25/11/2018
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RUPK — [DÉBATS & INTERVENTIONS] Le Conseil de la Plèbe

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CONSEIL DE LA PLÈBE — DÉBATS & INTERVENTIONS

Ici auront lieu les échanges du Conseil de la Plèbe : débats, prises de parole et interventions (membres du Conseil), ainsi que les déclarations pouvant émaner d’un Consul ou d’un Tribun lorsqu’ils s’expriment devant le Conseil.

Ce topic peut aussi accueillir les formats politiques et oratoires : conjurations, philippiques, invectives, diatribes, réquisitoires, plaidoyers, dénonciations et appels publics.
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CONSEIL DE LA PLÈBE
— PLACE PUBLIQUE —
Première intervention de Nominae Unios
24.11.2018 — Discours de Dae Cotio — Séance exceptionnelle
Convocation extraordinaire avant l’ouverture officielle de la mandature du Conseil de la Plèbe
Azour



Le Conseil de la Plèbe n’avait pas ce jour-là l’air d’une salle d’assemblée ; il avait l’air d’un ventre. Un ventre plein. Un ventre qui a faim. Dans les travées, ça grondait déjà avant même l’appel : on parlait budget, on parlait armement, on parlait diplomatie, on parlait pétrole, on parlait solaire, on parlait couloirs, on parlait Est, on parlait Cramoisie. On parlait surtout de cette chose qui fait peur aux puissants comme aux pauvres : le choix. Choisir, c’est trancher, donc perdre quelque chose. Et personne n’était venu perdre en silence.

Les secrétaires posèrent les registres, les huissiers firent taire les derniers éclats, et quand le président de séance prononça l’ouverture, les bancs se figèrent par vagues. À droite de l’hémicycle, les représentants Optimathes affichaient cette sérénité d’ordre qui ressemble parfois à une provocation. Au centre, les Neutrales faisaient ce qu’ils font toujours : ils comptaient déjà l’incendie. À gauche, les Populares avaient le visage dur de ceux qui se retiennent de parler depuis trop longtemps.

Nominae Unios était là, assis droit, immobile, le regard qui tourne comme une lame qu’on aiguise. Il n’avait pas encore demandé la parole. Il attendait. Et quand on attend comme ça, dans une salle pareille, ce n’est pas pour applaudir.

Le président annonça : la parole à Dae Cotio.

Dae Cotio se leva d’un mouvement net. Il n’avait ni l’allure d’un démagogue, ni celle d’un timide. Il était équestre, il venait d’un monde où l’on parle parce qu’il faut obtenir quelque chose, pas pour se sentir vivant. Il ajusta sa tunique, posa la main sur le pupitre, et il commença sans détour.

« Représentants de la Plèbe. »

Il laissa la formule retomber, comme un marteau.

« Je vais parler d’un fait : nous avons un consul qui, en une seule mandature, a fait ce que d’autres n’auraient même pas osé promettre. »

Un murmure parcourut la salle : on savait où il allait. Dae s’y engouffra.

« Vilo Colo a rassemblé les clans. Oui. Et ça, déjà, c’est une œuvre. Mais il n’a pas fait que rassembler : il a mis de l’ordre. De l’ordre dans les finances. De l’ordre dans les circuits. De l’ordre dans la fiscalité. »

Il leva légèrement la voix, sans crier, comme quelqu’un qui veut être entendu au fond.

« Je vous le dis : il a rassemblé des économies qui se comptent en dizaines de milliards, alors que l’économie n’est même pas stabilisée ! Il a sorti du chaos une fiscalité digne d’un État, digne des dieux, oui, je le dis : digne des dieux, parce qu’il faut être fou pour croire qu’on invente une fiscalité en pleine naissance nationale sans s’effondrer. »

Quelques applaudissements partirent côté Optimathes, quelques hochements côté Neutrales. Côté Populares, ça ne bougea pas : on attendait la suite, et on la devinait.

« Et la diplomatie ? Parlons de la diplomatie. On nous disait : vous n’avez pas d’existence. Vous n’avez pas de voix. Vous n’avez que vos plaintes. Aujourd’hui, on nous répond. Aujourd’hui, on nous lit. Aujourd’hui, on nous prend au sérieux. Nous avons avancé. Nous avons ouvert des canaux. Nous avons consolidé des rapprochements. Nous avons commencé à poser une ligne face à la Cramoisie, face à Carnavale, face au monde. »

Il marqua une pause calculée.

« Et l’armement ? Oui, je le dis aussi. Il y a un programme d’armement qui se construit, validé par le Sénat, cadré par nos institutions. Nous ne sommes pas des rêvés. Nous ne sommes pas des prières. Nous sommes un État, et un État a le devoir de ne pas mourir. »

Des cris isolés montèrent : « Oui ! » — « Enfin ! » Dae laissa faire, puis posa sa phrase comme une conclusion.

« Alors j’en viens à l’évidence. Il faut renouveler la ligne Optimathes. Il faut aller plus loin. Il faut cesser d’avoir peur de la force quand la force est encadrée par la Constitution. Et c’est pour cela que j’appelle le Conseil de la Plèbe à demander au Conseil des Chefs de clan un homme, un vrai, un solide, un Optimathes assumé, pour pousser plus avant ce que nous avons commencé. »

La salle se tendit. Dae posa le nom, lentement, comme on pose une pièce d’or sur une table.

« Tahinio Dio. »

Le choc fut immédiat. Même ceux qui ne connaissaient pas Tahinio Dio sentirent ce que le nom voulait dire : durcissement, radicalité, vitesse. Dae sourit à peine.

« Oui, il est radical. Mais regardez ce que la Constitution a déjà permis. Imaginez ce que la République peut produire si elle cesse de trembler. Imaginez l’élan. Imaginez la discipline. Imaginez la reconstruction accélérée. Imaginez ce que cela donne quand la machine n’est plus freinée par les scrupules des faibles. »

Il inspira pour reprendre. Il n’eut pas le temps.

Une voix explosa, brute, sans demande de parole, comme un coup de botte dans la porte.

« Calomnie ! »

Puis, plus fort, sans élégance, sans filtre :

« Injurieux ! »

Et enfin, la phrase qui fendit l’hémicycle en deux :

« Espèce d’ordure. »

Tout le monde se retourna.

Nominae Unios s’était levé.

Il ne se leva pas pour répondre. Il se leva pour renverser la salle. Il fit deux pas, pas plus. Il n’avait pas besoin d’approcher : sa voix, elle, s’approchait toute seule.

Il pointa Dae Cotio du doigt, et il lâcha, d’entrée, le ton qui ne demande pas l’autorisation d’exister.

« Tu viens vendre un mandat comme on vendrait des bijoux, Dae Cotio ! Tu viens nous jeter des "milliards" à la gueule comme si la Plèbe devait tomber en extase parce qu’un équestre a dit un chiffre ! Mais qui es tu ?! »

Dae tenta de sourire, comme si c’était un excès. Nominae ne lui laissa pas ce confort.

« C’est facile de faire des économies quand l’État n’a pas encore de revenus stables. C’est facile d’écrire une fiscalité quand on n’a pas encore les circuits de production. Tu sais ce qu’il a fait, Vilo Colo ? Il a fait ce qu’on lui demandait : rassembler les clans. Très bien ! Merci ! Vraiment ! Mais arrête de nous le vendre comme un dieu. Un dieu, mon cul ! »

Un éclat de rire nerveux monta du côté populaires, mêlé à des "oh !" outrés à droite. Nominae s’en nourrit.

« Diplomatie ? Oui. Diplomatie, il s’en sort. Il fait le travail qu’on lui demande. Et tu veux qu’on s’agenouille parce qu’il a fait ce qu’on lui demande ? Tu veux qu’on fasse des courbettes parce qu’il a envoyé des lettres ? Rien d’impressionnant. Rien. C’est propre, c’est utile, c’est correct. Ce n’est pas un miracle ! Il est payé pour bordel ! »

Dae Cotio tenta de couper, levant la main, cherchant le président de séance. Nominae tourna la tête vers le président sans cesser de parler, comme si la procédure était un rideau qu’on arrache.

« Et maintenant tu nous balances Tahinio Dio comme si c’était la grande solution. Ah oui, Tahinio Dio… je vois déjà le tableau. Je vous l’annonce : en janvier, une crise aura lieu. Oui. Je vous l’annonce ici, devant tout le monde, parce que certains aiment les surprises et moi j’aime la vérité. Une crise. Et vous savez pourquoi ? Parce que vous empilez des contradictions et vous appelez ça un programme ! »

Il frappa du plat de la main sur son pupitre, une fois, sèchement.

« On veut commercer sur le pétrole, énergie fossile, et en même temps on veut faire du solaire. Très bien ! Super ! Maintenant, on fait quoi quand les zones sont les mêmes ? On fait quoi quand les routes, les points d’eau, les infrastructures, les terrains, les installations se marchent dessus ? On fait quoi quand vous promettez tout à tout le monde pour ne pas perdre un clan ? Vous choisissez, ou vous mentez. Et vous, vous mentez ! »

Il se tourna vers les bancs Optimathes.

« Et vous avez le culot de venir parler de "discipline". Vous êtes disciplinés sur une chose : protéger vos intérêts ! C’est tout ! »

La salle grondait. Dae Cotio, crispé, tenta de reprendre : "Monsieur le représentant—" Nominae le coupa, net.

« Ferme-la deux secondes, Dae ! Je parle ! »

Le président de séance tenta d’intervenir ; des huissiers avancèrent d’un pas ; la Plèbe cria. Nominae continua, sans respirer comme un homme normal : il respirait comme un incendie.

« Vous prônez un territoire Kabalien. Très bien. Et les clans de pêche ? Ceux qui vivent de la mer, ceux qui tiennent des familles entières par des pratiques que vous traitez comme folkloriques ? Ils meurent. Ils crèvent. Et vous savez pourquoi ? Parce que vos plans, vos 'zones', vos 'programmes', vos 'projets', les écrasent. Vous allez exploiter le pétrole sur leurs zones, et vous allez leur dire : 'C’est la modernité, tais-toi'. Voilà votre unité. Unité, mon cul ! »

Des applaudissements éclatèrent côté populaires, francs, bruyants, presque agressifs. Dae Cotio pâlit. Nominae tourna la tête vers lui, et il sourit, une première fois, pas de joie : de prédation.

« Maintenant, parlons d'un autre gars qui ne se prend pour de la merde : le "PDG protecteur". »

Le mot fit bouger des têtes partout. Certains voulaient entendre. D’autres voulaient fuir.

Nominae s’élança.

« Le PDG protecteur ? C’est un faux cul. Voilà, c’est dit. Le plus gros faux cul que je vois depuis longtemps. "Protecteur", protecteur de quoi ?! Protecteur de son intérêt, oui ! "Kabalien", kabalien mon cul ! Il est bleu, il n’a rien de kabalien. »

Un choc. Un tumulte. Des "silence !" Des "honte !" Des rires. Des cris. Nominae ne ralentit pas.

« Le type se plie en quatre pour renverser un dictateur, et derrière il impose sa dictature. Magnifique ! Quel bel exemple ! Chef d’État ? Chef de quoi ? Pseudo-chef de merde, oui. T’es chef de rien, arrête ton cinéma ! »

Les huissiers avancèrent. Le président tapa. Culto Findo se leva à moitié, inquiet. Nominae continua encore, plus dur.

« Il daigne reconnaître un génocide qu’il a lui-même pratiqué. Où était-il pendant le génocide ? Il était massacré ? Non. Il était planqué. Pourquoi ? Parce qu’il était collabo ! Voilà. Collabo ! Appelez-les comme ça : collabos ! »

Le mot "collabo" fit l’effet d’un couteau. Dae Cotio tenta de reprendre la parole, la main levée, le visage fermé.

Nominae le regarda, et le dévora.

« Et toi, tu voudrais qu’on fasse de la diplomatie chrétienne, propre, douce, avec des gens comme ça ? Tu veux qu’on les caresse dans le sens du poil pendant qu’ils nous enterrent ? Mais, entre toi et lui, vous faites une belle brochette de demeuré !»

Il pivota, et il tira sur l’autre cible, l’Organisation des Nations Démocratiques, sans prendre de gants.

« Et l’Organisation des Nations Démocratiques, parlons-en ! Vous la vendez comme une sainte. Mais comment elle "résout" les problèmes ? Elle bombarde. Massivement. Elle écrase. Elle pulvérise. Elle fait sa morale avec des avions. C’est ça, votre modèle ? »

Il cracha presque ses mots.

« Vous voulez nous rapprocher d’États colonialistes. Des chiens d'impérialistes, oui ! Vous nous rapprochez de gens qui ont des bases, des drapeaux, des intérêts, et vous appelez ça 'paix'. Moi j’appelle ça être son chien. J’appelle ça se vendre. Je constate que on aime tous être des prostitués ici, magnifique ! »

Dae Cotio reprit enfin un souffle, tenta de recadrer : "Représentant Unios, vous dépassez" Nominae explosa, et là il posa ce que tu voulais : frontal, sans détour.

« Le problème vient du Sénat ! »

Silence brutal, une demi-seconde.

« Il faut détruire le Sénat ! »

Le choc fut total. Des Optimathes se levèrent d’un bond. Des Neutrales ouvrirent les yeux comme si la salle venait de se fissurer. Les Populares hurlèrent, applaudirent, frappèrent leurs pupitres, et certains crièrent "OUI !" comme si quelqu’un venait enfin de dire ce qu’ils n’osaient pas prononcer.

Nominae leva la main, exigeant la salle, et il continua encore, sans laisser l’onde se calmer.

« Vous voulez un État ? Très bien. Alors un État où le Sénat ne peut pas étouffer la Plèbe. Un État où la Plèbe peut imposer. Un État où le veto existe vraiment. Un État où vos grandes familles ne sont pas des fantômes sacrés qu’on n’a pas le droit de toucher. »

Il désigna les bancs patriciens comme on désigne une cible.

« Vous êtes des crottes issues d’une plus grosse crotte, et la plus grosse crotte, c’est l’institution qui se croit au-dessus du peuple ! »

Des cris. Des insultes en retour. Un vacarme. Le président de séance tapa, ordonna le silence. Dae Cotio essaya de reprendre, pour sauver ce qui pouvait être sauvé.

« Monsieur— »

Nominae le coupa encore, total.

« Non ! Tu vas écouter ! »

Il appuya, encore.

« En janvier, vous allez faire exactement ce que vous faites toujours : vous allez ignorer ce qui vous gêne. Vous allez sélectionner les lois qui vous arrangent. Vous allez faire passer l’autorité avant la cohérence. Et vous allez appeler ça 'stabilité'. Et quand la Plèbe hurlera, vous direz : 'regardez, ils sont ingouvernables'. Voilà votre technique. Voilà votre théâtre. »

Il pointa l’hémicycle.

« Et vous savez pourquoi ça marchera au début ? Parce que vous aurez le Consulat. Parce que vous aurez le Sénat. Parce que vous aurez des chevaliers. Parce que vous aurez l’argent. Et vous croyez que ça suffit. Mais la République, ce n’est pas seulement le pouvoir : c’est la légitimité. Et vous êtes en train de la tuer. »

La salle était à bout. Les Populares applaudissaient à chaque phrase. Des Optimathes hurlaient "sanction !" Des Neutrales criaient "ordre !" Des huissiers se rapprochaient.

Nominae, lui, finit comme il avait commencé : sans demander pardon.

« Je vais m’arrêter là aujourd’hui. Pas parce que j’ai peur. Parce que je veux que vous reteniez une chose : je vous attaquerai dès que je pourrai. Dès que vous ferez une faiblesse, je vous attaquerai. On vous a formés à diriger, bordel ! Et pourtant, vous gouvernez comme des satanés proprios ! Vous ne servez à rien ! Vous faites ce que vous voulez et le reste, vous vous en foutez complètement ! Et ça ne fait même pas un an que notre démocratie existe, et pourtant, j'en ai déjà ras-le-cul de vous voir ! Moi, je ne prétends pas être parfait. Mais je vous promets ceci : je ne vous laisserai pas respirer en paix quand vous vous foutrez du peuple. »

À ce moment précis, Culto Findo se leva complètement. Sa voix n’était pas celle d’un camp. C’était celle d’une digue.

« Assez. »

Et comme ça ne suffisait pas :

« Assez ! »

Il fixa le président de séance.

« Je demande la suspension immédiate. La séance est en train de basculer. On suspend. Maintenant. »

Le président, le visage fermé, obéit à la nécessité.

« Séance suspendue. »

Et la salle explosa : des applaudissements fusèrent du côté plébéien, bruyants, insolents, presque victorieux ; des cris de colère jaillirent en face ; des huissiers tentèrent de créer un couloir ; Dae Cotio resta debout, raide, humilié, les lèvres serrées ; et Nominae Unios, lui, descendit calmement, comme quelqu’un qui vient de prouver une chose simple : il n’était pas venu débattre. Il était venu déclarer la guerre des mots.


Suspension de séance à la demande du tribun Culto Findo
Fin de séance — levée des bancs — reprise annoncée ultérieurement

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