10/04/2019
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Rencontre Finejouri - Ghetto Kamiste (cité du désert)

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À l’aube, alors que le soleil commence à peine à frapper les pierres claires du palais, Alméa quitte les appartements royaux dans un silence presque cérémoniel. Le message de Sa Majesté est déjà scellé, rangé dans un étui sobre, porté non comme un symbole de pouvoir mais comme une responsabilité. Dans la cour intérieure, l’hélicoptère diplomatique attend, rotors immobiles, entouré d’un dispositif de sécurité resserré mais volontairement discret. Les agents échangent des regards sobres, conscients de la portée de cette mission , ce déplacement n’est pas une démonstration, c’est une prise de risque assumée. L’embarquement se fait sans faste. Alméa salue brièvement le chef de la sécurité, reçoit un dernier point de situation, météo stable, trajectoire sécurisée, zone d’atterrissage confirmée à la lisière du ghetto Kamiste puis prend place à bord. Lorsque les rotors s’éveillent, le grondement couvre les derniers murmures au sol, et l’appareil s’élève lentement au-dessus du royaume. À travers les hublots, les paysages familiers défilent, laissant progressivement place aux étendues arides de la Cité du Désert. Le vol est calme, presque solennel. À l’intérieur, peu de mots sont échangés, chacun sait que le silence est parfois plus lourd que les discours.

À mesure que l’hélicoptère approchede son lieu d'arrivé, le décor change brutalement. Les lignes régulières disparaissent, remplacées par un enchevêtrement de constructions serrées, de toits inégaux, de ruelles poussiéreuses. La sécurité ajuste ses positions, vérifie une dernière fois les communications. Le pilote annonce l’approche finale, l’atterrissage se fera au plus près du ghetto, sur une zone dégagée identifiée à la frontière du quartier, choix délibéré pour éviter toute coupure artificielle entre la délégation et la population. Lorsque l’appareil amorce sa descente, les rotors soulèvent des nuages de sable qui viennent frapper les façades alentours. Des silhouettes apparaissent, d’abord hésitantes, puis de plus en plus nombreuses, attirées par le bruit et la présence inhabituelle. L’hélicoptère se pose finalement dans un souffle puissant, stable, maîtrisé. La porte s’ouvre. Alméa descend lentement, le regard déjà tourné vers le ghetto kamiste, tandis que la sécurité se déploie autour d’elle sans rigidité excessive. Il n’y a ni barrière, ni distance ostentatoire, seulement une ligne humaine, prête à protéger sans provoquer.

À cet instant précis, la visite commence réellement. Le désert est silencieux, lourd, et le Ghetto Kamiste n’est plus une abstraction lointaine, il est là, à quelques mètres, vivant, observant, attendant. Alméa marque un bref arrêt, inspire profondément, puis avance, consciente que chaque pas posé à partir de cet atterrissage portera le poids du regard de la Couronne et des espoirs longtemps contenus.

Alméa avança pour se présenter aux autorités présente:

« Bien le Bonjour je me présente Alméa d’Estrasie proche conseillère au prêt de Sa Majesté le Roi Louis II pour le représenter lors de cette visite»


Photo portrait AlméaAlméa
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Le seigneur Mohammed Ben Saltyp

Le seigneur du Ghetto Kamiste, le monarque Mohammed Ben Saltyp, s'avança vers le groupe qui descendait de l'appareil :

C'est un véritable honneur pour mon humble quartier de la Cité du Désert que d'accueillir une délégation finejourille. Un si petit lieu attirant l'intérêt d'un si grand pays, ce n'est pas courant. Et c'est pour cela que nous vous accueillons avec tous les honneurs qu'il nous est possible de démontrer, vous qui avez traversé la moitié d'un continent pour venir nous voir.
Et si les nouvelles que nous avons eu, pendant les dernières années, du glorieux Finejouri ne tarissaient pas d'éloges, notamment suite à votre victoire écrasante contre les derniers colons eurysiens qui sévissaient sur notre beau continent, elles ne représentaient qu'une infime part de la réalité. Votre intérêt pour la cause souveraine des habitants de la Cité du Désert, face à une puissance nazumie qui souhaite nous annexer, montre une fois de plus votre fidélité envers la cause afaréenne, et votre sympathie envers les peuples qui n'ont pas les formidables moyens militaires du vôtre pour défendre leurs intérêts.
Bienvenue à vous, dame Alméa d’Estrasie ! Vous serez traitée ainsi qu'une habitante du quartier aussi longtemps que vous y resterez.
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Alméa écoute sans l’interrompre. À mesure que les mots de Mohammed Ben Saltyp s’élèvent dans l’air chaud du désert, elle en perçoit chaque nuance, chaque inflexion. Derrière les formules de respect et l’accueil solennel, elle entend autre chose, le poids d’années d’isolement, la fierté d’un quartier qui refuse de se voir comme insignifiant, et surtout une attente immense, presque dangereuse si elle venait à être déçue. Lorsqu’il évoque Finejouri comme un grand pays et le Ghetto Kamiste comme un lieu humble, Alméa sent une tension intérieure. Elle refuse cette hiérarchie implicite. Ce n’est pas la taille d’un territoire qui donne sa valeur à un peuple, mais sa capacité à tenir debout malgré la pression, malgré l’oubli. Et le Ghetto Kamiste, à cet instant, lui paraît tout sauf petit.

Les références à la victoire contre les colons eurysiens résonnent différemment en elle. Elle y perçoit de l’admiration, certes, mais aussi une projection, l’espoir que Finejouri soit un bouclier, peut-être même un sauveur. Cette attente la met mal à l’aise. Elle sait que l’aide ne doit jamais se transformer en dépendance, ni en illusion de protection absolue. Elle se promet intérieurement de mesurer chaque mot, chaque engagement. Quand Mohammed parle de la menace nazumie et de la fidélité de Finejouri à la cause afaréenne, Alméa sent le terrain se politiser sous ses pieds. Ce n’est plus seulement une visite humanitaire ou fraternelle ; c’est une ligne de fracture régionale qui affleure. Elle comprend que le Ghetto Kamiste cherche des garanties, des signaux clairs, mais elle sait aussi que trop promettre serait une faute. Et pourtant, lorsqu’il conclut en l’accueillant non comme une étrangère, mais comme une habitante du quartier, quelque chose se resserre en elle. Ce n’est pas un honneur qu’elle ressent, mais une responsabilité presque écrasante.
Alméa se dit alors qu’elle ne pourra pas se contenter d’écouter poliment. Que cette visite exigera plus que des mots justes. Qu’en posant le pied à sur ce térritoire, Finejouri vient d’entrer dans un espace où l’erreur ne sera pas pardonnée, mais où la sincérité, elle, sera reconnue. Et tandis que Mohammed termine son accueil, Alméa sait déjà une chose,quoi qu’elle dise ensuite, elle devra parler vrai, ou ne pas parler du tout.




« Seigneur Mohammed Ben Saltyp, habitants du Ghetto Kamiste, frères et sœurs ,

Si je suis ici aujourd’hui, c’est parce que Finejouri n’abandonne pas un peuple afaréen. Jamais. Où qu’il se trouve, quelles que soient les pressions qu’il subisse, nous considérons les peuples afaréens comme nos frères, et nous serons toujours présents à leurs côtés lorsque leur dignité, leur sécurité ou leur avenir sont menacés. Ma venue n’est ni symbolique ni protocolaire. Je suis ici pour écouter, pour voir, pour comprendre. Cette visite a pour objectif d’aborder sans détour les questions de sécurité qui pèsent sur votre quotidien, le respect et la protection de vos pratiques religieuses, mais aussi l’accès aux ressources vitales comme l’eau, la nourriture, la culture, tout ce qui permet à un peuple de vivre et non simplement de survivre.»

Alméa suivit Mohammed Ben Saltyp dans le Ghetto Kamiste jusqu’à un lieu ou ils pourraient discuter d'affaire concrète.



« Je veux donc vous poser des questions simples, directes, sans filtre.

Comment vivez-vous la sécurité au quotidien dans le Ghetto Kamiste ? Où se situent aujourd’hui vos principales craintes, dans la violence, dans l’abandon, ou dans la peur de perdre votre identité ?

Je souhaite aussi comprendre comment votre foi et vos traditions sont vécues ici. Vos lieux de culte sont-ils respectés et protégés ? Vous sentez-vous libres de transmettre votre religion et votre culture à vos enfants, ou vivez-vous avec la crainte qu’elles disparaissent sous la pression extérieure ?

Je veux également savoir comment vous accédez à l’eau, à la nourriture et aux ressources essentielles. L’eau est-elle suffisante, potable, accessible à tous ? Vos familles mangent-elles à leur faim ? Quelles sont aujourd’hui les urgences les plus vitales auxquelles vous êtes confrontés ?

Si Finejouri a fait le choix de se déplacer jusqu’à vous, c’est aussi pour mieux appréhender les défis auxquels vous faites face et pour affirmer une ligne claire, la Cité du Désert n’a pas vocation à être gérée ou annexée par une puissance étrangère. La stabilité ne peut pas être imposée de l’extérieur, et encore moins au détriment de la souveraineté d’un peuple. Je veux aussi vous dire que Finejouri sera la quand vous en aurait besoin, nous sommes prêt à aider.

Je tiens également à être très claire envers vous face aux rumeurs qui circulent. Finejouri s’oppose fermement aux discours prétendant que la Poëtoscovie chercherait à profiter d’une annexion pacifique pour exploiter les terres et les ressources de notre continent. Nous rejetons toute paix qui masquerait une domination ou un pillage déguisé.

À l’issue de cette visite, je souhaiterai et je vous le dis sans détour m’entretenir avec la princesse de la Cité du Désert. Je veux lui proposer une aide pleinement afaréenne, conçue sans ingérence extérieure, sans condition cachée, et pensée pour répondre aux besoins réels des populations dont le votre principalement.

Je ne suis pas venue parler à votre place. Je suis venue vous écouter, vous regarder en face, et vous dire que Finejouri vous entend, vous respecte et restera présent aussi longtemps que vous en aurez besoin. »
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Le seigneur Mohammed Ben Saltyp :

Eh bien je suis content que vous vous inquiétiez d'autant de facteurs à propos du Ghetto, à vrai dire. La nourriture n'est pas réellement un problème, puisque nos cultures ont un rendement satisfaisant dès lors qu'elles sont suffisamment alimentées en eau. Là est plutôt le problème, puisque la Cité n'a plus de source en son sein depuis bien longtemps, tout s'est tari à force d'y puiser. Nous avons donc plusieurs manières de nous la procurer, que ce soit en exploitant des puits hors de la ville, ce qui reste très pénible pour tous ceux qui doivent faire les allers-retours en transportant des jarres et pas toujours à dos de dromadaires. Quelques projets d'aqueducs, entrepris avec plus ou moins de succès, permettent parfois de mieux tenir le coup, mais rien n'est garanti.
De son côté, la Poëtoscovie a opté pour la solution de faire venir à grands frais des bidons d'eau depuis le Kyrkuzaï. Je ne suis personnellement pas convaincu par cette méthode fragile et coûteuse, qui nous rend en prime dépendants en permanence de leur apport régulier. Tout cet argent pourrait être investi dans des solutions à plus long termes, et qui seraient probablement plus productives. Bien que le conseil des seigneurs ne l'ait pas véritablement étudiée, j'avais vu passer dans des missives diplomatiques une proposition akaltienne allant dans ce sens, parlant par exemple d'eaux de pluie. Le problème reste qu'ils ne sont pas afaréens, mais je pense que nous allons finir par devoir nous raccrocher à tout ce que nous pouvons pour ne pas finir dans les griffes des poëtoscoviens sans pouvoir nous en détacher.

En bref, même l'eau est une question de laquelle se mêlent les poëtoscoviens, qui sont réellement partout dans les politiques les plus importantes de la Cité du Désert.

Pour ce qui est de pratiquer tranquillement notre culte, tout va bien pour le moment. Si nous disposons d'un quartier particulièrement muré vis-à-vis des autres, ce n'est pas pour rien. Des milices en gardent les entrées, et les habitants sont de manière générale très solidaires les uns envers les autres. Il n'arrive rien aux fidèles de notre culte tant qu'ils sont dans nos murs, et nous faisons également en sorte de les protéger lorsqu'ils en sortent pour aller dans le reste de la ville. En bref, nous arrivons très bien à nous débrouiller de ce point de vue-là, mais je vous remercie de vous en inquiéter.
La Cité du Désert en général n'est aussi pas très développée pour le moment, et la population croît toujours, contrairement aux pays plus riches qui, selon ce que j'entends par les voyageurs et diplomates, subissent souvent des crises de natalité. La transmission et la survie de notre culte n'est donc pour le moment pas inquiétée.

Comme vous le voyez donc, ce qui inquiète toute la Cité, c'est sa souveraineté. Souveraineté qui passe tout d'abord par son accès à l'eau, qu'elle serve à abreuver ses citoyens ou à fertiliser nos champs. Bien qu'une aide directe en bidons d'eau apportée par le Finejouri nous serait fort utile, il nous plairait bien plus que vous nous aidiez à mettre en place de meilleurs moyens de récupération des eaux de pluie, d'extraction de l'eau très profonde ou encore pour automatiser la venue de l'eau depuis les sources et nappes des montagnes.
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Alméa écoute attentivement la réponse de Mohammed Ben Saltyp. Pendant qu’il parle, elle hoche légèrement la tête à plusieurs reprises, comme pour montrer qu’elle suit chaque détail. Lorsqu’il termine, elle prend quelques secondes avant de répondre, le regard posé sur les habitants rassemblés autour d’eux.

Puis elle parle.

« Seigneur Mohammed Ben Saltyp, je vous remercie pour votre franchise. Vous venez de confirmer ce que je pressentais en arrivant ici : le problème central n’est pas simplement humanitaire, il est structurel. Et tant que la question de l’eau ne sera pas réglée de manière durable, aucune souveraineté réelle ne pourra exister pour la Cité du Désert.

Vous avez raison de dire qu’une aide ponctuelle en bidons d’eau ne serait qu’un pansement. Nous pouvons le faire si une urgence l’exige, mais je partage votre conviction : cela ne doit pas devenir une dépendance permanente. Finejouri n’est pas venu ici pour remplacer une tutelle par une autre.

Ce que nous pouvons faire, en revanche, c’est travailler avec vous sur des solutions durables.

D’abord, nous pouvons envoyer des ingénieurs Finnejouriens spécialisés dans les régions arides afin d’étudier votre sol et vos nappes profondes. Il existe parfois des réserves d’eau très anciennes, enfouies profondément sous les déserts, que l’on peut atteindre avec des forages adaptés.

Ensuite, nous pouvons vous aider à développer de véritables systèmes de récupération des eaux de pluie. Même dans les régions désertiques, lorsqu’elle tombe, chaque goutte peut être captée : sur les toits, dans des bassins, puis stockée dans des citernes souterraines pour éviter l’évaporation.

Nous pouvons également étudier avec vous la construction d’infrastructures permettant d’acheminer l’eau depuis les montagnes de manière plus régulière : aqueducs renforcés, conduites enterrées, systèmes de pompage alimentés par l’énergie solaire. Ce sont des investissements lourds, mais ils vous rendraient maîtres de votre approvisionnement.

Mais avant tout, j’aimerais vous poser une question importante, à vous et aux habitants du quartier.

Si nous envoyons des ingénieurs, des hydrologues et des spécialistes des infrastructures, seriez-vous prêts à travailler avec eux ? À former des habitants du Ghetto Kamiste pour qu’ils apprennent à entretenir ces installations et qu’un jour ce système vous appartienne entièrement ?

Car notre objectif ne serait pas seulement d’apporter de l’aide. Notre objectif serait que, dans quelques années, vous n’ayez plus besoin de nous pour gérer votre eau.

Concernant votre sécurité et votre organisation interne, je dois aussi vous dire que je suis impressionnée par ce que vous avez réussi à maintenir ici. La solidarité de votre quartier, la protection de votre culte, la discipline de vos milices… tout cela montre que Kamiste n’est pas un lieu abandonné, mais une communauté vivante qui s’est organisée pour survivre.

Cela mérite du respect.

C’est aussi pour cela que je souhaite rencontrer la princesse de la Cité du Désert après cette visite. Si nous voulons vous aider efficacement, il faudra travailler non seulement avec votre quartier, mais avec l’ensemble de la Cité. Une solution pour l’eau ne peut pas s’arrêter aux murs du ghetto.

Mais je voudrais également entendre votre avis sur un point.

Selon vous, quelles sont les trois choses les plus urgentes à changer ici, dans la vie quotidienne du Ghetto Kamiste ?
Est-ce uniquement l’eau ?
Ou bien y a-t-il d’autres difficultés dont nous n’avons pas encore parlé ?

Je préfère vous entendre directement plutôt que de me fier à des rapports écrits à des milliers de kilomètres d’ici. »
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Le seigneur Mohammed Ben Saltyp :

Je vous remercie une fois de plus pour tout cet intérêt porté au quartier, et à son autonomie. Il est vrai que ce n'est habituellement pas le principal but recherché par les grandes puissances qui s'y intéressent...

Pour votre question des trois problèmes, l'eau est bien évidemment le premier et le plus important de nos soucis, mais nous en avons déjà longuement parlé. Vous connaissez toutes les problématiques qui y sont liées, et nous sommes en train de trouver des solutions. L'eau est la clé de voute de la vie ici, lorsque nous avons de l'eau, nous pouvons abreuver le peuple, ses champs et ses bêtes.
Comme seconde problématique, je pense au pouvoir de la princesse. Depuis des siècles, il a toujours été d'usage qu'elle et sa dynastie consultent le conseil des seigneurs avant toute décision concernant la cité entière. Bien sûr, lors de guerres ou de situations exceptionnelles, il pouvait arriver que cela ne soit pas possible et que la ville doivent composer sans, mais ce n'est pas le cas actuellement. Tout va comme d'habitude dans la Cité du Désert, et pourtant notre souveraine prend décision sur décision sans même nous en informer. Voilà le second problème que nous avons, tandis que je n'en décèle pas de troisième dans lequel le Finejouri pourrait nous aider. Vous êtes déjà trop bons de vous intéresser à mon humble quartier et à son accès à l'eau.
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