Posté le : 31 jan. 2026 à 13:08:59
Modifié le : 02 mars 2026 à 17:56:20
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« Oui, je comprends que ça ait été un choc pour vous. Je vous prie cependant de bien vouloir excuser nos douaniers : nous avons des règles beaucoup plus strictes sur les armements depuis que deux individus de la petite noblesse kaulthe ont ouvert le feu dans le hall de l'Aéroport de Lac-Rouge.
– Leur empire n'y a pas survécu.
– C'est vrai. »
Elle sourit à l'attaché militaire présent pour les aspects techniques, puis secoue la tête.
« C'est aussi hors sujet. »
Contrairement aux apparences, Actée ne mettait jamais un point d'honneur à être polie, ou même aimable. Si elle l'était la plupart du temps, c'était par un heureux hasard, une inclinaison naturelle à aimer les gens, et un probable autisme jamais tout à fait diagnostiqué. Son interlocuteur, pour sa part, elle ne l'aimait pas. Pas vraiment. Pas beaucoup. Léandre Effraie de Méandre cumulait plusieurs défauts parmi lesquels, et pas des moindres, un nom à particule, et une petite taille qui laissait deviner un caractère traître. Du reste il régnait sur des îles que certains nationalistes bizarres exigeaient de voir annexée à l'Union, ce qui tendant à provoquer des migraines chez Actée, laquelle n'était jamais contre une bonne petite annexion, mais mettait un point d’honneur à éviter d'aliéner ses "partenaires".
« Je dois avouer que j'admire la capacité des carnavalais à se réfugier dans l'audace. C'est une qualité requise chez les révolutionnaires. Et j'aime beaucoup Amethyste. Elle sait très bien nous exploiter pour assurer sa survie, tout en limitant les gains concrets de l'Union. Je dois dire que nous ne nous sommes pas non plus trop mouillés pour la défendre, cette opération humanitaire aurait eu lieu avec ou sans son accord. C'est donnant donnant. Symbolique contre symbolique. Reprenons.
À l'heure actuelle vendre des sous-marins à Carnavale peut sembler malavisé politiquement. Je pense savoir que la Principauté n’a pas prévu de se venger et d’exploiter ce potentiel militaire de façon inopinée. Mais des doutes subsisteront. Sans parler des jérémiades incessantes quand le sort ou la stratégie vous imposera d'employer ces systèmes. Ce qui signifie plus de travail pour moi et mon commissariat, dont le résultat sera probablement un éloignement plus important encore entre le monde libertaire et le monde libéral.
Pourtant vous êtes ici et je vous reçois. Ce qui veut dire que l'Union se moque de la petite morale de la bourgeoisie internationale. C'est elle qui crée des monstres dans votre genre. »
Elle bu une petite gorgée de café. Le salon autour d’eux était un mélange d’élégance moderne et des couleurs traditionnelles du monde nahuatl. Un grand salon en béton, divisé en deux par une vitre derrière laquelle s’étendait un jardin zen intérieur. De l'autre côté, une baie vitrée donnant sur la place centrale d’Axis Mundis. Des meubles en bois chaleureux et simples, du matériel électronique intégré dans les murs, une toile tendue aux motifs abstraits, en aplats rouges et bleus. Tout était propre, monumental, élégant. Très éloigné du gothique maximaliste de Carnavale, quoi que partageant au moins un aspect de haute technologie.
La citoyenne reposa la tasse dans sa coupelle. Le bruit de porcelaine comme une ponctuation précédant la suite.
« En principe nous calquons nos prix sur ceux de l’Alguarena. Notamment parce que nous sommes des fouines opportunistes. C’est l’opportunisme qui crée les grandes puissances, comme Carnavale le sait si bien. Ce qui signifie un prix de base de 85 000 unités internationale par bâtiment ce qui, pour immobiliser un dixième de notre industrie militaire sur une période de 340 jours, reste assez peu. Vous comprendrez aisément que pour des commandes aussi longues à produire, nous considérons généralement celles-là comme des fleurs faites à des partenaires de premier plan, ou dans le cadre de marché assurant un avantage certain à l’Union. Comme je l’ai déjà évoqué, armer Carnavale ne nous dérange pas mais représente un risque politique à terme.
Je crois que vous aviez déjà conscience du prix en arrivant ici. De toute façon Carnavale a plus que les moyens économiques de ses ambitions ; ça n'a jamais été le sujet. Je suppose donc que vous, chez représentant de la Commune ou Principauté Carnavalaise, à votre guise, êtes ici pour discuter du reste. Surtout ayez du plaisir à me détromper si je m'égare, très cher. Nous venons de mondes très différents, je n'ai aucun doute que l'immensité de ce qu'il me reste à apprendre auprès du votre. »