25/11/2018
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RUPK — [DÉBATS & INTERVENTIONS] Le Sénat

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SÉNAT — DÉBATS & INTERVENTIONS

Ici auront lieu les échanges du Sénat : débats, prises de parole et interventions des Sénateurs, ainsi que les déclarations pouvant émaner d’un Consul ou du Grand Chevalier lorsqu’ils s’expriment devant le Sénat.

Les Tribuns de la Plèbe ne se prononcent pas au Sénat.

Ce topic peut accueillir les formats politiques et oratoires : conjurations, philippiques, invectives, diatribes, réquisitoires, plaidoyers, dénonciations et appels publics.
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SÉNAT DE LA RÉPUBLIQUE UNIE DES CLANS DE KABALIE (OUEST & EST)
Séance solennelle — 12 novembre 201820h00
Discours prononcé par le Consul législatif Vilo Colo devant l'ensemble des Sénateurs et les trois Tribuns de la plèbe au Sénat
Discours de Vico Colo au Sénat


Sénateurs,
Tribuns de la plèbe,
Citoyens qui nous écoutez au dehors de ces murs,

Ce soir, je ne suis pas là pour flatter l’assemblée, ni lui demander de se rassurer et de rassurer le peuples avec de belles formules. Je viens vous demander une décision nette, une décision lourde, une décision qui engage notre crédibilité, notre survie et notre dignité : celle de doter la Kabalie d’un instrument militaire réel, cohérent, dissuasif, et immédiatement utilisable.

J’ai parfaitement conscience que le mot « armement » soulève des crispations. Je sais ce qu’il signifie dans l’imaginaire des peuples : la peur d’une fuite en avant, l’idée d’un État qui se militarise, l’ombre d’un autoritarisme qui s’annonce, la crainte qu’un budget avale tous les autres. C’est précisément pour cela que je parle ici, devant vous tous, et non dans un couloir, et non à huis clos : parce qu’un budget d’armement n’a de sens que s’il est voté, expliqué, contrôlé, et mis au service d’une politique qui demeure civile, légale et ordonnée.

Je vais être clair dès la première phrase : il n’est pas nécessaire que la Kabalie produise elle-même ses armes. Nous n’avons pas à transformer nos ateliers, nos champs, nos chantiers, en lignes de fabrication de la guerre. Nous ne sommes pas une puissance industrielle militarisée. Nous ne voulons pas l’être. Nous voulons une économie forte, civile, productive, capable d’employer, de nourrir, d’instruire et de stabiliser.

Mais, dans le même mouvement, je vous le dis avec la même netteté : il est parfaitement plausible d’acheter. Il est plausible de posséder. Il est plausible d’avoir. Et il est même, aujourd’hui, politiquement et stratégiquement nécessaire d’avoir.

Pourquoi ? Parce que notre situation n’est pas abstraite. Parce que nous ne sommes pas un État théorique : nous sommes un État amputé, contesté, insulté, et parfois traité comme un accident de l’Histoire.

La Cramoisie, qui occupe l’Est, ne se contente pas d’exister : elle se donne des titres, elle se donne des symboles, elle se donne des mots qui nous arrachent ce que nous sommes. Elle s’est proclamée, de manière volontairement provocatrice, « Kabalie rouges », comme si notre identité elle-même pouvait être copiée, tordue, repeinte, et retournée contre nous. Nous n’avons pas à répondre par la rage, ni par la panique. Mais nous avons le devoir de répondre par l’État. Or l’État, ce n’est pas seulement une Constitution et des discours : l’État, c’est aussi la capacité à faire respecter sa souveraineté, à protéger ses citoyens, à peser dans les rapports de force, à ne pas être traité comme une proie.

Je ne vous demande pas de préparer une guerre totale. Je ne vous demande pas de bâtir une armée d’invasion. Je vous demande de bâtir une armée de dissuasion, une armée de crédibilité, une armée de protection : une armée qui fasse comprendre à tous, amis comme adversaires que la Kabalie n’est pas un territoire faible, ni une république improvisée, mais une puissance terrestre qui compte.

Car il faut le dire : dans le concert des États, la morale seule ne suffit pas. La justice seule ne suffit pas. Le droit, lui-même, n’est entendu que s’il est soutenu par une force capable d’empêcher l’écrasement. Et nous, ce que nous voulons, c’est pouvoir dire un jour, calmement, posément, légalement : nous voulons récupérer la Kabalie de l’Est. Nous voulons qu’elle cesse d’être une zone d’humiliation. Nous voulons qu’elle cesse d’être un fait accompli. Nous voulons qu’elle redevienne ce qu’elle est : une part de la Kabalie. Pour cela, il faut que les autres puissances du monde, en nous regardant, n’aient pas l’impression de regarder une faiblesse.


Sénateurs, je vous dois des chiffres.
Car ici, au Sénat, la puissance ne se mesure pas aux slogans : elle se mesure à la précision.

Aujourd’hui, notre puissance d’investissent kabalienne s’élève à environ 259 000 unités internationales, soit 86 300 000 000 DKA (Dinar Kabalien). Cela signifie une chose simple : la plus grande part de nos moyens devra et devra toujours aller à l’économie civile. Mais une grande partie de cette investissement devra être tourner vers l’armée. Je ne viendrai jamais devant vous pour plaider que l’armée dévore le pain, la santé, l’école, les infrastructures, et l’investissement productif. Ce serait trahir notre propre fondation.

Mais ce constat ne doit pas servir de prétexte à l’impuissance. Il doit servir de cadre à l’intelligence. Il est possible de faire deux choses à la fois : renforcer l’économie et construire un bouclier.

C’est pourquoi, dans une projection budgétaire globale, j’estime qu’un cadre supérieur de 259 000 unités internationales constitue une enveloppe réaliste, prudente, et politiquement tenable, à condition que nous restions fidèles à cette hiérarchie : l’économie d’abord, l’armée comme instrument de protection et de crédibilité.

Dans ce cadre, je vous soumets ce soir un plan d’achats militaires strictement encadré, articulé, et immédiatement opérationnel, pour une enveloppe votée de 195 000 unités internationales. Je le répète : 195 000 unités internationales, soit la modique somme d'investissement de 65 000 000 000 DKA. Ce chiffre n’est pas un caprice : il est le résultat d’un calcul, d’un inventaire, d’un besoin de cohérence entre les catégories d’équipement.

Je précise également, avant d’entrer dans la liste, un point essentiel : nous ne nous fournirons pas auprès d’un seul fournisseur. Nous ne mettrons jamais notre sécurité dans les mains d’un seul acteur, d’une seule dépendance, d’une seule porte d’entrée. Cinq fournisseurs seront consultés, comparés, et mis en concurrence. Cinq, pas un. Cela permet :
— de limiter les risques de rupture d’approvisionnement ;
— d’éviter les surcoûts imposés par un monopole ;
— de garantir la diversité des standards, tout en maintenant une compatibilité minimale ;
— et, surtout, de conserver une marge diplomatique, car un achat d’armement est aussi un langage international.

Je veux une Kabalie qui achète intelligemment, pas une Kabalie qui s’enchaîne.


Voici donc, Sénateurs, le cœur de ma demande : le plan d’équipement.

Je commence par l’ossature : l’infanterie, parce qu’une armée terrestre sans infanterie équipée n’est qu’un théâtre.

— Armes d’infanterie : 40 000 unités.
Ce chiffre n’est pas décoratif : il signifie la capacité à équiper des formations, à constituer des réserves, à éviter que nos forces soient un assemblage d’armes disparates et obsolètes. Cela signifie un socle de discipline, de standardisation, d’instruction.

— Mitrailleuses : 2 000 unités.
Je sais que le chiffre choque par sa brutalité. Mais la mitrailleuse, dans une doctrine défensive, n’est pas un instrument de folie : c’est un instrument de fixation, de protection de point, de défense des axes, de contrôle des zones sensibles.

— Mortiers légers : 1 500 unités.
Parce qu’il faut une capacité d’appui indirect, mobile, adaptable au terrain, capable de soutenir une position sans exiger une artillerie lourde permanente.

— Lance-roquettes multiples : 200 unités.
Je n’ignore pas ce que cela implique : une puissance de feu concentrée. Mais je parle ici d’un outil de dissuasion sur des fronts potentiels, un outil qui doit être strictement encadré par doctrine et commandement, et qui n’a de sens que dans la défense de nos zones critiques.

— Canons antiaériens : 100 unités.
Parce qu’une armée moderne, même modeste, doit pouvoir se protéger contre des menaces aériennes, des drones, des incursions, des frappes opportunistes.

— Lance-missiles antiaériens : 30 unités.
Ce chiffre complète le précédent : l’un traite le proche, l’autre traite le moyen terme. Ensemble, ils créent une bulle défensive minimale. Sans cela, nous sommes nus.

— Chars d’assaut : 20 unités.
Pas pour « faire la guerre », mais pour empêcher l’autre de croire que nous ne pourrions jamais stopper une percée.

— Chars légers : 40 unités.
Pour la mobilité, la reconnaissance armée, la réaction rapide sur nos axes terrestres.

— Camions de transport de troupes blindés : 100 unités.
Parce qu’une force qui se déplace sans protection n’est pas une force : c’est une cible. Parce qu’il faut protéger nos hommes, protéger nos réservistes, protéger nos colonnes, et sécuriser les déplacements.

J’en viens ensuite au ciel, parce que dans le monde contemporain, ignorer l’air, c’est accepter d’être dominé.

— Bombardiers stratégiques : 6 unités.
Je sais ce que ce mot signifie. Mais je rappelle le cadre : dissuasion et crédibilité. Ce sont des plateformes dont l’usage doit être politiquement verrouillé, dont la doctrine doit être rigoureuse, et qui, dans l’existence même, pèsent dans la perception internationale.

— Bombardiers furtifs : 4 unités.
Ils ne sont pas là pour provoquer, mais pour empêcher une certitude adverse. Quand l’adversaire est certain, il devient audacieux. Quand il doute, il négocie.

— Avions de chasse : 15 unités.
C’est le minimum pour ne pas être un espace aérien ouvert. C’est le minimum pour montrer que nos frontières ne sont pas symboliques.

— Avion radar : 1 unité.
Parce que voir, c’est vivre. Parce que l’alerte est la première protection. Parce qu’un avion radar n’est pas une arme d’attaque : c’est un multiplicateur de défense.

— Avions de ravitaillement : 3 unités.
Sans logistique, l’aviation n’est qu’une parade. Avec logistique, elle devient une capacité.

— Avions de transport tactique : 10 unités.
Pour déplacer, secourir, ravitailler, évacuer, repositionner. Un État sérieux doit pouvoir bouger ses forces et ses secours sans mendier.

— Véhicules de transmission radio : 10 unités.
Parce qu’un commandement sans transmission, c’est le chaos. Et le chaos, c’est la défaite.

— Véhicules radar : 5 unités.
Pour compléter la chaîne de surveillance terrestre et renforcer la cohérence entre nos moyens.

Enfin, je viens aux missiles, non pas comme fantasme, mais comme outil de posture.

— Missiles balistiques : 15 unités.
— Missiles de croisière : 30 unités.
Je veux ici être très explicite : la possession de ces moyens doit être strictement encadrée par doctrine, par droit, par contrôle politique. Leur existence vise la dissuasion, la capacité de riposte, la capacité de faire comprendre que la Kabalie ne se laisse pas frapper sans conséquence. Il ne s’agit pas de se transformer en menace erratique : il s’agit d’empêcher qu’on nous traite comme un terrain d’exercice.


Sénateurs, voici maintenant le bilan budgétaire.

Le total estimé aujourd’hui est de 193 068 points (64 356 000 000 DKA), hors réduction.
Avec réduction, parce que la concurrence, la négociation, les lots, et le calendrier d’achat permettent des économies, nous nous élevons à 186 969 points. Soit 62 323 000 000 de DKA.

Or je suis Consul, pas devin. Je préfère un État prudent à un État ridicule. Je préfère un vote clair à une correction honteuse. Par peur d’erreur de calcul, par peur d’un oubli de ligne, par peur d’un coût logistique non intégré à la dernière minute, je vous demande non pas 186 969, non pas 193 068, mais 195 000 points (65 000 000 000 DKA).

195 000, parce que ce chiffre nous donne une marge d’ajustement, une marge de sécurité, et une marge de rigueur. Il est plus facile de rendre un excédent que de revenir quémander un complément. Il est plus sain de prévoir que de bricoler.

Et je le redis, pour que personne ne déforme mon propos : cela n’annule pas l’investissement civil. Cela le suppose. Cela l’accompagne. Cela le protège. Sans économie, l’armée est un gouffre. Sans armée minimale, l’économie est une promesse vulnérable.


Je vous demande donc, solennellement, de voter.

Que chacun prenne sa responsabilité. Que chacun assume son oui ou son non devant l’Histoire, devant l’État, devant les clans, devant les survivants, devant ceux qui nous regardent à l’Est, et qui attendent de nous autre chose qu’une plainte.

Je demande que le vote des Sénateurs soit compté, que la majorité absolue soit constatée, et que, si le oui l’emporte, l’État s’engage dans ce plan de manière ordonnée, transparente et contrôlée.

Et j’entends déjà, dans cet hémicycle, le murmure que je veux transformer en décision : que les Tribuns, représentants de la plèbe, puissent dire non pas par habitude, non pas par posture, mais par conviction, parce que cette décision protège le peuple et ne l’écrase pas.

Car je vais conclure sur un point politique.

S’il doit y avoir des tensions, ce ne sera pas sur le plan extérieur, ce ne sera pas sur la question de savoir si la Kabalie a le droit d’être respectée. Sur ce point, je veux croire que nous sommes unis : Optimathes, Neutrales, Populares, clans divers, sensibilités multiples… nous savons tous que l’Est n’est pas une affaire secondaire.

Les tensions, si elles viennent, viendront sur le plan interne : sur la manière d’investir, de répartir, de réformer, d’ordonner la cité. Et c’est là que le Sénat montrera toute sa puissance : non pas en se déchirant pour le plaisir, mais en débattant pour construire.

Ce soir, je vous propose un premier acte d’État. Un acte concret. Un acte lisible. Un acte qui dit au monde : la Kabalie se tient debout.

J’ai hâte de rentrer le 6 janvier avec vous, à vos côtés, afin de commencer définitivement cela.
Mais aujourd’hui, Sénateurs, aujourd’hui Tribuns, c’est votre premier round. C’est votre première épreuve de souveraineté.

Je vous remercie.


— À l’issue du discours, le vote est lancé. Les Sénateurs votent. La majorité absolue se dégage en faveur du plan.
Les trois Tribuns de la plèbe se lèvent à leur tour, et l’hémicycle répond d’une seule voix :


« Hourra ! Vive la plèbe ! Hourra !

Hourra ! Vive le patriciat ! Hourra !

Hourra ! Vive la Kabalie Unie et Indivisible !

Hourra ! Hourra ! Hourra ! »


Le Consul incline la tête, referme son dossier, et la séance se poursuit sur les premiers débats internes à venir.
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