10/04/2019
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Aux pieds du Polémarque - Fortuna/Youslévie/Antérinie/Maxime Feng/Velsna (hors gouvernement velsnien Altarini)/Volterra (Lograno)

Aux pieds du Polémarque

Que faire de Messalie


Point de vue narratif de l'introduction pré-rencontre: Gina Di Grassi (narré dans la "Grande Histoire de la Guerre dodécaliote")



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"En outre, je pense qu'il faut détruire l'Achosie !"


La voix tonnait encore et encore sur les marches du Sénat des Mille de la Grande République. L'institution sacrée avait toujours eu Dame Fortune pour gardienne, nichée dans son perchoir, dévisageant de ses yeux de marbre les bancs de l'assemblée des Hommes et des femmes illustres, le sang du sang de la patrie des fortunéens et des landrins, qui venaient ici se défier, par le verbe ou par le geste dans une éternelle valse de disputes, de polémiques dans l'espoir d'infléchir les décisions de la cité, de lui donner une nouvelle orientation, et parfois penser lui donner un nouveau souffle. Garants de l'ordre et populistes s'affrontaient, en venaient parfois aux mains, ce qui ne coquait guère tant les occurrences de tels bousculades furent nombreuses. Mais au cœur de cette foule versatile, le Sénat comptait ses piliers inébranlables, solides comme la pierre, aux idées arrêtées comme les crans d'un couteau. Parmi ces gens, il y avait les rangs des optimates fortunéens, revenus en force parmi les honorables excellences siégeant dans ces chaises de velours, sous le regard des héros de la République. Il y avait les prises de paroles habituelles, les postures éternelles, les lignes infranchissables dictées par des positions qui relèvent davantage de la foi que de la proposition politique. Parmi ces hommes, il y avait cette voix qui tonnait encore et encore les mêmes paroles, le mêmes discours, sans interruption depuis plus de quatre ans, depuis qu'il avait posé le pied parmi cette audience. Encore et toujours, il criait les mêmes mots:

"Il faut détruire l'Achosie !"


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Dom Altarini

Dom Francesco Mogador Altarini avait des idées...très arrêtées sur le pourquoi des choses, et comment faire pour y parvenir. Tantôt détesté pour ses positions hors-sol, sa vulgarité et sa brutalité, tantôt admiré car il avait construit de lui l'image d'un sénateur intègre, qui entendait ramener le pays des velsniens dans sa vertu originelle, la simplicité et la frugalité de ses élites, dont il pensait qu'elles étaient devenues mollassonnes, avachies et ramollies par le luxe venant de l'étranger: les colliers de perle de Youslévie que l'on apposait posait au cou des femmes, les voitures de sport teylaises qui remplaçaient les véhicules de fonction, le prêt à porter alguareno qui venait se substituer à la toga traditionnelle des sénateurs velsniens. Altarini ne détestait pas la modernité, il méprisait la facilité. Il s'était constitué un club d'admirateurs qui imitaient sa manière de parler, de se vêtir, d'aborder l'univers, avec le caractère austère d'un sénateur de l'ancien temps. Et encore une fois, il hurlait, dans sa quête vengeresse d'un ennemi ancestral, dont il estimait nécessaire qu'il existe pour que la patrie des velsniens reste virile:

"Il faut détruire l'Achosie !"


Encore, encore, encore, encore...La popularité de Dom Altarini auprès du peuple velsnien était sa force, mais dans la Velsna des Hommes du Patrice et des héritiers de Di Grassi, ce dernier restait un éternel rôle secondaire de la vie politique de la cité sur l'eau. Il était de ces tribuns que l'on va voir pour assister à un grand spectacle, mais dont on n'attendait point de solutions concrètes. Dom Altarini, pour beaucoup, n'était qu'une succession de postures de principe, d'une réflexion qui flattait l'égo des velsniens, mais qui était datée, figée dans le temps. Altarini maudissait sa propre impuissance, et n'attendait qu'une opportunité de devenir bien davantage. Il était à l'affut de la moindre opportunité, de la moindre occasion de démontrer à tous que les conservateurs au pouvoir et les modérés efféminés qu'il était leur alternative véritable, en lieu et place d'eurycommunistes bien gênants. Chacune de ses manœuvres était dirigée dans ce sens, bien qu'à première vue sans rapport avec son obsession achosienne. Il se savait impuissant, alors il trouva des court-circuit, il provoqua la chance, comme si Fortuna lui donnait quelques cartes avec lesquelles il s'était donné la charge de défier bien plus grand que lui.

La trahison de l'ancien hégémon de la Dodécapole fut le point de départ de la construction de sa puissance, lorsqu'il prit sa place. Toute provisoire qu'était sa place d'assurer la défense des cités de la confédération dodécaliote, villes sœurs de Fortuna qui avaient essaimé partout en Manche Blanche, il avait conscience qu'une telle nomination ne se représenterait pas deux fois. On lui avait consenti ce rôle en des temps d'élection, dans l'espoir de l'éloigner de la cité durant l’échéance, sans succès, car il fut réélu. Le Sénat espérait voir un Homme de paille impuissant endosser sans force aucune une fonction croupionne, là où Agricola avait laissé l'Hégémonie désarmée, ayant emporté sa flotte jusqu'à Adria, où celui-ci l'avait livré à son amante. Agricola n'état qu'un contretemps sur la route d'Achos, il en était persuadé, et l’hégémonie recelait un grand potentiel en tant que base de pouvoir. Un Altarini sans moyens avait donc pour tâche de traquer un forçat, étant lui-même sans argent et sans force. Aussi, l'illustre sang de Fortuna rongeait son frein, jusqu'à ce qu'il reçoive un intriguant courrier de la personne à laquelle il s'attendait le moins à recevoir une proposition...

Salvatore Lograno. Le "Magnifique". L'un des nombreux hommes qui convoitait sa fonction, le tyran de Volterra. Le "Protecteur", tel était son titre mal acquis par une prise de pouvoir illégitime en sa propre ville, était de ces mercenaires et coupes-jarrets dont il ne fallait guère tourner le dos plus de quelques instants. De magnifique il avait surtout son audave, bien davantage que sa basse naissance, qu'il compensait avec une fortune douteuse faite d'obligations, de placements dangereux et de l'accumulation de richesse d'une vie de mercenariat. Différent et semblable à la fois à Altarini, il était persuadé de la nécessité de la figure de l'Homme providentiel dans la politique, les deux Hommes gouvernant selon des méthodes similaires, mais armés d'un mode de pensée tout autre. Là où Altarini avait fait du respect du passé sa légitimité, et de l'Achosie le but final de toutes ses démarches dans l'univers, Salvatore Lograno était l'homme de l’accélération des choses, un tyran prônant le mouvement en permanence, ne pouvant se satisfaire d'une position sûre et retranchée, faisant vadrouiller son armée à l'odeur des gains, et à la perspective d'une place au soleil bien moins ombragée que celle de sa petite ville d'origine dont il était devenu le seul roi. Il concevait son armée comme son État, et n'avait que peu d’intérêt pour l'administration de sa cité de Volterra. Il ne percevait la guerre que comme un moyen comme un autre d'assouvir un désir de richesses et de prestige, et était bien davantage un aventurier qu'un Homme d'état. Mais comme Altarini, il était à la recherche de tout ce qui lui permettrait de payer une armée assez conséquente pour faire main basse sur l'ensemble de la Dodécapole. Ainsi lui était venu l'idée de prendre contact avec l'un de ses ennemis, qui nourrissait les mêmes ambitions que lui, tout en prévenant le pouvoir fortunéen de son arrivée imminente au centre du monde.

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Salvatore Lograno effectuant un salut rhémien

Fortuna était le centre du monde, mais l'épicentre d'un univers marqué par la tristesse et l'inquiétude de ne plus jamais percevoir la silhouette de la Doge de la "cité qui coule". Les étroits et sinueux canaux de la plus belle des villes étaient devenus silencieux: un temps sans fêtes et sans carnavale sous un ciel gris. Ce fut comme si tout le peuple fortunéen fut suspendu dans ses activités, retenant sa respiration dans l'espoir d'une bouffée d'air salvatrice, en lieu et place d'un dernier soupir d'adieu de la femme qui avait représenté l'état fortunéen ces vingt dernières années.

Mogador Altarini fut le premier à parvenir sur ses rivages, non sans une certaine appréhension. Il ne faisait pas secret que c'était un homme aussi brutal que lui, et aussi mesquin que Lograno qui avait désormais la main haute sur les affaires publiques, au nom de la doge. Altarini en voulait à tous et à toutes dans cette cité pour ne pas avoir protégé la vie de son oncle illustre, qui fut pleuré dans tous les coins de la Terre, se souvenant de son point de vue impartial sur l'univers, dans l'heure des pronos. Ce gouvernement n'avait point su protéger l'un de ses membres les plus nobles de sang, et il en voulait à a grande faiblesse d'une doge dont les dernières années de règne furent marquées par une fracture de plus en plus profonde: la cinquième colonne landrine n'était pas un mythe, et elle avait prit le contrôle de la cité sous la forme d'un être amené sur Terre pour défier sa foi en Fortune. Se ferait-il assassiner en venant ici ? Etait-ce un piège tendu par Lograno et Déria à son encontre ? Possible, mais peu probable si il y avait d'autres représentants internationaux à cette rencontre. Cela n'empêcha pas l'homo virilis de s'entourer d'une petite garde de fidèles.

Curieusement, Salvatore Lograno en personne avait adressé à son rival la tenue d'un premier rendez vous, devant précéder la tenue de la rencontre avec les autres délégations en un endroit doté d'une signification à tous deux. Le colosse du Polémarque se tenait là, enjambant un bras de mer, pointant la Leucytalée du regard, tenant une immense torche dans sa main droite. La statue du meneur mythique des esclaves en fuite depuis l'orient, le fondateur, dit-on, était tant immense, qe les Hommes ne pouvaient faire le tour de son pouce avec leurs bras. Altarini se décrivait comme un fidèle de Fortuna, tandis que Lograno était "son fils préféré".

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Tony Scarla, bras droit et éternel fidèle de Lograno

Le mesquin l'attendait en ce lieu sacré, sans armes, uniquement accompagné de son fidèle, Tony Scarla. Les deux hommes, se vouant une haine féroce gardèrent une distance, Tony Scarla bras croisés, se tenant entre le sénateur velsnien et le tyran de Volterra:

- Je ne pensais pas que tu viendrais, "Hégémon".
- Moi non plus, et moi qui croyait que tu n'étais pas un homme...
- Tu sais, ce n'est pas moi qui passe mon temps à disserter sur ma prétendue virilité. Et je ne me sens pas obligé de tailler des hommes musculeux dans du marbre. Mais bref, nous ne sommes pas là pour nous battre, et je pense pouvoir de tuer plus tard.
- Tu m'en diras tant.
- Je pense que nous avons davantage à perdre qu'à gagner à nous entretuer maintenant, et ici. Je suppose que tu n'a spas envie de laisser la Dodécapole à Agricola ? Eh bien, moi non plus. En revanche, je sais que nous avons tous deux besoin de la même chose: de l'argent, beaucoup d'argent. Faire la guerre coûte cher, Mogador, même si je ne t'ai jamais croisé sur aucun champ de bataille. Il faut bien trouver du temps pour écrire des essais sur le besoin de garder une musculature sculptée... Mais bref, si nous réussissons notre coup aujourd'hui, je pense qu'il n'est pas déconnant de concevoir qu'il ne puisse rester que nous deux à la fin, parmi les dodécaliotes. La Banque océane est riche, très riche, et son argent dort, inutile, alors qu'il pourrait servir notre gloire. Aussi, je viens te faire, sous la statue du fondateur, la proposition d'une alliance temporaire: ta flotte, la mienne, et éventuellement celle de nos futurs partenaires, ensemble, pour nous partager un butin qui n'attend que nous. Qu'en dis-tu ?


Tony Scarla feignit un pas en avant, avant d'hésiter, puis de réculer. Altarini était confronté à un choix: celui de collaborer indirectement avec l'assassin de son oncle par l'intermédiaire d'un serpent tel que Lograno, ou fermer la porte à la meilleure opportunité de se constituer une véritable base de pouvoir. Si Scarla s'avança, Altarini recula...et tourna les talons, le tout en esquissant une réponse laconique:

"Je préfère discuter directement avec le maître qu'avec le chien. Nous verrons cela en réunion."






Deria était un homme occupé, très occupé. C'était là le moins que l'on puisse dire le concernant et la chose était d'autant plus vrai depuis que ce dernier avait été investi de pouvoirs encore plus exceptionnels que ceux qu'ils possédaient déjà, bien que cela ne soit que pour un temps et fut à sa plus grande surprise, comme quoi ses actions étaient très certainement soutenues par Dame Fortune elle même au vue de l'alignement des astres qui suivait systématiquement son sillage. Les derniers jours avaient le cas échéant vu une augmentation sans précédant des tribulations et autres allers et venues diverses devant ce dernier de la part d'innombrables individus, tous plus désireux les uns que les autres de gagner sa faveur au vu des dynamiques du pouvoirs qui avaient radicalement évoluées depuis que le Doge s'était effondrée en direct devant les caméras au Sénat, une successions sans discontinuer de sycophantes et autres lèches bottes professionnels plus intéressées par la préservations de leurs petits privilèges ou par l'opportunité de s'élever par le moindre effort que de réels gens de mérite.

Bien que l'Amiral ne l'eut montré aux concernés, acceptant ces "déclarations de loyauté" avec tempérance et magnanimité, tout cela l'avait dégoûté au plus haut point car il homme à
exécrer plus quiconque en ce bas monde tout ces parasites et autres sangsues qui ne faisaient que s'engraisser sur le dos des méritants sans apporter quoique ce soit à la société et à l'intérêt supérieur. Oh, si ils n'avaient pas tous été des idiots utiles à ses projets et à son image... Mais le monde était ainsi, il fallait composer et faire des compromis, sacrifier des pièces et faire des croix sur certaines convictions afin de jouer la montre, quitte à rectifier des tords plus tard. Ceci dit, cela ne voulait pas dire pour autant qu'il allait consentir à souffrir la présence et les paroles des médiocres à toute heure de chaque journée, aussi avait-il finalement après avoir vu l'orée d'une migraine se présenter au loin, délégué massivement à ses subordonnées ou à des faire-valoir qui ne vivaient que pour écouter l'ambroisie couler dans leurs oreilles, ces tâches mondaines qu'ils considéraient ingrates et indigne de sa personne.

Le vieux Derrizio tenant les affaires courantes du gouvernement, et l'ensemble de ce dernier sous surveillance de ses fidèles, l'Amiral avait ainsi songé à se retirer à l'Arsenal de Santa Leone afin d'étudier le cas de l'ogre Loduarien et ses actions en Antares, une affaire bien plus intéressante et potentiellement plus utile à son Agenda sous réserve d'utiliser ses retombées correctement, d'autant plus que l'on avait murmuré à son oreille que d'autres acteurs, assez improbables de surcroit, lui avait adressé quelques requête vis à vis de cette affaire, de quoi attirer son attention tout du moins. Ou plutôt ce fut ses projets jusqu'à ce que quelques oisillons de la Maréchaussée Fantôme s'en viennent lui susurrer que deux invités bien plus distrayant et méritant que quiconque en cette cité à l'heure actuel était actuellement "en pèlerinage" aux pieds de la Statue du Polémarque, pensée et vision qui lui arracha un sourire d'amusement. A priori, personne d'autres de notable n'était au courant de cette... Visite. Ou plus exactement, la frange landrine de la Maréchaussée avait crée assez d'artifices et de distractions afin d'élever un vaste nuage de fumée permettant de mystifier les yeux vigilants qui rôdaient encore, attirant l'attention des uns et des autres sur des non-sujets de tel manière à ce que lorsque la supercherie soit éventée, il eut été trop tard pour enquêter ou intervenir.

En d'autres termes, cette entrevue secrète le serait totalement. Et elle s'annonçait des plus fascinantes au vue des trois personnalités qui se feraient face.

Dégainant une montre à gousset en or massif d'une des poches de sa veste, Deria constata qu'il serait probablement en retard de quelques instants le temps de faire le trajet, très probablement une manoeuvre calculée de la part de la part de ses assistants d'ailleurs dont la plupart devaient déjà être sur place. Cela faisait parti des grands jeux mondains et des étiquettes que de savoir se faire désirer et attendre, ce depuis des lustres et des lustres, contrairement aux flagorneries et courtisaneries sans intérêts, cela relevait des traditions qu'il pouvait respecter car la chose avait un réel intérêt, à savoir établir une certaine forme de hiérarchie sans avoir à user ne serait-ce que d'un seul mot. Mais cela n'était pas suffisant. Après tout les deux individus qu'il devait rencontrer aujourd'hui étaient ce que l'on ne pouvait décrire autrement que comme des forces de la nature. Deux personnalités aussi fortes, têtues, imprévisibles et rusé qu'il pouvait l'être. Quoique pour l'un d'eux il pouvait légitimer douter de ses capacités en matière de finesse et plus encore même... Après tout Mogador Altarini le détestait cordialement, c'était là un secret de polichinelle que les hautes sphères politiques de Velsna et de Fortuna passaient sous silence notamment du fait que l'autoproclamé "homo-virilis" était plus le vilain petit canard de la classe sénatoriale de la Grande République qu'un ténor de cette dernière. Un dogue qui aboyait plus qu'il ne mordait jusqu'à présent, et bien qu'il ne fallait jamais sous estimer les animaux car même le plus insignifiant pouvait transmettre d'immondes maladies par sa morsure, il faisait peu de doutes qu'il avait en travers de la gorge la mort de son Oncle. Ironie du sort, c'était le seul à avoir le nez fin et a avoir touché juste sur la vérité quand à celle ci, un assassinat déguisé, auquel beaucoup ne croyaient pas car l'individu était considérée comme une boussole indiquant le Sud, dès qu'il clamait et hurlait quoi que ce soit, il convenait de faire son contraire... Dame Fortune avait décidément un sacré sens de l'humour, à faire que Mogador Altarini qui se voulait être un Héro prophète des temps anciens ne fut finalement qu'une Cassandre. Même lui servait ses intérêts finalement quoique involontairement.

Malgré tout, force était d'admettre que l'individu avait de l'ambition et des idées, et essayait de se démener envers et contre tout pour se donner les moyens de les mener à terme, même si ses succès étaient... Limités pour diverses raisons. Toutefois, cela n'en demeurait pas moins quelque chose que l'amiral pouvait respecter. Une des raisons pour laquelle il avait d'ailleurs consenti à ne serait-ce que rencontrer l'intéressé, sous réserve que ce dernier serait prêt à faire la part des choses à et mettre de côté ses émotions malvenues pour viser plus haut, cela pourrait même donner lieu à quelque chose de plus... Grand.

Ceci dit, l'autre individu était plus... Fourbe dira-t-on. Lograno... Un être dont l'ambition démesurée ne connaissait guère de limite, capable de toutes les bassesses et de tous les exploits, et bénéficiant d'une chance insolente digne de son titre autoproclamé de fils de la fortune. Un renard capable d'apporter la bonne fortune et des résultats un jours et de vous poignarder dans le dos le lendemain sans aucun remords si il a quelque chose à y gagner. Un être sans foi ni loi qui ne vit que par une seule règle, le vainqueur est roi. Collaborer avec était ainsi toujours potentiellement à double tranchant, pour autant, c'était aussi des opportunités de richesses et de gains à ne guère négliger tant que l'on demeurait vigilant. Il ne faisait aucun doute que si ce dernier se plaisait à le courtiser et à chercher à s'associer avec lui depuis déjà quelques mois, cela n'était guère plus qu'une lubie passagère qui s'estomperait le jour où son égo et ses moyens surpasseraient ceux de tout autre. Car in fine, Lograno était quelqu'un d'extrêmement simple à cerner, il ne désirait ni plus ni moins que s'élever jusqu'à être au dessus de tout, quitte à ce que ce ne soit que passager avant de chuter de manière flamboyante tel Icare.

En d'autres termes, deux fortes têtes qui ne s'appréciaient pas nécessairement ni ne l'appréciaient pas non plus lui, mais dignes d'un minimum de respect et pouvant... Apporter quelque chose. Potentiellement. Restait à déterminer le détail.

Ceci dit, comme mentionné plus haut, se faire désirer et arriver avec un léger retard pour établir une forme de dominance n'était pas... Suffisant. Il fallait quelque chose de plus... Et l'Amiral avait une idée en tête à ce sujet... Une petite surprise afin d'agrémenter le paysage qui se révèlerait en temps et heure, aussi prit-il ses dispositions immédiatement avant d'embarquer sur l'une des vedettes militaires afin de traverser la lagune jusqu'à l'île Mère même, débarquant après une brève traversée sur la jetée de béton dédiée au site du Polémarque. D'ordinaire les lieux étaient pleins de monde, touristes et pèlerins croyant dur comme fer au mythe venant observer ou rendre hommage au Titan veillant sur la Ville qui sombre. Mais aujourd'hui rien de tout cela, les lieux étaient déserts, l'on devait cela en partie à l'air morose qui régnait sur Fortuna même à cause de la tension ambiante réanimée suite aux mésaventures du Doge d'une part, mais aussi au fait que les hommes de l'Amiral avaient fait le ménage en amont en faisant décréter une zone d'exclusion au grand public pour "entretient".

Ainsi, la jetée désertée par les civils, étaient occupé par un assortiments de soldat de marines et d'agents de la Maréchaussée Fantômes qui veillaient au grain. Ceux ci accueillirent l'Amiral en grande pompe alors qu'il mettait pied à terre, flanquée par une véritable garde prétorienne de membres d'élites des Tercios da Màr, la fierté des troupes de l'amirauté. Les officiers masquées de la Maréchaussée Fantôme, ouvrirent ensuite la marche sur la brève montée qui menait au site "sacré" siégeant aux pieds de l'immense statue, l'un deux annonçant formellement tel un héraut l'arrivée de l'Amiral Custodes Francisco di Deria dont la silhouette impassible se dessina bien assez vite, avançant d'un pas ferme et décidé, encastré dans ses atours de commandant suprême de la marine fortunéenne.

Ce dernier se planta finalement avec flegme, face à ses deux "invités", détaillant chacun d'entre eux et leurs accompagnants, d'un regard inquisiteur et sévère tandis que sa suite se disposait, Tercios, tout d'armure tactique vêtues et fusils en mains, au garde à vous en dans une ligne parfaite, la Maréchaussée sur les côtés afin de "délimiter" les lieux, tandis que deux de ses officiers flanquaient l'Amiral. Il nota d'ailleurs dûment la présence d'autres individus, qu'il connaissait de visage, ou de nom lorsqu'un des porteurs de masque se pencha pour le lui souffler.

Ne disant guère de mot initialement, l'amiral se saisit méthodiquement après sa brève inspection de sa montre à gousset. Il était l'heure, se tourna de moité, il porta son regard au loin vers la Lagune alors que l'ombre d'un Mastodonte se profilait dans celle ci. Le Croiseur Kremnos, le fleuron de l'amirauté se mouvait au loin, lentement, mais surement, à la fois proche et lointain. Et il ne fallait guère être devin pour deviner que l'apercevoir d'ici n'avait rien d'un hasard, de même que toute cette mise en scène.

Deria était chez lui après tout, et il entendait mettre cela au point avant toute chose. Cela étant fait, il pouvait désormais passer au coeur de l'affaire qui concernait toute cette "auguste assemblée".


Francisco di Deria - << Seigneur Protecteur de Volterra. Hégémon de Dodécapole, Excellences dont j'apprends à l'instant la venue... Soyez les bienvenus à Fortuna Mater... J'ai entendu dire que vous souhaitiez me parler... >>

Il écarta les bras, mains tournées vers l'extérieur, aucune théâtralité, simplement la gestuelle, directe et sobre. Tout comme son ton.


Francisco di Deria - << Me voilà... Mon temps est précieux, mais pour l'heure avez mon attention... Je vous écoutes donc. >>

Proclama-t-il simplement sous le regard silencieux du Polémarque qui servirait en ce jour de témoins à ce qui se jouerait ici.

Voici les cadeaux qu'on reçu les différents participants ; Deria a eu la statue en verre représentant un lion, beaucoup plus grosse et plus détaillée sur GK, quant à Altarini il a eu le droit à ces couvres-chefs, je laisse Brennus choisir ce qu'il a pris; même je lui préfère le petit chapeau (Capèth), qui lui donne un certain style avec la togata. Désolé pour les proportions, je n'ai pas autant de talent que Timour pour de tels montages... Pitié lisez ce que j'ai écrit !

« Tu te tais et tu écoutes. »

- « Père, Monsieur d’Antrania vous demande au combiné, c’est urgent, et je crois que c’est en lien avec vos vacances à Fortuna. »

- « Ah, je me disais bien que l’on ne peut pas jouer les Catilina sans recevoir quelques coups de férule… Dis-lui que ce n’est pas possible, que je travaille sur un… Comment tourner ça sans l’inquiéter… Hum, un projet, oui un projet important de Terrabilis. Rassure-le surtout, tu ne connais pas notre ministre des Affaires étrangères, mais c’est un pleutre. Toujours bien mis et toujours lisse, mais jamais capable de prendre des décisions qui choquent… Il est lâche, et si je lui dis que je vais probablement être à l’origine de quelques troubles à Messalie, je suis certain de me faire muter au Gondo… Donc reste vague, après tout, je suis sûr que lui-même ne veut même pas savoir ce qui se trame derrière cette visite touristique. Et puis s’il insiste, je veux que tu saches te montrer ferme ; c’est certes mon supérieur, mais son parti est aussi dépendant des fonds de Terrabilis, et il sait pertinemment qu’il n’a pas le droit de se mêler de ses affaires. »

- « Bien père. »

Et tandis que son fils s’en allait, Marc de Saint-Jacques-des-Mers, diplomate et homme d’affaire finissait de siroter son sirop tandis que le vent marin caressait son visage. Confortablement installé dans son bateau de plaisance, regardant négligemment les sculptures et les bibelots hors de prix qu’il avait acquis à Messalie, il ne pouvait s’empêcher de penser à ce qui allait se passer. Alors, qu’il s’installait devant son bureau en acajou, qu’il fueilletait les documents comptables et qu’il continuait à finir son verre, il continuait à tenter de prévoir ce que feront ses interlocuteurs. Et il n’avait strictement aucune confiance en eux. Seulement, s’il voulait avoir sa part, il fallait qu’il participe à cette conférence ; Terrabilis est à l’étroit en Antérinie, elle se sent prise en étau alors que des marchés extérieurs, bien plus lucratifs sont à conquérir ; Messalie n’attendait que ça, l’Hernandie aussi. Malheureusement des règles existaient ; et ces cadres étaient trop contraignants pour Terrabilis qui s’acclimatait très bien du vide ; sans contrainte, inutile d’engager des frais supplémentaires pour s’acheter les bonnes grâces d’hommes politiques complaisants ou des avocats véreux…

Car après tout, la mascarade messaliotte le fatigue, plus encore, elle l’épuise. Ces faquins qui se la jouent nationalistes ou populaires quand ils ne sont rien d’autres que des moucherons cherchant une place dans ce concert de violon répétant inlassablement le même concerto et jouant la même valse depuis des décennies. Seulement, dans ce monde politique nécrosé par des décennies de libéralisme, le loup pointait le bout de son museau ; les montagnes d’or engrangées par ces politiques mortifères devenaient des prétextes pour les démagogues de tout poils cherchant désespérément à profiter de cette manne financière ; l’argent n’a pas d’odeur et la cupidité n’a pas de couleur politique. Et ce manège là, lassant, ennuyait grandement l’Antérinien ; lui qui était là pour faire des affaires, le voilà obligé de prendre en compte une fureur populaire que des populistes en mal d’électeurs tentent à tout prix d’activer. C’est pour ça qu’il préférait mille fois voir Lograno le flamboyant prendre le pouvoir plutot qu’un de ces malades de l’Olivier ; eux représentaient un risque pour les bénéfices qu’il commençait à faire ; ces souverainistes capables de nationaliser des pans entiers, des secteurs stratégiques et surtout le monde agricole. Le racisme pouvait aller, il aurait pu s’en accommoder. Tant qu’il ne s’accompagnait pas de mesures trop brutales. Malheureusement, les Oliviéristes n’étaient pas les seuls ; les agents de Lyonnars étaient décidés à semer la zizanie en plus d’exciter les foules contre les « parasites » qui avaient eu le malheur de s’enrichir. Il n’avait jamais osé imaginé qu’un cocktail pourtant infecte puisse connaître un tel succès ; l’offre politique messaliotte n’avait que deux alternatives à proposer ; la peste ou le choléra. Tout cela le fatiguait tellement, au moins ces sculptures de verre posées devant lui l’apaisaient, elles très belles, finement taillées, des meilleurs verriers de toute l’Antérinie ; au centre de cette collection, un magnifique lion d’Afarée ; extrêmement détaillé, ses poils sont si finement travaillés que l’on croirait que sa gueule peut s’animer et que sa queue peut bouger. Le Beau avait cet avantage, il reposait, au contraire de la politique. C’est pour ça qu’il veut à tout prix rencontrer Lograno et ses « amis » très particuliers. Pour faire des affaires sans craindre une révolution.

Ce qui l’inquiétait, ce n’est pas les frasques de tels personnages ; que Lograno se prenne déjà pour le nouvel hégémon de Messalie était certes inconvenant, mais de là à dire que sa vanité était son principal défaut… En vérité, le plus dérangeant avec cette figure haute en couleur, c’est sa surprenante capacité à se trouver des amis… pour le moins inattendus… Ce n’est pas un chef d’État, c’est un routier. Il ne gouvernait pas sa cité, il régnait uniquement sur sa bourse. Ses concitoyens étaient les Cryptoboros, ses sujets étaient les habitants de Volterra. Et ça qui inquiétait l’Antérinien ; se mettre un tel homme dans la poche n’est pas facile, ce qu’il attends est avant tout de l’argent, ou à défaut des hommes. Et ça, l’Antérinien savait qu’il était hors de question de laisser les enfants à un tel fou ; qu’il prenne le contrôle de la Dodécapole est le problème des velsnien, en revanche, débarquer en Leucytalée et exporter la guerre aux portes de l’Antérinie lui était insupportable. Non pas qu’un conflit éclate, après tout, Antrania et Marcine n’ont jamais eu peur de se retrousser les manches et de mettre sous blocus des États si ça leur permettait de gagner quelques avantages, par contre, établir un État fantoche instable, sous pression et sous occupation à quelques dizaines de kilomètres des plus grandes villes d’Eurysie du Sud représentait un risque non négligeable ; pire encore, cela pouvait se retourner contre l’Antérinie, et si d’Antrania devait apaiser ses voisins orientaux, il n’hésiterait pas à sacrifier Terrabilis.

Car nous en revenons toujours à Terrabilis ; le contrat tacite entre la Confédération et les grandes entreprises était simple ; tant qu’elles payaient les impôts sur les bénéfices et qu’elles ne nuisaient pas aux intérêts directs de l’État, elles pouvaient à leur guise à l’étranger ; la morale et l’éthique n’étaient pas des notions universelles, elles avaient des frontières clairement définies. Et Marc agissait dans l’intérêt de Terrabilis, en tant qu’officiel du gouvernement antérinien, il est vrai. Seulement, il utilise ce déguisement, ces saufs conduits et ces privilèges pour poursuivre des objectifs propres ; son grand-père dirige l’un des premiers groupes agricoles du monde ; Terrabilis inonde des États entiers de ses produits ; et encore une fois, Antrania ferme les yeux tant qu’elle en bénéficie indirectement. En revanche, si les plans de l’entreprise capote, que la Cité de la Baie demande des comptes ou réclame des explications, le gouvernement jettera l’eau du bain avec le bébé ; et dans ce cas-ci ce sera à Terrabilis d’en assumer les conséquences. Seule, sans soutien aucun. C’est pour cette raison qu’il avait si peu confiance en Lograno ; son tempérament emporté et ses… excentricités en faisaient un pari tellement hasardeux qu’il craignait que si cette conférence n’aboutissait pas, les conséquences tomberaient comme la lame du tranchoir.

Si seulement il n’y avait que cette figure haute en couleur…En effet, à ses côtés traînait Son Excellence dom Altarini, homme tout aussi… spécial que son rival. L’Antérinien ne comprenait toujours pas ce que faisait ce « fou » ; n’était-ce pas lui qui propageait les pires théories du complot à propos de l’accident de son cousin Son Excellence Dom Juan Altarini qui serait en réalité un odieux assassinat perpétré par la cinquième colonne, ou une histoire dans cette veine-là… Comment pouvait-on inviter quelqu’un de si dérangé à une conférence pourtant si décisive ; surtout qu’était Mogador au Sénat des Milles ? Si ce n’est un épouvantail ; les Fortunéens étaient en chute libre et pourtant on avait daigné invité ce toqué à ce sommet… Il devait forcément y avoir anguille sous roche… De ce qu’on avait dit à Marc, les deux hommes se haïssaient profondément ; on raconte que c’est une sombre histoire d’amour aux conséquences Ô combien insoupçonnées qui poussèrent ces deux personnages à se rabibocher, ou du moins à se tolérer pour mener à bien, à ce qu’on dit une véritable vendetta. Après, tout ces bruits de couloir et ces rumeurs sont bien lointaines pour un homme qui ne lit que les articles de Valeurs Antériniennes, d’Il Tiempo et de Quotidia. Seulement, comme il laisse des oreilles un peu partout, il a une vague idée de ce qu’il se passe, tant que ça se déroule dans les ministères antériniens ou messaliottes… Toujours est-il qu’il avait une certaine apréhension à l’idée d’avoir un homme d’une telle trempe en face de lui ; ils étaient des spectacles ambulants quand lui n’était rien d’autre qu’une éminence grise tout à fait banale et ennuyeuse.

- « Père, vous avez penser à prendre quelque chose pour Deria ? »

- « Deria ? Je n’ai pas lu son nom, rassure-moi, tu t’es trompé. N’est-ce pas ? » lui répondit Marc, les yeux écarquillés, pris d’une peur qui lui tenait le cœur si violement qu’il pensait qu’il allait faire une crise cardiaque dans l’heure.

- « Non, je vous assure qu’il est cité tout en tête de liste Père, pourquoi ? »

- « Mon Dieu, venez-nous en aide ! Prends cette verrerie ; oui ce lion ; il est magnifique n’est-ce pas ? Et bien on le lui offre ! »

- « Mais pour quelle raison Père ? »

- « Mon fils, comme tu es naïf ; Deria est un homme d’une grande intelligence, et d’une grande violence ; de tout les larrons que nous nous apprêtons à rencontrer, c’est de lui dont il faut se méfier ; pour quelle raison me dis-tu, tout simplement par ce que cet homme n’est pas un mortel ; c’est l’homme le plus puissant de toute la région. Et si tu veux entrer dans ses bonnes grâces, inutiles d’essayer de l’impressionner ; quand bien même les origamis de papier de la flotte kartienne réussissent à le faire sourciller, nous n’avons clairement pas de quoi l’effrayer. Dès lors, si la menace ne fonctionne pas, il faut se montrer doucereux ; lui démontrer que nous ne sommes pas une menace pour les intérêts de la Sérénissime. Crois-moi, l’Antérinie, malgré nos montagnes d’or que nous avons dans les coffres de la Banque Océane ou les tableaux valant des millions que nous nous offrons, nous ne sommes rien de plus que des moucherons en comparaison du Custode. Cet homme là, mon enfant, est un titan, et si nous ne faisons rien pour l’amadouer, il nous brisera. Surtout, avec la faiblesse du pouvoir fortunéen… Nous ne sommes rien d’autres que des diplomates d’une petite puissance maritime ; et si le Grand Amiral des Ténèbres le souhaite, il peut prendre des vacances devant le port de Saint-Jean-de-Luz avec son croiseur… Et mieux vaut éviter qu’il prenne mal notre venue… »

- « Mais je ne comprends pas Père, pourquoi devrions-nous nous applatir alors qu’il n’est rien d’autre que le chef de la Marine d’une nation alliée, et puis la Confédération est… »

- «… Tu te tais et tu écoutes. Ne sois pas si simplet ; tu le sais tout aussi bien que moi mais les rapports politiques se basent sur des rapports de force ; dans une conférence comme celle-la, il n’y a pas d’alliés, il n’y a que des intérêts qui convergent, rien de plus, rien de moins. L’amitié est un bien grand qui ne signifie que deux choses ; soit les puissances sont d’une force tellement équivalente qu’elles sont obligées de se tolérer pour ne pas s’entre-tuer inutilement, soit une différence de puissance existe et l’une se soumets à l’autre en appelant son joug amitié. C’est aussi simple que cela et dans ce cas-ci, nous sommes dans la seconde position. C’est pour ça que nous devons éviter d’attirer son regard et lui montrer que nous avons conscience de son emprise sur la Leucytalée ; nous appelons ça cadeau, mais ce présent aurait bien pu s’appeler tribut. C’est pour cette raison qu’il faut faire preuve de tout notre respect pour l’Amiral fortunéen ; pour bien commencer, il faut savoir ravaler son orgueil et s’incliner, je sais c’est difficile, surtout pour des luzois, mais c’est le meilleur moyen pour ne pas être pris en grippe. Tu as compris. Et surtout, n’attire pas l’attention. »

- « Et pourquoi les autres ne reçoivent pas de cadeaux de notre part ? »

- « Comme tu es chou mon fils… Ah Antoine ; ne comprends-tu pas que nous ne sommes pas non plus des domestiques ; il faut lui offrir ce cadeau avec discrétion, c’est la base même de nos rapports ; si je lui témoigne devant tout le monde ma soumission, et bien pour qui passerai-je ? Si ce n’est qu’un serviteur que l’on sonne ? C’est complètement stupide enfin ! Il faut lui faire ce charmant présent le plus tôt possible, et l’informer de la même manière de notre arrivée. Quant aux autres ; je pense que Dom Altarini appréciera les couvres chefs typiques de nos régions ; je crois que nous avons un béret ou deux à offrir, peut-être même un Capèth des Marches, oui tu sais ce couvre chef très classe et très élégant, souvent bleus, aux bords larges et couronnés d’un petit nœud fait en satin. Rien de mieux que ça pour faire preuve des bons sentiments qui nous animent vis à vis de ce fou… Quant à Lograno rien de plus compliqué que d’investir trois millions de talents d’or dans son ponzi, le Lograno-coin, pour montrer que nous savons aussi nous montrer généreux. Tous doivent être animés de bons sentiments à notre égard. Quant à Vera, qui copiera toujours avec maladresse Deria, y compris dans son nom, faisons l’apologie de la Messalie hellène et touti counti pour ne pas avoir besoin de s’en faire…. Je parle, mais je parle, mais nous voilà déjà dans la le lagon de la Cité qui sombre, qui n’a jamais aussi bien porté son nom, il faut donc que l’on se dépêche ! » Il but d’un trait son sirop, l’accompagna d’un armagnac bien frais et donna plusieurs directives à ses domestiques.

- « Jacques, pendant que je mets mon costume croisé trois pièces blanc, pense à écrire ces quelques mots à Deria et à emballer comme il se doit le Lion marcinois de verre ; vous l’amènerez dans son appartement ou sa cabine, je veux qu’il le voit et qu’il sache que nous le respectons profondément ; est-ce clair ? Donc débrouillez-vous pour qu’il reçoive son présent, je pense que nous avons au moins une heure devant-nous… Tant que j’y suis… Ah foutu nœud papillon, son inventeur n’est personne d’autre que Satan pour demander à enchaîner une succession de nœuds aussi complexes ! Enfin, je m’égare, envoyez à Lograno ce billet où il est écrit que le Lograno-Coin reçoit toute mon attention et que je pense que c’est un atout pour Terrabilis d’en posséder quelques uns… Et pour le fou à lier, pardon pour Mogador, donnez-lui ce béret, ça devrait lui faire plaisir… Ils doivent tous recevoir les égards dus à leurs rangs, j’insiste ; est-ce clair ? »

Quelques heures plus tard, lorsqu’ils se retrouvèrent devant l’impressionnante statue du Polémarque ; et que Deria, fidèle à ses habitudes entamait un très bref discours, Marc n’avait qu’une espérance en tête ; est-ce que le Custode avait reçu son cadeau ? Lorsque l’Amiral des Ténèbres, comme il le nommait, eut terminé sa prise de parole, qui ne sortait en rien du commun,c’est à dire précise, chirurgicale, et glaçante, il regardait les autres participants ; les Velsniens se haïssaient et se regardaient avec hauteur tandis que les Youslèves restaient étrangement silencieux. Cela en devenait inquiétant, à croire que personne n’avait rien à se dire et que l’Antérinien allait devoir commencer ; seulement comment dire avec finesse qu’il faut se partager un État comme s’il s’agissait d’un morceau de viande que l’on découpe. Une tâche bien difficile à accomplir quand on a en face une femme qui se prétends défendre avec ardeur Messalie et son peuple… Il allait falloir temporiser, et espérer que quelqu’un ne s’embarrasse pas de pincettes, ce qui au vue des spécimens ici présents ne saurait tarder.

- « C’est un honneur pour moi, d’être reçu ici, dans le sein même de l’île Mère de Fortuna ; Amiral et Excellences. Je pense, que ce que nous allons nous dire changera la face du monde, ou du moins de la Leucytalée… Monsieur Lograno étant à l’origine de cette réunion, je pense qu’il saura bien mieux que moi préciser son projet et ce qu’il entends par donner un cap nouveau à Messalie. »

En clair, comme tout bon homme dépassé par la situation, l’Antérinien venait de refiler la patate chaude.
Aux pieds du Polémarque


Gina Di Grassi (2018)



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Le soleil tapait, laissait sa marque sur les corps, et ne donnait que peu d'endroits d'où s'en cacher. Il faisait peser un spectre, s'aplatissant de tout son ventre sur ce qui était comme une petite scène de théâtre youslève en plein air. Le soleil peut-être aussi oppressant, il peut tenir les tripes et porter tout son poids sous les épaules de ceux qui subissent ses rayons, presque aussi bien que les nuages apportant l'orage. Le soleil leucytalien, c'est lui que c'est jouer tant de choses: depuis la fondation de cette ville, selon le folklore par une cohorte d'esclaves en fuite, jusqu'au sac de Léandre, en passant par la fin de l'Empire des rhémiens, duquel est né une constellations de famtômes que l'on aurait bien du mal à qualifier d’États. Le soleil regarde l'Histoire se jouer, tel un dieu impuissant qui ne peut que contempler et rappeler le fait qu'il est là, au dessus des Hommes.

Altarini dés lors que le custodes se présentait à lui, ne pouvait détourner son regard vers un autre objectif que lui. Salvatore Lograno était devenu un détail au coin du regard, une tâche sombre qui ne comptait pas, un individu chicaneur qui convoitait la même viande que lui, mais envers qui il n'entretenait aucune inimitié personnelle. Entre Altarini et Lograno, le combat était chose naturelle: les deux Hommes ne respectaient que le langage de la force, le premier plus ouvertement que le second, et la guerre était de leurs avis respectifs, chose inévitable quand tous savaient que l'un convoitait le titre de l'autre. Mais ces deux princes acceptaient cet état de fait, comme les personnages d'une tragédie dont l'issue était depuis bien longtemps scellée par plus grande force que la leur: on pouvait l'appeler dieu, Dame Fortune ou quoi que ce soit d'autre qui donne du sens à la confrontation. Mais d'Altarini à Déria, il régnait autre chose que la rivalité entre les deux "fortunéens du nord". Francisco Di Déria s'était rendu coupable d'un crime d'honneur impardonnable dont la très grande majorité de l'humanité se refusait à le condamner du fait. Le sénateur avait alors ravivé en sa cité un profond sentiment d'une énième trahison du sang de Léandre: la cinquième colonne, thèse à laquelle s'était ralliée une partie de l'élite conservatrice, mais dont le gouvernement n'avait pas suivi les conseils, quant bien même celui-ci était encore marqué par l'existence d'un tyran scaelien qui avait trouvé refuge sous la jupe du fortunéen.

Aux yeux du monde, Déria était un Homme ferme, mais juste. Une froide et implacable justice. Mais ce que voyait Mogador Altarini n'était pas autre chose qu'un assassin dont il brulait de prouver un jour la culpabilité. A quoi bon, donc, traiter avec le mal ? C'est que le sénateur optimate était pressé par le destin, qui limitait ses possibilités et ses opportunités aux maigres forces vives et ressources dont il disposait. Hégémon, c'était un beau titre, un honneur théorique, une ancienne magistrature fortunéenne devenue fonction que se passaient entre elles les cités fortnéennes de la Ma,che blanche depuis le XIème siècle. Mais c'était un titre creux, fait avec du toc, des feuilles d'or aussi fines que le papier, sans valeur. La beauté n'est pas toujours synonyme de pouvoir sur les autres, et l'hégémonie était ainsi. Des hégémons, d'ailleurs, il y a en avait deux, du moins officieusement, tandis qu'un autre Homme en face de lui la convoitait tout autant, mais dans un cadre bien différent que celui d'être un simple "policier en bateau".

La crane d'Altarini luisait sous la lourdeur des rayons du soleil: il fixa du regard au loin la silhouette du croiseur: c'était donc lui, le Kremnos ? Qui avait rempli un terrible office aux abords de la cité messaliote ? Pas plus imposant que d'autres navires de son rang, certainement il l'était, mais ce qu'enviait Altarini se trouvait au delà de ce rivage: une flotte, l'une des meilleures du monde connu, avec à son bord, les plus grands marins de l'univers, peut-être même plus grands par leurs compétences que leurs compères de la Marineria velsnienne, qui reproduisait la masse mais sans panache et éclat. Ainsi, c'est ce qu'Altarini contemplait, en ce lieu que les trois Hommes présents sous ce soleil avaient décrété collectivement comme étant le centre de l'univers. Pas Léandre, pas Lykaron, pas Théodosine, pas Velsna, pas même aucune autre ville de ce continuum culturel qu'était le monde fortunéen. Non, l'épicentre du monde était là, à l'ombre du Polémarque.

Trois grands hommes: l'un avait une garde au complet, un autre n'avait que son sourire et un compagnon en toge pour bouclier, le dernier était seul avec son amertume et sa rage. Princes, ils l'étaient tous trois, égaux, ils l'étaient beaucoup moins. Tous les autres ne seraient que des figurants aux yeux d'Altarini: il n'avait que du mépris pour le pouvoir de l'argent incarné par cette étrangère icamienne, Fang. Il n'avait qu'une révérence lointaine pour les youslèves et leurs revendications messaliotes, et pour finir, il ne savait même pas ce que ces antériniens faisaient ici... De cette rencontre, il n'avait eu que l'invitation, en ayant deux ou trois certitudes sur les intentions de chacun. Toutes ces subtilités, pour le moment, n'appartenaient qu'à un Homme qui était à l'origine de tout ceci, qu'il gardait pour lui tel l'égoiste éternel qu'il fut. Les salutations du sénateur velsnien à Déria furent brèves et crispées, celles de Lograno seraient quant à elles surjouées et flatteuses à l'égo de son interlocuteur.

Le volterran venait à cette rencontre avec l'esprit bien plus léger que son rival: il avait choisi le terrain, il avait envoyé les invitations, il avait l'amitié de l'hôte... un Di Grassi ou un Scaela auraient pu voir le piège se refermer de loin sur Altarini, qui serait condamné à n'être que la troisième roue du carosse, mais Altarni, malheureusement, n'était ni Di Grassi, ni Scaela. Salvatore Lograno s’avança vers ce qui parmi tous les invités, formaient un cercle autour duquel tous se tenaient debout, sous les yeux de son éternel abonné, son plus fidèle, son seul véritable ami, Tony Scarla, qui avait les yeux ouverts grands comme des veilleuses. Il tourna son regard vers Altarini pendant que son "maître" prenait la parole, et n'avait de cesse de sourire à la vue du béret qu'il arborait, et qui avait été un cadeau du représentant antérinien...

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- Excellence Custodes Déria. L'honneur d’accueillir cette rencontre est le votre, mais l'honneur d'apercevoir ne serait-ce que la silhouette du Kremnos est infiniment notre. La victoire de Messalie vous appartient, et c'est avant tout des félicitations que j'entends vous adresser en première convenance, avant même de vous remercier pour votre hospitalité. Aussi attaché que je suis au Polémarque et aux vues imprenable du Palais des Doges de Fortuna, je ne suis pas devenu ce que je suis en faisant du tourisme. Je ne me déplace jamais pour rien, excellence, et ce que je dus vaut également pour vous autres, mes excellences, messieurs et mesdames. Le temps est plus précieux que l'argent: nous ne pouvons que fatalement le perdre, quand la perspective du gain financier, elle, ne s'estompe jamais totalement. L'investissement du temps, donc, est la plus grande des choses: davantage que les millions de madame Fang, ou que l'attachement de son excellence Altarini à son honneur, et à sa dignitas. Mais avec nos qualités et nos préoccupations personnelles, nous pouvons faire en sorte que la perte de notre temps et de notre jeunesse soit compensée par des gains matériels et politiques fabuleux. Nous voulons tous quelque chose de différent ici, mais nous pouvons faire en sorte de l'obtenir à chacun, et de nous en retourner sans regret.

Mes excellences youslèves sont ici parce que la Messalie leur revient de droit à leur humble avis. Son excellence le Custodes nous a accueilli car il est le premier défenseur de la sécurité de la mer Leucytalée, et qu'il a droit de regard sur tout ce qui flotte, d'ici jusqu'à l'horizon. Mes excellences antériniennes et mon excellence Fang, vous êtes ici car de tous les Hommes d'affaires que nous connaissons, vous êtes de ceux dont nous avons besoin, car vous prévoyez ce que nul ne peut encore prévoir à ce jour, vous êtes les bâtisseurs de fortune, et nous, nous en sommes les protecteurs. Enfin, nous, son excellence Altarini et moi-même, nous ne sommes que des princes qui avons des besoins immenses, et des ambitions qui se doivent d'être alimentées par des capitaux.

Vous le voyez: nous sommes tous ici pour une raison différente, mais Dame Fortuna a voulu que nous ayons chacun des interêts profondément convergents. Il se trouve qu'il est une cité en Leucytalée, qui attire le chaos comme le miel attire l'ours. Il se trouve qu'il est une cité qui se refuse à son intégration dans un monde youslève qui pourtant, lui tend les bras et la chérit. Il se trouve, que vous, madame Fang, deviez gérer une anarchie que vous n'avez jamais désiré. Et il se trouve, que nous avons chacun une armée et une flotte, qui demandent un entretien. Des objectifs différents, des interêts convergents. Messalie constitue à la fois la source de problèmes, tout en étant une solution. Elle est une cité faible, tout en étant riche à foison.

Imaginez alors ce qui pourrait se produire si par le plus pur hasard du destin, nous devions agir pour sauvegarder la stabilité et la paix leucaytalienne en intervenant là bas, dans le plus pur humanisme ? La ville est peu défendue, vulnérable, pas seulement sur le plan militaire, mais elle est le ventre mou de la sécurité leucytalienne de par la nature de ses institutions. Elle suit la volatilité des capitaux qui la dirige du bout du nez comme une amante à qui on accorde beaucoup trop d'importance. D'un jour à l'autre, il suffirait qu'une force hostile s'en empare, par la force ou par la ruse, pour que la cité des fortunéens, la Youslévie, l'Antérinie soient exposées. Que se passerait-il... A moins que nous prenions de suite des mesures pour "stabiliser" sa situation. Les institutions de la ville sont faibles et corrompues, son peuple craint et déteste ses dirigeants qui leur impose un régime où près d'un messaliote sur cinq ne peut dans les faits pas voter. Il suffirait de souffler depuis l'intérieur pour que la maison s'effondre: exciter la révolte, promettre la liberté et la démocratie, provoquer un soulèvement, et s'il rate, finir le travail avec notre marine et nos armées. Voilà ce que nous devons faire en premier lieu, et pourquoi ferions nous cela ?

Je n'entends pas à ce que nous agissions en fossoyeurs du système messaliote, il y a du bon à garder...lorsque nous sommes aux commandes. Il n'est pas dans mes intentions de proposer de dissoudre le conseil d'administration messaliote, c'est un outil puissant, et de plus, nous disposons là de sa dirigeante qui s'est jointe à nous ! J'entends simplement à ce que nous soyons en premier lieu tous gagnants sur le plan financier, en nous redistribuant entre nous et à parts égales les obligations du reste du Conseil. Ils auront à choisir entre le rachat à bon compte et la saisie pure et simple. Quant au système politique, nous pourrions chacun d'entre nous nous en constituer directeurs, le temps d'implémenter les réformes que nous voudrions y voir émerger, suite de quoi nous laisserons les commandes à des alliés locaux, des philhellènes bien entendu, auquel nous pourrions nous adjoindre le reste de l'opposition au régime actuel, cet "Olivier", par exemple. A titre personnel, la seule chose que je désire, ce sont les coffres de la Banque océane, rien de plus: son excellence Fang gagne un soutien inconditionnel au Conseil administration, les youslèves gagnent une ville, son excellence Déria gagne une mise en scène de sa pacification de la Leucytalée, ces excellences antériniennes gagnent des parts au conseil. Quant à moi et son excellence Altarini, nous gagnons des capitaux et la satisfaction du travail bien fait.

Voilà l'esquisse du projet que j'entends vous proposer. Libre à vous d'en parler en Hommes libres: je ne veux à mes côtés que des lions, pas des moutons.


Aux pieds du Polémarque (point de vue youslève)

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Pas mal non ?


"Putain on va encore être en retard". L'homme qui s'agitait à l'arrière de cette berline noire aux vitres teintées qui dévalait la cité fortunéenne n'était autre qu'Alkesto Divardra, Secrétaire aux Affaires Etrangères de la Youslévie. Il suffisait qu'il dise cela pour qu'enfin il aperçoive les pieds du Polémarque. Pas le temps d'admirer la vue, Divardra se détache et sort de la voiture. A ses côtés se tient un homme peu connu du grand public ni des diplomates étrangers mais ô combien important pour la République Fédératrice de Youslévie. Pourtant avec sa grande taille, sa morphologie longiligne et ses cheveux d'un blanc immaculé Kimon Theramenes ne passe pas inaperçue. C'est pourquoi il tient à se faire discret depuis qu'il a été nommé Directeur du Service de Sûreté et de Renseignement Extérieur Youslève.

Les chefs de la diplomatie et du renseignement youslève prennent le temps de remettre leur costume en ordre et s'avancent vers leurs interlocuteurs du jour. Pendant que Divardra s'excuse pour ce malencontreux retard et présente Theramenes aux personnes présentes, le tout dans un italien parfait, ce dernier scan un à un les membres de cette petite troupe venus ici pour se partager l'Eurysie.
Tout d'abord Francisco di Deria, l'homme fort de la Sérénissime. Son patron, Hemeraldo Vera, l'adore. Est-ce un gage de qualité ? Theramenes ne préfère pas se poser cette question, peut-être car il ne veut pas connaître la réponse. Dans tous les cas, force est de constater que les relations entre Fortuna et la Youslévie sont excellentes depuis que cet amiral a décidé de sortir de sa boîte. Il appuie parfaitement les actions youslèves et se met juste assez en avant pour ne pas récolter tous les lauriers. Efficace et diligent.
Ensuite Maxime Che Fang, présidente de la Fang Industries. Inconnue en Eurysie il y a encore 3 ans, elle est depuis devenue l'une des principales figures de la vie économique et politique messaliote. Plutôt perçue comme une libérale, elle a pendant longtemps été un caillou dans la chaussure des Prométhéens avec son tout nouvel empire médiatique. Toutefois, pour être ici elle doit sentir le vent tourner et visiblement les senteurs d'olivier qu'il lui apporte ne doivent pas la rassurer. Pas certain qu'elle épouse les idées unionistes messaliote mais elle n'en reste pas moins une femme d'affaire et en fin de compte avec ces gens-là ce qui prime ça reste leur business. Utile mais méfiance.
Les Antériniens maintenant. Les nouveaux bons élèves de l'Organisation des Nations Commerçantes, ils vivent le rêve onécien et n'en sont pas encore au contrecoup illibéral qui a frappé dans la quasi-majorité des pays membres après leur entrée dans l'organisation. Mais là, contexte messaliote oblige, c'était Marc de Saint-Jacques-des-Mer, patron de Terrabilis qui se tenait devant eux. Les dignitaires de la diplomatie antérinienne savaient-ils qu'il était là ? Pas sûr. Mais cela importait peu, l'Antérinie et la Youslévie entretenaient une relation cordiale et de coopération depuis l'entrée à l'ONC des premiers. Ils avaient littéralement une bonne relation de voisinage, se saluaient au dessus de la haie et se donnaient un coup de main quand il fallait faire du bricolage mais rien de plus. Les Youslèves avaient tendance à regarder d'un œil amuser leurs voisins monarchiques quand les Antériniens ne comprenaient visiblement pas Vera. Theramenes espérait bien compter sur eux pour l'affaire messaliote. Fiables et discrets.
Enfin les Dupont et Dupond dodécaliotes, Mogador Altarini et Salvatore Lograno. C'était peut-être ce qui se faisait de pire selon Theramenes, chacun à leur manière. Altarini était un conservateur, d'ailleurs il plaisait bien à Vera, pas forcément un compliment donc. Mais il semblait sortir tout droit d'un mauvais péplum et son obsession pour les Achosiens en devenait presque pathologique. Il avait ajouté à cette névrose une nouvelle il y a peu, celle de venger son oncle, Juan Altarini, assassiné courant 2017. Or, l'un des commanditaires du meurtre était en face de lui en la personne de Lograno. Cet homme était la Némésis d'Altarini mais n'en était pas plus digne de confiance. Comploteur et avare étaient peut-être les deux meilleurs mots pour le décrire. Ces deux-là cherchaient de l'argent et des hommes pour arriver à leurs fins, l'Achosie pour l'un et l'argent pour l'autre. Inemployables et dangereux.

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Kimon Theramenes

Mais tout ce beau monde semblait un peu perplexe face aux deux Youslèves pendant que Divardra se perdait en explication. Ils ne s'attendaient pas à la présence de Theramenes et encore moins à l'absence d'Hemeraldo Vera.

"... il est vrai que cette absence est complètement fâcheuse, je vous l'accorde. Mais, en Youslévie, le Directeur du Conseil ne peut pas tout à fait gérer la politique étrangère comme il l'entend. Ou en tout cas il ne peut pas être vu sur le front, c'est le rôle qui incombe au Secrétaire aux Affaires Etrangères, c'est-à-dire moi. De plus, notre exécutif est actuellement en campagne pour amorcer un changement constitutionnel de grande envergure et Monsieur Vera se devait d'être sur le terrain aujourd'hui. Il a toutefois tenu à vous laisser un petit message.

Divardra sort son téléphone de sa poche et ouvre sa conversation avec le chef d'Etat youslève qui lui avait envoyé une vidéo à montrer à ses interlocuteurs pour s'excuser de son absence. Il n'avait pas eu le temps de la checker dans la panique et s'attendait au pire. Il positionne le portable de façon à ce que chacun puisse voir ce que l'écran affiche et lance la vidéo.

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Première image de la vidéo

"Oh...eh...Ah voilà. Bonjour chers amis. Je souhaitais vous présenter mes plus plates excuses pour ne pas pouvoir être avec vous ici. On me dit que ce n'est pas mon rôle ou que sais-je. Malaka ! Je vais pas tarder à régler ça de toute façon. Bon...concernant cette rencontre au sommet, ne chahutez pas trop mes petits Alkesto et Kimon hein. Surtout vous les Velsniens, ne soyez pas trop remonté après ce 5-0, cette manita ! Comment on dit chez vous ? La manina 🤌(oui il a fait ce signe avec sa main) ahahahah... Non plus sérieusement, la Messalie est un sujet très important pour nous, en Youslévie. C'est comme s'ils étaient nos cousins, vous comprenez ? Nous sommes très inquiets à leur sujet et nous voulons absolument trouver une solution rapide. Mon cher Alkesto vous détaillera plus largement nos attentes. Sur ceux, je vous salue. Merci beaucoup Monsieur Deria pour avoir organisé cette sauterie et je vous fais le serment que j'en serai la prochaine fois !

Alors que la vidéo venait de se terminer, Theramenes et Divardra se regardaient, livides. Ils étaient pétrifiés par ce qu'ils venaient de voir. Toutefois, un espoir subsistait. Heureusement pour eux, Vera n'avait pas eu la présence d'esprit de changer de langue et avait parlé en youslève, un mélange de grec moderne mélangé à des apports latins et hispaniques qui n'est pas compréhensible si on ne l'a pas étudié. Or, elle n'était presque pas utilisée ou apprise dans la diplomatie ou dans des pays non-youslevophones vu son faible nombre de locuteurs. Peut-être que personne ne parlait youslève dans cette assemblée et que, par extension, personne n'avait compris un mot du discours lunaire de Vera. En essayant de se raccrocher aux branches Divardra enchaîne :

"Pour ceux ici qui ne parlent pas notre belle langue, M. le Directeur du Conseil vous exprime ici sa plus grande tristesse de ne pas être ici aujourd'hui et vous salue tous chaleureusement. Il remercie par ailleurs l'Amiral Deria pour l'organisation de cette réunion."
Aux pieds du Polémarque


Gina Di Grassi (2018)



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Le ballon rond: une manière peu commune de débuter d'aussi périlleuses et malsaines négociations. Si Lograno eut été indifférent à la notion même de patrie, quoiqu'il pu se sentir vexé d'être appelé "velsnien", son excellence, le Sénateur Dom Altarini était d'un naturel beaucoup plus sensible à la bravade, à la provocation, aux fiertés mal placées. Lui qui plaçait son honneur, et l'honneur de sa lignée plus haut que lui-même, il eut été difficile d'observer le silence lorsqu'un Vera sur téléphone portable, qui n'eut pas même la politesse de se rendre en personne aux pieds de la statue sacrée, tout en ayant l'audace d'insulter indirectement l'honneur de Mogador. L'Histoire de sa famille se confondait avec celle de la cité velsnienne, et si d'aucun ne se serait emporté pour une broutille telle qu'u match de football, Mogador Altarini, lui, ne laissait rien passer:

"Parle mieux fils de pute."



Lorsque le sénateur fit un pas en avant, pour porter sa main vers le téléphone portable de la délégation youslève, ce ne fut que la main du "prince" de Volterra qui le retint:

"Cesse, Altarini. Garde ton honneur pour toi: il ne vaut rien comparé à une montagne d'argent. Tu auras tout le temps de le défendre quand nous serons riches"


Si la confrontation pu paraître anodine, elle reflétait une différence fondamentale entre deux individus, qui au premier abord purent paraître similaires dans leurs interêts: Mogador était coincé par la tradition et la défense de valeurs qui allaient au delà du gain financier. Il parlait de famille, de lignée, de noblesse d'âme, de dignitas. Salvatore Lograno, ancien homme du peuple, avait appris à considérer tout cela comme de l'ordre du futile et du détail insignifiant. Le respect ne valait rien, la tradition ne valait rien, la dignitas ne valait rien. Seule comptait sa situation propre à l'instant. Mogador grogna, et tire violemment la main de Lograno en arrière, mais l'homme, d'une tête de moins que lui, lui tenait tête, droit dans les yeux, et Altarini fulminait:

"Ne me touche pas Lograno. N'ose pas faire cela. Mon sang ne te laissera pas me dicter mon comportement, qui plus est par un ancien coupe-jarret qui a fait la manche pour survivre."

"Ton honneur te perdra, et c'est d'ailleurs pour cela que tu n'as rien en Dodécapole. Tu devrais écouter davantage, et te parer dans la pourpre moins souvent."


"Les youslèves ont triché de toute manière..."



Mogador se met alors en retrait, le regard noir, la provocation était déjà de trop, et grand malheur aux youslèves d'être tombé sur un membre de l'aristocratie sénatoriale velsnienne, dont certains membres, Altarini compris, avaient des "notions hélléniques". Lograno, lui, enchaîne afin de faire oublier ce qui venait de se dérouler, et qui serait le plus à redouter de cette rencontre: la dissension. Il s'avança devant le reste de l'audience, qu'il chercha à rallier par la perspective du gain, chose à laquelle il était le plus doué dans son existence:

" Mes amis. Nous nous sommes rencontrés en étrangers, mais nus avons aujourd'hui l'opportunité de repartir en associés. L'emportement de mon comparse ici présent, est la préfiguration de ce qui pourrait se produire si nos discussions ici présent devaient conduire à un accord insatisfaisant. Soit nous nous évertuons dans cette voix et nous ne récolterons rien, soit nous nous entendons afin de faire rentrer les cases, et garantir des interêts communs.

Ni moi, ni Mogador, ne portons de valeur à Messalie en tant que telle. Vous, youslèves, vous voulez Messalie. Vous, excellence Di Déria, vous voulez le contrôle de la Leucytalée et l'auréole d'une victoire. Nous, nous ne voulons que ce qui se trouve à l'intérieur de Messalie. A nous tous, nos interêts sont tels des poupées slavis s'emboîtant l'une dans l'autre: Di Déria, les héllènes, et enfin nous autres, fortunéens du nord. Aux héllènes et à son excellence Déria la réforme du système messaliote, et à nous les coffres de la banque, ni plus, ni moins. L'exposé que je vous ai fait est clair et concis. J'attends désormais votre avis sur celui-ci, à la fois sur la répartition du "butin", mais également sur les moyens que nous emploierons pour y parvenir. Est-on déjà d'accord sur le fait de la nécessité de rallier le peuple messaliote à notre cause avant même notre arrivée ?"



Maxime Che Fang. Fun fact, elle était pilote de course dans une autre vie. Et elle a investi plusieurs millions dans un "portail dimensionnel" ... Les gens riches ont des loisirs qui nous dépassent.
Maxime Che Fang, génie, milliardaire, philanthrope, complètement paumée.

" Elias, qu'est-ce que c'est que ce traquenard ? "

La discussion avait commencé, houleuse, dans l'hélicoptère. Un hélicoptère tout noir floqué d'un simple logo "Fang", où elle était présente avec Elias Carvalho et une poignée de types en costard noir, avec des gilets pare-balles par-dessus et énormément de matériel militaire. Le genre de situation qui ne mettait personne en confiance. Le genre de situation où l'on attendait une confrontation. Et Maxime Che Fang n'attendait pas une confrontation. Elle attendait des explications.

" Ne t'inquiètes pas, Maxime, tout va bien, c'est juste une mesure de précaution ! "
Elias Carvalho, toujours dans les bons coups. Surtout quand il faut traiter avec les Velsniens ET négocier les droits de diffusions des séries B achosiennes
Elias Carvalho, directeur de la branche médiatique de l'empire Fang, et initiateur de l'ajout de sa patronne à l'initiative

" Elias, tu es sur une pente glissante. Fais très attention à ce que tu vas dire. "

" Maxime, enf-... "
La patronne leva l'index devant le directeur de sa branche média. Il s'était tût d'un coup. Les hommes de main/gardes du corps/sympathiques gorilles de décoration avaient bien compris leur place et ne pipaient mot.

" "Maxime"-moi encore une fois, pour voir. "

" Certes ... Pardon, Madame Fang. "
L'hélicoptère trouva l'héliport dans un silence entendu et largement consommé. Maxime Che Fang ne souhaitait pas entendre les justifications de son directeur médiatique, et ledit directeur médiatique n'était lui-même pas particulièrement friand à l'idée d'aggraver la situation déjà quelque peu singulière dans laquelle il s'était enfoncée. Il n'en restait pas moins un petit problème qui les attendait sous le parvis, sous la forme de deux individus qu'Elias Carvalho avait jugé judicieux de convier à la grand-messe des décideurs de la Petite Perle de l'Espérance.

Ce sacré Régis Tomaso, "Toto la Tatane", patron par consensus de l'Olivier, orateur patenté, à qui on a quand même flanqué un coach pour éviter les dérapages.
Régis Tomaso dit "Toto la Tatane", élu l'homme le plus important de Messalie par KO technique


L'Autarque de Listonie pénitente. Leader séculaire du repaire de sans-abris toxicomanes le plus craint de la planète.
Le Capitaine José Pintos de Oliveira. Et toi, qu'as-tu fait pour rendre la Listonie Grande de Nouveau aujourd'hui ?

Un roquet à poil ras passablement teigneux et un amateur de chapeaux d'éleveur makotan. Le chef de file le plus visible de l'Olivier (ou tout du moins, celui qui avait été choisi pour les mener) et l'Autarque de Listonie. Le "véritable chef" de ce petit foutoir qui avait été, fut un temps, une puissance d'envergure internationale à même de faire trembler l'ensemble du monde civilisé - et non-civilisé, du reste -.

Face à deux zigotos de cette trempe, inutile de dire que la mesure de précaution d'amener des types plus énervés que l'amateur de battage - littéral - médiatique et le maestro du lance-flammes qui était le dernier représentant d'une tradition longue d'officiers génocidaires n'était pas de trop : aucun des deux n'appréciait trop l'idée d'être mené à la baguette par une femme, sans compter qu'elle n'était même pas blanche, en plus. Ils auraient pu faire une exception pour une Afaréenne aux proportions avantageuses, comme tout bon masculiniste orientaliste avec un syndrome de déficience maternelle manifeste qui se respecte, mais Maxime Che Fang n'était pas de celles-là.

Et encore heureux, car la situation n'en aurait été que plus fâcheuse pour les deux zouaves.

" Madame Fang : Régis Tomaso et José Pintos de Oliveira, nos bons amis sur le continent eurysien "
Il y eut un petit rire nerveux ... Puis un sourire entendu, forcé. Les deux lurons jaugèrent la milliardaire, la milliardaire les jugea en retour. Il y avait un monde où elle n'en serait pas ressortie vivante. Mais il fallait dire qu'elle était trop précieuse pour eux ... Ou du moins, les capitaux transférés par Elias Carvalho étaient trop importants pour eux. Et Maxime Che Fang ne se rendait compte que bien trop tard des montages financiers qui avaient présidés à une situation aussi ubuesque.

Quelle idée, pensait-elle alors, de faire confiance à un Elias Carvalho. Les courbes grimpaient. Les capitaux affluaient, la Messalie était une aubaine, lui avait-on dit.

Quelle erreur !

Enfin. La situation était fâcheuse.

Car ces deux types-là étaient probablement les moins dangereux de la bande.

" ... Allons-y. " se contenta de trancher Fang, en prenant la tête.

**
*
**


La milliardaire franchit la porte en conquérante. Chose rare, car elle n'avait plus l'habitude de tenir les portes par elle-même.

Son long manteau noir et son expression assez inhabituelle de dogue tranchait avec quiconque avait fréquenté l'ordinairement pétillante industrielle à l'origine icamienne encore disputée. Elle débarqua pour voir l'attroupement invraisemblable de plusieurs des hommes les plus importants du continent agglutinés comme des rats autour d'un bout de fromage.

" Ahahahah ! " La dogue avait disparu. Le naturel icamien était revenu. Semblait-il.

En voyant l'écran minuscule d'un téléphone qu'on lui faisait l'affront de ne pas être de sa marque ... Voilà ce qui avait motivé l'attroupement.

" Ah. Ah. Ah. Oh. " finit-elle, en reprenant sa contenance. En regardant Lograno qui venait d'achever un monologue plein de fougue et d'emphase.

Et elle s'arrêta à quelques pas du groupe, et son aréopage avec elle.

" Nom de Dieu de putain de bordel de merde ... " esquissa la milliardaire dans un teylais étonnamment impeccable, en se retournant vers Elias, " ... de saloperie de connard d'enculé de ta mère ... "

Elias, souriant, déterminé. Le directeur. L'homme de confiance de Maxime Che Fang, ou tout du moins était-ce qu'il avait vendu à toute cette clique d'hommes influents, en incluant d'ailleurs le Dictateur de Listonie, le Chef de l'Olivier et jusqu'aux éminences de Volterra, de Dodécapole, de Fortuna et de Youslévie. Une réputation d'homme sérieux, intègre et puissant ... qui prenait du plomb dans l'aile.

" ... Je jure ... que si on me dit encore une fois que j'ai un humour problématique après ça ... " soupira l'éminente industrielle icamienne, en se massant le nez, " Je ... "

Elle hésita. Elle marqua une pause.

A la vérité, il y avait un énorme problème ici. Un problème que des milliards de crédits, une suprématie technologique ou le plus gros quotient intellectuel de la salle ne pourrait régler.

La peur. Véritable. Viscérale. Fondamentale. Chthonienne. Celle qui lui faisait réaliser qu'il y avait un monde dans lequel les manigances d'Elias lui coûterait la vie... Était-ce d'ailleurs l'objectif de ce con ?

" ... Non ... " reprit-elle finalement, après un nouveau petit rire nerveux, " En fait, non ... Je te laisse faire. Vas-y Elias. Fais-moi rêver. "

Car, à la vérité, en cet instant, elle n'avait pas de plan. Elle ne savait même pas comment elle s'était retrouvée dans ce traquenard, si ce n'était parce qu'elle avait fait confiance à l'un de ses subordonnés au succès trop éclatant. On l'y reprendrait, tiens.

Elias Carvalho saisit l'occasion au vol.

Le patron flambeur était de retour.

" Merci Maxime ! Héhé ! Ah ! Un plaisir de vous voir tous, ici ! "
Maxime lui sourit aimablement ... Tout en cultivant des pensées toutes loduariennes à son égard, en portant le regard sur l'arme de poing pendant à la hanche de l'un de ses gardes du corps.

" Messieurs Lograno, Altarini ... Mon Amiral. Un plaisir de vous voir. Vos éminences youslèves et antériennes, vous aussi, n'en déplaisent à ceux qui pourront croire que nous n'avons pas tous à cœur les intérêts de la Messalie, plus que son gouvernement lui-même !

Comme je vous l'ai promis, les voilà : le cœur et la bourse de Messalie. Régis Tomaso, le leader de l'Olivier, le plus fervent défenseur du peuple messaliote qui saura les "rallier" à notre cause, comme vous l'avez si admirablement formulé, cher Lograno ... Et Maxime Che Fang, Directrice du Conseil d'Administration de la République Actionnariale de Messalie. Représentante élue par ses pairs à l'institution la plus importante de Messalie ... La plus importante, oui ...

Car elle est en mesure d'arrêter le fonctionnement institutionnel du pays par sa seule volonté !
"

" Sinon je fais une descente avec les copains au parlement et on leur enfonce des barreaux de chaise dans le cul. " commenta Toto la Tatane.

Silence. Raclement de gorges. Regard concernés à droite, à gauche.

" Ca marche aussi pour arrêter le fonctionnement constipationnel. "

" C'est ... Depuis quand vous faites des phrases aussi longues vous ? " se surprit à demander Elias Carvalho
" On m'a collé un prof de diction. Paraît que ça fait mieux de parler comme une tarlouze. "

" Ah.

Bien.

Certes.

Donc. Nous disions... Tenez d'ailleurs, j'ai oublié de vous présenter José Pintos de Oliveira ... Autarque de Listonie. Il... a des vues convergentes sur la Messalie.
"

Le Listonien grogne.

" Oui, c'est parfait ! Je disais donc, chers amis, voilà ce que je vous apporte : Le contrôle du peuple et le contrôle du fonctionnement de la Messalie !

Et tout ce qui est demandé en échange de notre côté, c'est le contrôle du tissu industriel, médiatique et technologique du pays, que nous avons d'ores et déjà contribué à construire en grande partie !
"
Plus on est de fous plus on rit


attention spoilerUne des rares images de Castelan arrivant à la rencontre


La gêne du message vidéo de Vera semblait être difficilement passé pour Alkesto Divardra et Kimon Theramenes. Hormis le fait que le sanguin Altarini se soit emporté, chose qui ne sera peut-être pas répétée au Directeur du Conseil qui l'aime pourtant bien, les éminences présentes n'ont pas fait savoir qu'elles parlaient la langue des temeliotis (ndla : les fondateurs en youslève, surnom que se donne la nation en référence aux colons novirs). Cette sueur froide passée, les deux hommes avaient donc écouté attentivement les autres intervenants de ce réunion. Ce n'était pas sans désarroi qu'ils avaient vu arriver Maxime Che Fang accompagnée de Régis Tomaso et José Pintos de Oliveira. A vrai dire, c'était un des scénarios qu'ils avaient préparés et autant vous dire que ce n'était pas celui qu'ils préféraient. Che Fang est à la fois une utopiste et en même temps une businesswoman, si tant est que ces deux mots ne soient pas des oxymores. Ces deux facettes de sa personnalité pouvaient avoir influencé ce choix de convier Tomaso et Oliveira; tenter de participer au partage de la Messalie en sauvant ses billes tout en essayant que cela se passe sans effusion de sang et en contentant tous les nationalistes. Malheureusement pour l'Icamienne, les pensées identitaires étaient vouées à s'affronter inlassablement jusqu'à ce qu'un parti l'emporte finalement.

Ayant anticipé cette éventualité, et ne voulant pas discuter du sort de la Messalie sans les héritiers qu'ils avaient désignés, Divardra et Theramenes avaient donc également prévu une petite surprise. Le Secrétaire aux Affaires Etrangères de la Youslévie attend poliment que le cow-boy listonien finisse de donner ses exigences et enchaîne :

"Bien bien bien. Maintenant que nous entrons dans le vif du sujet, et avant de vous faire part des attentes de la Youslévie concernant la Messalie, il me semble que nous ne sommes pas tout à fait au complet. Depuis le début de cette assemblée nous parlons d’hellénisme, de Messalie hellène et cetera... Mais, je vois qu'il nous manque les premiers concerné, les hellènes de Messalie. C'est pourquoi nous avons donc également amené un invité surprise. Un représentant de cet idéal et quelqu'un qui s'y connaît sans doute mieux que nous tous réunis ici sur ces questions.

Divardra fait un signe de la main en direction d'un SUV garé juste derrière la berline dont il était sorti quelques minutes plus tôt. Le chauffeur descend et ouvre une des portières arrières, laissant alors sortir l'ombre longiligne de Zacharia Castelan. L'essayiste et philosophe youslevo-messaliote avait entendu ce qui se disait depuis tout à l'heure et il bouillonnait intérieurement. Il s'avançait d'un pas ferme, bien décidé à en découdre avec ces nazis à petits pieds et ceux qui voulaient brader sa nation.

"Messieurs, Madame. J'aimerais vous saluer avec la politesse adéquate à ce genre de moment mais malheureusement les mots me manquent. J'écoute votre discussion depuis tout à l'heure et premièrement, comme l'a justement souligné son excellence Divardra, les uns et les autres utilisent le terme hellénisme à tout bout de champ comme si ce n'était qu'une vulgaire condition qui ne valait pas plus qu'un marché ou une industrie. Mais, chers amis, votre ignorance, à moins que ce ne soit votre cupidité, si ce ne sont les deux, vous trahissent. Si vous souhaitez défendre l’hellénisme en Messalie vous savez à qui vous adresser, mais vous ne l'avez pas fait, ni maintenant ni auparavant. Je ne peux que remercier une fois de plus nos amis youslèves de m'avoir invité ici tout en regrettant que ceux qui se targuent de défendre un héritage civilisationnel sont beaucoup moins à cheval sur leurs principes quand ils sentent l'odeur de l'argent.
(Comme si l'allusion en elle-même ne suffisait pas, Castelan regarde brièvement en direction d'Altarini)
Que cela soit bien clair, nous ne courons pas après la gloire, nous ne courons pas après les ressources et nous courons pas après l'argent. L'hellène est pragmatique et ne se bat pas pour conquérir quelque chose qu'il possède déjà. Nous avons des défauts mais la cupidité n'en est pas un.

(Il lance maintenant un regard appuyé à Lograno)
Ce qui nous amène ici est civilisationnel, il s'agit de protéger quelque chose qui nous dépasse tous, qui a dessiné le monde et continu de le forger depuis des millénaires et qui nous survivra pour encore des milliers d'années. A vrai dire, si ça ne tenait qu'à moi, cette discussion se ferait entre hellènes, ou à minima entre latins, mais visiblement le cas de la Messalie est plus grave que nous le pensions.
(cette fois-ci, ses yeux se dirigent vers Maxime Che Fang et Régis Tomaso)
La Messalie n'est pas un gâteau que l'on se partagerait avec enthousiasme en essayant de s'approprier la meilleure part, c'est une terre promise. Nous venons vous parler de la survie de notre culture vous nous répondez comme des banquiers. Soit, si nous devons procéder comme cela, voici un condensé de nos exigences : nous vous laisserons volontiers vous servir dans ce que vous considérez visiblement comme une ressource financière mais pas à n'importe quel prix. Plus qu'une stabilité politique dans le pays, nous souhaitons écraser le libéralisme mondialisateur qui a mis notre économie à genoux et par la même occasion les reliquats d'un siècle entier de négation de notre identité profonde. J'entends par là ceux qui se refusent à admettre que la Messalie est, était et sera hellène depuis sa naissance et jusqu'à la nuit des temps.
Je finirai en précisant que cette Révolution se fera quoi qu'il arrive. C'est-à-dire avec ou sans une quelconque aide extérieure, notre civilisation est assez puissante pour réaliser sa destinée seule et n'a fondamentalement pas besoin de négocier des services et encore moins de mendier une aide pour cela. Rejoignez-nous, mais ne prenez pas trop vos aises sinon vous risquerez bien de changer de camp à nos yeux.


Un ange passe. Ceux qui ne sont pas ébahis par ce qu'ils viennent d'entendre se retroussent les manches face à ce condensé de provocation et de mépris, prêts à en découdre...

"Kof kof"

Kimon Theramenes n'avait pas pipé mot depuis le début de la rencontre. Habitué des complots, moins de ce genre d'entrevue il se trouvait fort déçu de la tournure que prenait cette réunion. Entre la vidéo d'Hemeraldo Vera, le dérapage d'Altarini, les arrivées impromptues de Régis Tomaso, d'Oliveira et de Castelan ainsi que le monologue de ce dernier, il avait l'impression d'assister à une mauvaise pièce de théâtre comique. Pendant ce temps-là, rien n'avait été décidé, ni même introduit concernant la marche à suivre pour la Messalie, si ce ne sont les exigences hors-sol des invités surprises de Fang. La seule personne qui avait tenté de faire avancer ce schmilblick avait été, contre toute attente, le cupide Lograno. Ce qui n'était pas si étonnant tout compte fait, ce dernier ne jurant que par l'argent était sans doute soucieux de repartir de Fortuna avec l'assurance de faire accroître sa fortune personnelle. Il était grand temps de recentrer le débat et d'entrer, enfin, dans le vif du sujet. Il aurait bien voulu expliqué poliment aux deux zozos qu'avait ramené Fang que l'un était la proie de la Youslévie et que l'autre était toléré en Eurysie du Sud uniquement car il avait la clairvoyance de ne pas détailler dans l'AGP les détails de ses exactions, et que par conséquent aucun des deux n'était le bienvenu ici, mais il espérait que Divardra se chargerait de cela en sa qualité de premier diplomate de la RFY.

"Merci Monsieur Castelan pour avoir exposé votre point de vue et par conséquent de bien faire comprendre à nos interlocuteurs étrangers que la Messalie n'est pas seulement une potentielle source de gain personnel à nos yeux. Je vais par ailleurs soulever un autre point important pour la Youslévie qui est sans doute partagé par nos voisins antériniens et fortunéens. La Messalie est une poudrière, qui plus est une poudrière qui attire énormément de convoitises, nous en savons tous quelque chose car si ce n'était pas le cas aucun de nous ne serait-là. Toutefois, un conflit ouvert s'étalant dans le temps risquerait de mettre à mal tout le travail youslève consistant à sanctuariser l'Eurysie du Sud et la Leucytalée occidentale depuis maintenant de nombreuses années. C'est pourquoi nous voulons entamer ce processus de "Révolution" qui est déjà en marche dans le pays afin de pouvoir à la fois le contrôler et ne pas être pris de court par d'autres puissances étrangères malveillantes.

C'est en partie pourquoi nous sommes ici, pour discuter de ces modalités avec vous. Faire tomber le régime de Tomarels, oui. Mais pas de n'importe quelle manière. Vos objectifs en Messalie sont pour beaucoup purement pécuniaires mais nous, nous souhaitons y installer un pouvoir fort et dans lequel la population arriverait enfin à se reconnaître autour des valeurs exposées par Monsieur Castelan. Il nous est donc nécessaire de faire ça de la manière la plus propre possible, le tout, et j'insiste bien dessus, avec l'accord si ce n'est l'appui de la population.

Enfin, je ne me prononcerai pas sur ce que vient de dire notre ami messaliote. Seulement, j'abonderai dans son sens concernant le fait que la Youslévie peut techniquement se débrouiller seule sur ce coup. Nous avons actuellement établi un solide réseau de renseignements en Messalie et que ce soit à coup d'opérations clandestines ou militaires, nous pourrons réussir sans grand soucis à atteindre nos objectifs. Mais, comme je l'ai déjà dit, nous voulons faire ça proprement.

Ici sont réunis des gens pouvant faire basculer l'opinion public messaliote d'un côté comme de l'autre en à peine une semaine. Nous n'aurons pas besoin d'effusion de sang, de faire entrer des chars youslèves en Messalie ni même de trop comploter si nous nous mettons d'accord sur un plan efficace. Faites élire les Promothéens et nous vous ouvrirons les portes de la Messalie comme jamais elles ne l'ont été jusqu'à maintenant."



"Je vais également rajouter quelque chose si vous me le permettez."

C'est Divardra qui avait parlé cette fois. Après la tirade de Castelan il avait fini par douter de l'existence d'un hellène sain d'esprit puis avait été rassuré par la prise de parole de Theramenes. Maintenant que l'on pouvait parler de manière sérieuse des sujets qui étaient à l'origine de cette rencontre, il allait enfin pouvoir en placer une.

"Ou plutôt deux. La première : au cas où mon cher compère des renseignements n'aurait pas été clair, nous voulons absolument que ce changement de propriétaire se fasse dans le plus grand calme, où tout du moins qu'il n'y ai pas de conflit ouvert. La Youslévie a une réputation à tenir, depuis quelques temps nous sommes les garants de l’hellénisme et parmi les gendarmes du sous-continent et de la mer intérieure. Nous ne voulons pas ruiner nos efforts dans ces deux domaines en nous rendant coupables d'un conflit en Messalie.

La deuxième chose concerne le partage du butin. Bien que cela soit notre objectif principal, nous ne sommes pas uniquement là pour faire de la Messalie une république hellène et assurer la sécurité de la région. Nous voulons aussi notre part du gâteau, en compensation de toute la peine que nous nous sommes donnée dans ce projet. Vous le comprendrez sans doute.
Enfin, je tiens à rappeler qu'il va falloir se montrer réaliste. Chacun ici a œuvré à son échelle, et j'espère continuera de le faire, pour changer la Messalie. Mais il faut également avoir l'humilité et l'honnêteté de regarder avec objectivité son apport dans la cause et en demander les contreparties adéquates. Je le dis en toute amitié, il y en a peu ici qui sont indispensables à ce projet. Et nous ne sommes pas venus ici pour faire du social.

J'espère que nous nous sommes bien fait comprendre. J'ai un immense respect pour chacun d'entre vous ici et je suis absolument certain que nous pouvons faire de grandes choses pour la Messalie en unissant nos forces."
Quel spectacle admirablement tragique.


L’Antérinien était mal à l’aise ; cette conférence, qui se devait pourtant sérieuse tournait à la comédie bouffonne ; d’abord Vera envoyait un message sur Zoom, que quasiment personne n’avait compris au demeurant, ensuite Altarini répondait avec son élégance coutumière, et puis les Icamiens débarquaient accompagnés de criminels notoires tandis que des représentants politiques messaliottes arrivaient chacun accompagnés par leurs sponsors. Tout cela n’avait aucun sens. Marc s’attendait à voir quelques youslèves, des Velsniens, des Fortunéens et Fang, et voilà que des Listoniens, des Messaliottes et des philosophes tombaient du ciel, invités à ce qui ressemblait de plus en plus à une fête où l’on y invitait l’ami de son ami pour les pousser à faire connaissance avec d’autres amis d’amis… Le sérieux et le professionnalisme semblaient s’être envolés, tels des oiseaux. Cette funeste tragédie se muait en comédie tragique ; la démocratie messaliotte allait mourir de la plus bouffonesque des façons à l’issue de cette rocambolesque entrevue, carrefour entre les pouvoirs politiques, économiques et médiatiques.

Marc de Saint-Jacques-des-Marches était effaré ; tout d’abord Vera, Chef du Conseil d’une démocratie illibérale venait d’envoyer une vidéo dans laquelle il était à moitié ensommeillé et probablement dans son lit. Cette gravissime inconvenance aux normes diplomatiques antériniennes avait véritablement mis mal à l’aise le diplomate ; il chuchotait très bas à son fils : « Fichtre, cet abestit est Premier Ministre ! La prochaine fois ces cons éliront un cochon pour les diriger, faut croire que les Héllènes sont l’homme malade du continent. ». Ne serait-ce que cette vidéo avait déjà mis mal à l’aise l’intégralité des invités présents à cette « sauterie » ; la scène était tout simplement ahurissante, inimaginable. Qui oserait croire que des diplomates, des chefs d’États et des chefs d’entreprise puissants allaient s’agglutiner, former un tas, se serrer comme des sardines autour d’un téléphone portable pour voir le Chef du Conseil de l’une des plus influentes puissances leucytaléennes agiter les bras et s’exprimer dans un idiome que quasiment personne ne comprenait ici. Qui croirait à une situation si fantastique, si irréelle ? Et pourtant, il faut le voir pour le croire ; les élites youslèves sont folles, elles ont perdu la tête. Mais si seulement cette situation pour le moins « originale » n’était qu’un évènement isolé, un simple dérapage… Si seulement.

En effet, non content d’avoir surpris tout le monde avec ses… frasques, le chef d’État youslève avait aussi déclenché l’ire de Son Excellence Altirini ; qui loin de s’embarrasser des formes, de la courtoisie la plus élémentaire, véritable fardeau pour cet aristocrate qui n’avait rien de noble, il venait d’insulter la génitrice de l’âne qui venait de brailler devant une assemblée de puissants ; et maintenant c’était aux Velsniens de couvrir de honte leur patrie. Il semblait en effet que Vera ne saluait pas uniquement les efforts de ce brave Deria, au contraire, l’Antérinien put comprendre qu’une partie du message de Vera traitait de football… Il soupira en faisant cette découverte ; voilà donc où allait digresser cette conversation ; où allait naître les premières dissenssions ; à cause d’un match de foot… En pensant l’absurde de ce monde, il soupira de nouveau et dit à son fils ; « Miledeus, aqueth encontre qu'ei ua hèira », il y av ait au moins un avantage à maîtriser une langue régionale, on pouvait s’exprimer franchement sans être inquiété.

Mais comme il semblerait que la liste des invités ne faisait que s’allonger, comme un parchemin se dépliait sans connaître de limites, voilà que les Icamiens accompagnés des Listoniens arrivaient. Bien entendu, la qualité de l’expression de Madame Fang ne pouvait que mériter le respect le plus profond ; à chaque jurons, insultes et autres joyeusetés, les oreilles du diplomate antérinien saignaient. Encore une fois l’étiquette étouffante empêchait ce dernier d’apprécier dans toute sa beauté la Langue de Molière… Mais il haussait les épaules ; pas étonnant que des sauvages n’apprennent que des mots si brutaux quand ce sont les listoniens qui les éduquent. Un peu comme le parvenu qui s’improvisent grands seigneurs et qui n’enseignent à leurs enfants que des grossièretés. Après tout, les Listoniens sont les plus sauvages, les plus barbares des peuples d’Eurysie du Sud, avec les Messaliottes et les Youslèves, aussi. Pour l’Antérinien, il ne faisait aucun doute que ces peuplades avaient acquis le feu un peu trop vite, et que les rhêmiens ont fait une erreur en leur offrant les joies de la civilisation latine… Des animaux voilà tout. Des bêtes sauvages. Des ânes bâtés, rien d’autre. Pour l’Antérinien en effet, un tel comportement était intolérable ; comment pouvait-on se permettre de parler avec tant de grossièreté ?

- « E qu'ei pr'amor d'aquò que Dieu auré devut perméter a l'Antérinie d'esclairar aqueths barbares a las Lutz de la civilizacion » ajouta l’Antérinien à destination de son fils, qui commençait à croire que cette conférence devenait une amicale d’anthropologues ayant ramenés les meilleurs spécimens zoologiques… Il était lassé, et pourtant il n’avait dit que quelques mots depuis le début de cette réunion. Il faut croire que le meilleur du pire réussit l’exploit de lui faire éprouver une certaine forme de soulagement et de terreur profonde, des sentiments bien fatigants qui pourtant résumaient tout à fait son état d’esprit ; rassuré par la supériorité évidente des Antériniens sur les peuplades locales au vue de la tenue des représentants de ces dernières, et terrorisé par leur fascinante capacité à faire chuter le débat encore plus bas ; Vera n’avait qu’effleurer le fond, Toto la Tatane venait de creuser un nouveau trou le rapprochant sensiblement du noyau terrestre. Et puis, il y avait les Listoniens, ces grands oubliés que la Lumière de la raison n’avait pas encore éclairés. Parmi tout les peuples Eurysiens, il ne faisait aucun doute que ces hommes là étaient plus proches des bêtes que des hommes ; leur fétichisme religieux, leurs tyrans rigolos… Tout donnait à croire que les Listoniens étaient des barbares, des gueux, des abrutis. Après la famille impériale, voici que le « Christ » venait de ressusciter pour reprendre les rênes de ce pays, un Jésus bien étrange, bien plus sanguin et beaucoup moins éloquent que celui étant né en Leucytalée orientale…

Et ces prétentions à la divinité ne pouvait qu’exaspérer l’Antérinien, qui comme tout ses semblables est un fervent catholique. Et s’il ne tenait qu’à lui, l’Autarque aurait fini par se balancer au bout d’une corde, lui et l’Auguste bon à rien. Mais il semblerait que la chance souriait à ces derniers, le représentant de Terrabilis était désarmé et cette conférence ne se déroulait pas en Antérinie. Mais toujours est-il, que jamais Ô grand jamais il accepterait de pactiser avec ces monstres, ces bêtes hideuses, ces barbares, sans pouvoir en retirer le plus de profits possibles. Il allait les traire comme des vaches à lait. C’était ça aussi être Antérinien, comprendre que les affaires, le profit, l’argent, le fric, la thune étaient primordiales. Savoir souffrir les caricatures pour avancer ses pions et défendre ses intérêts. Se montrer pragmatique, cynique. Faire fi de ses appréhensions, dans ce cas-ci de ses émois et de ses scrupules au bénéfice de son porte-feuille, de ce qui compte vraiment, son entreprise, son pays.

Mais alors qu’il pensait avoir touché le fond, avoir atteint les dernières extrémités de la croûte terrestres, qu’il croyait sentir la chaleur du noyau, voilà que Zacharian Castellan arrivait. Il n’était rien d’autre qu’un intellectuel. Il était fin, il avait l’air crasseux, mal-rasé ; comme ces hommes qui passent trop de temps à rédiger des insanités au lieu de prendre soin de leur santé. Et puis son discours fumeux, ces notions inconnues aux Antériniens n’avait rien fait pour lui faire gagner des points face aux Antériniens, seul aspect positif, il paraissait un peu plus éduqué que ses amis de l’Olivier. Et puis, il semblait avoir encore une certaine conscience nationale ; enfin voilà quelqu’un qui rappelait que Messalie n’était pas une traînée que l’on se partageait, enfin voilà quelqu’un qui rappelait que Messalie n’est pas un quartier de viande que l’on s’échange, enfin voilà quelqu’un qui rappelait que Messalie n’était pas un gâteau que l’on coupe en parts égales ; « je veux le secteur industriel », « je prends le Conseil d’Administration », « je garde le gouvernement »… Enfin quelqu’un qui rappelait ce principe essentiel et qui tente de défendre tant bien que mal les intérêts de son pays… Mais comment le rat pouvait se défendre contre cette meute de lions que l’odeur de cette gazelle avait ressemblé ? Comment défendre une Messalie affaiblie, bradée et saignée à ces requins attirés par le sang ? Il ne pouvait rien, et l’Antérinien avait bel et bien l’intention de voir Messalie comme un morceau de steak bien juteux qu’il fallait se partager.

En revanche, une chose l’inquiétait, le silence assourdissant de Deria. Il n’a pas dit un seul mot, peut-être que ces derniers lui manquaient en constatant que certains avaient pris la liberté d’inviter des zouaves à cette conférence, ou peut-être qu’il attendait le moment propice pour imposer sa loi. L’Amiral des ténèbres est un homme inquiétant, et l’Antérinien le craint plus que ces excentriques ministres ; lui n’avait pas hésité à s’afficher avec la perle de la marine fortunéenne, le croiseur qui règne sur les mers de Leucytalée occidentale. Une telle subtilité en disait long sur le personnage, ou plutot n’en disait pas assez. Deria était silencieux, son regard impénétrable pouvait tout aussi bien dire que cette bande de joyeux lurons l’exaspérait au plus haut point, ou au contraire qu’elle l’amusait… Difficile à dire, il espérait simplement que l’Autarque, Toto ou Zacharian ne passeraient pas par dessus bord à l’issue de cette rencontre…

Et enfin, parmi tout ces spécimens rarissimes que nombre de savants étudieraient avec joie, se trouvait Fang et Lograno, probablement les seuls adultes responsables de la pièce ; l’une car elle ne sait tout simplement pas comment elle a pu venir accompagné par deux zozos complètement fous, et l’autre car il tenait plus que tout à son vice, l’or. Au moins il avait des objectifs réalistes, et il n’avait pas de troubles obsessionnels compulsifs, aussi.

- « Je suis d’accord, il faudrait que tout se fasse dans le calme. Si Messalie s’agite, c’est toute la Leucytalée qui entre en mouvement, et il est hors de question d’envisager que les Rouges n’envisagent de faire de la Citée de la Baie un protectorat. L’Antérinie, et je pense que ce sera aussi le cas de la Youslévie, de Fortuna ou de la Listonie, refuse de voir s’implanter un régime fantoche communiste ou anarchiste qui pourrait devenir une épine dans le pied, un frein au libre échange et une épée de Damoclès. Et je suis certain que c’est le cas de tout le monde ici, Monsieur Castellan ou Monsieur Tomato doivent craindre tout autant que nous que des communistes complètement fous ne prennent d’assaut Messalie en ne s’en emparent. Et tout comme la plupart d’entre vous, j’envisage la question messaliotte d’un point de vue pragmatique ; aucun coup d’éclat, seulement une campagne électorale, pas d’interventions militaires fracassantes, seulement une passation de pouvoir pacifique. Même si le monde s’enflamme, il n’est pas nécessaire de donner une raison aux Onédiens, aux membres de l’Alternative Libertaire ou aux Communistes de se mêler des affaires qui ne les regardent pas. Messalie est une affaire que nous devons résoudre entre nous. Une affaire de Leucytaléens et d’investisseurs.

Ainsi, je pense qu’il est nécessaire de cerner la démographie électorale ; de s’attirer les faveurs des oubliés, de réduire l’influence des forces d’opposition et de la coalition centriste qui menace, comme à chaque élection, de rafler la plupart des sièges. Pour ce faire, nous devons exercer un véritable travail de sape visant à décrédibiliser le régime, s’il en est besoin, pour réaffirmer le besoin d’un changement radical (qui vise donc les racines, les sources du régime républicain messaliotte) et profond qui doit s’imposer. L’objectif de ces élections est une victoire des mouvances contestataires ici présentes et la chute de l’opposition traditionnelle pour permettre de légitimer une refonte du modèle messaliotte. Et je suis persuadé qu’il est nécessaire de marteler cela ; les élites traditionnelles représentent une menace pour Messalie, les partis traditionnels sont un fléau pour sa démocratie. Si Messieurs Tomato et Castellan imposent cette vision la révolution en sera d’autant plus aisée que mis à part les élites, les oligarques, personne ne veut défendre le régime actuel. Si le doute persiste, si l’on continue à croire que les partis traditionnels, ceux de l’Establishment, sont encore légitimes, quelques affaires de corruption ou de fraude plus ou moins véridiques devraient suffire à réduire à néant la popularité des élites et de leurs partis. Mais ça je suppose que vous le savez.

Je sais aussi que Terrabilis joue d’une certaine influence dans le monde rural, et je pense que notre syndicat agricole, ou notre futur jouet le Syndicat des Agriculteurs Indépendants ne peuvent qu’être des outils majeurs dans la conquête du pouvoir messaliottes, ne serait-ce que pour maintenir les campagnes dans le giron du nouveau régime, que nos liens plus ou moins affichés avec certains groupes cirminels pourraient renforcer. Voyez-vous, nous tiendrons dans quelques années le monde agricole, et à partir de là toutes les zones rurales ; il faudra simplement mettre la main sur les associations du P.C.D pour ça.

Évidemment, si nous n’avons pas la victoire politique, nous pouvons toujours jouer aux libérateurs de peuples oppressés par une oligarchie aveugle, n’est-ce pas ? Qui pourrait nous accuser d’être les méchants dans cette histoire si nous venons rétablir la juste démocratie en renfondant certaines institutions messaliottes; en plus je ne crois pas que l’Organisation des Nations Démocratiques ou l’Alternative Libertaire viendraient nous reprocher cela quand eux mêmes violent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes en venant imposer la démocratie libérale ou la sauvagerie communaliste… Vous ne pensez pas ? Nous sommes donc dans notre plein droit, et la nécessité fait force de loi dans tout les cas ; n’est-ce pas ? C’est simplement une juste réponse à une région instable qui pourrait devenir une menace pour nous tous ici ? Qui voudrait se voir déposséder ? Qui voudrait voir un État instable juste à côté de chez soi ? Personne. Et ça messieurs, c’est un constat qui devrait légitimer des opérations militaires aux yeux de nos concitoyens qui la voie démocratique, devrions-nous dire légaliste, échoue.

Je laisse l’Olivier ou les Prométhéens se départager pour savoir qui exercera le pouvoir, je ne crains ne pas être en capacité de pouvoir donner mon avis sur le sujet ; et je préfère donc vous laissez vous départager entre vous.

Quant au dépeçage de la Messalie, car soyons franc, ce que nous faisons ici en est un. Je ne vois aucun problème aux volontés de chacun, en revanche, je réclame que le secteur agricole soit l’exclusif monopole du syndicat de Terrabilis et de ses affiliés. Jusque là rien de bien extraordinaire, la société que je représente a bien l’intention de devenir un leader mondial dans le domaine agricole, et autant commencer à s’attacher à ce qui deviendra la Perle de la société. Vous me comprenez n’est-ce pas ? Si oui, c’est formidable. Sinon, c’est regrettable et j’espère que les Excellences ici présentes m’accorderont leur soutien pour ces modestes revendications. C’est aussi pour défendre les intérêts des sociétés antériniennes que je demande à ce que toutes les entreprises ayant en partie été financée par des capitaux antériniens, notamment Transpex ou l’ordre des Camiliens, sous l’autorité de l’Église que nous considérons comme des intérêts nationaux à part entière. Là encore j’espère que vous me comprenez et nous ne voyons absolument aucun problème à ce que les Youslèves ou les Industries Fang prennent leurs parts qui leur revient dans cette affaire.

Je peux comprendre que ces remarques ne soient rien d’autres que des évidences, mais je tenais aussi à rappeler que nous prioriserons les actions d’influence discrètes aux éclats d’obus. Pour des raisons éminemment politiques, vous le comprenez, n’est-ce pas ? D’autre part, nous sommes prêts à accorder des prêts financiers, une aide militaire ou culturelle non négligeable pour aider à la victoire des partis ici présents.

Ce sera tout. 
»


"Et maintenant mon fils, dis-moi comment vont réagir tout ces messieurs ici présents."
ajouta t'il avec discrétion.
Aux pieds du Polémarque


Gina Di Grassi (2018)



a


La conférence allait et venait. "Conférence"...On aurait pu l'appeler rencontre, tout simplement. L'affaire messaliote prenait un tournant complexe, mais qui avait été envisagé par un "Princeps de Volterra", qui se rendit bien compte de l'attachement émotionnel à des choses qu'il exécrait: la tradition, le folklore hors-sol, l'attachement fétichistes à des choses qui n'existaient plus. Ce "représentant" messaliote...qu'était il sinon un reflet youslève d'un Altarini. Il y avait déjà assez d'un sot réactionnaire. Qu'il y en ait désormais deux, cela laissait montrer aux autres membres de cette réunion un accent singulier sur le visage de Salvatore Lograno, et qu'il ne montrait pas à tout le monde, et tous les jours: une pointe d'agacement. Stupides arriérés amoureux de vieilles idoles, il n'y a que Dame Fortune..., pensait il dans sa barbe. Toujours était-il qu'il ne pouvait pas simplement le dire face à ces gens, et c'était peut-être là une grande différence entre lui et Mogador Altarini. Ses mots disaient bien souvent l'inverse de sa pensée, quitte à ne pas blesser, mais il ne pouvait s'empêcher de laisser le pragmatique s'exprimer afin de calmer les ardeurs du messaliote:

" Zacharias. Vous êtes le bienvenu parmi nous. Nous avons donc là deux messaliotes, c'est une bonne chose, car je le pense: c'est autour de vous deux, en tant que locaux, que s'articulera le prochaine ère de la Messalie. Nous avons le souhait que les blocs politiques de l'Olivier, et le vôtre, les héllènes, mettiez vos différends de côté afin de former une coalition qui sera à même de maintenir la ville en laisse lorsque nous autres, seront partis à d'autres périls. Mais vous devez le savoir: partez toujours du réel afin d'exposer la situation, et ainsi, ne pas s'égarer en quelque polémique que d'aucun pourrait considéré comme éloignée de la réalité. Nous apprécions votre attachement à vos coutumes et à vos traditions, mais je pense que les messaliotes sont davantage intéressés par ce qu'ils touchent à la fin du mois, que par des considérations d'ordre ethnique, spirituelle ou philosophique. Nous avons à cœur de ne pas nous aliéner les messaliotes dans cette entreprise, et il nous faut une adhésion importante de la population. Or, vous prendrez les messaliotes aux tripes en évoquant leur misère, et en exploitant leur colère. Parlez moins de temples et de colonnes doriques, et parlez davantage de condition des pauvres. Ce sont eux nos futurs soldats, et l'argent est le sang qui coule dans les veines, pas autre chose ou quelque énergie ethnique. Nos amis de Terrabilis ont raison sur la nécessité de cerner la population. En bref Zacharias, montrez vous populiste, et vous aurez ce que vous êtes venu chercher ici. Nous somme stous venus y trouver quelque chose de différent, et il faut que nous sortions de l'ombre du Polémarque avec le sentiment d'y avoir gagné quelque chose, chacun d'entre nous. L'argent, que vous le vouliez ou non, est le nerf de toutes nos guerres, et la vôtre également. C'est entre autre la raison pour laquelle nous pensons qu'il faut vous associer avec notre ami ici présent, Tomaso. Il est bon populiste, et vous vous entraiderez à garder le pouvoir, car il parait évident à l'orée de cette conversation, que vous n'êtes pas en mesure de le garder pour vous tout seul au vu de ce discours. Nous n'avons rien contre la diffusion des "valeurs" hélléniques, mais elles doivent servir un cadre politique précis, et avoir leur utilité."


Les paroles de Lograno étaient dures, mais il les pensait nécessaires: la force de conviction de Zacharias était puissante, mais il pensait certainement qu'elle devrait se reporter sur des sujets porteurs de sens. Altarini était cultivé, il parlait l'héllène et plusieurs sortes de rhémien, mais dans le fond, il était fondamentalement ignorant. Lograno était tout l'inverse: il ne parlait guère de langue, il n'était n intéressé par la poésie, l'écriture, le théâtre et les arts, mais il connaissait le cœur des Hommes, et leurs désirs.

Lorsque Divardra prit la parole, il trouva en lui un interlocuteur plus "conséquent", et avec qui il pourrait échanger de davantage de choses qui n'ont pas trait au domaine de la futilité: l'argent, toujours l'argent...

" Vous avez entièrement raison, Divardra: nous pourrions faire comme vous le dites et réfléchir à partir de nos moyens actuels. Je considère le poids de notre contribution à ce projet comme équivalent au nombre de navires possédés et d'hommes à notre disposition. Excellence: je dispose d'une flotte, son excellence Altarini dispose d'une flotte, son excellence Déria dispose d'une flotte. La flotte, les navires, c'est l'assurance de la projection de son pouvoir. Or, je trouve qu'il est audacieux d'arguer sur notre contribution respective lorsque vous êtes de ceux qui ici, en dispose du moindre nombre, si l'on excepte nos amis oliviéristes et hélléniques, ainsi que dame Fang, dont la contribution est d'autre nature, mais tout aussi importante. Ce que j'entends par là, c'est que nous ne sommes pas là pour nous prendre le nez sur qui donne quoi à cette alliance de circonstance. Nous sommes des frères, ici, à l'ombre du Polémarque, et nous aurons tous un rôle à jouer. Et si nous parvenons enfin à un accord sur quoi revient à qui ? Je commence à être las de bavasser, et j'entends avoir de l'action. Scarla, mon fidèle: apporte moi un bâton."


Une demande curieuse en de telles circonstances. Lograno pointe du doigt à son Homme de main un olivier à l'autre bout de la place. Celui-ci saute et en arrache une branche, une belle et bien droite dont il dépouille les fruits et les feuilles, en mangeant un au passage, et qu'il casse d'une traite avec un coup de genou. Il la vient la tendre à Lograno, qui le gratifie:

"Merci. Mon ami."


Le princeps de Volterra commence à dessiner quelque chose dans la terre... la Messalie ? Scarla est interrogatif.

" Vous avez pas très bien dessiné la côte, chef."

" Laisse moi au moins finir. Tu jugeras ensuite."


A côté de son premier gribouillage, Lograno dessine un nombre de petits cercles équivalents au nombre de parties engagées ici, autour de lui.

" Il suffit les disputes mes amis, il est l'heure de manger. La Messsalie est un système complexe et corrompu, mais il est puissant dans ses institutions. Mon plan n'est pas tant de le détruire mais de le parasiter. Il nous suffit de nommer les bonnes personnes aux bons endroits, et ensuite, de donner quelques miettes au peuple messaliote pour le satisfaire de changements qui n'en sont pas vraiment. Voilà donc le partage de pouvoirs, de responsabilités et de richesses que je propose..hum hum..."


Lograno fixe Toni Scarla avec insistance. Celui ci ne comprend pas de suite: un moment de silence un peu gênant s'installe entre tous les participants. Il met du temps, avant qu'il ne se pointe lui même du doigt.

"C'est mon tour là chef ?"

" Oui !"

"Ah."


Scarla se met en avant, pointant chacun des cercles tracés dans la terre:
"
  • Concernant le conseil d'administration de Messalie:
  • . Madame Fang conservera son poste de présidente du Conseil.
    . Toutes les obligations qui ne sont ni du ressort de madame Fang, ni de Terrabilis, ni des actifs dodécaliotes, ni des actifs fortunéens, ni des actifs youslèves (et autres membres présents de la réunion) seront partagés équitablement entre actifs dodécaliotes, fortunéens, youslèves et antériniens.
  • Concernant le Directoire de Messalie. Monsieur de Tomarels sera remplacé par un Duumvirat provisoire bénéficiant de pouvoirs étendus représenté par ces messieurs Tomaso et Castellan. Ceux-ci seront tenus d'abolir le suffrage censitaire messaliote fondé sur le droit de vote des actifs, par une "démocratie" au suffrage universel "direct" ainsi que la réaffirmation d'une identité hellénique propre à Messalie. Le reste des réformes sera à leur convenance et dans la mesure de leur entente.
  • Le parti eurycommuniste messaliote et le parti protestant messaliote seront interdits.
  • Du point de vue de la "réorganisation du tissu industriel messaliote:
  • . Terrabilis bénéficiera d'un monopole complet sur toutes les entreprises du secteur primaire agricole en Messalie, à l'exception des éventuelles entreprises qui seraient détenues par des membres de cette réunion.
    . Les autres acteurs de cette réunion se partageront à part égales la saisie de toutes les autres entreprises du pays qui ne seraient pas encore sous l'administration d'un membre de cette réunion (comprend donc Fortuna, Youslèvie, Dodécapole (Altarini et Lograno) et Fang Industries). Exception est faite des organes médiatiques et de presse.
  • Le Duumvirat prendra le contrôle temporaire de tous les organes de presse médiatiques qui ne seraient pas déjà sous l'administration d'un membre de la dite réunion. Leur avenir sera décidé d'un commun accord entre les deux duumvirs.
  • Concernant les coffres de la banque océane, ses fonds seront partagés à parts égales entre fortunéens, dodécaliotes, youslèves et Fang Industries.
  • Concernant l'administration de la banque océane, celle-ci sera nationalisée par le nouveau Duumvirat provisoire.


Toni Scarla prend du recul, il scrute le visage des autres membres de cette réunion, et il attend, avec cet éternel œil du tigre qui le caractérise...

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