25/11/2018
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Histoire thématique ; posts hisoriques en vrac.

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Je publierai ici les posts en lien avec une certaine thémathique qui pourrait permettre d'aborder une période au travers d'un évènement, ou d'une série d'évènements ; la guerre de Neuf Ans, la colonisation du Mazonza où les guerres de religion ; l'objectif est d'apporter un regard neuf d'historiens passionnés et compétents. Pour connaître des périodes chronologiques (Moyen-Âge, Lumières, Révolution industrielle..) il faut se tourner vers de futurs posts bien moins précis qui tâcheraient d'aborder l'histoire d'un point de vue purement généraliste et qui se passeraient des détails et des analyses.
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Nom du pays : Royaumes d’Antérinie et de Marcine

Type de régime au début du conflit : Monarchie constitutionnelle s’apprêtant à disparaître au profit d’une monarchie absolue.

Situation politique, économique et sociale au début du conflit* :


L'une des nombreuses chartes limitant les pouvoirs du Roi

Pour saisir les conséquences de cette guerre sur le paysage antérinien durant cette période, il est nécessaire de garder à l’esprit deux points essentiels ; le premier c’est la nature du pouvoir antérinien, c’est à dire que le Royaume est une double-monarchie (les Antrania régnant aussi sur Marcine [et ce grâce au consentement de l’aristocratie locale, amenant cette dernière à dominer de facto la politique locale, et ce pour deux raisons. D’abord car la distance géographique et l’éloignement entre le fief ‘’principal’’ du monarque, et sa possession dite « secondaire » l’oblige à déléguer le pouvoir à cette sorte d’assemblée aristocratique qui jouit de privilèges infiniment plus important que les aristocrates antériniens (même si, les deux groupes se mélangent en partie) car ils peuvent se permettre de parler au nom du Roi et d’abuser de certaines prérogatives, ce dernier n’ayant pas pu contrôler la noblesse marcinoise car l’Acte d’Union (qui unit la dynastie antérinienne à la famille royale marcinoise, formant ainsi la lignée des Antrania-Marcine) l’interdit. Ainsi elle pouvait fixer les impôts, rejeter ou accepter certaines ordonnances royales en provenance de l’Antérinie.) Par conséquent, le pouvoir central n’avait pas une domination complète, au contraire d’ailleurs, sur les affaires internes, le Roi étant souvent reléguée à des fonctions religieuses (il était tout de même le lieutenant de Dieu sur Terre et ses prérogatives religieuses étaient plus importantes de par la conception même du catholicisme marcinois, sorte de bâtarde entre le christianisme eurysien et les croyances afaréennes) mais aussi à un rôle militaire. En effet, le souverain est aussi un militaire et commande les armées marcinoises (même si là encore, ses principaux généraux sont les grands aristocrates locaux).

En Antérinie, la situation est plus complexe. Si l’aristocratie continue à jouer un rôle prédominant, elle reste néanmoins soumise de manière directe à l’État royal. En effet cette dernière a toujours été la grande rivale du Roi et ce durant une longue période (du Moyen Age durant lequel les nobles étaient liés de jure au monarque par une terre, à l’ère pré-moderne où elle affrontait au gré des réformes le Roi pour conserver son autonomie rongée par la quasi annexion de ses fiefs). Les pairs, doivent en effet leurs places au roi (qui octroie duchés et comtats à ses fidèles) et « légitiment » son pouvoir en le reconnaissant de manière symbolique durant le Sacre, les pairs accordant une sorte de caution morale au souverain et lui jurant de lui rester fidèle et de le fournir en hommes et en argent. D’ailleurs, son rôle tend à s’effacer, elle perd petit à petit son influence à cause de son instabilité qui est elle même due à sa perte d’influence. En effet, durant les conflits religieux qui opposèrent les catholiques aux protestants, cette dernière tenta de limiter le plus possible l’autorité royale en prenant parfois ouvertement position contre le Roi, seule une intervention papale permit d’éviter que l’intégralité de la noblesse ne se soulève contre le monarque (pourtant meneur du camps catholique, et donc le chef de l’aristocratie catholique) en excommuniant les principales têtes du complot. Ainsi, c’est à partir de ce siècle (XVe) là où elle perdit son quasi monopole sur les armées et son influence sur les monarques, devenant de plus en plus méfiants vis à vis de cette dernière. La menant à se soulever tout au long du siècle suivant (donc le XVIe) et à se faire écraser par les troupes royales, amenant les souverains à briser durablement son influence, la destruction des places fortes, la saisie des régions agitées et parfois-même l’exécution des pairs !

Mais l’affaiblissement des nobles a permis de faire émerger une bourgeoisie marchande (pourtant affaiblie à la fin du Moyen Age [une guerre dynastique ayant discréditée cette dernière pour les siècles à venir avait joué un rôle majeur] et devant rester en disgrâce à cause de ses tendances à la cupidité leur donnant mauvaise presse auprès des monarques). Mais de par son rôle central dans la colonisation, elle put s’enrichir rapidement et forma une nouvelle noblesse, qui s’enrichit notamment grâce à l’exportation des produits coloniaux qui inondèrent les marchés antériniens. Pourtant, les révoltes régulières de l’aristocratie et le généreux financement des campagnes royales pour réprimer les soulèvements nobiliaires. Lui permettant de remonter petit à petit en Cour, surtout quand elle finance de manière détournée l’aristocratie antérinienne l’amenant à se faire ainsi accepter à la fois par les grands aristocrates mais aussi par le monarque. Elle put donc jouer un double-jeu avec un relatif sucés tout au long du siècle précédent. Avec le renforcement progressif du pouvoir royal, les grands bourgeois purent soutenir plus ouvertement le pouvoir central lui permettant de regagner sa place dans la haute administration politique et économique. C’est elle aussi qui domine les colonies, l’administration locale se faisant au nom du roi, mais étant orientée en fonction des intérêts de la haute bourgeoisie, qui est reconnue par le monarque comme la « Nouvelle noblesse coloniale ». Bien sûr, en étant le principal soutien du monarque, elle doit fournir l’argent de manière régulier et éponger les faramineuses dettes de la Monarchie et fournir de quoi entretenir de grandes armées. La masse paysanne, étant quant à elle méprisée à la fois par les aristocrates, mais aussi par la bourgeoisie, et n’ayant que deux rôles principaux ; travailler et fournir des soldats. Bien sûr, la paysannerie se soulève régulièrement, contre la fiscalité, les levées trop récurrentes, les abus à l’encontre des Parlements locaux et les atteintes à l’encontre de l’autonomie des provinces.

Mais pourtant, le roi n’avait pas un pouvoir absolu total, au contraire d’ailleurs, il avait une influence certaine dans les affaires du Royaume, mais devait néanmoins prendre en compte plusieurs points essentiels ; les chartes médiévales octroyées aux grandes villes antériniennes (Antrania, Saint Jean de Luz et les Marches) limitaient les impôts que devait lever le monarque, il doit aussi fixer les ordonnances (à l’échelle nationale, c’est à dire au niveau de l’Antérinie continentale) en accord avec les parlements locaux. Il est nécessaire de rappeler que ces derniers peuvent jouer le rôle d’organe décisionnaire à l’échelle locale, tout en contrecarrant certaines mesures prises par le pouvoir royal, le chambres parlementaires étant aussi l’organe exécutif. Néanmoins, le rôle et l’influence des parlements est assez variable ; dans les provinces rattachées par la force au Royaume (le Cinat, par exemple) les Parlements sont souvent de simples potiches et les parlementaires dépendent souvent du souverain pour leurs postes. Pourtant, le reste du Royaume est avant tout un mille feuille historique, les provinces étant souvent rattachées par des accords, les parlements locaux ont pu ainsi conserver leur influence et parfois même renforcer leur position, en premier lieu car l’affaiblissement du pouvoir central durant les guerres de religion a permis à ces derniers de marchander leur soutien, et ensuite car les parlementaires eux-mêmes ne devaient pas leur situation à la Couronne, mais à un solide réseau familial et une assise populaire forte, les rendant indispensable pour régner sur les territoires. La coutume joue aussi un rôle déterminant dans la politique antérinienne, c’est d’ailleurs cela qui nous permet de présenter la monarchie antérinienne de cette époque comme « constitutionnelle », la Couronne étant limité par la tradition et le droit coutumier des provinces, d’ailleurs, les sujets sont farouchement attachés à leurs droits ; la gabelle est limitée (dans les provinces jouissant d’un parlement influent), les levées sont rarement lourdes et les abus royaux et des intendants (qui sont donc forcés de sillonner les régions soumises et conquises par le roi).

Mais il faut aussi rappeler que les guerres de religion (du XVe) ont eu un impact considérable sur la politique intérieure ; c’est comme cela que la noblesse a perdu son prestige, que la bourgeoisie a retrouvé son influence et que les parlements aient pu négocier une autonomie accrue, pourtant, lentement mais sûrement les monarques se sont évertués à centraliser le pouvoir ; les uns en achetant une partie de la noblesse coloniale (en lui offrant titres et terres), les autres en renforçant la noblesse traditionnelle en amnistiant les grands noms de certaines révoltes et en rendant les fiefs historiques de certaines familles… Ainsi les monarques divisent pour mieux régner, et c’est de cette manière que petit à petit la bourgeoisie dut céder certaines de ses prérogatives et prendre le contrôle d’une partie des affaires d’États, le soutien tacite des deux grandes forces du pays (l’économie de la haute bourgeoisie et l’armée de la noblesse) lui permet ainsi de pouvoir mieux soumettre une partie des parlements à sa volonté ; amenant régulièrement des révoltes dans les « pays d’état » (les territoires jouissant d’une relative autonomie due à la force et à l’influence du parlement et des accords signés il y a quelques siècles entre le duc local et le monarque). Tandis que la répression se renforce et s’accentue dans les pays d’élections. Ainsi on peut considérer cette période comme la fin de la monarchie constitutionnelle et le début de la monarchie absolue ; la guerre permettra justement d’imposer le monarque comme le soleil qui éclaire le pays.

Au niveau économique la situation est relativement bonne ; le commerce bat son plein, les récoltes restent plutôt bonnes et les disettes sont rares. La force du commerce colonial (l’échange de denrées aleuciennes comme par exemple le tabac ou le café) n’est pas à négliger. En effet, les conquistadors antériniens se sont certes accaparés les mines d’or locales, l’agriculture continue de croître et ce malgré la perte de la main d’œuvre indigène initialement réduite en esclavage par les premiers colons, puis libérées par ordonnances royales après de violentes controverses entre le clergé et la bourgeoisie. Ainsi le commerce entre la métropole (qui fournit les premiers produits manufacturés comme des miroirs et ses colonies qui fournissent des biens rares en Eurysie et très appréciés par les élites bourgeoises et aristocratiques. De plus, la force (quoique déclinante) de la marine marchande antérinienne permet à cette dernière de dominer plus aisément les nœuds commerciaux afaréens ; comme Mpanga (qui commence à devenir plus attractif du fait de la pérennisation des installations marchandes et coloniales dans les Jashuries orientales) [il est d’ailleurs intéressant de rappeler que la proximité du royaume de Marcine permet de contrôler plus aisément]. D’ailleurs, la volonté de préserver la prédominance antérinienne dans les nœuds commerciaux orientaux pour endiguer la montée en puissance de la S.O.T.C. Ainsi, la relative bonne santé économique permit au Royaume d’envisager sereinement son entrée en guerre.

Ainsi, si l’on devait résumer tout cela nous pourrions rappeler que l’Antérinie de cette période est une sorte de monarchie bicéphale ; d’un côté le monarque règne sur deux états aux aspirations divergentes : Marcine étant relativement pacifique même si elle ne tremble pas devant la perspective de s’étendre en Afarée, notamment avec la possibilité de s’emparer de quelques comptoirs sur la route des Jashuries… Et le roi, est lui-même soumis à l’influence de l’aristocratie locale, son pouvoir est donc limité. En Antérinie, l’autre tête de ce que l’on pourrait comparer à l’aigle bicéphale, le pouvoir central, même s’il est plus fort, reste limité par une bourgeoisie influente, une noblesse en perdition malgré le soutien changeant de la Couronne (qui joue ainsi double-jeu en soutenant au gré des évènements telle ou telle faction). La Coutume et son droit joue aussi le rôle de garde-fou efficace, le monarque ne pouvant s’y attaquer sous peine de voir ses droits sur certaines provinces remis en question… Autre barrage à un potentiel absolutisme ; les parlements régionaux (qui jouisse d’une influence variable en fonction de la région) peuvent s’opposer directement au pouvoir central en rejetant les ordonnances royales… Mais les monarques se succédant depuis la fin des guerres de religion réussirent à mettre à bas la puissance des ordres et à rogner sur les prérogatives des Parlements ; amenant petit à petit le monarque à dominer complètement la vie politique antérinienne.

*La situation sociale des colonies, vaguement évoquée ici (au travers de la noblesse coloniale et des populations autochtones) sera présentée plus tard, c’est à dire dans la partie dédiée à la situation coloniale.

Situation coloniale :




Avant de commencer, nous tenons à rappeler que cette partie-ci englobera de manière la plus large possible le fonctionnement colonial de l’Antérinie royale, des enjeux politiques qui en découlent et du traitement des populations locales (qui n’a jamais été un sujet politique jusqu’à la fin du XIXe siècle…)… Mais afin de clarifier la situation, Marcine sera aussi comprise dans cette partie (même bien si bien entendu, le Royaume n’est pas une colonie, cela nous permettrait simplement d’alléger la partie précédente) et pouvoir ainsi présenter les intérêts marcinois et ses relations avec le « royaume frère » antérinien. Naturellement, nous présenterons les intérêts de chacune des colonies en parallèle et les tendances indépendantistes de chacune. Afin d’éviter au lecteur de confondre les noms, les trois principales colonies antériniennes seront présentées ici, cela inclut aussi leur position géographique et les personnages clés (qui seront, comme vous le verrez tous issus de la noblesse coloniale). Ainsi le duché de Saint Florent d’Antérinie est la colonie eurysienne de l’Antérinie, enfin le statut n’est certes pas colonial, mais les populations locales sont très mal considérées et souvent associées à des « sauvages » tandis qu’un régime répressif existe pour maintenir la domination antérinienne sur ce petit caillou qui aide à verrouiller la Manche Blanche. La colonie étant dirigée de jure par Louis d’Esdan (le duc qui ploie le genou devant les princes antériniens) mais administrée de facto par Armand des Marches, le représentant antérinien qui dirige les armées locales et fixe lui même (au nom du Roi) les impôts locaux. Le second grand ensemble est la Nouvelle Antérinie, située en Aleucie et ayant le statut de colonie (à proprement parler) et étant dirigée par l’un des descendants d’Hernandez ; Paul de Hernandez. Les Jashuries orientales sont quant à elles dominées par un puissant conglomérat composées par de riches marchands, de puissants maharadjas convertis qui forment ensemble l’Union des Compagnies Commerciales Nazuméennes et cette dernière est dirigée par trois personnalités ; le comte de Saint Jean de Luz (lui aussi est un bourgeois anobli) dirige les troupes, le duc de Saint Arnaud des Pics est chargé des relations avec les vassaux/alliés des Antériniens au Bahama et le maharadja Louis-Amrit Chekwat qui représente les seigneurs locaux.

Selon les régions (et la brutalité des représentants de la Couronne) les désirs d’indépendance sont variables ; à Saint Florent d’Antérinie des mouvements républicains existaient ; ils étaient pour la plupart dus à la profonde proximité culturelles entre les zélandiens et les florentins. En effet la cité appartenait à la ligue Zélandienne avant que son prince, Louis d’Esdan, ne se soulève contre la tutelle zélandienne en obtenant le soutien de la Cour antérinienne en échange de sa fidélité et de son serment affirmant le nouveau lien (c’est à dire celui de vassal [au sens médiéval du terme]) vis à vis du Roi. Pourtant, il ne faut pas considérer cette action comme la « soumission » du souverain locale comme une mauvaise décision. En effet, nous sommes encore en 1390, l’Antérinie s’affirme sur la scène internationale mais reste encore balbutiante ; elle doit donc souvent marchander sa protection contre une soumission purement formelle, et les vassaux régionaux continuent donc à s’auto-gérer et se sans trop s’inquiéter des tentatives d’ingérences antériniennes, d’ailleurs les monarques se montrent peu autoritaires vis à vis de Saint Florent tant que l’impôt était versé (il faut se rappeler que la ville évoluait dans une mer riche et commerçante, l’amenant à s’enrichir plus vite que le reste des vassaux situés plus au sud). Mais après les Grandes découvertes et le temporaire renforcement de l’autorité centrale (le début du XVe siècle est une période de prospérité pour le Royaume), les monarques purent se montrer plus intrusifs dans la gestion de la cité marchande et réussirent à négocier la présence d’un représentant royal qui petit à petit pris de plus en plus d’importance dans l’administration locale, d’ailleurs le duc des Marches appartient lui même à cette nouvelle noblesse dotée de racine bourgeoise, et son prédécesseur ; Louis-Antoine des Rans a lui même entériné la soumission de la cité marchande après le traité de Saint Jacques, la ville s’étant révolté durant les guerres de religion, la répression féroce put directement soumettre le prince local à la Couronne.

La situation était moins catastrophique à la Nouvelle Antrania ; certes l’ensemble administratif que constituait la Nouvelle Antérinie était tout simplement immense ; pour ne pas dire gigantesque et il était difficile de relier la capitale de la colonie à Saint Jacques des mers. Ainsi il fut décidé par la noblesse coloniale locale de diviser le morceau en trois ; l’Occidalie est l’entité la plus au sud, au centre il y a la Compagnie Impériale de la Jashurie Occidentale, tandis que le nord est administré par la Nouvelle Antrania au nom de la Nouvelle Antérinie. Il est nécessaire de rappeler que la politique locale est dominée par la bourgeoisie anoblie, et donc elle suit ses intérêts qui sont avant tout commerciaux, et possède donc une fascinante capacité à changer de camps en fonction des propositions de chacun, c’est de cette manière que le Roi s’est assuré de manière définitive son soutien en promettant un monopole des routes commerciales menant vers l’Antérinie et Marcine en échange de la perpétuelle fidélité des bourgeois locaux. Les populations primitives ne représentaient que très peu de chose en comparaison des colons ; la maladie a fait des ravages et la réduction en esclavage (commise par cette noblesse coloniale) des peuples natifs a décimé les populations et le millions de morts parmi les autochtones a probablement été atteint. Ainsi ces derniers ne représentent (encore aujourd’hui) qu’une infime minorité qui n’a qu’un rôle purement nominal et qui n’existe plus comme force politique locale. Et ce malgré les tentatives du pouvoir royal qui souhaitait établir un barrage complètement dévoué à la cause centrale contre les bourgeois en défendant les droits des natifs (l’affranchissement en cas de conversion, les mêmes droits que les bourgeois en cas de brevets royaux [délivrés en quantités quasi-industrielles]…) et pourtant, rien n’y fait puisque qu’elle conserve son rôle hégémonique. Cela s’explique probablement par sa complète maîtrise des sources de revenus ; et elle n’hésite pas à le faire sentir au gouvernement royal en réduisant subitement les produits exportés, ce qui force ce dernier à offrir titres et fonctions à la noblesse coloniale pour tenter de l’acheter et asseoir ainsi son pouvoir sur les colonies. Qui sont d’ailleurs de plus en plus peuplées, l’afflux massifs de certains groupes ethniques comme les hispanophones de Saint Jean de Luz fuyant une énième famine…

Pourtant, du coté oriental (l’U.C.C.N) la situation est bien meilleure pour les populations locales. Les Antériniens débarquent en sous-nombre avec pour seul avantage une certaine avance technologique, et pourtant les marchands antériniens ne tentèrent pas l’aventure aleucienne comme le fit Mathias Hernandez, au contraire ils appliquèrent des méthodes visant à intégrer par les échanges les populations locales et c’est de cette manière que naquit l’U.C.C.N qui n’avait au départ aucune volonté expansionniste propre. Les Antériniens conclurent d’ailleurs plusieurs accords commerciaux avec les princes locaux et purent obtenir entre autres des comptoirs, le droit de christianiser les populations locales et finalement des coopérations sécuritaires poussées. Et tout au long du siècle suivant l’établissement des premiers comptoirs, la Compagnie acheta Saint Arnaud des Pics et se développa dans les états alentours. C’est à ce moment là où les premiers états clients d’une société s’enrichissant sur le commerce d’épices et de produits exotiques débuta. La plupart des soumissions était souvent voulues par les princes locaux, qui devenaient ainsi propriétaires d’une partie de l’entreprise (car malgré la rivalité entre Antériniens et Zélandiens, l’invention de l’actionnariat fut repris assez tôt par les Antériniens qui y voyaient déjà un moyen de s’enrichir rapidement…) et c’est de cette manière qu’est née la classe dirigeante du Nazum Antérinien, qui est elle même issue des princes bahamanites et des bourgeois antériniens. Pourtant, il faut l’avouer, les relations restaient tendues entre certains princes locaux et les Antériniens étaient souvent appelés à arbitrer les conflits entre les uns et les autres, il est clair que des rivalités (pour certaines séculaires) ne pouvaient se finir grâce à des accords communs… Ainsi l’U.C.C.N dut se doter d’une force armée relativement légère pour tenter de résoudre les conflits quitte à intervenir militairement et à s’allier aux maharadjas puissants pour conserver un semblant d’ordre en ce qui s’apparentait à une ligue ayant pour seul et unique objectif d’être capable de concurrencer la S.O.T.C zélandienne.

Pourtant chacune de ces possessions avait des intérêts et aspirations propres ; les uns souhaitaient s’émanciper de la tutelle antérinienne, les autres s’enrichir encore plus en poussant le commerce avec l’Antérinie ou encore en couchant définitivement le rival séculaire. En effet, les florentins souhaitaient avant tout se débarrasser d’un maitre bien trop coûteux et autoritaire, et les émeutes étaient monnaie courante dans la capitale. Des comités se formaient et se déformaient au gré des descentes de la maréchaussée antérinienne et des mouchards royaux, le Duc lui même conspirait avec les républicains pour tenter de se débarrasser de l’encombrant maitre d’Antrania. Et tout au long de la guerre, les tensions s’exacerberont pour mener à l’indépendance (très brève) du Duché. A contrario, les Aleuciens et les Nazuméens (entendez par là les colons) souhaitaient accroître leurs mains mises sur les routes commerciales locales. Ainsi les bourgeois de la Nouvelle Antrania avait des désirs indépendantistes qui variaient en fonction des tarifs douaniers que le Royaume imposait à ses rivaux, et c’est d’ailleurs à cette époque que commencèrent à apparaître les grands concepts libéraux, tels que le libre-échange ou encore un pouvoir accru aux bourgeois, cela a probablement précipité certaines colonies dans les velléités indépendantistes (notamment pour l’Hernandie) et le conflit entre l’Antérinie et Zélandia à cette période nous laisse supposer que les colons aleuciens aient probablement pu se montrer moins agressifs à l’encontre des troupes des communes bataves. En revanche ; les coloniaux du Nazum sont moins sujets à ces revirements, d’abord car ils sont eux aussi en pleine rivalité avec les colonies zélandiennes de la région, une rivalité aussi bien économique que militaire, les deux puissances tentant de soumettre par la diplomatie le plus de principautés indiennes et de dominer le commerce des épices qui est une source de richesse majeure… Ainsi cette rivalité séculaire arrangeait aussi les princes locaux qui peuvent renégocier leurs soumissions (et leurs troupes) avec des termes plus avantageux auprès des deux puissances eurysiennes. Ils jouent donc une politique de bascule qui sert leurs intérêts propres poussant l’Antérinie a dépêcher des maharadjas fidèles au Royaume (généralement les descendants des premiers princes locaux qui se soumirent aux Antériniens) et à payer plus chères la fidélité des monarques les moins scrupuleux…

Quant au Royaume de Marcine ses intérêts convergeaient avec l’Antérinie ; les aristocrates marcinois savaient que si l’Antérinie se renforçaient, elle pourrait chercher à se montrer plus intrusive dans la gestion des affaires internes de l’autre Couronne antérinienne, ainsi ils cherchaient eux aussi à pouvoir renforcer Marcine et ce en passant par les voies coloniales. Et peu avant le début de la guerre, les représentants antériniens et marcinois signèrent les accords de Kalindi qui étaient en quelques sortes le partage du monde entre le royaume afaréen et eurysien ; le premier obtenait le droit de coloniser et de conquérir les états afaréens (c’est à partir de ce moment là que débute l’histoire coloniale marcinoise) et c’est ainsi que les possessions afaréennes appartenant à l’Antérinie furent transférées à Marcine qui devenait ainsi le centre d’un vaste réseau de comptoirs commerciaux qui reliaient plus ou moins Marcine aux grandes routes commerciales qui desservaient Saint Arnaud des Pics et qui enrichirent grandement le royaume afaréen. Si l’Antérinie accepta ses accords ; c’est avant tout pour s’assurer de l’indéfectible soutien du Marcine (les relations entre les deux états était complexes et chacun essayait de ne pas devenir la « colonie » de l’autre, ce qui explique la dualité qui mène actuellement la Confédération, même si les relations entre l’Antérinie et Marcine restaient (et restent) cordiales) et éviter ainsi de se retrouver seule face à des rivaux régionaux. Ainsi les intérêts commerciaux passaient en second plan pour Marcine, qui chercha durant le conflit à pouvoir conserver son autonomie et à ne pas tomber dans la sphère d’influence antérinienne.

Bien sur les possessions coloniales antériniennes amenaient une nouvelle dynamique politique qui perdura jusqu’au XXIe siècle ; le degré d’autonomie des colonies. En effet, les tendances centralisatrices et absolutistes des monarques antériniens concernent aussi les colonies ; si les pays d’état voyaient apparaître les premiers intendants (qui jouissent encore de pouvoir limités) tandis que les pays d’élection sont souvent soumis à une loi martiale en cas de révoltes, les colonies deviennent des cibles privilégiées pour les souverains qui tentent de mettre directement la main sur les richesses locales, parfois en tentant d’annexer purement et simplement certains états (comme ce sera le cas pour la Nouvelle Antérinie et l’U.C.C.N au XXe siècle). Ainsi la rivalité (exposée plus haut entre la noblesse traditionnelle et la noblesse coloniale) dont abuse les souverains permet ainsi de mieux contrôler les deux groupes. D’ailleurs, la domination de la métropole antérinienne sur ses colonies sera un sujet politique majeur tout au long de son histoire moderne (de la révolution jusqu’à la confédéralisation progressive de l’Empire).

la Noblesse coloniale qui est la bourgeoisie s'étant enrichie dans les colonies

Situation actuelle :


Dire que l’Antérinie possède des colonies aujourd’hui serait faux, on pourrait tout au plus considérer certains territoires comme des « possessions » d’Outre-Mer, même si là encore il est nécessaire nuancer. En effet, chacune des ex-colonies antériniennes (à savoir l’ex-U.C.C.N et la Nouvelle Antérinie) et son union personnelle (à savoir Marcine) sont des territoires semi-indépendants jouissants des mêmes prérogatives des états indépendants ; mis à part sur l’économie et l’armée. En effet, ces ministères sont gérés de manière collégiales par les états confédérés qui possèdent chacun un nombre égal de voix lorsqu’il s’agit de fixer les taux d’intérêts nationaux, le nombre de soldats qui seront enrôlés chaque année et enfin la question de la répartition des budgets confédéraux. Pourtant, chacun de ces états possède des intérêts et des aspirations qui lui sont propres ; la Nouvelle Antérinie cherche avant tout à devenir une plaque majeure du commerce internationale au niveau de l’Occidalie (ce qui marche plus ou moins grâce à son statut de paradis fiscal qui attire toutes les grandes fortunes du monde antérinophone (comme les magnats hernandiens). Marcine tente quant à elle de devenir un centre du pan afaréisme et de s’imposer comme un acteur majeur du sud de l’Afarée en se rapprochant d’états étant parfois aux antipodes idéologiques de l’Antérinie (comme le Grand Kah) pour mener à bien ses projets. Quant à l’U.C.C.N la situation reste… vague et embrouillée. L’Antérinie tente elle de devenir une nouvelle puissance commerciale en se rapprochant des grandes puissances et en établissant un réseau de relations qui couvre ses frontières tout en séduisant les grandes puissances (tant bien que mal) l’objectif principal étant, bien entendu, de pouvoir compter sur un réseau d’alliés important.

Gains et pertes territoriales :



On peut supposer que les pertes coloniales en Aleucie, notamment avec la perte de comptoirs en Icamie (pourtant stratégique car ils servent de relais et de bases navales à la marine impériale pour pouvoir défendre et protéger les vaisseaux commerciaux antériniens dans la région) peuvent être considérées comme minimes, notamment car dans le laure initial, l’Empire est proclamé quelques années plus tard par Jean XV dit le Grand. Pourtant, cette guerre peut largement marquer le début de la fin pour les possessions coloniales antériniennes en Aleucie tout en renforcant à terme les territoires antériniens au Nazum et qui aurait pu accélérer les politiques diplomatiques du duc de Saint Arnaud des Pics et par extension renforcer la présence antérinienne locale. En Afarée, Marcine aurait pu prendre possession d’une partie des comptoirs commerciaux de certaines puissances locales (notamment à Zélandia ou à la Youslévie) même si là encore les politiques coloniales du Royaume n’en sont qu’à leurs balbutiements.

En Aleucie, la guerre aurait pu avoir des conséquences terribles, surtout sur le plan économique ; la noblesse coloniale locale a probablement dû payer de lourdes taxes et autres droits de douane durant cette guerre pour permettre au Royaume de limiter les dégâts au niveau des finances de l’État. Cela a naturellement conduit les locaux à envisager une société sans métropole oppressante et surtout sans taxes, amenant la plupart des aristocrates coloniaux à soutenir les idées libérales de certaines figures des Lumières. Mais néanmoins, ce sentiment d’indépendance latent se développera durant les quelques décennies qui suivront la guerre de Neuf Ans. Au niveau territorial on peut considérer la Nouvelle Antérinie comme étant vaguement affaiblie par l’amputation de plusieurs comptoirs commerciaux notamment en Icamie, rattachés aux colonies listoniennes et/ou burujoise, qui représentaient pourtant non seulement une source de débouchées pour les populations natives (peu nombreuses) évoluant à proximité des possessions antériniennes, mais ces comptoirs avaient aussi un objectif clair ; protéger les routes commerciales reliant la Nouvelle Antérinie à sa métropole, ainsi Saint Jean des Bois était aussi une base navale accueillant presque deux milles antériniens (plus ou moins cinq cents marins et leurs familles) où étaient amarrés trois navires légers (c’est la plus grosse installation militaire des possessions coloniales antériniennes de l’Icamie). Ainsi la perte de ces comptoirs (au profit des Zélandiens ou de leurs alliés) a eut un impact majeur car il rendait la protection des navires marchands antériniens moins sûre. Ce qui aurait probablement pu jouer un rôle majeur, car justement la Métropole ne pouvait plus assumer la première de ses obligations vis à vis de sa colonie ; à savoir la défendre et protéger ses intérêts.

Quant à Saint Florent ou encore l’U.C.C.N, le résultat est probablement plus contrasté ; si la cité marchande de Manche Blanche a réussi à obtenir une quasi-indépendance et a pu se rapprocher du royaume de Briarre (je m’arrangerai avec le joueur de Saint Alban et Kami) et voir s’alléger la charge fiscale grâce à d’habiles tractations qu’il menèrent en secret en jouant sur la position de force des cités bataves et la faiblesse de l’Antérinie pour renégocier les termes de sa soumission à la Couronne. La mort du duc des Marches ayant largement désorganisé les troupes antériniennes tandis que le prince d’Esdan put ainsi participer lui même au soulèvement en rameutant la bourgeoisie et en donnant des ordres contradictoires aux troupes locales. C’est grâce à cette situation kafkaïenne que les Zélandiens purent prendre la ville tandis que les locaux réussirent à se défaire assez rapidement de la tutelle antérinienne en devenant un état tributaire de l’Empire, mais qui se voyait octroyé une autonomie accrue dans différents domaines, notamment intérieur avec l’apparition d’une « milice » locale (plus proche d’une petite armée de métier très bien organisée et particulièrement bien adaptée aux combats de rue) et la naissance d’une flotte commerciale (légère) qui rivalise ainsi les vaisseaux antériniens. Finalement cette situation mènera quelques décennies plus tard à l’indépendance de la cité marchande (qui put se proclamer libre grâce aux troubles intérieurs qui agitèrent l’Antérinie en 1766). Ainsi cette guerre marque le début de la fin pour les colonies eurysiennes appartenant à l’Antérinie.

Au Nazum, Saint Arnaud des Pics et sa compagnie commerciale réussirent à soumettre plus de princes ; que ce soit par la guerre en poussant certains chefs d’État à céder des privilèges commerciaux à la Compagnie (parfois même la collecte de revenus fiscaux dans des zones très peuplés [et donc particulièrement riches] ou encore en inondant les marchés locaux de produits antériniens bons marchés et rares) ou en poussant les autres états princiers à se soumettre plus rapidement et à revoir à la baisse leur autonomie. Les batailles contre les zélandiens furent certes rudes, les forces étant relativement équitables des deux côtés (l’Antérinie étant elle aussi une puissance commerciale, elle avait une armée de terre assez faible [environ 60 milles hommes dont trente milles chargés d’assurer la paix intérieure en Métropole et dix milles autre chargés de combattre en Eurysie en tant que corps expéditionnaire], a contrario elle avait une marine relativement imposante qui ou seconder les Velsniens dans le nouveau monde…). Ainsi on assiste à un renforcement de la puissance de l’U.C.C.N et de ses directeurs qui viennent en quelques sortes concurrencer les colonies aleuciennes et à devenir un partenaire commercial privilégié pour le royaume des Antranias.

Détails sur le réseau d’alliance et les rivalités ;


Troupe coloniale antérinienne en Nouvelle Antérinie

A vrai dire l’Antérinie n’avait que très peu d’alliés sur le continent, si elle entretenait des relations plutôt cordiales avec les états frontaliers (comme la Sérénissime Fortuna ou encore l’empire youslève). Même si on peut difficilement considérer les relations entre le royaume et le voisin comme des alliances. Car il faut voir l’Antérinie comme une puissance coloniale, ainsi son objectif premier n’est pas tant de nouer des alliances au niveau local, mais plutôt de s’assurer la paix et la stabilité auprès des frontières… Ainsi les Antrania (qui conservent tout de même la gestion des affaires diplomatiques et militaires) ont dû signer des pactes de non agression avec les états frontaliers quelques décennies (voire des siècles) plus tôt. En effet, l’objectif est de pleinement se concentrer sur l’expansion coloniale et de reléguer au second plan la gestion des affaires eurysiennes. Ainsi, le peu d’états frontaliers permit aux antériniens d’avoir une diplomatie pour le moins paresseuse. En revanche, les activités diplomatiques battaient leur plein dans les colonies, nombreux furent les princes indiens à être invité à Antrania, les peuplades aleuciennes recevaient généralement des cadeaux afin d’entretenir la bonne entente (notamment en Icamie où les peuples primitifs étaient bien plus développés que ceux de Nouvelle Antérinie [ayant connu une baisse drastique des effectifs suite aux maladies]). Mais l’allié le plus important de l’Antérinie était bien entendu Marcine, situé à des centaines de kilomètres d’Antrania et ayant une puissance militaire moindre certes, mais une capacité de projection importante grâce à son réseau de comptoirs disséminés à travers l’Afarée. Au niveau de la Manche Blanche, on peut difficilement cités de grands alliés à l’Antérinie, ses relations avec la Grande République velsnienne étaient bonnes (la rivalité multiséculaire entre l’Antérinie et Zélandia ayant probablement aidé à entretenir de bonnes relations en suivant l’adage « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ») même si il existait quelques dissensions entre les deux puissances à la fois au niveau commercial, mais aussi à cause de Saint Florent…

Mais en revanche, l’Antérinie avait un rival séculaire ; Zélandia, et ce depuis la fin du moyen âge avec la soumission du rocher en Manche Blanche. L’Antérinie devient ainsi un rival commercial majeur pour la République tout au long des siècles suivants. En effet, durant la découverte de l’Aleucie et la course aux colonies ; la rivalité entre la république et le Royaume était farouche, et l’on peut aisément imaginer que cette animosité profonde, qui s’était rarement manifesté sous des guerres ouvertes mais plutot grâce à des escarmouches et affrontements navals sans grandes conséquences à l’échelle internationale, dut aussi avoir des conséquences certaines sur la diplomatie antérinienne et celles des peuples subissant les rivalités entre les deux états. Au Bahama, tous les princes savaient que jurer allégeance à l’Antérinie signifiait s’aliéner de manière durable la république batave, et inversement ; soutenir Zélandia voulait dire que l’Antérinie était prête à considérer ce dernier comme un ennemi. Et c’est tout naturellement que mis à part dans les régions proches des principales villes coloniales (Saint Arnaud des Pics et Suryaghar) les alliances étaient rarement définitives et variaient souvent, au gré des dons et de l’évolution des rapports de force entre les deux puissances. D’ailleurs les batailles navales étaient régulières, nombreux étaient les marins qui savaient se tenir prêts à affronter les zélandiens au détour d’une tempête sur une route commerciale. Car il faut le remarquer, mais tout oppose le Royaume à la république, le régime, la religion (ou plutot l’absence de religion) et même la conception des choses. Les relations entre les deux états étaient donc orageuses, particulièrement tendues et les deux rivaux ne reculaient devant rien pour affaiblir leur ennemi ; révolte, corruption, parfois même piraterie…

Ainsi lorsque la guerre se déclara entre Velsna et Zélandia, l’Antérinie n’a pas attendu longtemps pour soutenir la puissante république et à aller affronter Zélandia. L’opportunité était belle, de puissants alliés et les moyens de pouvoir se débarrasser d’un rival et la décision d’entrer en guerre auprès de la Grande République fit vite consensus au sein de l’élite antérinienne. La levée des troupes fut même financée en partie grâce aux bourgeois qui firent un don qui signifiait clairement que les négociations de paix devaient permettre de renforcer leur position coloniale notamment au Bahama et en Nouvelle Antérinie et ce afin de définitivement surclassé le rival zélandien. Et le petit peuple ne fut pas des plus réticents à s’engager lors des levées de troupe que mena le roi. A Marcine, l’ambiance était tout autre, les élites locales étaient plus modérées, si elles bloquèrent le cap de Mpanga en envoyant des vaisseaux sur place, elles ne s’investirent que très peu dans les combats et ne prirent que Baâistaid. Ce manque d’investissement est avant tout dû au caractère revanchard de cette guerre que mène l’Antérinie, tandis que les intérêts marcinois étaient portés à la maîtrise de l’Ouwalinda velsnienne, qui pouvait devenir une épée de Damoclès si les relations entre les deux puissances venaient à se tendre, même si la maîtrise des carrefours zélandiens a probablement permis à Marcine de relativiser le coût des combats. Cette enthousiasme guerrier s’est donc propager à l’intégralité des strates et couches sociales de l’Antérinie, car rappelons-le, Zélandia est l’éternel rival à abattre notamment pour préserver la puissance antérinienne.

Buts de guerre ;


Noeuds commerciaux stratégiques pour l'Antérinie

Vous l’aurez compris ; les raisons de cette entrée en guerre sont multiples, elles sont à la fois, économique, diplomatique, géopolitique et « sentimentale ». Et le cocktail explosif qu’est l’appât du gain et la possibilité d’affaiblir pendant au moins plusieurs décennies le rival historique a fait effet. Ils faut donc considérer les origines de l’intervention antérinienne comme liées à deux points majeurs : la course aux colonies, et la possibilité d’établir des liens cordiaux avec d’autres puissances sur les ruines de la république batave et bien entendu la domination ou la sécurisation de routes économiques vitales au commerce antérinien. Il est bien entendu inutile de présenter la rivalité entre les deux états (qui a été présenté ci-dessus) mais au plutôt d’évoquer ses conséquences sur le jeu diplomatique antérinien de cette rivalité. Il convient aussi de rappeler que des raisons économiques jouent sur la décision d’entrer en guerre, notamment pour la domination des routes commerciales et de la possession de points stratégiques dans le commerce mondial.

Pour les antériniens, la possession des routes commerciales se traduit de deux manières différentes ; l’exclusion des navires ennemis ou rivaux, ce qui implique donc une domination directe des océans, et une marine omniprésente pour assurer ces contrôles. Mais aussi un contrôle des points stratégiques ou des carrefours commerciaux majeurs, comme c’est le cas pour les types de commerces qui impliquent plusieurs continents en même temps, les navires devant être entretenu et réhabilités entre chaque étapes majeures. Cela permets de rendre la traversée moins dangereuse pour les vaisseaux et leurs équipages, tout en préservant les marchandises des intempéries… Par extension, cette prise de ces carrefours commerciaux implique donc une armée de Terre un minimum capable. Ainsi, en constatant que seule une marine semi invincible et une armée de terre très (voire trop) imposante, on remarque que la puissance antérinienne était tout sauf compatible avec ces objectifs, ainsi le Roi (et surtout la noblesse coloniale) souhaitait surtout dominer une seule route ; celle reliant l’Eurysie au Nazum et qui passe par l’Afarée, ici tout y transitait, épices et soieries pour les Jashuries Orientales, Esclaves et ivoire pour l’Afarée (même si l’esclavage est interdit en Antérinie et dans ses possessions coloniales) et des fusils ou des teintures pour l’Eurysie, et ce commerce florissant ne passe que par deux voies navigables ; le détroit de Mpanga (qui est donc bloqué par une escadre antérino-marcinoise) mais aussi le détroit de Jadida puis celui de Théodosine (qui ne sera bloqué que par intermittence par la marine antérinienne même si finalement, ce sera à la sortie de la mer de Leucytalée où les navires zélandiens risquent d’être arraisonnés par les flottes alliées à la Grande République au niveau du Casablanca fortunéen). C’est donc le contrôle total du détroit de Mpanga et l’espoir d’asphyxier le commerce Zélandien. L’objectif est donc en premier lieu commercial.

Il y a aussi des arrières pensées diplomatiques, nous l’avons précédemment ; Zélandia est un rival dangereux pour l’Antérinie et si les deux puissances ne cohabitent pas, c’est avant tout car les gains sont trop importants. Et le Bahama est l’une des régions avec le plus d’opportunités pour les nations coloniales ; car il est riche en ressources naturelles. Et pour exploiter ces dernières à peu de frais, les Antériniens et les Zélandiens adoptèrent la même idée ; les compagnies commerciales. La S.O.T.C pour la république et l’U.C.C.N pour l’Antérinie. Les deux entités étaient elles mêmes ennemies, et sont pourtant assez similaires (malgré l’engagement profond de la S.O.T.C pour la liberté…), toutes deux utilisent les mêmes méthodes, évoluent sur des terrains géographiques similaires et adoptent des stratégies semblables, seulement les arrières pensées se bousculaient… Ainsi, l’U.C.C.N avait les mêmes ambitions que l’Antérinie, à la différence près que l’objectif n’est pas d’écraser et d’humilier, mais d’évincer, et mettre ainsi la main sur les princes bahamanites pour un contrôle quasi-total (même si les ambitions initiales se verront bousculer par l’arrivée des cartaradais). Ainsi aux intérêts économiques et commerciaux, s’ajoutent des intérêts coloniaux pour les Jashuries orientales. Même si bien entendu, cela s’inscrit parfaitement dans les objectifs d’ordre économiques. Finalement, le cocktail revendications coloniales et rivalité séculaire est certainement celui qui jouera le rôle de déclencheur dans les affrontements entre Antériniens, Zélandiens et princes bahamanites, les raisons de l’entrée en guerre de l’Antérinie au coté de Velsna seront certes similaires, à la différence près que des raisons diplomatiques s’ajoutent à l’équation.

En effet, il faut comprendre que l’Antérinie évolue avec des voisins plus ou moins proches de Velsna ; la Sérénissime de Fortuna, la Grande République elle même au travers de Saint Florent d’Antérinie et les compagnies coloniales gallèsannes comme (l’Organisation Gallèsanne des Comptoirs maritimes) grâce au commerce entre Marcine et les comptoirs de l’O.G.C [j’harmoniserai avec Patate S s’il n’y voit pas de problèmes] notamment car cette dernière diversifiait ses débouchés pour vendre sa production intérieure. Ainsi, soutenir Velsna, permettait non seulement de pousser encore plus loin ses pions en Eurysie et en Outre Mer. Mais aussi, grâce à cette alliance, garantir pour une longue période encore, la paix entre les possessions antériniennes et velsniennes, que ce soit en Afarée (entre l’Ouwalinda et Marcine) ou en Eurysie avec le comptoir de Saint Florent. L’entrée en guerre de l’Antérinie auprès de la Grande République qui a été suivie par la Gallouèse ou encore Fortuna peut aussi signifier que le monarque souhaitait se rapprocher de ces puissances. En effet, les bonnes relations qu’entretiennent Marcine et l’O.G.C (notamment au niveau commercial) ont probablement pu pousser le roi à soutenir financièrement la Gallouèse au début du conflit (avant que l’argent ne se fasse lui aussi rare en Antérinie) afin de se rapprocher plus facilement du pays à la sortie du conflit (les puissances régionales ont toujours tout intérêts à rester proches des puissances globales même légèrement affaiblies et saignées par les combats.

Puissance globale ;


Dragons antériniens patrouillant aux alentours de Saint Jean de Luz

Il faut considérer l’Antérinie comme une puissance coloniale en expansion, si en Eurysie elle a atteint son extension maximale (notamment grâce à la prise de la république des Trois nations quelques siècles plus tôt et la domination du duché de Kronie (qui date de la fin de la période médiévale). Ses possessions coloniales et la Couronne Marcinoise lui offre une position stratégique dans la domination du commerce passant par le détroit de Mpanga et dans celui de Jadida, même si le contrôle de ce dernier est souvent remis en question du fait de la quasi-permanente présence de la flotte zélandienne (d’une partie de cette dernière, bien entendu). Quant à l’Aleucie, l’Antérinie conserve un vaste empire (qui s’étend sur presque la moitié sud de l’Occidalie [à l’exception de la Yukunslavie et du sud de l’Overseyard] ainsi que quelques comptoirs presque vitaux au commerce antérinien en Icamie). Au niveau militaire, la puissance de l’armée antérinienne est avant tout navale (ce qui est bien entendu logique pour une puissance coloniale et commerciale) et ses effectifs atteignent tout au plus les soixante milles soldats, dont le tiers sont chargés de la protection des colonies, tandis que trente milles autres permettent de surveiller les populations vivants dans les pays d’élection (ces dernières sont en effet plus enclin à se soulever) et dix milles autres sont l’équivalent d’un corps expéditionnaire… Au niveau économique, la situation est plutôt bonne, ce qui permit à l’Antérinie de soutenir (en partie) l’effort de guerre des autres puissances.

Dynamiques générale du pays après la guerre :


Les conséquences de cette guerres furent assez nombreuses ; conséquences politiques, conséquences économiques et conséquences coloniales se chevauchent. En effet, si le traité de paix n’est pas si défavorable à l’Antérinie (c’est plus ou moins l’équivalent d’un statut quo) la gestion de la guerre, notamment au niveau économique a creusé le déficit, et la première pierre qui fera tombé la monarchie absolue antérinienne qui ressort de cette guerre sera justement la dette. En effet, l’entretien d’une armée mais aussi et surtout d’une marine de guerre est coûteux, les navires bloquant des nœuds commerciaux ne rapportent pas d’argent, tandis que les brigantins eux aussi étant bloqués par les flottes zélandiennes dans certains points stratégiques ; notamment au sud de l’Aleucie et au nord des îles alguarenos. Rendant les échanges entre l’Antérinie et la Nouvelle Antérinie moins sûrs, et asphyxiant lentement l’une de premières sources commerciale de revenus, marquant le début du cercle vicieux pendant environ huit ans. Car justement, cette perte prématurée de revenus poussa le Royaume à accroître la pression fiscale sur les paysans antériniens, et ce en permettant au monarque de s’affranchir des limites imposées par les Chartes signées au Moyen Age (nous y reviendrons plus tard) et les impôts furent multipliés par deux puis par quatre durant la guerre. Après le conflit, il fallut bien entendu éponger la dette ; les droits de douane furent donc augmentés de manière significatives tandis que les investissements coloniaux furent drastiquement réduit. Et comme tout le monde le sait, les politiques fiscales trop lourdes pour les ménages et de dépenses publiques inefficaces ou ne satisfaisant personne et plus largement une situation économique déplorables sont souvent à l’origine de troubles sociaux et politiques importants, et l’Antérinie devra subir la révolution quelques décennies seulement après la guerre de Neuf ans.

Ainsi, la création de nouvelles taxes, l’augmentation des impôts (notamment la gabelle) et ce en brisant les chartes médiévales… Et c’est de cette manière que le pouvoir monarchique put s’imposer durant la guerre ; « la survie de l’Antérinie est en jeu, et un pouvoir fort doit permettre à la Couronne de sauver ses possessions ! » aura dit le roi Jean XV, et ainsi il put obtenir (en jouant sur le texte peu clair d’une vieille loi médiévale et sur la prise des pleins pouvoirs de l’un de ses prédécesseurs durant les guerres de religion. Ainsi durant cette guerre, le monarque put réclamer aux parlements les pleins pouvoirs, amenant avec le droit d’user et d’abuser des lettres de cachets qui purent enfermer les parlementaires s’étant opposés de manière trop virulente à cette prise de pouvoir en règle. Mais pourtant, les levées d’impôts trop régulières et les violation répétées des droits des pays d’État menèrent à des révoltes et durent pousser le pouvoir central à conserver des troupes en Métropole. Puis, peu avant la fin du conflit (Jean XV sentant la paix imminente , le monarque promulgua plusieurs ordonnances pour pouvoir rallonger la durée de sa prise de pouvoir en limitant les pouvoirs des parlements locaux, et ainsi ils devinrent petit à petit des fantômes de la monarchie « constitutionnelle » antérinienne tandis que jusqu’à la fin de son règne Jean XV tenta de soumettre les Parlements, mécontents d’être réduits à de simples chambres d’enregistrement en Proclamant l’Empire, et il est probable que le roi eut l’idée de se comparer ainsi aux empereurs rhémiens en portant ce titre si prestigieux. On peut aussi y voir la volonté d’intégrer (de manière assez distantes) les populations indigènes en leur reconnaissant des droits. Tandis que les tensions entre les représentants royaux et les élites locales dans les provinces. Et c’est d’ailleurs à ce moment là que les Lumières (en provenance d’on ne sait où) prirent réellement leur essor et s’enracinèrent au niveau des élites, avant de finalement connaître leurs heures de gloire durant la révolution antérinienne.

Au niveau colonial ; c’est le début de la fin pour l’Antérinie et ses possessions en Aleucie, en effet la perte des comptoirs commerciaux en Icamie rends les routes maritimes moins sûres pour les navires, et entament durablement la confiance des négociants et de la noblesse coloniale locale à l’égard de l’Antérinie. Et l’augmentation des taxes et la hausse des droits de douane tandis que les investissements locaux furent réduits par le pouvoir central. A partir de ce moment là l’idée de se séparer de l’Antérinie vint petit à petit à s’imposer chez les élites locales. Et l’incapacité présumé du Royaume à défendre les intérêts commerciaux des colonies, a permis de propager plus rapidement les volontés indépendantistes des élites locales. Et finalement, le conflit permis aux autorités coloniales de se doter d’une armée relativement efficace et surtout, les motifs indépendantistes purent se justifier à cause des politiques commerciales abusives menées par la Métropole. Ainsi, les conséquences économiques du conflit menèrent indirectement à l’indépendance des territoires aleuciens. Et les objectifs de cette indépendance étaient multiples ; se libérer de la tutelle d’un état situé à des milliers de kilomètres de la Nouvelle Antrania, devenir une puissance mercantile et donc devenir l’un des portes étendards du libre-échange. Et les déclaration d’indépendance des nouveaux états (comme l’Hernandie) ne tardèrent pas et finalement, seule la Nouvelle Antrania et ses environs furent conservés par l’Empire. Tandis que la situation est assez similaire à Saint Florent. Seule l’U.C.C.N réussit à s’agrandir et à accroître son influence sur ses vassaux.

Révolution antérinienne
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L’Afarée Occidentale Marcinoise, par Aimé-Désiré Défame.


I Introduction.


Alors qu’Antériniens, Zélandiens, Velsniens et Youslèves se jetaient à corps perdus dans l’aventure coloniale sur tout les continents du monde depuis le XVe siècle et la découverte de l’Aleucie par Mathias Hernandez, faisant naviguer les bâtiments de combat à la recherche d’or, d’épices et d’esclaves dans les Aleucies, les Jashuries et en Afarée, érigeant pour la gloire des Grandes Dynasties sénatoriales, royales ou impériales des palais et forteresses aux armes de ces dernières grâce aux juteux bénéfices des nouvelles colonies s’établissant. Ces Empires naissants, parfois dix fois plus grands que leurs métropoles ; par exemple la Nouvelle-Antérinie s’étendait sur environ 700.000 kilomètres carrés alors que les possessions eurysiennes des Antranias ne dépassaient pas les 200.000 kilomètres carrés… Ces immenses colonies faisaient ainsi la gloire et la fortune des Familles régnantes ou des Républiques coloniales.Combien de palais, de navires, d’armées et de conquêtes purent être faites grâce aux tonnes d’or et d’argent que rapportent chaque année les taxes sur les ressources acheminées dans les ports de Saint Jean de Luz, de Velsna ou de Landor. Le commerce, par ailleurs, immense source de profits pour les Grandes Républiques maritimes ayant eu la présence d’esprit de composer tout un réseau de comptoirs en Aleucie, au Nazum et en Afarée, alimentant ainsi leurs fortunes ; les épices des Jashuries, curie, safran et piments inondant les marchés et les palaces d’Antrania, de Volkingrad ou de Warenbourg… Par ailleurs, la « glorieuse » marche des Empires Coloniaux ne se limite pas à une simple exploitation et utilisation abusive des ressources humaines, minérales et agricoles des colonies et des protectorats ; elle est aussi liée de très près à l’émergence de nouvelles pratiques commerciales ; la Bourse moderne est née dans les anciennes halles d’Amsgraaf et a remplacé les échanges traditionnels de l’époque. L’action a révolutionné le mode de financement des expéditions maritimes et les moyens d’enrichissement des classes marchandes ! Loin d’être un oubliable point ou un ennuyeux détail bien spécifique ; l’émergence de la finance marque aussi l’accomplissement financier de la Bourgeoisie sur la Noblesse, sœurs ennemies qui ne tarderont à se déchirer quelques siècles plus tard. Pourtant, on présente souvent l’aventure coloniale comme typiquement eurysienne ; comme si le Sud était incapable à se livrer à de tels procédés ; certains y accordent une lecture raciale ; l’Afaréen ou le Naziate n’est pas assez évolué pour se lancer dans de telles entreprises, ou au contraire ; ils sont bien trop bons et magnanimes… D’autres encore penchent pour une affaire de lutte des classes complètement hors sol et enfin les historiens rappellent que ce n’est pas tant à cause de problématiques morales ou raciales que le Sud n’a pu se lancer dans le colonialisme, et pire encore, l’a subi, mais à cause d’une incapacité économique à profiter du détournement des flux commerciaux (alors tournés vers l’intérieur de la Leucytalée et de la Manche-Blanche) pour financer leur dévellopement, probablement à cause de l’abondance de mines d’or dans les terres et de juteuses taxes sur les marchands occidentaux…

Pourtant, certains États du Sud fondèrent par eux-mêmes un réseau de colonies et de protectorats indépendants des Puissances Eurysiennes ; Le Bujujoa ; régnant sur un vaste empire colonial en Aleucie qui comprenait le Maronhi, une partie de l’Icamie et du Kah ainsi que des provinces encore en leur possession en Aleucie. il y aurait aussi Grisolia. L’ironie poussée à son paroxysme ; l’Afarée s’établissant en Eurysie en y fondant une importante colonie depuis le Moyen-Âge… Dès lors la question mémorielle et Ô combien politique pour les sociologues s’improvisant historiens d’Axis Mundi s’effrite ; le colonialisme n’est pas une caractéristique propre à l’Occident, mais au contraire un phénomène bien plus large qui dépasse les espaces mentaux ou les structures sociales propres à chaque blocs culturels ; c’est un phénomène large, universel même. Mais ce qui demeure intéressant, plus encore que Grisolia, que l’on peut soupçonné d’être grandement influencé (tant dans son fonctionnement politique que dans sa culture) par l’Empire Rhêmien, et par extension appartenir à l’Occident et ce même si sa capitale est en Afarée, reste bien entendu l’Antérie (ex-Antegrad). Cet Fédération d’États se présentant comme socialiste, et adoptant de ce fait une posture autoritaire, et qui se comporte comme une puissance coloniale vis-à-vis des « Petits-frères » Marcinois ; exploitant et surtout dominant sans vergogne les peuples autochtones, anciennement chrétiens et ethniquement différent de l’État-Nation de Jakamé idi Akim ; comme le rappellent si justement l’équipe de Politiques et Avenirs, premier média afaréen à reconnaître la dramatique situation des locaux. Mais nous nous éloignons du sujet premier à savoir une brève présentation de l’histoire coloniale marcinoise. Cette dernière, Longtemps considéré comme une anecdote historique, un petit bonus dans la vaste et longue Histoire marcinoise, un poids mort, une « historiette » pour reprendre le terme dédié, est pourtant l’un des points les plus intéressants à étudier ; comment une puissance a réussi à préserver sa souveraineté face à une Antérinie à première vue conquérante et Impériale tout en, mieux encore, accouchant d’un Empire régional capable de rivaliser l’Empire du Nord ? Naturellement, probablement qu’en lisant ces lignes vous serez surpris, rares sont les États afaréens à pouvoir prétendre dominer un Empire colonial, surtout à l’heure où l’Eurysie, inarrêtable étendait son réseau de tentacules jusqu’au Nazum, pourtant préservé des ingérences jusqu’alors ; les traités inégaux imposés aux Xins, les Jashuries devenues un protectorat fortunéen, le Bahama s’effondrant sous la pression combinée des Churaynns et des Antériniens. Si l’analyse du panel de moyens mis en place par les Marcinois, que ce soit au niveau diplomatique, politique, ou moral, pour préserver et étendre sur d’autres États leur souveraineté serait une analyse intéressante ; le plus important ici est de comprendre le fonctionnement de l’Afarée Occidentale Marcinoise.

Ce fonctionnement passe par trois points essentiels qu’il est à mon sens nécessaire de comprendre ; en premier lieu, pourquoi et comment Marcine en est venue à coloniser cette région alors que ses moyens d’« étendre » le Royaume passait par des méthodes indirectes ; à savoir la formation de tout un réseau de tributaires disséminés autour de Marcine ; amenant un bien étrange paradoxe que des raisons religieuses ne peuvent uniquement motiver. Néanmoins, même si l’A.O.M peut convenir à une définition classique d’une colonie il reste important de nuancer cette affirmation ; un statut juridique bien trop particulier y étant associer ; car justement l’idée ayant mené à la colonisation reste tout de même assez étrange comme nous le verrons, d’une part à cause d’un statut tout à fait particulier qui est à mi-chemin entre le protectorat, la colonie d’exploitation directe et le territoire semi-autonome. Et enfin, l’indépendance de la colonie et le débat oublié l’ayant suivi et le brûlant enjeu politique tournant autour à l’heure où l’« Afarée brise seule ses chaînes face à l’ignominie cramoisienne. » et que l’émergence d’une imagerie particulièrement virulente à l’égard des puissances coloniales se fait de plus en plus sentir et menace d’emporter les « Attentistes » présumés comme le Banairah.

II De la prise de possession du Mazonza et de la session de cette dernière au Royaume de Marcine.


Mazonza au XVIe siècle, en rouge le comptoir Kaulthe, en Jaune celui appartenant à Marcine, en Marron clair le Mazan et en pourpre le Pallis ; les autres couleurs représentent les diverses principautés avec plus ou moins d'influence.
Les premières traces de colonisation de la région remontent au XVIIe siècle avec l’émergence des premiers comptoirs commerciaux sur les côtes de l’Afarée Occidentale, tels que le Gondo, qui voyait les Compagnies Commerciales Gallouèsanes s’affirmer lentement mais sûrement sur les régions côtières et entamer un lucratif commerce d’esclaves alors que les États Kaulthes établissaient leurs colonies au Transveld actuel et sur les côtes du Mazonza, il est aussi probable de voir ces derniers s’emparer de quelques estuaires à la sorties des fleuves du Tanin’Vody ; même si les sources kaulthes restent assez vagues sur ce réseau de possessions indirectes bien souvent attribués à des compagnies à Charte soumise de jure à l’autorité monarchique et centrale. Les Antériniens étaient eux-aussi établis sur la côte et avaient fondé plusieurs comptoirs (assez modestes, même pour l’époque) sur la côte tout en s’appuyant sur les princes locaux (l’une des constantes de l’histoire coloniale antérinienne) pour s’assurer de la pérénité de leurs installations portuaires et commerciales. Néanmoins, à l’heure actuelle la soumission du Mazonza n’était pas réellement le premier objectif de la Couronne et de ses Compagnies, il s’agissait au contraire mettre en place tout un réseau de facilités et de comptoirs pour s’assurer de la pérennité et de la sécurité des échanges commerciaux entre les Royaumes de Marcine et d’Antérinie. C’est d’ailleurs pour cela que Saint-Copain-des-Baies (?!), le comptoirs antérinien est si proche des possessions velsniennes et fortunéennes, qui commençaient eux-aussi à s’établir en Ouwalinda et dans l’extrême Sud de l’Afarée.

En parallèle, le réseau commercial antérinien était particulièrement impressionnant ; on suppose en effet que ce dernier jouissait de tout un réseau de facilités qui s’étendaient sur une partie du pourtour de la Manche Blanche ; d’une part à cause des possessions Kaulthes de la Dynastie Royale (j’harmoniserai avec URAKAN sur ce point là) mais aussi par ses protectorats mis en place dans cette mer depuis la fin du Moyen-Âge (notamment Saint Florent d’Antérinie, l’actuelle Nouvelle-Kintan) mais aussi en Aleucie, avec la formation d’un vaste Empire reliant l’Occidalie antérinienne (formée autour de Saint Jacques des Mers et de l’Hernandie) à la Nouvelle Antrania. Au Nazum aussi la puissance antérinienne s’appuyait sur de solides bases ; ses possessions territoriales, même si elles étaient particulièrement ténues (au XVIIe siècle seule la cité de Saint-Arnaud des Pics appartenait à l’Antérinie, enfin à la Compagnie du Bahama Oriental) comptaient sur tout un réseau de vassaux et d’alliés plus ou moins fiables en fonction des intérêts et des alliances du moment avec la S.O.T.C zélandienne et son propre réseau d’alliés et de vassaux… Faisant de la Maison d’Antrania l’une des dynasties les plus puissantes et les plus riches d’Eurysie ; une nouvelle puissance émergente que l’unification partielle de ses possessions principales (c’est à dire les Principautés Antériniennes soumises à la Couronne) et des réformes fiscales d’envergure avaient permis de s’imposer à l’échelle régionale tandis qu’une nouvelle flotte de combat et de commerce venait de voir le jour…

En revanche, cette puissance montante inquiétait au plus haut point les élites politiques marcinoises ; en majorité issues de l’Aristocratie afaréenne, qui craignaient que ce renforcement de la puissance antérinienne n’affecte la nature des relations entre les deux États unis sous une même Dynastie depuis la proclamation de l’Acte d’Union qui permettait aux Monarques Antériniens de régner de manière héréditaire sur le Royaume de Marcine à la seule condition que ces derniers cèdent à la noblesse locale le pouvoir réel ; c’est à dire le droit de lever des impôts, des taxes et les armées indépendamment de la volonté du Prince en place. Même si ce dernier avait l’exclusivité décisionnelle dans les Affaires étrangères. Et depuis la ratification de l’acte par le Souverain Antérinien, une coopération amicale régnait entre les deux Royaumes ; qui étaient de proches partenaires commerciaux et militaires, même si des tensions locales apparaissaient entre les deux puissances, notamment à cause de l’établissement de comptoirs velsniens et gallouèsans à Kalindi et à Marcine ; principaux rivaux des Compagnies Royales d’Afarée… Puis, avec l’émergence de l’Antérinie comme puissance s’apprêtant à devenir Globale, la peur de voir la Couronne antérinienne imposer son ordre à Marcine ainsi que des traités inégaux (comme ce fut par ailleurs le cas en Manche Blanche lorsqu’Antrania brisa sans ménagements aucun les velléités autonomistes de ses vassaux ; notamment Saint-Florent d’Antérinie) qui feraient du Royaume Afaréen un protectorat… et qui mettrait à bas l’influence des élites aristocratiques marcinoises.

C’est donc pour cette raison que les relations entre les deux entités se tendirent et se détériorèrent assez rapidement ; lorsque des intérêts divergents s’entrechoquent, le spectre de la guerre ne tarde pas à apparaître… Ainsi, l’aristocratie était déterminée à rappeler à Antrania que sans Marcine, sa puissance s’effondre. Car en plus d’être riches en ressources vues comme luxueuses en Eurysie (fruits tropicaux, cacao et ivoire), Marcine et son réseau de tributaires sont idéalement situés ; le Bout-du-Monde ; sous souveraineté marcinoise (de Jure) représentée par le Royaume ayant autorité sur la Pointe d’Afarée (actuellement sous domination antèrienne) qui paie chaque année un tribut à Marcine, se trouve être l’un des nœuds commerciaux majeurs ; son port se situe en effet en plein milieu de la route maritime reliant les colonies nazuméennes des puissances eurysiennes (Velsna, Fortuna, Antérinie…) permettant de ce fait de lever de juteuses taxes sur les navires se ravitaillant dans ce port ; à à peine quelques encablures de Marcine… Ainsi, si cette dernière fait défection ; c’est à dire que cette facilité commerciale pourtant vitale au commerce antérinien disparaît, la sureté des routes commerciales, et par extension la stabilité de l’économie antérinienne, est menacée. C’est par ailleurs pour cela que le Conseil Nobiliaire a voté en 1698 la mise sous blocus partielle de la Pointe du Dgondu et la hausse des droits de douane sans même en avertir le Monarque. Les milieux d’affaire d’Antrania et de Saint-Jean-de-Luz ne tardèrent pas à s’alarmer alors que les Antranias—Marcine étaient empêtrés dans un conflit contre les indépendantistes de Manche-Blanche faisant peser le risque d’une banqueroute sur la Monarchie… Ainsi, face à ce risque que faisait peser le Royaume Afaréen, un accord fut rapidement trouvé entre les autorités antériniennes et marcinoises ; la postérité lui donna le nom de « Protocole de Kalindi » qui fut ratifié en 1700.

Cet accord est intéressant sur bien des sujets ; les revendications politiques, géopolitiques et économiques des deux Royaumes, temporairement entrés en confrontation, se retrouvaient mêlés ; ainsi cet ébauche des Accords de Marcine qui sera par la suite rattaché à l’Acte d’Union, est un fourre-tout où contestations des forces aristocratiques et marchandes s’entrechoquaient. Ainsi plusieurs points importants furent actés :

- La Monarchie reconnaissait au Conseil Nobiliaire ses prérogatives et s’engageait à ne pas tenter de renverser ce dernier en utilisant l’armée (quelque soit sa nationalité). Rappelant à tous que la crainte de voir un pouvoir royal fort et centralisateur était la première terreur des élites politiques locales.

- L’Antérinie s’engage à ne pas mener une quelconque forme de politique étrangère et/ou coloniale en Afarée subleucytaléenne et à ne pas mettre en place de nouveaux comptoirs commerciaux et de nouvelles Compagnies commerciales en place sans l’accord du Conseil Nobiliaire.

- L’Antérinie cède la plupart des comptoirs possédés en Afarée subleucytaléenne au Royaume de Marcine en échange de réparations financières et l’autorisation aux Marchands antériniens de pouvoir librement commercer à l’intérieur de ces derniers.

- l’Antérinie et le Marcine s’engagent à se consulter avant la signature tout traité d’alliance. Les deux Royaumes s’engagent aussi à respecter une sorte de sphère d’influence, ou du moins de prédominance diplomatique, qui sera l’Eurysie et le pourtour leucytaléen pour Antrania et l’Afarée subleucytaléenne pour Marcine.

- La Compagnie Royale d’Afarée sera transférée à Marcine qui en deviendra l’actionnaire majoritaire après le rachat des parts de la Couronne antérinienne.

- Le Conseil Nobiliaire accordera à Antrania des subsides pendant une décennie pour financer sa guerre larvée contre l’Empereur de Kaulthie et à rembourser les recettes fiscales perdues par la Couronne antérinienne durant les deux années que durèrent le blocus.

- Marcine s’engagera aussi à lever un millier d’hommes d’armes en cas de conflits armés impliquant directement l’Antérinie.

- Marcine s’engagera aussi à ne plus perturber le commerce antérinien dans la région et à ne plus bloquer la Pointe d’Afarée en cas de tensions avec Antrania.

- Et enfin les deux États s’engagent à faire appel au Saint-Siège pour résoudre leurs différents commerciaux ou politiques et à refuser de prendre les armes pour imposer leurs volontés à l’autre.

En bref, le traité de Marcine instaure une paix perpétuelle entre Antrania et Marcine et vise à résoudre dans l’œuf les dissensions entre les deux Royaumes pourtant dirigés par un même souverain. C’est par ailleurs de là que naîtra l’alliance dorénavant séculaire entre les deux Monarchies. Cet accord est aussi très révélateur de la dette antérinienne ; la Monarchie est prête à vendre ses comptoirs afaréens et ses possibilités d’intervention dans la région en échange de monnaie sonnante et trébuchante ; plus d’une dizaine de clauses dans ce traité en font état. Les dettes antériniennes étaient tellement lourdes que la Couronne en cédaient des territoires pour l’alléger. Il faut donc en conclure que les comptoirs antériniens en Afarée n’étaient pas si rentables et qu’il était préférable d’en laisser la charge aux autorités marcinoises si ces dernières reconnaissaient aux Antériniens le droit de commercer et de circuler librement. En face, Marcine héritait principalement de Saint-Copains-des-Baies (?!) et de quelques comptoirs perdus et ici et là sur les côtes orientales de l’Afarée… Ainsi plusieurs objectifs furent atteints dans ce traité franchement favorable à l’aristocratie marcinoise ; la menace d’ingérences antériniennes était écartée durablement en dotant le Royaume de tout un réseau d’avant postes commerciaux « fortifiant » ou du moins solidifiant l’emprise de Marcine dans la région pour asseoir sa domination ; au sud son réseau de tributaires la protégeait des menaces d’un Dgondu réduit à peau de chagrin tandis qu’au nord son avant-poste lui permettait de lancer des raids éclairs en cas de menace des sultanats et émirats islamiques de la région ; qui restaient pour le Royaume l’une des principales menaces à abattre.

Par ailleurs, une partie des élites aristocratiques étaient opposés à la session des colonies antériniennes ; « c’est un poids mort plus qu’une opportunité ; les dizaines de guerres que l’on aura à mener contre Fortuna, Velsna, la Kaulthie ou le Mazan ne valent la petite centaine d’année de vie de cette exploitation ! » comme le dit si bien Constant de Maloumé ; l’une principales figures de la politique locale. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur cet argumentaire qu’une frange politique présente cette colonisation comme uniquement antérinienne alors que Marcine devient l’« innocente » victime collatérale qui doit « se coltiner la garde des enfants » selon plusieurs sociologues des bancs de l’Assemblée Royale.

III De la conquête et de la mise en place des institutions coloniales du Mazonza.


En jaunes, divers tributaires marcinois et Comptoir de Saint Copains des Baies, en rouge le Pallis sous protectorat Kaulthe et le reste représentent les divers principautés ainsi que le marron clair, le Monzan affaibli en marron clair.

Dès lors, la mise en place des comptoirs commerciaux Marcinois et leur entretien ne devint plus uniquement une affaire commerciale mais une affaire sécuritaire ; c’étaient, comme nous l’avions remarqué plut tôt, un avant poste visant à défendre le Royaume des incursions tant eurysiennes (la crainte de voir une flotte velsnienne, fortunéenne ou zélandienne apparaître devant Marcine) ou (et surtout) afaréennes. En effet, la crainte qu’une expédition de grande envergure menée par des sultanats ou des émirats locaux, considérés comme les principales menaces qui pourraient menacer sur ses fondements mêmes le Royaume, d’une part à cause de la rivalité historique entre le l’État du sud de l’Afarée et les diverses monarchies locales, d’abord le Myênê, puis ensuite les diverses puissances musulmanes qui s’établirent en Antérie et au sud de l’Ëdango… Aux intérêts politiques des puissances, s’ajoutait les questions religieuses, particulièrement brûlantes. En effet, le Royaume de Marcine était l’un des premiers étendards de la Croix en Afarée subleucytaléenne et se présentait (avec le Myênê) comme la défenseure naturelle des Chrétiens et le rempart à l’islam. Au nord, c’était l’Antérinie en guerre ouverte contre les États islamiques de Leucytalée, alliée historique de Marcine. Ainsi, le Royaume était une cible de choix, et les dernières batailles avaient pu être remportées uniquement grâce à l’aide d’auxiliaires (au sens de mercenaires) antériniens, qui furent mobilisés par Antrania pour assurer la défense de quelques points stratégiques en Leucytalée,rapatriement qui pouvait affecter la défense du Royaume, d’autant plus que des rumeurs couraient… Dès lors il est naturel que le comptoir fut lourdement fortifié.

Naturellement Marcine en héritant de ce comptoir entra directement en concurrence commerciale avec les Kaulthes, une puissance coloniale, centralisée, et particulièrement attachée à ses intérêts commerciaux. D’autant plus que les tensions entre les Antranias—Marcine et la Maison impériale de Kaulthie au sujet des possessions impériales des premiers, notamment le Duché de Welsbach et de ses diverses enclaves en Manche Blanche et sur la côte raskenoise, se trouvaient exacerbées pour d’autres raisons de nature religieuse. En effet, les deux Monarchies encourageaient et propageaient des donctrines contraires à l’étranger ; les Kaulthes le protestantisme (proche de celui qui est pratiqué dans les territoires anglo-saxons) qui est déguisé sous le terme officiel de « Catholicisme kaulthe » alors que l’Antérinie se présentait comme le bouclier de l’Église Catholique et Rhêmienne. Amenant des rivalités avec les Marcinois ; défenseurs du Catholicisme au sud de l’Équateur et concurrents commerciaux des marchands germaniques. Ainsi, les escarmouches entre les deux puissances étaient récurrentes dans la région, forçant le Royaume à créer une marine moderne qui pourrait assurer la sécurité des flux commerciaux entre Saint-Copain les Baies (?!) et Marcine. (Et si besoin couler les navires adverses). Ainsi, les rivalités dynastiques, religieuses et commerciales entre l’Empire Kaulthe et la Maison des Antranias—Marcine allait inauguré plusieurs décennies de tensions, et les comptoirs marcinois au Mazonza allaient être les premiers touchés par le conflit.

Pourtant, les premières guerres coloniales menées par le Royaume de Marcine n’allaient pas être dirigées contre la Kaulthie, mais contre le Royaume du Marzan. Ce dernier en effet se voyait limiter dans son expansion par l’émergence de deux blocs qui alignaient les agglomérations rurales autour de leurs comptoirs ; Marcine menait une ligue commerciale dans la région qui visait à atteindre le monopole de la gomme azuréenne, particulièrement utilisée dans l’administration (elle pouvait en effet pouvoir coller les pages) mais aussi dans la peinture et le textile (cette dernière était aussi une teinte très appréciée par les élites marcinoises, probablement inspirées par les aristocrates du Myéné. En face, le Marzan cherchait à atteindre une hégémonie locale et pour ce faire, il fallait pour ses monarques se débarrasser des puissances eurysiennes ; loin d’être une question de « nationalisme » afaréen avant l’heure, il s’agissait surtout d’une question de prestige qui aurait un impact non négligeable sur le futur développement du Royaume du Monzan. Par ailleurs, le Monarque cherchait aussi à se débarrasser de ses ennemis régionaux comme le Pallis, une Monarchie rivale du Monzan qui était un carrefour commercial régional où transitaient les produits qui devaient atteindre les différents comptoirs (marcinois et kaulthes, notamment). Par ailleurs, le Pallis, malgré sa puissance économique était l’allié traditionnel des Compagnies étrangères, à la fois car le Royaume tirait d’incroyables revenus du déplacement des nœuds commerciaux traditionnels grâce à la mise en valeur et l’exploitation des ressources aleuciennes et nazuméennes, rendant les comptoirs attractifs pour peu qu’ils soient idéalement situés (notamment ceux possédés par les Kaulthes)… Évidemment, ce déplacement des nœuds traditionnels, infra-continentaux, jouait en défaveur du Monzan qui voyait ses sources de revenus se déplacer vers le sud, et son rival du Pallis. Contrairement à des idées bien souvent répandues, une guerre entre un État afaréen et un État eurysien ne se terminait pas nécessairement par une défaite pour le concerné, certes il y avait une différence technologique importante en défaveur des États locaux, par contre ils avaient l’avantage du nombre, du terrain et parfois du climat. Ensuite, les puissances monarchiques eurysiennes n’avaient pas tendance à faire débarquer des dizaines de milliers d’hommes pour écraser leurs ennemis ; les finances s’en retrouveraient gréver et peu de puissances avaient la capacité de projection nécessaire pour de telles opérations, sans parler de la logistique et du financement des troupes et ce sans parler de l’envie de se lancer dans des guerres inutilement coûteuses… Et puis, Marcine venait de prendre possession du comptoir, et n’avait pas mobilisé de troupes pour le défendre, sans compter les récentes « dépenses exceptionnelles » engagées pour financer les efforts de la Monarchie antérinienne, les Kaulthes, quant à eux, connaissaient des troubles intérieurs à cause des conflits entre les Princes d’Empire (étrangement soutenus à distance par Antrania…) et l’Impératrice…

Ainsi, profitant des tensions internes en Kaulthie et des problèmes financiers de Marcine, le Monzan comptait bien mettre main basse sur les comptoirs ; Saint-Copains-les-Baies (?!) pour le second et Port de Lanvre pour le premier. Néanmoins, soit à cause d’une désastreuse organisation des armées monzanes, d’une fuite qui a rapidement alerté les différentes Compagnies, la C.R.A pour Marcine et celle de Kaulthie… Et la crainte de voir disparaître ce qui apparaît comme une « protection » est un risque que la Cour prends très au sérieux, c’est par ailleurs pour cela qu’elle mobilisa quelques centaines d’hommes à Saint-Copain-des-Baies tandis qu’un accord de défense mutuelle exclusivement dirigé contre le Monzan fut signé avec les Kaulthes et le Pallis ; d’une part pour protéger des intérêts mutuels et d’autre part pour prévenir la montée en puissance du Monzan ce qui nuirait à la sécurité des installations marcino-kaulthes. Par ailleurs, le Monarque du Monza, pas encore informé de cette alliance secrète accumulait les contre-temps et devait régler les différends et les rivalités entre les différents aristocrates qui se présentaient au titre de « dejazmach » (c’est à dire commandant) (les sources marcinoises traduisant systématiquement les titres des généraux) tandis que Hailu d’Abalamé fut nommé Balambras (commandant de la Forteresse de Saint-Copains-des-Baies), ce jeune aristocrate, particulièrement brillant était un génie militaire qui avait déjà mené plusieurs batailles victorieuses dans le sud du Royaume et contre les troupes des Sultans ouwalindais ou antériens… Par ailleurs, les alliés régionaux marcinois furent aussi avertis afin de pouvoir être prêt en cas d’attaque du Monzan. Finalement, après des pluies diluviennes, et des problèmes d’ordre logistiques, le Monarque décida de lancer plusieurs attaques ciblées contre les comptoirs commerciaux marcinois et ses alliés.

Malgré quelques succès initiaux ; la bataille de Taboye mis en déroute la coalition menée par les alliés marcinois. Le Monzan réussit même à occuper tout les États au nord de Saint-Copain-des-Baies et de mettre le siège devant le comptoir. Malheureusement, les récents travaux de fortifications faisant appel aux meilleurs architectes de tout le Royaume. Ainsi le siège devint très vite un piège mortel pour l’armée ennemie qui se voyait immobilisée à tenter de bloquer une ville fortifiée, constamment alimentée par une escadre de vaisseaux tandis que l’habilité du Balambra Hailu menait une « petite guerre » aux arrières de l’ennemi. Ces assauts constants accomplis par quelques centaines de soldats réguliers des armées alliées dirigés par un commandant marcinois se concentraient surtout sur les zones d’approvisionnement ; et avant même que les fortifications de Saint-Copains-des-baies ne montrent des signes de faiblesses, la famine guettait les troupes Monzanes. A l’est, la situation n’était guère meilleure pour le monarque ; les Kaulthes s’étaient aussi préparés à l’attaque et avaient déjà mobilisés quelques centaines d’hommes pour foncer sur la capitale alors que leurs alliés du Pallis et des divers États clients formaient une puissante avant-garde qui balayait les maigres garnisons ennemies… Ainsi, ce qui devait s’apparenter à une bataille visant à ratisser les côtes et à y expulser les possessions étrangères rapidement, devint très vite un conflit régional qui impliqua les Compagnies et leurs alliés régionaux ainsi que les vassaux. Finalement, après la perte de sa capitale et d’une grande partie de ses troupes, le monarque Monzan dut concéder plusieurs choses aux Coalisés :

- La Kaulthie, considérée comme la grande gagnante se voyait reconnaître une entière autorité sur l’ouest du Mazonza, c’est à dire sur le Pallis et les États alentours.

- Cette dernière se voyait aussi libre d’exploiter plusieurs carrières riches en ressources aurifères à l’ouest du Mazonza et pouvait écouler ses produits sur le territoire monzan. Les marchands Marcinois se voyaient aussi accorder un privilège similaire.

- Marcine pouvait aussi envoyer plusieurs missions visant à évangéliser les populations autochtones, et ce sans être inquiétée d’aucune manière par les autorités locales.

Ces trois points principaux qui furent les lignes rouges du traité montrent en premier lieu que le grand gagnant du conflit est la Kaulthie, qui accroît de cette manière sa zone d’influence en Afarée, déjà que ses comptoirs du Transveld (actuelle Afarée Centrale) formaient de bons points d’appui pour la puissance commerciale kaulthe. Le renforcement de cette dernière en Afarée mènera par la suite à la dislocation d’une alliance marcino-kaulthe particulièrement fragile et sujette à de violentes tensions, comme vu plus tôt. Pour le Monzan ce n’est pas uniquement une perte d’influence mais une perte de souveraineté totale. Elle perdait toute autorité sur les principautés de l’Ouest, tandis que celles de l’Est et du Sud, en théorie soumise, ne tardèrent pas à se soulever et à s’intégrer dans la sphère d’influence marcinoise, abbattant définitivement les puissances régionales qui auraient pu s’opposer par la suite à la conquête de l’intérieur des terres par les puissances étrangères. D’une part car le Monzan n’avait plus les réserves humaines nécessaires pour résister efficacement à ses ennemis, mais aussi car ses principales sources de revenus commerciaux, après avoir tant bien que mal tenté de maintenir une balance commerciale positive avec les Eurysiens et les Marcinois, que le Royaume de Pallis gênait particulièrement, et ce malgré des taxes intérieures particulièrement élevées pour les Marchands étrangers, cette dernière s’effondrait comme un château de carte. Dorénavant, une situation de dépendance commerciale s’était mise en place et l’économie Monzane ne s’en remettrait jamais. Les marchands écoulaient leurs produits de peu de valeur en échange de ressources qui auraient pu permettre de restaurer la situation économique locale, notamment l’or qui a, dit-on, été échangé contre des « mousquets à mèche et des miroirs de vile qualité à vils prix ». Au niveau spirituel, le Monzan était dorénavant voué à se convertir au christianisme, d’une part grâce à l’efficacité des missionnaires jésuites, mais aussi par les libertés totales qui leur étaient accordées ; il arrivait souvent qu’ils participent à des conversions forcées des populations autochtones une fois que le souverain s’était converti au Christianisme. Ce conflit, plus encore que tout les autres marque le début de la fin pour l’indépendance du Mazonza et le commencement d’une rivalité coloniale entre la Kaulthie et Marcine qui ne prendra fin qu’en 1784 avec la sécession des populations du Grammatika.

Néanmoins, même si les relations entre Marcine et la Kaulthie restèrent pendant très longtemps tendues, aucun conflit d’envergure n’éclata entre les deux États ; et ce malgré l’intervention régulière d’hommes d’armes marcinois dans les provinces du nord de la Kaulthie pour écraser les soulèvements de la noblesse locale, téléguidés par Warenbourg. En Afarée, un strict statu quo fut observé, et ce malgré des conflits par procurations qui opposaient régulièrement les Kaulthes aux Marcinois. La guerre directe n’était voulue par personne ; elle ne ferait que boucher le commerce et permettre aux Sultans ou Emirs présents non loin de s’intégrer à ces conflits ; risquant d’affaiblir la Compagnie Royale et sa rivale kaulthe. Ainsi tout au long du XVIIIe siècle, une certaine paix régna sur la région ; même durant la Guerre de Neuf Ans, les conflits restèrent localisés et seules les batailles navales faisaient réellement avancer les lignes. Pourtant, la prise de possession du Mazonza ne stagnait pas pour autant ; les Marcinois faisaient constamment naître de nouveaux États clients ou des vassaux en créant une vaste ligue de tributaires semi-autonomes. Un découpage administratif qui est encore visible aujourd’hui dans la partition des provinces et le nom de certaines entités régionales comme le Dadadou ou le Renou… Par ailleurs peu de choses étaient exigés des tributaires ; si ce n’est une participation aux conflits que mènera Marcine et l’avancée de certaines sommes d’argent négociées chaque décennies… Sinon une autonomie totale était accordée sur la gestion des questions intérieures des Tributaires, réunis au sein de la Ligue Marcinoise, qu’on ne tardera pas à nommer à Antrania ; Afarée Occidentale Marcinoise.

Si au XVIIIe siècle cette appellation était trompeuse, au XIXe, elle ne pourrait être plus exacte, même si le terme de Ligue Marcinoise est conservé… En effet sous la direction du Ras Solomon-Aimé Dalamé plusieurs réformes d’envergure furent accomplies ; Saint-Copains-des-Baies devenait la capitale de la Ligue, alors qu’auparavant cette dernière était mobile et alternait entre les tributaires les plus influents. Par ailleurs une nouvelle « Charte des Tributs » fut unilatéralement imposée par Marcine à ses vassaux. Les mesures les plus importantes dans ce texte assez long (une centaine de pages traitant de divers sujets et révisant en profondeur bons nombre de privilèges accordés à certains Tributaires…) sont avant tout la fusion des entités les plus petites entre elles (il y avait par exemple une dizaine de tributaires sur la seule province d’Ongali) et l’imposition de nouvelles normes commerciales ; en passant surtout sur une exportation à outrance prioritairement destinée aux industries marcinoises, alors en pleine croissance depuis quelques décennies… Naturellement, ces réformes défavorables à la plupart des Tributaires firent brutalement monter les tensions entre Marcine et ses sujets mazonzans. C’est d’ailleurs en 1845 (lors de la promulgation de la Charte des Tributs) que l’on considère que le Mazonza est devenu un protectorat marcinois.

A l’ouest, dans la colonie Kaulthe qui n’a cessé de s’étendre sur le Pallis et ses alliés, la situation est explosive ; la prise d’indépendance du Grammatika et de la plupart des États de l’Empire tels que le Rasken ou la Marhënie a pronfondément déstabilisé la Kaulthie et jeté le trouble dans ses colonies, en partie peuplées par les minorités devenues nouvellement indépendantes ; ainsi plusieurs émeutes et affrontements eurent lieu au sein de cette colonie Kaulthe, majoritairement peuplé par des ressortissants du Grammatika. Finalement, après de longues négociations il fut décidé de céder la colonie en échange d’une importante somme d’argent, tandis que le Grammatika mettait ainsi la main sur un empire colonial conséquent en Afarée. Néanmoins, cela ne marquait pas pour autant la fin des troubles ; les soubresauts populaires internes et la naissance d’un nouveau régime en Métropole firent naître de brutales contestations au sein de l’Afarée Occidentale Grammaflussteinoise. Par ailleurs, les réveils nationaux qui bouleversèrent l’Eurysie se firent aussi entendre avec fracas en Afarée, plusieurs groupes mi-terroristes, mi-politiques naquirent pour tenter de renverser le joug des étrangers. Ces revendications s’exprimèrent notamment par des attentats brutaux et des assassinats visant les hauts-fonctionnaires coloniaux. Ces tensions internes amenèrent le Gouverneur de la colonie à pactiser avec Marcine, sa rivale d’hier pour rattacher les deux entités. Un terrain d’entente fut vite trouvé ; en échange d’accorder aux ressortissants germaniques des privilèges fiscaux et des exonérations sur les taxes, d’établir une tolérance religieuse et de conserver la plupart des institutions en place, le Royaume de Marcine obtenait la pleine et entière souveraineté sur le Mazonza.

Ce subit rattachement attisa de nouvelles tensions entre Antrania, considérée comme responsable du « mou » laissé à Marcine qui s’emparait ainsi sans coup férir de la colonie d’un État pourtant souverain. Par ailleurs, cet élargissement de l’autorité marcinois dans région permit un accroissement des activités indépendantistes alors que certains États tributaires formèrent le Pacte d’Aboli pour renverser l’autorité du Ras Dalamé, considéré comme principal responsable de la dégradation de la situation. Malheureusement pour les conspirateurs le projet fut éventé et les autorités marcinoises ne tardèrent pas à réagir promptement en destituant la plupart des concernés et en plaçant des fantoches à la tête des principaux États tributaires qui furent tous unis sous le nom de Royaume d’Azzylirie (devenu la possession de la dynastie d’Antrania) administré par un Vice-Roi nommé directement par le Parlement Marcinois et qui avait une entière autorité sur les Ras et Le’ul du nouveau Royaume. Ce Royaume était en quelques sortes un protectorat doublé d’une possession de la Couronne Marcinoise. Au sud était née l’Afarée Occidentale Marcinoise une colonie sous l’administration directe du Vice-Roi composée d’un Parlement qui servait de chambre d’enregistrement et qui permettait aux élites autochtones de faire remonter leurs doléances… Enfin à l’est le Protectorat du Nabniliènne était sous l’administration d’un haut gradé de l’armée chargé de maintenir l’ordre « par tout les moyens possibles » en vue d’une intégration de cette dernière au sein du Royaume d’Azzylirie. Néanmoins, cette partition du territoire allait laisser de graves stigmates qui se voient encore aujourd’hui…

IV Indépendance et mémoire, la fin de l’Afarée Occidentale Marcinoise.


La colonie d'Isoine en jaune clair, le Royaume d'Azzymérie en jaune or et en noir le Protectorat du Nabwiliène. Les hachures rouges représentent les zones de guérilla.

A Marcine les bancs de l’Assemblée, s’orientant à gauche, mettaient en avant une prétendue mission « civilisatrice » après les missions jésuites ; l’idéologie d’une Démocratie se voulant universelle succède aux préoccupations concernant le Salut des âmes des autochtones. Et dès lors tout une flopée de travaux se voulant scientifiques et historiques inondèrent les salons mondains des Grandes figures de la gauche socialiste marcinoise ; « l’exploitation économique du Mazonza doit impérativement s’accompagner de la civilisation de indigènes ! » la rengaine des Socialistes d’Antrania, de Tanska ou de Cartarad connaissait un succès monumentale à Marcine, devenue le « phare culturel » de l’Afarée toute entière ! Après avoir rejeté la possibilité d’envisager que les Monzanais puissent avoir une culture propre, il fallait dorénavant leur en fournir ; d’abord une langue dépassant les « onomatopées et les râles islamiques » (le maure), important ainsi le Marcinois et ses divers dialectes dans le sud ; la colonie directe sous administration du Vice-Roi (Saffre et Isoine) qui compta ainsi une forte population de Marcinois par rapport au reste du territoire Mazonzan (à peine moins de 500 milles individus). Ensuite des efforts massifs d’enseignement des classiques Marcinois furent enseignés ; l’aventure de Ditaolane à l’instar de l’épopée herculéenne chez les italophones… Débutant ainsi les prémices d’une acculturation qui n’eut dans les faits qu’un impact minime… En effet, loin d’être vue comme une colonie de peuplement, le Mazonza était considéré comme un tributaire sous protectorat ; à la différence près que ce dernier représentait une grande partie des exportations marcinoises…

A droite, cet effort de « civilisation » était particulièrement mal vu, non pas pour des raisons morales, mais surtout pour des raisons purement économiques, les dépenses associées au maintien de la présence marcinoise sur place devenaient de plus en plus exorbitantes ; la Gauche souhaitant imposer de facto la domination marcinoise sur une région forestière et particulièrement inhospitalière qui est le berceau de la résistance décoloniale et nationaliste depuis presque cinq décennies. En 1905, les dépenses dédiées au maintien de l’ordre en Afarée représentaient environ cinq milliards de talents, en 1910, six milliards, un pic fut atteint dans les années 30’ quasiment 10 milliards de talents ! La maintenance des nouvelles institutions, des corps de professeurs envoyés sur place et l’établissement d’hôpitaux, d’infirmeries et d’écoles coûte cher, déjà que la mise en place d’un réseau logistique est mis à mal par la topographie locale et l’hostilité de plusieurs groupes de guérilla. Qui, chaque années tuaient près d’une centaine de soldats et d’officiels marcinois en attentats et en soulèvements locaux, et malgré les « efforts incessants » des troupes locales, trop occupées à brigander et à piller, la tête du mouvement restait insaisissable, pire encore, la population locale soutenait passivement les rebelles et ce malgré les menaces, les brutalités et les vexations d’un pouvoir de plus en plus oppressif qui ne faisait qu’aggraver son cas auprès des locaux. Et les bénéfices étaient bien trop limités ; les importations coûtaient plus cher, et le sous-développement chronique des autochtones rendaient les exportations avant tout destinées aux aristocraties et aux élites de l’administration coloniale, un public très limité en somme… De ce fait, les bénéfices des contributions des Ducs et des impôts royaux ainsi que les bénéfices liés au commerce n’apportaient en 1930 que 7 milliards de talents ; soit près de 3 milliards de talents de déficit alors que la Révolution du Sud allait éclater…

Cette dernière, organisée d’une main de maître, parfaitement coordonnée et bien menée a failli mettre un terme prématurément à la présence coloniale Marcinoise… Si les instigateurs restent aujourd’hui peu connus par les historiens Marcinois, notamment à cause de plusieurs zones d’ombres qui couvrent l’affaire, les Historiens du Maronzan proposent volontiers des grands noms de l’aristocratie locale ou des figures révolutionnaires locales en s’appuyant sur les multiples pendaisons qui suivirent cet épisode particulièrement brutal. Néanmoins, même si les organisateurs restent à l’heure actuelle inconnu des historiens, il est certain que cette révolution est bien plus qu’un marqueur politique  Gauche//Droite traditionnel ; c’est avant tout une « révolution nationale » transcendant les classes et les opinions ; et il est fort probable que les organisateurs soient issus des mouvements contestataires ouvriers, des anciennes familles monarchiques du Pallis, du Monzan et des différentes principautés rattachées de force à un Duché, de la bourgeoisie d’affaire locale cherchant à s’affranchir d’une tutelle qui se révèle être de plus en plus contre-productive… Et évidemment, la première réclamation des insurgés est la reconnaissance totale de l’indépendance et de la souveraineté du nouvel État dans son administration interne et dans ses affaires extérieures. C’est à ce moment là, en juillet 1934 que la Déclaration d’Indépendance du Maronzan est proclamée et que des affrontements armés opposèrent les troupes coloniales, et leurs auxiliaires locaux peu motivés, aux guérilleros, milices dirigées par des aristocrates locaux et financés par de riches bourgeois… En tout, presque 10 milles hommes affrontèrent près de 5.000 marcinois et 3000 auxiliaires mazonzans… Si l’Est du pays réussit à chasser les troupes coloniales et à les encercler à Port-de-Lanvre, la Colonie d’Isoine résistait, et des renforts furent envoyés depuis Marcine ; un contingent d’une dizaine de milliers d’hommes venus suppléer les troupes déjà présentes.

Lors de la bataille du Mwani (mai 1936), les indépendantistes furent brutalement écrasés et une répression féroce s’abbatit sur tout le sud du pays, près d’une dizaine de milliers de personnes furent exécutées pour Haute Trahison vis à vis de Sa Majesté le Roi d’Azzylirie. Cette dernière dépassa de très loin les barrières de classe ; la haute aristocratie tout comme la petite paysannerie était écrasée. Étrangement, les minorités musulmanes du nord furent choyées alors qu’auparavant elles étaient tout au plus considérées comme des êtres humains par les autorités coloniales… La promulgation d’un nouveau code établit les Musulmans du Monzan comme des Êtres infiniment plus supérieurs aux Chrétiens Coptes, et légitimait de ce fait l’accession aux hautes fonctions d’une élite musulmane prête à devenir les nouveaux auxiliaires des autorités coloniales marcinoises. Et pourtant, cette brutale répression ne stoppa en rien les activités indépendantistes ; les attentats contre les Musulmans (expliquant en partie la montée de l’islamisme dans la région) et les représentants coloniaux se multipliaient tandis que le clergé local, neutre voire bienveillant vis à vis des Marcinois devint son ennemi déclaré ; les Prédicateurs du Myénè étaient préférés aux Jésuites tandis que le premier évêque Maronzan déclarait dans l’une de ses prêches ; « Mes fils, le Marcinois est un être vil et faussement chrétien. Tuer un Marcinois n’est pas assassiner un frère, c’est éliminer un païen ! » alors que le clergé local cachait dorénavant les terroristes indépendantistes, y compris des Rouges… La situation, lentement mais sûrement se dégradait pour les autorités coloniales.

Ainsi, ayant conscience du risque que constituait la structure actuelle de la colonie, le nouveau Vice-Roi, Louis-Martin-Aimé Zalabé entama une série de réforme ; le protectorat Nabnbilliène fut incorporé au Royaume d’Azzylirie et la Colonie d’Isoine devint une dépendance directe de cette dernière. Plusieurs institutions furent crées ; le Parlement devint à suffrage censitaire et ce dernier pouvait dorénavant avoir une entière autonomie sur les questions de politiques intérieures notamment sur la répression des mouvements séditieux et l’économie. Néanmoins, le Royaume semi-indépendant devait s’aligner en permanence sur les positions marcinoises…Une libéralisation politique s’accompagna aussi de cette prise de semi-indépendance, le Vice-Roi ne possédait plus qu’une autorité relative sur la vie politique locale et était chargé d’assurer la défense des intérêts stratégiques marcinois dans une région qui avait perdu son attrait… En lâchant le leste, les forces coloniales venaient de signer la fin de la présence marcinoise sur place sans même le vouloir ; l’Assemblée, loin de souhaiter la tutelle marcinoise mirent en place des politiques laxistes vis à vis des groupes rebelles et abrogèrent la plupart des articles nuisant à leurs activités tandis qu’au sein de cette société se démocratisant partiellement, la résistance passive connut un grand succès.

Tout au long des années 1950’ les débats politiques agitant Marcine concernaient surtout la colonie, certains y tenaient désespérément alors que la Majorité voulait s’en débarrasser ; les pertes engendrées par la démocratisation étaient phénoménales et grevaient un peu plus les finances publiques tandis que le maintien d’une armée d’occupation sur place représentait une bonne part des finances du Royaume… Ainsi, plus d’autonomie fut accordée à l’A.O.M tandis que des négociations visant à retirer les troupes marcinoises furent entamées avec le Parlement local. Au final, une grève générale fut entamée en 1957 déclenchant ainsi la fin de la présence des troupes coloniales sur place, incapables de se ravitailler tandis que la production était en chute libre… Le Parlement réclama ensuite un référendum d’auto-détermination que Marcine accepta sans même poser des conditions, si ce n’est qu’à l’indépendance, les deux États devraient continuer à entretenir de bonnes relations diplomatiques. Ainsi, en 1965, avec près de 90 % des voix, la colonie obtint officiellement son autonomie tandis que les derniers Marcinois présents sur place quittaient le territoire…

Ainsi s’achève une histoire ayant débuté au XVIe siècle, ayant impliqué le Royaume dans le jeu des rivalités eurysiennes et coloniales, lui ayant permis de s’approvisionner en gommes et en ressources en tout types, tandis que la Kaulthie, éternelle rivale des Antranias—Marcine—Welbseich, affrontait le Royaume sur terre et sur mer… Les princes locaux profitant des rivalités entre les deux puissances tentèrent d’en profiter, à leurs dépens. Finalement après le Printemps des Peuples, l’affaissement durable de la puissance Kaulthe permettant à Marcine de prendre définitivement le contrôle d’un vaste territoire et d’un marché alléchant ; la colonisation succéda ainsi à la tributarisation des princes… La répression et l’acculturation régnèrent en maître jusqu’à l’autonomie dans les années 1940’ avant d’entamer un long déclin qui aboutit à l’indépendance et à la souveraineté de la République du Maronza. Cette aventure, coûteuse en hommes et en ressources prends ainsi fin en 1965, tandis qu’aujourd’hui encore la société marcinoise, dans le déni, n’assume pas ou ne reconnaît pas les atrocités commises au nom du Royaume et de sa présumée supériorité culturelle , le Premier Ministre de Sa Majesté, Aimé Bolila affirme qu’il est « absurde » de s’excuser pour les crimes commis… Le déni de colonialisme s’exerce encore aujourd’hui, en Antérie et dans les divers États sous influence… Nous rappelant encore que le colonialisme est pernicieux et qu'il est insaisissable et ce malgré les efforts de certains États.
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Les guerres d'Antérinie, bataille célèbre. // Vasari Marciano, représentant une bataille des guerres d'Italie, peinture présente à Florence.

Les guerres d’Antérinie.
L'Antérinie à la veille du conflit, une étude de la société et de la politique médiévale.


Travaux historiques réalisés avec la participation des Grandes Académies étrangères, notamment la Société des Honnêtes Archéologues de Velsna ainsi que les principales universités teylaises (celle de Manticore notamment) et Youslèves, sous la direction d’Armand -Yves de Saint-Antoine, professeur agrégé en histoire classique à l’université Louis le Pieux d’Antrania.

Introduction.

En novembre 1513, le comte de Saint-Jean de Luz décède sans laisser d’héritiers mâles tandis que le « monde antérinien » (s’étendant alors en partie sur la région du Sud youslève tout en comptant aussi une partie de l’Ouest messaliotte) est en pleine mutation. Au nord le Marquisat des Marches est profondément divisé, tandis que les seigneuries en terres youslèves se tournent vers Charles Grain et que les domaines messaliottes s’inclinent devant la Cité de la Baie. Au centre, le Duché d’Antrania s’impose, depuis des siècles les représentants de la Maison d’Antrania sont élus grâce au soutien des pairs ecclésiastiques, et donc grâce à celui de l’Église Catholique de Sancte, alors que les grands seigneurs traditionnels voient leurs puissances décliner. Sur tout les plans, la bourgeoisie et le clergé les remplacent ; l’économie se transforme, évolue, alors qu’auparavant il suffisait de posséder de nombreuses terres, toujours fertiles en Antérinie, maintenant les Banques (généralement dominées par les diaspora velsniennes et fortunéennes) sont des intermédiaires obligées pour lever des armées qui coûtent de plus en plus chères, quant à l’Église elle s’accapare elle aussi de nombreux domaines et certains évêques sont parfois bien plus puissants que des comtes ou des ducs. À cette situation sociale conflictuelle, s’ajoute la rivalité entre François Courvoisier et Charles Grain de Youslévie, opposition qui structurait l’Eurysie occidentale en deux camps bien distincts ; les pro-Teylais et les pro-Grains (qui peut aussi être dénommé les « Teyllino » et les « Grains » pour le monde italophone) tandis que l’Occident connaissait des bouleversements philosophiques et économiques majeurs qui remettaient en question l’ordre religieux (la Réforme en Wardonie) et questionnait la place d’une bourgeoisie s’enrichissant dans les aventures coloniales. Le décès de cet obscur comte, vassal d’un petit royaume du sud de l’Eurysie sera pourtant le point de départ d’une série de conflits majeurs entre les deux géants du XVIe siècle ; la Couronne Teylaise et la Couronne Youslève. Une série de conflits qui aura une incidence décisive sur l’Antérinie ; elle affirmera la Monarchie antérinienne comme défenseure des intérêts de l’Église et mènera in fine à la centralisation puis à l’émergence de l’Antérinie comme une puissance montante qui s’opposera au XVIIe à Teyla et Zélandia. 

Ce conflit, nous le constaterons, dépassera une simple guerre entre puissances étrangères pour la possession du Comtat de Saint-Jean-de-Luz, autrement dit une guerre d’influence entre la Couronne teylaise et la Couronne youslève, ce sera surtout une « guerre sociale » entre les différentes strates de la Société antériniennes ; entre la haute-Bourgeoisie, détentrice d’une puissance économique sans précédents et grande rivale d’une noblesse terrienne en déclin qui périclite face à son traditionnel rival ; le Clergé. On peut aussi noter que ce conflit est aussi une guerre d’influence pour les familles de la Haute noblesse ; les Comtes et Marquis assez riches pour ne pas s’inquiéter de l’influence des Bourgeois, mais qui en revanche s’en veulent à mort pour des querelles d’honneur, des rivalités politiques pour les postes clefs et une haine farouche héritée de plusieurs décennies d’oppositions permanentes au sein du Conseil du Roi et ce conflit entre Teylais et Youslèves, espère t’on, permettrait « de donner une fois pour toute le ton entre les différentes factions de la haute-aristocratie » (Louis d’Estu, historien du XIXe). À tout cela s’ajoute les ambitions d’une Maison à l’autre bout du monde connu ; les Weilsbercht, ayant récemment marié leur fils Henri III à Louis d’Antrania, fille du Roi d’Antérinie ; qui avait lui aussi de solides prétentions sur le Trône de Saint-Jean-de-Luz, et ce même si son armée ne valait pas celle François Courvoisier, et qui pourtant cumule une myriade de Couronnes ; le Comtat de Cielazur, aux bordures teylaises, le Duché de Bonnberg au nord du Rasken, le Duché de Marcheburg ainsi que le Duché de Weilsbrecht. Ainsi, la Maison était une puissance que des mariages et des successions heureuses ont forgé, tandis qu’Antrania ne tarderait plus à mettre l’un des siens à la tête des Marches ; autrement dit, la prise de Saint-Jean-de-Luz, en proie à une rivalité entre factions nobiliaires et ordres, permettrait d’unir enfin ce « monde antérinien » autour d’une famille forte et qui pourrait faire de l’Empire l’un des États les plus puissants de la région, pouvant peut-être même concurrencer les empires d’alors…

Serfs antériniens.
I) De la société antérinienne au début de la Renaissance au commencement des Guerres d’Antérinie et des tensions entre ordres qui existaient.

La Renaissance est l’une des périodes charnières de l’Histoire, tant par son impact culturel sur les sociétés eurysiennes que par l’émergence de l’État « central » et des modernisations scientifiques qui altéreront profondément l’art de la guerre et la conception de cette dernière, tandis qu’au niveau social la Bourgeoisie émerge comme force politique au détriment de la noblesse et du clergé. Malheureusement, elle est souvent réduite à la redécouverte de textes antiques voire à la découverte des Aleucies, c’est tout un monde qui bascule ; la Renaissance est une révolution qui ne dit pas son nom, qui change en profondeur les façons de penser, de voir et d’agir tout en modifiant avec brutalité les différents rapports de force qui existaient, au sein des pays (la rivalité marquée entre les pouvoirs séculiers, pour la plupart nobles, et le pouvoir religieux, sous l’égide de Sancte et de l’Église qui s’est développé tout au long du Moyen-Âge) mais aussi les rapports de forces entre États, qui se déroulaient bien souvent à l’intérieur même de Royaumes et d’Empires pris dans les turbulences féodales entre des vassaux souvent bien plus puissants que leurs suzerains, et qui dorénavant, à l’orée du XVe siècle avaient réussi à briser les élans des Grands et à les soumettre, permettant l’émergence de grands ensembles politiques qui peuvent dorénavant tourner leurs ambitions vers leurs voisins et tâcher de s’agrandir pour rivaliser leurs ennemis ; souvent les grandes puissances régionales voire continentales, et puis plus tard, mondiales. Au niveau économique aussi ; la découverte des Aleucies et l’exploitation des ressources (ainsi que des indigènes) et l’arrivée massive d’or sur le continent eurysien (notamment en Antérinie, pionnière dans le domaine) a des conséquences sur les rapports de forces à l’intérieur des Ordres ; la Bourgeoisie s’enrichit massivement tandis que la Noblesse s’appauvrit et que le Clergé connaît des contestations émanant des Princes mais aussi à l’intérieur même des institutions ecclésiales.

Ici, notre objectif n’est pas d’évoquer successivement les grands bouleversements du siècle, nous laissons à nos collègues de Manticore ou de Sedjan le soin de se charger de ce travail. Nous préférons nous attarder sur les rivalités qui ont attrait (de près ou de loin) à l’Antérinie, c’est à dire pourquoi le Comtat de Saint-Jean-de-Luz est convoité par Charles Grain, François Courvoisier et Henri, l’obscur prince kaulthe. Pourquoi aussi, ce conflit, plus qu’une rivalité entre puissances est une guerre entre puissants. À cette interrogation qui est le point de départ de ce travail historique, nous essaierons ici de présenter le processus qui a mené à l’explosion des tensions sociales et politiques qui s’étaient pourtant cristallisées autour du Comte de Saint-Jean-de-Luz, Louis IV de Luz, et qui éclatèrent après son décès. Ce travail historique n’a pas vocation à s’étendre sur sur le déroulé des diverses campagnes d’Antérinie, ni même autour de la brève guerre de succession des Marches (qui est généralement considérée comme partie prenante dans ce que l’on nomme communément les « Guerres d’Antérinie ». D’autre part, nous étudierons ici les principaux changements amenés par la Renaissance, et leurs incidences sur la société antérinienne ; nous présenterons les rivalités entre Grandes familles nobles dans une prochaine partie, plus appropriée qui prendra en compte les rivalités géopolitiques ainsi que nobiliaires ; autrement dit l’affrontement larvé entre le pouvoir séculier teylais (et Velsnien) et le pouvoir temporel de Sa Sainteté le Pape Alexandre II, depuis Sancte et comment Saint-Jean-de-Luz est devenue l’une des pièces maîtresses du jeu de François Courvoisier.

En premier lieu, il est nécessaire de comprendre que la société monarchique, jusqu’à l’Ancien Régime et les multiples révolutions qui le mirent à bas, était organisée en trois ordres tels que Justin des Marches, évêque extrêmement influent au XIIe siècle, le dit si simplement : « il y a ceux qui travaillent, ceux qui font la guerre et ceux qui prient. » Laboratore, Bellatore et Oratore étant les trois strates de toute la société médiévale ; société qui ne s’est pas désagrégé au début du XVIe siècle, mais qui a connu plusieurs changements internes d’envergure ; en premier lieu, nous l’avons évoqué des rapports de forces entre les différents ordres, les non-nobles devenaient de plus en plus riches et de plus en plus influents et riches, alors que l’aristocratie traditionnelle, humiliée et décimée par plusieurs désastres militaires d’envergure perdait de la vitesse face à une concurrente avide de pouvoir. L’Église est contestée, au niveau doctrinal et au niveau social ; les abus des institutions cléricales poussant certains moines à souhaiter un retour vers l’Église des premiers temps ; celle du Christ, plus proche des pauvres et des humbles et moins vénale. Au sein même de ces ordres des divisions notoires persistent ; il y a ceux qui ont de quoi survivre, et ceux qui ont moins de chances de survie. Même si l’aristocratie et le clergé ont le plus de chances de survie ; il n’est pas rare de voir des curés de campagne aux soutanes rapiécées et des hobereaux désargentés ; la plupart des richesses se concentrant dans les mains de quelques richissimes seigneurs, évêques et bourgeois régnant sur les terres, les âmes et les routes commerciales. Ainsi pour comprendre ces disparités, il est nécessaire de remonter quelques siècles auparavant, lorsque la féodalité s’impose sur toute l’Eurysie occidentale.

En premier lieu la féodalité est une notion qui est à la fois vague et familière qui englobe plusieurs domaines ; société, économie, politique… Il convient donc de la définir. La féodalité est ici entendue comme un système politique qui organise la société strates pour répondre aux menaces qui pesaient sur les provinces au début des raids de peuplades en provenance du Nord et du Sud ; les Hommes du Nord (Vikings, même si leurs raids se concentraient plus généralement vers les villes portuaires du Royaume des Teys et des provinces Velsniennes d’Achosie, au sud les Sarrasins menaçaient les villes côtières et avaient réussi à prendre quelques cités près de Saint Jean de Luz. Aux menaces extérieures s’ajoutait l’instabilité politique ; le pouvoir monarchique s’effrite suite au partage des terres du Royaume et des interminables guerres de réunifications ; le paysan était donc menacé par les razzias et pillages tandis qu’il devait aussi craindre que la guerre entre rois rivaux ne s’installe sur ses terres, sans compter les impôts réclamés pour le financement des campagnes et l’entretien des armées sur place. Ainsi, face à l’effondrement du pouvoir politique et la multitude de prétendants pour réunifier la Couronne, les dynasties aristocratique se formèrent, ou pour être plus exact, se renforcèrent. Et ce seront ces dernières qui profiteront le plus de la vacance du pouvoir pour régner sur de vastes domaines.

En effet, ces dernières étaient des proches des premiers monarques qui établirent le Royaume d’Antranie, vaste ensemble qui allait du sud de l’Antérinie actuelle jusqu’au extrémités Grammarflüsstein en y comptant une part de la Youslèvie, du Faustinans et de Messalie (ce sera d’ailleurs ce que certains appellent le « Monde Antérinien »). Ces dernières avaient directement participé à la formation du Royaume et avaient l’entière confiance des quelques monarques qui se succédèrent sur le Trône d’Antranie ; ils devinrent donc des Comtes ; des hommes qui administrèrent les terres en obéissant aux capitulaires royales et en étant constamment surveillés par des hommes de confiance des monarques. Seulement, avec l’effondrement du pouvoir royal, les Comtes purent réclamer plusieurs garanties d’autonomie ; le droit d’agir seuls pour la défense de leurs provinces, la pleine autorité sur la justice de province, le droit de battre monnaie… Séries de capitulation du pouvoir royal qui menèrent à l’hérédité des titres de Comtes ; même si cette capitulaire, ultime aveu de l’échec du pouvoir central, ne faisait qu’entériner un état de fait. Ainsi ces grands princes, unis par des liens dynastiques et politiques forts, constamment en rivalité, étaient de véritables monarques régnant sur leurs domaines qui s’étendaient dorénavant sur plusieurs États. Ces dernières formèrent donc le haut de l’aristocratie ; ils étaient les comtes et les ducs qui avaient le pouvoir d’élire leurs rois et de destituer ces derniers s’ils tentaient de recentraliser le pouvoir. Il est aussi important de rappeler, que face à un arbitre faible, une situation de guerre perpétuelle s’établissait ; les grands cherchant tant bien que mal à réunifier à leur avantage les différents royaumes nés des partages entre les princes d’une famille royale en pleine déchéance. Seulement, ces dernières ne représentent que le haut du panier ; la masse de l’aristocratie se compose de cavaliers anoblis possédant des terres suite à un vasselage ou les ayant reçus en récompense. Cavaliers devenus chevaliers qui formèrent à partir de là un sous-ensemble au sein de l’aristocratie ; petits possédants pour la plupart appauvris par la division de leurs domaines entre les différents enfants ; et qui pourtant sont obligés de mener un train de vie à un coût plus élevé. Ils étaient les obligés des grands ; dépendant de leurs terres et leur devant fidélité, conseil et soutien armé. Ce ban et l’arrière ban de ces vassaux désargentés formaient une véritable caste guerrière qui était la principale composante des armées durant les batailles médiévales tout en administrant au nom des grands leurs terres et exerçant le pouvoir (potenta, à distinguer de l’autocrita, ou autorité) sur les serfs et vilains sous sa juridiction.

Ces derniers formaient la masse, le gros de la population. Il étaient les travailleurs les plus exposés aux mauvaises récoltes car ils en étaient les plus dépendants. Ces « laboratore » étaient condamné à devenir ce que l’on nommera plus tard le « Tiers d’État » ; c’est à dire la base de l’économie médiévale ; ceux qui feront fonctionner le système économique médiéval, pas si éloigné de celui de la Renaissance. Ce tiers-d’état est divisé en trois groupes distincts ; les Bourgeois, ceux qui vivent dans les Bourgs, les hommes libres, qui peuvent donc pleinement exercer, autant qu’il est possible, leurs droits et prendre une part active dans les institutions villageoises. Et enfin, les serfs, esclaves qui ne disent pas leurs noms et qui ne sont pas attachés à une personne, un maître, mais à une terre. Ces derniers sont voués à être exploités et restent dépendant de l’accord du seigneur pour tout les évènements rythmant la vie médiévale ; l’héritage, le mariage et l’achat de certains biens, notamment immobiliers. La condition servile était héréditaire et la liberté pouvait être rachetée au seigneur. Le servage est assez proche de l’esclavage, antique surtout. Le chaînon à l’origine de lignées serviles, le sont souvent pour plusieurs raisons ; ils se sont soumis au seigneur pour quémander sa protection et exploiter ses terres ; ils étaient bien trop endettés et durent vendre leur liberté pour se défaire de leurs créanciers (comme dans le droit rhêmien), ils s’inclinaient aussi dans l’espoir d’une vie plus clémente… Dans un mariage entre un serf et un homme libre, la condition de la mère prévaudra toujours sur celle du mari, surtout quant elle enfantera, il va sans dire que pour se marier avec un étranger à la seigneurie, le serf doit payer une lourde taxe à son seigneur.

En revanche, les hommes libres avaient réussi racheter leur liberté et pouvait donc se marier librement, hériter, et enfanter sans contraintes administratives ; si ce n’est qu’ils étaient tout aussi dépendants que les serfs pour le travail de la terre, terre qu’ils louaient au seigneur en échange d’une certaine parts de leurs récoltes et parfois même d’impôts pécuniaires. À ce titre là nous devrions cités les taxes sur les fours, les moulins et la location, dans certaines baronnies, du matériel agricole. Même si l’homme libre était en théorie indépendant de son seigneur, il lui devait quand même une assistance dans la guerre qui se manifestait par un service militaire de quelques jours ; service bien contraignant qui éloignait le paysan de la terre durant la période des moissons ou du labourage ; périodes clées dans la culture. Ce service pouvait être éludé si l’on envoyait quelqu’un à sa place, ou si l’on payait un impôt particulier, en monnaie. On pouvait aussi échanger ce dernier contre des corvées, moins contraignantes. Par ailleurs, ce système là de corvées fut bien vite préféré au service militaire ; inefficace et contre-productif ; d’une part car des paysans en armes ne valent pas les chevaliers, et d’autre part car ils étaient démotivés à l’idée de se battre alors que leurs champs nécessitaient à tout prix de la main d’œuvre. Ces hommes libres étaient donc tout aussi dépendants du climat que les serfs, et dans une région soumise aux famines ; en atteste les « Grandas faminas » qui rythmèrent le XIVe siècle et qui accompagnèrent les multiples pestes, accroissant ainsi la mainmise des seigneurs sur leurs baronnies et permettant de précariser encore la plus la société paysanne. Abusant notamment des anciennes coutumes ; ces « marridas » (ou mauvaises coutumes) dans le sud du pays, qui permettait de renforcer le servage et l’exploitation des faibles sans craindre de réactions de la part du pouvoir royal. Néanmoins, ces marridas se limitaient généralement aux campagnes et n’avaient que peu d’effets dans les grandes villes.

Ces dernières, justement, étaient l’apanage de la bourgeoisie d’affaires. Si au début de la période médiévale les cités étaient avant tout dominées par des évêques, la cession de plusieurs privilèges par la noblesse à la bourgeoisie commerciale et l’essor économique de cette dernière ont vite permis l’émergence d’une puissante bourgeoisie urbaine ; avant tout riche et dominatrice. Alors que le contrôle des grandes villes était le terrain d’une ardente rivalité entre les Oratore et les Bellatore, notamment dans la limitation des prérogatives des évêques. À ce duo là ; en constante rivalité s’y ajoute la Bourgeoisie, désireuse de s’affirmer dans la vie politique des cités après avoir maîtrisé la vie économique ; la bataille oppose dorénavant trois forces ; la Noblesse, le Clergé et la Bourgeoisie. Cette dernière jouira du soutien des masses contre ses grands rivaux ; et dans les villes dominées par les seigneurs, la Bourgeoisie gagne son autonomie politique ; la cité n’est plus un fief mais un territoire à part entière qu’il convient de ne pas négliger ; en atteste les statuts spéciaux accordés à ces dernières par les comtes, les ducs puis les rois ; les titres de « Bonas vilas » ou Bonnes villes garantissant l’autonomie politique de ces dernières en échange d’impôts et d’une fidélité sans failles. Car la bourgeoisie est l’une des classes les plus paradoxales de ce siècle ; pilier essentiel de l’économie, force politique en devenir, qui était pourtant exclue de l’ordre politique de l’époque. Ce qu’elles désiraient plus que tout ; dominatrices et pourtant soumises dans la hiérarchie aux deux ordres dominant la société. Néanmoins, si dans les campagnes et dans les cours elle n’est persona non grata, dans les villes elle règne en maîtresse incontestée ; l’autonomie que les seigneurs laïcs lui ont offerts lui permirent de réclamer les mêmes garanties au clergé ; les Curies citadines, initialement dominées par les chanoines et les prêtres étaient dorénavant remplacés par les Conseils Communaux, régentés par la bourgeoisie d’affaires. Véritable révolution non sans impacts sur les évènements qui se produiront à la fin du XVe siècle. Symbole de la prédominance bourgeoise dans les cités, le marché était devenu le centre névralgique de villes qui pouvaient parfois accueillir plusieurs dizaines de milliers d’habitants, remplaçant ainsi l’église et la cathédrale.

Seulement, si la bourgeoisie était devenue la reine des villes, elle ne représentait pas un ensemble uniforme et compact ; nous pouvons distinguer trois types de bourgeoisies ; au bas de l’échelle sociale se trouvaient les « gus » (gueux), paysans pauvres fuyant les campagnes pour les villes, souvent mendiants, parfois bandits et généralement travailleurs journaliers accomplissant les travaux ingrats. Ces derniers ne jouissaient pas d’accréditations des corporations et ne pouvaient donc exercer de métiers rémunérateurs. Ils étaient les plus précaires et dépendants de l’aide de l’Église pour survivre en cas de disettes. Plus haut on retrouvait les artisans aisés ; ceux qui travaillaient dans des corporations et qui possédaient leurs ateliers avec leurs apprentis ; ces « corporacions » (à Saint Jean de Luz) étaient les principales industries du pays, c’était elles qui comblaient les demandes en outillages et en ouvriers spécialisés engagés sur les chantiers. Ces ateliers renommés étaient héréditaires et les apprentis qui y étaient intégrés pouvaient espérer créer leurs propres ateliers. Il est important de noter que ces corporations, surtout à Saint-Jean de Luz, se montraient particulièrement protectionnistes et cherchaient à s’imposer dans les Conseils communaux. Les corporations étaient des acteurs de premier plans en rivalité avec la bourgeoisie d’affaire, l’oligarchie urbaine. Cette dernière, enrichie dans le commerce de luxe, notamment de draperies et d’étoffes précieuses, en permanent contact avec les cités de l’Empire rhêmien et des marchands fortunéens, formaient le haut du panier citadin ; à la fois hégémon économique et hégémon politique. Fervente partisane du libre-échange, elle monopolisait les conseils communaux et s’opposait en tout points à la bourgeoisie artisanale. Ces deux groupes rivaux formèrent dès lors deux factions politiques opposées ; les Hèishs pour la bourgeoisie d’affaire et les Sindicats pour celle des corporations. Si cet antagonisme était commun à toute l’Antérinie, il était d’autant plus fort que le Comté de Saint-Jean-de-Luz était un port marchand qui faisait reposer une partie de son économie sur le commerce leucytaléen et sur la production, textile notamment, amenant une véritable concurrence entre les deux groupes.

Néanmoins, la noblesse antérinienne et luzoise entrait en concurrence avec la haute bourgeoisie d’affaires ; cette dernière, dans l’optique d’imiter les Grands, se faire accepter par eux, racheta plusieurs domaines à de petits hobereaux désargentés qui ne peuvent plus financer leurs trains de vie qui se doit d’être onéreux. Ces derniers, sans fiefs, sans sujets directs, devenaient la frange la plus pauvre de la noblesse ; obligée de quémander et de chercher de puissants protecteurs parmi les Grands seigneurs. Les premiers s’enfoncèrent dans la précarité, humiliés et pourtant incapables de travailler, leurs statuts de noble les en empêchant, se soumettant encore plus à leurs protecteurs. Pire encore, cette noblesse, face à l’arrêt de l’expansion des grands domaines féodaux, tels que le Comté de Saint-Jean-de-Luz, ou le Duché des Marches, perdait sa raison d’être. Initialement vue comme une classe guerrière, elle s’est vite muée en une caste de propriétaires terriens en tout genre, et dans l’économie médiévale, le pouvoir se quantifiait en nombre d’hectares et de champs possédés. Seulement, si la possession de terres et le combat caractérisaient l’aristocratie ; et on ne s’improvisait pas noble. D’un groupe social, les Barons étaient devenus une caste ; une classe, un « club » privé où la « Puretat aristocratica » (pureté aristocratique) primait sur la richesse. Être noble ne signifiait pas être propriétaire, mais faire partie de la militia nobilia ; ces cavaliers maîtres des champs de bataille. Néanmoins, avec la montée en puissance de véritables structures centralisatrices, les guerres privées et la création d’une armée dépendant directement du pouvoir royal font perdre toutes significations à la noblesse et cette est « infiltrée » par une bourgeoisie commerciale s’anoblissant grâce à des « Capitulars » (ou capitulaires dans l’Antérinie francophone) royales ; en remerciement de leurs services dans la haute administration, économique et politique. Cette noblesse ; particulièrement influente dans le Sud, entre en confrontation directe avec la noblesse traditionnelle, ou « per soca », dite de « souche » et ces dernières s’opposent régulièrement dans les Conseils du Roi ou les Crambas Comtaus.

Enfin, l’Église, puissance non négligeable s’installe en Antérinie comme une force politique majeure ; ses ordres de moines-soldats rentrent d’Orient et deviennent de véritables banques pour les grandes seigneuries. La répression des mouvances hérétiques et sectaires ; Cathares et flagellants qui émergèrent au XIIe siècle puis au XIIIe et XIVe siècle face à la détérioration des rapports sociaux et sanitaires qui accompagnèrent la dégénérescence de la féodalité. À la fois institution toute puissante et gardienne des mœurs. C’est elle qui quadrille le territoire par sa dizaine d’évêchés répartis entre Saint-Jean-de-Luz et les Marches, ces derniers, à l’instar des villes sont des points clefs du pouvoir qu’il faut à tout prix contrôler ; les revenus ecclésiastiques étant en partie distribués à la Couronne lors de « contributions exceptionnelles » qui pouvait parfois s’étaler sur une dizaine d’années consécutives. Ainsi le rôle de l’Église médiévale n’était pas uniquement spirituel, elle cumulait un certain pouvoir (potentas) à son autorité (autocritas) morale ; dans certains domaines eurysiens, le pouvoir politique était même intégralement possédé par le Clergé ; dès lors l’aristocratie est remplacée par « cléricratie » en faisant ainsi de véritables théocraties ; la Loi de Dieu s’appliquant dès lors à l’instar de certains régimes islamiques (Califats) en Afarée et au Nazum. Ces régimes là étaient communs au sein des petits États germaniques d’Eurysie centrale et de Kaulthie. En Antérinie, le pouvoir était partagé ; les Oratore faisant partie du collège électoral de la Pairie qui élisait les Monarques antériniens avec les grands seigneurs ; le Clergé et la Monarchie travaillait généralement ensemble et les intérêts cléricaux s’alignaient bien souvent sur ceux des Princes ; et s’opposait à l’hégémonie naissante de la Noblesse. L’ennemi de mon ennemi est mon ami disait l’adage du célébrissime Chânakya, le jeu politique ternaire médiéval semble conforter ; « Divide ut regnes » qui profite au pouvoir royal qui peut ainsi être légitimer par le sacrement et le soutien de la Papauté. Permettant ainsi de jouer le prêtre contre le noble ; et le noble contre le prêtre à cause de certains litiges qui existent entre princes ecclésiastiques et laïques, à la fois sur le partage des impôts, des terres conquises et de la nomination des évêques et des princes. Cette dernière possédait environ 30 % des domaines, et représentait presque 20 % du budget paysan ; la dîme et les divers impôts cléricaux s’y ajoutant aux prélèvements en nature.


Echevins du Sud.

II)
Du fonctionnement politique et institutionnel du Monde Antérinien à la gestion des tensions sociales par le Comte de Saint Jean de Luz.

Si dans la précédente partie nous avions évoqué l’organisation sociale du Monde Antérinien, c’est à dire comme une société féodale organisée en ordres distincts et rivaux ; le Clergé contre la Noblesse, la Bourgeoisie contre la Noblesse et la Bourgeoisie contre la Bourgeoisie… Nous avons néanmoins omis de rappeler le fonctionnement institutionnel de ce microcosme politique aux coutumes et aux mœurs radicalement différentes ; si dans l’Est les institutions étaient « barbares et paganisées », au Sud-Ouest, il existait une véritable « chose publique politique » (Res publica politica)… Mais nous nous égarons, nous prenons cette présentation à l’envers ; loin d’être un conglomérat d’institutions variées à l’extrême qui peuvent aller d’une oligarchie marchande au Sud à une aristocratie tyrannique au nord ; il est nécessaire de prendre en compte un point essentiel ; ces dizaines d’entités ; ces milliers de fiefs et de d’arrières vassaux ; cette multitude de lois et de pouvoirs ne sont pas hérmétiques les uns des autres ; d’ensembles imperméables étant nés tout seuls et du néant. Ou du moins qui se sont vaguement inspirés des législations et des mœurs des peuples conquérants… Au contraire, toutes ces coutumes ; celles de Luz et d’Antrania conservent des similitudes pour ne pas dire des points communs. Ces dernières, reposent sur un même ensemble de non-dits, d’une jurisprudence implicite née avec la féodalité ; un vassaux du nord ou du sud reste un vassaux et doit obéissance à son seigneur lige. Un serf, ne peut s’échapper de son domaine maître sans risquer la potence, et ce où qu’il soit. Le roi et ses ducs restent au sommet de la pyramide vassalique. En clair, des constantes existent et les affinités, voire même les interconnections entre systèmes sont extrêmement troublantes.

Afin d’en faciliter la lecture, il est tout de même nécessaire de préciser comment nous allons évoquer les structures institutionnelles du Royaume en ordre crescendo en terme d’importance ; de la structure la plus localisée et diverse ; comme la justice seigneuriale et les institutions villageoises, à la plus cadrée et nationale ; comme les prérogatives du Roi et de ses grands vassaux ; la justice, le Ban et l’arrière Ban ; en claire tout ce qui participe à organiser les relations entre Monarques, seigneurs et sujets. Cette approche permettra notamment d’identifier les rivalités entre groupes sociaux au travers de l’influence qu’il exerçaient dans les institutions médiévales ; que ce soit les villes dominées par une bourgeoisie divisée, les campagnes, maîtrisées par les seigneurs en rivalité constante avec le pouvoir royal… Ou la cour entre l’opposition systématique des Luzains vis à vis des Marchois… Pour ce faire, nous aborderons ces institutions dans un ordre précis ; du village à la ville et de la ville à la seigneurie et de la seigneurie à la cour ; d’une structure politique variant en fonction des régions et des privilèges à la structure organisant le modèle politique du Monde Antérinien. Par ailleurs, il convient aussi de définir ce que l’on entends par  « institutions » ; ça ne reflète pas le pouvoir politique ou législatif, possédé avant tout par la noblesse, le clergé ou la bourgeoisie (dans les villes du moins) mais la justice ; qu’elle soit collective, avec les assemblées villageoises du Luzain, religieuse, avec certains tribunaux inquisitoriaux ou aristocratique. Quand nous entendons justice, nous ne la limitons pas uniquement au terme moderne, c’est à dire juger quelqu’un pour un crime, mais dans un sens plus large. Cela prends aussi en compte le consentement à l’impôt des masses (les Parlements d’Etats en sont un bon exemple), la résolution de litiges territoriaux et dynastiques ainsi que les sanctions pour les « félons », c’est à dire ceux qui brisent leurs engagements vassaliques. Toutes ces institutions seront donc abordées, évidemment, face au manque de sources écrites, il se peut que nos analyses soient inexactes et que plusieurs points restent lacunaires ; notamment au niveau des institutions villageoises, où afin de rendre ce travail lisible et digeste nous ne citerons que les principales tendances et nous éviterons de nous abandonner sur des sujets trop contextuels qui pourraient nuire à la compréhension de la période et de ses mécanismes généraux.

Au niveau local, il n’y existe pas vraiment de législation unifiée sur le rôle des institutions villageoises ; les variations sont telles que certains historiens renoncent même à évoquer le principe d’« institutions villageoises » ; à la fois car on ne peut voir de constantes, mais aussi car le rôle des seigneurs locaux dans ces institutions peut être vu comme fluctuant en fonction des régions, des crises (épidémies, révoltes, famines…). Pour Hervé Magard « on ne peut évoquer une société villageoise unifiée fonctionnant sous un système juridique ayant des similitudes dans tout le Monde Antérinien, car justement ces similitudes, ou a minima ces ressemblances, sont nulles. Les extrêmes se rapprochent mais ne s’assemblent pas ; dans le sud, le rôle du seigneur s’efface au profit des notables des grands bourgs, dans le nord, c’est tout le contraire, et au centre c’est les agents du Roi qui font régner l’ordre en son nom. Aucun droit ne s’étends à l’échelle nationale ; chaque province conerve ses spécificités juridiques propres ; dans le nord c’est la coutume germanique, dans le sud, c’est le droit écrit et dans le centre, c’est la Lex Regis. Dès lors, à partir du moment où les crimes et délits ne sont pas les mêmes dans les Marches ou à Saint Jean de Luz, il est impossible de considérer alors qu’il existe des « institutions villageoises » uniformes, mais plutôt des types de justices locales variant en fonction des rapports de force entre classes et de la puissance de l’aristocratie et du clergé, expliquant ainsi les immenses écarts entre Saint-Jean de Luz et les Marches. ». Seulement nous pouvons néanmoins citer deux constantes ; les tribunaux villageois, chargés de juger les hommes libres ayant commis des crimes contre d’autres hommes libres et enfin il y a les Assemblées villageoises en charge de proposer des projets au seigneur, de négocier le prix des services appartenant (notamment les moulins et les fours) au baron ainsi que la location des terres lui appartenant. D’autre part, dans ces « institutions » il existe des lignes rouges qui empêchent, ou du moins sont censées empêchés, les abus seigneuriaux ; et garantir aux hommes libres le droit de se défendre des taxes trop lourdes qui les empêcheraient de subsister, néanmoins, avec la popularisation du servage et la dépendance de plus en plus accrue de la population « libre » vis à vis de ses protecteurs armés et spirituels.

Dans le sud par exemple, les charges sont plus légères que dans le nord, devrions-nous dire moins lourde plutot. D’une part car l’influence de la noblesse s’est petit à petit réduit à cause de la perte du monopole du combat qu’a amené la professionnalisation et la standardisation des armées, qui implique donc une perte de légitimité de la noblesse qui s’accompagne de plusieurs crises graves, comme la Grande Pestilence ( « La mort negra ») qui bouleversa les coûts de production qui obligea les seigneurs à céder plusieurs privilèges aux villages, sans compter les bastides qui naquirent tout au long du XIVe siècle lors du défrichage de plusieurs forêts qui octroyèrent des concessions (compromès) aux nouveaux arrivants. Chose qui stimula l’activité économique tout en forçant l’aristocratie à alléger leurs charges sur les paysans, afin d’éviter de les voir quitter leurs villages, et donc perdre une source de revenus d’importance. D’autre part, la peste a poussé à reconsidérer les conditions de travail et la préciosité d’une main d’oeuvre auparavant nombreuse qui se fait rare à la suite des épidémies, qui décimèrent environ un quart de la population rurale, et la moitié de la population urbaine, Saint-Jean-de-Luz ayant été l’une des villes les plus touchées du royaume. Expliquant ainsi pourquoi les Assemblées villageoises pouvaient exercer une pression bien plus lourde sur les seigneurs que dans le nord ; à titre d’exemple, le cas de Saint-Louis-des-Près, au centre du Comté de Saint-Jean-de-Luz a réussi à faire baisser les impôts seigneuriaux et le seigneur a du lui reconnaître une autonomie élargie dans la gestion de ressources cruciales, comme le bois. La justice seigneuriale était plus contrôlée dans le sud, par ailleurs ; et la peine de mort n’était pas si courante ; la plupart du temps, les humiliations et les amendes étaient la base de la répression des crimes ; la plupart du temps, seuls les hérétiques et les félons étaient condamnés à la peine capitale. Il était plus coûteux d’exécuter un paysans que de l’assommer de corvées et d’amendes, surtout à une époque où la main d’œuvre se faisait rare et que le pouvoir politique cherche à contrôler de plus en plus ses vassaux directs, notamment dans le Centre, où le pouvoir royal brisait les condamnations à la peine capitale si un Prévôt n’assistait pas au rendement du verdict.

Dans le nord, en revanche, le pouvoir central avait tendance à s’effriter ; les ducs des Marches peinaient à retenir des barons soucieux de leurs privilèges et tenant encore sous leur coupe plusieurs milliers, même une dizaine de milliers de serfs, véritables meubles liés à des terres et dépendant en de nombreux domaines de l’accord de leurs seigneurs. Ces derniers, barons, comtes, vicomtes et chevaliers désargentés les maintenaient dans la servitude pour deux raisons principales ; la peste avait relativement épargné le Duché, rendant les coûts de production inférieurs car la main d’oeuvre était encore nombreuse et docile, ce qui n’était pas le cas dans le sud, par exemple. Mais aussi car dans l’imaginaire chevalier propre à la région ; un prince sans sujets n’est rien d’autre qu’un usurpateur, c’est pour cela que beaucoup de petits hobereaux avaient à leurs services quelques serfs . D’autant plus que les efforts initiés par Antrania pour réduire le nombre de serfs ; par exemple les ordonnances permettant à ces derniers de racheter leurs libertés en fonction d’une certaine somme d’argent (arrangement qui plaisait aux seigneurs qui pouvaient ainsi se renflouer lorsque les temps de paix et/ou de mauvaises récoltes étaient trop récurrents). Ainsi, les institutions villageoises, fortes dans le sud à cause de l’influence grandissante qu’exerce une bourgeoisie citadine puissante qui inspire même les Campagne, est faible dans le Nord ; les Marches sont avant tout un régime aristocratique qui fait de la féodalité, de la domination seigneuriale une base qui coupe court à toutes les tentatives faites pour tenter de réformer ce système à bout de souffle qui se fragilise régulièrement. La trop grande influence de l’aristocratie nobiliaire du nord exacerbe les tensions sociales dans tout le pays, la justice est devenu un jeu d’influence majeur entre les deux factions ; d’une part la noblesse cherche à conserver ce « privilegium » (le droit de faire justice sur ses terres sans avoir besoin de l’aval du prince) tandis que la bourgeoisie cherche à le gagner ; en atteste la formation de chambres de justice bourgeoises dans le Comté de Luz chargé de juger les litiges entre commerçants et parfois même de condamner les escrocs.

Mais en vérité, les seuls qui réussissent réellement à sortir leurs épingles du jeu sont les pouvoirs régaliens de la Monarchie. Cette dernière a formé tout au long du Moyen-Âge un système judiciaire qui visait à concurrencer celui de l’aristocratie et des villes ; l’objectif était de rappeler la suzeraineté de Sa Majesté sur ses terres au travers de l’exercice du pouvoir le plus basique ; la justice. Seulement, ce fut un travail de longue haleine ; un enchaînement d’édits qui au fur et à mesure de la montée en puissance de la monarchie avaient une vocation à êtres appliqués à l’échelle nationale, à devenir des lois appliquées partout et qui ne dépendaient plus de la Coutumas. Vastes ensembles législatifs qui servaient de véritable code juridique dans le Nord et dans le Sud ; les précédents devenaient des lois et ces lois avaient une aura et un prestige inégalé. Souvent compilées par des clercs, la Coutumas servaient tout autant le seigneur que les paysans ; les impôts seigneuriaux trouvaient des justifications dans des grimoires relatant la fiscalité du domaine tandis que les paysans pouvaient rappeler que des privilèges (notamment dans le Sud) leur avaient été octroyés et leur permettaient de ne pas avoir à faire des corvées… Dans le nord, si ce système avait un sens unique, si dans le sud il fonctionnait dans les deux directions, au centre il commençait à s’effacer devant la résurgence d’un droit écrit de plus en plus décidé à Antrania. Après des siècles d’absence, le droit rhêmien fait enfin son retour en Antérinie, préservé par les monastères et influencé par la philosophie médiévale (Saint-Augustin insistait sur le concept de justice et de « Bien Commun ») après tout, le célèbre philosophe n’avait-il pas écrit ; « qu’est-ce qu’un Royaume sans justice, si ce n’est du brigandage en grand ? » et cette phrase allait durablement marquer les esprits pour que le pouvoir royal établisse une justice nationale, basée sur des codes rhêmiens mais aussi sur des concepts chrétiens ; le droit restitutif connut ainsi un timide succès malgré la prédominance du droit répressif.

Ainsi, une justice hiérarchisée et soumise au droit apparaît ; là où les Seigneurs du nord règnent sans partage, là où les pouvoirs judiciaires sont partagés entre les princes du sud et les assemblées villageoises. À titre d’exemple ; alors qu’au début du XIIIe siècle, la justice royale était intégralement appliquée par le Prévôt, souvent abusif, placé généralement par un parent ou un ami influent et rarement justes. Dans la seconde moitié du XIIIe, ils étaient soumis à des baillis et des sénéchaux, eux-mêmes contrôlés par des envoyés du Roi et mutés régulièrement dans d’autres régions pour éviter les collisions d’intérêts et les trafics d’influence. Ainsi naquit un tout nouveau modèle, inspiré des Missi Dominici des débuts du siècle et d’un contrôle qui se veut de plus en plus strict des représentants de la Couronne. Ainsi, les Antranias apprirent des erreurs de leurs prédécesseurs ; les Comtes devaient bouger avec les Missi Domonici pour éviter les abus. Évidemment, ce système restait assez lacunaire ; les Baillis et les sénéchaux, initialement nés dans des familles roturières, formaient des dynasties de foctionnaires et de légistes se connaissant pour la plupart ; les de Saint-Arnaud-des-Champs en sont les exemples les plus frappants ; car ces finctionnaires là forment une nouvelle caste à part entière ; dans le sud ce sont des casteran, dans le nord ils restent assez marginaux, simples intendants des puissantes familles aristocratiques. Ces hommes là représentent la justice royale et montrent que petit à petit la centralisation devenait un fait ; la seconde moitié du XVe siècle verra naître un Royaume d’Antérinie unit, malgré des Marches de plus en plus autonomes s’affranchissant de l’autorité d’Antrania. D’autre part, ces fonctionnaires formaient une caste, une nouvelle noblesse ; celle du Roi et non plus celle des armes. Cette noblesse de « robe », bourgeoise, administrait donc la justice du Royaume et surtout du domaine royal, au nom et dans les intérêts du roi. Ces légistes formaient une nouvelle caste et une nouvelle noblesse pour deux raisons ; d’une part car elles formaient une véritable administration interconnectée et dynastiques ; chaque bailli connnaissait les autres baillis et d’autres légistes (souvent car leurs parents ont des contacts, mais aussi car ils ont fait leurs classes dans les mêmes écoles) mais ecore car ils parlaient le même langage, celui des juristes médiévaux ; du latin mélangé au français avec une syntaxe similaire et un argot particulièrement malaisé à comprendre lorsque l’on est pas initié à ce type de langages mêlant vernaculaire et latin.

D’autre part, l’émergence d’un tel système de justice n’est pas uniquement révélateur d’une montée en influence de la Bourgeoisie ; cette nouvelle noblesse de Robe ayant fait fortune au service de la Couronne en se chargeant, puis en exerçant un véritable monopole dessus, des charges administratives et économiques ; comme les Légistes, ennemis de la « Puretat aristocratica » ; de la noblesse traditionnelle. La naissance d’institutions judiciaires à l’échelle nationale marque aussi le début d’une progressive centralisation du pouvoir politique. Qui s’est, tout du long, opéré contre les intérêts de la noblesse d’épée ; en lui retirant imperceptiblement et progressivement ses privilèges ; comme le droit de justice sur ses vassaux et ses sujets. Après cette dépossession du monopole d’un pouvoir régalien, marqué par un idéal de justice universelle et véritablement juste ( « Un royaume sans justice est du brigandage en grand », Saint-Augustin) qu’incarnèrent certains monarques. D’autre part, à partir de la période médiéval nous assistons aussi à une institutionnalisation de la justice ; elle n’est plus rendue par des personnes, mais par des institutions ; c’est une dépersonnification du pouvoir judiciaire ; la création des Parlements jugeant au nom de textes législatifs reconnus par les États généraux du nord et les Crambas Comtaus du sud. Ces dernières, crées assez tôt devinrent très vite des institutions à part entière jouissant d’une relative indépendance ; au début chargées de se charger des cas de justice complexe (le vassal de mon vassal est-il mon vassal, et sinon me doit-il des rétributions pécuniaires) ou de la résolution de litige au plus haut sommet de l’État (dans la succession de comtés riches ou puissants…) elle dut très vite se spécialiser en deux chambres distinctes ; une Chambre de Justice, chargée de juger les affaires relevant d’infractions des lois du Royaume ou celle impliquant n’importe quel sujet de Sa Majesté qui demande à la justice royale de se saisir de son affaire. Puis une Chambre des Comptes qui devint un organe économique à part entière qui fixait les impôts avec les Parlements locaux et qui formait l’armature comptable du Royaume.

En effet, l’une des spécificités des Couronnes d’Antérinie est l’implication dans la vie politique de véritables Parlements, certes encore élus au suffrage censitaire masculin extrêmement réduit, mais qui essaient (dans leur esprit du moins) de pouvoir agir le plus possible dans le sens des différents ordres ; ainsi ces derniers votent l’impôt, établissent les Ordonnances Générales ayant vocation à s’appliquer dans tout le Royaume ; autrement dit ces Parlements avaient pour objectif d’établir le premier cadre institutionnel à l’échelle nationale qui dépassait la simple volonté des monarques. Ces derniers ont dus être reconnus par l’administration royale. Chose qui sera actée par la Rex Privilegium de 1235 ; suite à une révolte généralisée de ses barons, le Roi a du concéder plusieurs privilèges à ces derniers ; d’abord fiscaux, puis ensuite politiques. Puis, avec l’émergence de la bourgeoisie d’affaire au tournant du XIVe siècle et la naissance d’une nouvelle force politique dans les villes, des capitulaires entérinèrent la présence de cette dernière au sein de ces Assemblées. Par ailleurs, le clergé lui-même put aussi y siéger suite à l’intervention de la Papauté qui a rappelé que les Affaires temporelles ne sauraient échapper à l’influence du spirituel. Mais alors que dans la plupart des États ces assemblées étaient divisées en ordre ; l’Antérinie a adopté une politique « per vox » (par voix) faisant ainsi une grande place à l’initiative politique, et contribuant donc à forger une véritable classe politique qui se divise autour de débats enflammés, d’abord sur la fiscalité, ensuite sur la nature du pouvoir et enfin sur les questions sociales et religieuses. Cela ne l’empêche pas d’être souvent soumise à l’intervention de la Couronne dans les affaires fiscales, qui tentait de faire pression, avec plus ou moins de succès et qui a été obligé de créer des Parlements parallèles (Chambre d’Ordres) suppléant les États Généraux s’ils se perdent en débats ; ces Chambres sont au nombre de trois. Un Parlement par ordre. Ces dernières, sous influence de la Monarchie (notamment pour la Noblesse et le Clergé), seront vues comme les fondements de la « Monarchie organique » luttant contre l’Oligarchie au travers d’un agencement politique donnant à chaque ordre la possibilité de s’exprimer, limitant en théorie le pouvoir royal, alors que dans les faits, ce dernier joue sur l’opposition systématique entre l’Aristocratie, le Clergé et la Bourgeoisie pour empêcher le Parlement de promulguer des ordonnances allant à contresens des intérêts de la Monarchie.

D’un autre côté, parallèlement à la justice monarchique et locale (les villes avaient aussi des tribunaux indépendants, comme à Saint-Jean-de-Luz) s’est dévellopé tout au long du Moyen-Âge une justice ecclésiastique qui n’a fait que se renforcer avec l’émergence d’hérésies dans le Sud du Royaume ; et ce sous le regard bienveillant de la Monarchie. En effet, il faut saisir un point essentiel pour comprendre pourquoi la pouvoir royal a autorisé la création d’un État dans l’État comme l’Église antérinienne. Alors que dans d’autres royaumes une concurrence farouche existait entre les deux pouvoirs ; d’une part pour éviter que la Potentas et l’Autocritas ne soient cumulés par l’Église et qu’elle ne devienne une puissance politique en plus d’une puissance spirituelle qui nuirait à l’autonomie de la Monarchie ; cette période est d’ailleurs connu pour l’émergence de véritables théories politiques sur la nécessité d’un État indépendant de l’Église tout en ayant une relation cordiale avec le pouvoir spirituel. De cette manière là, il n’est pas surprenant de constater que l’autorité (autoritas) religieuse est détentrice d’une certaine puissance politique ; la potentas politicia. En effet, il est clair que l’Église avait la mainmise sur ses revenus ecclésiastiques ; même des « contributions » devaient être faites au pouvoir royal pour financer certaines de ses politiques, tandis que des tensions existaient sur la nomination des évêques ; même si ces dernières étaient bien moins fortes que la Querelle des Investitures qui bouleversa l’Eurysie au XIIIe et XIVe siècle. Par ailleurs, suite aux hérésies ayant été observées dans le sud du Royaume, notamment aux alentours de Saint-Jean-de-Luz, et aux risques de voir le Comté basculer dans une branche chrétienne divergente du Dogme catholique, comme l’hérésie « Luzoise » qui fut sévèrement réprimé dans la seconde moitié du XIIIe siècle connut un renouveau au XVe siècle, notamment suite à la résurgence des mouvements anti-catholiques qui émergèrent avec une réforme dite protestante teintée des idéaux des hérétiques luzois.

Ainsi, l’Église et l’État collaborèrent tout deux pour préserver l’unité religieuse du Royaume ; face aux « menaces » que représentaient les divisions spirituelles nées à la suite des hérésies et de la contestation du Dogme religieux (et donc de la posture du pouvoir royal vis à vis de l’Église, ce qui représentait une grave remise en cause de la légitimité d’un pouvoir qui repose avant tout sur le Clergé). De ce fait, le pouvoir royal qui cherche pourtant à centraliser les initiatives régaliennes redécouvertes au XIIIe siècle grâce à la philosophie rhêmienne, n’hésite à céder de sa « potentas » (sa puissance politique) au pouvoir religieux pour écraser les divergences spirituelles qui viennent mettre en péril tout un imaginaire qui forme les piliers de l’État antérinien, plus encore qui donne la légitimité au pouvoir politique pour qu’il se maintienne. En cédant une partie d’un pouvoir que la Monarchie cherche pourtant à centraliser, l’État conserve sa légitimité en donnant au Clergé toute la latitude nécessaire pour juger et réprimer, par le sang si nécessaire, les remises en question du Dogme. Car il faut comprendre que le pouvoir religieux est le seul ayant la légitimité morale de juger les hérétiques aux yeux d’une société médiévale qui priorise la légitimité d’un acteur au regard de la tradition et de son prestige plutot que de la force brute. Ainsi, plusieurs tribunaux spéciaux ecclésiastique ; que l’on nomme l’Inquisition furent établi et ces derniers forment une sorte de pouvoir rival au pouvoir royal et comtal dans le Sud du Royaume.

Ainsi, cette multitude de juridictions en dit long sur le modèle féodale ; le pouvoir central n’est pas la seule composante de la politique de cette époque ; c’en est acteur majeur qui entre en conflit avec les autorités aristocratiques dans les campagnes et avec les autorités urbaines dans les villes tandis que l’Église dispose d’une influence considérable. Toutes ces institutions et ces Ordres sont en permanente rivalité ; l’Église avec l’aristocratie et la bourgeoisie dans les villes et les campagnes, le pouvoir royal cherchant à se centraliser et à détenir l’intégralité de la potentas l’amenant à affronter une aristocratie guerrière soucieuse de sa force et de son influence, une bourgeoisie citadine attachée à des privilèges fiscaux obtenus de haute de lutte et une Eglise qui tient plus que tout à sa mainmise sur le ministère des âmes. À Saint-Jean de Luz, le Comte réussissait tant bien que mal à tenir la Couronne à distance, avait su comment apaiser les tendances centralisatrices d’un pouvoir religieux qui entendait profiter des hérésies dans le Sud du Royaume pour tirer son épingle du jeu et s’établir comme pouvoir séculier en plus d’être une puissance temporelle. Raymond X de Saint-Jean-de-Luz, éphémère successeur qui sera pris dans la rivalité teylo-youslève, ne saura maintenir les Ordres et les contenir dans leurs prérogatives.

Le Bon Comte Raymond IX de Saint Jean de Luz// Roi Castillan; enluminure.
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