, ici la salle de contrôle principale. Aile NORD-OUEST, est-ce que vous me recevez ?

Au début, Moroz ne fut accueilli que par des grésillements, mais au moment où il allait raccrocher, une voix lui parvint enfin, étant toutefois parasitée par les grésillements toujours présents.

Salle de contrôle NO – … salle de contr … NO, envoyez ... renfort … vite

Dimitri Moroz – Je ne vous entends pas bien, que se passe-t-il ?

Salle de contrôle NO – … cellules s’ouvrent … les prisonni … sortent … gardes submergés … envoyez renf … vite …

Dimitri Moroz – Répétez bon sang, les prisonniers sont en train de sortir ?! Allô, allô ?!!

La salle de contrôle auparavant si bruyante avait tout d’un coup sombré dans le silence, un silence si profond que l’on pouvait entendre le son du vent glacial de dehors, alors pourtant atténué par plusieurs couches de béton. Ce silence continua un temps certain avant d’être brisé par l’un des autres gardiens présents dans la salle, mais silence brisé ne voulait pas dire calme retrouvé, au contraire, car les mots du gardien furent ceux du déni et non pas de la raison.

Petro Vashchenko – C’est une blague, hein ? Les prisonniers ne peuvent pas sortir de leur cellule, pas vrai Dimitri ?

Dimitri Moroz – ……

Petro Vashchenko – Dis-moi que c’est pas possible, putain !!!!

Au moment de dire ces mots, Petro s’était agrippé aux épaules de son collègue avant de le secouer, mais malgré cela, Dimitri resta silencieux. Un silence, oui, mais un silence lourd de sens. Voyant que son collègue ne réagissait pas, Petro arrêta de le secouer avant de retourner s’asseoir à son poste, les coudes sur les jambes, ses mains sur son visage. Les derniers mots que prononça Petro avant de se murer dans le silence furent ceux d’un homme résigné : on est mort, on est tous morts. Le silence venait de regagnais la salle de contrôle avant d’être une nouvel fois brisé par un agent, cette fois-ci, c’était la nouvel Larysa Huk, d’ordinaire parfaitement calme quelque soit les circonstance, aujourd’hui, elle bégayé et cherchait ses mots, après plusieurs tentative elle parvient enfin à dire ce qu’elle voulait.

Larysa Huk – Regardez les écrans.

Petro Vashchenko – Ça sert à rien, elle sont toute HS

Larysa Huk – Regardez les écrans putain !!!

C’était la première fois en plusieurs mois que c’est collègues la voyait aussi énervé, ce fut suffisamment inhabituelle pour les faire enfin réagir, un à un ils regardèrent les écrans, écrans ne diffusant que d’immense carré noir, à l’exception d’un. En effet, sur l’un des nombreux écran il se trouvé dans un coin une source de lumière, l’une des caméra diffusait encore semble t’il ce qui surpris les gardiens.

Dimitri Moroz – L’une des caméra a du survivre, Petro agrandi l’image on voit rien, il faut qu’on sache ce qu’il se passe.

Petro Vashchenko – Attend 2 secondes … voila c’est fait.

Dimitri Moroz – Merci ….

A la vu des images, Moroz s’interrompit immédiatement, l’intégralité des gardiens présent dans la salle se figèrent regardant l’écran diffuser les images d’une caméra de surveillance. Si la réaction des gardiens fut ce qu’elle fut, c’était pour une bonne raison, les images diffusé sur l’écran étaient tout bonnement glaçante, on y voyait un nombre limité de gardiens tentant de repousser une marée humain de prisonniers.
Les images en question
Images non contractuelle, mais imaginez ça fois beaucoup vu le nombre de prisonniers
Comment une telle chose avait pu se produire, c’est la question que se posaient tous les gardiens regardant l’écran. Tout avait commencé quelques minutes plus tôt avec la coupure de courant dans la prison, coupure qui fut rapidement suivie par l’ouverture de toutes les cellules de la prison.

Leontij Velychko

Leontij Velychko était le prisonnier 475854. Malgré l’heure, lui, comme nombre de ses compères, était réveillé, ne réussissant pas à trouver le sommeil. Ne réussissant pas à dormir, il était assis sur une chaise dans sa cellule, regardant inlassablement le mur en béton devant lui. Depuis combien de temps regardait-il le mur ? Lui-même ne le savait pas, car à Bełków les heures se confondent avec les jours, car à Bełków, quand tu y rentres, tu n’en sortiras que les pieds en avant, enfermé dans un sac mortuaire. Enfin ça, c’était ce que pensait la majorité des prisonniers, mais Leontij, lui, savait. Il savait ce qui se préparait. Rachite depuis son plus jeune âge, il faisait partie des 8 549 Rachites encore en vie emprisonnés dans cette prison ; il avait donc tout naturellement été mis dans la confidence. Bien qu’ayant été mis dans la confidence, il n’en savait pas les détails : qu’allait-il se passer, quand est-ce que l’évasion débuterait ? Il n’en savait rien. C’est pourquoi, dans les premiers instants de la coupure de courant, il pensa à une simple coupure. Mais les minutes passant sans courant et le bruit des pas paniqués des gardes passant devant sa cellule lui confirmèrent que c’était aujourd’hui, que le grand jour était enfin arrivé. Une fois la réalisation faite, il se redressa et se leva de sa chaise. Il attendit : une minute, puis deux, puis trois, et enfin, après cinq longues minutes à attendre, quelque chose se passa. Lui qui s’attendait à voir arriver un camarade Rachite ouvrir sa cellule, ce ne fut pas le cas. À la place, il entendit un simple clac. Simple, oui, mais lourd de conséquences, car ce simple clac, c’était le bruit que faisaient les cellules lorsque celles-ci étaient ouvertes. Pensant au début à une simple erreur, il se dirigea vers la porte avant de l’entreouvrir. Ne voyant aucun garde, il l’ouvrit plus largement, passant sa tête, puis sortant complètement. Une fois sorti, il fit quelques pas en dehors de sa cellule, regardant à droite puis à gauche. Cette situation perdura quelques secondes avant qu’une dizaine de gardiens ne se ruent vers lui avec des matraques électriques.

Feodosij Antonyuk – Qu’est-ce que tu fais dehors ?!! Retourne dans ta cellule immédiatement !!

Leontij Velychko – Du calme, c’est sûrement une erreur, pas besoin d’être aussi violent, l’ami.

Feodosij Antonyuk – Je suis pas ton pote, retourne dans ta cellule immédiatement !!

À ce moment-là, les cris du gardien se firent éclipsés par un bruit : un clac, puis un deuxième, puis des centaines. Des centaines de verrous magnétiques s’ouvraient à la fois, libérant peu à peu tous les prisonniers de Bełków.

Svyatoslav Matvijchuk – C’est quoi tous ces bruits ?!!

Leontij Velychko – Je crois que c’est pour vous le signal signifiant qu’il faut courir.

Après quelques secondes, les clacs des verrous magnétiques cessèrent. L’ensemble des cellules du complexe carcéral étaient maintenant ouvertes. Durant quelques secondes encore, tout resta figé, comme si le temps lui-même avait cessé de s’écouler. Puis, une porte s’ouvrit, puis une deuxième, puis des dizaines. Des cellules, un nombre incalculable de prisonniers commença à en sortir. À mesure que le temps passait, les gardiens se retrouvèrent non pas en sous-nombre, car cela serait trop réducteur, mais complètement submergés par la marée humaine de prisonniers. Les prisonniers, eux, continuaient d’avancer : certains ricanaient, d’autres avaient le visage rempli de colère, d’autres enfin étaient parfaitement inexpressifs. Mais quelque chose les réunissait : ils étaient tous déterminés à en découdre. Les gardiens tentèrent bien évidemment de reprendre en main la situation, mais même s’ils étaient bien équipés, ils restaient tout de même une dizaine. Une dizaine contre plusieurs centaines.

Feodosij Antonyuk – Reculez immédiatement !! Retournez dans vos cellules, je ne me répéterai pas !! Allez chercher les autres, on va se faire manger sinon !!

Le gardien avait beau dire cela, même en ramenant tous les gardiens, cela ne représentait que 125 gardiens par unité de vie pour chaque étage, alors que de l’autre côté, la masse de prisonniers, elle, dépassait les 1 650. On pourrait se dire que le nombre de gardiens était sous-dimensionné, mais il n’en est rien, car aucune prison de la planète n’a été conçue pour une situation dans laquelle toutes les cellules s’ouvrent simultanément. S’ils voulaient s’en sortir, il ne leur restait plus qu’une solution : tenir suffisamment longtemps pour que d’autres réussissent à atteindre l’armurerie, s’équiper de fusils d’assaut et tenter de reprendre en main la situation.

Tout en essayant de maintenir les prisonniers toujours plus nombreux à distance, un gardien se détacha du groupe pour regagner les salles de repos, les toilettes ou tout autre endroit où pouvait se trouver le reste. Il ne s’arrêta jamais vraiment, entrant dans une pièce, criant que les prisonniers sont en train de s’évader, puis passant à la salle suivante. Au début, les premiers gardiens interpellés crurent à une blague, mais en voyant passer par la porte de nombreux gardiens tout équipés de la tête aux pieds, ceux qui n’y croyaient pas durent se résoudre : les prisonniers étaient réellement en train de s’évader. Une fois qu’il eut prévenu le plus de gardiens possible, il se dirigea à toute vitesse vers l’armurerie avec une dizaine de collègues pour s’équiper d’armes de guerre et essayer de réprimer l’évasion, dans le sang s’il le fallait.

armurerie

La troupe courut, courut, courut, tellement qu’elle arriva épuisée devant l’armurerie. Ils étaient certes épuisés, mais au moins ils étaient arrivés le plus rapidement possible à l’armurerie, car dans cette situation, chaque seconde est importante. Cependant, au moment de passer la porte pour entrer dans l’armurerie, ce qu’ils virent les terrifia. Devant eux se trouvait l’officier Korzh, en train de procéder à un étranglement par derrière de l’un des deux agents en charge de l’armurerie, mais ceci ne fut pas le plus troublant : au sol gisait le deuxième agent, le crâne en sang. Ne sachant pas comment réagir face à cette situation, Svyatoslav Matvijchuk, qui connaissait bien les agents de l’armurerie, réagit par instinct, se saisissant d’un pistolet dans l’un des casier.

Feodosij Antonyuk – Madame, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais lâchez cet homme, s’il vous plaît. La situation est grave, les prisonniers sont en liberté dans notre unité, et je pense que c’est pareil dans toute la prison.

Nina Korzh – Les prisonniers s’évadent ? Bien.

Cette simple réponse eut à elle seule de quoi glacer le sang de Feodosij, mais ce qui les marqua encore plus fut le sourire qu’arborait l’officier Korzh. Durant une seconde, Feodosij resta figé sur place, ne comprenant visiblement pas ce qu’il venait d’entendre. Se ressaisissant, il pointa à nouveau son arme vers l’officier Korzh.

Feodosij Antonyuk – C’est vous qui avez provoqué ça ?!! C’est vous qui avez ouvert les cellules ?!!

Nina Korzh – Moi ? Mais je n’ai rien fait, c’est ça le plus beau, haha.

Feodosij Antonyuk – Pour crime contre la nation boravienne, je vous arrête, officier Korzh.

Au moment où il eut fini sa phrase, quelque chose d’inattendu se produisit : quatre des gardiens qui l’avaient accompagné s’effondrèrent au sol devant lui, et au moment où il se retourna pour voir ce qu’il se passait, tout devint noir, car la dernière chose qu’il vit fut un coup de crosse en plein dans sa tête. Ce fut la dernière chose qu’il vit, mais pas la dernière chose qu’il entendit, il en était certain. Quand tout devint noir, il s’effondra au sol, puis l’un des hommes s’approcha de lui pour lui murmurer quelques mots à l’oreille : Vive les Raches. Après cela, ce fut le trou noir complet pour le gardien Antonyuk.Dans l’armurerie se trouvait maintenant Nina Korzh ainsi que six personnes, tous Rachites, tous au courant des enjeux, tous sachant quoi faire.

Nina Korzh – Bon, maintenant que ce petit détail est réglé, on peut passer aux choses sérieuses. Lidiya et Yevhen, vous restez dans l’armurerie, vous la défendez coûte que coûte et vous surveillez ces cinq-là pour qu’ils ne fassent pas de connerie. Leontij, Feodosij, Adam et Denys, vous vous équipez et vous me suivez, on va donner un petit coup de main à nos camarades prisonniers.

Lidiya Bodnar – On peut pas les tuer ? Ça irait plus vite et au moins on aurait pas à s’en inquiéter.

Nina Korzh – Non, car Kushnir veut en garder un maximum vivants pour servir d’otages contre le gouvernement au cas où.

Lidiya Bodnar – Il croit vraiment que le gouvernement va pouvoir faire quelque chose contre 800 000 prisonniers en liberté ?

Nina Korzh – J’ai pas dit que j’approuvais. Après, pour sa défense, même si on est 800 000 et en admettant qu’on suive tous le même but, on n’a pas suffisamment d’armes pour équiper tout le monde, et il fait rarement positif, même en été. Faut pas croire qu’une fois dehors, ça sera une partie de plaisir pour nous. Il veut sûrement jouer la carte de la sûreté, mais bref, assez discuté, on a une évasion à aider.

Yevhen Bodnar – On défend l’armurerie. Faites ce que vous avez à faire.

Après cela, le commando se prépara : gilets pare-balles, fusils d’assaut, fusils à pompe pour certains, grenades assourdissantes, tout y passait. Mais malgré ça, l’armurerie restait presque pleine, celle-ci étant dimensionnée pour pouvoir équiper plusieurs dizaines de personnes.
Une fois le matériel pris, Nina Korzh, suivie de quatre Rachites, se dirigea vers leur unité de vie, déterminée à faire aboutir la chute de Bełków. De son côté, dans la salle de contrôle, Dimitri Moroz et ses collègues regardaient les gardiens tentant de maîtriser les prisonniers. Malgré leur infériorité numérique, ceux-ci se débrouillaient plutôt bien, réussissant à neutraliser bon nombre de prisonniers grâce à leurs matraques électriques. Cependant, bien qu’en apparence la situation semblait s’améliorer, la réalité du terrain était tout autre : il était maintenant minuit cinquante-cinq, cela faisait vingt minutes que les prisonniers avaient été libérés et vingt minutes que les gardiens luttaient de toutes leurs forces pour reprendre le contrôle de la situation.

Larysa Huk – Ils semblent reprendre l’avantage, c’est encourageant.

Dimitri Moroz – Ouais, mais faut pas oublier que ça fait plus de vingt minutes qu’ils bataillent, ils vont commencer à fatiguer, et ils ont pas neutralisé tant de prisonniers que ça. Il faut que les autres partis à l’armurerie se dépêchent, sinon les prisonniers vont en faire qu’une bouchée.

Petro Vashchenko – Quand on parle du loup, ils sont enfin là, on a gagné !

Larysa Huk – Qu’est-ce qu’ils font ?!!

À ce moment-là, ce que virent les gardiens de la salle de contrôle les choqua profondément : les gardiens qui revenaient de l’armurerie venaient purement et simplement d’ouvrir le feu sur les gardiens tentant de repousser les prisonniers.Au moment où les premiers coups de feu s’abattirent sur les gardiens, le Rachite Leontij Velychko sut exactement ce qu’il devait faire. Lui qui, avec les années, s’était construit une certaine réputation, il était respecté parmi les prisonniers. Ainsi, au moment où les coups de feu partirent, il ordonna aux prisonniers de se baisser, ce qu’ils firent tous sans exception. Après quelques secondes, les coups de feu cessèrent. Treize gardiens étaient morts. C’est alors que Nina Korzh prit la parole d’une voix certes calme, mais emplie d’autorité.

Nina Korzh – À l’attention des gardiens, si vous voulez vivre, déposez vos armes et allez vous asseoir dans le coin. Faites un geste brusque et vous êtes mort. Je m’adresse maintenant aux prisonniers : je m’appelle Nina Korzh, je fais partie des Raches. Ce que vous venez de voir est une partie de l’opération visant à prendre le contrôle de cette prison. Si vous aspirez à la liberté, suivez-nous. Enfin, Leontij Velychko : redresse-toi, on n’a pas que ça à faire.

Même s’ils étaient toujours une centaine, les gardiens ne faisaient pas le poids, et ils le savaient, car s’ils se jetaient sur les Rachites, beaucoup d’entre eux n’y survivraient pas, et même s’ils arrivaient à les désarmer, la foule de prisonniers derrière en profiterait pour les massacrer. Ainsi, l’instinct de survie prit le dessus et, quasiment au même moment, tous les gardiens déposèrent leurs armes et se dirigèrent vers l’emplacement que leur avait indiqué Nina Korzh.
De son côté, Leontij se releva doucement à la prononciation de son nom. Il en profita également pour nettoyer son pantalon de prisonnier d’une poussière imaginaire. Une fois ce nettoyage terminé, il avança calmement vers le groupe de Nina.
Leontij Velychko était certes Rachite comme Nina Korzh, mais il y avait une différence de génération, car quand Leontij fut emprisonné, cette dernière commençait à peine à faire ses marques au sein des Raches. À ce titre, il n’avait jamais eu l’occasion de travailler avec elle ou même de dialoguer : ils ne se connaissaient donc pas. Mais malgré tout, les mois de préparation pour cette évasion les avaient rapprochés, sans pour autant pouvoir se voir.
Le reste des prisonniers, eux, de leur côté, restèrent tous assis malgré la fin des coups de feu. Ils regardaient tous la scène se déroulant sous leurs yeux, une scène presque inconcevable, eux qui pensaient être sortis à cause d’une simple panne se rendaient compte qu’il n’en était rien. Leur liberté n’était pas due à une panne, mais à une opération de grande envergure visant purement et simplement à faire tomber la prison.

Leontij Velychko – Nina Korzh, donc ? Voilà donc la personne avec qui j’ai communiqué durant les derniers mois.

Nina Korzh – Déçu ?

Leontij Velychko – Non, simplement content de pouvoir enfin mettre un visage sur la personne avec qui je communique depuis des mois.

Nina Korzh – Bien, passons, car on a du pain sur la planche. Vous êtes aux alentours de 1 650 dans cette unité de vie, combien sont affiliés à ton clan ?

Leontij Velychko – Dans les 320/330, et tu peux rajouter une centaine provenant des clans affiliés.
Nina Korzh – Ok. Parmi les plus loyaux, sélectionne-en 30, on va les armer à l’armurerie. On doit faire le ménage dans les sections où la situation ne fut pas aussi favorable qu’ici.

Leontij Velychko – Ça marche. Et les gardiens, on en fait quoi ? Ce serait pas plus simple de les tuer ?

Nina Korzh – Non. De un, ça va puer la mort à force, et de deux, Kushnir veut en garder un maximum en vie pour servir d’otages contre le gouvernement boravien.

Leontij Velychko – Je vois… il a dû se ramollir avec le temps, le vieux. Il était pas comme ça quand je l’ai connu.

Nina Korzh – Va savoir. À l’attention du reste des prisonniers, je sais que je vous ai promis la liberté, mais il va falloir attendre encore un peu. Vous l’avez vu de vos propres yeux : Bełków est un monstre, la prison ne se laissera pas tomber sans riposter. Comme je l’ai dit, il y a des sections où les gardiens ont sûrement réussi à reprendre l’avantage. À ce titre, on va devoir faire le boulot nous-mêmes là où l’évasion n’a pas réussi.

Je vais être claire avec vous : ceux qui ont envie de faire les idiots ou de régler leurs comptes avec d’autres prisonniers ou même des gardiens, je les fais abattre. Ici, ce n’est pas l’anarchie, c’est une opération. Si vous voulez sortir d’ici vivants, vous allez devoir suivre les consignes tant que Bełków nous opposera une résistance.

À l’écoute de ce discours, un murmure se répandit parmi les prisonniers. Ce n’était pas de la contestation ou de l’approbation, juste de la surprise, car les Raches sont connus pour être un groupe pluriel, avec de nombreuses branches et une organisation assez moyenne. Mais là, ce qu’ils avaient sous les yeux, c’était quelque chose qu’ils n’avaient jamais vu ou entendu : une discipline forte, presque militaire, voilà ce qu’ils voyaient.
De son côté, Leontij, lui, était silencieux. S’étant tourné vers les membres de son clan, il les regardait, les analysant, puis il prit la parole et dit ceci : Que ceux qui ont une expérience militaire lèvent la main. Immédiatement, une vingtaine de mains se levèrent, mais ce n’était pas suffisant, alors Leontij reprit : Bien, vous, vous vous avancez. Maintenant, que ceux qui ont déjà combattu avec une arme à feu lèvent la main.
Cette fois-ci, ce ne fut pas moins que la moitié des mains qui se levèrent, soit plus de 160 personnes, et c’était normal : Bełków était le point de chute de la plupart des pires criminels de la planète. En moins d’une minute, l’unité d’intervention improvisée était complète, il ne restait plus qu’à les équiper maintenant.
Sur le chemin, Nina et Leontij, qui n’avaient jamais réellement discuté, entamèrent une petite conversation.

Leontij Velychko – Bon, c’est quoi le plan maintenant ? Je veux dire, en dehors de s’équiper à l’armurerie.

Nina Korzh – On doit sécuriser de nombreux points stratégiques, comme les salles de contrôle locales, les carrefours des escaliers, et surtout le centre de commandement principal. Tant qu’ils l’ont, il y a un risque qu’ils puissent rétablir les communications, et s’ils le font, le niveau de difficulté va augmenter pour nous.

Leontij Velychko – Attends, tu veux dire que vous avez neutralisé leurs moyens de communication ?

Nina Korzh – Tu trouves pas que leur réaction à la panne de courant et à l’ouverture des cellules fut trop molle ?

Leontij Velychko – Pas faux… mais vous avez fait comment pour les neutraliser ?

Nina Korzh – Secret. Kushnir expliquera tout quand on en aura fini, mais pour ta gouverne, on n’a pas seulement neutralisé leurs moyens de communication, on en a pris le contrôle et on a également révoqué tous leurs accès. Maintenant, on a le contrôle sur tout ce qui est automatique.

Leontij Velychko – Mais comment c’est possible ?

Nina Korzh – Ça fait plus de deux ans qu’on prépare ça, tu crois qu’on tire au flanc ?

BANG !! BANG !!

Alertés par les deux détonations, les deux compères cessèrent leur discussion et commencèrent à courir en direction de l’armurerie, suivis de la trentaine de prisonniers sélectionnés par Leontij.
Une fois arrivés sur place, ils virent deux gardiens gisant au sol dans une flaque de sang. À la porte de l’armurerie se trouvait Yevhen Bodnar, le fusil à pompe toujours braqué vers la cible au cas où d’autres surgiraient. Entendant les nombreux pas de Nina et son groupe, celui-ci se retourna immédiatement, prêt à faire feu, mais se rétracta au dernier moment, voyant que c’était les siens.

Yevhen Bodnar – La prochaine fois, signalez votre présence, j’ai failli vous tirer dessus.

Nina Korzh – Désolée, on a cru que les gardiens tentaient de reprendre l’armurerie, alors on a couru.

Lidiya Bodnar – Tu nous prends pour qui ? Bon, ça s’est bien passé de votre côté, à ce que je vois. Qu’est-ce qu’il vous faut ?

Leontij Velychko – Gilets pare-balles, fusils d’assaut ou à pompe en fonction de ce que vous avez, des grenades assourdissantes, une arme de poing, le tout pour trente personnes.

Lidiya Bodnar – Seulement trente ? C’est pas beaucoup.

Nina Korzh – Mieux vaut trente expérimentés et disciplinés que trois cents débiles. Et de toute façon, on va se coordonner avec les autres.

Leontij Velychko – Mais comment tu veux qu’on se coordonne ?

Nina Korzh – Je t’ai dit qu’on avait pris le contrôle de leur réseau de communication. On a changé les fréquences des talkies-walkies pour une définie à l’avance par nos soins.
Leontij Velychko – Et ils feront signe de vie quand ?

Nina Korzh – À une heure et 10 minutes du matin, chaque groupe devra faire un rapport sur sa situation, soit dans cinq minutes. Jusque-là, c’est silence radio pour tout le monde.


armurerie

Pendant ce temps, les prisonniers étaient en train de s’équiper : gilets pare-balles, tenues de combat, fusils d’assaut… tout y passait. Une fois tout équipés, ils n’avaient plus rien de prisonniers : c’était maintenant une véritable unité paramilitaire. À une heure et dix minutes du matin, le talkie-walkie de Nina s’alluma, comme prévu, et la voix d’un Rachite en sortit.


XXXX XXXX – Ici unité de vie numéro 1 au rapport ….
47410
La nuit ou le brasier s’alluma 3/X


1

Comme l’avait annoncé Nina Korzh, à une heure et dix minutes du matin le talkie-walkie s’alluma et de celui-ci le son d’une voix en sortit, ou plutôt le son de plusieurs voix les unes après les autres, apportant tantôt de bonnes nouvelles, tantôt de mauvaises.

Unité de vie numéro 1 – Ici unité de vie numéro 1 au rapport, situation stabilisée de notre côté, résistance des gardiens neutralisée, 1600 prisonniers libérés, en attente d’instructions officier Korzh.

Unité de vie numéro 2 – Ici unité de vie numéro 2, situation favorable mais pas encore sous contrôle, les gardiens se sont retranchés dans leur salle de repos et tentent tant bien que mal de rentrer, on devrait maîtriser la situation d’ici une dizaine de minutes.

Unité de vie numéro 4 – Ici unité de vie numéro 4 …. situation critique …. avons réussi …. reprendre l’armurerie …. épuisement …. munitions …. envoyez renforts.

Unité de vie numéro 5 – ………….

Nina Korzh – Unité de vie numéro 5 faites votre rapport.

Unité de vie numéro 5 – ………….

Nina Korzh – Putain ils ont dû se faire avoir … merde !!!

En disant cela, Nina Korzh frappa de toutes ses forces sur la table, elle savait que tout ne se déroulerait pas comme prévu, en un sens, elle s’était préparée à ce que des équipes entières se fassent avoir, mais l’imaginer et en avoir la confirmation sont deux choses différentes. Mais dans cette situation, elle ne pouvait rester inactive, elle ne pouvait pas se lamenter sur la situation, Nina était l’officier en charge des opérations dans la section 1, c’était à elle de donner les ordres.

Nina Korzh – Bon ça sert à rien de réfléchir à l’unité de vie 5, s’ils se sont fait avoir on peut plus rien pour eux, dans l’immédiat, le plus important c’est de sécuriser les unités de vie où on est en difficulté.

Leontij Velychko – Tu es sûr ? Si les gars de l’unité de vie 5 se sont fait avoir, les gardiens pourraient avoir accès à nos communications, ce serait peut-être bien de prioriser cette zone.

Nina Korzh – Non parce qu’on a fait en sorte qu’ils fassent entrer la bonne fréquence à chaque fois que tu rallumes le talkie et de toute façon, même s’ils peuvent nous entendre, ils ne peuvent rien faire, on contrôle tous les sas, donc ils ne pourront pas bouger.

Leontij Velychko – Je vois.

Nina Korzh – Bien, 1 vous allez immédiatement à 4, 2 quand vous avez fini vous rejoignez 1, nous on se charge de la 5.

Leontij Velychko – Je croyais que tu avais dit qu’elle n’était pas prioritaire.

Nina Korzh – C’est le cas, la priorité c’est 4, c’est pour ça qu’on envoie 1 et 2 là-bas, mais c’est pas parce qu’ils ne sont pas prioritaires qu’on ne doit pas les considérer, ils sont des nôtres et on n’abandonne personne.

Bien, 1 et 2, quand vous en avez fini avec 4, vous nous rejoignez immédiatement à 5, c’est compris ?

Unité de vie numéro 1, 2 et 4 – Compris !!

De la même manière que les ordres venaient de tomber, le talkie-walkie retomba violemment sur la table ou plutôt Nina le reposa violemment, durant la seconde qui suivit le fracas provoqué par cela, le silence régna, un règne cependant partagé par le grésillement persistant du talkie. Mais même si durant cette seconde aucun mot ne fut échangé, ce silence fut pour les hommes et les femmes présents un signe, le signe qu’une course contre la montre venait de débuter. Ce n’était plus une simple évasion, ils devaient maintenant se dépêcher pour stabiliser la situation, renforcer les positions critiques et au final garantir la prise de contrôle de Bełków.

Nina Korzh – Bon vous m’avez entendus, on laisse 1 et 2 se charger de 4 et nous on va se charger de 5. Comme vous avez pu le constater, 5 ne donne plus de signe de vie, donc on part du principe qu’ils sont soit morts, soit capturés, ce qui veut aussi dire qu’on part du principe que les gardiens ont repris le contrôle de l’armurerie, attendez-vous donc à rencontrer une forte résistance. Des questions ?

À cela, un silence s’installa, un silence faisant office de réponse, l’objectif était compris, les difficultés potentielles également, il ne restait plus qu’à donner le feu vert. Autour de la table, les derniers prisonniers terminaient de s’équiper, finissant de sangler leur gilet pare-balles et de faire le plein de munitions.

Nina Korzh – Tout le monde est prêt ?

XXXX – Oui !!!

Leontij Velychko – On est combien en tout ?

Nina Korzh – On est 32 en tout, toi et moi compris.

Leontij Velychko – Il ne faudrait pas amener tous les rachistes avec nous ? Ça serait plus sûr.

Nina Korzh – Si on amène tout le monde, on ne dépassera pas les 45, si on enlève Yevhen et Lidiya qui gardent l’armurerie ça ferait 11 personnes en plus, mais je préfère qu’elles restent ici à surveiller les autres prisonniers. Si on les laisse sans surveillance ils vont se battre entre eux ou attaquer les gardiens et j’aimerais éviter ça.

Leontij Velychko – Pas faux.

Nina Korzh – Bon allez on y va.

À la prononciation de ces mots, l’ensemble des prisonniers présents se mirent en rang devant Nina et Leontij, maintenant, ils n’étaient plus de simples prisonniers mais de véritables soldats d’un groupe paramilitaire. Sortant de l’unité de vie numéro 3, une émotion particulière émana des prisonniers, non pas car ils sortaient enfin de l’unité de vie, ça ils le faisaient tous les jours pour aller manger, mais parce que c’était la première fois depuis leur arrivée dans cette prison qu’ils en sortaient sans entraves, sans surveillance, sans gardiens pour les frapper à la moindre occasion. Mais au fur et à mesure qu’ils progressaient vers l’unité de vie numéro 5, un autre sentiment prit place, celui d’une prise de conscience, ce qu’ils étaient en train de vivre était loin d’être terminé, bien au contraire, cela ne faisait que commencer. L’éclairage lui ne faisant que renforcer ce sentiment, car celui-ci était alors toujours hors service, les couloirs n’étant plus qu’éclairés par les lampes d’urgence diffusant leur faible lueur et plongeant les couloirs dans une pâle lumière rougeâtre, donnant l’impression que c’était la fin du monde. En un sens, ils n’avaient pas complètement tort, aujourd’hui était la fin d’un monde mais il fallait maintenant savoir si c’était le monde des prisonniers ou le monde boravien qui viendrait à un terme aujourd’hui. Pour savoir cela, il fallait maintenant avancer, avancer pour faire pencher la balance vers la deuxième possibilité, car aucun d’entre eux ne souhaitait ... mourir cela était une évidence mais surtout retourner en prison, car c’était un sort pire que la mort.

Cette réflexion, les prisonniers présents décidèrent sans s’être concertés de la mettre en suspens, car il y avait plus important et qu’il fallait se concentrer sur l’action à venir à mesure que la troupe se rapprochait de son objectif. En tête du peloton se trouvait Nina, fusil à la main, suivie de près par Leontij, alors maintenant frère d’armes, derrière eux, le groupe suivait de près dans une formation compacte. Progressant rapidement, le groupe atteignit l’entrée de l’unité de vie numéro 5 en quelques minutes, mais en s’approchant de la porte un détail inquiétant confirma ce qu’ils pensaient, au sol gisaient 4 corps, deux gardiens, que Nina identifia comme des infiltrés et deux prisonniers tous gisant au sol abattus par balles. À la vue de ces corps, le groupe ralentit immédiatement, se mettant également en position pour défendre la zone en cas d’attaque.

Nina Korzh – Bon c’est confirmé, ils ont repris la main, on s’y attendait, mais ça fait quand même pas plaisir.

Leontij Velychko – On fait quoi ? On force la porte ?

Nina Korzh – Mauvaise idée, ils ont sûrement barricadé l’entrée et les unités de vie sont faites de telle sorte à offrir un long couloir bien droit, idéal pour les défenseurs. Cette prison a vraiment été pensée pour pouvoir résister à n’importe quel assaut venant de l’extérieur.

Leontij Velychko – On fait quoi du coup ?

Durant quelques instants, Nina Korzh se mura dans le silence, observant tantôt les corps, tantôt la porte fermée de l’unité de vie, puis après un certain temps, elle prit la parole.

Nina Korzh – Si on passe par l’entrée principale on va se faire décimer et même si on finit par réussir, j’ai pas envie de voir mourir des dizaines des nôtres. On va la jouer malin, une dizaine d’entre vous vont rester ici et fixer l’ennemi sur cette position, vous n’avancez pas, vous restez planqués derrière la porte, je ne veux pas de pertes inutiles, Leontij, je veux que tu t’en charges. Pendant ce temps, le reste vous me suivez, on va les contourner.

Leontij Velychko – Contourner ? Tu as cru que c’était un village ? On parle de la plus grande prison du monde là.

Nina Korzh – Oui ce n’est pas un village, mais comme toute prison, Bełków dispose de galeries techniques. Chaque unité de vie est reliée à un réseau de maintenance sous-jacent, ventilation, câbles, réseau d’eau, réseau incendie, tout y passe, Bełków est une prison c’est vrai, mais une prison aux dimensions d’une ville.

Leontij Velychko – Comment vous savez tout ça ?

Nina Korzh – Deux ans à faire semblant de protéger cet endroit, ça aide à en découvrir le moindre recoin.

Après cela, ce fut au tour de Leontij de se murer dans le silence, fixant Nina et essayant de savoir si celle-ci bluffait ou était sérieuse quant au passage de maintenance, Nina elle était impassible, arborant le même sérieux que depuis le début. À un moment, Leontij cessa de fixer Nina, son regard glissant vers les quatre cadavres de ses alliés gisant au sol, c’est à ce moment-là qu’il comprit, ils n’avaient pas vraiment le choix, soit ce passage existait, soit ils allaient tous finir comme eux en essayant de rentrer. Ainsi, ce fut avec un soupir que le silence fut brisé, un soupir d’acceptation.

Leontij Velychko – Bon je te fais confiance sur ce coup-là, je reste ici avec une dizaine d’hommes pour garder l’entrée et fixer l’attention des gardiens.

Nina Korzh – C’est ça, je ne veux pas d’action héroïque, vous devez seulement faire croire aux gardiens que l’assaut principal va venir d’ici.

Leontij Velychko – Et si toi et ton groupe vous vous faites avoir dans les galeries ?

Nina Korzh – Alors vous attendez que nos gars de l’unité de vie 1, 2 et 4 rappliquent ici, comme c’est vous qui avez le moins de chances de mourir je te donne mon talkie.

Leontij Velychko – Tu es sûre de toi ? Je veux dire c’est toi la commandante pas moi.

Nina Korzh – Oui, mais comme je te l’ai dit, vous avez plus de chances de survivre que nous, alors c’est mieux que ce soit toi qui gardes notre moyen de communication.

Leontij Velychko – Ça marche, mais va pas faire exprès de crever, je veux que tu reviennes en vie.

Nina Korzh – Si j’étais suicidaire, je ne me serais jamais engagée dans cette opération.

Le plan établi, Leontij choisit rapidement la dizaine de soldats restant avec lui, prenant soin de laisser les meilleurs éléments à Nina pour augmenter ses chances de succès, mais même en faisant cela, on pouvait constater des différences parmi la troupe. Certains, bien qu’équipés correctement, avaient encore l’air de prisonniers déguisés en soldats, d’autres ne laissaient transparaître aucune différence avec de véritables paramilitaires. Viktor Potapenko faisait partie de cette deuxième catégorie, criminel notoire du Nazum du Nord, personne ne sait véritablement de quel pays il vient, mais de ce qu’il avait pu dire, il avait participé à des insurrections et des guerres d’indépendance. Personne ne sait si c’était vrai ou pas, mais il suffisait de le regarder pour comprendre qu’il avait bel et bien baigné dans ce genre de milieu, l’arme tenue correctement, les épaules basses, le regard froid, en somme, il n’avait plus rien à voir avec le prisonnier fatigué fixant le mur en béton de sa cellule. Cette posture, même si c’est chez lui qu’elle était la plus prononcée, il n’était pas le seul à l’avoir, autour de lui, la majorité des membres de l’escouade de Nina affichaient la même. Bełków avait beau être un monstre les ayant enfermés, humiliés, même parfois affamés, elle n’avait pas réussi à effacer ce qu’ils étaient vraiment, ce qu’ils étaient avant la prison.
Marchant un certain temps, la vingtaine d’hommes, Nina en tête, arriva à proximité d’une porte, une porte tout ce qu’il y a de plus normale, à peine éclairée par la lueur rougeâtre des lumières d’urgence, tellement normale que beaucoup seraient passés à côté sans la remarquer.

Nina Korzh – On est arrivé.

Viktor Potapenko – Cette porte ? Vous êtes sûrs ? Comme Leontij vous fait confiance je vous fais confiance, mais on dirait quand même un simple placard à balais.

Nina Korzh – J’en suis certaine.

Viktor Potapenko – Et comment on fait pour l’ouvrir ? Je veux dire, toute la prison est contrôlée via badge de sécurité, code et compagnie.

Nina Korzh – Comme je l’ai dit tout à l’heure, ce système de défense si perfectionné ne répond plus aux gardiens, c’est nous qui avons la main, les accès de toutes les personnes ne faisant pas partie de l’opération ont été révoqués. De plus, n’oubliez pas que ça fait 2 ans qu’on infiltre cette prison et n’oublie pas qu’avant le début de l’opération, j’occupais un poste relativement haut placé.

Se retournant vers Viktor, Nina arbora un large sourire, montrant par la même occasion son badge de sécurité, la seconde d’après, elle le présenta au lecteur de badge. Le lecteur resta muet une fraction de seconde, puis un bip se fit entendre, bip suivi du déclic du verrou de la porte. Maintenant déverrouillée, Nina posa sa main sur la porte et la poussa doucement pour l’ouvrir, laissant apercevoir un court escalier menant aux galeries techniques de l’étage, laissant par la même occasion sortir une odeur d’humidité, de poussière chaude et de métal rouillé. Les galeries techniques étant faites pour la maintenance, elles n’étaient pas pourvues de lumière d’urgence, ainsi, passé quelques dizaines de cm, l’escalier disparut dans la pénombre.

Viktor Potapenko – Ok je retire ce que j’ai dit, c’est bien une galerie technique, par contre on n’y voit que dalle

Nina Korzh – Ces galeries sont utilisées pour la maintenance des réseaux d’eau et d’aération et généralement tu ne le fais pas quand il y a une panne de courant, n’empêche je suis d’accord qu’on n’y voit rien.

Viktor Potapenko – Ça sera pas un problème, on a des lampes tactiques sur nos fusils, ça pourrait même nous avantager en couvrant notre approche sur la fin.

Nina Korzh – Bon allez on y va, gardez vos distances et surtout pas de bruit inutile, dans un endroit clos comme celui-là, le son porte loin, surtout quand les parois c’est du béton qui réfléchit bien.
Viktor Potapenko – Et si on tombe sur des gardes en bas ?

Nina Korzh – On les neutralise fissa et on continue.

1
Après seulement quelques mètres, le groupe déboucha sur la galerie technique, suffisamment large pour que personne progresse côte à côte mais trop basse pour se tenir debout pour les plus grands. Observant le couloir grâce à la lumière de leurs lampes tactiques, ils purent voir des tuyaux longeant les murs, tantôt froids, tantôt encore tièdes malgré la coupure de courant durant maintenant depuis plusieurs heures. Nina se trouvait en tête accompagnée à sa droite de Viktor, derrière eux, le groupe suivait, silencieux, la troupe marcha un temps avant de se retrouver devant une intersection, levant le poing, le mouvement s’arrêta.

Viktor Potapenko – Et maintenant ? J’espère que tu as mémorisé le chemin, parce que vu la taille de la prison, si on se perd, on ne ressort pas.

Nina Korzh – T’inquiète pas, on prend à gauche puis on prend la troisième échelle, elle nous fait remonter derrière la salle logistique de l’unité de vie numéro 5.

Viktor Potapenko – Mais une fois qu’on est en haut on fait quoi, c’est quoi le plan ?

Nina Korzh – Comme je l’ai dit, on va partir du pire scénario, donc on part du principe qu’ils ont récupéré l’armurerie et que la totalité des nôtres a été neutralisée, donc actuellement, l’attention des gardes doit être concentrée vers l’entrée pour la défendre. De plus, avec Leontij, cela va encore s’accentuer et toute leur attention sera concentrée sur ce unique point.

Au même moment du côté de l’entrée principale où était resté Leontij avec une dizaine d’hommes, l’heure était à la préparation ou plutôt à la fin des préparations, les hommes étaient en place et il ne restait plus qu’à capter l’attention des gardes de l’autre côté de la porte. Tendant l’oreille, l’un des prisonniers entendit vaguement parler les gardes de l’autre côté de la lourde porte blindée, en se concentrant, il entendit des voix, des bruits de pas et même un ordre crié si vite qu’il ne put le comprendre. Quoi qu’il en soit, ils étaient maintenant fixés, les gardiens étaient bien de l’autre côté de la porte, au vu du ton employé, ils étaient nerveux et pire encore, au vu du bruit, ils étaient nombreux.

Leontij Velychko – Ok tout le monde à couvert, je ne veux personne dans l’axe de la porte, ça ne va pas tarder à chauffer.

Prisonnier – Ça y est, on entre ?

Leontij Velychko – Surtout pas, ce n’est pas notre mission, notre objectif c’est de leur faire croire qu’on va rentrer.

Prisonnier – Et comment on fait ça ?

Leontij Velychko – Comme ça, fermez les yeux !!!

Ouvrant violemment la porte, Leontij lança immédiatement une grenade flash en direction des gardiens ou plutôt de leur position présumée, durant une seconde, rien ne se passa, puis de nulle part, le déluge arriva, un déluge de balles tirées par l’interstice créé par l’ouverture de la porte. Mais pour que la diversion fonctionne, il ne fallait pas s’arrêter là, il fallait maintenir l’illusion, ainsi Leontij ordonna à deux de ses hommes positionnés près de la porte de tirer quelques rafales en direction des gardiens tout en restant au maximum à couvert. Le but n’était en rien de tuer les gardiens en face et ils n’avaient pas un stock infini de munitions alors il fallait se rationner et ne tirer que le strict minimum pour maintenir l’illusion que l’assaut principal se déroulait ici.

Leontij Velychko – Nickel, maintenant ils nous regardent et ça doit continuer jusqu’à la fin.

Dans la galerie technique, le groupe de Nina attendait patiemment au niveau de l’échelle, attendant le signal, au bout d’un certain temps, le signal leur parvint bien qu’atténué par les mètres de béton, le son distinct de la fusillade qui venait de prendre place leur parvint. Le feu vert était là, c’était maintenant à eux d’agir, Nina en tête, le groupe commença à remonter par l’échelle, s’arrêtant juste en dessous de la trappe, elle la souleva le plus doucement possible pour faire le moins de bruit. Regardant par l’interstice, elle put apercevoir 2 gardiens, visiblement dans un état de panique se dépêchant d’enfiler leur gilet pare-balles, se retournant vers ses hommes elle commença à parler à voix basse.

Nina Korzh – La diversion semble fonctionner, ils se ruent tous vers l’entrée principale, on attend que les deux que j’ai en visu dégagent et on entre, c’est compris ?

Viktor Potapenko – Compris.

Nina Korzh – Allez c’est parti.

Le dernier gardien parti, Nina ouvrit entièrement la trappe, et de celle-ci, la vingtaine de prisonniers désormais paramilitaires fit son apparition, la vingtaine d’hommes, fusil à la main, était maintenant derrière les lignes ennemies, prête à faire basculer l’issue de la bataille. Mais même s’ils avaient maintenant l’effet de surprise, cela ne voulait pas pour autant dire qu’ils pouvaient agir n’importe comment, il fallait rester groupés et agir intelligemment. Jetant un regard discret par-dessus la porte de la salle, Nina put voir 4 gardiens en armes postés non loin de la salle.

Nina Korzh – Quatre gardiens à gauche, fusils d’assaut et gilets pare-balles présents.

Viktor Potapenko – Mais qu’est-ce qu’ils font ? C’est à droite l’entrée principale, là ils regardent dans la direction des prisonniers.

Nina Korzh – À mon avis, même s’ils ont maté la révolte, ils ont quand même peur que les prisonniers ne profitent de l’attaque de Leontij pour refaire une tentative, du coup ils ont posté des gardiens ici pour éviter de se faire prendre en tenaille.

Viktor Potapenko – Pas de chance, c’est exactement ce qui va leur arriver.

Nina Korzh – Oui, mais ils n’avaient pas prévu que ce soit nous.

Viktor Potapenko – Bon, on fait quoi d’eux ? On les descend ?

Nina Korzh – Non, on va éviter de donner l’alerte aux gardiens de l’entrée trop rapidement. Toi, grenade flash.

À la prononciation de l’ordre de Nina, un prisonnier s’avança et sortit une grenade flash de sa veste, la dégoupilla et attendit le signal, Nina leva alors trois doigts, puis deux, puis un et alors enfin, la grenade fut lancée en direction des gardiens. Se retournant pour ne pas être aveuglés par leur propre action, le groupe de Nina ne vit pas la grenade atterrir aux pieds du groupe de gardiens générant quelques instants plus tard une lumière si puissante qu’elle déchira l’obscurité du couloir aveuglant par la même occasion les gardiens. Profitant de cela Nina sortit au pas de course de la salle, suivie de près par Viktor et des autres prisonniers se ruant en direction des gardiens incapables, se tordant de douleur au sol, les mains sur les yeux. Les quatre gêneurs neutralisés, il ne restait plus qu’à passer à la phase finale du plan, à savoir écraser la poche de résistance de l’entrée, mais avant cela, il fallait s’occuper des quatre gardiens pour s’assurer qu’ils ne compromettent pas la suite de l’opération.

Viktor Potapenko – Certains de vouloir les garder vivants ?

Nina Korzh – Si possible oui.

Viktor Potapenko – Mais pourquoi ? C’est des poids morts, on doit les surveiller, ça fait moins d’hommes pour aller se battre, je ne sais vraiment pas ce que pense ce Kushnir, mais c’est une perte de temps et de ressources.

Nina Korzh – Premièrement, c’est grâce à ce Kushnir que vous êtes libres, car c’est lui qui a rassemblé les ressources et mis sur pied ce plan, deuxièmement, les gardiens vont nous servir actuellement, ils peuvent nous donner des informations. Mais je te rejoins tout de même sur le fait que je pense qu’il serait mieux de les éliminer une fois ce merdier terminé. Quoi qu’il en soit, pour l’instant, on suit le plan, actuellement la priorité ce n’est pas de savoir ce qu’on va faire d’eux, c’est de prendre le contrôle de cette prison alors au boulot.

Viktor Potapenko – Oui madame.

Nina Korzh – Mais avant de se jeter dans la mêlée, j’ai 2/3 questions à poser à nos amis ici présents.

Se retournant vers les gardiens, ceux-ci, même s’ils n’avaient pas encore totalement retrouvé la vue, comprirent immédiatement qu’ils allaient passer un mauvais moment, l’un d’eux se vit saisir brutalement par Nina, lui tirant deux claques au passage pour démarrer la discussion. Passées quelques secondes, Nina parla enfin.

Nina Korzh – Combien ?

Gardiens – Comment ça ?

Nina Korzh – Combien vous êtes bordel ?! Je n’ai pas le temps de jouer, donc si tu tiens à la vie réponds à ma question !

Gardiens – Je … je ne sais pas, tout s’est déroulé rapidement, je n’ai pas pris le temps de compter
Nina Korzh – La prochaine chose que tu diras sera la dernière alors réfléchis bien.

Gardiens – … une quarantaine, on doit être une quarantaine !

Nina Korzh – Eh bien voilà quand tu veux, tu viens de te sauver la vie, ainsi que celle de tes trois camarades, bon vous avez entendu, vous savez à quoi vous attendre.

Nina avait maintenant toutes les cartes en main pour mener à bien sa mission, le gros des gardiens était fixé devant la porte principale grâce à la diversion de Leontij et ils avaient maintenant leur nombre approximatif, ne restait plus qu’à passer à l’action. Regroupant ses hommes, elle se prépara à prendre à revers les gardiens postés à l’entrée, mais avant cela, elle posta 5 de ses hommes à la position des gardiens précédemment neutralisés, ne manquant pas de provoquer l’incompréhension de sa troupe et notamment de Viktor.

Viktor Potapenko – Pourquoi avoir laissé cinq de nos hommes là-bas, déjà qu’on est en infériorité numérique si en plus on se sépare d’une partie de notre effectif, ça réduit nos chances de victoire.

Nina Korzh – J’ai jugé qu’il serait plus sécurisé pour nous de les laisser derrière et de garder la zone.

Viktor Potapenko – Tu les penses pas assez compétents avoue-le.

Nina Korzh – Loin de là, ils sont tout autant compétents que toi ou les autres, si les gardiens ont posté quatre d’entre eux à cet endroit ce n’est pas pour rien, c’est pour garder les prisonniers à distance de la zone de combat pour éviter d’être pris entre deux feux.

Viktor Potapenko – Oui et en quoi ça nous concerne ?

Nina Korzh – Si les prisonniers s’aperçoivent qu’il n’y a plus personne pour les empêcher de passer, ils vont sans doute réessayer de prendre l’armurerie, sauf qu’à ce moment-là, on sera en train d’affronter le gros des gardiens. Comment tu penses que les prisonniers vont réagir, quand ils vont voir une trentaine de personnes en gilet pare-balles, cagoule et fusil d’assaut à la main ? Tu penses qu’ils vont se dire "ah des camarades prisonniers sont venus nous aider" ou "putain il y a d’autres gardiens faut les tabasser" ?

Viktor Potapenko – Maintenant que tu le dis, ce n’est pas faux.

Nina Korzh – Bon trêve de discussion, on a du boulot sur les bras alors concentration.

En effet, du boulot, ils en avaient, à mesure que le groupe de Nina approchait la tension se rapprochait de son point culminant, même si les gardiens étaient actuellement focalisés sur l’entrée principale et qu’ils bénéficieraient de l’effet de surprise, il ne fallait pas les sous-estimer. À l’entrée principale, les hommes de Leontij continuaient d’attirer l’attention des gardes, mais quelque chose avait changé dans la manière d’agir des gardiens, les tirs devenaient plus précis mais surtout moins nombreux, comme si, comme s’ils avaient compris que l’attaque ne viendrait pas vraiment de l’entrée principale. Mais malgré cette prise de conscience ceux-ci n’osaient pas quitter leur position, du moins pour l’instant, mais cela ne saurait tarder.

Leontij Velychko – Chargeur !

Prisonniers – Voilà

Leontij Velychko – Allez les gars, on continue de les occuper, je ne veux pas de héros, je veux des tirs précis, mais restez à couvert, plus que les neutraliser, je ne veux qu’aucun de vous ne passe l’arme à gauche.

Prisonniers – Ils vont finir par comprendre qu’on ne fait qu’attirer leur attention.

Leontij Velychko – À mon avis, ils ont déjà compris, mais ont peur de quitter leur position car on pourrait lancer un assaut. Ça fait combien de temps que Nina est partie ?

Prisonniers – Huit minutes je dirais.

Leontij Velychko – Putain qu’est-ce qu’elle fait bordel ! Niveau munitions on en est où ?
Prisonniers – À ce rythme on a de quoi tenir une quinzaine de minutes.

Leontij Velychko – Ok, si d’ici 5 minutes Nina n’a pas donné de signe de vie, je veux que quatre d’entre vous rejoignent l’unité de vie numéro 3 pour faire le plein de munitions avant de revenir ici, c’est compris ?

Prisonniers – Oui !

Un minuteur venait de prendre place dans l’esprit de l’équipe de Leontij, de même qu’une pensée, celle disant que l’autre équipe avait peut-être échoué et que Nina et son groupe étaient morts, mais comme si un dieu avait écouté la conversation, ce fut à ce moment exact qu’une détonation se fit entendre de derrière la position des gardiens. Cette détonation, c’était celle du premier coup de feu tiré par l’équipe de Nina, détonation suivie presque immédiatement par d’autres. Pour les gardiens, ce fut un choc, un choc si terrible que certains ne comprirent pas immédiatement ce qu’il venait de se passer. Ils avaient compris depuis un moment que la troupe de Leontij n’était là que pour les fixer sur une position et les épuiser, mais ceux-ci pensaient qu’il le faisait pour permettre à des renforts d’arriver et d’enfin lancer un assaut, à aucun moment ceux-ci ne s’étaient préparés à être attaqués dans le dos.

Leontij Velychko – Pile à l’heure, allez c’est le moment on entre, pensez à baisser la tête !!

Aussitôt dit aussitôt fait, à peine l’ordre donné que la dizaine d’hommes dans l’équipe de Leontij entra par la porte, profitant de la désorganisation des gardiens provoquée par l’arrivée de Nina dans leur dos. Cependant, contrairement à ce que pensaient les gardiens, pensant se faire exterminer, les coups de feu s’arrêtèrent le temps d’une seconde, ce blanc, Nina l’occupa en s’adressant directement aux gardiens.

Nina Korzh – Vous êtes encerclés, déposez vos armes et vous serez épargnés, gardez-les et vous serez abattus sans sommation !

À ce moment-là un gardien déposa son arme presque instantanément, un peu comme un mécanisme de survie primaire, mais d’autres n’en firent pas de même, un autre gardien tenta de lever son arme en direction du groupe de Nina, mais fut abattu avant même d’avoir pu la mettre dans son viseur. Cette vision fut un choc pour bon nombre de gardiens qui jetèrent immédiatement leurs armes au sol se recroquevillant sur eux, au total, 12 gardiens déposèrent leurs armes en quelques secondes. 12 peut sembler beaucoup, mais cela voulait également dire que 28 autres avaient toujours envie de se battre et cela se vit rapidement quand l’un d’eux somma aux autres de se retrancher en vitesse dans l’armurerie non loin. Le temps d’entrer, quatre autres gardiens furent abattus, mais le mal était fait, 24 gardiens étaient maintenant retranchés dans l’armurerie résolus à combattre jusqu’au bout ou du moins de ne pas laisser les prisonniers mettre la main sur les armes entreposées. Le silence avait alors fait son retour, n’étant brisé que par le son de meubles étant poussés pour bloquer la porte de l’armurerie de l’intérieur, le sol lui était jonché de sang, de cinq cadavres de gardiens ainsi que d’un grand nombre de douilles ayant été tirées durant la dizaine de minutes qui venait de s’écouler. Nina traversa alors le couloir pour rejoindre Leontij, donnant sur le passage l’ordre à ses hommes de sécuriser les gardiens s’étant rendus.
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Leontij Velychko – Tu en as mis du temps pour intervenir.

Nina Korzh – Tu t’inquiétais pour moi ? Que c’est mignon.

Leontij Velychko – Ça va, arrête de dire n’importe quoi, ça m’aurait juste embêté d’avoir envoyé mes meilleurs éléments dans ton équipe si c’était juste pour les envoyer à la mort. Bref, vous avez des pertes de votre côté ?

Nina Korzh – Aucune, l’effet de surprise a bien fonctionné et de votre côté ?

Leontij Velychko – On a un blessé, il a trop voulu faire le héros, du coup il s’est exposé plus que nécessaire et ça, les gardiens ne lui ont pas pardonné, il s’est pris une balle dans l’épaule, elle est en vrac mais il est vivant.

Nina Korzh – Bon tant mieux, tant qu’on n’aura pas à minima pris le contrôle de deux blocs carcéraux, on considère qu’on est en infériorité numérique, donc on doit économiser nos forces au maximum.

Leontij Velychko – C’est ce que je me disais aussi, bon sinon, sur un autre sujet, on fait quoi des gardiens restants ? Ils se sont retranchés dans l’armurerie, ça va être compliqué de les faire sortir sans qu’on ait des pertes de notre côté.

Nina Korzh – J’ai un plan, amenez-moi le plus gradé, j’aurai deux mots à lui dire.

Observant les gardiens qui s’étaient rendus précédemment, un fut rapidement identifié, semblable aux autres mais portant une décoration supplémentaire. Saisi de force, il fut amené devant Nina et Leontij par 2 prisonniers, cette scène fut pour le gardien un véritable choc, car pour lui c’était la réalisation que les rôles venaient de s’inverser, c’était maintenant les prisonniers qui dictaient les règles et non plus les gardiens, du moins dans cette unité de vie.

Nina Korzh – Comment tu t’appelles ?

Gardiens – Va te faire foutre traîtresse.

Nina Korzh – N’allons pas jusque-là, je n’ai jamais vraiment été gardienne de prison, c’était juste… disons une très longue infiltration. Par contre, tu vas me dire qui tu es et tout de suite, sinon on va te refaire la plastique à coups de crosse, c’est clair ?

Gardiens – Je m’appelle Mykyta Yakymchuk.

Nina Korzh – Bien, enchantée Mykyta, tu vas parler à tes petits camarades qui se sont retranchés dans l’armurerie et tu vas leur demander de se rendre.

Mykyta Yakymchuk – Tu peux toujours courir ma jolie.

Nina Korzh – Vous croyez toujours que vous êtes dans une situation où vous pouvez vous permettre de refuser ce qu’on vous demande ? Votre unité de vie est tombée, votre système de communication est mort et vous ne pouvez même plus verrouiller les portes parce que c’est nous qui avons la main dessus. Réfléchissez 2 minutes, vous-même vous avez posté quatre gardiens au niveau du couloir qui mène aux prisonniers parce que vous aviez peur qu’ils refassent une tentative, si aucun prisonnier ne s’est encore manifesté c’est parce que j’ai moi aussi décidé de poster quelques-uns de mes hommes. Mais que se passerait-il si on se retirait et qu’on laissait les prisonniers venir ? Vous tiendrez peut-être 10 minutes, mais vous finirez fatalement par vous faire submerger par la masse de prisonniers. Si vous voulez survivre et sauver la vie de vos camarades, vous allez faire ce que je dis, vous nous êtes plus utiles vivants que morts actuellement.

Mykyta Yakymchuk – Je …

À ce moment-là, alors que la tension était à son comble, un événement imprévu se produisit, le talkie-walkie de Nina, alors en possession de Leontij, s’alluma et de celui-ci, une voix familière en sortit. C’était la voix du commandant en charge de l’unité de vie numéro un avec qui ils avaient discuté il y a maintenant presque 30 minutes.

Unité de vie 1 – Ici unité de vie 1 au rapport, unité de vie 4 sécurisée, l’unité de vie 2 nous a rejoints il y a peu, on converge vers votre position avec 96 hommes parés au combat.

À ce moment-là, en entendant ces mots, un sourire commença à se dessiner sur le visage de Nina, ils avaient gagné, ou du moins cette section était maintenant presque sécurisée, cela voulait dire qu’ils allaient pouvoir commencer le vrai travail, c’est-à-dire faire tomber Bełków dans son ensemble.

Nina Korzh – Vous avez entendu ça Mykyta ? Votre section est tombée et dans moins de 5 minutes cette unité de vie verra près de 100 ex-prisonniers armés jusqu’aux dents débouler. Donc vous avez le choix soit ça se passe bien et vous êtes tous vivants dans les 10 minutes, soit vous êtes tous morts. Quel est votre choix ?

Mykyta Yakymchuk – Vous avez dit qu’on vous était plus utiles vivants que morts, vous pouvez pas nous tuer !

Nina Korzh – C’est vrai, j’ai dit ça, mais utile ne veut pas dire indispensable, c’est mieux si vous êtes vivants, mais si vous êtes morts, ça ne changera pas grand-chose.

Mykyta Yakymchuk – …

Nina Korzh – Alors votre choix Mykyta ?

Mykyta Yakymchuk – Je … je vais le faire.

Nina Korzh – Bien, sage décision.

Avançant à reculons, Mykyta s’approcha de la porte barricadé de l’armurerie, il tenta une première fois de parler, mais aucun son ne sorti de sa bouche, il tenta une deuxième fois mais le résultat fut de même, derrière lui, Nina et Leontij commençait à s’impatienter. Alors, il avala difficilement sa salive fit un pas supplémentaire vers la porte et commença à parler, cette fois-ci pour de bon.

Mykyta Yakymchuk – Les gars ? Vous etes la ? C’est Mykyta, vous m’entendez ?

Gardiens – Mykyta ? Qu’est ce qu’il se passe de l’autre coté, comment ça se fait que tu sois encore en vie ?

Mykyta Yakymchuk – Je … c’est pas le sujet la, je suis désolé, mais on a perdu, rendez vous s’il vous plaît, c’est votre seul chance de survie.

Gardiens – Quoi ?! Mais tu t’entend bordelle, ils ont tué plusieurs de nos camarade et tu veux qu’on se rendent ? Tu est avec eux c’est ça.

Mykyta Yakymchuk – Mais regarde autour de toi putain !!! Oui ils ont tué nos camarades et j’ai pas envie de voir encore plus des miens mourir, j’ai entendu l’une de leur conversation au talkie, l’unité de vie 1 2 et 4 de notre section est tombé, on est la dernière et en se moment même, une centaine d’entre eux sont en chemin pour les assister.

Gardiens – Que l’on soit la dernière ne change rien, on tiendra jusqu’à ce que les secours arrivent.

Mykyta Yakymchuk – Mais il y a pas de secours, il y a plus de courant, on a plus de communication et nos accès ont été révoqué, cette situation, elle se passe pas uniquement dans notre section, c’est tout Bełków qui est dans cette merde !

Durant prêt de cinq seconde, pas un mot ne fut échangé, cinq seconde est un temps court, mais dans cette situation précise, c’était une éternité, la tension été déjà à son maximum alors, qu’il ne se passe rien, c’était tout bonnement insupportable pour les personnes présente, avec en priorité les gardiens et Mykyta. Puis finalement un mot fut prononcé, un mot d’espoir pour Mykyta, mais un espoir de courte durée.

Gardiens 1 – Je vais sortir.

Gardiens 2 – Mais tu est fou ?!

Gardiens 3 – Moi aussi je vais sortir.

A mesure que la discussion progressé dans le temps, de plus en plus de gardiens se positionnaient en faveur de la réditions, mais arrivé à la fin, un refusé encore de se rendre et la situation escalada très rapidement.

Gardiens 2 – Vous avez tous perdu la tête ma parole, vous voulez vraiment vous rendre bande de traîtres ?

Gardiens – On … on a tous une famille qui nous attend … on veut juste survivre, c’est différent.

Gardiens 2 – Et le pays, vous y avez pensé ?

Gardiens – Désolés…

Gardiens 2 – Je me rendrai pas.

Gardiens – Qu’est-ce que tu fais ?!!

À ce moment, de l’autre côté de la porte, Nina, Leontij et leurs hommes attendaient, ils attendaient que la porte s’ouvre, mais c’est alors qu’une détonation fut entendue, une détonation bien connue, celle d’une arme à feu. Immédiatement, les prisonniers pointèrent leur fusil en direction de la porte, prêts à faire feu si nécessaire, cependant, rien ne se passa, la porte resta fermée, c’est alors que Mykyta parla à nouveau.

Mykyta Yakymchuk – Il s’est passé quoi ?!

Gardiens – Putain…

Ce fut le seul mot qui sortit de l’armurerie, peu après, des bruits de meubles commencèrent à se faire entendre, le genre de bruit qui se produit lorsqu’on fait glisser un meuble lourd sur le sol, après quelques minutes, la porte s’entrouvrit mais se referma instantanément.

Gardiens – Mykyta, je veux parler au chef des prisonniers ou du moins à la personne qui les coordonne avant de sortir.

Mykyta Yakymchuk – Tu es sûr ?

Gardiens – Certain.

Mykyta Yakymchuk – Madame, ils veulent vous parler avant de sortir.

Nina Korzh – Soit.

Répondant positivement à la demande des gardiens, Nina s’approcha de la porte, cependant, elle ne resta pas devant, car elle savait que cela pouvait très bien être un piège, demander qu’elle s’approche pour l’éliminer en tant que dernier acte de résistance. Alors, plutôt que de rester devant la porte, elle se positionna à côté d’elle, dos au mur
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Nina Korzh – Je suis là, qu’est-ce que vous voulez me dire ?

Gardiens – Même si on a accepté de se rendre, on ne vous fait pas confiance pour autant alors voilà comment ça va se passer, on va sortir un par un, les autres vont rester en retrait, arme à la main, prêts à faire feu, si vous nous la mettez à l’envers.

Nina Korzh – Et si je refuse vos conditions ?

Gardiens – Alors on reste retranchés dans l’armurerie et on vous fait perdre un maximum de temps.

Nina Korzh – Je vois, j’accepte vos conditions, mais j’impose aussi les miennes, si ne serait-ce qu’un seul d’entre vous fait le con, on vous transforme tous en viande hachée à coups de grenade. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?

Gardiens – C’est compris.

Nina Korzh – Alors on a un accord, vous pouvez sortir, de toute façon on vous traitera mieux que vous ne traitiez les prisonniers.

Après cela, le temps s’écoula à nouveau, mais que cela ne fût que quelques secondes, cela parut une éternité, après seulement 3 secondes, 3 petites secondes mais qui semblèrent une éternité, la porte s’ouvrit. Un gardien s’avança, fusil tenu d’une main, canon pointé vers le haut, derrière lui, on pouvait apercevoir le reste des gardiens qui comme annoncé étaient fusil à la main, pointé vers la sortie si Nina ne respectait pas l’accord passé.

Nina Korzh – Bien avance doucement, pas de geste brusque et tout le monde reste en vie.

Le prisonnier hocha la tête en signe d’approbation, continuant d’avancer lentement vers la sortie, une fois la porte dépassée, il se baissa lentement, déposant son fusil sur le sol, continuant d’avancer, il fut pris en charge par deux prisonniers. Ceux-ci le plaquèrent alors contre le mur devant la porte pour le fouiller, bien que cela fût dangereux car dans la ligne de tir, c’était fait ainsi pour montrer aux gardiens qu’ils ne faisaient que fouiller, qu’ils ne les brutaliseraient pas. Le premier gardien sécurisé, Nina prit la parole.

Nina Korzh – Bien, jusque-là, ça se passe bien, continuez comme cela, vous pouvez envoyer le prochain.

Aussitôt dit, aussitôt fait, un deuxième gardien s’avança, puis un troisième, puis un quatrième, entre-temps, comme annoncé, les renforts de l’unité de vie 1, 2 et 4 arrivèrent sur place, minant un peu plus le moral des gardiens, les confortant au passage dans leur choix de se rendre. Puis, le temps du dernier gardien arriva, mais tout ne se passa pas comme prévu, celui-ci s’avança vers la porte, mais plutôt que de baisser son arme, elle resta pointée vers les prisonniers. Presque immédiatement, l’ensemble des prisonniers pointèrent alors leur fusil en direction de l’homme, mais avant que toute action ne soit entreprise, Nina prit la parole.

Nina Korzh – Si tu voulais jouer au con, tu ne pouvais pas faire mieux je dois le reconnaître, baisse ton arme si tu ne veux pas mourir.

Gardiens – Je ne vous fais pas confiance, je garde mon arme tant que je ne suis pas sûr.

Viktor Potapenko – Mauvaise idée, pose ton arme, ça vaut mieux.

Nina fit alors un geste de la main adressé à Viktor, un geste signifiant : je m’en occupe. Elle s’avança alors vers le prisonnier, à la stupéfaction de ses hommes mais aussi des gardiens, arrivant au niveau du gardien récalcitrant, le silence s’imposa. Nina n’était pas quelqu’un qu’on pouvait qualifier d’impressionnante, elle mesurait 1m60 à tout casser et pourtant, elle imposa malgré tout le silence.

Nina Korzh – Comment tu t’appelles ?

Gardiens – Pavlo Panchenko, je m’appelle Pavlo Panchenko

Nina Korzh – Bien, Pavlo, pose ton arme, ça vaut mieux, je ne sais pas si tu as vu, mais depuis que vous avez commencé à sortir de l’armurerie, d’autres prisonniers nous ont rejoints, tous armés, on doit être dans les 120 maintenant. Donc vas-y, tue-moi, et tu es mort dans la seconde, mais ça ne s’arrêtera pas là.

Pavlo Panchenko – Comment ça ?

Nina Korzh – Tu as déjà oublié ? Pourtant je me souviens bien avoir dit clairement que si ne serait-ce qu’un seul d’entre vous fait le con, on transformera les autres en viande hachée à coup de grenade. Donc vas-y, tue-moi, mais sache que ton action condamne tes camarades qui se sont rendus ou alors tu fais ce que je te dis et tu poses ce fusil, quel est ton choix ?

Pavlo Panchenko – Je … je pose mon arme.

Résigné, le dénommé Pavlo posa le plus doucement possible son arme sur le sol et presque immédiatement après, il fut pris en charge par 2 prisonniers, comme pour ses camarades, il fut plaqué contre le mur avant d’être fouillé puis conduit au même endroit où étaient assis ses collègues. Cela fut une libération pour les gardiens s’étant déjà rendus, ils n’allaient pas mourir à cause de la volonté d’un de leurs collègues, mais ce sentiment, d’autres n’eurent pas le même, car loin de là, dans la salle de contrôle, Dimitri, Petro et Larysa observaient la scène, le visage exprimant une émotion de terreur. Personne ne parlait, la salle était silencieuse, puis finalement, le silence fut brisé par Petro.

Petro Vashchenko – C’est fini, on est tous morts, faut qu’on se casse d’ici au plus vite, Dimitri c’est ta faute si on meurt.

Dimitri Moroz – Comment ça ?

Petro Vashchenko – Je vous ai proposé qu’on se barre il y a presque une heure, mais toi, toi, tu as dit que les gardiens ne se laisseraient pas faire et qu’ils arriveraient à reprendre le contrôle et je t’ai cru. Mais maintenant je me dis que j’aurais dû vous abandonner et me casser pour survivre.

Dimitri Moroz – Mais tu t’entends au moins ?! C’est notre taf de veiller sur cette prison, on reste à notre poste jusqu’à la fin.

Petro Vashchenko – Tu as une fille non ? Tu ne veux pas la revoir ? Moi si alors je me casse !

Dimitri Moroz – Oui j’ai une fille, oui je veux la revoir, mais c’est précisément pour ça que je veux rester, pour empêcher cette horde de prisonniers de sortir et de faire du mal. Et de toute façon, tu vas faire quoi ? Nos codes ne marchent plus et il n’y a pas de lumière, tu vas faire 50 mètres avant de te perdre ou rencontrer une porte que tu ne pourras pas ouvrir.

Larysa Huk – Les gars, ça sert à rien de se battre de toute façon, comme l’a dit Dimitri, on est coincés alors autant qu’on serve à quelque chose en faisant perdre un max de temps aux prisonniers vous ne pensez pas ?

Résigné, Petro accepta et ceux-ci se mirent alors à l’œuvre pour fortifier et défendre la salle de commande avec les moyens du bord, pendant que cela avait lieu Nina elle agissait également. C’était peut-être terminé pour cette section, mais pour Bełków ce n’est en réalité que le début, regardant la scène dans son ensemble, Nina se retourna alors vers ses hommes et prit la parole.

Nina Korzh – Vous pensez peut-être que c’est terminé mais loin de là, ce n’est que le début alors ne vous réjouissez pas trop rapidement, nous avons gagné une bataille c’est vrai, nous avons pris le contrôle de cette section, soit, Bełków en compte 96. Ce que nous venons d’accomplir est une victoire, mais une guerre ne se gagne pas avec une seule victoire alors ne perdez pas de vue notre objectif et continuez d’aller de l’avant.

Maintenant que cette section est sécurisée, elle nous servira de base pour étendre nos opérations, notamment en portant secours aux autres sections n’ayant pas encore réussi à sécuriser la leur. Mais avant tout mouvement, nous avons encore des choses à faire ici, l’objectif final n’est peut-être qu’une évasion, mais de par la taille de Bełków, nous devons réfléchir comme pour une guerre. Et dans une guerre, il y a deux choses qui sont plus importantes que tout, l’information et la logistique et je sais de quoi je parle, nous en avons fait les frais en Krésetchnie mes frères et moi. Alors je veux que vous retourniez dans vos unités de vie respectives et que vous me fassiez un rapport sur la quantité de munitions dont on dispose, la quantité d’armes, leurs types etc, etc et faites-moi remonter toute information que vous jugerez utile, je veux un rapport dans quinze minutes.

Son discours terminé, Nina resta immobile et silencieuse un instant, scrutant de droite à gauche les hommes se trouvant devant elle, ce qu’elle voyait, ce n’était plus des prisonniers dont la lueur de la vie ne s’apparentait plus qu’à des braises, non, c’était un brasier maintenant. Ils avaient souffert, Bełków avait essayé de les broyer mais ils avaient tenu bon, s’accrochant à l’espoir improbable qu’un jour ils pourraient lui renvoyer l’ascenseur, mais aussi improbable que ce jour soit, il était arrivé, et c’était aujourd’hui. Sans attendre davantage, la troupe devant Nina commença à se disperser, les prisonniers se rassemblant en rang devant leur chef d’unité, sans grande intervention, les hommes et femmes présents ici venaient de recréer une hiérarchie militaire avec un chef donnant les ordres et des soldats les appliquant. Ce n’étaient plus les prisonniers du début avec des déplacements erratiques non, c’était maintenant une troupe organisée ayant émergé du chaos.

Leontij Velychko – Et on fait quoi maintenant nous ?

Nina Korzh – Toi retourne avec la moitié de tes hommes à l’unité de vie numéro 3, moi je vais rester ici pour sécuriser la zone, les rachites affectés à cette section se sont fait massacrer, mais il y a peut-être des survivants qui ont été parqués avec les prisonniers par les gardes. Quoi qu’il en soit, c’est le bordel actuellement, donc je vais remettre un peu d’ordre.

Leontij Velychko – Ça marche, comme convenu, dans quinze minutes je te fais mon rapport.

Comme annoncé, Leontij et dix de ses hommes quittèrent au pas de course l’unité de vie numéro 5 en direction de la 3. Pendant ce temps, Nina et les soldats restés avec elle s’enfoncèrent dans l’unité et finirent par atteindre la zone carcérale où étaient retenus les prisonniers ou du moins c’était le cas avant, car maintenant, ceux-ci se déplaçaient librement marchant tantôt sur le béton, tantôt dans une flaque de sang d’un des leurs, tantôt sur un cadavre. La scène faisait peur à voir, car ici, ce n’était pas une bataille qui avait été menée, mais un véritable massacre. Quand Nina et ses hommes pénétrèrent dans la zone, les prisonniers les accueillirent avec réticence croyant que des gardiens venaient pour finir le travail, d’on ne sait où, une voix s’éleva suivie quelques secondes plus tard d’une tête.

Prisonniers – Vous venez finir le travail ? Vous savez celui que vous avez commencé en massacrant 200 des nôtres ?

Nina Korzh – Loin de là rassure-toi, nous ne sommes d’ailleurs pas des gardiens

Prisonniers – C’est ça oui, c’est pas ce que votre uniforme laisse penser, qu’est-ce que vous voulez ?

Nina Korzh – Je cherche une certaine Anika Lischke, elle faisait partie des gardiens infiltrés devant prendre le contrôle de cette unité de vie, est-ce qu’elle est morte dans les affrontements ?

Prisonniers – Non, les gardiens ont vu que c’est elle qui dirigeait, du coup ils l’ont épargnée pour lui soutirer des informations, mais elle a quand même pris cher.

Nina Korzh – C’est-à-dire ?

Prisonniers – Une balle dans l’épaule droite, la jambe gauche et une qui lui a arraché l’oreille entre autres.

Nina Korzh – Elle a été soignée ?

Prisonniers – Vous vous doutez bien que dans la situation actuelle, les gardes ne l’ont pas amenée à l’infirmerie, ils nous ont juste demandé de nous occuper d’elle, on a fait ce qu’on a pu avec les moyens du bord, mais ça reste très rudimentaire.

Nina Korzh – Vous avez un médecin parmi les prisonniers pour être aussi confiants dans ce que vous affirmez ?

Prisonniers – Un ancien médecin militaire semble-t-il.

Continuant de marcher guidée par le prisonnier, Nina finit par arriver à un bloc de cellules de l’unité de vie transformé en "hôpital" improvisé, dans l’une d’elles, une femme était allongée, épaule en sang, de même que pour sa jambe et l’oreille manquante, c’était ladite Anika Lischke. En s’approchant, elle qui était jusque-là endormie se réveilla, en ouvrant les yeux, elle vit Nina approcher, elle ne savait qui c’était, comment le pouvait-elle, elle ne l’avait jamais vue, mais elle sut immédiatement qu’elle ne faisait pas partie des gardiens.

Anika Lischke – Officier Kononenko ?

Nina Korzh – Non Korzh, Kononenko a été affecté à la section à côté.

Anika Lischke – Bon j’avais une chance sur deux.

Nina Korzh – Qu’est-ce qu’il s’est passé pour que vous vous fassiez à ce point démolir ?

Anika Lischke – L’un des nôtres a paniqué, on a tenu l’armurerie 5 minutes avant qu’une grenade lacrymo soit déclenchée de l’intérieur, on a dû l’abandonner et voilà le résultat…

Anika s’arrêta un instant, comme si elle devait reprendre son souffle ou lutter contre une douleur, Nina le vit, elle s’approcha alors d’elle et posa sa main sur son épaule.

Nina Korzh – Prends ton temps, c’est toi qui souffres, pas moi.

Anika Lischke – Au début, le plan a parfaitement fonctionné, les gardiens étaient désorganisés, ils étaient complètement perdus, c’était limite drôle à voir. Mais rapidement, l’un des gardiens a pris la situation en main, il avait senti que quelque chose clochait et il a ordonné de reprendre l’armurerie, même si on avait l’armurerie, on était six alors qu’eux, ils étaient plus de quarante avec des pistolets.

Nina Korzh – Combien de nos hommes sont morts ?

Anika Lischke – Deux de confirmés, un qui s’est suicidé, moi et deux qui ont essayé de s’enfuir mais je ne sais pas s’ils ont survécu

Viktor Potapenko – Ça doit être les deux gars qu’on a vus gisant devant l’entrée.

Anika Lischke – Bon bah quatre morts confirmés du coup.

Nina Korzh – D’accord je vois, maintenant Anika, je veux que tu me répondes franchement, est-ce que vous avez parlé ? Est-ce que vous avez donné les codes de nos communications aux gardiens ?

Anika Lischke – Non, le gars qui a survécu avec moi s’est suicidé pour ne pas parler et moi je me suis évanouie à cause de mes blessures, je n’ai repris connaissance que quand vous avez déclenché les hostilités.

Nina Korzh – Bon c’est ça de pris, repose-toi maintenant.

Se relevant, Nina regarda le corps d’Anika, couvert de blessures et de bouts de tissus s’imbibant lentement de sang, même si actuellement elle semblait stable, elle savait que cela ne durerait pas, alors en sortant, elle alla voir ledit médecin. C’était un homme de petite taille autour de 1m65, il faisait pâle figure à côté des autres prisonniers dépassant allègrement presque tous le mètre 75, mais cela ne l’empêchait pas de donner des ordres car en situation de crise des leaders naturels se forment et le médecin, Sergio de son vrai nom, en fait partie. Médecin militaire dans les troupes velsniennes, il avait participé à la campagne en Achosie du Nord lors des troubles le siècle dernier.

Nina Korzh – Combien de temps elle tient comme ça ?

Sergio Valenzano – Quelques heures tout au plus je dirais, mais si j’ai de quoi travailler décemment elle peut survivre.

Nina Korzh – Et pour les autres blessés c’est comment ?

Sergio Valenzano – Pas beau, pas beau du tout, quand ils ont repris le contrôle de l’armurerie, ils n’ont pas fait de distinction, ils ont tiré dans le tas pour ramener l’ordre, ça me rappelle l’Achosie.

Nina Korzh – Bref, vous avez besoin de quoi ?

Sergio Valenzano – Antiseptiques, morphine, matériel de suture… et surtout, le plus important c’est que j’aie un endroit un minimum propre pour travailler, on ne nage pas dans la merde, mais ça reste une prison.

Nina Korzh – Tu peux t’en charger Viktor ?

Viktor Potapenko – Je devrais m’en sortir.

Nina Korzh – Prends quatre hommes avec toi.

Sans attendre plus que ça, Viktor prit quatre soldats avec lui et quitta la zone carcérale, ne restaient maintenant plus que Nina et 14 soldats avec elle scrutant la zone devant elle, elle vit plusieurs centaines de personnes assises la regardant. Les prisonniers n’étaient pas bêtes, c’étaient peut-être des criminels ayant fait de terribles choses, il n’en restait pas moins doués d’intelligence en cela, ils comprenaient dorénavant ce qu’il se passait et savaient également qu’il ne fallait pas faire de vagues, voire même entrer dans les bonnes grâces des rachites, pourquoi ? Parce que même s’ils ne l’avaient pas encore totalement intégré, ils savaient désormais que cette situation n’était plus une simple évasion et que celle-ci pourrait s’étaler dans le temps. Nina s’approcha alors de la troupe de prisonniers et monta sur une caisse laissée là pour compenser sa petite taille, puis alors que tous les regards étaient désormais rivés sur elle, elle croisa les bras dans son dos puis calmement, elle prit la parole.

Nina Korzh – Je sais que vous avez souffert ici, je sais que vous avez envie de vous barrer, mais ça ne va pas être possible, du moins pas pour l’instant, quand Bełków sera tombée vous serez libres, libres de quitter cet endroit, mais tant que cela ne sera pas chose faite, je vous demande de ne pas faire de vagues. Bełków est un monstre, et pour faire tomber un monstre nous avons besoin de calme et de discipline, s’il commence à y avoir des abrutis qui courent dans tous les sens dans les couloirs, ça ne va pas le faire.
Maintenant que c’est dit, levez la main ceux qui ont une expérience de combat militaire.

Immédiatement, des mains commencèrent à se lever, mais Nina ne pouvait pas prendre n’importe qui, il fallait prendre des gens de confiance, qui n’allaient pas leur tirer dans le dos ou les trahir, c’est pour cela qu’elle choisit naturellement des proches d’Anika, faisant partie d’un gang ou juste proches. Mais pendant que Nina faisait son recrutement, le temps lui ne s’arrêta pas de couler et au bout d’un moment, quinze minutes s’étaient écoulées et c’est à ce moment-là que son talkie-walkie s’alluma.

Unité de vie 1 – Ici unité de vie 1, on a une vingtaine de fusils d’assaut en stock, quatre fusils à pompe et une cinquantaine de pistolets, au niveau des munitions on est large, vu la quantité, ça devait être le seul truc correctement financé dans ce pays de merde.

Unité de vie 2 – Ici unité de vie 2, même constat pour les munitions, par contre on a très peu d’armes, il nous reste 2 fusils d’assaut et une dizaine de pistolets, par contre on a pas mal de grenades en tout genre.

Leontij Velychko – Ici unité de vie 3, il nous reste douze fusils et 7 fusils à pompe, par contre on n’a plus de pistolets, pour les munitions, on est large.

Unité de vie 4 – Ici unité de vie 4, vu que les combats se sont étalés dans le temps de notre côté, notre stock de munitions a été pas mal entamé.

Nina Korzh – Je vois, merci du rapport, rien d’autre à signaler ?

Leontij Velychko – Ouais, on peut mobiliser quatre centaines d’hommes supplémentaires rapidement, enfin si on avait les armes pour, avec ce qu’on a, on peut en équiper une centaine tout au plus, faudra prendre le contrôle de l’armurerie principale du bloc.

Nina Korzh – Bien reçu, voici les ordres maintenant, premièrement, les prisonniers que vous pouvez équiper, vous les équipez, on doit gonfler nos effectifs. Deuxièmement, je veux que chaque unité de vie sélectionne une vingtaine de soldats, ces soldats seront envoyés dans le couloir de la section pour rassemblement.

Leontij Velychko – Tu veux prendre d’assaut l’armurerie principale du bloc ?

Nina Korzh – Non, en réalité l’armurerie c’est secondaire, plus que les armes, ce qu’il faut sécuriser c’est les communications, si on empêche définitivement les gardiens de communiquer entre eux alors on aura gagné.

Leontij Velychko – On prend d’assaut la salle de contrôle si je comprends bien.

Nina Korzh – Exactement, dans une guerre, c’est bien de tuer l’ennemi, mais encore faut-il savoir où il est et réussir à se coordonner, une fois qu’on aura pris possession de la salle de contrôle, on pourra remettre le courant dans le bloc.

Des objections ?

Leontij Velychko – Non, juste, tu ne penses pas que ce soit trop 75 soldats ?

Nina Korzh – La salle de contrôle ça doit être l’endroit le plus défendu, donc je prévois large et en plus, faut pas oublier qu’on a un atout.
9206
La nuit ou le brasier s’alluma 3.5/X


En temps normal, Nina aurait raison de penser comme cela, car qui contrôle les communications et les caméras contrôle le champ de bataille, mais aujourd’hui n’était pas un jour normal, et même si de par la situation, on pourrait penser que la sécurité soit encore plus renforcée, il n’en était rien. À cause de la panique et de la rapidité à laquelle la situation s’était dégradée, les gardiens n’avaient pas eu le temps de réagir, si bien que la salle de contrôle n’était actuellement occupée que par 3 personnes, à savoir Dimitri, Petro et Larysa, essayant tant bien que mal de fortifier leur position.

En temps normal, la salle de contrôle était conçue pour résister, résister oui, mais pas de manière prolongée car Bełków reposait sur deux idées très simples. Premièrement empêcher toute révolte interne avant qu’elle ne se produise grâce aux caméras et sas permettant une segmentation efficace et deuxièmement, empêcher toute intrusion depuis l’extérieur grâce à ses murailles. Mais en aucun cas, Bełków n’avait été pensée pour résister à une attaque venant de l’intérieur, Bełków avait été conçue pour que les gardiens gardent constamment l’initiative lors de potentielles rébellions, or aujourd’hui, ceux-ci étaient complètement passifs, pas par choix, ils étaient contraints. Alors oui, la salle de contrôle était faite pour résister, mais cela n’était pas la question, la question c’était combien de temps pouvait-elle tenir.

Dans la salle de contrôle, Dimitri, Petro et Larysa s’activaient, déplaçant des armoires métalliques, des chaises, tout ce qui pouvait servir à ralentir l’avancée des prisonniers.

Petro Vashchenko – Putain, pourquoi je fais ça moi, j’aurais dû me barrer.

Dimitri Moroz – Arrête de te plaindre tu veux ? On a du taf.

Petro Vashchenko – Mais ça tiendra jamais putain, ouvre les yeux.

Dimitri Moroz – On n’a jamais dit qu’on allait tenir, l’objectif c’est juste de gagner un maximum de temps et donc de leur en faire perdre un maximum.

Larysa Huk – Et si vous veniez m’aider au lieu de vous engueuler ?

1
La gueule des barricades

Dimitri et Petro regardèrent Larysa avant de se regarder mutuellement, à contrecœur, Petro acquiesça, la petite équipe continuait donc son travail, sans se douter qu’à deux centaines de mètres de là, les hommes de Nina se rassemblaient, prêts à converger vers leur position. Quand Nina arriva enfin au point de rassemblement qu’elle avait fixé, elle avait devant elle une soixantaine de prisonniers armés, des prisonniers certes, mais des prisonniers n’en ayant plus du tout l’apparence, ressemblant bien plus à des soldats. Continuant à marcher, elle se dirigea vers Leontij qui l’attendait devant la troupe.

Nina Korzh – Bon ça ressemble de plus en plus à une petite armée non ?

Leontij Velychko – Ouais, si on oublie qu’on a des criminels de tous horizons dans nos rangs.

Nina Korzh – Ça te dérange ?

Leontij Velychko – La bonne blague, je suis un rachite je te rappelle, nous aussi on est considérés comme des criminels.

Nina Korzh – On est combien en tout ?

Leontij Velychko – Soixante-quinze avec toi, c’est ce que tu avais demandé.

Nina Korzh – Ok parfait, on va pouvoir y aller.

Mais avant ça, Nina s’approcha et comme lors de son précédent discours, elle monta sur une caisse afin que tout le monde puisse la voir, une fois montée, elle resta silencieuse une seconde, regardant les prisonniers qu’elle avait devant elle. Certains étaient jeunes, d’autres plus âgés, certains tremblaient à cause du stress, d’autres étaient parfaitement immobiles, marqués d’un regard vide que l’on ne voit que chez ceux qui ont frôlé la mort plus de fois qu’ils ne s’en rappellent. Enfin, après avoir regardé avec attention les hommes qu’elle avait devant elle, Nina prit la parole.

Nina Korzh – Je ne vais pas vous refaire une énième fois le même discours donc je vais aller droit au but, notre objectif est de prendre possession de la salle de contrôle, une fois chose faite, on pourra remettre le courant dans ce bloc et commencer à superviser de manière plus directe et efficace nos actions. Pour le dire autrement, si on prend cette salle, la victoire ne sera plus très loin. Maintenant ouvrez bien vos oreilles, on ne va pas y aller comme des abrutis, on a déjà eu suffisamment de pertes et je n’ai pas envie d’en compter plus. La salle de contrôle ne dispose que d’un seul accès et d’une sortie de secours qui nous est pour l’instant inaccessible donc on va se concentrer sur l’accès principal. Attendez-vous à une forte résistance, les gardiens sont aussi bien conscients que nous de l’importance de cette salle alors il est fort à parier que de nombreux gardes soient là pour la défendre, de même, il faut s’attendre à ce que la zone ait été fortifiée.

Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?

À cela, l’ensemble des prisonniers acquiescèrent, enfin, les soixante-quinze prisonniers se mirent en route vers la salle de contrôle marchant à un pas soutenu, la distance fut couverte assez rapidement, mais en approchant de la cible, quelque chose clochait pour Nina, c’était trop calme. Elle s’attendait à une forte résistance, à devoir progresser lentement, à devoir voir mourir ses hommes, mais jusque-là, il n’y avait rien de tout ça. Pas un coup de feu n’avait été tiré, pas un gardien n’avait été rencontré et cela pouvait signifier deux choses, soit il n’y avait personne, soit ils marchaient droit dans un piège. Nina s’attendant initialement à rencontrer une forte résistance, elle priorisa logiquement la deuxième option.

Nina Korzh – Bon écoutez-moi, c’est plus calme que prévu, deux possibilités, soit je me suis trompée et il n’y a personne ou pas grand monde, soit on marche droit dans un piège. Je préfère jouer la sécurité et considérer qu’ils sont beaucoup, retranchés et qu’on marche droit dans un piège. La salle de contrôle n’est plus très loin, elle est à une trentaine de mètres au prochain virage à droite, j’ai besoin que deux d’entre vous se portent volontaires pour s’approcher de l’entrée de la salle de contrôle, le reste on se positionne au virage et on vous couvre, si personne ne se désigne j’irai moi-même.

Immédiatement, deux personnes se regardèrent, l’un d’eux était Viktor Potapenko, même si ça ne faisait que 3 heures tout au plus qu’il connaissait Nina, elle avait pu voir ce dont il était capable, la quarantaine, expérimenté, c’était quelqu’un de fiable. L’autre en revanche était beaucoup plus jeune, à peine la trentaine, cela ne faisait que deux ans qu’il était incarcéré mais son visage creusé de fatigue parlait pour lui quant aux conditions de détention qu’il avait traversées. Tous deux n’avaient pas échangé un seul mot, mais ils s’étaient mis d’accord, Viktor avança le premier.

Viktor Potapenko – Tu es la personne qui dirige les opérations ici, ce serait con de te laisser mourir, j’y vais.

XXXX XXXX – J’y vais aussi !

Nina Korzh – Quel est ton nom ?

XXXX XXXX – Maksym Hrytsenko

Nina Korzh – Expérience ?

Maksym Hrytsenko – Mercenaire depuis mes 25 ans et pendant 7 ans avant de me faire emprisonner.

Nina Korzh – Bien c’est d’accord, toi et Viktor vous allez vous approcher de l’entrée, je ne veux pas de coup d’éclat, vous vous approchez, vous observez discrètement et vous revenez, si ça commence à chauffer vous revenez et on vous couvre c’est compris ?

Viktor Potapenko et Maksym Hrytsenko – Compris.

Sans attendre plus que ça, les deux hommes se mirent en route, une route courte mais qui sembla durer une éternité tant la tension était grande, les deux compères savaient pertinemment qu’il y avait une chance qu’ils meurent, même s’ils ne faisaient aucun faux pas, car il y avait des chances qu’ils aient déjà été repérés. Viktor et Maksym avancèrent lentement, fusils pointés vers l’avant prêts à ouvrir le feu si tant est qu’ils en aient le temps avant de se prendre une balle, le silence le plus absolu régnait et même les prisonniers qui stressaient le plus dans le groupe avaient arrêté de bouger pour ne pas les faire remarquer. Arrivant à la porte, ils virent que celle-ci était entrouverte sûrement une conséquence de la prise de contrôle du réseau par les Raches, tendant l’oreille, ils purent entendre la voix d’un gardien, ainsi que le bruit d’un meuble métallique étant traîné sur le sol, Maksym se tourna alors vers Viktor et en chuchotant, lui parla.

Maksym Hrytsenko – Bon au moins c’est confirmé ils sont là.

Viktor Potapenko – Oui, mais ils sont pas nombreux, cinq tout au plus je dirais, mais surtout ils semblent paniqués, on dirait qu’ils essayent de barricader la porte de l’intérieur vu qu’ils peuvent pas la verrouiller. Bon on en sait suffisamment, on retourne là-bas.

Comme annoncé, Viktor et Maksym firent demi-tour, mais sur le retour, Maksym fit une erreur, ce couloir comme le reste de la prison n’était éclairé que par une faible lueur rougeâtre grâce aux éclairages d’urgence, ça permettait de se déplacer, mais pas de voir tous les détails. Dans ce couloir se trouvait sur le côté un éclat de verre, présent depuis tellement longtemps que les gardiens n’y faisaient plus attention, mais Maksym lui, ne le savait pas, ce qui devait arriver arriva, il marcha dessus provoquant un bruit que n’importe qui pourrait reconnaître entre mille. En entendant cela, il n’eut qu’une seule réaction : Maksym Hrytsenko – Merde... Presque immédiatement, les gardiens présents dans la salle de contrôle commencèrent à s’agiter, puis juste après, un premier coup de feu partit, il ne fut pas précis mais ce n’était pas ça le plus important, le plus important, c’est que maintenant, ils n’avaient plus l’effet de surprise. Réagissant au quart de tour, Viktor prit les choses en main, envoyant une rafale en direction de la porte et sommant Maksym de courir, finalement, de par la non-préparation des gardiens, ils réussirent à rejoindre le reste du groupe sans se faire toucher.

Maksym Hrytsenko – Fais chier c’est ma faute.

Viktor Potapenko – Eh calme-toi, j’aurais fait la même, on voit rien dans ce putain de couloir donc ne t’en veux pas trop ok ?

Nina Korzh – Bon vous avez vu quoi ? Je veux tout savoir.

Viktor Potapenko – Ils sont pas nombreux, trois quatre je dirais, cinq au maximum, mais surtout ils ont l’air désorganisés, quand on était collés à la porte on pouvait sentir de la panique et de la précipitation dans leurs voix.

Prenant en compte les informations que lui rapportait Viktor, Nina commença à réfléchir afin d’établir une stratégie, prendre d’assaut la salle de contrôle était chose facile, une charge en sortie de tranchée comme il y a 100 ans et c’était plié, mais à quel prix. Il fallait gagner oui, mais en minimisant les pertes, car même si cela ne faisait pas partie de sa mission elle commençait à s’attacher à ces prisonniers. Cependant, pendant qu’elle réfléchissait, quelque chose se produisit, une détonation fut entendue, puis une deuxième. Nina regarda alors autour d’elle pour voir si ce n’était pas l’un de ses hommes qui avait tiré sans le vouloir, mais tout ce qu’elle vit, fut l’incompréhension dans le visage de ses hommes tous autant perdus qu’elle ou peut-être plus qu’elle. Car après le choc initial, un sourire commença à se dessiner sur son visage n’arrangeant pas l’incompréhension de ses hommes.
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