16 & 17 octobre 2018
Cette journée est marquée par une cérémonie officielle. La suivante donnera lieu à des échanges diplomatiques en vue de la signature d'un Traité, jugé de la plus haute importance par le Royaume.
Nous sommes au cœur de Wynterhall, la capitale du Royaume de Brocelynwood.
C’est devant la toute nouvelle Ambassade de l’Empire du Nord à Brocelynwood que va se dérouler l’inauguration solennelle du Mémorial de la Tragédie d’Estham.
Ce dernier a été proposé par le Royaume de Brocelynwood lors des correspondances récentes. Le Royaume avait conscience que l’Empire du Nord pouvait lui tenir rigueur de ne pas avoir été encore plus actif dans la réaction faisant suite au génocide. Par ailleurs, le Royaume fait le choix de ne pas rejoindre des organisations multilatérales comme l’Organisation des Nations Démocratiques (OND) qui a mené la riposte face à Carnavale. La coopération autour de l’ouverture de ce Mémorial est donc une manière de sortir par le haut et par un renforcement consistant des relations.
Un dispositif de grande ampleur est mis en place à l’extérieur, devant l’Ambassade et le Mémorial : au centre une estrade, protégée étant donnée la saison, sur laquelle vont se succéder les interventions avec en fond, les deux immenses drapeaux de deux nations.
Pour le Royaume, se tiennent dans l'assistance la totalité des Secrétaires Royaux du Royaume :
- Aldric ROWANSTONE, Premier Secrétaire Spécial du Roi
- Stephen PHILIPPS, Secrétaire Royal à la Politique Etrangère et aux Armées
- Melvin McBRIDE, Secrétaire Royal au Culte et plus haut représentant du protestantisme à Brocelynwood
- Mais aussi : les Secrétaires Royaux à l’Ordre Public, à l’Economie, à l’Education, à la Famille, aux Affaires Sociales.
Fait rare, le Monarque en personne fait lui-même irruption sur l'estrade, vêtu de sa longue robe royale, la couronne majestueuse sur la tête.
Il va procéder à la première intervention, afin de donner la plus haute valeur symbolique possible à ce moment et accueillir la délégation de l'Empire du Nord avec une considération sans égale.
Sa Majesté Johnlyn IV débute son discours.
L'ambiance est lourde, le ton est grave. Volontairement, le Roi parle lentement. L'ingénierie du son amène une résonance supplémentaire.
“Mesdames, Messieurs,
Une nouvelle ère de l’amitié liant l’Empire du Nord et le Royaume de Brocelynwood s’ouvre aujourd’hui.
Cette amitié, nous allons la construire.
Demain, les délégations négocieront chaque détail. Mais nous savons déjà qu’elles aboutiront.
Elles aboutiront car, avant de procéder aux discussions sur les détails matériels, nous bâtissons les fondations les plus solides qui soient.
Ces fondations, nous les scellons à cet instant même.
Oui, c’est en nous recueillant à la mémoire du génocide que fut la Tragédie d’Estham que nos liens trouvent leurs sources.
Notre partenariat n’est pas une simple opportunité. Il vise la défense de valeurs, à commencer par la plus élémentaire et la plus fondamentale de toute : la vie humaine.
Nous ne devrions pas avoir besoin de l’évoquer. Et pourtant.
Depuis ce jour de 2016, ce qui aurait dû être à jamais une évidence est demeuré pour toujours un combat à mener.
Ce jour de 2016, nul ne pourra l’oublier. Il restera dans les mémoires de chacun, et perdurera dans les générations futures.
Cette réalité est et sera celle de l’Empire du Nord, celle du Royaume de Brocelynwood, celle de l’Aleucie, celle de l’Humanité tout entière.
Notre foi nous conduit à penser que cette réalité sera aussi celle des populations au nom desquelles un tel crime a été commis.
Ce jour de 2016, deux millions de vies innocentes ont été fauchées.
Deux millions d’êtres humains dont la valeur a été réduite à néant pour de bas objectifs.
Deux millions.
Deux millions est un nombre que nous pouvons nous représenter lorsque l’on parle de la population d’une ville. Lorsque l’on parle de la vie.
Mais deux millions est un nombre dont nous ne pouvons pas prendre la dimension lorsque l’on parle des victimes du plus abject des crimes.
La moindre des commémorations serait d’énumérer ces deux millions de noms, ou de respecter deux millions de minutes de silence.
Malheureusement, chacun a conscience de cette impossibilité.
Parce que le plus criminel, le plus abject, le plus inhumain dans ce crime, c’est aussi ça : par son ampleur infinie, il ôte aux victimes, aux survivants, à la société toute entière la possibilité même de parvenir à le commémorer pleinement.
Mais nous allons tous y contribuer, à chaque instant de nos vies. C’est le sens de notre place sur Terre, c’est ainsi que Dieu nous a créés. Jamais nous ne céderons à la tentation de l’oubli, jamais nous n’offrirons cette victoire aux criminels.
Le Mémorial de la Tragédie d’Estham sera une des pierres à cet édifice.
Ce mémorial inédit a un statut hybride : il n’est ni pleinement sur le territoire de l’Empire du Nord, ni pleinement sur le territoire du Royaume de Brocelynwood. Il sera géré à la fois par l’Empire du Nord et le Royaume de Brocelynwood. Car tout en ce lieu doit traverser les frontières, rappeler que rien n’est au-dessus de la vie humaine.
8 000 mètres carrés qui, pendant des décennies, feront savoir ce qu’il s’est passé, permettront de se recueillir.
Ce lieu est intégralement financé par nos deux nations car il doit accueillir tout le monde sans conditions, sans billetterie. Il doit accueillir des millions de personnes, brocéliens, ressortissants de l’Empire du Nord et d’autres Etats, avec un titre de séjour ou simplement de passage.
8 000 mètres carrés à visée éducative, de recueillement, de mémoire.
Le génocide est appréhendé et dénoncé non pas par la théorie, mais avec des noms, des visages, des textes, des témoignages, des vidéos.
Chacun doit aussi être amené à comprendre que l'événement ne peut être compris que par lui-même : qu’il y a un avant, qu’il y a aussi un après.
Un après lors duquel plus rien, absolument plus rien, ne sera jamais comme avant.
Mesdames, Messieurs. Avant toute chose, je vous demande maintenant de respecter cinq minutes de silence absolu en mémoire des victimes de la Tragédie d’Estham.”
