Rps politiques.
Posté le : 06 fév. 2026 à 17:55:24
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Petites intrigues entre politiciens, histoire d'égayer les lecteurs, s'il y en a.
Posté le : 06 fév. 2026 à 18:09:44
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Et alors que le gradé raccrochait, le Premier Ministre du Scintillant ne put s’empêcher de taper du poing sur la table ; ces hommes l’irritaient plus que tout, avec leur vaine morale et leurs légalisme de façade ; tous des clowns obsédés par les normes et la justice ; des fois des interrogateurs expérimentés de l’armée kartienne, loduarienne ou raskenoise ne feraient pas de mal pour apprendre à ces gentes dames à se débarasser de leurs gants de velours pour un gantelet de fer. Et le voilà maintenant à attendre des informations stratégiques qui seraient dans tout les cas périmées depuis au moins deux ans… Des Bournos n’était pas un homme patient ; quand il exigeait des résultats c’étaient tout de suite, inutile de préciser que son caractère emporté, son impulsivité plus ou moins contrôlé et sa verve agressive lui ont valu une certaine popularité ; mais aussi des ennemis farouches, y compris au sein de son propre camps. Ses manières expéditives, pragmatiques et impitoyables, qui violaient parfois certaines lois mineures étaient siennes, et c’est pour cette raison qu’on l’avait élu. La fin justifiant les moyens, il réussit à atteindre ses objectifs, au Diable les procédures ! Au Diable les mandats ! Au Diable le droit ! Sa lutte contre la R.R.N.G.A, que dis-je sa croisade contre ces terroristes, faisaient de lui un homme de poigne qui lâcherait l’affaire qu’après avoir abattu tout les chefs, après avoir fait exécuté comme des chiens les combattants armée de cette branche de la Rache, et surtout lorsque ceux qui auront commis les crimes impardonnables qui traumatisèrent la société toute entière seront évicérés sans la moindre once de pitié. Ils n’ont pas assassiner des centaines de civils, ils ont humilié le gouverneur des Bournos, et c’est pour cette raison qu’il est prêt à tout pour les retrouver.
Le Premier Ministre est certes exigeant avec les autres, mais il est encore plus avec lui-même, il est intransigeant. Chacune de ses erreurs fait l’objet d’une méticuleuse auto-critique ; de cette manière il connaît ses défauts, mais il sait aussi les exploiter à son avantage. Il est vaniteux, il a confiance en lui. Il est impitoyable, il sait rester ferme face à ses adversaires, il est tenace et n’est pas un homme à abandonner un projet sur un coup de tête. Il est impulsif, il a confiance en son instinct et sait prendre des décisions rapidement. Certes il est colérique, certes il n’hésite pas à cogner du poing ou à proposer des solutions radicales aux problèmes qui se dressent devant lui, mais il sait néanmoins garder un certain sang froid devant ses interlocuteurs ; enfin du moins tant qu’ils ne le poussent pas hors de ses retranchements. Cet homme est semblable à un lion ; tyrannique mais fort, impitoyable avec sa meute et ses proies, en revanche il est redoutable ; et son impulsivité ou son agressivité sont des armes qu’il manie à la perfection. Les rachistes l’ont provoqué ; et bien soit la guerre est déclarée ; ils l’ont humilié devant la Confédération toute entière, et bien il les traquera jusqu’au dernier et poussera leurs chefs à s’incliner devant lui. Nul besoin du reste de l’Empire pour sa vendetta personnelle ; il veut seulement le soutien des scintillanais ; il veut leurs votes et leurs armes ; la guerre qu’il compte mener est une guerre entre lui, les Raches et la Nouvelle Antérinie ; le sentiment de revanche, de dégoût et de haine est tellement fort parmi ses concitoyens qu’il peut réclamer une mobilisation des réservistes dans des opérations anti-terroristes qui pourraient mobiliser s’il le souhaite dix milles réservistes et tout autant de professionnels ; il peut faire une guerre totale, brûler la forêt toute entière, raser des bidonvilles, écraser les campagnes pour les retrouver ; mais malheureusement ils ne sont plus là, ils sont partis écumer les mers du Golfe alguareno pour financer une guerre perdue d’avance. Dès lors, des Bournos ronge son frein, il attends désespérement, il est obligé de se concentrer sur des affaires secondaires ; l’émergence d’une économie tertiarisée dépendant majoritairement de la Finance.
Son mandat a fait du Scintillant la seconde place économique derrière Saint-Jean de Luz ; la Bourse a fait de ce modeste territoire l’un des plus riches de la Confédération, mais aussi un levier d’influence auprès de certains États corrompus ; les grandes fortunes hernandiennes ; ces Magnats de la banque, ces Tycoons des médias ou ces géants de l’industrie ses précipitent à la Nouvelle-Antrania pour cacher leurs millions des Rouges. Terrabilis fait du Grand Duché une plaque tournante du commerce ; la société finance des ports, des infrastructures, des opportunités pour le Scintillant. Sous le premier mandat de des Bournos, l’économie locale a connu une croissance endiablée ; une économie se renforçant chaque jour qui passe, profitant des millions injectés pour les réinvestir dans le dévelloment de domaines clefs, dans la création d’une fiscalité extrêmement avantageuse qui tient tout autant sur les fonds étrangers que sur les aides au dévellopement fournies par le reste de la Confédération. Dans cette valse des millions , Terrabilis a réussi à faire danser les meilleurs danseuses étoiles ; dans ce ballet où le cash rends plus agile que n’importe quelle série d’étirements ou d’entraînements, des Bournos a gagné. Il a gagné une place de choix ; celui de banquier du continent ; les énormes ressources financières du Grand Duché font de lui un acteur discret mais incontournable ; le Wanmiri a reçu des fonds débloqués par la Nouvelle-Antrania, Terrabili a contracté auprès des mastodontes des sociétés bancaires de cette agréable région ensoleillée du sud de l’Aleucie pour investir à Messalie. Cette victoire éclatante, couplée à l’activité diplomatique du Scintillant tends à en faire une pièce maîtresse mais pourtant silencieuse.
Des Bournos, malgré son exubérance laisse les conservateurs se charger des affaires extérieures ; eux loin de la théâtralité de leur allié, préfèrent laisser un morne calme guider leurs actions ; les négociations diplomatiques autour d’une table, les conférences interminables dans une obscure chancellerie, les nuits blanches à se perdre en offres et en contre-offres sont directement inspirées de la politique de Louis d’Antrania. Aux coups spectaculaires ils mettent en avant leurs costumes trois pièces impeccablement repassés. Aux piques incendiaires, ils opposent les discours de techniciens froids et impersonnels. Les grands gestes enflammés de des Bournos contrastent avec ces hommes de l’ombre préférant les intrigues d’antichambres aux explications entre hommes. Les conservateurs sont les hommes de main silencieux de la diplomatie scintillanaise, les accords avec Stérus, l’Aklatie, l’Etznabie sont leurs victoires ; et ces éminences grises sont les discrets ouvriers de la réussite de des Bournos. Petites mains invisibles qui façonnent non sas peine un axe régional qui a pour but de concurrencer les grandes alliances internationales de la région. D’abattre une fois pour toutes ce qui est vu comme un frein aux intérêts commerciaux scintillanais ; des zones commerciales qui prétendent à l’exclusivité et à l’autarcie entre nations locales, ou du moins c’est comme ça qu’ils voient la naissance d’un espace économique concurrent au Libre-Marché si bénéfique au Scintillant… Mais, lui comme toujours n’avait que faire de ces questions là ; des Bournos n’avait qu’un but ; l’économie et la diplomatie le servait tout autant que les armes ; Rachitas delenda est. Et s’il fallait pactiser avec les impérialistes en culotte courte de Kintan ou les traîtres de Misalamag il ferait pour détruire les Raches.
Et alors qu’il tapotait son bureau de bois de braise avec son stylo, il se perdit à contempler la Nouvelle-Antérinie, non pas la petite enclave, mais l’Empire qu’elle était ; l’Etznabie, une partie du Costasuenaleja, l’Hernandie et l’enclave de Kelin-Wustadt… Un bloc compact, immense, glorieux. Et en face, il voyait la minuscule enclave antérinienne ; il grattait son crâne dégarni, réfléchissait à l’enfer logistique qu’a dû être l’administration d’un tel domaine ; à la fois si riche et pauvre ; si vaste et si petit, si puissant et si incontrôlable… Tant de paradoxes, de contresens et d’incohérences le fascinait. En aplatissant ces derniers cheveux, pour tenter de donner l’impression qu’il lui en restait encore, il devait certainement s’amuser de l’ironie mordante qu’est la chute de l’Occidalie et de la Nouvelle Antérinie ; sans raches, sans mouvements indépendantistes assez forts, le pouvoir a quand même perdu ; faute du soutien des élites et du manque de garnisons locales… Quelle ironie, voir le fils se retourner contre le père… En se perdant dans sa contemplation, il essayait de reproduire les armoiries de la Nouvelle Antérinie gravée sur le bureau ; une immense sphère armillaire portant une caravelle affichant sur sa voilure la Croix… Voilà donc comment a fini un empire qui se voulait universel ; l’Histoire pouvait être bien sarcastique ; les grands tombent et leurs chutes sont souvent brutales et bruyantes. Les derniers Césars virent leur Empire s’écrouler inexorablement sous la poussée des barbares et de l’incompétence administrative, les détenteurs du Mandat Céleste finirent assassinés dans un caniveau, combien de Princes ou de Rois connurent une fin tragique ; empoisonnés dans des lupanars ou étouffés dans de sinistres cachots ; les temps passe et les empires s’écroulent comme des châteaux de cartes trop lourds balayés par le vent et l’Histoire. Qui, inexorable, avance, sans se soucier de savoir si les Grands et leurs Royaumes réussissent à tenir ce rythme effréné qu’est le progrès. Finalement, ce sera le retard, véritable tombeau des empires qui se chargera de faucher ce qu’il en reste.
Mais alors qu’il continuait à tapoter sur la table, un secrétaire, facilement reconnaissable à son costume à queue et à son plastron immaculé ainsi qu’à un collier aux armes du gouvernement, ouvrit en trombe la porte et laissa entrer un homme d’une quarantaine d’années, essoufflé, qui faillit presque s’avachir sur le sol en se prenant les pieds dans le tapis, heureusement qu’il put se rattraper sur un fauteuil de velours écarlate.
- « Mais faites donc attention enfin ! Que faites vous en politique si vous ne savez pas marcher sur vos deux pieds ! Bon… quoiqu’il en soit asseyez-vous, et faites attention à ne pas vous écraser par terre cette fois-ci… Et puis pourquoi vous pressez-vous donc ? Nous sommes à la Nouvelle-Antrania les affaires ne sont urgentes que quand notre verre de rhum sylvois n’est plus tiède ! Mais attendez un peu… » Il lâche son stylo et fixe le nouvel arrivant d’un regard profondément intense, comme s’il attendait lui les mystères de l’Univers… « C’est le terroriste des raches ? Le Général a réussi à la faire parler ? Il a balancé ses amis ? Mais parlez donc ! Votre silence m’effraie ! »
Son interlocuteur, reprenant son souffle, ne comprenait pas un traître mot à ce que venait de dire le Premier Ministre ; quel Général ? Quel terroriste ? Et son incompréhension se mua en frayeur lorsque le chef d’État commença à s’énerver et à le fixité avec une désagréable attention, que son regard bleu ne faisait que renforcer.
- « C’est le Götterland, Monsieur. » fit-il après avoir longuement expiré.
Des Bournos cligna plusieurs fois des yeux ; le Götterland ; que faisait donc ce pays d’Eurysie dans l’histoire… Enfin, du moins quel intérêt représentait-il pour lui ? Il avait pourtant été clair ; ce qu’il veut c’est les raches ; ce qu’il veut c’est uniquement les terroristes. Que des salafistes armés de kalachnikovs tirent sur des fusiliers marins n’est pas un problème ; tant que les rachistes ne participent pas à ces réjouissances, la Nouvelle Antérinie s’abstient d’intervenir.
- « Et donc ? » ajouta t’il simplement, incrédule.
- « C’est Son Excellence d’Antrania qui vous contacte ; il dit qu’il a une chose urgente à vous dire, et qu’il doit vous avoir au téléphone immédiatement. C’est urgent, il a besoin de vous et de votre avis sur la situation au Götterland, ou du moins dans ses colonies. »
- « Mais qu’il aille au Diable avec son Götterland, je n’ai pas que ça à faire que de me mêler de leurs affaires ! Et puis il se prends pour qui à me sonner comme un domestique ; je ne suis pas n’importe qui ; je suis le Premier Ministre de Sa Très Pieuse Majesté et lui c’est un ministre des Affaires étrangères ! Pour l’heure j’attends que le terroriste parle ! Donc dites à Son Excellence d’Antrania d’aller se faire brosser ; je n’ai pas que ça à faire que d’être pris pour son garçon de café ! Comment ose t’il ?! Et bien qu’attendez-vous ! Vous voulez peut-être que je vous tienne la main ; vous n’allez pas mourir en deux cent mètres de course à pied ! Allez-vous en pardi ! »
- « Hum, en fait, Excellence, c’est que si vous refusez de décrocher le combiné, ce sera Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, enfin devrions-nous dire le patron du groupe conservateur du Parlement qui pourrait prendre l’appel. Et semble t’il, c’est très important comme coup de fil. »
- « Et alors ?! Vous me prenez pour un abruti ? Vous croyez que je n’ai que ça à faire que de m’amuser à courir à l’impérialisme ? Je ne suis pas akaltien après tout. Et j’attends un appel bien plus important qui m’attends. Et puis vous êtes qui pour me menacer comme ça ; un secrétaire de seconde zone, non ? » Rajouta le Premier Ministre en reprenant son stylo tout en feignant de se plonger dans des dossiers importants.
- « Votre Excellence, je suis Jean-Noël Legris, l’un des rares membres du P.N.L qui est en charge de la diplomatie. Et qui cherche à tout prix à préserver les intérêts scintillanais sur ceux des autres États confédérés, seulement, comme vous pouvez le constater, les Conservateurs ont tendance à s’aligner sur l’U.P.C et les objectifs de Louis d’Antrania ; et vous n’avez aucun intérêt à laisser ces derniers gagner sur le terrain de la diplomatie. S’ils gagnent, nous passerons pour des pitres lors des prochaines élections, et nous n’avons pas intérêts à êtres vus comme ça d’ici les prochains mois… Ou sinon nous faisons une fleur aux Conservateurs et aux Autonomistes… Vous allez vous prendre un retour de bâton dans les dents tout sauf agréable Monsieur. »
- « Vous n’êtes pas si stupide finalement… J’espère au moins qu’Antrania a des choses intéressantes à me dire ; sinon je commets un carnage lors du prochain sommet confédéral ; comme si je n’avais que ça à faire que de rappliquer quand on me sonne. Enfin bref, il a de la chance que je n’ai pas grands choses à faire ici… D’ailleurs, Monsieur Legris, vous avez une bonne maîtrise de la diplomatie ? »
- « Oui Excellence, j’ai finalisé plusieurs accords de défense avec la Fédération de Stérus et l’Akaltie. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on m’a rappelé d’Antrania, pour venir discuter avec la Madame la Présidente des Cités d’Akaltie d’ici les prochains jours, lors d’une rencontre à propos d’un accord culturel et sécuritaire, pour lutter contre les Raches je crois. »
Mais à peine avait-il fini sa phrase que le Premier Ministre s’était levé à toute vitesse et courait dans les couloirs à la recherche du combiné, avec Louis d’Atrania au bout du fil. Il allait vite, évitant avec habilité les employés du ministère qui vaquaient à leurs occupations habituelles avec une mollesse. Le Premier Ministre, comme toujours détonnait ; alors que tout la plupart des employés avaient enlevés leurs vestons et dénoués leurs cravates, que les secrétaires s’avachissaient sur leurs sièges et que certains discutaient posément autour de la machine à café, le Premier Ministre fonçait comme une flèche, au pas lourd et décidé. Ses quelques cheveux se soulevaient même sous la pression du vent, tandis qu’il n’y prêtait aucune attention. Pour l’heure toute sa concentration s’attardait sur ce manquement évident au protocole ; ce crime capital, cette infamie qui déshonorait l’État tout entier. Des Bournos murmurait ; « il va voir, pour qui il se prends celui-là ! ».
Dans son bureau, Legris échangeait un regard interrogateur avec le secrétaire ; il se demandait si Charles faisait tout le temps ça ; se précipiter pour un oui ou pour un non, s’enflammer pour un détail et s’offusquer pour un manquement au protocole. Tant d’acharnement, un patron comme ça devait-être épuisant… Le domestique, bienveillant ; lui répondit « Oh vous savez, malgré ses airs agités, il sait se montrer calme, et ce n’est qu’une façade ; un moyen d’impressionner tout en se ménageant une entrée spectaculaire qui lui permet d’en imposer. Mais sinon, il sait ce qu’il veut et il jauge comme ça ses ennemis. » avant de reprendre sa pose devant les portes du bureau. Le diplomate examinait avec attention la multitude de bibelots, de cartes et de stylos qui étaient entassés dans ce bureau aussi petit qu’un boudoir. Sur les côtés, un petit globe de chêne entrouvert où l’on voyait les bouchons de cristal des bouteilles poindre. Et pourtant, il restait assez confortable, des sièges étaient si bien disposées qu’elles donnaient l’impression que cet espace de travail était plus grand qu’il en avait l’air.
Cinq minutes plus tard, détendu, le Premier Ministre arriva dans son bureau et dit au diplomate ;
- « Félicitations Monsieur Legris, vous êtes chargés de rédiger un rapport évoquant les menaces que représentent les troubles dans les territoires d’Outre Mer Götterlandais, j’espère pour vous que vous avez du temps devant vous. »
- « Et pour quelle raison Excellence ? » répondit surpris le diplomate.
- « Car j’ai trouvé un intérêt de mettre un membre du P.N.L sur le dossier Götterlandais. »
- « Et pour ma rencontre avec les Akaltiens ? C’est un sujet brûlant… »
- « Patience ! Ils ne vont pas s’envoler… Et puis d’Antrania a dit qu’il aimerait s’en charger, alors qu’il se débrouille avec le Ministère des Affaires Etrangères… » conclut le Premier Ministre alors que Legris s’inclinait.