Posté le : 24 jan. 2026 à 12:41:25
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La séance venait à peine de commencer et pourtant, les nombreux experts présents dans cette commission commençaient déjà à se poser des questions : certains étaient étonnés, d’autres essayaient de donner du sens à ce qu’ils entendaient en se tenant le menton. La tirade que venait de faire Donati était convaincante pour une campagne marketing, mais pour une commission d’enquête, elle semblait être un peu pauvre en arguments. Après plusieurs minutes, Donati avait fini, se reposant dans le dossier de sa chaise. Le moment fut marqué d’un silence de quelques secondes avant que le président de la commission, Robby Mader, ne le brise.
Robby Mader – Tout d’abord, monsieur Donati, la commission vous remercie pour votre exposé et votre présence devant nous en ce jour. Nous prenons également note de la volonté affichée de coopération du groupe en acceptant de se soumettre à cette commission d’enquête parlementaire visant l’examen des dispositifs de sécurité des airbags de la marque. Ceci dit, je tiens à vous rappeler, monsieur Donati, que le but affiché de la commission est de juger si les risques à long terme des dispositifs de sécurité routière de la marque Venturi sont maîtrisés. Nous n’avons aucunement la tâche de juger de la réputation passée de l’entreprise ni de statuer sur l’existence à ce jour d’incidents liés au groupe. Avant de laisser la parole à l’un de mes collègues, j’aimerais revenir sur l’un des points que vous avez mentionnés et qui mérite, je le pense, une clarification. Monsieur Donati, la raison derrière la formation de cette commission d’enquête n’est point de démontrer que le nitrate d’ammonium est inadapté, mais l’inverse. L’objectif est de vérifier si le dispositif d’airbag utilisant du nitrate d’ammonium, commercialisé par le groupe Venturi, ne présente aucun risque afin de pouvoir être autorisé sur le territoire raskenois. Monsieur Donati, quand un fabricant veut utiliser un composé connu pour le danger qu’il représente en cas de vieillissement, de confinement et/ou de contamination, il incombe au fabricant et je précise bien au fabricant seul, d’apporter des preuves quant à la sûreté de son produit. Si je voulais être encore plus clair, le but de cette commission n’est point de savoir si le gouvernement doit vous interdire, mais si l’État devrait, au travers notamment de l’ANSI, vous autoriser sur le territoire national. Nous attendons donc de votre groupe des preuves documentées et surtout vérifiées de manière indépendante attestant de la sûreté de la nouvelle génération d’airbags Venturi à moyen et long terme.
Cela étant dit, je laisse maintenant la parole à mon collègue le rapporteur Josyp Bondarenko.
Josyp Bondarenko – Je vous remercie, monsieur le président. Monsieur Donati, à l’écoute de votre argumentaire, de nombreux points me sont venus à l’esprit, points sur lesquels j’aimerais revenir. Premièrement, vous avez mentionné à plusieurs reprises l’absence actuelle d’incidents pointant les airbags de la marque Venturi. La présente commission, dont je suis le rapporteur, entend cet élément et ne le réfute point ; cependant, il semble de nature de devoir vous rappeler que l’absence passée d’incidents ne constitue en rien une démonstration de la sûreté future du dispositif, qui plus est quand ce même dispositif est en circulation depuis moins d’un an. Lorsqu’un dispositif de sécurité automobile est conçu, celui-ci est pensé de telle sorte à pouvoir rester fiable et sûr pendant plusieurs années, voire décennies. Le but initial de cette commission d’enquête porte précisément sur le comportement de ces systèmes dans le temps, et non uniquement sur leur fonctionnement lorsque ceux-ci sont neufs.
Aussi, vous avez dit que vous et, par extension, Venturi considérez le système comme infaillible. Êtes-vous en capacité de jurer devant cette audience que jamais l’airbag Venturi ne sera au cœur d’accidents et, le cas échéant, seriez-vous prêt à en subir les conséquences ? Comprenez-moi bien, je ne parle pas là d’un accident isolé, qui peut arriver à tout le monde, mais d’accidents en série pointant tous vers un même coupable. Je laisse maintenant la parole à ma collègue Laura Goldreich de l’ANSI.
Laura Goldreich – Je vous remercie, monsieur le rapporteur. Monsieur Donati, à la lumière des éléments que vous nous avez rapportés, j’aurais plusieurs questions et précisions à vous soumettre.
Premièrement, j’aimerais revenir sur la sécurité en elle-même du dispositif que vous avez présenté comme multicouche et parfaitement étanche. Le fait que vous présentiez la capsule comme parfaitement étanche est un point important. En effet, la principale inquiétude qui a mené à la formation de cette commission et à l’introduction d’un moratoire porte sur l’évolution de la capsule dans le temps, donc son vieillissement. L’ANSI que je représente aimerait donc savoir quel type de tests de vieillissement accéléré ont été réalisés par Venturi, sur quelle durée : cinq, dix, quinze ans ou plus. Nous aimerions également connaître les résultats obtenus lorsque la capsule fut exposée à des cycles thermiques répétés, provoquant succinctement la dilatation puis la contraction, la tenue de la capsule aux vibrations automobiles ainsi que face à l’humidité. Bien entendu, nous attendons également que vous nous précisiez si les résultats que vous avez obtenus et les protocoles utilisés ont été validés par un laboratoire indépendant. Je pense qu’à force, vous l’avez compris : ce qui nous intéresse, ce n’est pas la sûreté du dispositif lorsque celui-ci sort de l’usine, mais bien son comportement après plusieurs années à subir les conditions extérieures.
Enfin, j’aimerais revenir sur un point : vous avez souligné, à raison, que le nitrate d’ammonium ne faisait l’objet, à l’heure actuelle, d’aucune réglementation explicite, ce qui est vrai dans une certaine mesure. Le nitrate d’ammonium ne fait effectivement pas l’objet de réglementation dans le secteur automobile, mais celui-ci est fortement normé dans les autres secteurs, comme l’agriculture par exemple. Si celui-ci ne fait, pour l’heure, l’objet d’aucune réglementation dans le secteur automobile, c’est pour la raison que nous faisons face aujourd’hui à une première : jamais, jusqu’à présent, le nitrate d’ammonium n’avait été utilisé dans des systèmes d’airbag. Le rôle de cette commission est, au-delà du maintien ou de la levée du moratoire, de déterminer si un cadre d’utilisation doit être introduit pour le nitrate d’ammonium dans l’automobile. Je laisse maintenant la parole à mon collègues Anton Kistler du Comité à l’Autorité des transports et de la sécurité routière.
Anton Kistler – Merci madame Goldreich, monsieur Donati, j’aimerais revenir sur un point, vous avez évoqué, et je vous cite : « Le but n'est rien de moins que de provoquer une détonation du dispositif lors du choc », or dans l’industrie automobile, il s’agit tout sauf d’une détonation que nous attendons. Le fonctionnement d’un airbag repose sur une réaction pyrotechnique spécifique dont l’objectif est la production rapide de gaz avec une onde de choc la plus faible possible afin de gonfler l’airbag sans le rompre. Je vous demanderai donc si, lorsque vous avez évoqué une « détonation », il s’agissait d’une simplification pour la compréhension globale, au même titre que l’on parle de moteur à explosion, ou si le dispositif Venturi repose effectivement sur une réaction bien plus violente que celle présente dans les systèmes actuellement sur le marché.