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« In the east of Navasota, far from civilisation and its excess »
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Lettre adressée à la procureure générale concernant les troubles dans l’état du Redwood

Fait à Victoria City

Le 20 décembre 2018

De : Hosey Morrison, premier ministre de la fédération du Navasota

À : Karen Collins, Procureure générale de la fédération
Secret/ confidentiel

Objet : quelques instructions concernant l’affaire Gad et Yansa

Madame, et chère Amie,

J’espère que la santé est avec vous, ma chère. Je vous fais parvenir cette présente lettre pour vous indiquer ma plus haute considération quant aux événements qui se déroulent dans l’état du Redwood, qui s’éternisent depuis bien trop longtemps. Malgré le drame extrême qui résulte de la mort des deux jeunes, les violences qui s’en sont suivies sont, j’espère que vous serez d’accord avec moi, inacceptables.

Quelques sauvages et barbares profitent de ce malheureux événement pour mener à mal la cohésion nationale, détruire des infrastructures publiques mais également s’en prendre à nos forces de l’ordre et aux institutions de la république, ce sont des éléments inacceptables au plus haut point et auxquels il faut remédier de la manière la plus ferme.
La raison pour laquelle je vous adresse cette présente lettre est donc de vous demander, en tant que membre de mon gouvernement mais aussi qu’amie intime et surtout en tant que procureure générale de la fédération à la tête des services de renseignement intérieur, des services de marshals, des forces de l’ordre et des rangers mais aussi des cabinets de détectives fédéraux, de mener plusieurs éléments dont les plus importants seront nécessairement débattus en privé, en face à face à Victoria lors d’une future réunion en lieu clos entre nous deux. Veuillez recevoir que je ne fais aucunement confiance pour discuter de ces messages de haute importance par lettre et encore moins par messagerie électronique, le risque étant trop grand de divulgation, non pas de votre part mais on ne sait jamais si des fouineurs mettent la main sur ces échanges privés, il vaut mieux prévenir que guérir, vous en conviendrez avec moi.

Quoi qu’il en soit, Madame, je cherche ici à vous traduire des éléments dont j’ai expressément besoin de la réalisation sans toutefois nuire à l’indépendance de votre département qui me tient si chère à cœur. Ne voyez pas non plus ici quelque volonté d’ingérence de ma part dans le fonctionnement de votre département ou dans l’administration dont vous en faites partie ni même dans la gestion de l’affaire dont je souhaite vous parler. Ainsi, en tant que procureure fédérale vous avez la totalité de ma confiance pour la mener, mais sachez donc, juste pour revenir à ce qui nous intéresse dans la présente lettre, que j’ai besoin de la réalisation de plusieurs éléments dans le cadre de cette affaire qui me sont devenus indispensables si je souhaite garder ma crédibilité politique, la cohérence de ma coalition et la survie de mon gouvernement face aux loups affamés de l’opposition à l’assemblée citoyenne qui, comme vous le savez ma chère, n’attendent que la moindre erreur pour me sauter à la gorge et tuer mon gouvernement, ce que je n’ai nullement envie, mais pour ne pas subir l’attaque de l’opposition il me faut des résultats, résultats dont je manque donc cruellement ma chère, raison pour laquelle je me tourne donc vers vous pour en obtenir.

Dans le cadre de cette affaire, il m’est apparu que l’enquête est toujours en cours mais j’aimerais une avancée plus rapide de la part des organismes en charge de l’enquête, que ce soit en augmentant les effectifs chargés de mener l’enquête ou en augmentant les fonds alloués au cadre de l’enquête ainsi que les moyens. Ainsi il faut tout faire pour que les services chargés de mener l’enquête soient en capacité de la mener jusqu’au bout pour que nous obtenions des réponses le plus rapidement possible et j’aimerais qu’aucune barrière juridique ne soit dressée sur la route de ces agents car plus ils seront libres plus ils disposeront de la capacité de mener leur enquête librement. En ce sens, j’aimerais que vous ne dressiez pas de barrière à ces agents mais plutôt que vous leur facilitiez la tâche, bien sûr ceci doit strictement être gardé secret, il n’en ressortira sinon rien de bon si les commissions ou les journalistes sont tenus au courant que le département de la justice accorde des passe-droits aux agents chargés de mener l’enquête, ceci ne viendra que s’ajouter au climat de tension palpable et ne donnera lieu qu’encore plus de questions ou d’incompréhensions ou encore de théories de complot, chose dont nous n’avons pas besoin et aimerions éviter, vous en conviendrez ma chère.

Ensuite j’aimerais que, dans le cadre de cette enquête, l’agent suspecté soit limogé de ses fonctions d’agent de police, je vous laisse trouver un motif efficace et suffisant, ce limogeage permettra non seulement de montrer que nous sommes du côté des victimes et de leurs familles mais que nous sommes également en faveur de la paix sociale. Si cela pourrait paraître injuste pour l’agent en question notamment à l’étape actuelle de l’enquête et que ceci pourrait attirer les foudres de l’opposition, j’estime toutefois que c’est un risque à prendre, risque qui pourrait certainement nous être bénéfique plus tard, limoger l’agent fera que nous sommes aux côtés de la rue et de ses revendications, chose dont nous avons besoin dans l’état actuel des choses, de plus l’agent en question s’est rendu coupable de crime de meurtre et que donc dans ce cadre-là, un limogeage n’est certainement rien et il s’en remettra.

Enfin j’aimerais que vous participiez avec madame la procureure fédérale Lindsay Peterson, à une campagne de prévention, de sensibilisation et de soutien qui vise à faire tomber les tensions au sein de l’état du Redwood et à apporter des « réponses » même si à l’étape actuelle de l’enquête nous en disposons peu, tout cela doit avoir pour but de détendre la situation, sachez que madame je ne cherche nullement à vous donner en spectacle mais bien au contraire je veux montrer que le gouvernement fédéral se met par l’intermédiaire de votre personne en tant que procureure générale de la fédération aux côtés des victimes et cherche les réponses à ce drame et qu’elle va également prendre des mesures adéquates selon les résultats de l’enquête.

Cette campagne médiatique que certains jugeraient immorale ne l’est pas vraiment à mon goût, au contraire même, elle est morale, elle montre que le gouvernement fédéral se tient debout pour affronter les questions de ses citoyens, que le gouvernement fédéral assume son rôle et ses responsabilités et qu’il va les assumer, que cette campagne médiatique n’est pas là pour faire le buzz mais pour fournir des informations, donner l’état de l’évolution de l’enquête mais aussi pour accompagner les victimes, c’est un élément nécessaire qui n’est pas nécessairement moral, de toute façon la moralité n’a rien à faire ici.

Une considération mineure dont j’aimerais vous faire part cependant et qui concerne la manière dont il faudrait faire face aux violences des rues, je vous recommande d’agir avec la plus grande fermeté et la manière la plus stricte possible, il faut mater ces insurgés et faire respecter le couvre-feu imposé par la présidente de la fédération, dans ce cadre ne négligez aucun moyen pour faire retombe les violences et même si cela nécessite l’usage de la violence, dans ce cadre veuillez coopérer avec le secrétaire d’État à l’intérieur Liam Rogers sans lui faire part des autres considérations dont je vous ai fait part dans cette lettre.

Ainsi madame je compte sur votre entière coopération et j’espère que vous arriverez à mener à terme les demandes dont je vous fais part, de toute façon en cas de besoin vous savez où me trouver mais également comment me contacter et sachez que je suis entièrement disponible pour vous fournir mon assistance du mieux je peux et je compte sincèrement sur vous pour que vous ne partagiez pas le contenu de cet échange aux autres même aux membres du gouvernement pour l’instant.

Bien, madame, veuillez recevoir ma plus haute considération.
Hosey Morrison
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L’an 1850 au sein de la fédération (rétrospectif)

Ben HarenBen Haren (1838-1905) est un hors-la-loi et écrivain navorais d’origine caratradaise ayant émigré seul au sein de la fédération à l’âge de 10 ans, il fait partie des jeunes eurysiens attirés par les espoirs du rêve navorais de richesse et de prospérité tant promu et vanté, son arrivée au sein de la fédération se fait au sein de la dictature du général William Marshall qui dure de 1850 à 1880, jeune eurysien venu s’installer dans ce territoire encore à dompter, il se lance bien malgré lui dans le crime organisé sous la direction de son père adoptif Gijsbert van den Bovenkamp et intègre très tôt le gang de ce dernier, le Bovenkamp gang, cette vie de crime et de fuite des autorités marque profondément l’homme qu’est Ben Haren qui tout au long de sa vie retranscrira de manière la plus neutre possible certains des aspects de sa vie et de ses rencontres dans cette Navasota de la fin du XIXe siècle, témoin oculaire des changements massifs que traverse la fédération, il est malgré lui pris dans les courants de l’histoire et entraîné dans l’arrivée rapide et inexorable de la civilisation qui transforme le territoire, les hommes et les activités, il verra la fin de l’est sauvage et l’apparition de l’homme nouveau porté par l’industrie et la technologie, refusant ce nouveau qu’il sait inévitable et inexorable, attaché jusqu’à la mort au cadre de vie de liberté et de l’espace sauvage qu’il a connu et expérimenté tout au long de sa vie, il refusera tout comme le gang dont il fait partie d’accepter cet homme nouveau, ce progrès et cette industrie menaçants qui privent de liberté et qui enchaînent les hommes à la machine, mais qu’importe la seconde moitié du XIXe siècle est la fin de l’est sauvage, et le progrès ne laisse que deux choix : l’accepter ou mourir. Ben Haren mourra le 5 septembre 1905 vaincu par cette civilisation qu’il a tant cherché à fuir, son carnet et ses écrits servent de témoignage vivant de cette époque en pleine transformation.
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L’an 1850 est un âge particulier au sein de la fédération, d’abord politiquement puisqu’elle marque après 50 ans de durée mais exigeant exercice de démocratie l’arrivée du premier régime autoritaire au sein de la fédération, celle du dictateur William Marshall, socialement et chronologiquement, l’an 1850 marque une rupture au sein de la fédération puisque c’est le début du siècle des transformations, du siècle du progrès et la fin d’un monde par rapport à un nouveau monde qui se veut inexorable. Si Ben Haren n’est alors âgé que de 12 ans et que cela ne fait que seulement 2 ans qu’il est arrivé au sein de la fédération du Navasota, ce dernier s’imprègne rapidement de ce pays qui change et s’adapte rapidement et tout aussi rapidement que l’histoire avance. L’an 1850 a pour les contemporains de Ben Haren et pour les historiens une saveur particulière qui est tendue donc à ces évolutions politiques qu’aux mœurs de la société qui se retrouve être une nouvelle fois bouleversée, l’arrivée d’un régime autoritaire entend bien transformer cette société sauvage et violente en une nouvelle société plus occidentale, plus laïque, plus instruite et plus moderne. Cette société est toutefois entourée et construite sur des inégalités profondes et criantes qui sont monnaie courante dans la Navasota de cette seconde moitié du XIXe siècle.

1850, je ne me souviens de cette époque lorsque j’avais entre 10 et 12 ans, l’âge exact je ne me rappelle plus, juste que ça devait être très jeune et que je venais d’arriver de Caratrad, un long et fastueux voyage qui m’a été permis grâce à un riche donateur de me permettre d’aller m’installer au Navasota, je suis arrivé dans une petite ville du nom de Charlotte, bourgade de quelques milliers d’âmes où on compte plus de têtes de bêtes que d’humains, c’est dans cette bourgade que j’ai réalisé mes premiers pas au sein de mon pays d’accueil, la Navasota.

Cette année 1850 avait une saveur bien particulière, elle marque à mon sens la fin d’un monde et le début d’un nouveau monde, à mon jeune âge je l’avais peut-être ressenti et expérimenté mais je ne pouvais pas le confirmer car au fond de moi je reste profondément un enfant qui survit sans parents dans ce nouveau pays qui est par la force des choses devenu le mien.

Dès mon arrivée au Navasota j’ai pu obtenir un travail de garçon de ferme, un travail certes mal rémunéré mais qui me permettait de survivre dans ce monde sans pitié que j’ai vite appris à comprendre et à saisir ce qui a été l’élément central permettant ma survie, ici le moindre faux pas était synonyme de mort ou de violence sans qu’une quelconque justice soit d’aucun secours, un monde certes libre sans oppression d’une vieille noblesse et d’aristocrates imbus de privilèges qui cherchent à imposer une société d’un ancien temps complètement révolu, ici il n’y a pas de roi, de noble ou de seigneur, il n’y a ni noblesse ni aristocrate ni aussi privilèges ou passe-droits ou du moins c’est ce que l’on affirmait et criait haut et fort comme pour s’en vanter, ils avaient d’ailleurs fait tuer leurs représentants du roi et du duc austarien à ce que l’on m’a dit en 1804 avant de proclamer la république, une république libre et universelle qui accorde à tous les mêmes droits et les mêmes devoirs afin que tout homme puisse « rechercher le bonheur et la richesse », ils se désignent comme des hommes libres, des hommes universels qui sont tous libres et égaux en droit, je me rappelle de ce compagnon de voyage un intellectuel ou charlatan les deux pouvant être sérieusement liés et le second plus probable que la première qualité qui me parlait du Navasota comme étant la « terre promise » et comme « la terre de liberté », ici ce n’est pas un seigneur qui fait la loi mais des représentants du peuple au nom de la démocratie, chose que je ne comprenais bien évidemment pas ni aujourd’hui ni quand j’étais jeune, c’est un bien étrange mot pour moi longtemps habitué à la politique comme étant l’usage exclusif de la haute société, ce même intellectuel ou charlatan que j’ai raconté traduisait ceci comme le « pouvoir des masses », un joli mot qui à mon humble avis ne voulait rien dire, je m’égare certes mais ici c’est la démocratie qui règne et toujours accompagnée de son fidèle exécuteur et compagnon : le revolver.

La Navasota de l’an 50 est particulière parce qu’elle marque l’avènement de la dictature du général William Marshall héros des guerres contre les natifs qui imposa un régime autoritaire à la république universelle, cette république des hommes libres prend brutalement fin longtemps minée par des contradictions internes beaucoup trop profondes pour être cachées et mises de côté, lorsque le général Marshall prend le pouvoir ces désaccords avaient atteint un point de non-retour qu’un climat de guerre civile était présent et palpable, le général William Marshall fait donc un exterminateur, il met fin à une république jeune de cinquante années mais toutefois il est nécessaire de remarquer qu’il n’achève pas cette prétendue démocratie liée à cette république mais bien au contraire car il la sauvegarde mais en même temps la restreint encore plus, si je n’ai jamais eu l’occasion de ma vie quand je me rappelle de voter ou même de me présenter à des élections, c’est en raison des critères de cette démocratie qui exclut de fait la masse et la réserve à une oligarchie qui se formait, au Navasota ils ont aboli la monarchie et tué leurs rois pour les remplacer par des bourgeois et des crapules sans foi ni loi guidés par l’avidité de l’argent.

Mr Rhys Hawkins était un de ces salauds de grands propriétaires terriens possédant l’ensemble des ranchs de la région et qui était à la tête d’une immense exploitation ovine et bovine, faisant de lui la grande fortune de ma petite région et qui domine ainsi tout l’ensemble de la vie locale, c’était l’homme pour lequel je travaillais pour un misérable salaire de 10 livres par mois en tant que garçon de ferme dans l’une de ses exploitations. Il est une de ces raisons pour lesquelles je n’ai jamais cru en cette Navasota égalitaire, libre et démocratique parce que Mr Hawkins était ce que l’homme pouvait être de plus détestable et de plus misérable, un homme pro régime marshallien, pro guerre et pro violence.

C’est un homme où à chaque endroit où il passait la corruption devenait la norme, les politiciens se soumettaient au pouvoir de son argent aussi facilement qu’il est possible d’accéder à une prostituée dans les saloons de l’est, c’est aussi un homme profondément violent et barbare dans ses manières n’hésitant pas à abuser de son pouvoir sur ses employés et esclaves, je me rappelle de ce fameux jour où le frère de mon meilleur ami de ce temps-là, Josh, eut la main coupée par Mr Hawkins pour aucune raison si ce n’est le sadisme, j’apprendrais plus tard qu’il viola aussi sa mère brutalement et fit exécuter le père de Josh pour s’être opposé à lui, le corps du père de Josh a dû servir d’exemple et a été laissé pour compte dans les rues de Charlotte pendant un long mois, l’odeur de déprétitude devenait invivable dans la ville.

Ces hommes qui possédaient l’argent et donc le pouvoir étaient des hommes que j’ai pleinement détestés dès cette jeune période de ma vie, non par un sentiment altruiste ou une quelconque volonté de justice mais parce que je voyais en ces hommes ce que je détestais le plus en l’homme, un sentiment de haine naquit dans ma poitrine à les faire exploser mais pour l’heure à cet âge je restais tout de même un enfant comme les autres toutefois bien marqué par les événements de son époque qui se déroulaient dans cette petite ville de Charlotte et que j’imaginais avec une certaine certitude comme étant équivalents au reste de la fédération, l’histoire me donnera raison car des Hawkins il y en a des milliers, les uns plus violents et corrompus que les autres dominent et exploitent les hommes grâce au pouvoir de l’argent sous une complicité la plus totale des nouvelles autorités qui comme les précédentes ne firent rien pour soumettre ces propriétaires terriens et protéger la « démocratie ».

Charlotte était une petite ville comme les autres, ni trop grande ni trop petite pour les standards de l’époque si ma mémoire était bonne, des rares fois où j’ai eu à quitter la bourgade pour aller dans une autre ou accompagner les troupeaux de bovins destinés à la vente, j’ai remarqué une profonde similitude entre les villes de cet est sauvage, que cela soit dans leurs dispositions que leurs tailles, elles étaient semblables en tous points. La vie au sein de Charlotte était donc définie selon la géographie anarchique de cette ville, construite à la hâte lors des premières vagues de colonisation, ainsi on retrouve une longue rue centrale où se déroule la vie quotidienne et où on retrouve les commerces les plus essentiels : le general store, le boucher, le bureau de poste, le bureau du shérif (un homme de main de Hawkins qui participe à la mise en place et à l’entretien de ce régime de terreur), un médecin et un hôtel sans oublier le saloon élément central de la ville situé face à l’entrée de la ville au fond de l’avenue centrale.

À Charlotte on trouvait également une église où officiait le père Dane Morgan et où se rendaient tous les dimanches les populations de la ville profondément croyantes, le père Dane Morgan est un étrange homme distant des villageois et vivant toujours seul dans sa petite église appréciant la nature et l’air pur qu’il dit trouver dans son espace loin des activités de la ville, c’est un homme savant et vif malgré son âge avancé ce qui est un élément assez notable pour cette époque où la violence, les maladies et la sous-alimentation emportent les hommes assez rapidement, j’aimais et j’appréciais passer mon temps avec cet homme qui d’ailleurs m’apprit à lire et à écrire même si mon amour pour les lettres n’a jamais été développé plus que cela. En outre de cette église, à l’écart on retrouve des champs et les écuries ainsi que les enclos de vaches et de moutons de Mr Hawkins.

L’année 1850 est le début de profonds changements dans ma vie même si à l’époque je ne le savais pas encore, ce changement lent comme les évolutions sociales qui se faisaient en même temps dans ce pays, était marqué par l’arrivée de Gijsbert van den Bovenkamp dans la ville de Charlotte, un étrange homme qui se décrivait comme étant un « homme libre » qui fuit les chaînes de la civilisation, mot que je ne comprenais pas à l’époque mais que j’ai aimé, moi aussi je veux être un homme libre, un homme de l’est libéré des chaînes de ce qu’il appelait la servitude vouée au grand patron. Rapidement j’ai noué une relation de maître apprenti avec van den Bovenkamp, à l’abri des regards il m’apprit à me battre et à faire usage de mon premier revolver, une découverte excitante pour moi et en échange je devais lui apporter de la nourriture à manger que je volais à Mr Hawkins bien évidemment car ce n’était généralement pas de la nourriture qu’il aurait consommée et qu’il aurait de toute façon rapidement fait jeter au lieu de les offrir aux miséreux qui se présentaient chaque soir devant chez lui.

Lors d’une de ces soirées je fus découvert par Joshua Hart, un homme de main de Hawkins et une brute violente que personne n’aimerait rechercher, c’était l’agent exécuteur de Mr Hawkins et qui réalisait tout le sale boulot pour son patron, sale boulot qu’il appréciait pleinement car il ne ratait pas un moment ou une occasion pour délivrer la violence et accorder le sang aux ennemis de son maître voire même à des personnes innocentes au seul fait qu’il estimait qu’ils le méritaient. Bref une de ces soirées je me suis fait attraper en train de voler de la nourriture pour l’apporter à van den Bovenkamp, la sentence qui m’attendait était prévisible : celle des coups de fouet et de la prison mais il demanda d’abord de lui montrer la personne à qui était destinée la nourriture volée, nous deux allions recevoir le « juste châtiment que l’on méritait ». À ma grande surprise, van den Bovenkamp élimina dans une violence inouïe les hommes de main de Hawkins avant de s’enfuir de la ville, je le rejoignis sachant pertinemment le destin mortel qui nous était réservé si on restait dans la ville.

Cette première aventure que je vécus avec van den Bovenkamp était pour moi ma première expérience de la liberté et de l’homme hors-la-loi car pour la première fois de ma vie j’étais devenu un hors-la-loi, qualité que je garde encore aujourd’hui lorsque j’écris ces mots.

À tout bien égard cette qualité d’hors-la-loi me correspondait bien, non pas parce que j’aime la violence aveugle et gratuite mais parce que j’apprécie la liberté qu’elle m’offre, la possibilité de se libérer de ces chaînes qui me liaient avec un maître, car cette qualité me libère de l’exploitation de l’homme, dorénavant j’étais pleinement libre et donc j’étais navorais.
Van den Bovenkamp et moi décidâmes de quitter le comté et de partir loin de toute façon y revenir était synonyme d’entrer dans la gueule du loup, seule la mort nous attend et notre tête était mise à prix : 10 livres pour moi et 60 livres pour van den Bovenkamp, une énorme somme pour l’époque car la prime de van den Bovenkamp correspondait à plus de 6 mois de salaire moyen pour un travailleur navorais de cette époque-là.

Dans la Navasota de cette fin d’année 1850 je devenais pour la première fois un homme libre, un homme des grands espaces, que ce soit le destin qui l’eût voulu ou non mais lorsque je me replonge dans la nostalgie de cette époque je me rends compte que finalement j’étais devenu un observateur silencieux de cette époque sujette à de futures transformations tant économiques et sociales que politiques, et que j’allais être un témoin de ces évolutions, de ces transformations, de ces violences sacralisées et de cette domination écrasante légitimée, que j’allais être un homme libre certes mais un homme libre soumis aux évolutions incessantes de ma société et sur laquelle je n’allais avoir aucun impact, j’étais juste un témoin silencieux et invisible mais pour l’heure et en 1850 ma seule pensée et mes seuls désirs étaient de trouver comment me nourrir et où dormir dans la nature sauvage de cette vaste étendue de terre sauvage.
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