09/04/2019
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Institutions impériales.

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Pour que les joueurs puissent pleinement comprendre comment jouer et interpréter le RP wardonien, il me semble important de présenter le cadre législatif qui fixe les règles et les limites des différents joueurs; ces derniers doivent donc se plier à ces règles, même si ces dernières ne sont pas si étouffantes. Les joueurs étrangers à la confédération pourront aussi essayer de comprendre comment ils pourront essayer d'abuser dans les règles ces "Lois fondamentales" pour servir leurs intérêts.
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Image d'une Bulla Aurea de Pfalz// Concordat de Worms, en 1222.

Article introductif à la politique wardonienne et à ses Institutions.

Institutions du Saint Empire de Wardonie.

La nature des Lois Fondamentales de l'Empire. (I)

Le Saint Empire est avant tout une confédération d’Etats disparates ; politiquement unis selon des systèmes politiques ancestraux. Dépassés et même archaïques ; les dernières réformes d’envergure datent du Code Henri le Bon ; c’est à dire au début de la Renaissance et la création de véritables institutions impériales officielles ayant une autorité reconnue par tout les Princes d’Empire. C’est en aillant à l’esprit cela que l’on peut réellement comprendre ce qui fait la particularité de l’Empire. Ce dernier n’a nul besoin de Constitution écrite, ni d’un corps de fonctionnaires assermentés ; c’est tout ce qui fait de cette Confédération un État si unique et si particulier. Pour que l’on puisse avoir une véritable idée du fonctionnement il faut clairement définir ce qu’est le Saint Empire de Wardonie. Avant de pouvoir évoquer n’importe quel corpus législatif ou institutionnel, il faut rappeler que l’Empire est une « organisation faîtière » autrement dit, c’est un ensemble d’organismes travaillant ensembles qui font fonctionner l’État impérial. En quelque sortes, avant d’être une confédération, c’est une corporation unie par un but commun. Ainsi, dans une confédération, les habitants restent le sujets du Monarque ; à titre d’exemple, les Marcinois sont tout autant tributaires de la Couronnes que les Antériniens, mais dans le Saint Empire, un marcheburgeois est sujet de Sa Majesté Ducale, tout comme un Falkenbergeois dépends avant tout de Sa Majesté Princière. Les habitants n’ont donc aucun ordre à recevoir de l’Empereur, aussi puissant soit-il, car ils dépendent de l’autorité de leurs princes respectifs. En revanche ces derniers sont soumis, en théorie, à l’autorité impériale et ont de véritables devoir vis-à-vis de celle ci. Si l’on veut avoir une idée exacte de ce qui est présenté ; il faut voir le Saint Empire comme un reliquat de la féodalité en Occident.

En effet, les princes sont les vassaux de l’Empereur ; ces derniers en échange de leurs terres qu’ils ont acquises, doivent une aide militaire et conseil à ce dernier. C’est ce qu’on pourrait voir dans le monde médiéval teylais ou kaulthe ; le chevalier s’incline pour son fief et jure fidélité à son seigneur lige. De ce fait, les rapports de force au sein de l’Empire sont donc considérés sous cet angle là et expliquent l’absence de Constitution, vu que cette dernière est un ensemble tacite de règles et de lois appliquées par un droit coutumier existant depuis le Moyen-Âge, les rares institutions existantes sont avant tout dédiées à la justice et à la résolution de litiges entre Princes, l’Empereur doit, en théorie, maintenir la paix et assumer la haute justice.

Mais néanmoins, avec la complexification des rapports politiques et économiques au cours des siècles, il est évident que des ajouts d’importance ont eu lieu, d’abord pour maintenir cet équilibre précaire entre les Grands et le Pouvoir impérial ; et donc garantir la paix intérieure. Mais aussi pour répondre à de nouvelles problématiques, sociales et religieuses. Ainsi s’ajoutèrent les édits de paix religieuses des Antranias-Weilsbrecht ; Cujus Reigno, Ejus Religio en est certainement le principe le plus célèbre. Mais nous devrions aussi penser à l’abolition progressive du servage initiée au XVe siècle et entérinée au XVIIe par l’Edictum Pacis Generalis (édit de paix générale) promulgué par Henri l’Illustre. Tout au long des révolutions et des évolutions de cette corporation, une série de textes pouvant êtres considérés comme des « Lois fondamentales » (Grundlegende Gesetze) sans pour autant s’apparenter à une constitution ; ces dernières pouvant abrogées à l’unanimité par les Princes tout en étant ce qui cadre les rapports sociaux ; en clair ces « Lois fondamentales » pourraient êtres considérées comme des traités de paix perpétuels ; d’ailleurs l’un des extraits de la Reichskonvent (Convention d’Empire) est assez clair sur le sujet ; « Conventio Generalis de Bona Intellegentia inter Bonos Principes Maiestatis Suae » (on a ici un extrait de l’introduction) ; c’est à dire une convention visant à une bonne entente généralisée entre les Bons Princes de Sa Majesté.

Néanmoins, ces Lois fondamentales sont aussi ce qui fixe le fonctionnement des institutions impériales ; dès lors, le Reichskonvent et la Bulla Aurea Palatinatus sont les bases juridiques faisant de l’Empire un ensemble véritablement organique ; ses différentes composantes sont explicitées ; de nouveaux statuts juridiques sont crées et des institutions locales et impériales sont établies pour l’application de la Bulla Aurea et de la Reichskonvent. Ainsi, elles permettent de limiter les litiges territoriaux en décrétant « anticonstitutionnelles » les guerres privées entre nobles, en faisant de l’Empereur l’autorité légale suprême tout en accordant aux princes des institutions pour se défendre face à la Majestas personalis. En clair, ces lois organiques ont plusieurs buts ; à savoir faire de l’Empire une plateforme territoriale cohérente malgré le farouche attachement des Majestas realis à leurs droits et privilèges. À maintenir la paix entre toutes les entités composant l’Empire et à éviter que ce dernier ne devienne un outil dans le jeu des puissances. D’autant plus que l’Empire est toujours pris dans une double dynamique paradoxale ; à la fois unifié sous le sceptre d’un seul empereur mais divisé en une dizaine d’autorités territoriales diverses et variées. Pris entre une certaine idée de la centralisation et des droits multi-séculaires que des Parlements et des familles princières défendent avec acharnement. De ce fait ces Lois fondamentales peuvent être considérées comme une sorte de « Constitution » malgré l’abusive simplification que cela représente. Il faut en effet considérer que ces dernières ne sont rien d’autres que des lois organiques qui ne donnent pas à la Wardonie des principes, des institutions supranationales ou des lignes rouges institutionnelles à ne pas dépasser. Autrement dit, peu importe à l’Empire si le Falkenberg devenait autoritaire ou que la Gavière vire communiste ; tant que les deux États respectent l’agencement organique de l’Empire ; les privilèges accordés à certains princes, leurs devoirs vis à vis de l’Empereur, leurs droits en cas de litige avec une autre institution impériale…

C’est d’ailleurs ce qui inspirera à Martin von Duergue, archevêques du Pfalz au XVe siècle ces mots, toujours actuels à propos de l’Empire ; « C’est une construction gothique durable qui n'est cependant pas construite selon les règles de l'art mais où l'on habite de manière sûre ». Il nous fait comprendre ici que malgré une organisation en apparence illogique ; ces centaines d’autorités différentes se chevauchant et entrant perpétuellement en conflit ; le Saint Empire réussit à maintenir un semblant de paix intérieure alors que ses voisins teylais, kaulthes ou loduariens sombrent dans la guerre au moindre prétexte.
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Heinrich IV von Antrania--Marcine-Weilsbrecht, Empereur du Saint Empire. // Joseph II de Habsbourg--Lorraine, Empereur dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
L’Empereur des Rhêmiens, à la fois chef politique et marionnette d’un jeu de puissance entre Électeurs.

Article introductif à la politique wardonienne et à ses Institutions.

Composantes institutionnelles du Saint Empire.

I) Place de l’Auguste Empereur des Rhêmiens et ses droits vis à vis des Princes d’Empire.

Avant tout chose, il est nécessaire de comprendre d’où vient l’expression de « Saint Empire » ; après tout, rare sont les États séculiers à se parer de la divinité, pourtant attribuée aux théocraties religieuses (pléonasme !) comme c’est par exemple le cas chez les mahométans avec les Califats, où leurs chefs se réclamaient « successeurs » du prophète Mahomet, ce qui ne signifie pas qu’ils aient des liens de parenté avec lui (exceptés pour les Chiites) mais plutot qu’ils se considèrent comme ses successeurs spirtuels, les plus fidèles à sa doctrine. Ou encore pour l’Église catholique (Sainte île pontificale de Catholagne, Saint-Siège…) qui se présente comme la successeure légitime de Saint Pierre, apôtre du Christ (« Pierre, tu es la pierre sur laquelle je bâtirai mon Église » Matthieu 16). Dès lors, une nouvelle approche se dessine ; ne serait-ce pas paradoxal que de considérer que le seul pouvoir spirituel de l’Occident Catholique ; à savoir l’Église « cède » une part de « sa » sainteté, son monopole devrions-nous écrire, au Saint-Empire ? Et dès lors, qu’est-ce que cela implique pour le Roi des rhêmiens et son action ? Les guerres de religion internes au Saint Empire et son dénouement débouchant sur un statu quo et le pari de la tolérance religieuse (« Cujus reigni, Ejus religio ») n’ont elles pas affaibli son rôle de protecteur de défenseur de l’Église face à des rivaux pouvant se targuer d’avoir éradiquer l’hérésie ; comme les rois Très Pieux d’Antrania ? Quant à ses rapports avec les électeurs, qu’est-ce que ça change ? Toutes ces multiples questions ont un véritable sens ; nous l’avons vu l’esprit des « lois fondamentales » qu’institue la Reichskonvent est avant tout médiéval et fait appel à un imaginaire et à système datant de cette période. Le Saint Empire est une structure vassalique qui dépasse de très loin les a priori que les non-Wardoniens ont sur le sujet ; eux viennent d’États nations (Teyla, Loduarie, Gallouèse…) alors que le Saint-Empire de Wardonie repose sur des principes juridiques directement hérité de cet âge moyen ; l’exemple le plus frappant et certainement le plus pertinent est la relation entre l’Empereur et les Wardoniens ; il n’a strictement aucune autorité dessus ; non pas parce qu’il est trop faible pour en avoir, mais parce que le cadre juridique l’empêche de considérer les vassaux de ses vassaux comme ses propres vassaux. Une distinction claire est posée ; alors qu’un sujet du Comte de Saint-Jean-de-Luz dépends avant tout de la Loi de Louis VI et de ses Parlements plutot que de celle de son suzerain… Dans ces structures là, ce qui prévaut n’est pas la Constitution (qui n’existe pas, dans tout les cas…) mais l’honneur et la solidité des liens de vasselage entre l’Empereur et ses Princes, et ces derniers, c’est la base de notre postulat, reposent sur la supériorité spirituelle de l’Empereur vis à vis de ses vassaux.

Ainsi, dans un premier temps il faut comprendre une chose ; c’est que comme dans les sociétés de l’Ancien régime ; c’était Dieu qui donnait la légitimité au Trône ; et ce depuis la christianisation progressive de l’Europe ainsi le Premier des Rex Teylae est « Serenissimus Augustus a Deo coronatus » (« Auguste très serein couronné par Dieu ») et reconnu comme tel par le Pape ; lui permettant in fine de dépasser en terme de prestige, et donc en réputation, qui valait bien plus que la force brute à l’époque, l’Empire Rhêmien d’Orient. De ce fait, l’Église et l’Empire était complémentaire ; la première assurait la gouvernance des âmes et la légitimité de l’Empereur tandis que le second défendait les intérêts du clergé ; expliquant en partie pourquoi trois sièges du Collège Electoral étaient dédiés à des prince-archevêques jusqu’à la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, avant une lente éviction de ces derniers au profit des princes séculiers ; Majestis realis. D’autre part, les princes se couvrèrent assez tardivement de la dignité divine ; c’est avant tout une traduction de piètre qualité qui fit passer l’expression de « Saint-Empereur » à la postérité ; alors qu’habituellement ces derniers étaient surtout désignés comme Romanurum Imperator Augustus ; « Auguste empereur des Rhêmiens » tandis que sa « sainteté » se manifestait souvent par une corollaire à la précédente titulature ; « in Divina clemencia » (« par la clémence divine »). En revanche, dès le XIIe siècle, le Saint Empire fut considéré comme Saint car étant intimement lié à Sancte et protégeant les intérêts politiques du Pape en Leucytalée centrale ; ainsi sous Frédérik II Barbeblonde les actes administratifs l’évoquent comme le chef du Sacrum Romanum Imperium Germanicae nationis. Nous constatons donc que le « Saint-Empereur n’existe pas ; il est Auguste, Empereur ou Roi mais dans aucun cas on ne peut le considérer comme « Saint ».

Mais néanmoins, même si cette confusion est à éviter ; ça n’enlevait rien du sacré de sa dignité ; il représentait les intérêts spirituels de la Sainte Église Apostolique et Rhêmienne et la légitimité de son pouvoir dépendait donc de sa relation avec Sancte, et il n’était pas rare de voir certains Monarques cultiver une certaine confusion entre son titre d’« Imperator » et de « Holy Rheman Emperor » en espérant impressionner leurs vassaux les plus crédules et cacher une profonde mésentente avec Sancte. Toujours est-il que dans les actes officiel aucun monarque du Saint Empire ne s’est targué du titre de « Saint », même si ça n’empêchait la dynastie des Antranias—Weilbrecht de rappeler leurs liens de parenté avec Saint-Henri (Augustus Romanorum imperator, Teutonum rex, princeps Christianissimus, et progenies Sancti Henrici.) même cette dernière était purement indicative et n’avait pas vocation à être attribuée au détenteur de la Couronne Impériale. Car ce qui faisait la légitimité de l’Empereur était l’onction papale ; suprême arbitre qui décidait de l’Empereur en cas de double élection, comme ça arrivait si souvent lorsque les Collèges électoraux n’étaient pas clairement définis et que l’Église tranchait, en faveur du prince le plus coopératif, évidemment… C’est pour cette raison que l’on doit considéré les relations entre Sancte et Helmbourg comme complémentaire, non pas car les deux entités s’appréciaient mutuellement (en atteste la prolongation de la Querelle des investitures qui frappait initialement Velsna et qui a fini par durablement refroidir les relations entre l’Église et le Saint Empire pour la nomination des Princes-Archevêques électeurs, qui permets donc de garantir l’élection du prochain monarque…). C’est pour cela qu’on ne peut qualifier les relations entre le Saint Empire et la Papauté d’« harmonieuses » elles sont mêmes très conflictuelles au long des siècles et plusieurs crises rythmèrent lesdites relations.

Dans un second temps, nous oublions l’autre dynamique qui caractérise les Empereurs ; ce sont des princes régnant sur des communautés ethniques ; les empereurs portent les titres de Teutonum rex et se présentent comme les garants de l’intégrité du « mundus teutonicus » c’est à dire de l’actuel Saint Empire. Il va sans dire qu’on ne peut confondre le « mundus kaulthicus » avec le monde teutonique ; d’une part car les interférences culturelles sont bien moindres chez les Kaulthes ; linguistiquement unifiés (si l’on y excepte l’Arovaquie et le Mirinegratz) et culturellement proches ; alors que l’influence francophone (Teyla) et dans une mesure bien moins importante en comparaison avec certains mythes hispaniques ayant connus une certaine popularité qui se limite au nord du Marcheburg, alors que le français se diffuse assez bien dans les provinces ayant été sous influence teylaise, notamment au Falkenberg. L’Empereur n’est pas uniquement le défenseur de la Foi et le pourfendeur des hérésies, c’est aussi le protecteur de l’espace ethnique wardonien, dans les traductions anciennes le terme « teuton » est utilisé en raison du second nom de la principauté du Helmsbourg ; aux marches de l’Empire. Ce rôle s’est d’autant plus accentué que les provinces francophones ont été détachées de l’Empire renforçant de ce fait l’homogénéité ethnique de l’Empire ; à la suite de la perte des comtés de Cielazur et des principautés francophones du prétendu « Saint »Empire de Walreich… En conséquence, la Wardonie se rétracte sur elle même et né un véritable sentiment national avant tout basé sur l’ethnie, là où en Antérinie il était motivé par l’unité autour de la Couronne. C’est pour cela que les « libertés wardoniennes » appuient tant sur les particularismes régionaux et fondent une communauté nationale si peu inclusive ; le « Volk », le « peuple » c’est un ensemble ethnique et non « abstrait », c’est à dire que le peuple est avant tout uni par une « race » commune ; au contraire dans d’autres régimes, le peuple est une notion que se veut universelle (les républiques ayant briller grâce aux Lumières par exemple)et qui rejette de ce fait tout idée d’ethnocentrisme radical. D’autre part, ce titre de Rex teutonicus offre le droit à l’empereur un droit d’ingérence dans les affaires des Princes wardons pour défendre ces derniers contre les étrangers ; tout comme certains Saint-Père appelaient à chasser les « barbares » des terres italophones lors de la Renaissance, et les philosophes des Lumières wardonnes utiliseront ce titre pour légitimer ue centralisation du territoire wardon et un renforcement de la puissance impériale au détriment de celle des princes.

Du mois, c’est la théorie. Dans la pratique, l’Empereur n’est plus le garant de l’hégémonie spirituelle de l’Église catholique ; d’une part à cause de la concurrence qui est rude dans ce domaine ; les Antrania—Marcine—Weilsbrecht se sont proclamés protecteurs de l’Église et Rois Très Pieux après avoir unifier religieusement ses États et avoir éradiqué le protestantisme dès le XVIe siècle ; autrement dit là où le pouvoir impérial wardon peine à protéger le Dogme catholique des assauts de l’« hérésie » protestante ; Antrania s’en fait la défenseure. Dès lors la première mission de l’Empereur ; à savoir être le bouclier de l’Église, ne réussit pas à être accomplie ; et cet échec sera d’autant plus retentissant que la Couronne impériale sera obligée de reconnaître les traités de Marheburg ; au début de la seconde moitié du XVIIe siècle qui établissait durablement le principe du Cujus reigni, Ejus religio (tel prince, telle religion) qui permettait à chaque tête couronnée d’imposer ses convictions religieuses à ses sujets. Etablissant de fait une certaine tolérance religieuse au sein du Saint-Empire ; l’hérésie est tolérée tant qu’elle est légale sur le territoire de ladite principauté. Dans un même temps la puissance impériale n’a fait que décroître, et à partir du XIXe siècle ; rendant l’empereur incapable de catholiciser par la force le Saint Empire. Ainsi, son premier objectif n’est pas atteint, au contraire il a en quelque sorte trahit ce pacte en réduisant le nombre de Princes-évêques électeurs et par extension l’influence de l’Église ; ce qui est une atteinte directe au pouvoir papal et à la complémentarité entre le Saint-Empire et le Saint Siège. Enfin, il est aussi difficile de maintenir son autorité religieuse sur des princes ne reconnaîssant pas le catholicisme comme religion d’État ; nuisant de ce fait au prestige de l’empereur mais aussi à son influence ; si l’Église est personna non grata, son représentant est à peine mieux loti amenant une lente sécularisation du pouvoir impérial (mais pas des autorités ducales ou princières) qui explique en partie pourquoi l’Empereur s’est éloigné des intérêts de l’Église et spirituels pour y préférer des buts politiques et temporels plus faciles à atteindre.

D’un autre côté ; le pouvoir impérial peine à réellement protéger les Wardons ; d’une part car il est difficile de pouvoir assurer la sécurité d’un peuple si ce dernier n’est pas sous la responsabilité directe du pouvoir ; nous revenons encore une fois aux vieilles structures médiévales et vassaliques ; il en incombe aux princes d’assurer leurs vassaux et leurs sujets et non à l’empereur. C’est l’une des rares constantes de l’histoire politique wardonienne ; l’Empereur est dans l’incapacité politique d’appliquer ses fonctions ; le Rex teutonicum n’ayant légalement aucune autorité sur les Teutons… Paradoxal mais nécessaire à l’équilibre des pouvoirs entre les Princes et les compétences impériales. Néanmoins, on peut considérer que la défense des Wardons est assurée de facto par deux choses qui caractérisent les pouvoirs régaliens de l’Empereur. Jusque là, nous avions pu constater que ce dernier n’avait qu’une autorité théorique sur certains domaine et que son rôle semblait plus ethnique et religieux que politique. Seulement il faut comprendre une chose importante ; malgré sa relative faiblesse, l’Empereur a le droit de lever des troupes pour défendre la Wardonie et punir les princes l’ayant trahi ou ayant désobéi à certains de ses ordres. De ce fait, une nouvelle perspective politique se dessine ; et peut-être qu’elle devient d’un coup plus complexe mais bien plus intéressante ; l’Empereur et les principautés ne sont pas pris dans une perpétuelle rivalité ; sinon l’un des deux belligérants aurait déjà dû capituler ; mais plutot dans une sorte de collaboration commune n’empêchant pas une rivalité ; et tout deux recherchent un même but commun ; la préservation des privilèges et des intérêts communs ; comme lors d’une relative unité politique durant les accords d’Antrania Marcheburg en 1653 pour éviter que Teyla ne mette la main sur le Saint Empire tout entier et une volonté commune de préserver la paix entre les princes pour éviter que Manticore ne profite de l’occasion pour se débarrasser de ses rivaux. Ainsi, même si les buts initiaux ne sont pas atteints ; le pouvoir impérial conserve certains atouts qu’il peut utiliser et qui lui sont reconnus par les Reichskonvent et les Bulla Aurea qui garantissent dans un même temps les privilèges princiers.

Si nous avions pu nous attarder, assez longtemps nous le concédons, sur les fonctions théoriques de l’Empereur et le semi-échec qu’elles représentent pour l’autorité impériale, nous remarquons tout de même qu’il a une véritable utilité ; c’est à la fois le coordinateur des actions des princes, le garant de leur autonomie, le juge suprême et la figure à laquelle la wardonie doit sa relative unité. Aussi intéressant que ça l’est ; il apparaît comme une figure du consensus diplomatique et permets de contenir hors des frontières les menaces qui pèsent sur la Wardonie en signifiant clairement que la place est prise. Mais il a aussi des compétences juridiques qui sont divisées en deux catégories ; le droit limité (iura caesarea reservata limitata) et le droit réservé illimité (illimitata) qui traduisent un partage des charges politiques entre l’Empereur, les institutions impériales et bien entendu les Princes d’Empire... En effet, la première catégorie doit-être soumise à l’approbation des Princes et de la Diète (même si cette dernière a d’autres prérogatives juridiques dans le même temps). Tandis que la seconde peut-être décidée de manière unilatérale et n’a pas besoin de l’accord des princes pour le décider. Néanmoins, certains de ces droits ont pu varier au cours du temps ; en fonction du degré de centralisation et de décentralisation de l’Empire et qui témoigne assez fidèlement du rapport de force entre les Princes, l’Empereur et la Diète.

Dans un premier temps, les “iura caesara reservata limitata” sont des privilèges demandant l’approbation des élites aristocratiques du Saint-Empire, s’en est même dans l’esprit de ces lois avant tout basées sur la coutumes et non sur des idées juridiques abstraites, comme c’est le cas à Tanska ou Teyla. Ici c’est le temps qui a donné à ces libertées réservées et limitées toutes leurs significations et leurs limites. Evidemment, il y avait tout intérêt politique à limiter les droits “illimitata” des Empereurs, les premiers (“limitata”) permettent d’accroître la dépendance du pouvoir impérial vis à vis de l’aristocratie. Et plusieurs batailles juridiques eurent lieu pour tenter de soumettre le pouvoir impérial au bon vouloir des princes sur plusieurs points ; l’économie, le nerf de la guerre, et l’armée, celle qui permets de gagner sur le terrain législatif si le résultat ne convient pas en ultime recourt. Après la querelle des investitures (aux alentours du XIIe et XV e siècle); la querelles des contigents éclata ; l’Empereur, pour financer ses guerres contre les puissances voisines (Teyla et Kaulthie) avait besoin du soutien des princes et de leurs hommes pour battre ses ennemis ; et pourtant ils refusèrent s’il n’y avait de contreparties profitant à ces derniers ; en 1513 le chef du Saint-Empire dut céder le commandement de ses armées à ses vassaux les plus puissants et devait obtenir l’accord des princes pour les lever. C’est l’un des meilleurs exemples de “iura limitata”. Même si le pouvoir impérial a besoin de l’accord des princes pour lever des sactions commerciales, des droits de douane ou encore la frappe de monnaie ; qui est aussi déléguée aux Princes-électeurs... La puissance impériale est pieds et mains liés face à ses vassaux, encore aujourd’hui il ne possède qu’une armée de 500 gardes, sous le commandement direct du Prince-électeur du Falkenberg.

Néanmoins, l’Empereur est aussi détenteur de droits illimités ; d’un “jus illimitata” qui lui offre plusieurs prérogatives. Mais ces dernières, logiquement restent limitées ; après avoir échoué devant les Princes pour l’armée et l’économie, le pouvoir impérial se limite presque au paraître ; il a l’exclusif droit d’anoblir (possibilité qui pouvait devenir une épée de Damoclès pour les Princes, qui ne pouvaient nommer des ministres issus de la Routure jusqu’en 1984, car ils devaient dépendre du bon vouloir de l’Empereur pour nommer certains conseillers au titre de Ministre), de nommer les principaux postes de sa court ; qui joue donc un rôle capital dans l’équilibre entre princes car c’est avant tout une course aux honneurs et à la légitimité. D’autant plus que l’aristocratie princière wardonienne est particulièrement friande de tels honneurs et des récompenses de ce genre, ça permets aussi de se poser comme force d’influence au sein du Saint-Empire. Enfin, il contrôle les ordres du jour à la Diète, et donc l’agencement législatif des débats et jouit d’un droit de veto partiel à ce qui est décidé là bas. Ce qui permets à l’Empereur de jouir d’une certaine influence politique, discrète et subtile qui fait de lui une force qu’il faut ménager, pour s’assurer d’un contrôle sur les décisions prises par la Diète et des moyens utilisés pour placer des pontes dans les universités et donc contrôler les intellectuels ; eux qui ont deux coups d’avance sur le politique.
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Emmercih von Gavière, prince-électeur de Gavière. // Maximilien II von Wittelsbach de Bavière. Prince-électeur de Bavière.

Article introductif à la politique wardonienne et à ses institutions.


Institutions du Saint-Empire de Wardonie.


Composantes institutionnelles du Saint-Empire.

II) Le Collège électoral et ses prérogatives.

L’un des points les plus marquants du Saint-Empire de Wardonie, et certainement ce qui fait de cet État une monarchie unique au monde est la dignité électorale (Dignitas electoralis) qui est conféré à certains princes d’Empire. Cette dignité, qui a dorénavant fait le tour du monde par sa particularité, permettait aux Princes d’Empire d’élire leur monarque. Mais plus encore, cette dignité leur permettait de s’assurer une suprématie politique au sein du Saint-Empire, et de se garantir une place de choix sur l’échiquier politique eurysien en devenant faiseur de roi. Certes, le Saint Empire n’est pas la seule monarchie élective ; après tout, nous avons bien l’Antérinie qui est une Couronne élective ; les Paires, puis l’Assemblée, élisant les Monarques antériniens, seulement cette dernière est héréditaire de fait ; depuis des siècles et des siècles les Antranias—Marcine règnent sur l’Antérinie et n’ont pas de compte à rendre ; en revanche les Empereurs de Wardonie risquent de voir leurs dynasties perdre la Couronne si elles ne réussissent à plaire aux électeurs. Ainsi, alors que l’Antérinie devenait une monarchie élective factice ; le Comté de Saint-Jean-de-Luz appartenait de facto à Sa Majesté alors que le Marcheburg, le Pfalz, le Falkenberg ou le Brandt étaient des fiefs souverains ; c’est sur cette différence qu’il est nécessaire d’appuyer et c’est ce point là que nous tâcherons d’expliquer. Nous l’avons vu plus tôt, le Saint Empire est une Monarchie régit par des coutumes féodales et des relations basées avant tout sur le droit vassalique. C’est ce point là qui explique pourquoi l’Empereur est si faible mais aussi pourquoi les élections se perpétuèrent. Seulement, si les électeurs sont faiseurs d’empereurs, ils sont aussi Princes souverains, échansons, écuyers, chanceliers et chambellans à la cour impériale.

Dès lors, nous découvrons un autre aspect propre à la dignité électorale, certes les Princes électeurs sont des Princes souverains, mais ce sont aussi des vassaux. Et aussi amusant que cela puisse paraître, même si ces derniers sont reconnus comme des Chefs d’Etats, ils sont aussi dépendants de la Couronne Impériale car ils doivent leurs titres à l’Empereur. En étant vassaux, ils sont aussi serviteurs. Paradoxal lorsque l’on sait que ces derniers sont bien souvent plus puissants que l’Empereur lui-même ; à la fois serviteurs et maîtres… Seulement, dépassons cette lecture littérale ; le Prince de Falkenberg n’est pas un palefrenier tout comme le Prince du Hochmark-Sanktstahl n’est pas un vulgaire garçon de café ; toutes ces fonctions sont hautement honorifiques et confèrent un véritable pouvoir à ses détenteurs. En effet, ce sont des postes de confiance ; replaçons-nous dans le contexte médiéval ; dans une période trouble qui succède à l’Antiquité et qui cultive une histoire politique assez proche de celle de l’Antique Rhême. Alors que les Augustes dépassaient rarement les quarante ans, les Empereurs quant à eux devaient constamment rester sur leurs gardes ; le vin qu’ils engloûtissaient pouvaient les mener tout droit sous terre si un prince avait un compte à régler avec son suzerain. Loin d’être un lien de servage, c’est un lien de confiance qui s’établit entre l’électeur et son prince ; un moyen de garantir la paix entre les deux en flattant le premier et renforçant les relations entre le vassal et son maître. D’autre part, la dignité électorale ne confère pas uniquement une place influente à la cour, elle garantit des privilèges qui font de l’Empereur une figure de second rang, une force constitutionnelle ; là où les princes électeurs exercent la réalité du pouvoir ; c’est de cette séparation claire et nette que naissent les concepts qui définissent les deux figures politiques ; la Majestas realis pour les Princes électeurs et la Majestas personalis pour l’Empereur.

Cette division ; le pouvoir réel et le pouvoir théorique ; reflète plus que tout le Saint-Empire ; nous n’aurons de cesse de le répéter mais l’Empereur n’est rien d’autre que le premier des Princes sans pour autant être le maître incontesté de la Wardonie. Après, il n’a aucune autorité sur les Wardons ; il en a seulement, et encore, vis à vis de leurs souverains. Or, cette disposition si particulière du pouvoir a été entérinée par la Bulla Aurea Palatinatus ; la Bulle d’or du Palatinat qui fixe l’élection impériale et au travers l’influence disproportionnée des princes électeurs sur l’Empereur ; cette modification politique ; fondement et pilier du droit constitutionnel wardon formera ici le cœur même de cet article introductif et permettra de comprendre pourquoi et comment le pouvoir impérial s’est progressivement décentralisé et est devenu par la force des choses une corporation tandis que ses voisins ; comme Teyla, se sont établis comme des centres du jacobinisme centralisateur, que le Kah est devenu une confédération communales, la Wardonie est resté un modèle féodal. Et tout au long de cet article nous essaierons de détailler trois points principaux ; comment le pouvoir impérial a t’il pu se dégrader si vite ? Comment fonctionne une élection, et au travers de cela, comment agit le Sacré Collège ? Et finalement, qu’est-ce que cela implique pour les Princes-électeurs et leurs privilèges ?

Dans un premier temps, il est nécessaire de remonter à la genèse du Saint-Empire ; c’est à dire à ce qui a fait la monarchie élective. Cette dernière s’est formé car les Princes, les Ducs territoriaux régnant avant tout sur des ensembles ethniques homogènes et non sur une multiplicité de domaines éparpillés ici et là… Ces Ducs avaient conscience qu’il était nécessaire pour ne pas dire vital de former un royaume pour ne pas tomber dans la sphère d’influence teylaise ; c’est ce point là qui est à l’origine même de l’Empire. De ce fait, il décidèrent, comme c’est la coutume dans tout les États eurysiens jusqu’à la fin du Moyen-âge, de se réunir et d’élire un roi parmi eux. Ce dernier avait plusieurs prérogatives ; à la fois garant de la souveraineté de l’Empire contre les invasions extérieures ; Rex Teutonicum tout en étant le défenseur de l’Église contre les barbares et les païens. Seulement, si ce système à sept électeurs ; Falkenberg, Pfalz, Marcheburg, Brandt, Hochmark-Sanktstahl, Gavière et Nidwald, était en théorie fonctionnel, les politiques successorales furent désastreuses ; le nombre d’électeurs passa de sept à quatorze, de quatorze à vingt huit, puis de vingt-huit à cinquante six, sans compter les pléiades de principautés ecclésiastiques ; évêchés autonomes, abbayes… Tout cela rendait les élections extrêmement complexes, et surtout le trop grand nombre de prince rendait facile la contestation d’une élection : alors qu’au départ il fallait que seuls sept princes soient d’accord sur un nom, dorénavant pas moins d’une centaine de princes réclament à êtres entendus. La division des domaines entre les fils du prince défunt correspondait aussi à un partage de la dignité électorale.

Or, lorsque l’unanimité parfaite est impossible à atteindre ; et que les prétendants jouissent d’assez de popularité, ou du moins qu’ils soient assez riches pour lever des armés et donner des « arguments » sonnants et trébuchants à certains princes, il leur était facile de se soulever, de rassembler une autre Diète et d’être proclamé Empereur, ou anti-Roi. Amenant une interminable guerre de succession ; l’Interegenum qui profite bien entendu aux princes territoriaux qui peuvent ainsi cultiver leur indépendance, et mieux encore, faire sentir aux prétendants qu’ils ont besoin d’eux pour ceindre la Couronne impériale. Et bien souvent, les électeurs cherchaient à élire des vieux sans enfants pour perpétuer ce cycle, ce cercle vicieux, qui leur permettait à terme d’accroître leur puissance. Alors que les grands féodaux teylais ou antériniens étaient progressivement forcés de courber l’échine, qu’ils disparurent même à partir de la Renaissance, les Comtes, Ducs, Barons et Marquis wardoniens s’accomodaient assez bien des périodes de troubles pour pousser leurs pions ; pour s’imposer sans être considérés comme des « félons ». Et bien entendu, la Papauté elle-même pouvait revendiquer un droit d’ingérence dans les affaires impériales car non seulement la voix du Pape est la Potentas maxima (la puissance maximale, autrement dit elle avait toujours le dernier mot selon la théologie médiévale) mais aussi car c’est la Veritas ; la Vérité agissant au nom de Dieu et ayant une légitimité conférée par Saint Pierre. Ce droit d’ingérence, la Papauté l’usa tout au long de cette période (entre le Xe et le XIVe siècle) pour devenir l’ultime arbitre dans les affaires wardoniennes ; après tout, n’est-elle pas la voix de Dieu (vox Dei) ? Ainsi pour devenir Empereur, il fallait recevoir l’onction pontificale, qui avait un certain prix. Non pécuniaire, mais politique. En effet le pape, en plus de concéder à l’Empire une certaine sacralité, attendait de ce dernier qu’il respecte les privilèges de l’Église et qu’il reste en dehors des affaires ecclésiastiques ; les réformes grégoriennes qui centralisèrent l’Église et la réformèrent profondément en purgeant l’influence des Princes se fit au détriment des empereurs qui perdirent le droit de nommer les Princes évêques lorsque la querelle des investitures se conclut aux alentours du XIVe siècle.

C’est en aillant conscience de cela, de la profonde instabilité impériale qui suit chaque élection et contre-élection que Ludwig IV von Fezenn promulgua la Bulla Aurea Palatinatus. Cette dernière avait plusieurs objectifs ; en premier lieu mettre fin à l’anarchie ambiante et permettre au Saint-Empire de devenir une puissance cohérente et stable, en second lieu de permettre à terme de remettre dans le droit chemin les princes territoriaux qui profitaient si bien du chaos wardonien qu’ils se taillaient de véritables principautés semi-indépendantes. C’est pour faire rentrer dans le rang les Grands que le Saint Empire se dota donc d’un Collège électoral réduit ; le Collegium Sacrum qui fixait un nombre très réduit d’électeurs ; revenir aux fondamentaux en nommant les sept princes les plus puissants de l’Empire ; c’est ainsi que d’une centaine de potentiels princes-électeurs, le nombre passa à sept. Bien entendu, ces sept princes, loin d’être d’obscurs Landgraves étaient les plrinces les plus influents et les plus puissants ; parmi eux se trouvaient les Ducs du Marcheburg-Brandt, les Comtes de Falkenberg, Les Margraves du Hochmark, les Comtes de Gavière pour les principautés séculières. Pour le Clergé, les évêchés les plus influents et les plus riches furent sélectionnés ; parmi eux les Princes-évêques de Pfalz, les Princes-évêques de Rivemont et les Princes-évêques de Kêr. Ainsi, cette bulle fut acceptée par le Pape, vu qu’il avait ainsi la garantie de pouvoir faire pression sur le nouvel empereur en lui rappelant qu’il devait son élection aux trois princes-évêques mais aussi par les autres princes qui avaient la garantie de participer à la Diète impériale.

Bien entendu la naissance des Princes électeurs mets en évidence deux choses ; l’émergence d’un Saint-Empire relativement indépendant vu que ce dernier peut élire son Monarque à la majorité simple grâce aux princes séculiers ; indépendants de la pression de l’Église. D’un autre côté, même les princes-évêques sont indépendants car ils ne sont pas directement nommés par le Pape mais élus par un Chapitre de clercs et de chanoines. Dès lors l’élection impériale devient incontestable car le Pape lui-même a reconnu la légitimité de la Bulla aurea. D’autre part, un nouveau centre politique se dessine ; le Saint-Empire commence à voir apparaître une forme d’ordre interne. Alors qu’auparavant le chaos de chaque élection permettait à un prince de s’emparer de nouvelles terres à la faveur des évènements et de l’inattention générale, l’émergence d’un ordre électoral (ordo electoralis) rend illégitime toute contre-élection et passible d’excommunication les soutiens aux félons qui osent s’opposer à l’Empereur. Ainsi, les Principautés ayant acquises la dignité électorale devenaient les arbitres régionaux car non seulement elles avaient le soutien juridique de l’Empereur mais elles avaient aussi les moyens militaires de casser toute insubordination. À titre d’exemple, le Duché de Marcheburg, malgré son apparente petite taille comptait sur tout un réseau de principautés obligées et soumises à la volonté des Ducs ; un ensemble de vassaux obéissants. Ainsi, des sphères d’influence commencèrent à se dessiner autour des électorats. Et ce jusqu’à la fin du Moyen-âge, les divers princes du Saint Empire restaient indépendants et n’avaient pas à se soucier des puissances frontalières, elles-mêmes prises dans les marasmes de la féodalité et de la désobéissance généralisée de la noblesse.

Par ailleurs, ces Principautés électorales avaient un avantage que les autres n’avaient pas ; d’une part elles relevaient de l’Immédiateté impériale ; autrement dit les Electeurs n’étaient pas vassaux d’autres princes mais restaient bel et bien souverains, ou du moins dépendaient en théorie de la tutelle impériale. Or, cette dernière étant assez flasque, peu encombrante, les divers électeurs pouvaient se permettre d’ignorer son existence, ou du moins de la délaisser. Mieux encore, l’immédiateté impériale leur conférait un privilège sous-jacent ; la Landeshoheit c’est à dire la souveraineté de facto. Le Privilegium summi imperii (ou privilège de souveraineté) offrait plusieurs avantages non négligeable ; en premier lieu les Electeurs avaient le droit de se comporter comme des princes souverains, de disposer d’une armée permanente, ce qui n’était pas le cas de certains États, comme le Keimburg ou le Dotz, mais aussi de battre monnaie, et donc d’avoir le contrôle de ses finances, là où jusqu’au XVIIe siècle cette dernière était l’apanage de l’empereur. Ou plus important encore, de pouvoir faire la paix et la guerre ; pouvoir régalien qui appartenait exclusivement à l’Empereur. Ainsi, cette supériorité territoriale ; le Suprematus territorialis faisait des Princes électeurs des pièces maîtresses dans le jeu politique wardonien et leur permettait même de se substituer à l’Empereur à l’échelle régionale, durant plusieurs siècles la monnaie marcheburgeoise avait bien plus de popularité que le Reichmark dans sa région. Dès lors ce partage des prérogatives marque le début du progressif déclin de l’autorité impérial au profit des autorités princières ; les iura caesarea reservata (les droits réservés des empereurs) se mêlant aux prérogatives des principaux électeurs. Et progressivement, même insidieusement, l’autorité impériale fut remplacée par l’autorité princière.

Bien sur, pour faire campagne les candidats doivent avoir des « arguments » plaidant en leur faveur auprès des Electeurs ; à l’autonomie des vassaux s’ajoute désormais la dépendance du pouvoir impérial vis à vis de ces derniers. À titre d’exemple, l’Empereur Heinrich IX von Antrania fut élu pour 850.000 florins, ce qui corresponds aujourd’hui à plus ou moins trois tonnes d’or. Cette corruption généralisée greva les finances impériales tout en enrichissant considérablement les princes ; ce qui leur permettait ensuite de rappeler la dépendance toujours accrue des Empereurs vis à vis de ces derniers. Évidemment ces arguments n’étaient pas uniquement pécuniaires ; pour permettre au Roi des Teutons (donc l’héritier théorique du Saint-Empire qui est son fils) l’Empereur Emmerich IV offrit au Marcheburg le droit d’hériter de la principauté du Pfalz pour s’assurer son soutien lors des prochaines élections. Il y avait aussi des arrangements politiques et dynastiques ; en clair du clientélisme inavoué qui permettait de placer à la tête du Saint Empire l’homme qui avait le plus de choses à offrir. Et cela passait aussi par des privilèges ou la révocation de bulles qui nuisaient aux intérêts des électeurs ; ainsi furent abolis les réformes qui promettaient une progressive centralisation de l’Empire ou qui établissait de nouvelles institutions plus à même de répondre aux défis du siècle, comme une proto banque centrale wardonienne. Et cela, bien entendu, au profit des électeurs qui voyaient d’un mauvais œil un outil qui permettait de reprendre le contrôle de la monnaie, et donc de nuire à leur autonomie. Naturellement, cette constante défiance vis à vis de la modernité et des institutions impériales trop centralisées n’est pas uniquement due à un trop grand attachement aux privilèges, mais aussi à l’influence étrangère exercée par les grandes puissances voisines, qui profitaient d’un Saint Empire divisé et faible.

En effet, à partir de la Renaissance jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le Saint Empire était sous la coupe de puissances étrangères ; sans l’accord des Kaulthes, des Teylais ou des Antériniens, impossible d’élire un Empereur. Et ce furent bien souvent ces derniers qui étaient à l’origine des troubles au sein de l’Empire. Voire même, parfois, de quelques changements au sein du Collège électoral. Car la Bulla Aurea et la dignité électorale qui est distribuées ne sont pas irrévocables; si la Principauté disparaît, absorbée par une autre, ou encore qu’elle se rends coupables de crimes graves vis à vis de la loi féodale ; comme la félonie ou le paganisme. Ainsi, durant plus de trois décennies, la Principauté du Brandt fut déchue de l’Electorat car elle vola à l’Empereur le titre de Duc du Marcheburg. À la place, l’Archiduché de Dotze devint un électorat. Tout comme le nombre de Sept électeurs n’est pas incompressibles ; preuve en est que les électeurs spirituels ont disparu au profit des électeurs temporels à la suite de la progressive réunification de la Wardonie. Entraînant par ailleurs une querelle extrêmement violente avec le Saint-Siège autour de la supression des archevêchés électoraux.

En effet, pour devenir électeur il faut cocher plusieurs conditions ; posséder un fief souverain, c’est à dire indépendant d’un autre seigneur lige. Être de foi chrétienne, qu’importe la confession. Et bien entendu, jurer fidélité à l’Empereur. Ce dernier peut dès lors nommer les principautés remplissant ces conditions comme Principautés Electrices, seulement pour ce faire il faut qu’il obtienne l’accord du Saint-Siège et l’unanimité des autres Princes Electeurs. Rendant de ce fait la nomination difficile si l’aspirant n’a pas de ressources financières considérables et ne jouit pas de soutiens hauts placés au sein de la Papauté. D’autre part, il est aujourd’hui quasiment impossible de devenir électeur, non seulement à cause de toutes ces conditions, mais aussi par la progressive confédéralisation et rationnalisation du Saint Empire qui tends à abolir les structures médiévales pour les remplacer par des fondations modernes qui tâchent de s’affranchir de ces « excentricités ». D’autant plus qu’aucun territoires proches ne peuvent êtres intégrés à l’Empire, rendant donc les princes souverains rares. À l’inverse, l’Empereur peut aussi décider de supprimer un électorat si ce dernier se retrouve intégrer dans un autre État ou dans une autre principauté, c’est d’ailleurs pour cette raison que les Archevêques électeurs furent abolis, car le Pfalz, le Rivemont et le Kêr avaient été absorbés par le Marcheburg, le Falkenberg et la Gavière. À toutes fins utiles, notez qu’il est impossible de destituer un Empereur excepté si ce dernier abdique ou qu’il soit excommunié par le Pape.
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