10/04/2019
08:44:39
Index du forum Continents Aleucie Reernia

Commonwealth Media

Voir fiche pays Voir sur la carte
4653
.

Le Commonwealth Public Broadcasting (CPB), plutôt connu sous son acronyme, est le principal ensemble de médias (télévision, radio et Internet) contrôlé et détenu par l'État. Il est financé par l'Assemblée nationale et supervisé par des membres nommés par le Conseil d'État. Il se présente comme un média « neutre », mais dans la pratique, il sert de relais au Solidarity Bloc et approuve les décisions du Conseil d'État. Média d'envergure nationale, il est toutefois considéré comme trop partial, ce qui explique pourquoi son audience est faible en dehors des zones dépendantes des informations étatiques.

.

The Commonwealth Herald est un ensemble de médias (journaux, informations numériques et chaîne d'information télévisée) détenus par Kenelm Suitor, surnommé le « premier des oligarques » du Commonwealth. Sa ligne éditoriale est ouvertement en faveur de la New Federalist Union, pro-marché et totalement antisyndicaliste. Il est la voix des nouvelles classes moyennes urbaines et des riches entrepreneurs de Port-Liberty. Il est très présent dans les centres urbains et à Port-Liberty. Ses lecteurs et lectrices sont très clairement élitistes et confortés dans leur choix d'accélérer la désyndicalisation du Commonwealth.

.

The Mountain Voice est un ensemble de médias (radio, bulletin d'informations imprimés et placardés, quelques émissions télévisuelles) détenus par le Synode évangélique du Commonwealth (CES) et sa branche politique, la Mountain Liberty Alliance. Sa ligne éditoriale est conservatrice et traditionaliste sur le plan social, ouvertement favorable à la souveraineté et à l'autogouvernement des districts, tout en vouant une haine viscérale à Port-Liberty. Il est dominant dans les districts de l'intérieur du pays, le « cœur rural » du Commonwealth, où il a quasiment un monopole de diffusion.


.

The Syndicate Tribune est un ensemble de médias (télévision, revues spécialisées, journaux) directement relié aux « Big Three ». (Consolidated Mineworkers Syndicate (CMS), Metalworkers & Fabricators Guild (MFG) et Commonwealth Energy Collective (CEC)). Sa ligne éditoriale est celle d'un syndicalisme orthodoxe qui défend les intérêts de la « vieille garde », glorifie les syndicats et les travailleurs industriels, et attaque les réformistes syndicaux, les écologistes et la NFU. Il est très présent dans les lieux de travail sous contrôle syndical et dans les villes sous leur influence, ce qui lui assure une certaine domination idéologique dans ces bastions.

.

Greenwire est un ensemble de médias (documentaires, radio pirate et Internet) détenus sous forme de coopérative par le Green Bloc. Ouvertement éco-syndicaliste, il dispose d'une ligne activiste et revendicative se concentrant sur les « zones sacrifiées », la corruption, le climat et les dégâts causés à l'environnement. Il a une influence culturelle très importante sur l'ensemble de la jeunesse urbaine et rurale, ainsi que sur les communautés qui se sont constituées dans les « zones sacrifiées ». Il s'agit d'un média de niche influent qui façonne le discours de toute la génération post-syndicaliste.

.

Le Port-Liberty Media Group (PLMG) est un ensemble de médias (télévision, radios, tabloïds ultra-commerciaux et sensationnalistes, ainsi qu'un réseau social). Sa ligne éditoriale est ouvertement techno-libertarienne, favorable à l'innovation et hostile à la « vieille garde ». Il s'agit du centre névralgique de la jeunesse connectée, adepte des nouvelles technologies et consommatrice. Les publicités diffusées se veulent apolitiques, mais dans les faits, elles vantent une grande prospérité et reflètent les valeurs d'une partie de la population tournée vers l'avenir et qui a enterré le passé syndicaliste.


Le paysage médiatique du Commonwealth reflète la situation politique du pays. On y observe des divisions selon les districts, les lignes politiques, ainsi que sur la scène pirate et underground. Cela témoigne de la disparition progressive de l'unité nationale. Les médias contrôlés par l'État représentent environ 15 % de l'audience nationale. Les médias privés, détenus par des oligarques, atteignent environ 30 % de l'audience. Les médias détenus par des syndicalistes orthodoxes en comptent environ 40 %. Les médias théocratiques et traditionalistes représentent environ 10 % de l'audience. Enfin, les médias pirates ou clandestins représentent les 5 % restants. L'information est présentée de manière éparpillée. Vivre à Port-Liberty, où l'accès aux médias passe par de nombreux divertissements ouverts sur le monde et reliés à la NFU, est très différent de la façon dont un père de famille s'informe en lisant la Syndicate Tribune ou en écoutant le CPB. De même, un citoyen vivant dans les districts de l'intérieur et écoutant la radio de l'AES et ses prêches a une expérience unique. Chaque personne perçoit donc la réalité différemment. Au sein du Commonwealth, il n'existe pas de véritable « quatrième pouvoir ». On y trouve plutôt des organes de propagande qui s'affrontent. Chacun de ces organes défend une idéologie, un district, un syndicat ou un oligarque spécifique. Il n'existe pas d'information publique unifiée au sens propre. Il existe plusieurs publics distincts, chacun enfermé dans sa propre bulle idéologique. Cela rend très difficile l'obtention d'un consensus national. De plus, chaque crise politique se transforme également en crise de représentation. La voix de l'État n'est qu'une voix parmi d'autres, et clairement pas la plus forte, ni la plus écoutée ni la plus appréciée.
15805
.

LE PIB DE PORT-LIBERTY AUGMENTE SPECTACULAIREMENT, CELUI DE L'INTERIEUR STAGNE :
LE COUT RÉEL DU PROTECTIONNISME SYNDICAL


.
De récentes études et données exclusives révèlent le fossé grandissant entre l'essor de Port-Liberty et le déclin de l'intérieur

Par James Broughton, journaliste et spécialiste des questions économiques

11 Décembre 2018 - PORT-LIBERTY | Les dernières données économiques en provenance du Bureau des statistiques du Commonwealth révèlent une tendance guère surprenante : la fracture entre la seule grande ville portuaire du Commonwealth et le reste du pays. Alors que les chiffres de l'économie de Port-Liberty montrent une croissance sans précédent de plus de 8,3 % au cours des dernières analyses financières, la plupart des districts industriels de l'intérieur continuent leur lente et pénible agonie, certains enregistrant des contractions économiques annuelles de l'ordre de 2 %. Ces chiffres illustrent clairement l'existence de deux pôles au sein d'un même territoire, et continuer à le nier serait illusoire. Le district autonome spécial de Port-Liberty affiche une croissance du PIB de 8,3 %, un taux de chômage stable d'environ 4 % et un salaire moyen de 48 700 satling HCU. Plus de 1 250 entreprises y ont ouvert leurs portes au cours de cette seule année. Comparons maintenant avec le district de Calvada, qui enregistre une croissance négative de - 1,8 % du PIB, un chômage autour de 30 % et un salaire moyen de 8 200 satling HCU, ou encore avec le district de Solstice Woods, qui affiche une croissance négative de - 0,5 %, un chômage autour de 17 % et un salaire moyen de 11 400 satling HCU. Le district de Cresvale affiche une croissance du PIB de 0,2 %, tout à fait négligeable, un chômage de 14 % et un salaire moyen de 13 100 satling HCU. Pour ces trois districts, on a dénombré moins d'une vingtaine de créations d'entreprises au cours de cette année. Les implications de ces chiffres sont stupéfiantes. Port-Liberty, qui concentre une part non négligeable de la population du Commonwealth, génère plus de 40 % du PIB national en HCU. La disparité du niveau de vie est devenue si importante qu'une concierge de Port-Liberty a désormais un pouvoir d'achat réel supérieur à celui d'un mineur spécialisé du CMS ayant plus de trente ans d'expérience.

LE MOTEUR DU BATEAU ET SON ANCRE

Comment en est-on arrivé là ? Selon les économistes de tous bords, la réponse se trouve dans la paralysie structurelle imposée par le secteur syndical de l'économie à l'intérieur du pays, paralysie à laquelle Port-Liberty, jouissant d'une autonomie unique et bénéfique, parvient à échapper en grande partie. « Les districts de l'intérieur sont étranglés par un système conçu pour une société qui n'existe plus », explique Myrtle Buck, professeure d'économie politique à l'université de Port-Liberty. « Les WOT sont des poids morts : ils ne peuvent pas mobiliser de capitaux, ne peuvent quasiment pas licencier leurs travailleurs, même pour incompétence, refusent de s'adapter à la réalité du marché et, plus que tout, ne veulent pas disparaître. Ce sont des zombies qui avancent péniblement grâce aux prêts du Fonds national de développement, et tout le monde sait qu'ils ne pourront jamais les rembourser. » Les chiffres vont dans ce sens. Depuis deux ans, le NDF a versé plus de 2,2 milliards de satling sous forme de prêts d'urgence à des WOT. Sur l'ensemble de ces fonds, moins de 15 % ont été remboursés pour le moment, et la plupart de ces remboursements sont le fruit de nouveaux prêts. La « bombe de la dette des WOT » représente environ 90 % du PIB annuel du Commonwealth en HCU, un chiffre qui inquiète au plus haut point et qui ne cesse de croître sans qu'aucune mesure ne soit prise. « Il faut le dire, le NDF n'est en rien un fonds de développement », poursuit Myrtle Buck. « C'est tout au plus un appareil de réanimation géant qui s'acharne sur un cadavre. Le moindre satling dépensé pour soutenir le Consolidated Mineworkers Syndicate ou la Metalworkers & Fabricators Guild est un satling qui n'est pas investi dans des projets vitaux, comme la rénovation des infrastructures, l'éducation ou de nouvelles industries qui pourraient offrir une perspective à la nouvelle génération. »

LA POIGNE DE FER DE LA CHAMBRE DES SYNDICATS

Économistes et politiciens de la New Federalist Union s'accordent à dire que le principal obstacle à toute réforme est la Chambre des syndicats, qui dispose d'un droit de veto constitutionnel sur toute législation économique. Contrôlée par les « Big Three » (CMS, MGF, CEC), la Chambre des syndicats a jusqu'ici bloqué de manière véhémente toutes les tentatives de réforme ou de restructuration des WOT, qu'il s'agisse de leur permettre de s'ouvrir à des investissements extérieurs ou de rationaliser le patchwork insensé des différentes règlementations des districts, qui empêchent toute possibilité de création de nouvelles entreprises. « La Chambre des syndicats ne défend en aucun cas les travailleurs », déclare à ce propos Ian Lowry, député et chef du groupe parlementaire de la New Federalist Union. « Elle défend une classe de bureaucrates corrompus qui se sont enrichis sur le dos de ceux qu'ils prétendent représenter. Chaque veto est une condamnation à mort pour une nouvelle mine, une autre entreprise sidérurgique, et pour la génération de jeunes travailleurs qui ne connaîtront jamais la dignité d'avoir un travail valorisant. » Pourtant, la New Federalist Union avait réussi une percée législative importante en proposant la loi sur la concurrence économique et la limitation du poids des syndicats, adoptée par l'Assemblée nationale l'an dernier avec 185 voix. Quarante-huit heures plus tard, la Chambre des syndicats a enterré le projet par un vote massif de rejet. Ce projet de loi aurait notamment privé la Chambre des syndicats de son droit d'abuser de son veto législatif, brisé la puissance des « Big Three » en les morcelant régionalement et interdit aux syndicats de posséder un monopole sur les retraites ouvrières. « L'Assemblée nationale représente le peuple et l'avenir », déclare Ian Lowry en haussant la voix. « La Chambre des syndicats représente un passé dont nous ne voulons plus. Malheureusement, ce passé continue de nous tenir en joue. »

DEUX MINEURS NOUS RACONTENT

Pour mieux comprendre le coût humain de cette folie, comparons la vie de deux hommes : Clement Blackburn, 47 ans, mineur de longue taille au CMS dans le WOT #7 à Coalhaven, et son fils Donald, 19 ans, qui a quitté les mines il y a six mois pour devenir apprenti mécanicien à Port-Liberty. Clement se lève chaque matin à 4 h 30 pour descendre dans une mine qui n'est plus rentable depuis cinq ans. Son salaire, payé en satling, une monnaie qui se déprécie fortement, équivaut à 8 200 HCU par an, soit moins que le seuil officiel de pauvreté à Port-Liberty. L'ensemble de ses aides sont gelées depuis dix-huit mois et ne pourront jamais augmenter. Son appartement, qui appartient à la coopérative immobilière du CMS, est délabré et le chauffage ne fonctionne presque pas. L'hiver dernier, sa femme a eu besoin de médicaments, et il a été contraint de s'approvisionner sur le marché noir. Son fils, Daniel, partage actuellement un appartement exigu, mais avec le confort moderne, avec trois autres jeunes travailleurs dans le quartier de West Narteark, à Port-Liberty. Son salaire d'apprenti mécanicien, intégralement payé en satling HCU, s'élève à 24 000 satling par an, soit quasiment le triple de celui de son père. Il dispose d'une assurance maladie via son employeur, a accès à des moyens de transport fiables et peu coûteux, et ressent pour la première fois de sa vie qu'il peut envisager l'avenir sereinement. « J'aime mon père, sincèrement », dit Donald d'une voix neutre lorsque nous nous sommes rencontrés dans un café pas loin de son appartement. « Mais retourner à Coalhaven ? Jamais il ne faudra compter sur moi. Il n'y a rien là-bas. Le CME possède et contrôle tout sans rien donner. Ici, je travaille certes dur, mais j'ai une perspective de carrière. Là-bas, qu'importe si vous travaillez dur comme mon père. Le système en place est fait pour vous maintenir à votre place. » Lorsque Clement prend connaissance des propos de son fils, il reste d'abord silencieux pendant un long moment. « Il a raison, le petit », lâche-t-il d'une petite voix. « C'est ça le pire, il a raison. J'ai consacré ma vie au CMS, comme mon père et mon grand-père avant moi. Lui a été gravement blessé pendant la guerre. Pourquoi au juste ? Pour que mon fils aille nettoyer des chiottes à Port-Liberty, qu'on lui mette dans le crâne que c'est ça, la réussite, et qu'il y croie ? » Il marque une légère pause, puis ajoute d'une voix basse : « Mais je ne lui en veux pas, à mon petit. J'en veux aux hommes et aux femmes de New Harmony qui nous demandent d'être patients pendant qu'ils concluent des accords politiques bidons avec ceux qui nous maintiennent dans cette situation et détruisent nos vies. »

ENTRE LE PARADOXE VERT ET LE CALME RELATIF DE LA PAC

Ironiquement, c'est le mouvement écologiste qui est devenu un allié inattendu de la New Federalist Union, même si leurs positions sont différentes. Le Green Bloc, qui détient sept sièges à la Chambre des syndicats et treize à l'Assemblée nationale, soutient depuis longtemps que le protectionnisme absurde de la vieille garde syndicale ne sert en rien les intérêts des travailleurs, mais qu'il permet de poursuivre une exploitation minière et extractiviste profondément catastrophique pour l'environnement. « Le CMS répète à ses membres que nous voulons leur prendre leur emploi », déclare Ella Graham, cheffe du Green Bloc. « La vérité, c'est que le CMS a déjà pris en otage leur avenir. Les terres sont empoisonnées, leur santé est fragile, et tout ce que cette politique leur laisse, c'est une nostalgie absurde et des dettes colossales. Nous voulons une transition concrète et juste, qui ne consiste pas à fermer les mines du jour au lendemain. Nous devons créer quelque chose de nouveau avant que l'ancien ne s'effondre. Mais le CMS ne le permettra pas ; il préfère que ses syndiqués meurent de faim ou de maladie chronique plutôt que de perdre son contrôle politique. » Elle poursuit : « La vieille garde est morte de peur. Elle a peur du changement, de la démocratie et d'un avenir qu'elle ne pourra pas contrôler. Sa peur tue les personnes qu'elle prétend vouloir protéger. »

Même l'Armée populaire du Commonwealth, qui se tient éloignée des débats économiques, a récemment exprimé sa profonde inquiétude. Lors de l'une des dernières réunions du Conseil d'État, le mois dernier, le chef d'état-major général, Zaccheus Morgan, aurait expliqué que les divergences économiques constituaient une véritable menace pour la sécurité nationale, d'après nos sources. « L'intérieur du pays n'est pas seulement pauvre », aurait-il déclaré.
« Plus le temps passe, plus il devient ingouvernable. La jeunesse désœuvrée, qui ne fuit pas en direction de Port-Liberty, est la cible de la propagande d'extrémistes. Les syndicalistes révolutionnaires et les terroristes sont une préoccupation, certes, mais le Democratic Labor Front se développe également. Ses militants et ses comités souterrains s'arment. Chaque mois sans réforme, sans espoir et sans solution, c'est un mois qui pousse davantage de personnes vers des solutions radicales et dangereuses pour la sécurité de l'État. » Selon les documents dont nous disposons, la solution proposée par la PAC serait une sorte de programme national de stabilisation et de modernisation économique, qui suspendrait le droit de veto de la Chambre des syndicats, du moins sur les « industries stratégiques », et imposerait une restructuration des WOT les plus endettés sous la supervision de la PAC. Ce plan n'a pas encore été communiqué au Conseil d'État. « La PAC ne veut pas gouverner », m'a confié un officier supérieur sous couvert d'anonymat. « Mais nous ne voulons pas non plus assister à l'effondrement de notre pays. Si les politiciens refusent d'agir, quelqu'un devra finir par le faire. »

CE QUE L'ON SAIT DEPUIS PORT-LIBERTY

À Port Liberty, la crise semble lointaine, presque abstraite. L'autonomie de la ville, son port animé et dynamique, ainsi que son développement économique et technologique ont créé un monde autonome qui se tourne de plus en plus vers les marchés mondiaux, et il faut le dire, vers n'importe quelle direction sauf vers l'intérieur du Commonwealth, en proie à des difficultés chroniques. « L'habitant moyen de Port-Liberty n'est jamais allé à Coalhaven et n'y mettra jamais les pieds », explique Ann McClemont, la puissante gouverneure du district autonome. « Ils n'ont jamais vu de zone sacrifiée. Ils ne connaissent personne qui travaille dans un WOT. Pour eux, l'intérieur du pays est un sujet d'actualité comme un autre, mais pas une réalité qu'ils partagent. C'est un problème, il faut le reconnaître. Comment construire une nation sur l'ignorance mutuelle ? C'est impossible. » Ann McClement a été critiquée par certains pour son approche pragmatique de la crise. Au début de l'année, elle a négocié un accord avec le gouvernement central qui permettrait à Port-Liberty de ne pas verser une partie de ses impôts fédéraux, en échange d'investissements directs, nombreux et ciblés, dans le reste du pays. Si la New Federalist Union a salué cet accord, la Mountain Liberty Alliance l'a dénoncé comme un pot-de-vin. « Je le répète, Port-Liberty ne peut pas prospérer si le reste du pays s'effondre », affirme Ann McClement. « Nous ne sommes pas un îlot au milieu de nulle part. Notre prospérité dépend de la stabilité du Commonwealth, des marchés intérieurs et internationaux, ainsi que d'un État fonctionnel. Mais on ne peut pas nous demander de subventionner constamment un système qui refuse toute réforme. Nous pouvons faire un pas, mais il faut également que le reste du pays change. La question est de savoir s'il acceptera le changement avec notre aide ou malgré elle. Nous croyons à une solution positive, il en va de l'avenir du Commonwealth après tout »

LA STAGNATION ET SON COÛT HUMAIN

La réalité humaine difficile à vivre est confirmée par les statistiques. À Beckinsdale, par exemple, le taux de suicide a augmenté de 40 % depuis 2015. À Coalhaven, les cliniques dirigées par le CMS ont rapporté qu'un enfant sur trois présentait des signes inquiétants de malnutrition dans certains quartiers. Dans certaines « zones sacrifiées » du district de Maravida, l'espérance de vie est tombée à environ 58 ans, ce qui constitue une véritable tragédie humaine. « La vieille garde, quand vous l'écoutez, ne cesse de parler de solidarité », nous explique le docteur Trevor Armstrong, médecin dans une clinique du CMS à Coalhaven, qui travaille dans les communautés minières depuis plus de trente ans maintenant. « Je vais vous dire à quoi ressemble cette solidarité ici. C'est un homme mourant, atteint d'une maladie pulmonaire chronique, qui n'a pas les moyens de payer ses médicaments et son traitement, car sa sécurité sociale a été réduite pour financer la nouvelle villa d'un de ses patrons du syndicat à New Harmony. C'est une jeune mère qui nourrit ses enfants avec de l'eau, du pain et de la purée, car la coopérative n'arrive pas à s'approvisionner en légumes frais depuis plusieurs mois. C'est un jeune homme qui préfère faire de la contrebande, quitte à risquer sa vie, plutôt que de passer un jour de plus dans une mine qui, de toute façon, va le tuer à petit feu. La propagande syndicale nous dit qu'il faut être solidaire, que la crise est la même pour tout le monde. Nous ne sommes pas dans le même bateau, ou alors l'un a des rames et l'autre est à moteur. »

LA VOIE A SUIVRE ?

Les économistes soulignent qu'une poignée de communautés de l'intérieur du pays sont parvenues à inverser cette tendance macabre. Des petites villes sont parvenues à attirer de nouvelles industries, à obtenir des investissements extérieurs ou à développer des modèles coopératifs innovants, indépendants de l'emprise de la vieille garde et de ses syndicats. Dans certaines régions du district de Greenlantis, où de nombreuses expérimentations d'agriculture biologique et durable ainsi que l'utilisation d'énergies renouvelables sont menées, une croissance modeste mais réelle a été observée. D'autres districts, non loin de Port-Liberty, ont réussi à rester stables dans leur développement en combinant industrie légère et nouveaux services. « Ce que toutes ces expérimentations ont en commun, c'est qu'elles sont parvenues à échapper à l'emprise des Big Three. Trop petites et insignifiantes pour avoir de l'importance, elles disposent de dirigeants locaux prêts à défier la hiérarchie syndicale. Ces expérimentations démontrent qu'il est possible pour les travailleurs d'innover, de s'adapter et de construire quelque chose de nouveau », explique Myrtle Buck. Néanmoins, ces réussites restent des exceptions. La plupart des districts intérieurs restent soumis à la même logique, bloqués par les mêmes forces qui empêchent tout développement : Le veto constitutionnel de la Chambre des syndicats, la corruption de leurs dirigeants, le poids étouffant de la dette des WOT, ainsi qu'une peur paralysante de tout changement qui s'empare d'une génération entière élevée dans une propagande paranoïaque et trahie constamment par ses dirigeants.

Le Commonwealth se trouve à la croisée de son histoire récente. La trajectoire actuelle mène inexorablement à un avenir scindé en deux : d'un côté, une nation prospère, ouverte sur le monde, de plus en plus déconnectée de l'autre, qui croule sous la pauvreté, l'isolement et la radicalisation interne. Le système politique et économique actuel, conçu comme un moyen de conciliation, est en réalité une impasse, incapable de choisir une voie claire à suivre. La New Federalist Union continue de réclamer l'abolition de la Chambre des syndicats. Le Syndicate Caucus continue de bloquer toute réforme. La Mountain Liberty Alliance observe depuis ses forteresses montagneuses, attendant probablement et patiemment l'effondrement qui justifiera sa vision d'une souveraineté intégrale des districts. Les écologistes réclament des transformations importantes, mais celles-ci semblent de plus en plus improbables. La PAC, qui attend en coulisse, fait office d'arbitre ultime et se place comme dernier garde-fou d'un système qui n'est plus capable de se gouverner lui-même. Demain, à Coalhaven, Clement Blackburn redescendra dans la mine. Son fils, à Port-Liberty, ira travailler dans l'atelier de mécanique de son père. Ils ne se parleront pas, car ils n'ont plus rien à se dire. « Les syndicats nous ont toujours dit que nous étions comme une grande famille », déclare Clement à la fin de notre entretien, sur un ton ironique. « Mais dans une vraie famille, lorsque l'un de ses membres meurt de faim, les autres partagent ce qu'ils ont. Dans cette soi-disant famille, les membres en parfaite santé construisent constamment des murs pour empêcher les plus mal lotis d'entrer. Quelle famille ! » Il rit, mais d'un rire amer. « Quelle révolution on nous a vendue ! »
19348
.

LE DERNIER SERMON DE L'ÉVÊQUE PYMER : « LE MALIN VIENT DE LA CÔTE ! »

.
Des milliers de personnes se sont rassemblées à la cathédrale de la Sainte Ascension de Redemption, pour écouter leur chef spirituel condamner avec virulence la « décadence » de Port-Liberty.

Par Phoebe Banner, correspondante chargée des affaires religieuses pour The Mountain Voice

20 Décembre 2018 - REDEMPTION | Les fidèles étaient très nombreux à commencer à se rassembler dès avant l'aube, arrivant à pied, à cheval ou dans de vieux camions rafistolés à force de nombreuses prières et d'ingéniosité, depuis les vallées et les vallons des divers districts montagneux. Au milieu de la matinée, la place et les abords de la cathédrale de la Sainte-Ascension étaient remplis d'une foule compacte de fidèles serrés les uns contre les autres. Leur souffle formait des nuages qui s'élevaient dans le froid de cette fin décembre. Ils se donnaient de la force en chantant des chants que leurs parents ou grands-parents chantaient déjà durant la longue et sombre période de l'athéisme syndicaliste. Toutes ces personnes étaient venues pour écouter l'évêque Jothan Pymer, chef spirituel du synode évangélique de Reernia et conseiller politique important de la Mountain Liberty Alliance. Elles étaient venues se rappeler qui elles étaient, ce en quoi elles croyaient, et pourquoi, au-delà de leurs montagnes protectrices, un monde bruyant et scintillant de couleurs ne pouvait que leur apporter un désespoir certain. Il faut le dire, elles n'ont pas été déçues. Dans son sermon de près de deux heures, qui a abordé les Écritures, la politique et les multiples luttes de la vie quotidienne, l'évêque Pymer a délivré l'un de ses sermons les plus puissants et controversés : « Le malin vient de la côte. » La voix grave de l'évêque s'est élevée rapidement, remplissant la cathédrale sans qu'il soit nécessaire d'utiliser un quelconque micro. « Mes enfants bien-aimés, on nous dit que nous vivons une nouvelle ère. Une ère de liberté, dit-on. Une ère d'opportunités, dit-on. Une ère où les anciennes oppressions n'existeraient plus et où tout serait possible. Mais laissez-moi vous demander : la liberté pour quoi faire ? Des opportunités, mais pour faire quoi ? Les anciens oppresseurs ont certes été terrassés, mais de nouveaux oppresseurs ont pris leur place. Ils ne viennent pas avec des chaînes et des fouets, oh non. Ils viennent désormais bien habillés, avec des écrans connectés. Ils viennent avec des promesses de prospérité qui ne sont que du poison. Ils viennent avec le sourire aux lèvres et la corruption dans le cœur. » L'assemblée s'agita légèrement et des murmures parcoururent les bancs, accompagnés de signes de tête. « Et je vous le demande, d'où viennent ces nouveaux oppresseurs ? » La voix de Pymer s'éleva encore davantage, comme un coup de tonnerre. « Je vais vous le dire. Ils viennent de la côte. De cette ville de péché qu'ils appellent Port-Liberty. Ils viennent de cette Sodome moderne où l'argent est dieu, où le plaisir remplace la prière et où le nom du Seigneur n'est prononcé que comme un juron. Le malin vient de la côte ! »

LA PUISSANCE D'UN SERMON

Basé en grande partie sur le récit biblique de Sodome et Gomorrhe, le sermon mêlait habilement réflexion théologique, commentaire social et critique politique acerbe. Cette manière de s'exprimer fait de Pymer la figure religieuse la plus influente du Commonwealth. « Le diable ne se présente pas sous ses traits les plus repoussants », avertit Pymer. « Il vient le plus souvent sous une forme chaleureuse. Il ne vient pas en proférant des menaces, mais en faisant des promesses. Regardez Sodome. Ce n'était pas une ville pauvre, ni une ville en difficulté. Elle était au contraire prospère, confortablement installée et vivant dans l'aisance. Et c'est de cette aisance qu'elle en est venue à oublier Dieu. En vivant dans la prospérité, elle a perdu son âme. » Ce passage vise à rappeler à son auditoire la nature même de la tentation. « Il en est de même pour Port-Liberty aujourd'hui. Ils vivent dans de grandes tours de verre et sont connectés en permanence. Ils ont de chics restaurants et une quantité de vêtements à la mode. Ils ont tout ce que l'argent peut acheter. Mais que leur manque-t-il ? Il leur manque l'humilité. Il leur manque la gratitude. Il leur manque la crainte de Dieu. Ils ont bâti une ville qui scintille de mille feux dorés, mais qui n'a été érigée que sur des montagnes de cadavres. »

Il enchaîne sur le thème de la corruption de la jeunesse, d'une voix lourde et triste. « Notre jeunesse nous a été volée. Non pas par la force, mais par la séduction. L'esprit de la côte parvient à s'immiscer jusque dans nos foyers, à travers la radio, les écrans et la publicité. Elle murmure à nos enfants qu'ils sont pauvres, arriérés, ignorants, et qu'ils passeraient à côté de la vie. Mais elle ne leur montre que de fausses images, faites de luxure et de libertinage, en leur disant que la véritable liberté se trouverait là. Je vous le demande : quelle sorte de liberté peut exister en nous vidant de notre âme ? Quelle sorte de liberté peut remplacer la chaleur d'une communauté par l'isolement individuel, la foi par le doute permanent et l'amour par la luxure ? Ce n'est en rien la liberté, mes enfants. C'est tout bonnement de l'esclavage qu'on fait passer pour une prétendue libération. »

Après cette charge sur la morale et les valeurs, l'évêque Pymer a abordé la philosophie économique qui domine le discours en provenance de Port-Liberty et la manière dont celle-ci gagne les terres intérieures. « Ils ne cessent de nous dire que nous sommes pauvres », a-t-il clamé, la colère dans la voix. « Ils nous disent que nous sommes arriérés. Ils nous disent que si nous abandonnions nos traditions, notre foi et nos communautés, et que nous acceptions de nous installer sur la côte, alors nous pourrions partager leur glorieuse prospérité. Mais qu'est-ce que cette prospérité vaut réellement ? Ils travaillent jour et nuit jusqu'à l'épuisement pour des biens qui vieillissent ou pourrissent en quelques années. Ils accumulent des richesses qu'ils ne pourront jamais emporter au paradis. Ils construisent des tours toujours plus hautes qui finiront par s'effondrer un jour ou l'autre. En faisant tout cela, ils perdent tout ce qui compte vraiment ici : leur famille, leur foi et leur âme. Je vous le dis, mes enfants, je préfère être pauvre en possessions matérielles, mais riche en foi et en esprit, plutôt que d'être riche dans cette vie et ce monde inique, pour finir ruiné dans la prochaine. Et vous, qu'en pensez-vous ? » Comme un seul homme, la congrégation répondit par un « Amen ! » retentissant.

Au vu de l'actualité et des enjeux politiques du moment, Pymer ne pouvait que se tourner vers elle. L'influence de la Mountain Liberty Alliance ne cesse de croître dans les districts montagneux depuis l'élection de 2017, ce qui sera déterminant pour les prochaines années. « Ils nous avaient dit de voter pour tel ou tel parti », a déclaré Pymer. « Ils nous disaient que si nous élisions les bonnes personnes, tout irait mieux. Je vous le dis, aucun gouvernement ne vous sauvera. Aucun politicien ne peut vous acheter. Seul le Seigneur peut nous sauver. Mais je vous dis aussi ceci : nous devons rester vigilants. Nous devons surveiller ceux qui cherchent à exercer leur pouvoir sur nous. Nous devons nous poser les bonnes questions : ces gens craignent-ils Dieu ? Ces gens honorent-ils la famille ? Respectent-ils les traditions qui nous ont permis de survivre à travers les générations ? Si la réponse est non, alors ils ne sont pas nos serviteurs, ils sont nos ennemis, quel que soit le parti auquel ils prétendent appartenir. » Le sens de l'attaque était clair. La New Federalist Union, avec son programme libéral et laïc, est l'ennemi principal. Le Bloc de Solidarité, qui cherche à adopter une approche faite de compromis et de négociations, n'est pas digne de confiance. Le Green Bloc, avec son culte de la nature et ses prétendues volontés de réforme, constitue une menace d'un autre type. Seule la Mountain Liberty Alliance, avec son engagement en faveur d'une autonomie totale des districts et du respect des valeurs traditionnelles, peut être considérée comme digne de confiance pour défendre le mode de vie des montagnes.

Il a conclu son sermon par un appel à l'action, tant sur le plan spirituel que politique. « Que devons-nous faire ? » a-t-il demandé. « Faut-il que nous nous retirions dans les montagnes et les vallées pour nous cacher du monde ? Faut-il prendre les armes contre nos ennemis ? » Non, car le Seigneur dit : « C'est à moi qu'appartient la vengeance, c'est moi qui leur donnerai ce qu'ils méritent quand leur pied trébuchera ! » Nous devons faire ce que le peuple de Dieu a toujours fait. Nous devons vivre notre foi ouvertement, avec fierté et sans honte. Nous devons élever nos enfants dans la crainte et l'exhortation du Seigneur. Nous devons construire et renforcer nos communautés pour qu'elles servent d'exemple. Nous avons besoin de communautés fondées sur le soutien mutuel, l'amour et l'entraide. Nous devons être une lumière dans les ténèbres, une ville perchée sur une montagne qui refuse de se cacher. Et je vous le dis, lorsque le monde viendra à nous, car il le fera, car le monde a toujours besoin des valeurs que nous incarnons, alors nous devons l'accueillir avec amour et sans compromission. Nous devons partager nos bénédictions tout en protégeant nos croyances. Nous devons offrir notre aide sans jamais capituler. Le malin vient de la côte ! Mais le Seigneur est bien ici, avec nous, dans nos montagnes. Et le Seigneur prévaudra ! »

LA RÉACTION DE LA MASSE PRÉSENTE

À la fin du sermon de Pymer, toute la cathédrale a explosé en une ovation prolongée, ponctuée de « Amen ! » qui ont duré des minutes durant. Les fidèles se sont pressés pour recevoir sa bénédiction, toucher sa robe et lui confier leurs difficultés quotidiennes, dans l'espoir de recevoir des conseils. Parmi eux se trouvait Geneviève Colley, une mère de famille de quarante-trois ans et cinq enfants, qui avait marché près de vingt kilomètres depuis son petit village pour assister à ce sermon. Les larmes aux yeux, elle a expliqué ce que le sermon de Pymer signifiait pour elle. « Chaque jour, je suis morte d'inquiétude pour mes enfants », m'a-t-elle dit en essuyant ses larmes. « Mon fils aîné, qui vient d'avoir quinze ans, possède un téléphone, ce que je désapprouve, et il m'arrive de voir ce qu'il regarde, ce à quoi il joue joue ou à qui il parle. Je vois très bien ce qui essaie de l'éloigner de moi, de notre famille et de notre communauté. Mais quand j'écoute l'évêque Pymer, j'ai de nouveau de l'espoir. Il me rappelle que nous ne sommes jamais seuls, que notre lutte quotidienne s'inscrit dans un tout plus grand que nous et que Dieu ne nous a jamais abandonnés. » Un autre fidèle, un homme beaucoup plus âgé qui s'est simplement présenté sous le nom d'Archi, a été bien plus direct : « Ces fumiers de politiciens de New Harmony ne se soucient pas de nous. Les hommes d'affaires de Port-Liberty ne rêvent que de nous exploiter. Heureusement, l'évêque Pymer est le seul à parler en notre nom. Si demain, il nous disait qu'il faudrait marcher sur la capitale, alors je peux vous dire que plus de la moitié des hommes de cette vallée le suivraient sans hésiter. » Ce sentiment de haine et de défiance n'échappe pas aux observateurs politiques. Le soutien de Pymer, ou son absence, a été déterminant pour faire élire les candidats de la Mountain Liberty Alliance dans les principaux districts montagneux. Son influence va même au-delà de la politique, puisque son émission de radio hebdomadaire, « The Mountain Hour », est écoutée par pas moins de 400 000 personnes à travers tout l'intérieur du pays. Il est ainsi la personnalité médiatique, politique et religieuse la plus importante de la région.

RETOMBÉES POLITIQUES

Les réactions au sermon de l'évêque Pymer ont été rapides et, pour la plupart, prévisibles.

La Mountain Liberty Alliance a publié une déclaration très soigneusement formulée par l'intermédiaire de sa porte-parole, « Mountain » Rose Kersey, qui s'abstient d'approuver entièrement la rhétorique de Pymer, mais reconnaît l'importance majeure qu'il joue dans le mouvement et les idéaux de la MLA : « L'évêque Pymer s'adresse toujours avec soin aux valeurs les plus profondes de notre peuple. Il nous rappelle que la politique ne se résume pas à présenter des programmes ou à se faire élire, mais qu'elle concerne surtout ce que nous sommes, ce en quoi nous croyons et ce que nous sommes prêts à défendre. La MLA partage son engagement envers la communauté, la foi et la famille. Nous sommes fiers de bénéficier de son soutien sans faille et nous continuerons à lutter à ses côtés pour maintenir la lutte en faveur de l'autonomie des districts, et surtout de nos communautés montagnardes, afin qu'elles continuent de vivre selon leurs propres valeurs. »

Pour la New Federalist Union et son président, William Crockett, la sentence est cinglante, courte et virulente. Cette dernière ne mâche pas ses mots. « Si vous voulez savoir à quoi ressemble l'extrémisme religieux, vous en avez la preuve vivante », a-t-il expliqué à des journalistes à New Harmony. « Cet homme n'est pas un chef spirituel ; c'est un agent politique qui se cache derrière son titre d'évêque. Il cherche à diviser le Commonwealth selon des critères religieux, diabolise les villes prospères et leurs habitants, et ose appeler cela la foi. Non, ce n'est pas de la foi, c'est du fanatisme. Dans la démocratie pluraliste et moderne que nous voulons, cela n'a pas sa place. » Cette déclaration de Crockett a suscité de vives réactions de la part des partisans de la Mountain Liberty Alliance, qui l'ont accusé de vouloir attaquer la liberté religieuse. Elle met une fois de plus en évidence le fossé culturel et politique profond qui sépare le pays profondément religieux de l'intérieur et les villes côtières plus laïques. Un fossé qui ne cesse de se creuser et qui ne semble pas près de se combler.

C'est la Première ministre, Keturah Lineboro, qui a tenu à répondre pour le Bloc de Solidarité, faisant preuve de pragmatisme comme à son habitude, en adoptant un ton conciliant tout en défendant les principes d'un gouvernement laïque pour le Commonwealth. « Nous respectons entièrement le droit de l'évêque Pymer d'exprimer le fond de sa conscience », a-t-elle déclaré par l'intermédiaire d'un porte-parole. « La liberté religieuse et la liberté de religion en général sont des droits fondamentaux dans le Commonwealth. Dans le même temps, nous devons rappeler que notre pays comprend des personnes de toutes confessions et croyances, ainsi que des personnes n'en ayant pas. Nous devons trouver des moyens de vivre ensemble malgré ces différences. C'est tout le travail d'une société réellement démocratique. »

Pour le Green Bloc, la professeure Theodosia Means a tenu à apporter une réponse plus nuancée, reconnaissant l'existence de points communs tout en rejetant le conservatisme culturel et politique de Pymer. « Il faut donner raison à l'évêque Pymer sur un point. Le modèle de développement de Port-Liberty est problématique et imparfait sur le plan structurel. Il exploite intensément à la fois les êtres humains et l'environnement. Toutefois, sa solution, qui consisterait à se replier dans un isolement religieux et conservateur, n'en est clairement pas une. Notre tâche est de construire un avenir différent, qui respecte à la fois les hommes et la nature. Cela nécessite de prendre les problèmes à bras le corps, et non de prôner un retrait derrière une chaîne de montagnes. »

Enfin, la principale cible du sermon, Port-Liberty, a répondu par l'intermédiaire de la gouverneure Ann McClemont. Cette dernière, qui ne s'intéresse que très rarement aux questions religieuses, a néanmoins voulu défendre la ville qu'elle administre avec vigueur. « Port-Liberty représente beaucoup de choses. C'est un lieu d'opportunités, où se côtoient l'innovation, la diversité et la modernité. C'est aussi un lieu où peuvent exister la solitude, l'inégalité et les difficultés de la vie. Mais ce n'est en rien Sodome. Les habitants de Port-Liberty ne sont pas des démons. Ce sont des êtres humains comme les autres qui essaient de construire leur vie, d'élever une famille et de trouver un sens à leur existence. Les caricatures de l'évêque Pymer n'aident personne. »

UN BREF RAPPEL HISTORIQUE

Le sermon de Pymer s'inscrit dans le contexte d'une longue histoire marquée par la méfiance des districts montagneux envers toutes les autorités extérieures. Des barons miniers du début du XXème siècle aux commissaires politiques de la RWSR, en passant par les partisans d'un libéralisme de marché d'aujourd'hui, les habitants de l'intérieur du pays ont vu défiler des étrangers qui leur ont tous promis du progrès, pour finalement leur imposer une forme d'exploitation. « Les communautés montagnardes ont historiquement été exploitées par tout le monde », m'explique Harris Reader, historien à Redemption, enseignant dans un établissement affilié à la RES. « Les compagnies minières et charbonnières leur ont pris leurs terres, détruit leurs communautés et leur santé. Les syndicats leur ont pris leur liberté et leur foi. Aujourd'hui, les libéraux veulent leur prendre leur identité et leurs enfants. Faut-il s'étonner qu'ils soient si méfiants ? » Faut-il s'étonner qu'ils écoutent un homme comme Pymer qui leur dit de tenir bon dans l'adversité ? » Reader note que toute la rhétorique de Pymer, bien que tranchante, s'inscrit dans une longue tradition théologique. « Identifier la ville comme un lieu de péché, alors que les campagnes sont associées à la vertu, est une idée aussi ancienne que la Bible elle-même. Sodome et Gomorrhe étaient des villes, les prophètes prêchaient dans les villes. Jésus a été crucifié dans une ville. Il existe un courant biblique fort et radical qui considère la vie urbaine avec suspicion et dégoût. Pymer n'invente rien de nouveau ; il s'inspire simplement de cette longue tradition. » Ce qui est néanmoins nouveau, souligne Reader, c'est l'identification claire et explicite de Port-Liberty comme l'incarnation contemporaine de la Sodome et Gomorrhe biblique. « On n'est pas seulement dans la théologie, il s'agit d'une véritable manœuvre politique. Il offre aux montagnards un ennemi clair et identifiable, ainsi qu'une cible sur laquelle ils peuvent projeter leurs frustrations. C'est très efficace, mais aussi très dangereux. Lorsque l'on passe son temps à diaboliser toute une population, il devient pratiquement impossible d'arriver à la réconciliation. »

QUEL AVENIR POUR LA FOI MONTAGNARDE ?

Lors de la prochaine convention constitutionnelle, le rôle de la religion dans la sphère publique sera probablement l'une des questions les plus controversées. Les districts montagnards et les régions de l'intérieur du pays, dirigés par la Mountain Liberty Alliance et le Reernian Evangelical Synod, exigeront très probablement une protection des communautés religieuses et le droit de se gouverner selon leurs propres valeurs. De leur côté, les districts plus laïques, notamment ceux de la New Federalist Union, s'opposeront frontalement à toute érosion de la liberté individuelle ou à la promulgation d'un ensemble de lois portant sur la religion. Pour l'instant, les sermons de l'évêque Pymer laissent entendre que les fidèles des montagnes ne sont pas prêts à faire le moindre compromis, comme il l'a rappelé lui-même à ses fidèles lors de son sermon : « Nous avons été beaucoup trop patients. Nous avons été extrêmement tolérants. Nous avons enduré les moqueries, les insultes et les coups du monde extérieur avec l'indifférence des puissants. Mais la patience a des limites et la tolérance a un prix. Il arrive un moment où le peuple de Dieu doit dire : « Non, nous n'en pouvons plus. » Ce moment est venu. Le malin vient de la côte. Mais le Seigneur est avec nous, ici, dans les montagnes. Nous ne nous inclinerons devant personne, sauf devant lui. Nous ne céderons rien. Nous ne céderons rien. Nous resterons fermes dans notre foi, nos communautés, notre espoir commun et dans l'amour du Seigneur, qui finira par rappeler à l'ordre nos ennemis ou par leur demander des comptes. » La réponse fut un long et profond rugissement qui faillit ébranler les fondations mêmes de la cathédrale, en signe d'approbation de ces paroles.

ÉPILOGUE : UNE PROMENADE À TRAVERS REDEMPTION

Après la fin du sermon, alors que les fidèles commençaient à se disperser pour regagner leurs vallées et leurs foyers, je me suis promené dans les rues de Redemption. La ville est grande ; il s'agit de l'une des plus importantes de la région. Elle ne ressemble toutefois pas à l'ostentatoire Port-Liberty, car elle semble toujours ancrée dans son histoire et dans ce qui l'a fait naître. De nombreux bâtiments sont en pierre et en bois, construits pour durer. Les rues sont propres et les gens se saluent avec chaleur et respect. Sur une place non loin de la cathédrale, j'ai aperçu un groupe de jeunes qui discutaient et semblaient passer un moment de franche rigolade. Je me suis approché d'eux, je me suis présenté et j'ai demandé leur avis sur le sermon de l'évêque Pymer. Le plus âgé, un jeune homme d'une vingtaine d'années prénommé Gerald, a pris la parole en premier. « Il dit tout simplement la vérité », a-t-il simplement asséné. « Port-Liberty et l'esprit de la côte veulent nous détruire. Certes, pas avec des armes, mais en nous apportant la tentation. Ils veulent nous rendre comme eux : perdus, seuls et matérialistes. » Les paroles de l'évêque nous permettent de nous rappeler qui nous sommes réellement. » Hester, une jeune fille, a immédiatement ajouté : « J'ai des cousins qui vivent à Port-Liberty. Ils ne viennent plus ici depuis un an. Ils ont honte de nous, de leurs origines et de leur communauté. Voilà ce que l'esprit de la côte fait. » Elle vole nos proches et leur fait honte de leurs propres parents. » Un autre jeune homme, sans doute le plus jeune de la petite troupe, a parlé d'une voix calme : « Mon grand frère est allé vivre à Port-Liberty l'an passé. On s'appelle parfois. Il semble... vide. Comme s'il n'était plus la personne que je connaissais, comme s'il n'y avait plus rien de lui que je reconnaisse. Je prie pour lui tous les soirs. » Je prie pour qu'il se souvienne qui il est, d'où il vient et en quoi il a toujours cru. » Gerald a ri à l'une de mes questions. « Partir ? Et quitter tout ça ? » Il a pointé du doigt les montagnes enneigées et les pentes boisées qui se dressaient derrière la ville. « C'est chez moi, ici. J'appartiens à ma communauté. Pourquoi voudrais-je quitter un tel paradis pour un désert de béton et de tentation, avec ses gratte-ciels de verre et d'acier ? » Hester acquiesça d'un geste de la tête. « L'évêque a raison. Ils ne possèdent rien de ce dont nous avons le plus besoin. Pourquoi ? Parce que nous possédons ici tout ce qu'ils ont perdu. » Ils ne le savent tout simplement pas encore. » Après avoir pris congé, je suis retourné dans ma maison d'hôte avant la tombée de la nuit, observant les lumières de Redemption scintiller dans l'obscurité des montagnes. J'entendais au loin une radio qui diffusait le sermon de l'évêque Pymer ; sa voix semblait résonner dans toutes les vallées, comme l'appel d'un prophète. Le mal vient de la côte. Mais ici, dans les montagnes de l'intérieur du pays, les croyants et les fidèles restent fermes dans leurs bons droits.
18616
.

DEVANT L'ASSEMBLÉE NATIONALE, LA PREMIÈRE MINISTRE DÉFEND SA POLITIQUE :
« LA STABILITÉ EST NOTRE CONQUÊTE LA PLUS IMPORTANTE »


.
Dans son premier discours politique de l'année, la Première ministre a défendu le gouvernement de coalition contre les critiques

Par Martha Attyte, correspondante politique pour le Commonwealth Public Broadcasting

10 Janvier 2019 - NEW HARMONY | Ce matin, la Première ministre Keturah Lineboro, a défendu avec assurance et ardeur le bilan du gouvernement de coalition, déclarant devant une Assemblée nationale par moments agitée que « la stabilité est notre conquête la plus importante », alors que le Commonwealth peine encore à trouver ses marques dans cette période de transition tumultueuse. Son discours, qui a duré une heure, a été interrompu à de nombreuses reprises par les huées des bancs de l'opposition. Ce discours était à la fois un rapport général sur l'état du Commonwealth et un appel à galvaniser l'action du gouvernement et de ses soutiens pour la nouvelle année. Dirigeant depuis 2017 une coalition fragile entre le Solidarity Bloc et le Syndicate Caucus, Keturah Lineboro a reconnu les nombreux défis auxquels le pays est confronté, tout en insistant lourdement sur le fait que « les alternatives à notre approche prudente et mesurée en matière de réforme ne provoqueraient que le chaos ». Sous les huées des députés de la New Federalist Union, elle a dû hausser la voix pour se faire entendre, déclarant notamment : « Nous avons maintenu l'unité de notre pays lorsque les prophètes du malheur prédisaient la guerre civile, et nous avons apporté la paix. Lorsque les Cassandre de Port-Liberty prédisaient un effondrement économique toutes les semaines, nous avons apporté la stabilité. Lorsque les radicaux, dans les usines ou les montagnes, prédisaient la sécession, nous avons apporté l'unité. Tout ceci n'est pas une petite réalisation pour le Commonwealth et notre peuple ; c'est un tout. » Le discours de la Première ministre intervient à un moment critique, alors que le Solidarity Bloc est devancé de quelques points par la New Federalist Union en termes de popularité, et que la Mountain Liberty Alliance gagne du terrain dans les districts ruraux et montagneux. Le Syndicat Caucus, son partenaire de coalition instable et imprévisible, fait preuve d'un calme relatif, tandis que le Green Syndicat menace toujours de retirer tout soutien au gouvernement si des mesures énergiques en matière de politiques environnementales ne sont pas prises. Pourtant, le discours de Keturah Lineboro a cherché à remotiver son propre parti et à démontrer sa capacité à gérer la situation : « Nous sommes le seul parti qui s'adresse à l'ensemble des Reerniennes et des Reerniens, des mineurs aux techniciens, des agriculteurs aux ouvriers, des croyants aux laïcs. Nous sommes le seul parti capable de gouverner, car nous sommes le seul parti en mesure de le faire. Les autres ont le luxe d'être dans l'opposition, alors que nous avons la responsabilité de diriger le Commonwealth. »

COMMENT DÉFENDRE UNE POLITIQUE

Elle a consacré un bon tiers de son discours à défendre de façon détaillée la politique de son gouvernement, en énumérant les réalisations et les négligences, selon elle, dues aux multiples affrontements partisans qui empoisonnent la vie politique du Commonwealth. Concernant la stabilité économique, elle a notamment expliqué : « Lorsque nous sommes arrivés au pouvoir, le NDF était au bord de la faillite et le taux de change du satling était en chute libre. La plupart des investisseurs et créanciers étrangers étaient prêts à retirer leur soutien. Aujourd'hui, le NDF remplit l'ensemble de ses obligations, avec certes quelques difficultés, mais il les remplit. Notre monnaie s'est stabilisée, sans se renforcer, mais suffisamment pour éviter une catastrophe monétaire. Les investissements, tant nationaux qu'étrangers, ne sont pas à la hauteur de nos espérances, mais ils n'ont pas cessé. Tout ceci ne représente pas un échec, mais une question de survie. » Concernant les questions brûlantes relatives au maintien d'une paix sociale relative, elle a rappelé : « Nous avons empêché la Scarlet Guard de s'étendre au-delà de ses bastions reculés et nous avons contenu les mouvements sécessionnistes des districts par le dialogue et le compromis, et non par la force. Nous avons maintenu la paix entre les syndicats et le monde de l'économie, entre la côte et l'intérieur du pays, entre la modernité nécessaire et le respect de nos traditions. Certains peuvent trouver cela insignifiant, mais c'est bel et bien sur ces fondations que toute prospérité future sera construite pour notre peuple. »

Puis, basculant sur le côté institutionnel, elle s'est enorgueillie du fait que « la Cour constitutionnelle fonctionne pleinement désormais, que le Conseil d'État se réunit chaque semaine et que notre Assemblée nationale, malgré toutes les frustrations qu'elle semble procurer, continue de légiférer efficacement. La Chambre des syndicats, malgré son obstination à toute épreuve, continue de délibérer. Nos institutions sont jeunes, fragiles et imparfaites, mais elles existent désormais. Et leur existence, ainsi que leur bon fonctionnement, sont l'œuvre de ce gouvernement que je dirige avec fierté. » De nombreux rires moqueurs ont été entendus du côté des rangs de la New Federalist Union, où des députés ont marmonné : « Avec fierté, oui, mais… » en imitant la manière de parler de la Première ministre. Mais cette dernière a poursuivi d'un ton inébranlable : « Je ne prétends pas à la perfection », a-t-elle dit en lançant quelques regards en direction des bancs de l'opposition. « Nous devons prétendre au progrès, et le progrès, dans une nation aussi divisée que la nôtre, ne se mesure pas en bonds en avant, mais en pas. Nous en avons fait quelques-uns. Nous continuerons à avancer en faisant quelques pas, tant que cela sera nécessaire. Mieux vaut deux pas avec le peuple que vingt pas sans lui. Et ceux qui se moquent de nous parce que nous refusons de courir auront la stupeur de découvrir, lorsque nous arriverons à la fin de cette course, que nous aurons parcouru plus de chemin qu'ils n'auraient pu l'imaginer. »

LA NFU ET LE SYNDICATE CAUSUS RÉPONDENT

Le discours de la Première ministre a été suivi de la réponse traditionnelle de l'opposition. Cette réponse a été prononcée avec la fougue caractéristique du chef parlementaire de la New Federalist Union, Ian Lowry.
« La stabilité, madame la Première ministre ? » a-t-il lancé, la voix empreinte d'un mépris à peine dissimulé. « C'est ainsi que vous nommez notre situation ? Je l'appellerai personnellement stagnation, voire paralysie. Il s'agit d'une mort lente et douloureuse de tout espoir dans le cœur de chaque jeune Reernien qui voit le Commonwealth et un avenir de déclin certain. » La réplique de Ian Lowry a duré dix minutes, ponctuée d'applaudissements ou d'acclamations en provenance de ses propres bancs, ou d'huées du Syndicate Caucus, ce qui ne l'a pas empêché de poursuivre et d'énumérer l'ensemble des échecs du gouvernement. « Nous voyons que Port-Liberty affiche une croissance intérieure de plus de 8 %, alors que le reste du pays continue de patauger dans la stagnation économique », a-t-il tonné. « Des milliards de satlings de dette pour des WOT en putréfaction qui n'acceptent pas de se réformer. Le processus de restitution et de réconciliation des terres n'a traité que 1 % des dossiers depuis deux ans. La Chambre des syndicats s'oppose systématiquement à la moindre réforme, et que fait la Première ministre ? Elle les remercie ! Ce n'est pas de la stabilité, c'est une capitulation en rase campagne ! » Néanmoins, Lowry a réservé ses mots les plus durs à la coalition menée par la Première ministre, qu'il a qualifiée d'« alliance de convenance entre ceux qui ont renoncé au changement et ceux qui profitent de son absence », ajoutant même que « la Première ministre parle de consensus, je préfère parler de lâcheté. Elle parle de dialogue, je préfère parler d'inconsistance. Elle parle de stabilité, je préfère parler de vente de l'avenir de notre pays pour protéger un passé révolu. » La jeunesse du Commonwealth mérite mieux ! » Les travailleurs du Commonwealth méritent mieux ! » Le Commonwealth mérite mieux ! » Le chef du groupe parlementaire de la New Federalist Union a conclu par un appel direct à l'ensemble de ses collègues de l'Assemblée nationale : « Nous avons un choix à faire. Vous pouvez continuer à avaler des couleuvres, accepter l'impasse, le déclin et les excuses. Ou alors, vous pouvez choisir le changement, un vrai changement qui commencerait par abolir la Chambre des syndicats, réformer et privatiser les WOT, unifier l'ensemble de notre économie, et ainsi permettre à notre nation de fonctionner réellement. Le choix vous appartient, faites-le judicieusement. »

La tirade de Ian Lowry a été enflammée. La réponse du Syndicate Caucus a été glaciale. Jed Cullerton, le président actuel du CMS qui contrôle 65 voix au sein du caucus, n'a pas pris la parole directement devant l'Assemblée, comme il en a l'habitude, mais a fait lire une brève déclaration par l'intermédiaire de son porte-parole. Cette déclaration se distinguait par sa froideur, en contraste avec la fureur que Lowry avait déployée quelques minutes plus tôt. « Le Syndicate Caucus prend note de l'ensemble des remarques émises lors du discours de la Première ministre. Nous avons soutenu ce gouvernement parce qu'il sert avant tout les travailleurs du Commonwealth, et nous continuerons à le soutenir tant qu'il continuera à le faire. Nous continuerons à nous opposer au gouvernement lorsqu'il menace les intérêts des travailleurs du Commonwealth. Notre position restera inchangée. » Cette déclaration, soigneusement formulée, courte et percutante, a fait frissonner les bancs du gouvernement. Le soutien de Cullerton à la coalition a toujours été conditionnel, et de nombreux analystes s'attendent à ce que le Syndicate Caucus prenne tôt ou tard ses distances avec le Solidarity Bloc, dans le seul but de protéger ses propres sièges à l'Assemblée nationale. « Le Syndicate Caucus joue un jeu sur le long terme », commente Hiram Pickart, analyste politique. « Il a besoin du Solidarity Bloc pour gouverner, mais il ne veut pas être tenu responsable des échecs du gouvernement. On peut déjà le voir : une campagne agressive est menée par le Syndicate Caucus dans les circonscriptions syndicales, tandis qu'une prise de distance sourde est opérée avec Lineboro dans les circonscriptions géographiques. C'est une danse délicate, tout le monde le sait, et Cullerton sait très bien manœuvrer. »

LES RÉSERVES DE LA MLA ET DU GREEN BLOC

La Mountain Liberty Alliance, qui avec ses 35 sièges fait office de faiseur de roi dans toute coalition, a répondu avec son ambivalence caractéristique. « Mountain » Rose Kersey, la porte-parole du mouvement, a fait une brève déclaration reconnaissant les « efforts de dialogue » de la Première ministre, tout en réitérant la revendication principale de la Mountain Liberty Alliance : une plus grande autonomie pour les districts. « Nous sommes reconnaissants que la Première ministre se soit toujours refusée à envoyer la PAC occuper nos territoires », a-t-elle déclaré d'un ton sec. « C'est pour la reprendre, une réussite. Mais une seule réussite ne suffit pas, car nous avons besoin d'actions. Nous avons besoin que le gouvernement central reconnaisse que les districts ne sont pas des unités administratives fonctionnant selon le bon vouloir de New Harmony, mais des communautés souveraines ayant le droit de s'administrer elles-mêmes. Tant que cette reconnaissance ne sera pas accompagnée de faits, notre soutien à la politique gouvernementale restera provisoire. » La position de la Mountain Liberty Alliance est soumise à des tensions internes entre son aile libertarienne et son aile théocratique. Les deux factions s'accordent sur la nécessité d'une plus grande autonomie des districts, mais divergent sur sa signification pratique : l'aile théocratique veut imposer des lois et un ordre religieux, tandis que les libertariens veulent s'affranchir complètement d'un contrat social qui nie leur liberté. Maintenir l'unité entre ces deux factions est un défi constant pour Kersey, qui s'est imposée comme une personne habile dans l'art du compromis. Comme elle l'a déjà expliqué à plusieurs reprises, la Mountain Liberty Alliance n'est pas « un parti au sens habituel du terme, mais plutôt une coalition de personnes et d'intérêts qui s'accordent sur un point commun : New Harmony doit nous laisser tranquilles. Au-delà de cet objectif, nous sommes d'accord sur quelques sujets. Mon travail consiste à faire en sorte que nous cohabitons avec intelligence jusqu'à ce que nous atteignions notre objectif commun. »

Du côté du Green Bloc, la professeure et porte-parole Theodosia Meansa a apporté la réponse la plus nuancée, reconnaissant les points d'accord avec le gouvernement, tout en soulignant l'impatience grandissante au sein de son organisation. « La Première ministre a raison sur un point : la stabilité est importante. Mais pour qui ? Pour les mineurs qui meurent d'anthracose ? Pour les enfants qui continuent de boire de l'eau impropre à la consommation ? Pour les familles déplacées à cause des retards du BLR et qui doivent attendre des années avant que justice soit faite ? » Ce n'est pas de la stabilité, c'est une manière de déguiser une stagnation criante », a-t-elle déclaré. Theodosia Meansa a réitéré la demande du Green Bloc en faveur de l'utilisation du « Fonds pour une Transition juste », devant être financé par des taxes sur l'ensemble des industries extractives, et a averti que le soutien de son parti au gouvernement n'était pas acquis. « Nous retenons nos critiques parce que nous croyons en la possibilité de réformer profondément les choses », a-t-elle expliqué. « Mais entre la possibilité et sa mise en application, il ne faut pas se leurrer. Si le gouvernement ne peut tenir aucune promesse et continue de privilégier le confort de la Old Guard plutôt que la survie des communautés sacrifiées, alors nous devrons réévaluer notre position. Les personnes que nous représentons ne peuvent pas attendre éternellement que quelque chose se produise, alors que rien n'arrive. » Bien que le Green Bloc ne détienne que treize sièges à l'Assemblée nationale, son influence continue de croître. Il peut faire pencher la balance du pouvoir sur tous les votes concernant les questions environnementales. Si jamais il retirait son soutien au gouvernement sur une question d'importance capitale, la coalition pourrait se fracturer, voire s'effondrer.

LA PREMIÈRE MINISTRE ET L'AVENIR DU COMMONWEALTH

Dans la dernière partie de son discours, la Première ministre a présenté ce qui, selon elle, pourrait être l'avenir du Commonwealth, mêlant modestie et réalisme. « Nous sommes fatigués de courir après l'utopie, donc je ne vous la promets pas », a-t-elle sèchement asséné. « Je ne peux vous promettre que tous nos problèmes seront résolus, que tout ce qui nous divise sera apaisé ou que l'ensemble des revendications pourra être pris en compte. Je ne peux vous faire qu'une seule promesse : celle de continuer à œuvrer ensemble pour le Commonwealth. Gouvernons le Commonwealth en bonne entente. Maintenir coûte que coûte l'unité de notre pays malgré les secousses et les tempêtes qui nous attendent et que nous devrons traverser ensemble. » Elle a d'ailleurs parfaitement reconnu la frustration de ceux qui souhaitent des changements plus rapides, qu'il s'agisse d'une ouverture au marché, d'un retour au syndicalisme d'antan, de l'autonomie des districts ou de la cause environnementale. « Je comprends l'impatience qui monte, et pour tout vous dire, je la ressens moi-même. Il y a des jours où j'ai envie de balayer les obstacles, d'ignorer les menaces, les veto et les tractations, et d'agir pour le bien commun. Mais ce n'est pas ainsi que doit fonctionner notre démocratie, ce n'est pas ainsi que nous devons concevoir notre liberté. Agir ainsi, c'est préparer la nouvelle tyrannie de demain, et je m'y refuse. » Cette phrase a suscité des applaudissements de la part du bloc Solidarity, ainsi que des applaudissements inattendus de la part du Syndicate Caucus, tandis qu'un lourd silence a régné du côté de la New Federalist Union. « Notre fonctionnement institutionnel est frustrant dans sa conception même », a-t-elle poursuivi.

« Notre système à deux piliers, l'autonomie des districts et les droits de veto, n'est pas le fruit du hasard. C'est le prix que nous avons payé pour la paix, pour reconstruire et envisager notre avenir. Ce sont des compromis qui ont permis d'éviter une guerre civile dans notre pays. C'est dans ce cadre que nous devons construire notre avenir. Ceux qui souhaitent l'abolir ou le balayer au nom d'une prétendue efficacité ou du progrès ne sont pas des personnes qui ont notre pays et son peuple à cœur. Ce sont des révolutionnaires, et je le dis très sincèrement, une révolution est la dernière des choses dont notre nation peut se permettre actuellement. » Elle a conclu son discours en faisant un appel du pied au folklore montagnard : « Nous sommes des montagnards et des montagnardes. Nous sommes des survivants qui ont enduré l'exploitation et l'oppression. Nous avons patiemment bâti nos communautés dans des vallées où personne ne pensait qu'elles pourraient continuer d'exister. Nous avons forgé une nouvelle forme de solidarité en sortant de notre isolement, en unifiant nos forces face aux épreuves et en apportant de l'espoir là où il n'y en avait pas. C'est ce que nous sommes, c'est ce que nous avons toujours été. La question qui se pose à nous est de savoir si nous pouvons l'être à nouveau, si nous pouvons trouver ce qu'il faut pour être une seule et unique nation à partir des décombres de l'ancien et de l'incertitude du nouveau. Jusqu'à présent, mon action montre que nous le pouvons et que nous le devons. J'ose croire que ce gouvernement, aussi imparfait soit-il, est l'instrument le mieux adapté pour accomplir cette tâche. Je vous remercie. Que les montagnes continuent de veiller sur nous toutes et tous ! »

LE CASSE-TÊTE ARITHMÉTIQUE

Le Premier ministre est confronté en permanence, depuis bientôt deux ans, au défi du jeu des chiffres au sein de l'Assemblée nationale. Le Solidarity Bloc détient 90 sièges, soit très loin de la majorité, tandis que le Syndicate Caucus en détient 65, mais son soutien est conditionnel tant que les questions économiques vitales ne sont pas abordées. Les 35 sièges de la Mountain Liberty Alliance sont disponibles pour des votes spécifiques, mais leur soutien à la politique générale fait défaut. Quant aux 13 sièges du Green Bloc, ils sont également purement conditionnels. Pour faire adopter des lois, la Première ministre Keturah Lineboro doit former des coalitions purement fonctionnelles et à usage unique, en échangeant des faveurs ou des concessions pour obtenir les votes nécessaires. Pour rester Première ministre, elle doit surtout empêcher le Syndicate Caucus de lui tourner le dos et de faire défection, une tâche qui risque de devenir de plus en plus difficile si la situation ne s'améliore pas. « Lineboro est sur la corde raide », explique Hiram Pickart. « Chaque pas qu'elle veut faire risque de contrarier tel parti, telle faction ou autre. Si elle ne va pas assez loin dans la réforme, le Syndicate Caucus lui claquera la porte. Si elle va trop loin dans le protectionnisme, la New Federalist Union l'attaquera en la présentant comme le pantin de la Old Guard. Si elle ignore la Mountain Liberty Alliance, celle-ci offrira son soutien à quiconque lui offrira plus d'autonomie. Si elle ignore le Green Bloc, ceux-ci iront faire cause commune avec la New Federalist Union sur les questions environnementales. C'est, pour le dire simplement, une véritable pétaudière et un cauchemar pour elle. » Pourtant, Keturah Lineboro tient bon, plus que beaucoup ne l'avaient prédit, qui pensaient qu'elle jetterait l'éponge au bout de quelques mois. Sa capacité à allier les règlements bureaucratiques, l'intégrité personnelle et la volonté de compromis lui vaut un grand respect, même de la part de ses adversaires. La question est de savoir si ce respect durera suffisamment pour éviter que son gouvernement ne soit renforcé.

QUELLES SUITES ?

La situation politique en ce début d'année 2019 est loin d'être reluisante. Le Solidarity Bloc ne souffre pas pour le moment de divisions internes, mais les pressions externes sont nombreuses et l'usure face à ces assauts montrera sa capacité à rester au pouvoir. Pourtant, le discours de la Première ministre a rappelé que le fait d'être au pouvoir, même dans un gouvernement de coalition, présente de nombreux avantages, et qu'en période de fracture sociale, économique et politique, le parti qui peut prétendre maintenir la cohésion est bien plus attrayant que ceux qui promettent de tout changer. « Vous savez, ce qui est ironique, c'est que... Keturah Lineboro a peut-être raison au fond », dit Hiram Pickart en réfléchissant. « La stabilité est peut-être la plus grande réussite possible dans notre pays. La question est de savoir si cette stabilité sera perçue comme telle par la population dans un proche avenir. Elle souffre énormément. Elle a également peur de l'avenir, sans parler de la colère qui monte. Les personnes en colère ne veulent pas qu'on leur promette « plus » de la même chose ; elles veulent du changement, même si cela peut signifier le chaos. » En quittant le pupitre, la Première ministre passa devant les bancs de la New Federalist Union sans y jeter un regard. Le député Lowry était déjà entouré de journalistes auxquels il faisait déjà des déclarations grandiloquentes expliquant « la fin de l'ère Lineboro ». Du côté du Syndicate Caucus, Jed Cullerton discutait tranquillement avec ses adjoints, affichant toujours son visage impassible. Dans les tribunes, des citoyens et des citoyennes observaient tout ce qui se passait, affichant des expressions allant de l'espoir au cynisme, voire à la lassitude. Dehors, dans le gris et la froideur d'un mois de janvier à New Harmony, la vie continuait. Chacun était à son poste, allant travailler ou étudier. Le Commonwealth, comme l'a déclaré la Première ministre, résiste. La question de savoir si cette résistance est suffisante actuellement sera probablement posée un autre jour.
16984
.

A LA RENCONTRE DES « ECO-RANGERS», CES MILITANTS QUI VEULENT
REBOISER LES SITES MINIERS ABANDONNÉES


.
Une nouvelle génération s'attaque aux zones sacrifiées du Commonwealth, un arbre à la fois

Par Patsy White-Beal, correspondante environnementale de terrain

03 Février 2019 - ZONE SACRIFIÉE DE CUFFERFIELD - DISTRICT DE MARAVIDA | Ce qui frappe instantanément quand on foule cette terre, c'est le silence. Ce n'est pas un silence paisible, comme lors d'une promenade en forêt, mais un silence de mort, d'un endroit où plus rien ne pousse. Ensuite, l'odeur : une légère odeur chimique qui persiste dans l'air et rappelle que cette terre a été empoisonnée bien avant votre arrivée. La troisième chose, ce sont les personnes qui se tiennent là. Des jeunes, le plus souvent, mais pas seulement, qui arrivent dans des camions cabossés, de vieux bus réquisitionnés ou de vieilles voitures rafistolées on ne sait combien de fois. Ils viennent de tout le Commonwealth, aussi bien de la capitale que des districts intérieurs montagneux acquis aux éco-syndicalistes. Ils portent des sacs à dos, des bottes, des gilets jaunes, ainsi qu'un attirail pour analyser les sols, de jeunes plants soigneusement conservés, et une énergie débordante qui tranche avec le paysage environnant, fait de désolation. Ce sont les fameux « Eco-Rangers » qui, un arbre à la fois, viennent reboiser les zones sacrifiées du Commonwealth, là où l'État ne fait rien pour améliorer la situation. Leur militantisme est important et gagne a être reconnu par le plus grand nombre dans le Commonwealth.

LES ECO-RANGERS

C'est un matin gris que tout commence, ou plutôt recommence. Un groupe d'une vingtaine de personnes, majoritairement jeunes, se rassemble au bord de ce qui fut autrefois la mine n° 12, une exploitation tenue par le CMS et fermée en 2008 après des décennies d'exploitation et d'extraction de charbon. Le terrain alentour ressemble à un paysage lunaire : la roche est à nu, les filets du ruisseau sont teintés d'une couleur orange et le sol est si rongé par l'acidité qu'il n'y pousse rien depuis vingt ans. Rosanna Sterrett, âgée de vingt-quatre ans, est la cheffe d'équipe aujourd'hui. Elle porte fièrement un écusson du Green Bloc sur sa veste et tient un bloc-notes couvert de notes. Sa famille vit dans le district de Maravida depuis maintenant cinq générations. Son grand-père est mort de la silicose et sa mère est gravement malade. Elle est ici pour participer à la replantation d'arbres. Elle semble optimiste : « Il y a des gens qui me demandent pourquoi je fais ça. Ils disent que la terre est morte, que rien ne repoussera jamais. Peut-être ont-ils raison, mais peut-être ont-ils tort aussi. S'il n'y a qu'une seule chance de redonner vie à cet endroit, cela vaut la peine de se battre, non ? » Les Eco-Rangers ne constituent pas une organisation officielle du Commonwealth. Il s'agit d'un réseau informel composé de personnes proches ou membres du Green Bloc, suivant des formations ou des programmes universitaires en lien avec la protection de l'environnement, et qui se recrutent par le bouche à oreille. Ils disposent de peu de moyens, de quelques locaux seulement, et personne n'est rémunéré. Ces personnes emportent avec elles des pelles, de jeunes plants pour reboiser, ainsi qu'un engagement profond pour restaurer des terres saccagées. Barnabas Tomkin, âgé de 22 ans, est un étudiant originaire de New Harmony : « J'ai grandi toute ma vie en ville, je n'ai jamais vu les paysages de l'intérieur avant l'âge de 19 ans. Quand je suis venu ici pour la première fois, je n'arrivais pas à y croire. J'avais l'impression d'être dans un autre pays, sur une autre planète. C'est à ce moment-là que je me suis dit : il faut que quelqu'un fasse quelque chose. Je me suis dit : pourquoi pas moi ? Puis, j'ai rapidement découvert que je n'étais pas le seul à penser ainsi. » Tomkin est assez représentatif, sur le plan sociologique, des Eco-Rangers : des personnes citadines, souvent diplômées et très idéalistes. Il étudie la science de l'environnement à l'université de New Harmony et passe de nombreux week-ends et ses vacances dans les zones sacrifiées, à planter des arbres, à analyser les sols et à chercher des solutions. Ses parents s'inquiètent pour lui, mais il leur dit de ne pas s'inquiéter, car il n'est pas seul dans son combat.

LA JOURNÉE DE TRAVAIL

Contrairement à ce que leurs détracteurs racontent, ces jeunes ne viennent pas pour faire du camping ou observer la nature. Le travail qu'ils accomplissent jour après jour est plus qu'éprouvant. Le terrain est instable et dangereux, le temps est imprévisible et les conditions de travail sont rudimentaires. Les Eco-Rangers campent avec leurs tentes à la lisière des zones sacrifiées ou dans des bâtiments abandonnés. Ils préparent des repas collectifs autour de feux de camp et passent leurs journées à remuer la terre, à transporter de jeunes pousses d'arbres, à creuser dans un sol contaminé et à arpenter des collines raides et rugueuses. Leur journée type commence à 6 h avec un petit-déjeuner et la vérification du matériel. Le départ a lieu à 7 h, et tout le monde se met en rang pour une petite randonnée jusqu'aux sites de plantation. Jusqu'à midi, des groupes se forment : certains analysent le sol, d'autres préparent le terrain avec leurs instruments. Vers 12 h, c'est l'heure d'une petite pause avec un en-cas, un peu de repos et des échanges dans la bonne humeur. Puis, jusqu'à 17 h, ils poursuivent l'activité du matin avec autant d'énergie. À 17 h, la plupart des Éco-Rangers sont de nouveau en rang et prêts à marcher jusqu'à leur campement. À leur arrivée, ils posent leurs sacs et se mettent à préparer le repas du soir, font le débriefing de la journée, rentrent les données et planifient la journée du lendemain. Vers 20 h, pendant deux heures, nous nous livrons à une auto-formation collective : nous discutons d'écologie sociale, de l'histoire de l'industrie minière et extractiviste dans le Commonwealth, du militantisme vert. Passé 22 h, tout le monde va dormir, et le lendemain, tout recommence. Les arbres sélectionnés sont spécialement choisis pour leur capacité à survivre dans un sol contaminé, comme le robinier, le platane sycomore ou encore le bouleau. La plupart de ces arbres sont cultivés dans des pépinières expérimentales et coopératives à New Springs, où ils sont soigneusement observés et conservés pendant de nombreux mois avant d'être transportés jusqu'aux zones sacrifiées. L'ensemble de ces jeunes arbres représente un investissement conséquent en temps, en argent, mais surtout en espoir. La professeure Theodosia Means, dirigeante du Green Bloc, se rend souvent à New Springs pour s'enquérir du travail effectué. « Ces jeunes font ce que le gouvernement, les syndicats et les entreprises refusent de faire. Avec leurs mains, ils soignent la terre et essaient de préserver l'environnement. C'est un travail long et pénible, de longue haleine. Il y a de quoi être fier de ces personnes, elles accomplissent un travail très important pour le bien-être du Commonwealth, mais ne sont pas reconnues pour cela. »

SCIENCE ET ÉCOLOGIE SOCIALE

Les Eco-Rangers sont non seulement des idéalistes amoureux de la nature, mais aussi et surtout des scientifiques conscients de leur rôle de citoyens. L'ensemble des plantations effectuées est consigné et documenté, et les échantillons prélevés dans les sols sont analysés avec le plus grand soin. La qualité de l'eau et de l'air est surveillée. L'ensemble de ces données est partagé avec le programme de sciences environnementales de l'université de Hope, ce qui permet d'enrichir les connaissances sur les techniques de remise en état des terres. Comfort Donald, qui travaille à l'université de Hope, nous raconte : « Les Eco-Rangers accomplissent un travail important qui, soyons honnêtes, ne serait tout simplement pas fait sans eux. Il n'existe aucun programme gouvernemental visant à reboiser les exploitations minières abandonnées et les zones sacrifiées. Les syndicats ferment les yeux et nient toute responsabilité.Les entreprises responsables de ces dégâts colossaux ont soit disparu, soit fait faillite. Sans les Eco-Rangers, l'ensemble de ces sites seraient à jamais des cimetières. » Une fois les données compilées et traitées, elles sont utilisées dans des recours juridiques contre les pratiques de l'industrie minière et extractiviste détenues par la sphère économique syndicale. Plusieurs documents ont fait état de l'extrême toxicité des sols et de la contamination de l'eau, mais ces efforts sont pour le moment tenus en échec, car la remise en état des terres est freinée tant par le CMS que par le CEC. Les Eco-Rangers sont à la fois des militants et des écologistes fervents. Rosanna Sterrett en est consciente : « Nous ne nous contentons pas de planter des arbres, nous constituons également des dossiers et des études avec des preuves. Chaque échantillon prélevé dans un cours d'eau ou sur un terrain, chaque photo prise et chaque observation consignée font partie des dossiers contre les responsables de cette situation. Un jour prochain, ils devront répondre de leurs actes et nous aurons toutes les preuves pour les faire condamner. »

PRISES DE RISQUES

Le travail est harassant et dangereux. Les Eco-Rangers opèrent souvent dans des zones où le CMS est toujours présent, et mènent des opérations minières dans un contexte de relations plus que tendues. Plusieurs groupes d'Eco-Rangers ont déjà dû faire face à des services de sécurité du syndicat qui les accusent d'intrusion sur des terres qui ne leur appartiennent pas, et ont déjà été menacés et victimes de violence à plusieurs reprises. L'an dernier, un Eco-Ranger a été brièvement détenu par le service de sécurité du CMS dans le district, et n'a été libéré qu'après l'intervention des avocats du Green Bloc et la pression de la milice locale. Eliakim Lawson, âgé de vingt-six ans, explique la situation : « Il faut le dire clairement, ils n'aiment pas que l'on soit là. Nous sommes leur mauvaise conscience, nous leur rappelons les dégâts qu'ils causent. Nous leur rappelons sans cesse qu'ils ont empoisonné la terre et qu'ils font mourir des gens à cause de cela. Ils préféreraient que nous partions, que nous ne fassions rien et que nous continuions à les laisser faire comme si de rien n'était. C'est impossible. » Outre ces menaces, les dangers physiques sont très importants, à commencer par les glissements de terrain qui se produisent très fréquemment. Le sol contient de nombreuses toxines et des métaux lourds, et une exposition prolongée comporte de nombreux risques pour la santé. Les Eco-Rangers prennent toutes les précautions possibles en portant des gants et des masques, et en limitant au maximum leur exposition, mais il est impossible d'éliminer tous les risques. Pour Rosanna Sterrett, ce combat est noble et juste : « Mon grand-père est mort en travaillant dans ces mines, comme tant d'autres de ses camarades. Ma mère est gravement malade parce qu'elle vit à proximité de ces mines. Je sais que je finirai probablement par tomber malade moi aussi, mais au moins, ce sera pour une bonne cause. Je sais que j'aurai essayé et que j'aurai donné de mon temps pour essayer de changer les choses. »

ENTENTET ET LIENS AVEC LES COMMUNAUTÉS

Depuis qu'ils effectuent leurs missions, les Eco-Rangers font partie intégrante des communautés qui vivent dans les zones sacrifiées. Les habitants, initialement méfiants envers ces personnes étrangères venant faire on ne sait quoi ici, ont fini par apprécier leurs présence. Il arrive d'ailleurs qu'ils fournissent du matériel, un coin où se reposer, le couvert et parfois même, acceptent d'aider puisqu'ils connaissent le coin. Plus que tout, ils regagnent un peu d'espoir, un signe pour eux que quelqu'un semble enfin de soucier de leur malheur de vivre dans ces zones oubliées depuis bien trop longtemps. Hester Badders, âgée de soixante-neuf ans, qui a passée la majorité de sa vie à vivre dans la vallée de Cufferfield, s'est confiée : « Au début quand ils sont arrivés, je me suis demandé ce qu'ils voulaient, qui ils étaient. Je pensais qu'ils étaient fou, tout simplement. Quel genre d'imbécile heureux viendrait ici, dans un endroit où le sol et l'air est empoisonné, pour planter des arbres ? Par la suite, je les ai regardés travailler encore et encore. Jour après jour et semaine après semaine, ils revenaient. Vous savez, ils sont costaud car ils n'abandonnent pas si facilement, ils refusent de partir. Ils continuent simplement à planter, regarder ce qui peut être fait. Cela me redonner effectivement de l'espoir, en me disant qu'il existe peut-être toujours malgré tout » Des voisins de Badders se sont effectivement joint aux Eco-Rangers par exemple, travaillant aux côtés des jeunes militants afin de restaurer leurs communautés, oubliés et bafoués depuis des décennies. Il arrive que des mineurs à la retraite partagent leur connaissance du terrain, que des enfants aident à la plantation et que des familles acceptent d'accueillir des Eco-Rangers chez eux pour quelques jours. Micajah Whitelock, un mineur à la retraite de soixante-sept ans, participe activement depuis plusieurs mois aux activités des Eco-Rangers : « J'ai passé quarante ans sous terre, à extraire du charbon. J'aime cette terre vous savez. J'y ai laissé beaucoup de chose, à commencer par ma santé, ma jeunesse et mon optimisme. Quand j'ai vu ces jeunes redonner quelque chose à cette terre que je continue de chérir... ça vous touche, droit au coeur. Cela vous fait dire que tout ça n'a pas été vain, que les sacrifices consentis sont enfin reconnu. Je sais qu'il y a un avenir pour ma communauté, même si je n'en profiterai pas entièrement. Mais ça ne m'importe pas, je sais que les plus jeunes en profiteront ! »

TOUT EST POLITIQUE

Officiellement, les Eco-Rangers ne sont pas une organisation politique, mais il faut bien reconnaître que leurs activités et leur travail harassant ont des implications politiques importantes. Chaque arbre qu'ils plantent est un défi lancé aux syndicats qui ont empoisonné la terre et participé à la déforestation. Tout ce qu'ils récoltent et compilent constitue d'autres preuves qui serviront dans des actions en justice futures. Chaque jeune qui décide de les rejoindre et de devenir une recrue sait qu'il propose une vision différente de l'avenir du Commonwealth. Sans surprise, les syndicats les regardent avec suspicion et un certain dégoût. Des responsables du CMS les ont accusés à maintes reprises d'intrusion sur des propriétés privées, d'actes de vandalisme, voire de « terrorisme environnemental » sous prétexte de lutter contre l'exploitation minière. Des représentants du CEC ont à plusieurs reprises appelé à une application plus stricte des lois sur la propriété et l'infiltration sur des terrains d'exploitation privés, menaçant d'armer leur service de sécurité syndicale. Pour les syndicats, il ne fait aucun doute que les Eco-Rangers ne sont qu'une façade d'activistes dépendant directement du Green Bloc. Pour Jebediah Cullerton, le président du CMS, la situation est simple : « Ces soi-disant Eco-Rangers ne sont en aucun cas des militants écologistes. Ce sont des militants avec un programme politique clair. Ils veulent fermer nos industries, détruire nos communautés, sous prétexte de progrès. Ce qu'ils souhaitent, c'est détruire notre mode de vie et notre solidarité, qui leur sont étrangers. Qu'ils sachent que nous ne nous laisserons pas faire et que nous ne permettrons jamais à des citadins déconnectés des réalités minières de nous dicter notre conduite. » Mais les Eco-Rangers connaissent les dangers et les menaces, cela ne les affecte pas. Barnabas Tomkin nous a répondu avec franchise, la franchise habituelle des Eco-Rangers : « Ces personnes nous traitent de terroristes. Nous plantons des arbres, ils détruisent l'environnement. Qui sont les terroristes ? Chacun est libre de décider dans sa conscience qui sont les vrais criminels. »

DONNER DU SENS A L'AVENIR ?

Depuis trois ans, les Eco-Rangers ont planté plus de 50 000 arbres, ce qui est colossal au vu de leurs moyens. Les estimations du taux de survie de ces plantations sont d'environ 60 %, ce qui est faible selon les normes habituelles, mais remarquable quand on connaît les conditions dans lesquelles cela est effectué. Il suffit de se rendre dans un endroit où des arbres ont commencé à reprendre racine pour constater que la terre se régénère lentement, presque de façon imperceptible. Grâce à ce premier bilan, les Eco-Rangers ont commencé à s'étendre et à créer des antennes dans les districts de Calvada et de Solstice Woods, par exemple. Même à Port-Liberty, de nouvelles branches plantent des arbres dans les parcs urbains ou le long de certaines berges. Le mouvement est pour le moment modeste, mais en pleine croissance. Barnabas Tomkin en est très fier, ce qui le pousse à continuer. : « C'est vrai que l'on me demande souvent quelle différence peuvent faire quelques arbres plantés ici et là. Je réponds que chaque forêt commence par un arbre. Un mouvement commence toujours par une personne ou un petit groupe. Nous ne prétendons pas que nous allons sauver le monde, loin de là. Nous essayons déjà de sauver ce qui peut l'être, ici et maintenant. Cela peut paraître illusoire, mais pour nous, c'est déjà suffisant. » Alors que le soleil se couche sur la vallée de Cufferfield, les Éco-Rangers se rassemblent autour d'un feu de camp. Les visages sont fatigués et sales, et certains s'étirent car ils sont courbaturés. Ils ont planté environ 500 arbres aujourd'hui et espèrent en planter davantage demain. Alors que le repas vient de se terminer, deux d'entre eux commencent à chanter en tapant dans leurs mains. Il s'agit d'une vieille chanson révolutionnaire dont les paroles ont été modifiées pour s'adapter à la cause. D'autres personnes se joignent à eux et leurs voix rebelles résonnent à travers le paysage aride qui les entoure. Rosanna Sterrett les observe en souriant et en tapant dans ses mains en rythme : « C'est ce qui me donne de l'espoir en fin de journée. Ce n'est pas uniquement planter des arbres, même si j'adore les arbres. Ce sont les gens d'ici. La façon dont nous nous rassemblons, travaillons ensemble et partageons un optimisme commun. Dans une période de difficulté, où tout semble s'effondrer, nous sommes en train de construire quelque chose de nouveau. Quelque chose de beau. Quelque chose qui, pour une fois, pourrait durer. » Elle s'arrête un instant, plongeant son regard vers les collines où son grand-père travaillait, où sa mère a grandi, et où elle participe à reboiser. « On dit souvent qu'il est difficile de retourner chez soi, et c'est sans doute vrai. Mais le plus important, c'est d'avoir la foi en la possibilité de construire un nouveau foyer sur la même terre, avec le même amour. C'est ce que nous faisons ici, d'une manière ou d'une autre. C'est cela qui fait ce que nous sommes. »

LES ECO-RANGERS EN BREF

Les Eco-Rangers comptent actuellement environ 450 membres actifs. Plus de 50 000 arbres ont été plantés au cours des trois dernières années. Vingt-trois sites ont déjà été reboisés, partiellement ou totalement. Les heures de bénévolat s'élèvent à plus de 180 000 heures. Le nombre d'échantillons prélevés s'élève à 6 700. L'âge moyen est d'environ 25 ans. Comment les rejoindre ? Les Eco-Rangers n'ont pas encore de site internet officiel pour des raisons de sécurité, mais ils sont joignables via les sections du Green Bloc dans la plupart des districts. Les bénévoles sont acceptés toute l'année et les formations sont dispensées sur place. Aucune expérience n'est requise ; seul compte l'engagement pour la cause. Ils vous demanderont simplement de leur consacrer au moins une semaine, de vous rendre sur place avec un moyen de transport (covoiturage possible), d'apporter des vêtements de travail et des bottes, d'être prêt à travailler dans des conditions difficiles, et surtout d'avoir à cœur la protection de l'environnement. En échange, ils vous fourniront : Ils vous fourniront de la nourriture et un hébergement, l'ensemble des outils nécessaires, ainsi que des formations précieuses. Vous contribuerez à la fondation de nouvelles communautés avec un but précis et atteignable : l'espoir. Les Eco-Rangers organiseront leur festival annuel du 1er au 3 avril à Cufferfield, l'occasion de faire du bénévolat et de les rencontrer. Apportez ce que vous pouvez et repartez avec le sentiment d'avoir contribué à soigner l'environnement du Commonwealth !
20989
.

HÉROS ET MARTYRS DU TRAVAIL : EN MÉMOIRE DES MARTYRS
DE COALHAVEN DE 1994


.
Vint-cinq ans après le massacre qui a fait tremblé la RWSR, que reste t-il de sa mémoire ?

Par Daniel Jamieson, correspondant pour les questions syndicales historiques

18 Février 2019 - COALHAVEN | La neige était épaisse cet hiver là. Celles et ceux qui sont encore là-bas en parlent encore : comment elle s'entassait devant chez eux, rendant le chemin vers la mine impraticable, comment les températures avaient gelé une partie de la Terrenach, et surtout, comment elle semblait avoir enseveli tout espoir en même temps que la terre. Le mois de février 1994 fut l'un des plus froids de la fin du XXe siècle, selon les souvenirs des habitants de Coalhaven, qui le considèrent également comme le plus sombre et le plus sanglant. Le matin du 18 février, il y a vingt-cinq ans, ils se sont rassemblés pacifiquement devant le principal dépôt alimentaire du CMS. Il ne s'agissait pas encore d'une foule en colère, ni d'une émeute ; c'était même tout le contraire : des travailleurs affamés, des familles désespérées, des mères de famille avec leurs enfants, des hommes et des femmes à qui l'on avait répété depuis la fin de l'année précédente que les prochaines livraisons arriveraient, que les rations seraient même doublées, mais qu'il fallait encore tenir un peu, car tout finirait par rentrer dans l'ordre. Cette fameuse livraison est bien arrivée, mais la double ration promise n'a jamais été distribuée. Et à la tombée de la nuit, quarante-sept personnes gisaient mortes dans la neige, abattues froidement par la Black Book Guard, qui prétendait les protéger et représenter leurs intérêts face à la contre-révolution. Voici l'histoire des Martyrs de Coalhaven. Vingt-cinq ans plus tard, leurs fantômes hantent toujours les vallons du district minier de Calvada.

L'ÉLÉMENT PREMIER : LA FAIM

L'hiver 1993. Pour comprendre l'origine du massacre, il faut d'abord comprendre la faim qui tenaillait les estomacs. La Reernian Workers' Syndicalist Republic avait déjà connu par le passé des problèmes d'approvisionnement et des pénuries. Le rationnement faisait partie du quotidien. Mais l'hiver 1993-1994 était différent. Les difficultés économiques et les maigres relations commerciales de la RWSR l'handicapaient lourdement. La plupart des fermes collectives, déjà peu efficaces, avaient été touchées par une sécheresse, une gestion catastrophique et l'effondrement du système d'approvisionnement en engrais. Les importations de céréales, pour la plupart payées en devises fortes dont l'État ne disposait pas à volonté, diminuaient. En janvier 1994, la ration officielle à Coalhaven est tombée en dessous de 1 000 calories par jour. Officieusement, beaucoup recevaient bien moins. Le dépôt alimentaire du CMS, qui gérait et distribuait la ration aux mineurs et à leurs familles, fonctionnait depuis des mois grâce à des réserves qui s'épuisaient peu à peu. La nourriture restante était réservée en priorité aux mineurs en activité, et leurs familles devaient se contenter de moins. Zylphia Beal, âgée de 48 ans, se souvient de cette période :

« J'avais vingt-trois ans à cette époque. Mon mari travaillait de longues heures, car sinon, nous aurions perdu notre logement. Les temps étaient durs, à cause de la conjoncture économique, il ne gagnait plus que la moitié de son salaire habituel, et nous ne pouvions acheter que le strict minimum. Ce n'était pas grand-chose. Je me souviens d'avoir été horrifiée de voir mes deux enfants n'avoir que la peau sur les os, ma fille ayant même les côtes transparentes. Je me souviens que nous avons prié pour que le printemps arrive plus tôt. Je me souviens du silence, de la façon dont toute la vie semblait retenir son souffle, attendant quelque chose. N'importe quoi, mais un changement. » À la mi-février, le dépôt alimentaire était vide depuis trois jours. Aucune nouvelle ne provenait de New Harmony. Les livraisons n'arrivaient pas, et pourtant, on se démenait localement pour qu'elles aient lieu dans d'autres localités. Le bureau régional du CMS, dirigé à l'époque par Jebediah Cullerton, envoyait des télégrammes désespérés à la capitale. Il n'obtenait aucune réponse. Un télégramme envoyé à la direction du CMS à l'époque et aujourd'hui déclassifié, daté du 15 février 1993, montre l'ampleur de la catastrophe : « SITUATION CRITIQUE. DÉPÔT ALIMENTAIRE VIDE DEPUIS TROIS JOURS. POPULATION AGITÉE. DEMANDE URGENTE D’ENVOI IMMÉDIAT DE CÉRÉALES, DE CONSERVES, DE TOUT CE QUI PEUT ÊTRE. TROUBLES CIVILS IMMINENTS. VEUILLEZ RÉPONDRE. » La réponse a été apportée trois jours plus tard, mais ce n'était pas des denrées alimentaires.

LA DEUXIÈME ACTE : LE RASSEMBLEMENT

Le 18 février 1994, vers sept heures du matin, une foule commence à se rassembler peu avant l'aube. La nouvelle s'était rapidement répandue dans l'ensemble des complexes de logements miniers et parmi les familles : un train était arrivé au dépôt de Coalhaven. Certains, excités, disaient qu'il transportait les denrées alimentaires tant attendues. D'autres disaient qu'il s'agissait de blé. Les plus optimistes murmuraient qu'il s'agissait de conserves, peut-être de viande. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pacifiquement devant le dépôt alimentaire du CMS. Il n'y avait pas encore de panique, du moins pas encore. Il y avait de l'attente, de l'espoir, et au fond, de la reconnaissance que le ravitaillement tant attendu finisse par arriver. Des mères tenaient leurs enfants par la main en les rassurant. Des personnes âgées étaient soutenues par leurs proches. Des mineurs, encore vêtus de leur tenue de travail de l'équipe de nuit, se tenaient debout et alignés en silence, attendant. Témoignage de Bert Twigg, mineur, devant une commission de l'UMMFS en 1996 : « J'étais là avec les camarades. Nous avons attendu, observé. L'ambiance qui régnait n'était pas... ce n'était pas de la colère. C'était presque festif. Les gens étaient heureux, ils pleuraient de joie, ils avaient le sourire et ils riaient. Nous pensions que c'était fini, que nous avions réussi à tenir comme on nous l'avait demandé. Nous ne connaissions pas la réalité. » À son arrivée, le train blindé ne transportait pas de vivres. Il transportait des membres de la Black Book Guard, armés.

LE TROISÈME ACTE : LE MASSACRE

Lorsque le train s'est stabilisé sur la voie, les membres de la Black Book Guard en uniforme sont sortis du train en formation militaire, se détachant nettement de la neige environnante. Ils portaient pour la plupart des armes automatiques et mettaient en place leurs casques et visières. Ils se déplacèrent rapidement, avec la précision et l'entraînement d'hommes ayant déjà effectué ce genre de mission. Les sourires disparurent, les voix se turent. Un lourd silence tomba. Un officier supérieur, dont la description et le nom n'ont jamais été confirmés, mais que les survivants se souviennent comme étant un homme de grande taille, mince et au regard froid, s'est adressé à la foule à l'aide d'un mégaphone : « Dispersez-vous immédiatement et rentrez chez vous. Ce rassemblement est illégal. » Dispersez-vous ou nous ferons usage de la force. » Pendant un instant, personne ne bougea, stupéfait par cette déclaration. Puis, quelqu'un, dont personne ne se souvient, cria depuis la foule : « On a faim ! Donnez-nous de quoi manger ! Nourrissez les travailleurs ! » L'officier supérieur répéta alors une fois de plus son ordre avec fermeté. De la foule, des murmures et de l'agitation se firent entendre, puis certains commencèrent à avancer doucement, sans mauvaise intention, sans attaquer ni charger les membres de la Black Book Guard.

Ils se déplaçaient ensemble, comme le font les foules, avec agitation et incertitude. L'officier supérieur répéta une troisième et dernière fois son ordre, tandis que les gardes armèrent leurs armes. Puis, quelqu'un a lancé une boule de neige. Puis un autre. Puis un autre encore. Puis ce furent des pierres. Les gardes ont alors ouvert le feu sans discrimination. Zylphia Beal se souvient : « Ce bruit assourdissant. Je ne peux toujours pas le décrire exactement aujourd'hui. C'était comme le tonnerre, mais différent. Je n'avais jamais entendu un tel bruit auparavant. Les gens autour de moi ont commencé à tomber, à hurler et à courir dans tous les sens. La neige est devenue rouge. J'ai attrapé mes deux enfants et nous avons couru, nous avons pris la fuite. Je n'ai pas osé regarder en arrière, je n'en avais pas le courage. » La fusillade a duré environ deux minutes. Lorsqu'elle a cessé, quarante-sept personnes gisaient mortes ou mourantes dans la neige. Parmi elles se trouvaient treize femmes, huit enfants de moins de seize ans et vingt-six hommes, pour la plupart des mineurs qui venaient de terminer leur équipe de nuit. Le bilan officiel, dressé dans un rapport interne de l'UMMFS rendu public en 2016, décompte 47 morts, 83 blessés et 12 personnes arrêtées. Les blessés ont été laissés à même le sol et dans la neige pendant des heures, le temps que la Black Book Guard sécurise la zone, avant de recevoir des soins. Certains ont saigné à mort en attendant qu'on leur apporte des soins, qui sont arrivés bien trop tard, voire pas du tout.

LE QUATRIÈME ACTE : LES CONSÉQUENCES

Pendant une semaine, ce fut un jeu de dissimulation soigneusement orchestré. La réponse des autorités gouvernementales a été immédiate et brutale. Les morts ont été enterrés dans des fosses communes. Les blessés, soignés discrètement, ont été relâchés sous la menace de mort ou de la disparition de leur famille s'ils parlaient. Les témoins ont été intimidés, soudoyés ou ont tout simplement disparu. Le récit officiel, diffusé sur l'ensemble des médias, racontait que des « éléments contre-révolutionnaires » avaient tenté de « prendre d'assaut » un bâtiment gouvernemental stratégique et avaient été « neutralisés » en légitime défense. Le bilan officiel faisait état de douze morts. Les victimes étaient décrites comme des « criminels et des provocateurs ». La déclaration du Conseil central de l'UMMFS en date du 20 février 1994 est très claire : « La situation à Coalhaven est stabilisée. Un petit groupe d'éléments contre-révolutionnaires et antisyndicaux, financés par des impérialistes étrangers, a tenté de perturber l'ordre public et de s'emparer de bâtiments gouvernementaux. Les forces de sécurité ont réagi avec la fermeté nécessaire. Les mineurs de Coalhaven restent fidèles à la révolution. » Personne à Coalhaven n'y croyait. Mais personne n'osait dire le contraire. Jed Cullerton, qui était alors directeur régional du CMS, notera dans son journal intime : « Je les ai vus mourir aujourd'hui, des hommes et des femmes que je connaissais. Des hommes avec qui j'ai pu travailler par le passé. Je n'ai rien pu faire. Les gardes recevaient leurs ordres de New Harmony et ne voulaient rien entendre de notre part. Je ne pourrai jamais oublier. Je ne pardonnerai jamais ce qui s'est passé. » Je me battrai pour que notre peuple et ma classe ne soient plus jamais brimés. J'en fais le serment. » Longtemps conservé secrètement par l'intéressé lui-même, il le divulguera par la suite, fournissant ainsi du carburant au mouvement réformateur qui voyait dans le massacre une tâche indélébile sur la légitimité de la RWSR.

QUI SONT LES MARTYRS ?

Il y a des martyrs connus et d'autres qui le sont encore aujourd'hui. Sur les quarante-sept personnes tuées, seules trente-deux ont pu être identifiées. Les autres sont inhumés dans des tombes anonymes, leur identité ayant été effacée par un gouvernement qui voulait qu'on les oublie. Parmi eux, Anthony Salt, un mineur de 54 ans, qui a perdu son épouse et ses trois enfants. Mary York, une femme au foyer de 32 ans, a été tuée avec l'un de ses enfants. Godfrey Hull, apprenti de 17 ans. Alva Woods, une écolière de 9 ans, a été tuée avec ses deux parents. Rees Hart, un retraité de 61 ans. Grace Finnegan, serveuse dans une cafétéria et mère de trois enfants qui ont grandi sans elle. Et tant d'autres encore… Zylphia Beal me raconte : « Je connaissais Mary. Elle habitait deux portes plus loin. Elle avait deux enfants, Ettie et Dudley. Elle s'était rendue au dépôt alimentaire parce que ses enfants n'avaient rien mangé depuis trois jours. Elle voulait juste du lait pour le plus petit. Ces salauds lui ont tiré dessus. Ils ont tiré sur une mère qui essayait de nourrir l'un de ses enfants. Et ensuite, ils ont dit qu'elle était une criminelle. » Ettie est morte avec sa mère alors qu'elle n'avait pas trois ans. Dudley, qui avait sept ans à l'époque, vit aujourd'hui loin d'ici, à Port-Liberty, où il a refait sa vie. Il ne parle jamais de sa mère ; il ne peut tout simplement pas.

LE LONG SILENCE

Pendant plus de deux décennies, la vérité a été enterrée avec les victimes. Le massacre de Coalhaven était un sujet tabou. La Black Book Guard et l'UMMFS veillaient à ce que toute mention de l'événement ne sorte pas du discours officiel. Les familles qui évoquaient les morts étaient harcelées, leurs maisons étaient fouillées, leurs proches étaient perquisitionnés, et certains perdaient leur emploi. Les tombes des anonymes étaient laissées à l'abandon et leur emplacement n'était connu que de quelques-uns. Mais il est impossible de tuer la mémoire. Les survivants en parlaient entre eux, murmuraient à l'oreille de leurs enfants. Des grands-parents racontaient cette histoire en secret à leurs petits-enfants. Quelques âmes courageuses tenaient des listes pour se remémorer les événements et préserver le nom des morts. L'histoire du massacre se transmettait clandestinement, attendant patiemment dans l'ombre. Pour l'historien Silas Hamilton, « il ne fait aucun doute que les autorités pensaient pouvoir enterrer la vérité en même temps que les corps des victimes. Elles se trompaient, car le massacre de Coalhaven est devenu un traumatisme fondateur pour toute une génération. Tous les enfants des mineurs de Coalhaven ont grandi en sachant ce qui s'était passé, même s'ils ne pouvaient pas en parler. La connaissance de la réalité a été un creuset qui a joué contre le régime syndicaliste lui-même. » À la fin des années 2000, alors que certains atteignaient l'âge adulte, les murmures d'hier se sont amplifiés. Le massacre de Coalhaven était devenu un sujet de discussion omniprésent dans la littérature souterraine et sur des réseaux cryptés. Le gouvernement était affaibli et son avenir paraissait incertain ; il n'avait plus les moyens de réprimer ce qui se savait.

LE CINQUIÈME ACTE : L'HEURE DES COMPTES

Lorsque l'UMMFS a été dissous en 2015, l'une des premières mesures prises par le Conseil de transition et de réconciliation nationale a été de créer une Commission de vérité chargée d'enquêter sur les atrocités commises. Le massacre de Coalhaven était évidemment la priorité absolue. Des survivants et des témoins se sont immédiatement manifestés. Ces derniers avaient beaucoup de choses à raconter. Des documents ont été exhumés des archives de la Black Book Guard, en partie. Il a été possible de localiser et d'exhumer certaines tombes anonymes. Les morts ont enfin pu être identifiés, pleurés et surtout reconnus. En 2017, le rapport de la commission de vérité sur Coalhaven notait : « Le massacre de Coalhaven n'était en rien un accident. Il ne s'agissait pas davantage d'un excès regrettable des services de sécurité. C'était un acte de violence d'État délibéré et planifié, ordonné directement depuis New Harmony et froidement exécuté par la Black Book Guard. Le but était d'intimider la population affamée afin de la soumettre. Les victimes n'étaient ni des criminels, ni des provocateurs. Il s'agissait de travailleurs, de mères, de pères et d'enfants, des citoyens de la RWSR tués par leur propre gouvernement pour le simple crime de mourir de faim. » Le rapport citait enfin certains noms, comme celui du commandant qui avait ordonné d'ouvrir le feu (il s'est suicidé lors de la chute de la RWSR), ainsi que les responsables de New Harmony qui avaient approuvé le recours à la force létale et certains dirigeants du CMS qui n'étaient pas intervenus (ils ont été expulsés par Jebediah Cullerton depuis). Aucun des auteurs n'a cependant été traduit en justice, la plupart étant morts ou ayant tout simplement disparu de la circulation. Mais la vérité était enfin publique.

LE SIXÈME ACTE : UN LIEU DE MÉMOIRE

À l'occasion du vingt-deuxième anniversaire du massacre, un mémorial a été inauguré à Coalhaven. Conçu par des survivants et des membres des familles de victimes, il se dresse sur le site de l'ancien dépôt alimentaire, depuis rasé et remplacé par un petit parc à la lisière de la ville. Le mémorial est simple : un mur de pierre noire sur lequel sont gravés les noms des victimes identifiées. Au centre, une flamme brûle en permanence, alimentée par le charbon des mines voisines. Des bancs entourent le mémorial, invitant les visiteurs à s'asseoir, à réfléchir et surtout à se souvenir. L'inscription centrale du mémorial indique : « À la mémoire des quarante-sept travailleurs, mères, pères et enfants qui sont morts ici le 18 février 1994, tués par le gouvernement qui prétendait les représenter. Ils mouraient de faim. Ils ont demandé du pain. Ils ont reçu des balles. N'oublions jamais. Puissions-nous ne jamais revivre cela. » Chaque année, le 18 février, les habitants de Coalhaven se rassemblent au mémorial. Ils y allument des bougies et citent le nom des martyrs. Ils chantent de vieilles chansons, des chants de protestation et syndicaux, les mêmes que leurs parents et grands-parents chantaient lorsqu'ils étaient jeunes, pleins d'espoir, et croyaient en un monde meilleur. Lawrence Hickey, fils d'une martyre, explique : « Je viens ici depuis que le mémorial a été construit. J'y emmène ma famille et mes enfants. Je leur parle de leur grand-mère. Je leur raconte ce qui s'est passé et leur dis qu'ils ne doivent jamais l'oublier. Car si nous oublions, ce serait leur donner raison. Le spectre de la Black Book Guard ne peut pas gagner. Nous ne devons pas leur laisser le droit d'empiéter sur notre mémoire, et je ferai tout pour que cela n'arrive pas. »

LE SEPTIÈME ACTE : LA SIGNIFICATION PROFONDE

Que signifient-ils aujourd'hui ? Vingt-cinq ans plus tard, les martyrs de Coalhaven sont bien plus que de simples victimes. Ils sont devenus de véritables symboles : de la cruauté d'un régime en fin de vie, de la ténacité de la classe ouvrière et de la lutte incessante des mineurs pour la justice sociale au sein du Commonwealth. Pour le CMS, les martyrs de Coalhaven représentent un héritage complexe. Ils ont été tués par un État qui représentait les syndicats. La légitimité des syndicats est intacte, car ils ont été purgés des éléments ayant commis ces exactions au nom de ceux qu'ils prétendaient défendre. La ligne officielle du CMS consiste à mettre l'accent sur la loyauté sans faille des martyrs envers leur syndicat, leur sacrifice pour leur communauté et leur rôle dans la longue histoire de la lutte ouvrière. Ils sont des héros du travail. Percival Weston, l'actuel directeur régional du CMS, a déclaré l'an dernier : « Ils étaient les nôtres. Ils sont morts parce que des privilégiés ont usurpé un système à leur avantage en les abandonnant dans un moment critique. Il ne faut pas chercher d'excuse à cela. Nous n'oublions pas qu'ils étaient des mineurs, des travailleurs, des membres du syndicat, corps et âme. Leur sacrifice nous rappelle pourquoi nous continuons de nous battre aujourd'hui et pourquoi nous ne devons laisser personne contrôler notre destin. La solidarité restera toujours notre arme. »

Pour le Democratic Labor Front et même pour la Scarlet Guard, les martyrs sont la preuve que l'ancien régime syndicaliste était irrécupérable et que le nouveau serait bâti par les mêmes personnes qui ont ordonné le massacre ; ces personnes ne seraient pas meilleures. Lors de leurs rassemblements ou manifestations, ils crient le nom des martyrs et exigent surtout un « règlement de compte » qui n'aurait pas encore eu lieu. Dans une récente brochure du Democratic Labor Front, on peut lire : « Les martyrs de Coalhaven sont morts. Leur crime ? Mourir de faim. Les hommes qui ont ordonné leur mort sont toujours parmi nous, à la Chambre des syndicats, au Conseil d'État et même dans nos syndicats. Ils portent aujourd'hui des uniformes différents, mais ils sont les mêmes. La révolution n’est pas terminée, camarade. Nos martyrs exigent que nous la menions à son terme. » Le CMS condamne cette rhétorique qui vise à mener une guerre absurde et à diviser le mouvement syndical. Pour le Bloc de la solidarité, les martyrs sont un avertissement, un rappel de ce qui se passe lorsque les institutions perdent le contact avec les personnes qu'elles sont censées servir. Il s'agit pour eux d'un baromètre qui justifie leur politique de compromis et leur prudence : il vaut mieux réformer à petits pas que de risquer un nouveau massacre.

Lors de sa prise de fonction en 2017, la Première ministre, Keturah Lineboro, avait déclaré : « Nous devons nous souvenir de Coalhaven, non pas pour attribuer des responsabilités, mais pour apprendre. Nous apprenons que la faim pousse au désespoir. Nous apprenons que les institutions doivent écouter leur peuple, ou bien mourir. Nous apprenons que les personnes qui nous font confiance ne sont pas une masse à contrôler, mais des concitoyens à servir. Telle est la leçon des martyrs de Coalhaven. Cette leçon, nous la portons en nous. » Mais pour les habitants de Coalhaven, les martyrs sont avant tout des membres de leur famille et de leur communauté. Des proches, des voisins. Des personnes qui, un matin, se sont rendues devant un dépôt alimentaire et n'en sont jamais revenues. Des photos de ces personnes sont accrochées dans des maisons de la ville. Leurs noms sont prononcés dans des discours, des prières et des slogans. Leur mémoire forme un tissu qui maintient la mémoire et la vie quotidienne. Pour Zylphia Beal, « je ne pense pas à la politique quand je viens au mémorial. Je pense à Mary et à ses enfants. À la vie qu'elle aurait dû avoir à leurs côtés, pour les voir grandir. Elle devrait être ici avec nous, à voir ses petits-enfants grandir. Elle devrait être comme les personnes âgées du quartier, à se plaindre souvent du temps. Au lieu de cela, elle n'est qu'un nom sur un mur, avec sa petite-fille qui serait une jeune femme aujourd'hui. Tout ça, ce n'est pas qu'une question de politique. C'est avant tout une tragédie commune. »

L'ACTE FINAL : QUEL FUTUR ?

Le souvenir de Coalhaven plane sur tous les débats et toutes les prises de position. Ceux qui souhaitent abolir la Chambre des syndicats invoquent les martyrs pour prouver que le pouvoir syndical est foncièrement corrompu. Ceux qui défendent les syndicats prouvent au contraire que ceux-ci seront toujours là pour défendre les travailleurs et les protéger de leurs nouveaux seigneurs du marché. Ceux qui réclament l'autonomie totale des districts les invoquent pour prouver qu'on ne peut pas faire confiance à New Harmony. Tout le monde revendique la mémoire des martyrs, mais personne ne s'accorde sur les raisons de leur mort. Pour Silas Hamilton, « le massacre de Coalhaven est une sorte de test de Rorschach, dans le sens où chacun y voit ce qu'il veut y voir. Pour le CMS, c'est la loyauté sans faille. Pour les réformateurs, c'est un avertissement. Les plus radicaux y voient une mise en accusation de tous. La vérité est sans doute plus complexe : quarante-sept personnes sont mortes parce qu'elles réclamaient de quoi se nourrir, et leur gouvernement leur a refusé ce droit en les massacrant. Tout le reste n'est que pure interprétation idéologique. » Vingt-cinq ans plus tard, les tombes sont enfin entretenues correctement.

Les noms sont pour la plupart connus. L'histoire est racontée ouvertement. Mais la faim qui les a tués, la faim de justice, de dignité et de pouvoir s'exprimer sur les décisions qui régissent leur vie, cette faim-là demeure. Elle ne pourra être apaisée qu'en renforçant les liens syndicaux et communautaires, par le renforcement de la solidarité. Pour Lawrence Hickey, tout cela doit avoir un sens profond : « On me demande souvent ce que les martyrs auraient voulu. Je dois avouer que je ne sais pas, je ne les ai jamais rencontrés. Ma mère est morte avant que je ne sois assez grand pour la connaître. Néanmoins, je sais ce que je veux. Je veux que les enfants vivent dans un monde où personne n'ait à mourir pour avoir demandé du pain. » Je veux que leurs enfants sachent que la mort de leur grand-mère n'a pas été vaine, qu'elle a changé les choses, qu'elle les a même améliorées d'une certaine façon. Je ne pense pas que ce soit beaucoup demander. Nous devons continuer à exiger sans relâche. C'est ce qu'ils auraient voulu. Nous continuerons à demander, à exiger et à nous battre. Nous ne nous arrêterons jamais. » Chaque année, depuis le début des commémorations, les noms des morts sont lus à haute voix. Cette année, comme ces dernières années, ils seront criés pour qu'on se souvienne d'eux et qu'on les honore comme il se doit, en tant que véritables héros et martyrs du travail.

Le 25ème anniversaire et sa cérémonie commémorative annuelle Coalhaven aura lieu aujourd’hui à 14 h au Martyrs’ Memorial Park de Coalhaven, suivie d’un cortège vers le cimetière du CMS. Tout le monde est le bienvenu.
11376
.

PORT-LIBERTY REAL ESTATE :
« ÉCHAPPEZ À LA STAGNATION ! VENEZ VIVRE LÀ OÙ L'AVENIR SE CONSTRUIT !»


.

ÉDITION SPÉCIALE

Port-Liberty n'est pas seulement une ville. C'est le seul endroit du Commonwealth où l'économie est en constante croissance. C'est le seul endroit du Commonwealth où vos enfants peuvent envisager leur avenir et construire quelque chose de nouveau. C'est le seul endroit du Commonwealth où votre travail compte vraiment. Venez à Port-Liberty et vivez dans le futur qui se construit aujourd'hui !

Vous connaissez ce sentiment. Cette angoisse qui vous prend aux tripes et s'installe lorsque vous consultez votre dernier salaire ou votre pension. Vous vous rendez compte qu'il n'a pas augmenté depuis quatre ans. Vous supportez le poids de voir vos enfants partir un par un vers des endroits que vous n'avez jamais pu visiter. Vous avez froid en pensant au prochain hiver que vous passerez seul et désespéré dans votre appartement mal chauffé, dans une ville miteuse où les seules nouvelles que vous entendez sont mauvaises, avec un gouvernement qui affirme vous avoir à l'esprit mais qui a totalement oublié votre existence. Vous avez tout donné pour Reernia et le Commonwealth. Tout : votre travail, votre santé, votre vie, et surtout votre loyauté. Et qu'est-ce que le Commonwealth vous a donné en retour ? Rien, si ce n'est des promesses en l'air. Des salaires et des pensions gelés. Un avenir qui, à bien des égards, ressemble exactement au passé. Mais il existe une autre solution. Port-Liberty affiche la croissance économique la plus rapide du Commonwealth. Notre PIB a augmenté de 34 % depuis 2015. Le taux de chômage est inférieur à 5 %. De nouvelles entreprises ouvrent chaque jour, car des personnes talentueuses sont prêtes à prendre des risques. Notre interface maritime est la plus active de tout le nord du continent. De nombreux secteurs recrutent et de nouveaux bâtiments sortent de terre chaque jour. Tout ceci n'est pas une vaine promesse, mais un projet pour un avenir radieux. Ce que nous vous proposons n'est pas un projet de loi en attente d'être potentiellement adopté par une Assemblée nationale incapable de se mettre d'accord sur quoi que ce soit. Non, nous parlons de la réalité, une réalité qui se passe sous vos yeux, chaque jour et à chaque instant. Comment se fait-il que vous ne soyez pas informé de tout ce qui se passe ici ?

UNE ÉCONOMIE EN PLEIN BOOM

Tout ce que vous gagnez pour vivre est fortement déprécié. Ici, notre économie est en croissance continue. L'intérieur du pays est pris dans une spirale infernale de faillites constantes, d'institutions incompétentes et de WOT qui refusent de s'adapter. Pour couronner le tout, la Chambre des syndicats s'oppose à toute réforme. Vous n'avez aucune perspective de carrière et vos enfants devront supporter les mêmes chaînes que vous. Votre communauté est en train de mourir, lentement mais sûrement. Port-Liberty est radicalement différente. Nous ne laissons pas la Chambre des syndicats dicter notre avenir. Nous décidons de construire notre avenir par et pour nous-mêmes. Notre économie est alimentée par le génie humain, l'innovation et la liberté individuelle, et non par des subventions. Nos entreprises sont en concurrence sur les marchés internationaux ; elles ne se replient pas derrière des monopoles légaux et surprotégés. Nos travailleuses et travailleurs sont payés en HCU, une monnaie forte qui conserve toute sa valeur, peut être épargnée et permet donc de construire quelque chose sur des bases saines. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Port-Liberty, c'est une croissance du PIB de 34 % ces dernières années, un taux de chômage de 4,2 %, des milliers d'entreprises créées rien qu'en 2020, un salaire moyen de 52 000 satling HCU, et une jeunesse qui entre sur le marché du travail dans la tranche d'âge 25-35 ans en augmentation de 22 %. Et du côté de l'intérieur du pays ? Une croissance d'à peine 2 %, un chômage touchant 18 % de la population, moins de cinquante entreprises créées, un salaire moyen de 11 200 satling HCU, et surtout, une perte sèche de la jeunesse entre 25 et 35 ans sur le marché du travail de plus de 35 %. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Vous n'avez rien, vous n'arrivez pas à avoir davantage. Vos maigres économies fondent à vue d'œil. Votre avenir dépend de bureaucrates qui prétendent pouvoir vous sauver. Ici, à Port-Liberty, nous nous sommes sauvés par nous-mêmes !

SAISIR LES BONNES OPPORTUNITÉS

Vous voyez votre enfant partir pour ne jamais revenir. Nos enfants, eux, rentrent chez eux. La plupart des parents vivant dans le pays connaissent cette sensation. La chambre de l'enfant est vide et les appels téléphoniques ou vidéo se font de plus en plus rares. Vous voyez vos petits-enfants rarement, une fois par an au mieux. Ils sont partis parce qu'il n'y avait rien pour eux là où vous vivez. Il n'y avait rien : pas d'emploi, aucune perspective d'avenir, et surtout, aucun espoir. Qu'ont-ils fait ? Ils sont venus ici. Port-Liberty est le hub de destination de la jeunesse ambitieuse, de celles et ceux qui refusent d'attendre que leur sort s'arrange sous la dictature des syndicats. Ils veulent construire quelque chose de nouveau, qui leur appartienne et qui fonctionne durablement. Quelque chose, en somme, fait pour durer. L'âge médian à Port-Liberty est de 32 ans, contre 47 ans à l'intérieur du pays. La croissance démographique de Port-Liberty est de 18 % depuis trois ans, le nombre de nouveaux résidents, issus de la jeunesse opprimée de l'intérieur du pays, a augmenté de 31 %, les emplois créés dans les nouveaux secteurs porteurs, comme la technologie, ont augmenté de 140 % et le nombre de logements construits l'an dernier approche les 12 000. Vos enfants ont fait le choix de vivre ici, de parier sur un avenir prometteur. Vos petits-enfants pourraient naître et vivre ici. Votre famille pourrait, dans un futur proche, être à nouveau réunie.

FAIRE À NOUVEAU COMMUNAUTÉ


Sachez que si vous faites le bon choix, vous ne laisserez rien derrière vous. Au contraire, vous emporterez tout ce qui compte le plus. On ne cesse de vous répéter que Port-Liberty est une ville sans âme. Une ville faite uniquement de verre et d'acier, de personnes indifférentes à votre sort, vivant de transactions financières frauduleuses, et enfin, de personnes qui ont oublié d'où elles venaient et ont décidé de s'installer ici. Ceux qui vous disent cela ont tort. Port-Liberty est la ville de celles et ceux qui veulent se souvenir. Se souvenir que certains ont quitté l'intérieur du pays parce qu'ils y étaient obligés, et non parce qu'ils le souhaitaient. Ces personnes ont toujours une certaine nostalgie pour leur village d'enfance, pour leurs montagnes ; elles appellent toujours leurs parents et rêvent surtout d'un Commonwealth qui offre les mêmes opportunités à tous. Ici, nous avons bâti quelque chose que l'intérieur du Commonwealth ne peut pas imaginer : une nouvelle communauté de personnes qui ont choisi leur avenir, refusant d'attendre et d'être traitées comme des demeurés. Ils ont construit quelque chose de radicalement nouveau sans oublier ce qu'ils ont pu laisser derrière eux. Que trouverez-vous à Port-Liberty si vous sautez le pas ? Des quartiers vivants et animés qui portent le nom des lieux que vous avez quittés, comme Little Coalhaven, Beckinsdale Heights ou New Harmony Square. Des restaurants ou des snacks qui servent des plats de votre enfance, comme les fried pies, une bonne soupe de haricots, du pain de maïs ou encore des spécialités de tout le Commonwealth. De la musique qui vous rappellera chez vous, comme de la country ou du bluegrass, jouée en bord de mer, ainsi que de la musique traditionnelle et de nombreuses stations de radio diffusées dans tous les cafés et bars. Des édifices religieux pour pratiquer votre religion comme vous le souhaitez, ou tout simplement ne rien pratiquer. Des écoles et des lieux d'éducation où vos enfants apprendront ce qui fera d'eux des citoyens responsables, ce dont vous avez été privés par l'ancien régime. Vous voyez, vous ne laissez rien derrière vous ; vous emportez tout ce qui compte. De plus, vous l'emportez vers un endroit qui peut vous permettre de vous épanouir.

UN LOGEMENT DE QUALITÉ

Vous vous levez et vous couchez avec la même pensée : votre logement est en ruine. Vous ne pouvez plus vivre ainsi. L'intérieur ne peut pas être reconstruit. Pourquoi ? Tous les plans de reconstruction et de réaménagement sont bloqués. L'institution chargée de la question des terres et des habitants n'a même pas résolu 1 % des revendications en quatre ans. Et votre appartement ? En ruine, vous grelottez en hiver et vous mourez de chaud en été. Il n'y a nulle part où aller, car il n'y a rien à construire. Tout vous prive de conditions de vie confortables. À l'inverse, Port-Liberty se développe jour et nuit. De nouveaux quartiers, de nouvelles tours et de nouvelles communautés voient le jour. Des logements sortent de terre pour offrir un mode de vie spacieux et contemporain. Des appartements qui vous chauffent en hiver, des immeubles avec des ascenseurs qui fonctionnent et sont entretenus. Des quartiers vivants et verts, avec des parcs, des commerces, des cinémas, et tout ce dont vous avez besoin. Qu'est-ce que vous recherchez exactement ? Un appartement avec une chambre sur Southport Waterfront ? Disponible pour 180 000 satling HCU, il offre une vue sur le port, une sécurité 24 h/24 et un centre de remise en forme à proximité. Un appartement familial avec deux chambres sur Meridian Street ? Disponible pour 320 000 satling HCU, il se trouve à proximité d'une école, d'un parc et d'un centre commercial. Ou une maison avec trois chambres à New Harmony Square, à la périphérie de la ville ? Disponible pour 450 000 satling HCU, elle est proche d'un quartier historique, dispose d'une terrasse sur le toit et d'un parking privé. Mieux encore, vous voulez votre propre penthouse dans la Suitor Tower ? Il est disponible pour 1 200 000 satling HCU, avec une vue panoramique sur la ville, un ascenseur privé et un service d'entretien personnalisé. Des financements sont disponibles. Tous les biens cités ici sont proposés en HCU uniquement, sans aucun délai lié au bureau de réconciliation, sans approbation bureaucratique et sans délai. Alors, partant ?

ILS L'ONT FAIT ALORS POURQUOI PAS VOUS ?

.

« J’ai quitté Coalhaven avec ma famille et nous nous sommes retrouvés à Port-Liberty. J'ai travaillé dans le secteur minier pendant des décennies, comme ma famille avant moi. Mon grand-père est mort de maladie. Je n'ai pas honte d'avouer que j'aimais Coalhaven et que je l'aime toujours. J'ai néanmoins vu des voisins et des proches s'en aller, et mon salaire ne pas augmenter, voire diminuer. Ma fille est tombée malade et je n'ai plus pu attendre. C'est pourquoi nous avons décidé de déménager à Port-Liberty en 2017. Mon fils veut faire des études pour devenir ingénieur et ma fille, qui est aujourd'hui guérie, souhaite devenir enseignante. Nous avons pu consulter des médecins capables de nous fournir des traitements adaptés. J'espère être encore là pour voir mes petits-enfants naître et grandir ici. Ils ne sauront pas ce que c'est que de vivre dans un environnement empoisonné, ni de voir l'un de ses proches mourir d'une maladie respiratoire ou vasculaire. Ils auront foi en l'avenir. Oui, j'ai quitté Coalhaven, mais je ne me suis pas perdu pour autant. J'ai tout ce qui compte pour moi, et surtout, j'ai retrouvé et offert à ma famille quelque chose que je croyais perdu depuis longtemps : l'optimisme. » - Jared Anderson, mineur en reconversion professionnelle.

.

« Mon père ne m'a pas compris quand j'ai décidé de partir ; il a cru que je le trahissais. Il pensait sincèrement que j'abandonnais notre famille et notre communauté, que je reniais notre passé. Ce n'a jamais été le cas, bien au contraire. Je suis partie pour construire un avenir qui lui serait bénéfique, à lui comme à ma mère. Depuis peu, mes parents sont venus s'installer à Port-Liberty et ils ont fini par comprendre mon choix. Ils peuvent enfin vivre dignement leur retraite, avoir accès à ce dont ils ont besoin sans craindre l'avenir. Je souhaite que le reste de notre famille fasse de même : laisser derrière nous ce qui est trop dur et prendre ce dont nous avons besoin pour rebâtir ici. Ce n'est en rien de l'abandon, c'est faire preuve d'amour. J'étais une modeste caissière ; avec de la volonté, je suis devenue cadre dans une entreprise informatique. Je souhaite que mes futurs enfants connaissent la même réussite. » - Truth Foster, développeuse senior

VOUS AUSSI SAUTEZ LE PAS !

Il ne sert à rien de chercher un avenir radieux, il est déjà là, en train de s'épanouir à Port-Liberty. L'intérieur du pays est condamné à attendre, inlassablement. Il attend que l'Assemblée nationale adopte un projet de loi, et que la Chambre approuve ou non cette réforme. Puis que le NDF débloque éventuellement les fonds. Une boucle perpétuelle qui enterre le futur sans jamais le faire advenir. Port-Liberty, lui, se construit son avenir en permanence. Aujourd'hui, maintenant, pendant que vous lisez ces lignes, en ce moment même. Chaque nouveau chantier est une promesse tenue, chaque nouveau bâtiment fonctionnel est un logement ou des emplois créés. Chaque famille qui s'installe ici peut espérer positivement. Chez vous, rien ne bouge. Toujours les mêmes galères : retards de salaires, problèmes de communautés qui se meurent et se déchirent, fuite de cerveaux et de talents. Vous avez le choix : attendre et croire que l'on viendra vous sauver. Vous pouvez même prier pour qu'un jour, d'une manière ou d'une autre, le Commonwealth se souvienne que vous existez. Ou alors, vous pouvez sauter le pas et venir vous installer enfin chez vous. Venez à Port-Liberty. Venez avec ce qui compte vraiment. Construisez quelque chose de nouveau qui vous appartienne enfin.
Haut de page