Posté le : 15 fév. 2026 à 02:31:38
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Il était assez surprenant que les Alderii puissent disposer d'un droit aussi particulier que de pouvoir détenir un certain nombre d'élus dédiés à leur communauté. En Westalia, pourtant composé de quatre grandes communautés ethniques, ce principe de répartition "par communauté", n'a jamais été envisagé par les différents exécutifs, bien que cela n'empêche pas l'idée d'exister et d'être plutôt ancienne. En effet, si la Grande République est née de la fin du régime horvanxien, elle en a repris de nombreuses bases, telles que le concept idéologique de "l'Union Nationale", qui considère que les communautés westaliennes reconnaissent leurs différences ethniques, mais s'associent comme un seul peuple : les westaliens. Ainsi, accorder des exceptions institutionnelles à une communauté n'est pas seulement anticonstitutionnel, c'est impensable dans l'esprit d'une large majorité des dirigeants passés et présents. Cependant, cela n'a pas empêché la Grande République de voir émerger des mouvements politiques ethniques, bien que leur impact sur le pays diverge grandement. Que cela soit avec une présence presque infime, comme le Partito Autonomista Madreriano, qui défend une indépendance de Terracristo pour les madrerians, mais dont le peu de popularité et d'influence qu'ils possèdent sont en chute libre, ou encore avec une influence modérée, mais sans revendication autonomiste, le Parti de la Croissance Nipozam, qui souhaite juste le développement des régions à majorité nipozam, contrôlant actuellement l’État-Républicain de Lerant, en coalition avec la droite westalienne et dans une alliance de longue durée avec le Parti de l'Union Républicaine. Beaucoup plus récemment, c'est la création du Mouvement Social Hamajak, en 2013, qui voient pour la première fois de l'histoire du pays un parti politique hamajak arriver au Sénat, avec une popularité toujours grandissante et défendant une plus grande autonomie des hamajaks (l'indépendantisme hamajak étant considéré comme illégale depuis 2003).
Pour Henry Takajiwa, la remarque du Premier Secrétaire Spécial du Roi est donc parfaitement justifiée. Si le contexte était le même avec les hamajaks en Westalia, il aurait probablement eu la même opinion sur le sujet. Cependant, par déontologie diplomatique, ce dernier ne peut pas se permettre de trop marquer ses opinions sur le sujet, faute de provoquer de nouvelles tensions au sein du gouvernement fédéral, voir avec le Président fédéral. En effet, si le Ministre fédéral aux affaires étrangères dispose d'une influence particulièrement importante sur la diplomatie du pays, notamment par le fait qu'il est l'architecte moderne de cette dernière, Simeon Belagri a posé des limites claires lors des négociations pour la formation d'un gouvernement de compromis, fin 2017, pour éviter que la droite westalienne ne puisse appliquer de façon radicale son programme, mais tout en leur accordant certaines concessions, la maîtrise des sujets extérieurs à la Grande République étant la plus grande d'entre elles.
Le chef de la délégation westalienne répond donc en premier sur le sujet concernant l'immigration, dont les négociations sur ce thème ne sont pas complexes au vu de la compréhension mutuelle de la position des deux partis. Il n'existe donc plus qu'une question de détail et d'enrichissement à réaliser :
Henry Takajiwa : Nous n'avons aucun problème à accepter des quotas pour l'immigration. Sur cette partie-là, nous pouvons être beaucoup plus flexibles et le chiffre d'un million d'immigrés me semble être parfaitement légitime et justement trouvé. Afin de prévoir l'augmentation des échanges entre nos deux nations, je pense qu'il sera important, dans le futur traité que nous sommes en train de construire, d'accorder une place particulière aux titres de séjours ayant pour objet le tourisme, qui devraient pour moi ne pas avoir de limite, puisque nous avons tout intérêt à voir des touristes westaliens et brocéliens alimenter respectivement l'économie de chacun.
Nous parlons des entrées, mais il est également important de parler des sorties de nos citoyens. En ouvrant de plus en plus nos frontières, il est important que nous puissions disposer d'accords spécifiques concernant l'expulsion et l'extradition de nos citoyens. Dans des accords similaires que nous partageons avec d'autres pays, nous optons généralement pour une confiance mutuelle se composant d'accords permettant des expulsions facilités par des demandes administratives rapides et simples, tout comme un respect des demandes d'extradition, pour un de nos citoyens ou non, recherché par notre justice, et dont les demandes d'extradition puissent passer par un canal dédié, visant à une application rapide et positive. Des mesures réciproques et, à l'écoute de vos positions, qui pourraient largement vous intéresser.
La question migratoire approchant de sa fin, il est également temps de clore le volet des accords culturels, très complets et se trouvant globalement sur la même longueur d'onde entre les deux délégations.
Henry Takajiwa : Pour les voyages scolaires, je pense qu'il n'y a pas d'obstacle à se fixer un objectif, du moment qu'il n'est pas contraignant. Au contraire, je pense que c'est un indicateur qui devrait servir nos services respectifs à réévaluer les moyens mise en œuvre pour tendre vers ce taux de 90% que vous proposez. Cela pourrait s'accompagner par une rencontre annuelle entre nos institutions dirigeantes de l'éducation de nos enfants et de nos étudiants, afin que ces dernières puissent poser le bilan de l'année passée et des propositions à émettre pour améliorer le travail accompli. Il sera difficile d'atteindre cet objectif au cours des premières années de cet accord, mais je suis persuadé que cela sera possible d'ici une dizaine d'années, où la prochaine génération pourra s'assurer d'avoir visité au moins une fois nos pays respectifs.
Pour ce qui est du prêt d’œuvres d'art, je suis d'accord pour qu'un suivi annuel soit mis en place, avec une participation active de nos institutions culturelles pour faciliter l'organisation d'expositions sur nos territoires, afin de faire vivre l'art et partager nos cultures réciproquement à nos populations. Le premier échange que vous proposez pouvant être un bon départ dans ce sens.
Pour le reste, nous avons fait part de notre avis favorable et suivant les évolutions sur lesquels nous avons échangés jusqu'à présent, qui, je le pense, permettent donc de clôturer nos échanges sur ce sujet majeur qu'est la culture.
Avec la proposition de débuter sur les questions économiques et commerciales, la rencontre entre dans le domaine de prédilection de la Grande République, celui de l'élargissement de son réseau commercial, le plus important du continent. Dans les faits, Westalia et le Brocelynwood sont déjà des partenaires commerciaux, mais les accords actuels, comme dans beaucoup d'autres domaines, ne sont plus à la portée des besoins actuels et de l'évolution de la Grande République en tant que première puissance économique et commerciale du continent. Le gouvernement fédéral a un objectif assez clair concernant cette rencontre, faire entrer le Brocelynwood dans son grand réseau commercial "de bénéfices mutuels", qui cherche à renforcer la puissance économique globale du continent. Pour ce faire, il n'est pas rare que Westalia pousse ses acteurs économiques à prendre une part active dans ce projet, avec des investissements parfois très importants dans l'économie des partenaires aleuciens pour les aider dans leur développement. Dans ce cas-là, la question risque d'être beaucoup plus épineuse avec le Brocelynwood, qui a adopté des mesures assez restrictives concernant les investissements en provenance de l'étranger. La nature assez protectionniste du pays, un aspect beaucoup moins présent chez un pays partisan du libre-échange tel que Westalia, pourrait également être un frein dans les négociations concernant l'abaissement des droits de douane ou taxes en place pour les échanges commerciaux. Pour autant, ce sujet est majeur pour les westaliens, avec une pression très importantes des Dynastic Families dans ce type de négociations, démontrant que le commerce en Westalia n'est pas seulement une pièce stratégique dans son échiquier continental, c'est tout simplement vital pour sa croissance. Sur ce point, Henry Takajiwa opte pour une stratégie d'allure simple, mais particulièrement brute, qui va principalement chercher à prendre la température de ce qui va être possible de faire ou non, exposant tel un commercial à son client les offres de l'entreprise qu'il représente :
Henry Takajiwa : Monsieur Rowanstone, c'est avec plaisir que nous allons vous partager nos propositions sur le volet économique et commercial. Comme vous le savez, le commerce est le cœur battant de l'économie westalienne, mais également aleucienne, pour laquelle nous représentont la plus grande part depuis plus d'une décennie. Les tensions diplomatiques récentes, les agressions, les crises et les risques de guerre n'ont pas affaibli notre santé sur ces aspects-là, où nous avons débuté très récemment un élargissement de nos partenaires économiques, en les intégrants dans le Grand Réseau Commercial Westalien, bien que dans le cas du Brocelynwood, nous serions plutôt dans une réactualisation de nos accords actuels. Le principe de ce concept commercial, en Aleucie, est de permettre à nos partenaires de bénéficier du dynamisme commercial de notre pays pour aider à la croissance de leur économie. Par notre biais, vos acteurs économiques peuvent avoir l'occasion de saisir de nouvelles opportunités, mais également de profiter de notre réseau de contacts à l'international et pas seulement en Aleucie. Cela s'ancre dans notre doctrine diplomatique commerciale : celle d'aider à la construction de partenaires économiques puissants, un investissement sur le long terme qui permet à chacun d'y trouver de nombreux bénéfices, je peux vous l'assurer sans hésitation.
Bien évidemment, nous avons conscience des particularités du Brocelynwood en la matière, notamment quand il est question d'investissements en provenance de l'étranger, qui est plafonné. Pour autant, le Royaume dispose de nombreux atouts majeurs qui pourraient inciter nos acteurs économiques à investir grandement dans votre économie : notre langue commune, notre relation historique, votre stabilité, et même votre dynamisme économique récent. Ce n'est qu'une proposition, sur laquelle vous pourrez nous proposer vos ajustements, mais je pense que votre gouvernement pourrait trouver de nombreux bénéfices à augmenter le plafond des investissements en provenance de Westalia et à favoriser ces derniers. Cela pourrait se traduire par des investissements financiers dans vos acteurs économiques, voir l'implantation de filiales westaliennes en Brocelynwood, dans le respect de vos lois, tout particulièrement si vous avez des secteurs en tête dont vous pensez qu'un soutien vous serez profitable.
Cette présence westalienne, d'actualité chez plusieurs de nos partenaires, ouvre de nombreuses opportunités pour vos acteurs économiques, notamment l'accès au marché westalien et ses plus de 65 millions de consommateurs, voir de ses sociétés toujours à la recherche de nouveaux fournisseurs ou de prestataires à l'étranger, soutenu par des accords commerciaux favorisant la prise de ce genre de décision. Ainsi, nous avons pour habitude, avec cette inclusion dans ce Grand Réseau Commercial Westalien, de proposer un abaissement des droits de douane à 30%, à partir du 1er janvier 2019, avec une baisse annuelle de ce taux par tranche de 10%, dont l'objectif à l'horizon 2022 serait d'atteindre le plafond de 5%. Ces chiffres sont bien évidemment ajustables suivant votre besoin et des exceptions peuvent être mises en place pour des secteurs stratégiques brocéliens qui nécessiteraient une adaptation plus lente sur le long terme, avec par exemple une baisse annuelle moins élevée et un plafond final plus grand. Ce que nous souhaitons, avec cette baisse progressive des droits de douane, c'est de pouvoir faciliter les échanges entre les marchés westaliens et brocéliens, sans changements brutaux, pour que nous puissions nous soutenir économiquement en nous favorisant naturellement pour notre développement, dans une relation bénéfique et profitable à chacun.
La Grande République est une partisane majeure du libre-échange commercial en Aleucie, mais cela ne veut pas dire que nous souhaitons l'imposer à tout un chacun. La confiance de nos partenaires sur ce genre de sujet est primordiale et nous restons ouverts aux négociations, voir aux ajouts que vous souhaiteriez nous proposer concernant ce volet majeur de nos échanges.
L'essentielle de la diplomatie westalienne est basée sur ses relations commerciales. Pour les acteurs économiques de la Grande République, voir de façon plus générale les Dynastic Families, la diplomatie est devenue un relais majeur pour la croissance économique du pays et des entreprises de ces dernières. Westalia est donc naturellement toujours dans une posture à vouloir étendre son réseau commercial, à le renforcer et à faire toujours plus de profit à l'étranger. Pour beaucoup d'experts, c'est cette stratégie qui a permis à la Grande République dormante du début des années de 2000 de redevenir la première puissance du continent au cours des années 2010, celle d'une nation commerçante et profondément capitaliste.