19/12/2018
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[RP FERMÉ] Le jour ou la Boravie s'arrêta

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La nuit ou le brasier s’alluma 1/X


Anton Levchuk

04 août 2018, une nouvelle journée se levait sur Bełków, il y faisait froid, comme à peu près tous les jours de l’année en Boravie, mais ce froid, les Rachites de Kushnir avaient fini par s’y habituer, au point qu’on pourrait les confondre dans leur comportement avec des locaux. Cependant, bien que ce jour soit banal en apparence, il ne l’est qu’en apparence, car ce jour changera à jamais la Boravie : aujourd’hui, les Rachites passent à l’action, l’action qu’ils préparent depuis plusieurs années. Mais malgré ce que promettait cette journée, celle-ci commença normalement, les gardiens du premier tiers se présentant à l’entrée, les gardes vérifiant leurs informations puis, une fois chose faite, se dirigèrent vers la cafétéria pour prendre un café et bien commencer la journée. Parmi ce cortège se trouvaient des Rachites, et pas qu’un peu, près de 1500 dont Kushnir et ses sous-chefs, parmi eux, un certain Anton Levchuk assigné comme technicien en chef dans la centrale géothermique du centre de la prison. Une fois descendu du bus, comme bon nombre de ses collègues, il se dirigea vers la cafétéria, prenant son café et, fumeur oblige, se dirigea vers le coin fumeur de la zone.

Anton Levchuk

Anton Levchuk – Quelle journée de merde, putain, pourquoi je me suis engagé dans ça.

???? – Un problème, Anton ?

Ayant repris une gorgée de café, Anton manqua de s’étouffer quand l’un des gardiens avec qui il avait l’habitude de fumer dans cette pièce juste avant leur prise de poste posa sa main sur son épaule. Même s’il n’avait rien dit de compromettant sur ce qui se déroulait dans l’obscurité, le Rachite ne put s’empêcher de se poser non pas une question, mais LA question : est-ce que toute l’opération va foirer à cause de moi ?

Heureusement pour lui, ce n’était que Dimitri Moroz, un gardien avec qui il avait sympathisé avec le temps, au point où ceux-ci se voyaient régulièrement en dehors de la prison pour discuter ou boire un verre.

Anton Levchuk – Putain, tu m’as fait peur Dimitri.

Dimitri Moroz – Ce n’est que moi pourtant, comme tous les jours on se retrouve ici pour boire notre café et fumer une clope avant de prendre nos postes.

Anton Levchuk – Pas faux, mais vu que tu avais du retard et que je ne t’ai pas vu dans le bus, je me suis dit que tu ne serais pas là aujourd’hui.

Dimitri Moroz – Non, j’ai juste pas pris le même trajet, je devais aller récupérer des médocs à la pharmacie, j’avais un mal de crâne pas possible en me levant, mais assez parlé de moi, parlons de toi, tu n’as pas l’air bien aussi.

Anton Levchuk – Non c’est rien, c’est juste que le loyer arrive et la vieille commence à en avoir marre des retards de paiement, la dernière fois elle m’a dit qu’elle commençait à penser à me dégager.

Dimitri Moroz – Ah merde, si tu as besoin d’aide, n’hésite pas à demander.

Anton Levchuk – Et puis quoi encore, tu viens d’avoir un gosse, je suis la dernière des merdes si je te demande de l’argent. Par contre, pour revenir à ce qu’on se disait avant, si tu n’es pas bien tu n’aurais pas dû venir, va voir ton chef pour demander ta journée.

Dimitri Moroz – Comme tu l’as dit, j’ai un enfant, cet argent j’en ai besoin.

Anton Levchuk – Vaut mieux prendre un jour de repos que de devoir s’arrêter pendant une semaine après.

Dimitri Moroz – Pourquoi tu dis ça ? Tu as un mauvais pressentiment, tu penses qu’on va attaquer la prison hehe ?

Anton Levchuk – Dis pas de connerie, c’est une forteresse, elle est imprenable, moi je pense à toi, c’est tout.

Si Anton se montrait aussi insistant, c’était bien parce qu’il pensait à ce qu’il considérait depuis quelque temps comme un ami. Cependant, ce n’était pas à son mal de crâne qu’il pensait, mais à ce qui allait arriver, car comme tout Rachite, il savait ce que cette journée allait devenir. Cette journée, c’était les prémices de l’enfer, l’enfer non pas juste pour Bełków mais pour la Boravie dans son entièreté, car si l’opération réussissait, ce seraient 800 000 prisonniers parmi les plus dangereux du monde qui seraient libérés dans un pays de 2 millions d’habitants.

Voyant que Dimitri n’allait pas rentrer chez lui, il laissa tomber et reprit une gorgée de café, c’est à ce moment-là qu’une troisième personne fit irruption dans la zone fumeur, c’était l’officier Korzh. D’une voix sérieuse et légèrement agacée, elle interpella les deux compères.


Nina Korzh – Il y en a qui tirent au flanc à ce que je vois, la cafétéria s’est déjà vidée, vous êtes les derniers, vous Moroz, rejoignez votre poste immédiatement et que je ne vous voie plus en retard, quant à vous Levchuk, j’aurai deux mots à vous dire.

Dimitri Moroz – Oui madame, ça ne se reproduira plus, on se voit à la pause de 4h Anton ;

Dimitri écrasa ce qu’il restait de sa clope dans le cendrier avant de quitter la cafétéria et de rejoindre enfin son poste, mais avant de partir, il lança un dernier regard à Anton comme pour le soutenir, sachant qu’il allait recevoir un savon de l’officier Korzh. Après quelques instants, la zone était complètement vide à l’exception de l’officier et du technicien, un silence de quelques secondes plana avant que l’officier ne prenne finalement la parole, quelques secondes qui semblèrent une éternité.

Nina Korzh – Qu’est-ce que tu essayais de faire avant que j’arrive Anton ? Tu veux faire foirer toute l’opération.

Anton Levchuk – Mais qu’est-ce que tu racontes, dis pas n’importe quoi, je discutais juste avec un collègue, comme nous l’a dit Anatolij, on doit sympathiser et agir normalement.

Nina Korzh – Non, ça va au-delà de la simple sympathie là, tous les jours tu discutes avec lui, tu le vois régulièrement en dehors de la prison, il t’a même invité chez lui pour une fête quand il a appris qu’il allait devenir papa. Si je ne te connaissais pas depuis la Krésetchnie, je penserais que tu es en train de nous trahir.

À l’écoute de ces mots, Anton sentit une goutte de sueur couler le long de son front, lui trahir ? 20 ans, cela faisait 20 ans qu’il était au sein des Raches, 20 ans qu’il se battait au nom de l’idéologie, autant dire qu’il ne trahirait jamais son camp, cela ne lui avait jamais traversé l’esprit à vrai dire. Sa réaction ne se fit pas attendre, d’un ton quelque peu énervé il répondit

Anton Levchuk – Tu te fous de moi ? J’étais présent avant toi dans les Raches et je compte bien y être après. Tu m’accuses de trahison ? Tu mériterais que je t’en colle une.

Nina Korzh – Je sais très bien que tu ne nous trahiras pas, je demande juste ce qui se passe, tu cherches à te racheter une conscience pour tes "crimes" passés ?

Anton Levchuk – Me racheter une conscience ? Après 20 ans je pense que c’est un peu tard tu ne crois pas ?

Nina Korzh – Alors quoi ?

Anton Levchuk – Alors rien du tout, je n’ai fait que sympathiser comme notre mission nous le demandait.

Nina Korzh – On va dire que je te crois.

Après ces mots, Nina se rapprocha d’Anton, une fois proche au point où personne n’aurait pu entendre ce qu’elle allait dire, elle lui dit ceci : À partir de maintenant, tu respectes le protocole à la lettre. Pas d’échanges inutiles. Pas de conversations personnelles. À la moindre anomalie, tu te replies. Compris ? Anton hocha la tête sans discuter. Il savait qu’elle avait raison et qu’il était déjà trop tard pour revenir en arrière. Une fois cela fait, Nina reprit son rôle d’officier de la prison, détourna sans attendre le regard et quitta la cafétéria sans perdre une seconde de plus. Anton était maintenant seul dans la cafétéria, une cigarette dans la main droite et son café refroidissant dans l’autre. Après quelques secondes immobile, il avala ce qu’il restait de son café et écrasa le gobelet avant de quitter la cafétéria pour rejoindre son poste : la centrale géothermique 5 de la prison.

Bełków n’avait pas été conçu comme une prison, mais comme une véritable forteresse capable de résister à n’importe quel assaut venant de l’extérieur, stockage de nourriture pour plusieurs mois, hôpital dédié et bien entendu production électrique au sein même de la prison. Certaines prisons dans le monde peuvent emprunter un chemin similaire, mais là où Bełków faisait mieux que toutes les autres, c’est que la prison pouvait générer son électricité sans limite de temps. Là où les autres sont dépendantes de groupes électrogènes à utiliser uniquement en cas d’urgence si la ligne extérieure est coupée, Bełków se trouve littéralement au-dessus d’un immense champ géothermique, lui permettant de produire sans être dépendant d’une réserve de diesel qui tôt ou tard sera épuisée.

À minuit et douze minutes, Anton arriva enfin devant la salle de contrôle, se rapprochant de la porte il regarda l’écriteau au-dessus sur lequel était marqué accès réserve, cet écriteau, il l’avait vu des centaines de fois depuis qu’il était ici. Une fois au niveau de la porte, il badgea et la lourde porte métallique s’ouvrit automatiquement, une fois dedans, il salua ses collègues qui, eux, ne manquèrent pas de lui faire remarquer son retard. Quand il fut dedans, comme à son habitude, la première chose qu’il fit fut de se diriger vers la machine à café de la salle pour en reprendre un, ceux de la cafétéria n’ayant visiblement jamais réussi à complètement le réveiller. Son deuxième café en main, il descendit enfin dans la salle des machines pour aller voir les techniciens de la précédente rotation qui n’attendaient que lui pour enfin partir.

Anton Levchuk

Anton Levchuk – Comment ça se passe, rien à signaler ?

Technicien 1 – À part ton retard, pas grand-chose, à part une légère surchauffe, on a remarqué que quand on lui demande de tourner au-dessus de 90 %, le condenseur a du mal, à mon avis, une petite révision ne serait pas de trop dans les prochaines semaines. De toute façon, ne dépasse pas les 90 % et tu n’auras pas de problème.

Anton Levchuk – Je vois, rien d’autre sinon ?

Technicien 2 – Non, elle est peut-être vieille mais c’est ce qui fait sa force, elle a été conçue pour durer.

Les quelques informations transmises, les techniciens de la rotation précédente commencèrent à faire leurs affaires pour enfin rentrer chez eux après huit longues heures de travail, il s’agissait sûrement des plus chanceux car ceux-ci seraient chez eux lorsque l’enfer s’abattrait sur la prison.

Après avoir bu une gorgée de café, Anton commença à marcher en direction de la salle de contrôle pour s’installer devant son pupitre de commande, montant les escaliers métalliques, il s’arrêta à mi-chemin, se tourna et regarda une dernière fois la salle des machines. Le bruit était constant et les vibrations également, faisant croire qu’elle était vivante, vivante oui, mais plus pour longtemps, cette petite réflexion passa et Anton se remit à marcher vers la salle de contrôle. Une fois sur place, il enleva sa veste, la posa sur sa chaise et se mit en face de son pupitre de contrôle, les chiffres défilaient, pression, température, débit, toutes les valeurs possibles et imaginables. Cela faisait plus d’un an qu’il avait ce poste et avec le temps, plus besoin d’analyser les valeurs, c’était devenu des automatismes, un simple coup d’œil et il savait si quelque chose n’allait pas. S’il n’avait pas rejoint les Raches, il aurait très certainement eu un poste d’ingénieur en énergie dans un pays d’Eurysie, malheureusement (ou heureusement) pour lui, il avait rejoint très tôt les Raches le coupant à jamais de cette réalité.

Il était maintenant minuit et dix-huit minutes, tout était normal au sein de Bełków, tout était normal, car rien n’avait encore été fait, le plan établi pendant des mois par Kushnir était clair, simple, tout était réglé à la seconde près. En aucun cas, ce plan ne devait échouer, car si cela arrivait c’était assurément la fin pour eux, alors Anton, comme ses pairs, l’avait répété des dizaines, non des centaines de fois. À cet instant précis, tout était normal ou tout semblait l’être car les pupitres n’affichaient pas les vraies valeurs, mais celles qu’on voulait qu’elles affichent, la légère surchauffe mentionnée par les techniciens n’était pas due à un manque d’entretien, mais à une action délibérée d’Anton. Lors de sa journée de travail précédente, tout se passa normalement, mais à un moment Anton se connecta sur la console secondaire servant aux diagnostics de fond et à des tests de redondance, autant dire une console peu utilisée. Peu utilisée certes, mais le 27 juin, c’est ce qu’Anton allait faire, non pas pour un diagnostic mais pour quelque chose de plus sombre, il inséra alors une clé USB dans l’ordinateur. Le logiciel, voulant se protéger des éléments extérieurs, demanda alors le mot de passe administrateur pour confirmer l’accessibilité des données présentes sur la clé, mot de passe que possédait Anton du fait de son poste. Le mot de passe rentré, la clé était accessible, ainsi que son unique fichier, un logiciel créé par les Raches, dont l’objectif était de prendre le contrôle du réseau de la prison, de réfuter les accès excepté à ceux des Rachites infiltrés ainsi que d’induire en erreur les consoles des centrales géothermiques.

En apparence, tout fonctionnait normalement, mais en réalité, les condenseurs des centrales avaient des régimes de fonctionnement tout sauf normaux, rien n’allait casser, mais petit à petit, heure après heure, les condenseurs allaient se rapprocher de la surchauffe. Comme dit, il n’était pas question de casser les centrales, alors les surchauffes se devaient d’être évitées et elles le seraient, grâce au système de sécurité, qui pour préserver le matériel, couperait l’arrivée de vapeur… dans toutes les centrales géothermiques… à l’exact même moment. L’objectif était clair, provoquer un blackout généralisé dans toute la prison.

Minuit trente passa, le moment était venu, Anton regarda une dernière fois les valeurs sur sa console centrale, elles étaient stables, parfaitement stables, de quoi rassurer les équipes, mais ce n’était qu’une stabilité de façade, et Anton le savait. Prenant sa respiration, il ouvrit l’invite de commande et entra les mots que le programme installé la veille attendait :

Vive les Raches, longue vie à nos frères.
Le code rentré, rien ne se passa, du moins pas immédiatement, durant 30 secondes Bełków continua de fonctionner normalement, les caméras surveillant les moindres faits et gestes, les gardiens faisant leurs rondes, les prisonniers dormant ou jouant aux cartes pour certains. Durant 30 secondes, Bełków continua de respirer, mais passé ce délai, les voyants auparavant verts passèrent à l’orange, puis au rouge. En une fraction de seconde, le système réalisa que les données avec lesquelles il travaillait depuis 24 heures étaient factices, les condenseurs ne fonctionnaient pas normalement, mais étaient proches de la surchauffe. Sans demander l’avis de qui que ce soit, il coupa immédiatement l’arrivée de vapeur dans la turbine pour éviter une catastrophe, il le fit non seulement dans la centrale numéro 5, mais également dans la 1, la 2, la 3, la 4 et la 6. En une fraction de seconde, l’arrivée de vapeur fut coupée pour toutes les centrales alimentant la prison, les turbines s’arrêtèrent, le bruit cessa, de même que les vibrations, les salles des machines s’étaient tues. Anton, lui, était toujours assis sur sa chaise devant son pupitre, il se tenait dans une obscurité totale qui n’était percée que par les lumières rouges d’urgence.
Anton Levchuk
Le silence s’installa dans la salle, Anton resta figé, regardant inlassablement son pupitre alors maintenant complètement noir, il ne disait rien, ou plutôt rien ne sortait de sa bouche, mais nombre de pensées se bousculaient dans sa tête, il était maintenant impossible de faire marche arrière. Le silence s’était installé, mais fut brisé en quelques secondes par les voix paniquées des techniciens, ne comprenant pas ce qu’il venait de se passer. Technicien 1 – Putain, qu’est-ce qu’il s’est passé, qu’est-ce que tu as foutu Anton. Anton ne répondit pas, au même moment, celui qui était alors dans la salle des machines au moment de la coupure remonta dans la salle de commande.

Technicien 2 – Qu’est-ce que vous avez foutu, le flux de vapeur s’est arrêté et les turbines viennent de se stopper, c’est toi qui as fait ça Anton ?

Anton Levchuk – Non, ce n’est pas moi et ce n’est pas qu’un problème local, si l’on est plongé dans le noir c’est que les autres centrales ont également un problème.

Technicien 2 – Qu’est-ce qu’on fait alors ?

Anton Levchuk – On suit la procédure, on sécurise la salle de commande et la salle des machines et on attend les instructions d’en haut.

Le silence s’était abattu dans la centrale 5, mais également dans toutes les autres, toutes les machines qui alimentaient Bełków s’étaient arrêtées, les générateurs diesel de secours tentèrent de démarrer mais ce fut un échec, comme si quelque chose les en empêchait. Ils démarraient, puis se coupaient quelques secondes plus tard avant d’avoir pu injecter le moindre watt sur le réseau de la prison. Là où le silence s’était abattu dans les centrales, dans les différents centres de commandement de la prison, c’était le chaos. Ces salles étaient les seules à disposer encore d’électricité grâce à des batteries, des alarmes hurlaient de chaque côté, de même que les opérateurs devant leurs écrans, car ceux-ci se remplissaient de messages d’erreur à une vitesse hallucinante. Le réseau tenta de lancer des protocoles d’urgence pour garantir la stabilité de la prison, mais ceux-ci se heurtèrent à un mur infranchissable, les autorisations n’existaient plus et les accès du personnel avaient été révoqués, comme si, comme si quelque chose les empêchait de reprendre le contrôle.

Dans les couloirs de la prison, l’obscurité régnait, ou en réalité pas totalement, les lumières d’urgence éclairaient d’une faible lueur rouge le passage et les gardiens courant dans tous les sens, ne sachant pas comment réagir face à cette situation qu’ils n’avaient jamais connue. Entre les pas nombreux des gardes, un bruit différent se fit entendre, un clac, puis un autre, puis encore un autre, puis des dizaines à la fois, dizaines qui se transformèrent en centaines. Ce bruit, c’était celui des verrous magnétiques des portes des 800 000 cellules de la prison se désactivant un à un, ceux-ci étaient les rares équipements de la prison à avoir encore de l’électricité. En temps normal, si une telle coupure de courant avait eu lieu, le réseau informatique de la prison aurait complètement verrouillé les portes, mais nous n’étions plus dans une situation normale et le réseau n’avait plus la main sur grand-chose. Il était maintenant minuit et trente-cinq minutes et, une à une, les cellules de la prison s’étaient ouvertes, libérant 800 000 prisonniers avec chacun une dent contre la prison et les gardes.
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salle de contrôle

Les agents pénitentiaires de Bełków couraient dans tous les sens, la panique avait gagné la salle de contrôle de la prison. Une partie des agents regardait les écrans des caméras s’éteindre les unes après les autres, d’autres essayaient de contacter les salles de contrôle locales, d’autres enfin regardaient dans les manuels, cherchant désespérément une procédure à appliquer dans cette situation. Mais la réalité, c’était que cette situation n’avait jamais été prévue par les concepteurs de la prison, et de la même manière que les manuels n’apportaient aucune solution, les supérieurs étaient tout aussi sans réponse. Personne au sein du personnel de Bełków n’avait été formé pour savoir quoi faire face à cette situation ; le résultat était donc couru d’avance : tout était figé, les ordres fusaient, suivis quelques secondes plus tard par des contre-ordres. Enfin ça, c’était pour les ordres qui arrivaient à passer. Le chaos régnait, oui, mais certains avaient réussi à garder leur calme, dont un certain Dimitri Moroz qui, malgré son mal de crâne persistant, réussit à établir le contact avec l’aile NORD-OUEST, mais lui qui pensait y trouver une situation rassurante, les mots qu’il entendit lui glacèrent le sang.

Dimitri Moroz – Ici Dimitri Moroz de la salle de contrôle principale. Est-ce que vous me recevez, aile NORD-OUEST ? Je répète, ici la salle de contrôle principale. Aile NORD-OUEST, est-ce que vous me recevez ?

Au début, Moroz ne fut accueilli que par des grésillements, mais au moment où il allait raccrocher, une voix lui parvint enfin, étant toutefois parasitée par les grésillements toujours présents.

Salle de contrôle NO – … salle de contr … NO, envoyez ... renfort … vite

Dimitri Moroz – Je ne vous entends pas bien, que se passe-t-il ?

Salle de contrôle NO – … cellules s’ouvrent … les prisonni … sortent … gardes submergés … envoyez renf … vite …

Dimitri Moroz – Répétez bon sang, les prisonniers sont en train de sortir ?! Allô, allô ?!!

La salle de contrôle auparavant si bruyante avait tout d’un coup sombré dans le silence, un silence si profond que l’on pouvait entendre le son du vent glacial de dehors, alors pourtant atténué par plusieurs couches de béton. Ce silence continua un temps certain avant d’être brisé par l’un des autres gardiens présents dans la salle, mais silence brisé ne voulait pas dire calme retrouvé, au contraire, car les mots du gardien furent ceux du déni et non pas de la raison.

Petro Vashchenko – C’est une blague, hein ? Les prisonniers ne peuvent pas sortir de leur cellule, pas vrai Dimitri ?

Dimitri Moroz – ……

Petro Vashchenko – Dis-moi que c’est pas possible, putain !!!!

Au moment de dire ces mots, Petro s’était agrippé aux épaules de son collègue avant de le secouer, mais malgré cela, Dimitri resta silencieux. Un silence, oui, mais un silence lourd de sens. Voyant que son collègue ne réagissait pas, Petro arrêta de le secouer avant de retourner s’asseoir à son poste, les coudes sur les jambes, ses mains sur son visage. Les derniers mots que prononça Petro avant de se murer dans le silence furent ceux d’un homme résigné : on est mort, on est tous morts. Le silence venait de regagnais la salle de contrôle avant d’être une nouvel fois brisé par un agent, cette fois-ci, c’était la nouvel Larysa Huk, d’ordinaire parfaitement calme quelque soit les circonstance, aujourd’hui, elle bégayé et cherchait ses mots, après plusieurs tentative elle parvient enfin à dire ce qu’elle voulait.

Larysa Huk – Regardez les écrans.

Petro Vashchenko – Ça sert à rien, elle sont toute HS

Larysa Huk – Regardez les écrans putain !!!

C’était la première fois en plusieurs mois que c’est collègues la voyait aussi énervé, ce fut suffisamment inhabituelle pour les faire enfin réagir, un à un ils regardèrent les écrans, écrans ne diffusant que d’immense carré noir, à l’exception d’un. En effet, sur l’un des nombreux écran il se trouvé dans un coin une source de lumière, l’une des caméra diffusait encore semble t’il ce qui surpris les gardiens.

Dimitri Moroz – L’une des caméra a du survivre, Petro agrandi l’image on voit rien, il faut qu’on sache ce qu’il se passe.

Petro Vashchenko – Attend 2 secondes … voila c’est fait.

Dimitri Moroz – Merci ….

A la vu des images, Moroz s’interrompit immédiatement, l’intégralité des gardiens présent dans la salle se figèrent regardant l’écran diffuser les images d’une caméra de surveillance. Si la réaction des gardiens fut ce qu’elle fut, c’était pour une bonne raison, les images diffusé sur l’écran étaient tout bonnement glaçante, on y voyait un nombre limité de gardiens tentant de repousser une marée humain de prisonniers.
Les images en question
Images non contractuelle, mais imaginez ça fois beaucoup vu le nombre de prisonniers
Comment une telle chose avait pu se produire, c’est la question que se posaient tous les gardiens regardant l’écran. Tout avait commencé quelques minutes plus tôt avec la coupure de courant dans la prison, coupure qui fut rapidement suivie par l’ouverture de toutes les cellules de la prison.

Leontij Velychko

Leontij Velychko était le prisonnier 475854. Malgré l’heure, lui, comme nombre de ses compères, était réveillé, ne réussissant pas à trouver le sommeil. Ne réussissant pas à dormir, il était assis sur une chaise dans sa cellule, regardant inlassablement le mur en béton devant lui. Depuis combien de temps regardait-il le mur ? Lui-même ne le savait pas, car à Bełków les heures se confondent avec les jours, car à Bełków, quand tu y rentres, tu n’en sortiras que les pieds en avant, enfermé dans un sac mortuaire. Enfin ça, c’était ce que pensait la majorité des prisonniers, mais Leontij, lui, savait. Il savait ce qui se préparait. Rachite depuis son plus jeune âge, il faisait partie des 8 549 Rachites encore en vie emprisonnés dans cette prison ; il avait donc tout naturellement été mis dans la confidence. Bien qu’ayant été mis dans la confidence, il n’en savait pas les détails : qu’allait-il se passer, quand est-ce que l’évasion débuterait ? Il n’en savait rien. C’est pourquoi, dans les premiers instants de la coupure de courant, il pensa à une simple coupure. Mais les minutes passant sans courant et le bruit des pas paniqués des gardes passant devant sa cellule lui confirmèrent que c’était aujourd’hui, que le grand jour était enfin arrivé. Une fois la réalisation faite, il se redressa et se leva de sa chaise. Il attendit : une minute, puis deux, puis trois, et enfin, après cinq longues minutes à attendre, quelque chose se passa. Lui qui s’attendait à voir arriver un camarade Rachite ouvrir sa cellule, ce ne fut pas le cas. À la place, il entendit un simple clac. Simple, oui, mais lourd de conséquences, car ce simple clac, c’était le bruit que faisaient les cellules lorsque celles-ci étaient ouvertes. Pensant au début à une simple erreur, il se dirigea vers la porte avant de l’entreouvrir. Ne voyant aucun garde, il l’ouvrit plus largement, passant sa tête, puis sortant complètement. Une fois sorti, il fit quelques pas en dehors de sa cellule, regardant à droite puis à gauche. Cette situation perdura quelques secondes avant qu’une dizaine de gardiens ne se ruent vers lui avec des matraques électriques.

Feodosij Antonyuk – Qu’est-ce que tu fais dehors ?!! Retourne dans ta cellule immédiatement !!

Leontij Velychko – Du calme, c’est sûrement une erreur, pas besoin d’être aussi violent, l’ami.

Feodosij Antonyuk – Je suis pas ton pote, retourne dans ta cellule immédiatement !!

À ce moment-là, les cris du gardien se firent éclipsés par un bruit : un clac, puis un deuxième, puis des centaines. Des centaines de verrous magnétiques s’ouvraient à la fois, libérant peu à peu tous les prisonniers de Bełków.

Svyatoslav Matvijchuk – C’est quoi tous ces bruits ?!!

Leontij Velychko – Je crois que c’est pour vous le signal signifiant qu’il faut courir.

Après quelques secondes, les clacs des verrous magnétiques cessèrent. L’ensemble des cellules du complexe carcéral étaient maintenant ouvertes. Durant quelques secondes encore, tout resta figé, comme si le temps lui-même avait cessé de s’écouler. Puis, une porte s’ouvrit, puis une deuxième, puis des dizaines. Des cellules, un nombre incalculable de prisonniers commença à en sortir. À mesure que le temps passait, les gardiens se retrouvèrent non pas en sous-nombre, car cela serait trop réducteur, mais complètement submergés par la marée humaine de prisonniers. Les prisonniers, eux, continuaient d’avancer : certains ricanaient, d’autres avaient le visage rempli de colère, d’autres enfin étaient parfaitement inexpressifs. Mais quelque chose les réunissait : ils étaient tous déterminés à en découdre. Les gardiens tentèrent bien évidemment de reprendre en main la situation, mais même s’ils étaient bien équipés, ils restaient tout de même une dizaine. Une dizaine contre plusieurs centaines.

Feodosij Antonyuk – Reculez immédiatement !! Retournez dans vos cellules, je ne me répéterai pas !! Allez chercher les autres, on va se faire manger sinon !!

Le gardien avait beau dire cela, même en ramenant tous les gardiens, cela ne représentait que 125 gardiens par unité de vie pour chaque étage, alors que de l’autre côté, la masse de prisonniers, elle, dépassait les 1 650. On pourrait se dire que le nombre de gardiens était sous-dimensionné, mais il n’en est rien, car aucune prison de la planète n’a été conçue pour une situation dans laquelle toutes les cellules s’ouvrent simultanément. S’ils voulaient s’en sortir, il ne leur restait plus qu’une solution : tenir suffisamment longtemps pour que d’autres réussissent à atteindre l’armurerie, s’équiper de fusils d’assaut et tenter de reprendre en main la situation.

Tout en essayant de maintenir les prisonniers toujours plus nombreux à distance, un gardien se détacha du groupe pour regagner les salles de repos, les toilettes ou tout autre endroit où pouvait se trouver le reste. Il ne s’arrêta jamais vraiment, entrant dans une pièce, criant que les prisonniers sont en train de s’évader, puis passant à la salle suivante. Au début, les premiers gardiens interpellés crurent à une blague, mais en voyant passer par la porte de nombreux gardiens tout équipés de la tête aux pieds, ceux qui n’y croyaient pas durent se résoudre : les prisonniers étaient réellement en train de s’évader. Une fois qu’il eut prévenu le plus de gardiens possible, il se dirigea à toute vitesse vers l’armurerie avec une dizaine de collègues pour s’équiper d’armes de guerre et essayer de réprimer l’évasion, dans le sang s’il le fallait.

armurerie

La troupe courut, courut, courut, tellement qu’elle arriva épuisée devant l’armurerie. Ils étaient certes épuisés, mais au moins ils étaient arrivés le plus rapidement possible à l’armurerie, car dans cette situation, chaque seconde est importante. Cependant, au moment de passer la porte pour entrer dans l’armurerie, ce qu’ils virent les terrifia. Devant eux se trouvait l’officier Korzh, en train de procéder à un étranglement par derrière de l’un des deux agents en charge de l’armurerie, mais ceci ne fut pas le plus troublant : au sol gisait le deuxième agent, le crâne en sang. Ne sachant pas comment réagir face à cette situation, Svyatoslav Matvijchuk, qui connaissait bien les agents de l’armurerie, réagit par instinct, se saisissant d’un pistolet dans l’un des casier.

Feodosij Antonyuk – Madame, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais lâchez cet homme, s’il vous plaît. La situation est grave, les prisonniers sont en liberté dans notre unité, et je pense que c’est pareil dans toute la prison.

Nina Korzh – Les prisonniers s’évadent ? Bien.

Cette simple réponse eut à elle seule de quoi glacer le sang de Feodosij, mais ce qui les marqua encore plus fut le sourire qu’arborait l’officier Korzh. Durant une seconde, Feodosij resta figé sur place, ne comprenant visiblement pas ce qu’il venait d’entendre. Se ressaisissant, il pointa à nouveau son arme vers l’officier Korzh.

Feodosij Antonyuk – C’est vous qui avez provoqué ça ?!! C’est vous qui avez ouvert les cellules ?!!

Nina Korzh – Moi ? Mais je n’ai rien fait, c’est ça le plus beau, haha.

Feodosij Antonyuk – Pour crime contre la nation boravienne, je vous arrête, officier Korzh.

Au moment où il eut fini sa phrase, quelque chose d’inattendu se produisit : quatre des gardiens qui l’avaient accompagné s’effondrèrent au sol devant lui, et au moment où il se retourna pour voir ce qu’il se passait, tout devint noir, car la dernière chose qu’il vit fut un coup de crosse en plein dans sa tête. Ce fut la dernière chose qu’il vit, mais pas la dernière chose qu’il entendit, il en était certain. Quand tout devint noir, il s’effondra au sol, puis l’un des hommes s’approcha de lui pour lui murmurer quelques mots à l’oreille : Vive les Raches. Après cela, ce fut le trou noir complet pour le gardien Antonyuk.Dans l’armurerie se trouvait maintenant Nina Korzh ainsi que six personnes, tous Rachites, tous au courant des enjeux, tous sachant quoi faire.

Nina Korzh – Bon, maintenant que ce petit détail est réglé, on peut passer aux choses sérieuses. Lidiya et Yevhen, vous restez dans l’armurerie, vous la défendez coûte que coûte et vous surveillez ces cinq-là pour qu’ils ne fassent pas de connerie. Leontij, Feodosij, Adam et Denys, vous vous équipez et vous me suivez, on va donner un petit coup de main à nos camarades prisonniers.

Lidiya Bodnar – On peut pas les tuer ? Ça irait plus vite et au moins on aurait pas à s’en inquiéter.

Nina Korzh – Non, car Kushnir veut en garder un maximum vivants pour servir d’otages contre le gouvernement au cas où.

Lidiya Bodnar – Il croit vraiment que le gouvernement va pouvoir faire quelque chose contre 800 000 prisonniers en liberté ?

Nina Korzh – J’ai pas dit que j’approuvais. Après, pour sa défense, même si on est 800 000 et en admettant qu’on suive tous le même but, on n’a pas suffisamment d’armes pour équiper tout le monde, et il fait rarement positif, même en été. Faut pas croire qu’une fois dehors, ça sera une partie de plaisir pour nous. Il veut sûrement jouer la carte de la sûreté, mais bref, assez discuté, on a une évasion à aider.

Yevhen Bodnar – On défend l’armurerie. Faites ce que vous avez à faire.

Après cela, le commando se prépara : gilets pare-balles, fusils d’assaut, fusils à pompe pour certains, grenades assourdissantes, tout y passait. Mais malgré ça, l’armurerie restait presque pleine, celle-ci étant dimensionnée pour pouvoir équiper plusieurs dizaines de personnes.
Une fois le matériel pris, Nina Korzh, suivie de quatre Rachites, se dirigea vers leur unité de vie, déterminée à faire aboutir la chute de Bełków. De son côté, dans la salle de contrôle, Dimitri Moroz et ses collègues regardaient les gardiens tentant de maîtriser les prisonniers. Malgré leur infériorité numérique, ceux-ci se débrouillaient plutôt bien, réussissant à neutraliser bon nombre de prisonniers grâce à leurs matraques électriques. Cependant, bien qu’en apparence la situation semblait s’améliorer, la réalité du terrain était tout autre : il était maintenant minuit cinquante-cinq, cela faisait vingt minutes que les prisonniers avaient été libérés et vingt minutes que les gardiens luttaient de toutes leurs forces pour reprendre le contrôle de la situation.

Larysa Huk – Ils semblent reprendre l’avantage, c’est encourageant.

Dimitri Moroz – Ouais, mais faut pas oublier que ça fait plus de vingt minutes qu’ils bataillent, ils vont commencer à fatiguer, et ils ont pas neutralisé tant de prisonniers que ça. Il faut que les autres partis à l’armurerie se dépêchent, sinon les prisonniers vont en faire qu’une bouchée.

Petro Vashchenko – Quand on parle du loup, ils sont enfin là, on a gagné !

Larysa Huk – Qu’est-ce qu’ils font ?!!

À ce moment-là, ce que virent les gardiens de la salle de contrôle les choqua profondément : les gardiens qui revenaient de l’armurerie venaient purement et simplement d’ouvrir le feu sur les gardiens tentant de repousser les prisonniers.Au moment où les premiers coups de feu s’abattirent sur les gardiens, le Rachite Leontij Velychko sut exactement ce qu’il devait faire. Lui qui, avec les années, s’était construit une certaine réputation, il était respecté parmi les prisonniers. Ainsi, au moment où les coups de feu partirent, il ordonna aux prisonniers de se baisser, ce qu’ils firent tous sans exception. Après quelques secondes, les coups de feu cessèrent. Treize gardiens étaient morts. C’est alors que Nina Korzh prit la parole d’une voix certes calme, mais emplie d’autorité.

Nina Korzh – À l’attention des gardiens, si vous voulez vivre, déposez vos armes et allez vous asseoir dans le coin. Faites un geste brusque et vous êtes mort. Je m’adresse maintenant aux prisonniers : je m’appelle Nina Korzh, je fais partie des Raches. Ce que vous venez de voir est une partie de l’opération visant à prendre le contrôle de cette prison. Si vous aspirez à la liberté, suivez-nous. Enfin, Leontij Velychko : redresse-toi, on n’a pas que ça à faire.

Même s’ils étaient toujours une centaine, les gardiens ne faisaient pas le poids, et ils le savaient, car s’ils se jetaient sur les Rachites, beaucoup d’entre eux n’y survivraient pas, et même s’ils arrivaient à les désarmer, la foule de prisonniers derrière en profiterait pour les massacrer. Ainsi, l’instinct de survie prit le dessus et, quasiment au même moment, tous les gardiens déposèrent leurs armes et se dirigèrent vers l’emplacement que leur avait indiqué Nina Korzh.
De son côté, Leontij se releva doucement à la prononciation de son nom. Il en profita également pour nettoyer son pantalon de prisonnier d’une poussière imaginaire. Une fois ce nettoyage terminé, il avança calmement vers le groupe de Nina.
Leontij Velychko était certes Rachite comme Nina Korzh, mais il y avait une différence de génération, car quand Leontij fut emprisonné, cette dernière commençait à peine à faire ses marques au sein des Raches. À ce titre, il n’avait jamais eu l’occasion de travailler avec elle ou même de dialoguer : ils ne se connaissaient donc pas. Mais malgré tout, les mois de préparation pour cette évasion les avaient rapprochés, sans pour autant pouvoir se voir.
Le reste des prisonniers, eux, de leur côté, restèrent tous assis malgré la fin des coups de feu. Ils regardaient tous la scène se déroulant sous leurs yeux, une scène presque inconcevable, eux qui pensaient être sortis à cause d’une simple panne se rendaient compte qu’il n’en était rien. Leur liberté n’était pas due à une panne, mais à une opération de grande envergure visant purement et simplement à faire tomber la prison.

Leontij Velychko – Nina Korzh, donc ? Voilà donc la personne avec qui j’ai communiqué durant les derniers mois.

Nina Korzh – Déçu ?

Leontij Velychko – Non, simplement content de pouvoir enfin mettre un visage sur la personne avec qui je communique depuis des mois.

Nina Korzh – Bien, passons, car on a du pain sur la planche. Vous êtes aux alentours de 1 650 dans cette unité de vie, combien sont affiliés à ton clan ?

Leontij Velychko – Dans les 320/330, et tu peux rajouter une centaine provenant des clans affiliés.
Nina Korzh – Ok. Parmi les plus loyaux, sélectionne-en 30, on va les armer à l’armurerie. On doit faire le ménage dans les sections où la situation ne fut pas aussi favorable qu’ici.

Leontij Velychko – Ça marche. Et les gardiens, on en fait quoi ? Ce serait pas plus simple de les tuer ?

Nina Korzh – Non. De un, ça va puer la mort à force, et de deux, Kushnir veut en garder un maximum en vie pour servir d’otages contre le gouvernement boravien.

Leontij Velychko – Je vois… il a dû se ramollir avec le temps, le vieux. Il était pas comme ça quand je l’ai connu.

Nina Korzh – Va savoir. À l’attention du reste des prisonniers, je sais que je vous ai promis la liberté, mais il va falloir attendre encore un peu. Vous l’avez vu de vos propres yeux : Bełków est un monstre, la prison ne se laissera pas tomber sans riposter. Comme je l’ai dit, il y a des sections où les gardiens ont sûrement réussi à reprendre l’avantage. À ce titre, on va devoir faire le boulot nous-mêmes là où l’évasion n’a pas réussi.

Je vais être claire avec vous : ceux qui ont envie de faire les idiots ou de régler leurs comptes avec d’autres prisonniers ou même des gardiens, je les fais abattre. Ici, ce n’est pas l’anarchie, c’est une opération. Si vous voulez sortir d’ici vivants, vous allez devoir suivre les consignes tant que Bełków nous opposera une résistance.

À l’écoute de ce discours, un murmure se répandit parmi les prisonniers. Ce n’était pas de la contestation ou de l’approbation, juste de la surprise, car les Raches sont connus pour être un groupe pluriel, avec de nombreuses branches et une organisation assez moyenne. Mais là, ce qu’ils avaient sous les yeux, c’était quelque chose qu’ils n’avaient jamais vu ou entendu : une discipline forte, presque militaire, voilà ce qu’ils voyaient.
De son côté, Leontij, lui, était silencieux. S’étant tourné vers les membres de son clan, il les regardait, les analysant, puis il prit la parole et dit ceci : Que ceux qui ont une expérience militaire lèvent la main. Immédiatement, une vingtaine de mains se levèrent, mais ce n’était pas suffisant, alors Leontij reprit : Bien, vous, vous vous avancez. Maintenant, que ceux qui ont déjà combattu avec une arme à feu lèvent la main.
Cette fois-ci, ce ne fut pas moins que la moitié des mains qui se levèrent, soit plus de 160 personnes, et c’était normal : Bełków était le point de chute de la plupart des pires criminels de la planète. En moins d’une minute, l’unité d’intervention improvisée était complète, il ne restait plus qu’à les équiper maintenant.
Sur le chemin, Nina et Leontij, qui n’avaient jamais réellement discuté, entamèrent une petite conversation.

Leontij Velychko – Bon, c’est quoi le plan maintenant ? Je veux dire, en dehors de s’équiper à l’armurerie.

Nina Korzh – On doit sécuriser de nombreux points stratégiques, comme les salles de contrôle locales, les carrefours des escaliers, et surtout le centre de commandement principal. Tant qu’ils l’ont, il y a un risque qu’ils puissent rétablir les communications, et s’ils le font, le niveau de difficulté va augmenter pour nous.

Leontij Velychko – Attends, tu veux dire que vous avez neutralisé leurs moyens de communication ?

Nina Korzh – Tu trouves pas que leur réaction à la panne de courant et à l’ouverture des cellules fut trop molle ?

Leontij Velychko – Pas faux… mais vous avez fait comment pour les neutraliser ?

Nina Korzh – Secret. Kushnir expliquera tout quand on en aura fini, mais pour ta gouverne, on n’a pas seulement neutralisé leurs moyens de communication, on en a pris le contrôle et on a également révoqué tous leurs accès. Maintenant, on a le contrôle sur tout ce qui est automatique.

Leontij Velychko – Mais comment c’est possible ?

Nina Korzh – Ça fait plus de deux ans qu’on prépare ça, tu crois qu’on tire au flanc ?

BANG !! BANG !!

Alertés par les deux détonations, les deux compères cessèrent leur discussion et commencèrent à courir en direction de l’armurerie, suivis de la trentaine de prisonniers sélectionnés par Leontij.
Une fois arrivés sur place, ils virent deux gardiens gisant au sol dans une flaque de sang. À la porte de l’armurerie se trouvait Yevhen Bodnar, le fusil à pompe toujours braqué vers la cible au cas où d’autres surgiraient. Entendant les nombreux pas de Nina et son groupe, celui-ci se retourna immédiatement, prêt à faire feu, mais se rétracta au dernier moment, voyant que c’était les siens.

Yevhen Bodnar – La prochaine fois, signalez votre présence, j’ai failli vous tirer dessus.

Nina Korzh – Désolée, on a cru que les gardiens tentaient de reprendre l’armurerie, alors on a couru.

Lidiya Bodnar – Tu nous prends pour qui ? Bon, ça s’est bien passé de votre côté, à ce que je vois. Qu’est-ce qu’il vous faut ?

Leontij Velychko – Gilets pare-balles, fusils d’assaut ou à pompe en fonction de ce que vous avez, des grenades assourdissantes, une arme de poing, le tout pour trente personnes.

Lidiya Bodnar – Seulement trente ? C’est pas beaucoup.

Nina Korzh – Mieux vaut trente expérimentés et disciplinés que trois cents débiles. Et de toute façon, on va se coordonner avec les autres.

Leontij Velychko – Mais comment tu veux qu’on se coordonne ?

Nina Korzh – Je t’ai dit qu’on avait pris le contrôle de leur réseau de communication. On a changé les fréquences des talkies-walkies pour une définie à l’avance par nos soins.
Leontij Velychko – Et ils feront signe de vie quand ?

Nina Korzh – À une heure et 10 minutes du matin, chaque groupe devra faire un rapport sur sa situation, soit dans cinq minutes. Jusque-là, c’est silence radio pour tout le monde.


armurerie

Pendant ce temps, les prisonniers étaient en train de s’équiper : gilets pare-balles, tenues de combat, fusils d’assaut… tout y passait. Une fois tout équipés, ils n’avaient plus rien de prisonniers : c’était maintenant une véritable unité paramilitaire. À une heure et dix minutes du matin, le talkie-walkie de Nina s’alluma, comme prévu, et la voix d’un Rachite en sortit.


XXXX XXXX – Ici unité de vie numéro 1 au rapport ….
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