25/11/2018
10:51:15
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Bunker

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Agent spécial Colin Caramel

- Bonjour bonjour !

Six fusils mitrailleurs sont pointés sur lui. Albernest Brulot, pistolet à la main, se lève de sa chaise.

- Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous fichez ici ?

- Pardon je ne me suis pas présenté : agent spécial Colin Caramel, nous avons rendez-vous.

Un des miliciens vérifie dans son agendas électronique.

- Heu, oui c’est vrai, rendez-vous dans une demi-heure Albernest.

Ce dernier lève un sourcil.

- Agent spécial Caramel, pouvez-vous nous dire comment êtes-vous arrivé ici ? Parce que pour nous, c’est une faille de sécurité majeure… vous n’êtes pas du tout censé avoir accès à ce bunker. D’ailleurs qu’est-ce qui est arrivé au garde devant la porte ? Valenteigne tu peux aller regarder et sécuriser le périmètre ?

Le milicien contourne Colin Caramel avec un regard suspicieux et disparait dans le couloir. Ce-dernier observe l’intérieur du QG super-secret avec curiosité.

- Ah oui ? Grand Dieu, ne vous inquiétez pas du tout Albernest, c’est comme tout à Carnavale, il y a des passages secrets.

- Souffrez, monsieur Caramel, que je les connaisse, vous comprenez qu’une brèche dans notre dispositif, en tant que chef des armées de Carnavale, je dois la connaitre.

- Évidement, évidement, suivez-moi.

Ils sortent de la pièce, croisent l’officier Valenteigne qui tente de ranimer son collègue devant la porte. Albernest fronce les sourcils.

- Vous l’avez assommé monsieur Caramel ?

- Moi ? nooon. Il dormait juste devant la porte quand je suis arrivé.

- Si c’est vrai je vais devoir le renvoyer pour faute grave.

- Alors c’est moi qui l’ai assommé, ce n’est pas du tout de sa faute. Voilà le passage secret.

Ils s’arrêtent devant un placard électrique comme il y en a tant. Colin Caramel déplace plusieurs fils dans un ordre précis et quelque chose se déclenche de l’autre côté. Soudain, le fond du placard s’entrouvre, dévoilant une porte.

Albernest Brulot se tourne vers ses soldats.

- Barthélémimosa, pourquoi on ne l’a pas découvert avant ?

Celui-ci plisse les yeux en observant le passage.

- C’est creusé dans la roche et le fond a l'air d'être épais et fabriqué avec plusieurs couche de revêtement isolant. Nos détecteurs radars et écholocalisation sont passés à côtés.

Un milicien lève le doigt :

- Et puis il y avait marqué « danger de mort » sur la porte, la plupart des gens n’ont pas dû oser ouvrir le panneau…

Albernest Brulot semble contrarié.

- C’est ennuyant, il va falloir déplacer le QG…

- Vous savez, monsieur Brulot, déplacez-vous ailleurs et il y en aura d’autres, des passages du même genre. Si vous voulez mon avis, épargnez vous un déménagement, d'ailleurs votre bunker est super. Peut-être qu’il vaut mieux simplement accepter que nous ne connaissons pas toutes les entrées et les sorties de Carnavale ? Et nous réjouir que le secret soit entre de bonnes mains.

- Entre de bonnes mains… je ne vous connais qu’à peine, agent Caramel, et vous avez assommé mon garde. D’ailleurs pourquoi vous avez fait ça si nous avions rendez-vous ?

- Démonstration de force.

- Pardon ?

- Démonstration de force. Améthyste Castelage travaille à affirmer son autorité sur la ville, nous sommes dans un moment crucial et nous avons besoin de la fidélité de tout le monde. Et puisque moi je suis son homme, alors j’envoie des messages.

- Et si je vous faisais fusiller et que j’envoyais votre tête à Améthyste ça serait une démonstration de force ?

- Mon Dieu mais ce serait horrible.

- Vous direz à Améthyste que je n’aime pas ses manières…

- Ne lui reprochez rien, c’est de ma pure initiative.

- Vous aimez bien prendre pour les autres ?

- J’ai le syndrome du sauveur.

- Bon entrez, mais vous présenterez vos excuses à mon garde quand il se réveillera.
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Agent spécial Colin Caramel et Albernest Brulot son fidèle compagnon

- Alors c’est ça les NPA Rêve lucide ?

- La toute dernière génération de chars de combat, produits par Robotic & Toc. Visée laser, assistance IA, dissimulateur radar (c'est furtif) avec une protection contre les attaques de drone et un coussin chauffant au niveau de la nuque du pilote. Ça grille aussi les tartines, à condition d'aérer toutes les deux heures à cause de l'accumulation du CO2.

- Mon Dieu, ils sont superbes, et vous dites qu’avec ça on peut tuer plein de gens ?

- Un sacré paquet, oui.

- Ca tombe bien, c’est exactement ce dont on a besoin. Et là-bas c’est quoi ?

- Du plus petit calibre, des véhicules de combat d’infanterie NPA Terreur nocturne, c’est plus mobile et aussi plus adapté aux rues de la Cité noire.

- Il y a un fil rouge avec les rêves, c’est de bon goût. NPA c’est pour quoi déjà ?

- Notre Princesse Améthyste.

- Je vois que vous ne perdez pas de temps, elle n’a pas encore officiellement pris le pouvoir vous savez.

- On anticipe, les budgets sont serrés et on voulait s’épargner des frais de peinture de carrosserie.

- Je vois que j’ai affaire à un homme qui sait ce qu’il fait monsieur Brulot. Tout est stocké ici ? J'ai l'impression que ça ne fait pas énorme.

- Non non, pas du tout, seulement les véhicules blindés, nous avons plusieurs autres hangars souterrains pour les avions et des armureries pour les fusils et les explosifs. Il n'y a que la DCA qui est stockée à l'extérieur, assez logiquement, le reste est enfoui. Mais vous savez une partie de la production est rachetée par monsieur Dalyoha, qui doit avoir ses propres lieux de stockage.

- Vous en perdez la trace alors ?

- Robotic & Toc produit du matériel et le vend, monsieur Dalyoha a les moyens de passer commande, voilà tout.

- C’est embêtant, ça. J’espérais que la nouvelle génération de matériel produirait comme une sorte de déclassement de ses milices mais s’il a le même fournisseur qu’Améthyste…

- Pour l’équilibre de Carnavale, c’est mieux qu’aucun camp ne devienne hégémonique.

- Peut-être, mais moi je bosse pour l’un des deux camps et mon but est qu’il gagne. Mais vous ? Le SAD BB ? Vous achetez aussi sur étagère ?

- Nous avons négocié un prêt à taux zéro avec mademoiselle Castelage en échange d’une concession sur le stock et l’emploi de la force balistique.

- A ce propos, on dit que vos missiles ont été déménagés chez le Kah, c’est vrai ?

- Si mademoiselle Castelage n’a pas jugé bon de vous le révéler, alors il ne m’appartient pas de le faire.

- Non en fait c’était une question rhétorique, je voulais juste vous faire parler. Vous êtes du genre taiseux Albernest ? Le problème de cette histoire de milices c’est qu’on n’a pas une très bonne vision de la puissance réelle de Carnavale, entre les Castelage, le SAD BB et les Dalyoha, ça divise par trois l’organisation c’est une vraie saloperie, vous seriez capable de faire un inventaire des forces ?

- Pour le SAD BB, oui, mais je ne le transmettrai à mademoiselle Castelage que contre des garanties.

- Vous vous méfiez encore, hein ? Vous savez qu’elle sera bientôt notre patronne à tous ? Il faut s’y faire, Carnavale est entrée dans l’époque de l’État central. Fini la séparation des pouvoirs, fini la dispersion de nos efforts. Place à la planification industrielle. Je ne sais pas pourquoi certains s’obstinent à appeler notre ère « la Municipale », comme si le municipalisme avait le moindre sens. Non, ce qui se passe est profondément jacobin : pour la première fois de notre histoire, le pouvoir se centralise et cette fois-ci pas de petits nobles pour venir faire concurrence aux nouveaux princes de Vale, non, rien que le pouvoir entre les mains menues d’une charmante et talentueuse jeune enfant… la digne fille d'Arthur.

- Reste les Dalyoha.

- Le Dalyoha. Oui, reste Bourg-Léon, ça a l’air de sacrément conspirer là-bas si vous voulez mon avis. J’espère qu’il ne vont pas nous refaire un projet Songe d’Une Nuit, même si c’est bien leur genre. Ces gens adorent les tours de passe-passe.

- Songe d’Une Nuit ?

- Oh pardon. C’est vrai que vous n’êtes pas au courant. Je ferai peut-être mieux de ne pas trop en dire alors…
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Agent spécial Colin Caramel et Albernest Brulot son fidèle compagnon

- L’information a fait le tour des plateaux économiques ce week-end, vous n'avez pas pu la manquer : Améthyste Castelage inaugurera cette semaine la centième usine militaire de Carnavale. Un chiffre symbolique que la Principauté assumait de viser. Démonstration de force de la résilience de son économie, signe du dynamisme de son marché intérieur et de la vitalité de ses entrepreneurs, mais aussi un message envoyé au reste du monde : la Principauté est bien ce géant endormi que tous redoutaient. En déployant ses énergies, en focalisant sur la puissance économique, Carnavale s’est donnée les moyens de supplanter les complexes militaro-industriels concurrents, seul le royaume de Teyla étant à ce jour encore en mesure de rivaliser avec la capacité de production carnavalaise.

Mais derrière ces annonces symboliques se cachent également une stratégie plus profonde. Forte de ses sociétés savantes et de ses élites intellectuelles, encouragées par Améthyste Castelage, la Principauté a largement renforcé sa capacité de production théorique : tout azimut ! et en particulier sur les sujets géopolitiques, économique et de défense. Les chercheurs, penseurs et scientifiques analysent, décortiquent, et tirent des leçons de la guerre, autant pour comprendre avec davantage de finesse les enjeux de la grande stratégie géopolitique internationale, que pour en déduire, de manière plus métaphysique, les lois de l’univers. La centième usine carnavalaise, ne doit pas être comprise seulement comme un symbole, mais aussi comme le maillon d’une stratégie économique murement réfléchie par les investisseurs de la Banque Princière Castelage.

Banque Princière Castelage, une banque pour les gouverner tous. Forte de son hégémonie dans le monde de la finance carnavalaise et de ses ramifications à l’internationale, la Banque Princière Castelage est un formidable instrument de planification des investissements et de fléchage des capitaux. Les résultats économiques de la Principauté ne sont pas le fruit du hasard, et si Carnavale continue de s’appuyer sur un marché intérieur débridé, la volonté souverainiste de la Cité noire la pousse également à orienter ses efforts vers des industries rentables. Or qui décide de la rentabilité sinon… la Banque Princière Castelage ? Qui maîtrise les taux de rendement maîtrise les flux, l'argent renifle l'argent et voilà qu'à coups de 10, 15, 20% de rentabilité certains secteurs industriels sont favorisés par rapport à d'autres. Voilà comment on gouverne, voilà comment on règne : en offrant le sentiment à ses ouailles que tout ce qu'ils font pour vous, ils le font avant tout pour eux-mêmes.

Cent usines militaires correspondent, en fait, à ce que les stratèges carnavalais ont identifié comme étant « une masse critique de recouvrement des forces ». Ce concept, né après la destruction providentielle de l’appareil balistique de Carnavale, a permis d’observer les conséquences directes sur l’appareil de production industriel de la Principauté d’une liquidation quasi-totale de ses besoins en entretiens. Du jour au lendemain, Carnavale perdait presque la moitié de sa capacité de production, mais en recouvrait une partie du fait de la libération de certaines usines militaires consacrées à l’entretien. Souhaitant pousser l’expérience, le SAD BB a pris la décision, conjointe avec Améthyste Castelage, d’envoyer à la mort tous ses aéronefs déclassés, ne conservant que ceux de dernière génération à l’abri.

- Ah c'est pour ça ?

- Cette stratégie, un peu étonnante je vous l'accorde, a en fait permis de dégager suffisamment d’usines de production afin de les consacrer à la constitution rapide d’une forme minimale d'armée de terre, qui corresponde aux besoins immédiats de la Cité noire. Nous avons de cette façon réussi à temporiser suffisamment pour que le complexe militaro-industriel de la Principauté se reconstitue. Carnavale est désormais passée d’une trentaine d’usine à la centaine, la liquidation de son matériel daté aura permis de gagner en flexibilité stratégique et de restructurer l’organisation interne de ses armées en un temps record. Ave !

La notion de masse critique d’usines militaire désigne donc, pour une nation, sa capacité de recouvrement de ses forces, même en cas de destruction partielle ou totale de son armée. C'est en enjeu décisif car il permet de mesurer les conséquences réelles d'une défaite militaire sur le terrain. Nombreux sont les pays à craindre la destruction de leurs armées (et donc n'osent pas mobiliser leurs forces), sachant qu'ils seraient dans l'incapacité de reconstituer une force de frappe avant longtemps. Nous tenons là sans doute l'explication de l'absence de théâtre chauds entre l'Alguarena et le Grand Kah : chacun sachant pertinemment qu'un affrontement avec l'autre entraînerait la destruction de leurs appareils militaires réciproques et l'affaiblissement de leurs positions hégémoniques. Seulement, une telle analyse ne saurait s'arrêter ici : car certaines nations qui atteignent la masse critique de recouvrement des forces, tant qu'elles ne prétendent pas à l'hégémonie, sont justement en capacité de reconstituer en un temps record une armée viable, même après avoir subi une lourde défaite.

Basé sur le modèle de la Loduarie communiste qui a, à plusieurs reprises, essuyé des défaites militaires importantes, Carnavale a estimé ce fameux taux de 100/2, autrement dit cents usines pour deux ans de production. La preuve en est : un an et demi après l’Armageddon’t, Carnavale possède l’une des armées de terre les plus performante du monde, si on en croit les chiffres du très sérieux Institut des Poids et Mesures du Drovolski. En un an et demi, la Principauté fait presque jeu égal avec la Loduarie, Tanska ou Karty, des nations pourtant historiquement connues pour leur tropisme envers l’armée de terre.

L’équation est simple : plus un complexe militaro-industriel est ancien, plus il est encombré et moins il est performant. Également, plus une armée est bien équipée, moins elle produit. Plusieurs stratégies ont pu être observées dans les pays développés tel que l’usage de nation-hangar (exemple du Wanmiri) qui louent leurs usines d’entretien à d’autres, afin de réserver les leurs pour la production, ou la création de « pays poubelle » (exemple du Pontarbello) à qui l’Alguarena refile toutes ses merdouilles déclassées pour un Chèque Carnavalais symbolique.

A un certain point, il est possible de se demander si l’extension territoriale de certaines grandes puissances ne serait pas précisément guidée par cette baisse tendancielle du taux de production militaire, un phénomène observable partout dans le monde. Un pays se développe rapidement, produit de plus en plus d’armes, armes qui mobilisent de plus en plus son complexe militaro-industriel, ce qui le mène paradoxalement à risquer de se faire rattraper par ses concurrents. Cette tendance au nivellement de la puissance militaire des nations est un véritable problème pour tout pays qui prétend à la souveraineté, et particulièrement les nations anciennes comme Carnavale. Dans la réalité cependant nous n'observons pas ce nivellement. Il faut donc en conclure que les pays mettent en place des stratégies pour éviter ou contourner cette baisse des taux de productivité. Nous en comptons au moins deux, évidentes : vendre pour épurer les stocks (au risque d’armer ses ennemis cependant et donc de contribuer au nivellement), ou plus certainement créer des nations vassalisées qui accepteront de stocker pour nous du matériel devenu gênant. La multiplication, depuis quelques années, de ces pays hangars dédiés à étendre la capacité d’accueil de leurs « métropoles », est un signe clair de cette dynamique.

Les exemples ne manquent pas : à partir d’un certain niveau de puissance, il devient vital pour une nation de se doter d’un partenaire fiable mais déclassé militairement, qui ne représentera pas une menace politique et qui deviendra donc l’excroissance de la première nation. Estalie et Kartvélie, Tanska et Nordlig-Kors, OND et République translavique, Alguarena et Pontarbello, Grand Kah et Mährenie… autant d’États fantoches, dont l’existence sur la scène internationale ne sert qu’à donner davantage d’écho à leur nation-mère, dont ils sont ultra dépendants en raison de l’hyper focus de leur économie sur le militaire. Plus généralement, tout le fonctionnement de l'OND, qui ne cesse de se refiler des vieux machins avec le sourire, fonctionne sur ce principe : mutualisation des arsenaux afin de diluer l'effet de la baisse tendancielle du taux de production militaire.

En ce qui concerne Carnavale, la question ne se pose pas encore. D’une part la Principauté a réussi à construire davantage d’usines militaires que le temps et la production n'obligeaient à en consacrer à l’entretien de ses troupes, ce qui a énormément contribué à élargir sa capacité de production réelle. Ensuite la destruction d’Estham à l’aide de missiles déclassés et le sacrifice de ses aéronefs obsolètes a permis de nettoyer très vite ses stocks de toutes ses vieilleries. La Principauté a donc très rapidement atteint cette fameuse masse critique de production qui, d’après nos estimations, permet de se constituer en deux ans une armée performante et moderne soit dans l’armée de terre, soit dans l’armée de l’air. Selon nos calculs, il aura donc suffit de deux ans à Carnavale pour rattraper son retard et faire jeu égal avec les puissances voisines.

Au vu de ces premiers résultats, la Principauté estime que deux ans supplémentaires lui seront nécessaires afin de se reconstituer une aviation de premier plan, à condition d’y consacrer au moins 80% de sa capacité de production totale et de ne pas descendre en dessous de soixante usines de productions minimum. Un effort doit donc être fait pour soit continuer à fabriquer davantage d’usines que nous n’en consommons dans l’entretien, soit liquider en partie nos stocks, option écartée pour le moment par Améthyste Castelage.

Cette masse critique a donc un effet très concret sur la politique internationale d'une nation : elle lui permet d'ignorer presque complètement les destructions de la guerre. Si votre quantité d'usines militaires vous permet tout simplement de vous reconstituer en un court laps de temps, il est possible de soutenir un effort de guerre prolongé et les pertes infligés par l'ennemie sont sans réelles conséquences sur votre économie. Carnavale pourrait être défaite cent fois qu'elle reconstruirait cent-unes armées, là est le génie de la Principauté, c'est d'avoir triomphé, par l'économie et par la science, sur les conséquences de la guerre. Nos adversaires souvent s'étonnent que nous leurs accordions si peu de considération, mais c'est que le nerf de la chose se trouve exactement là où ils ne peuvent pas agir : sur la croissance économique du pays et sa capacité à sans cesse se reconstruire, en troupes et en industrie. La Principauté a perdu pendant l'Armageddon't les 2/3 de ses capacités de production, de recherche et d'influence. Qu'à-cela ne tienne, un an et demi plus tard nous voilà de nouveau au sommet. Il n'est pas d'autre réalité que celle-ci : qui tient entre sa main la croissance économique tient la nation, et personne ne pourra la lui arracher. Améthyste nous tiens tous par les couilles et ainsi elle a fait de nous des hommes.

Reste à savoir si nous tiendrons le rythme, car il est nécessaire de ne pas flancher avant d'atteindre nos objectifs. Je vous le dis franchement, ce n’est pas certain. Il y a d’autres chantiers auxquels la Principauté devra bientôt consacrer ses efforts, notamment la relance d’un appareil culturel performant lui aussi, d’investissements supplémentaires en Afarée afin de profiter des avantages stratégiques que nous procure la région, et enfin la remise sur pied d’un nouveau complexe de recherche et développement, en vue de l'apparition de la nouvelle génération de technologies que nous anticipons maintenant depuis plusieurs années et qui ne tardera pas à arriver. La vérité est que ces théories doivent nous guider, elles éclairent le chemin mais ne feront pas le travail à notre place. Le véritable succès de la Principauté repose dans toutes les petites mains, les travailleurs qui chaque jour se lèvent pour permettre à Améthyste d’être véritablement notre princesse adorée.

- C'était vraiment passionnant monsieur Caramel.

- Merci, je l'ai répété devant mon miroir.

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Secrétaire général du SAD BB Albernest BrulotCommissaire Martin Estragon

- Faites bien attention à trier les dossiers et vous me récupérez tous les disques durs, n’oubliez pas de mettre des étiquettes dessus je ne veux pas que ça se perde. Ah, commissaire Estragon, comment allez-vous ?

- Couci couça.

- Un problème ?

- L’automne me met le moral dans les chaussettes je dois bien l’avouer.

- D’accord commissaire, pourtant c'est la saison des citrouilles.

- Je ne suis pas très amateur de tubercules.

- Ah c'est dommage mais je crois que les citrouilles ne sont pas des... Enfin laissez tomber. Est-ce que tout se passe correctement avec vos équipes ?

- Oui oui tout le monde est en route pour Commissariat Central j’ai prévenu leur avocat la garde-à-vue a commencé à très exactement 6h22, vous avez donc 48h devant vous avant qu’on ne doive les relâcher.

- Merci commissaire, eh, vous là-bas, la pièce d’à côté a été vidée défoncez moi le plancher pour vérifier s’il n’y a rien de planqué dessous !

- Oui monsieur Brulot !

- C’est amusant…

- Quoi donc commissaire ?

- Planqué sous le plancher, c’est une allitération.

- En effet commissaire, en effet.

Un silence. Une officière de police passe la tête dans l’embrasure de la porte.

- Monsieur Brulot ? J’ai un monsieur pour vous.

- Qui est-ce ?

- Un certain agent spécial Caramel, vous connaissez ?

- Putain oui, faites le entrer.

Entrée de l’agent spécial Colin Caramel.

Agent spécial Colin Caramel

- Bonjour bonjour ! Monsieur Brulot. Monsieur… ?

- Monsieur Caramel. Voici le commissaire Estragon, il est à la brigade des ingérences.

- Ah mais oui je vois très bien, c’est vous qui êtes sur le dossier Ventbranle je me trompe ?

- Enchanté agent spécial. Oui oui je garde un œil sur notre futur maire. Il ne faudrait pas, non non, qu’on s’en serve pour nous nuire.

- Et vous craignez qui ? Le Makota ? Ce sont des attardés.

- Peut-être que oui, peut-être que non, je ne peux pas trop en dire.

- Je serai quand même curieux d’en discuter avec vous à l’occasion.

Albernet Brulot désigne la pièce où se trouvaient les locaux de la Cloche fêlée.

- L’agent spécial Caramel travaille directement pour Améthyste Castelage, je ne crois pas que nous aillions grand-chose à lui cacher. Vous venez admirer votre œuvre ? C’est vous qui avez réclamé cette perquisition.

- En fait je voulais vérifier une théorie. C’est que ces braves journalistes de la Cloche ne nous ont fait aucun tort, voyez-vous. Et pourtant ils semblent liés à cette affaire d'une manière ou d'une autre. A quel jeu jouent-ils donc ? Je suis surtout curieux de connaitre leurs financements. Filez l'argent, vous trouvez le coupable.

- Si coupable il y a. On verra bien en épluchant leurs archives, mais non, non personne n’a eu à s’en plaindre. Enfin si besoin on pourra toujours trouver un truc à leur reprocher, ça ne devrait pas être trop difficile de leur coller un crime sur le dos, n'est-ce pas commissaire ?

- Je n'ai rien entendu, l’eusses-tu-cru.

L’agent spécial Colin Caramel fait quelques pas, l’air concentré. Il toque à certaines cloisons et murs pour vérifier si ça sonne creux.

- Azur, Messalie, pourquoi se réunissent-ils dans un conglomérat médiatique ? Et des agitateurs en CRAMOISIE©…

- On dit Kabalie rouge maintenant.

- Autant pour moi. Vraiment, j’ai l’instinct qu’il se passe quelque chose mais je n’arrive pas encore à mettre le doigt dessus. Une conspiration internationale ? Du bon vieil espionnage à la papa ? Ou quelque chose de plus... complexe ? Monsieur Brulot je veux être au courant de tout ce que vous trouverez ici, épluchez moi ces disques durs comme si votre vie en dépendait, et vous Commissaire Estragon, j’aurai deux trois questions à vous poser.

- Oui oui ?

Agent spécial Colin Caramel
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Martin EstragonAgent spécial Colin Caramel

- Je suis désolé monsieur Caramel, ça ne va pas être possible.

- Comment ça pas possible, vous ne pouvez pas me montrer le dossier Ventbranle ?

- Non non.

- Vous savez pour qui je travaille commissaire ?

- Améthyste Castelage, je sais oui oui.

- Et vous en concluez quoi ?

- Que vous êtes à Commissariat Central ici, monsieur Caramel, et que jusqu'à preuve du contraire la Banque Princière ne possède pas encore les locaux.

- Je vois. Vous voulez que je vous signe un chèque ?

- Non non monsieur Caramel.

- Quoi alors, je dois vous le voler ? Vous savez que je pourrai ?

- Je ne vous le conseille pas monsieur Caramel, vous y arriveriez peut-être mais ce serait très risqué, nous sommes tous armés ici.

- Je n'en doute pas, pan pan.

- Exactement monsieur Caramel. Pan pan.

- Je ne comprends pas, commissaire, pourquoi défendre un tel gugusse ? Il vous a fait des promesses ? Vous savez qu'Améthyste peut surenchérir. Elle vous fait un don et dans trois semaines vous troquez tous vos vieux tacots de la police par des chars d'assaut.

- Je sais monsieur Caramel, mais c'est toujours non.

- Désolé mais je trouve ça hallucinant...

- Que voulez vous ? Je suis un démocrate.
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