09/04/2019
20:13:54
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National Assembly

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Hall of the People - New Harmony

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Martha Bohannon (SB), présidente de l'Assemblée nationale


L'Assemblée nationale incarne les espoirs d'un retour à la démocratie en Reernia. Cependant, l'idéal d'une souveraineté populaire réelle se heurte à une structure rigide, tiraillée entre réformateurs et vestiges du pouvoir syndicaliste. Ironie du sort, l'Assemblée nationale tient ses sessions dans le Hall of the People, à New Harmony, la capitale. La disposition circulaire a été conçue sous l'ancien régime syndicaliste afin de briser toute notion de « droite » ou de « gauche ». Les sessions ordinaires s'étalent sur neuf mois par an et des sessions extraordinaires peuvent être convoquées en cas de crise majeure, par le président ou par les deux tiers des députés. Le rôle du président ou de la présidente de l'Assemblée est crucial : il ou elle fait office de juge pour fixer les ordres du jour et doit naviguer entre les guerres partisanes constantes et multiples. Le processus législatif est un véritable labyrinthe : pour qu'un projet de loi soit adopté, il doit franchir un grand nombre d'étapes. N'importe quel député, le Conseil d'État ou la Chambre des syndicats (pour les questions relatives à l'économie et aux lois sur le travail) peut proposer une loi.

L'ensemble des commissions chargées de statuer sur les propositions de loi doivent être mixtes, leurs présidents et membres étant répartis entre les députés issus du vote géographique (200 députés) et du vote des listes syndicales (100 députés). En séance plénière, une majorité simple peut approuver le projet de loi et le transmettre à la Chambre des syndicats. À partir de là, la Chambre peut approuver, ignorer ou mettre un veto pour renvoyer le projet de loi. Théoriquement, l'Assemblée peut passer outre un veto avec une majorité qualifiée des deux tiers des députés, mais cela est pratiquement impossible sans l'unité des partis, ce qui fait que cette option n'a jamais été envisagée. Les sessions de l'Assemblée sont donc un mélange de discours enflammés, de rappels à l'ordre, d'invectives, de « réunions de préparation ou de coordination » longues et fastidieuses en coulisses, où les délégués de la Cause Syndicale jouent leurs cartes auprès des chefs de parti en leur expliquant ce qui est acceptable ou non. Souvent dans l'impasse législative, l'Assemblée compense par des commissions d'enquête multiples qui cherchent à dénoncer la corruption, ce qui sert d'exutoire pour canaliser la colère, mais ne parvient pas à conduire à des changements structurels et systématiques majeurs. Elle reste néanmoins habilitée à approuver le budget national, ce qui constitue son seul moyen de faire pression sur les syndicats ou l'armée.

Pour faire adopter un budget, l'option retenue a été celle d'une loi omnibus, afin de calmer ou d'acheter les intérêts contradictoires de l'Assemblée. Une mesure clientéliste affligeante. Elle dispose également d'un contrôle assez important sur le pouvoir exécutif, puisqu'elle peut convoquer des ministres pour les interroger et voter une motion de censure contre le Premier ministre. Ses points forts résident dans sa légitimité démocratique, car il s'agit de la seule institution à disposer d'un mandat de l'ensemble des citoyens et citoyennes du Commonwealth, ce qui lui confère une autorité et une confiance morale dont ne dispose pas la Chambre des syndicats, puisqu'elle est nommée. Son contrôle sur le budget lui permet d'avoir un impact sur le « portefeuille » et de menacer le plus souvent de supprimer des subventions aux syndicats récalcitrants ou de réduire le budget de l'armée pour forcer à des négociations plus favorables. Enfin, son pouvoir d'enquête et ses relais médiatiques lui permettent de démasquer la corruption, obligeant parfois les dirigeants des puissants syndicats à accepter des accords en coulisses, sous peine de perdre leur crédibilité aux yeux de leurs troupes.

Néanmoins, il faut souligner que ses faiblesses sont encore plus importantes. Face au veto des syndicats, elle reste impuissante, car la Chambre des syndicats dispose de pouvoirs étendus qui lui assurent une suprématie incontestée. De nombreux députés (comme ceux du Syndicate Caucus ou du Solidarity Bloc) sont également membres d'un syndicat national et lui sont redevables, ce qui fait que leur vote à l'Assemblée peut entrer en conflit avec leur parti ou leur syndicat, créant ainsi une loyauté divisée et divergente. Les députés élus sur une base géographique cherchent le plus souvent à obtenir des avantages spécifiques à leur district afin de garder leur base électorale, ce qui fragilise les coalitions électorales et dévie les débats vers des questions localistes plutôt que nationales. L'Assemblée nationale est donc le symbole de la souveraineté nationale, mais les conflits y sont très rarement résolus et paralysent le pays. Les espoirs démocratiques du Commonwealth se heurtent constamment à des impasses dans les procédures ou les délibérations. Le manque d'une réelle majorité ne peut que la bloquer dans l'impasse.
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LISTES DES PRINCIPAUX PARTIS ET ORGANISATIONS REPRÉSENTÉS À L'ASSEMBLÉE NATIONALE

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    Nom complet : Solidarity Bloc for a Democratic Syndicalism
    Dirigeante : Secrétaire Générale Grace Stalsworth
    Fondé : 2016, en tant que successeur de la faction technocratique-réformiste de l'UMMFS
    Siège : New Harmony
    Base sociale : Syndicats réformistes (services publics, transports, industrie légère), villes industrielles de petites et moyennes tailles, travailleurs du secteur public
    Idéologie : Syndicalisme réformiste, social-démocratie, démocratie sociale et participative
    Positionnement économique : Soutien à une économie mixte avec une intervention étatique, soutien aux WOT, mise en place d'une fiscalité progressive, préservation des acquis sociaux
    Positionnement politique : Défense du système actuel dit des "deux piliers" (bicaméralisme avec droit de vote des syndicats), démocratisation de l'ensemble des syndicats, décentralisation progressive et prudente
    Positionnement social : Progressisme modéré, évite les batailles culturelles ou sociétales pour maintenir sa coalition avec les traditionalistes
    Membres : ~ 227 000 membres
    Puissance électorale : 90 sièges à l'Assemblée Nationale (70 députés géographiques + 20 députés des listes syndicales)

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    Nom complet : Syndicate Caucus for Industrial Preservation
    Dirigeant : Président Jebediah « Jed » Cullerton
    Fondé : 2016, comme continuateur de l'UMMFS et comme bloc parlementaire
    Siège : Coalhaven
    Base sociale : Les "Big Three" du monde syndical, les travailleurs de l'industrie lourde, les villes minières ainsi que l'ensemble des quartiers et communautés résidentielles détenues par les syndicats
    Idéologie : Syndicalisme orthodoxe, corporatisme conservateur
    Positionnement économique : Protection et préservation des monopoles syndicaux, soutien aux WOT, politique protectionniste et opposition à toutes privatisations
    Positionnement politique : Défenseur acharné du droit de véto de la Chambre des syndicats, centralisme étatique syndical, méfiance totale envers l'autonomie des districts
    Positionnement social : Conservatisme social, nostalgique de l'ordre de l'ancien régime syndicaliste et allié aux traditionalistes sur les questions culturelles et sociétales
    Membres : ~ 852 000 membres
    Puissance électorale : 65 sièges à l'Assemblée Nationale (65 députés des listes syndicales)

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    Nom complet : New Federalist Union for a Democratic Commonwealth
    Dirigeant : Président William Crockett
    Fondé : 2017
    Siège : Port-Liberty
    Base sociale : Nouvelles professions libérales, travailleurs dans le secteur de la tech, jeunesse de Port-Liberty et villes universitaires
    Idéologie : Républicanisme libéral, libéralisme classique
    Positionnement économique : Libre marché, privatisation de l'ensemble des actifs publics encore existants, impôt proportionnel, droit de propriété renforcé, intégration du Commonwealth aux marchés internationaux
    Positionnement politique : Abolition de la Chambre des syndicats, système présidentialiste fort, uniformisation des lois sur le plan national, autonomisme modéré des districts
    Positionnement social : Ouvertement libéral (pro-choix, mouvement LGBT, laïcisme) et entièrement favorable aux entreprises
    Membres : ~ 132 000 membres
    Puissance électorale : 95 sièges à l'Assemblée Nationale (85 députés géographiques + 10 députés des listes syndicales)

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    Nom complet : Mountain Liberty Alliance for District Sovereignty
    Dirigeants : « Mountain » Rose Kersey (porte-parole) et Jothan Pymer (chef spirituel)
    Fondé : 2017
    Siège : Freedom
    Base sociale : Zones rurales de l'intérieur du pays, agriculteurs et fermiers, secteurs traditionnalistes et congrégations religieuses
    Idéologie : Souverainisme des districts, traditionnalisme, agrarianisme
    Positionnement économique : Fiscalité minimale, gestion locale des ressources, soutien à l'agriculture de subsistance et aux petites coopératives, soutien aux marchés souterrains
    Positionnement politique : Décentralisation radicale du Commonwealth, autorité gouvernementale uniquement pour la défense, reconnaissance des districts comme unités politiques fondamentales
    Positionnement social : Traditionalisme dans l'ensemble des districts sous son influence, opposition à la décadence morale des grandes villes
    Membres : ~ 105 000 membres
    Puissance électorale : 35 sièges à l'Assemblée Nationale (35 députés géographiques)

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    Nom complet : Green Bloc for Ecological Justice
    Dirigeante : Professeure Theodosia Means
    Fondé : 2001 (comme mouvement d'activistes) et 2017 comme organisation politique
    Siège : New Springs
    Base sociale : Populations délaissées des zones sacrifiées, éco-activistes souvent jeunes, scientifiques et environnementalistes urbains et ruraux
    Idéologie : Syndicalisme écologiste, écologie sociale, justice environnementale
    Positionnement économique : Transition verte de l'ensemble des industries extractivistes et polluantes, mise en place de politiques "pollueur = payeur" et mise en place de coopératives éco-responsables
    Positionnement politique : Règlementation environnementale forte et centralisée, mise en place d'une démocratie directe dans l'ensemble du Commonwealth
    Positionnement social : Ouvertement progressiste avec un soutien aux luttes féministes et LGBT
    Membres : ~ 90 000 membres
    Puissance électorale : 13 sièges à l'Assemblée Nationale (8 députés géographiques + 5 députés des listes syndicales)
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CHRONIQUE DE ASSEMBLÉE NATIONALE (02 AU 05 FEVRIER 2019)

La salle principale de l'Assemblée nationale est bondée. Tous les députés sont présents et à leur place, ce qui est rare. Les tribunes sont pleines : on y trouve des journalistes, des observateurs, des responsables syndicaux ou associatifs, ainsi que des citoyens et des citoyennes qui ont fait le déplacement et attendu plusieurs heures pour entrer. Tout le monde s'accorde à dire qu'il s'agira d'une discussion houleuse, qui pourrait marquer l'histoire de la transition que connaît le Commonwealth. Chacun anticipe ce qui pourrait se passer, et cela se ressent dans l'atmosphère.


JOUR UN : Il s'agit de la proposition de loi 2019-17, intitulée « Economic Recovery and Modernization Act ». Il est dix heures, et Ian Lowry, député et chef du groupe parlementaire de la New Federalist Union, se lève pour présenter le projet de loi sur lequel il travaille depuis la fin de l'année dernière. Comme à son habitude, il porte un costume sur mesure noir, mais il y a quelque chose d'inhabituel chez lui aujourd'hui : une certaine tension et une énergie qui semble l'électriser, et qu'il semble vouloir contenir, mais que ceux qui le connaissent savent qu'il est sur le point de déclencher quelque chose d'important. Il entre directement dans le vif du sujet après avoir pris place :

« Madame la Speaker, chers collègues députés, citoyens et citoyennes du Commonwealth, Il faut arrêter de nous voiler la face. Cela fait maintenant plusieurs années que nous gouvernons selon un système conçu pour ne pas fonctionner. Un système qui est rempli de vetos et d'obstacles et qui ne permet que la paralysie institutionnalisée. Un système qui protège un passé révolu, qu'il faudrait enterrer, au détriment d'un avenir qu'il nous faut saisir à pleines mains. Aujourd'hui, la New Federalist Union propose un changement radical. » Il brandit alors son projet de loi, un document épais qui semble faire des centaines de pages. « Voici l'Economic Recovery and Modernization Act. Cette loi a trois principaux objectifs : Premièrement, supprimer l'ensemble des obstacles qui empêchent notre économie de respirer et de recevoir les investissements vitaux et nécessaires à son épanouissement. Deuxièmement, elle créera enfin un marché unifié au niveau national, libéré de la fragmentation des districts et de leurs règlementations d'un autre temps. Troisièmement, cette loi donnera à chaque citoyen et citoyenne du Commonwealth la liberté et la possibilité de se construire un avenir, quel que soit son lieu de naissance ou le syndicat auquel appartient sa famille. » À ces paroles, une partie des travées de l'Assemblée nationale s'agite. Sur les bancs du Syndicate Caucus, certains parlementaires s'agitent et semblent mal à l'aise. Jebediah Cullerton, assis au premier rang de son groupe parlementaire, reste immobile, fixant Lowry avec un visage impassible.

« Qu'est-ce que contient exactement ce projet de loi ? Je vais en dégager les idées précises et les axes qu'il explore. Tout d'abord, il prévoit d'abolir le droit de veto de la Chambre des syndicats sur l'ensemble de la législation économique, en le remplaçant par un délai de suspension de quatre-vingt-dix jours, à l'issue duquel la décision de l'Assemblée nationale fera force de loi. Créer un registre national et unifié de l'ensemble des entreprises du Commonwealth, afin de remplacer le millefeuille bureaucratique d'enregistrements au niveau des districts, notamment par le biais d'un portail en ligne accessible et simple. Établir un ensemble de lois nationales concernant le droit du travail garantissant qu'aucun citoyen ou citoyenne ne soit contraint d'adhérer à un syndicat pour trouver un emploi. Privatiser systématiquement l'ensemble des WOT en faillite et irrécupérables au moyen d'un processus d'achat transparent par des acteurs privés. Les biens et fonds détenus par les WOT actuels pourront être redistribués en partie aux travailleurs. Créer des zones économiques spéciales dans les régions du Commonwealth où le taux d'emploi est le plus bas et où les infrastructures nécessitent des investissements colossaux. Les entreprises qui s'y établiront bénéficieront d'exonérations fiscales et d'allègements divers pendant dix ans. Créer une banque nationale d'investissements pour les infrastructures afin de financer l'ensemble des routes, des ponts, des chemins de fer et du réseau internet pour couvrir l'ensemble du Commonwealth. Enfin, il propose la création d'un visa spécifique pour les travailleurs étrangers qualifiés afin de remédier à la pénurie de main-d'œuvre dans les secteurs clés de l'économie. »

Après avoir énuméré les différentes propositions de son projet de loi, Lowry laisse planer un petit silence pour qu'elles fassent leur effet sur l'auditoire. « J'entends déjà ceux qui vont nous dire qu'il s'agit d'un projet de loi radical. Ce projet de loi n'a rien de radical ; il est vital et nécessaire. La plupart des dispositions de ce projet de loi ont été adoptées dans de nombreux pays, des pays où la population jouit de la prospérité, où la jeunesse a un avenir et où les différentes communautés peuvent s'épanouir. Nous pouvons et nous devons faire de même. L'alternative, c'est un long et pénible déclin, une mort cérébrale à petit feu. Nous ne pouvons pas nous maintenir dans la stagnation et la souffrance permanente. Agissons ! » Il termine son discours et retourne s'asseoir à son siège, sous les applaudissements nourris des bancs de la New Federalist Union. Les députés du Solidarity Bloc applaudissent poliment, montrant ainsi leur réserve. Le Syndicate Caucus reste silencieux, tandis que le Green Bloc et la Mountain Liberty Alliance ne manifestent aucun enthousiasme. La première réponse ne se fait pas attendre. Moins de cinq minutes après l'intervention de Ian Lowry, c'est au tour de la Première ministre, Keturah Lineboro, d'entrer dans l'arène. Lorsqu'elle se lève, elle veille à rester totalement neutre dans l'expression de son visage. Intérieurement, elle sait ce qui est en train de se jouer. Elle représente le Solidarity Bloc, actuellement au pouvoir en coalition avec le Syndicate Caucuse. Sans ce dernier, la coalition ne peut pas survivre. Elle doit répondre à un projet de loi que le Syndicate Caucuse méprise profondément, face à une opposition qui ne vise qu'à la détrôner et à une organisation profondément divisée sur le sujet. Elle sait qu'elle ne doit rien laisser passer.

« J'ai écouté attentivement ce que le député Lowry a présenté devant notre assemblée. Il représente une certaine vision du Commonwealth. Je dois admettre que, sous certains aspects, cette vision est convaincante. N'est-il pas vrai, cher collègue, qu'il y a parmi nous des gens qui ne souhaitent pas la prospérité ? Qui ne souhaiterait pas offrir davantage d'opportunités économiques à nos concitoyens et concitoyennes ? Qui oserait dire ici qu'il ne souhaite pas un avenir prospère pour nos enfants ? Personne, cela va sans dire. » Elle marque une pause, redressant la tête et balayant du regard l'assemblée, croisant notamment le regard de Jebediah Cullerton ainsi que celui des membres de son organisation. « Mais avoir une vision, ce n'est pas forcément voir la réalité. Or, la réalité, chers collègues, c'est qu'au fond, ce projet de loi, avec l'ensemble de ses objectifs louables, détruirait ni plus ni moins que le consensus précaire et fragile qui permet de maintenir le Commonwealth debout depuis 2017. Je vais sans doute me répéter, mais vouloir abolir les institutions qui n'ont pas été créées par le hasard et la nécessité, c'est jouer avec le feu. Nous voulons la paix, car elle est le fondement même de toute stabilité. » Les députés du Syndicate Caucus semblent se détendre légèrement à ces paroles. « Posons-nous la question : qu'adviendra-t-il demain, après l'adoption de ce projet de loi ? La Chambre des syndicats va-t-elle accepter purement et simplement son abolition ? Les syndicats, qui représentent et défendent les travailleurs depuis des générations, vont-ils accepter de perdre leur pouvoir sans broncher ? Je me demande si le député Lowry souhaite réellement être confronté à des manifestations, des grèves générales monstrueuses, voire à des actions bien plus graves. » Elle secoue la tête négativement. « Notre rôle n'est pas de chercher des solutions parfaites sur des centaines de pages. Mon rôle de Premier ministre n'est pas de promettre des solutions parfaites. Au contraire, c'est rechercher celles qui sont possibles. Et ce projet de loi, quels que soient ses mérites et ses idées, n'est tout simplement pas envisageable. Il ne peut pas l'être maintenant. Nous n'avons pas encore les moyens de l'appliquer. »

Lorsqu'elle regagne sa place, on sent un froid du côté de la New Federalist Union. Le Solidarity Bloc et le Syndicate Caucus réagissent en applaudissant chaleureusement. Les autres restent silencieux. La réponse du Syndicate Caucus est donnée aux alentours de 11 h 30. Lorsque Jebediah « Jed » Cullerton se lève, un lourd silence tombe sur l'Assemblée nationale. Jebediah Cullerton ne prend que rarement la parole dans cette enceinte. Il préfère généralement agir par procuration, par l'intermédiaire de la Chambre des syndicats, et le plus souvent par des voies détournées. Mais aujourd'hui, il estime qu'il est nécessaire de prendre ses responsabilités. Alors qu'il se dirige vers le centre de l'hémicycle, tous les regards sont rivés sur lui. Il prend un instant pour réfléchir, l'air pensif. Il regarde son badge du CMS qu'il porte toujours fièrement, puis se lance : « Le député Lowry nous a présenté un vaste projet de loi qu'il a pompeusement intitulé Economic Recovery and Modernization Act. Il faut l'appeler par son vrai nom : la destruction des syndicats et de la solidarité ouvrière dans le Commonwealth. » Il parle doucement et sans énervement, sa voix porte suffisamment. « Soyons clairs sur le contenu de ce fameux projet de loi. Il ne créera pas d'emplois, il en détruira à la pelle. Il ne construira pas de nouvelles routes ou d'infrastructures, du moins pas pour le peuple travailleur. Il vise à détruire les institutions qui protègent aujourd'hui l'ensemble des travailleurs de notre pays contre la rapacité du marché et les vampires capitalistes. Ce projet de loi vise à leur enlever leur droit sacré de se syndiquer, de négocier collectivement, d'avoir leur mot à dire sur la production et leurs conditions de travail. Ce projet de loi, c'est détruire la solidarité intrinsèque qui a toujours fait la force de notre pays. »

Il fait ensuite un geste en direction des bancs de la New Federalist Union. « La New Federalist Union nous dit bien entendu que tout cela n'est qu'une question de liberté. Mais la liberté pour qui, au juste ? La liberté pour les entreprises d'embaucher une main-d'œuvre sous-payée et des briseurs de grève ? La liberté pour les oligarques de Port-Liberty de racheter les industries et les mines au rabais ? La liberté suprême de Port-Liberty d'ignorer complètement le reste du Commonwealth ? » Il hausse subitement le ton en se tournant vers le Syndicate Caucus. « Mon père a travaillé dans les mines, comme vous. Mon père y est mort, comme certains d'entre vous. Plusieurs générations de nos familles ont donné leur vie pour le CMS, pour ce qu'il représente et pour ce qu'il a construit pour notre pays. Et maintenant, le député Lowry veut nous faire croire que leur sacrifice n'a servi à rien, que les institutions de protection des travailleurs ne sont que des obstacles, et que la seule liberté qui compte est celle de mourir de faim, seul ? » Il retourne brusquement s'asseoir, sans demander son reste. Le Syndicate Caucus se lève comme un seul homme pour l'applaudir. Une partie des députés du Solidarity Bloc l'applaudit également, tandis que les bancs de la New Federalist Union affichent un mélange de mépris et de moquerie.

De son côté, la professeure et députée Theodosia Means prend des notes, ayant été attentive à tout ce qui avait été dit jusqu'alors. Après la pause de midi, les débats reprennent à 14 h. La professeure et députée Theodosia Means se lève pour présenter l'avis du Green Bloc sur le projet de loi. Elle représente les treize sièges du Green Bloc à l'Assemblée nationale, un nombre insuffisant pour contrôler quoi que ce soit, mais suffisant pour faire pencher la balance en cas de vote serré. Et il ne fait aucun doute qu'ils le seront. Son soutien pourrait donc faire la différence, car son opposition pourrait finalement condamner la coalition actuellement au pouvoir. Sans attendre, elle se lance dans l'intention de chevaucher le tigre. « Comme vous, chers collègues, j'ai longuement écouté le député Lowry. J'ai écouté la Première ministre Lineboro. J'ai également écouté attentivement le président Cullerton. Je dois être franche et dire que nos trois interlocuteurs du jour sont passés à côté de l'essentiel. » Des murmures surgissent du côté des bancs des députés, certains s'agitent. « Le député Lowry a parlé de prospérité. Qu'est-ce que la prospérité aujourd'hui ? Celle de Port-Liberty, qui s'est entièrement bâtie sur l'exploitation de l'intérieur du Commonwealth ? La prospérité des entreprises installées sur la côte high-tech, qui consomment des quantités énormes d'énergie pendant que l'intérieur du pays n'a pas de quoi se chauffer ? » Si c'est cela, la prospérité, nous n'en avons pas la même définition. Ce n'est rien d'autre que du vol déguisé derrière la soi-disant liberté du marché. » Les mâchoires se serrent du côté de la New Federalist Union et Means poursuit. « La Première ministre, Lineboro, a quant à elle parlé de stabilité. Qu'est-ce que la stabilité aujourd'hui ? Je vais vous le dire : la stabilité, ce sont des communautés dont le sol et l'air sont empoisonnés, des travailleurs malades et mourants, une espérance de vie en recul et des enfants de moins de douze ans atteints de cancer. Ce n'est absolument pas de la stabilité, loin de là. C'est un meurtre organisé à petit feu, que l'on masque derrière la nécessité du compromis et de la stabilité que l'on nous vend comme un remède miracle. »

Quelques murmures émergent dans les rangs du Solidarity Bloc et la Première ministre plisse légèrement les yeux. « Quant au président éternel Cullerton, qui parle des droits des travailleurs... De quels droits parle-t-il exactement ? Le droit de continuer à travailler dans des mines qui vous tueront, par la maladie ou les conditions de travail catastrophiques ? Le droit de vivre dans une communauté de mineurs empoisonnée depuis plusieurs générations ? Le droit de voir les dirigeants syndicaux vous trahir au profit des entreprises qui détruisent votre avenir ? » Le visage de Cullerton s'assombrit à mesure que Means égrène ses accusations. « Ce projet de loi n'est pas une solution, pas plus qu'il n'est la solution. Néanmoins, le système actuel, que d'autres ici veulent défendre à tout prix, ne l'est pas non plus. Le Green Bloc ne soutiendra pas ce projet de loi, mais nous ne soutiendrons pas davantage ceux qui s'y opposent sans proposer d'alternative concrète, au-delà des mots. L'heure du choix approche, et je vous en conjure, faites le bon choix. » En retournant à sa place, le Green Bloc applaudit, tandis que le reste de l'assemblée reste silencieux, plongé dans l'incertitude, les doutes et les nombreuses responsabilités qui lui incombent.


JOUR DEUX : Le débat reprend et gagne en intensité. Cette deuxième journée commence tôt dans la matinée par une série de présentations techniques et économiques sur le projet de loi. Des économistes sont invités à donner leur avis et à fournir des analyses contradictoires afin de mettre en lumière les profondes divisions au sein de l'Assemblée nationale. La première personne à intervenir est Zora Lyons, de l'université de Hope, qui est favorable au projet de loi. « Les preuves sont, pour le dire très simplement, accablantes. Les pays qui arrivent à se doter de marchés du travail flexibles, de faibles barrières à la création d'entreprises et surtout d'un système unifié et national connaissent une croissance bien plus rapide que ceux qui n'en disposent pas. Le système actuel, qui se caractérise par une fragmentation en districts, un droit de veto constitutionnel de la Chambre des syndicats et une multitude de règlementations et de barrières en matière d'investissements et d'innovations, n'est que la cause de la stagnation. Le projet de loi proposé pourrait permettre de s'attaquer directement à l'ensemble des problèmes structurels et économiques du Commonwealth. Il pourra d'ailleurs être étoffé et ajusté dans le futur, si les besoin s'en font ressentir. »

La deuxième personne à intervenir est Roland Goodman, d'un institut économique syndical de New Harmony, qui est contre le projet de loi. « Le problème de l'analyse de Mme Lyons est qu'elle ignore les coûts sociaux des marchés du travail dits « flexibles ». Dans les pays où de telles politiques ont été mises en œuvre ou sont appliquées, les inégalités explosent et se creusent, le système de protection sociale des travailleurs disparaît et de nombreuses communautés sont irrémédiablement détruites. Le projet de loi qui nous est présenté présenterait les mêmes problèmes et échecs, ainsi que des résultats prévisibles : sur le court terme, l'économie pourra respirer. Mais à long terme, elle finira par se contracter et provoquer une récession. » Les témoignages d'économistes se succèdent pendant des heures, chacun étudiant les statistiques, les études de marché et les exemples historiques. Les débats sont nombreux, mais personne ne semble parvenir à se convaincre du bienfondé de sa position et de ses arguments.

L'après-midi, une séance est consacrée à des interventions provenant de la population elle-même. Des citoyens et citoyennes de tout le Commonwealth sont invités à prendre la parole, à donner leur avis et à s'adresser aux représentants de la nation. Les tribunes se remplissent à nouveau : chacun veut assister à l'événement, être un témoin privilégié et peut-être se faire entendre. C'est ainsi qu'Almira Gardiner, une femme de 57 ans vivant dans une « zone sacrifiée », a pu raconter : « J'ai vécu et grandi toute ma vie dans une zone sacrifiée. Mon mari est malade et mon frère est mort dans un accident de mine. Ma fille a décidé de partir. Les syndicats ont empoisonné nos terres tout en prétendant nous défendre. Le gouvernement n'a jamais rien fait. Et maintenant, vous me dites que ce projet de loi aurait pour but de créer des emplois dans notre communauté ? Que l'on va enfin bénéficier d'investissements ? Que l'on verrait enfin la fin de la stagnation et le début de l'espoir ? Je me fiche de vos querelles politiques. Je me fiche tout autant de vos partis. Ce qui m'importe, c'est que mes petits-enfants puissent vivre dans la dignité et en sécurité. Je veux qu'ils vivent dans notre Commonwealth, où ils ne risqueront pas de tomber malade simplement en buvant un verre d'eau. Si ce projet de loi contribue à cela, alors je pense qu'il faut le soutenir. Si c'est l'inverse, alors il ne faut pas le soutenir. Pour moi, les choses sont simples, et devraient l'être également pour vous. »

Malcolm Hogan, âgé de 42 ans et représentant syndical, prend la parole à son tour. « Je viens parler au nom des mineurs de Coalhaven. Des hommes qui travaillent par roulement de douze heures dans des conditions qui, dans de nombreux pays, seraient intolérables, voire totalement illégales. Ce sont des hommes qui consacrent leur vie à creuser la terre, qui donnent leur vie pour leur syndicat et qui n'ont rien d'autre. Ils seront abandonnés, voire sacrifiés, si ce projet de loi est adopté. Je comprends la souffrance de la dame qui a parlé avant moi ; sa souffrance est réelle. La nier n'aurait aucun sens, mais croire que la destruction des syndicats arrangera la situation est une erreur. Cela ne fera qu'ajouter d'autres victimes, encore et encore. Il faut tenter de réparer ce qui ne va pas, plutôt que de tout réduire en cendres. Nous devons construire, pas tout détruire. »
Les témoignages se succèdent : un jeune entrepreneur de Port-Liberty qui souhaite développer son entreprise, mais qui ne peut y parvenir à cause des règlementations des districts, un travailleur âgé de Beckinsdale qui craint pour sa future retraite, une mère célibataire d'Emberhaven qui souhaite simplement que ses enfants aient un avenir rassurant, et ainsi de suite. Chacune de ces histoires est émouvante à sa façon et est écoutée avec attention. Chacune d'entre elles sera ensuite utilisée par les deux camps pour étayer leurs arguments.


JOUR TROIS : La séance ne commencera qu'en fin de journée. Cette matinée est entièrement consacrée aux manœuvres politiques en coulisse. Pour l'opposition, il est essentiel que la coalition au pouvoir se fracture, tandis que pour le Bloc de la Solidarité, il faut à tout prix éviter cela. Dans les coulisses, les tractations commencent, fiévreuses. Le Solidarity Bloc, qui maintient le gouvernement dans son unité tant qu'il le peut, est lui-même profondément divisé. Les réformateurs veulent soutenir le projet de loi, tandis que les traditionalistes veulent le torpiller. La Première ministre, Lineboro, doit absolument trouver un moyen de préserver l'intégrité de son organisation et de la coalition, tout en montrant qu'elle est capable de diriger alors que la barque tangue. Les différentes réunions et consultations des groupes parlementaires sont tendues, voire houleuses, durant cette matinée. Du côté du Solidarity Bloc, la Première ministre interpelle certains de ses députés : « Je sais parfaitement que beaucoup d'entre vous soutiennent des pans entiers de ce projet de loi, voire l'intégralité de celui-ci. Moi aussi, je pourrai le soutenir en partie. Mais il est impensable que nous votions pour. Si nous faisons cela, le Syndicate Caucus se retirera de notre coalition et le gouvernement de coalition tombera. » Est-ce vraiment ce que vous souhaitez ? » De nouvelles élections seraient une catastrophe, car la New Federalist Union pourrait obtenir la majorité. Abolir la Chambre des syndicats ? Vous voulez que le pays devienne ingouvernable et que Cullerton se jette dans les bras de la Scarlet Guard ? »

Une députée réformatrice du Solidarity Bloc lui demande : « Alors, qu'est-ce que nous devrions faire ? Nous allons voter contre un projet de loi que la plupart de nos électeurs soutiennent en réalité. Allons-nous leur expliquer que nous avons préféré une manœuvre sournoise de survie politique à une potentielle reprise économique qu'ils souhaitent ? » La Première ministre ne se laisse pas démonter : « Nous devons proposer une alternative. Il faut faire des compromis, il faut que nous fassions des amendements. Nous montrerons ainsi que nous travaillons à préparer un changement au sein du système lui-même, et non à le faire imploser en nous lavant les mains, ce qui nous ferait passer pour des irresponsables. » Au sein du Syndicate Caucus, Jed Cullerton est tout aussi direct. « Ce foutu projet de loi, c'est une menace existentielle. S'il est adopté, nous perdons tout. Absolument tout. » Le droit de veto à la Chambre des syndicats, notre pouvoir avec les syndicats dans la classe, notre capacité à protéger nos membres et à organiser la solidarité. Par tous les moyens, nous devons faire en sorte qu'il échoue. » Nous ne devons accepter aucun compromis, aucun amendement. Nous devons le faire échouer coûte que coûte. » Un député demande presque innocemment : « Et si nous n'y parvenons pas ? Si la New Federalist Union obtient suffisamment de voix ? » Jed Cullerton lui répond sèchement : « Alors, nous utiliserons l'ensemble des moyens à notre disposition pour arriver à nos fins. Nous ferons cesser le travail, nous organiserons des grèves et des manifestations géantes. S'ils pensent pouvoir détruire le pouvoir des syndicats dans le pays, ils se trompent. Adopter une loi est facile, mais nous détruire sera bien plus difficile, et croyez-moi, camarades, c'est un combat que je suis déterminé à mener. »

Lorsque l'Assemblée nationale se réunit de nouveau vers 15 h, le Solidarity Bloc présente une série d'amendements discutés en vue de rendre le projet de loi plus acceptable pour le Syndicat Caucus, tout en préservant certains éléments clés du projet de loi et ses volontés transformatrices. Le Solidarity Bloc a présenté quatre amendements principaux. Le premier vise à remplacer la suppression du droit de veto de la Chambre des syndicats par une « majorité qualifiée » exigeant 60 % des voix de l'Assemblée nationale pour passer outre le veto de la Chambre des syndicats, au lieu des 67 % actuellement requis. Deuxièmement, il propose d'exempter les WOT existants de toute privatisation, mais de laisser la possibilité de privatisation pour l'ensemble des nouvelles entreprises créées depuis 2016. Troisièmement, exiger un vote des travailleurs eux-mêmes avant qu'une entreprise ne puisse empiéter sur leur droit de se syndiquer et leur droit au travail. Enfin, le quatrième amendement demande des études d'impact environnemental pour toute nouvelle zone économique spéciale. Les débats ont repris pendant plusieurs heures. Le Syndicate Caucus s'oppose à l'acceptation de tout amendement, tandis que le Green Bloc pourrait accepter le quatrième amendement proposé et que la New Federalist Union considère que ces amendements visent à tuer l'essence même du projet de loi. Ian Lowry prend la parole pour expliquer que ces amendements visent « rien de plus qu'à contenter les syndicats et à vider le projet de loi de sa substance. Ils cherchent à préserver l'ensemble des obstacles et mécanismes qui paralysent notre économie depuis trop longtemps. Le Solidarity Bloc prétend soutenir notre projet de réforme, mais la simple lecture de ses amendements prouve le contraire. Nous voyons surtout que le Solidarity Bloc est entièrement à la merci du Syndicate Caucus, et tout le monde peut désormais le voir. » De son côté, la Première ministre Lineboro préfère rappeler : « Nous proposons une voie à suivre, réaliste et souhaitable. Une voie qui peut réellement être adoptée et suivie, et qui peut réellement changer les choses et faire la différence pour le Commonwealth. La mentalité du tout ou rien du député Lowry n'est pas une garantie de stabilité ; c'est vouloir contourner un problème en créant un problème bien plus important, qu'ils auront peine à pouvoir contenir. Nous devons faire preuve de responsabilité. »


JOUR QUATRE : Le vote doit avoir lieu en fin de matinée. La dernière journée commence par les discours des différents représentants des partis à l'Assemblée nationale. La salle est une fois de plus bondée et les personnes dans les tribunes ont du mal à trouver une place, même debout. Dehors, des milliers de personnes se sont rassemblées : des partisans des syndicats, des militants de la New Federalist Union, des manifestants écologistes, mais aussi des citoyens ordinaires venus assister à ce vote historique. Tout ce beau monde est sous surveillance policière accrue, avec même le déploiement d'une unité tactique de la police. À l'intérieur de l'Assemblée nationale, les derniers discours et plaidoyers se succèdent. Ian Lowry, de la New Federalist Union, clame : « C'est notre moment, pas seulement pour notre projet de loi, mais pour l'avenir même du Commonwealth ! Nous devons faire un choix clair entre la stagnation, un déclin long et mortel, et offrir à nos concitoyens et concitoyennes un avenir clair. Nous devons choisir la croissance, les opportunités économiques et un avenir digne pour la jeunesse de notre pays. Le choix vous appartient, chers collègues, alors faites le bon choix. » La Première ministre, Lineboro, reste sur sa position depuis l'ouverture des débats : « Le député Lowry parle de faire des choix, je préfère parler de conséquences. Ce projet de loi, s'il est adopté, n'apportera aucun avenir radieux. Il apportera au contraire de nouvelles divisions, de nouveaux conflits, et je le crains, de la violence. Ce sera du carburant pour les groupes terroristes de notre pays. Nous devons aller de l'avant de manière intelligente, en avançant ensemble et non chacun de notre côté. Il faut voter non à ce projet de loi et oui aux amendements qui ont une chance d'être adoptés. Le seul « oui » qui doit être exprimé est celui du possible, pas celui du rêve. Il en va de l'avenir du Commonwealth, de notre avenir. »

Jed Cullerton, lui, ne s'embarrassera pas d'un long discours, se contentant de marteler que « ce projet de loi n'est en aucun cas une question économique, mais une question de pouvoir. Il faut le dire, c'est le pouvoir dont il est question ici. Il s'agit de détruire les institutions qui garantissent et protègent les travailleurs de ce pays. J'ai consacré ma vie à défendre ma classe, nos syndicats et les institutions qui leur sont liées. Je ne m'arrêterai pas maintenant. » Faites comme moi et votez non. » Enfin, Theodosia Means conclut les prises de parole : « Le Green Bloc votera contre ce projet de loi, c'est entendu. Non pas parce que nous soutenons le Syndicate Caucus et les syndicats, ce n'est pas le cas. Non pas parce que nous nous opposons à la réforme de notre pays, ce n'est pas le cas. Nous voterons contre ce projet de loi, car il ne peut en rien résoudre la véritable crise que nous traversons : la destruction systématique de l'environnement, qui tue autant notre peuple que notre terre. Il faut voter contre ce projet de loi et espérons-le, revenir vers nous avec quelque chose de qualitativement supérieur. » La Mountain Liberty Alliance n'est pas intervenue une seule fois dans les débats de ces derniers jours. Fort de ses 35 députés, il estime que ces questions ne le concernent pas, d'autant que la New Federalist Union veut unifier les lois de l'ensemble du Commonwealth en brisant les districts. Sans intervenir, elle s'abstiendra, car elle ne veut pas servir la soupe aux représentants de Port-Liberty. Le vote a lieu à 11 h 30. La présidente de l'Assemblée nationale procède à l'appel nominal des députés, qui votent par ordre alphabétique. Leurs noms sont appelés un par un, une vieille tradition qui remonte à l'ère syndicaliste et qui peut paraître archaïque.

L'assemblée est silencieuse, à l'exception de la voix du greffier et des réponses qui fusent. « "Aye." "Nay." "Aye." "Nay." "Abstain." » Du côté de la New Federalist Union, le vote « pour » est unanime. Le Syndicate Caucus vote « contre » d'un bloc, sans briser sa discipline. Le Solidarity Bloc est profondément divisé : les réformateurs votent « pour » et les traditionnalistes « contre ». Le Green Bloc vote contre, tandis que la Mountain Liberty Alliance et les deux députés indépendants s'abstiennent. Lorsque le résultat final est annoncé, tout le monde retient son souffle. La présidente prend alors la parole : « Concernant le projet de loi 2019-17, intitulé Economic Recovery and Modernization Act, les votes sont les suivants : Pour, 129. Contre, 134. Abstentions, 37. Le projet de loi n'obtient pas la majorité requise et est donc rejeté. » Un moment de flottement s'installe dans l'Assemblée nationale, puis le Syndicate Caucus éclate de joie et applaudit. Les bancs de la New Federalist Union sont dévastés, abasourdis et plongés dans un profond silence. Ian Lowry reste immobile, le visage pâle. À l'annonce des résultats, les milliers de personnes rassemblées devant l'Assemblée nationale voient leur esprit s'échauffer. Les partisans du Syndicate Caucus crient « Vive nos syndicats ! », tandis que les partisans de la New Federalist Union scandent à l'unisson « Réformons maintenant ! ». Une jeune femme d'une vingtaine d'années agite une pancarte sur laquelle on peut lire : « Mon avenir et celui de l'environnement comptent. » Face à elle, plusieurs membres du CMS lui hurlent dessus en la pointant du doigt. Elle ne répond pas, restant simplement debout, tenant sa pancarte bien en évidence. Au milieu de tout cela, plusieurs rangées de policiers derrière leurs boucliers antiémeutes. FSans réforme, le Commonwealth survit pour le moment. Mais combien de temps cela pourra-t-il durer ? Telle est la question fondamentale.
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