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Economy of the Commonwealth

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La transition politique et institutionnelle du Commonwealth est instable, ce qui a des répercussions sur son économie. Face aux nombreux problèmes rencontrés, il a été décidé de faire du système économique un système pluraliste composé de trois sphères économiques distinctes et concurrentielles. Ces trois sphères sont officiellement reconnues dans la Charte de transition (article X). Ce « pluralisme » est avant tout dû à la situation de paralysie que connaît le pays : l'absence d'orientation générale et centrale permet à plusieurs modèles de coexister, de se concurrencer et d'entrer en conflit.

I. La sphère économique syndicale

Ses activités se concentrent dans les secteurs minier, de l'industrie lourde et des services publics. Sa forme d'organisation est celle des Worker-Owned Trusts (WOT), successeurs des anciennes entreprises de l'ère syndicaliste. Ces entreprises sont gérées démocratiquement (en théorie, les travailleurs et travailleuses élisent leur conseil d'administration) et dominées par la bureaucratie des principaux grands syndicats nationaux. Dans cette optique, les décisions prises au sein des WOT visent à préserver les emplois plutôt qu'à rechercher l'efficacité ou le profit à tout prix. Toutefois, ces géants aux pieds d'argile manquent cruellement de liquidités. L'impossibilité de vendre des actions les rend dépendants de prêts publics financés par le National Development Fund (NDF), avec des obligations à taux d'intérêt élevé qui entraînent un cycle perpétuel d'endettement. Les WOT sont pour la plupart des monopoles ou des oligopoles dans les secteurs qu'ils dominent, ce qui fait d'eux malgré tout des géants nationaux à protéger par des subventions publiques, malgré leur manque de compétitivité à l'échelle internationale. Avec la décomposition du Commonwealth durant la période de transition, les WOT offrent à leurs employés un emploi stable, souvent à vie, ainsi qu'un logement et des services sociaux, ce qui leur permet de conserver un niveau de vie stable.

II. La sphère économique du marché

Sa base se situe dans l'industrie légère privatisée, le secteur de la technologie ou de la finance, la plupart des métiers de services, ainsi que dans toute l'économie de Port-Liberty. La forme d'organisation est celle d'entreprises capitalistes standard, comme les LLC ou les sociétés par actions, régies selon le nouveau code du commerce. Ce secteur est florissant et en pleine expansion, notamment grâce aux investissements directs étrangers, à la richesse personnelle des principaux oligarques nationaux et à la Satling HCU pour les paiements et les échanges internationaux. Orienté vers l'exportation, ce secteur cherche à s'intégrer à l'économie mondiale, ce qui en fait la principale source de croissance du pays, même s'il est concentré géographiquement autour de Port-Liberty et des pôles technologiques de New Harmony. Avec la décomposition du Commonwealth durant la période de transition, ce secteur permet de créer de nouveaux emplois hautement qualifiés et de favoriser une promotion sociale rapide, mais il offre très peu de sécurité de l'emploi et encore moins d'avantages sociaux. Sa croissance et son expansion rapides exacerbent grandement les inégalités dans le pays et provoquent de nombreuses divisions, tant sur le plan générationnel que géographique.

III. La sphère économique communale et communautaire

Sa base se situe dans l'artisanat, le secteur coopératif décentralisé, les nombreuses fermes de subsistance, ainsi que sur des entreprises occupées par des collectifs de travailleuses et travailleurs en autogestion. Ce secteur profite largement de la faiblesse de l'État pour échapper à son contrôle, ne lui payant aucun impôt et n'étant pas soumis à des réglementations. L'usage du troc, de l'économie informelle, de la contrebande dans les marchés souterrains, ainsi que des décisions prises par consensus ou par des personnalités fortes marquent ce secteur. Les échanges au sein de ce secteur se font souvent en utilisant la monnaie nationale, par du troc ou des échanges de services, ou encore en comptant sur son capital social et sa popularité. Avec la décomposition du Commonwealth durant la période de transition, la grande force de ce secteur est qu'il parvient à combler les lacunes des deux autres sphères de l'économie du pays. Il fournit notamment des biens de consommation ou de nécessité à des prix très abordables, ainsi qu'un accès à des produits agricoles et alimentaires locaux. Les réseaux de contrebande servent quant à eux de canal pour importer ou exporter de nombreux biens qui sont soit impossibles à trouver, soit soumis à d'importantes restrictions. Ce secteur permet d'assurer la survie de nombreuses communautés et districts, le plus souvent situés dans des zones isolées ou dites « sacrifiées ».


L'économie nationale se caractérise par une fragmentation et un système à plusieurs vitesses. L'utilisation de deux « monnaies » en est un parfait exemple. La Satling est utilisée pour les salaires et les échanges nationaux, donnant accès aux biens de consommation de base. Pour les activités commerciales, les importations ou les investissements étrangers, on utilise la Satling HCU, ce qui crée un système financier double qui avantage grandement celles et ceux qui ont des liens avec l'économie mondiale. L'État, qui a déjà du mal à trouver un budget cohérent, est pris dans une spirale mortelle de subventions pour imprimer à la chaîne des Satling et subventionner les WOT, qui sont au bord de la faillite. Si ces derniers venaient à s'effondrer, une crise sociale d'une grande ampleur et une explosion incontrôlable seraient inévitables. Ce choix maintient donc une inflation élevée et les fonds destinés, par exemple, à de nouvelles infrastructures ou constructions sont détournés. Pour ne rien arranger, il n'existe pas de juridiction cohérente en matière de règlements ou de fiscalité, ce qui oblige la plupart des entreprises à composer avec l'ensemble des districts et leurs règlements, qui s'entrechoquent entre la sphère économique, syndicale et du marché. Enfin, il est estimé qu'entre 10 et 15 % du territoire sont des « zones sacrifiées », pour la plupart des zones minières ou industrielles ayant subi des ravages quasi irréversibles. Une politique globale de dépollution et de prise en charge de la santé publique dans ces zones serait nécessaire, mais il n'y a aucun financement et aucune sphère ne souhaite réellement s'en occuper, soit en minimisant le problème ou alors en ne voulant pas en prendre la responsabilité.

Les forces de l'économie de la période de transition sont néanmoins nombreuses. En optant pour un système pluraliste, elle a évité un effondrement total. La sphère syndicale a réussi à absorber le choc social de la disparition du régime syndicaliste, tandis que la sphère du marché parvient à générer une bonne part de la croissance. La sphère communale et communautaire, quant à elle, permet d'aider les populations les plus pauvres et les plus isolées. En privilégiant l'ouverture économique, la sphère du marché, dirigée par Port-Liberty, constitue un vivier technologique et financier de premier plan, attirant des capitaux et des personnes souhaitant tenter leur chance. Les districts les plus libéraux se sont concurrencés pour offrir un environnement propice aux investissements et aux transactions commerciales. La résilience de l'économie est un autre de ses points forts : les difficultés d'une sphère particulière n'entraînent pas l'effondrement total et définitif du système en place. La résilience populaire, maintenue par la sphère communale et communautaire, est un exemple remarquable en la matière. Les difficultés et les défaillances restent néanmoins nombreuses. La plus grande menace qui pèse sur le Commonwealth reste le piège de la dette des WOT. L'État étant obligé d'emprunter massivement et continuellement pour les financer, une crise monétaire ou de la dette souveraine finira par se produire.

Dans le même ordre d'idées, les décisions politiques (comme les subventions destinées à acheter la paix sociale et syndicale) priment sur les logiques du marché. Les capitaux sont ainsi très peu investis dans les entreprises les plus productives, mais dans celles qui entretiennent les meilleures relations avec le pouvoir. Les jeunes fuient les villes de l'intérieur pour rejoindre Port-Liberty et espérer y trouver un avenir meilleur. Dans le même temps, de nombreux travailleurs âgés de la sphère économique syndicale n'ont plus les compétences adaptées aux transformations de l'économie, ce qui crée un certain ressentiment et un important brain drain. Le manque de stratégie nationale en matière d'investissement est un autre problème très lourd, notamment pour les infrastructures nationales qui se détériorent et ne sont prises en charge que très partiellement par les différentes sphères économiques. La corruption, qui profite des failles du système, vient s'ajouter à ce tableau : le chevauchement des différentes sphères économiques crée un environnement propice à la corruption, comme l'utilisation de pots-de-vin pour payer un fonctionnaire d'un district, démanteler des actifs pour les transférer d'une sphère à l'autre ou encore la contrebande, qui faussent complètement l'activité économique réelle.

L'économie de la période de transition est paradoxale à bien des égards. Elle est à la fois en déclin et en croissance. L'essor rapide de Port-Liberty constitue une manne financière importante qui soutient la croissance. Cette situation masque néanmoins l'effondrement et le ralentissement complet du secteur industriel, ainsi que le risque pour l'État de devoir le renflouer. Ironiquement, la pluralité, qui est la plus grande force du système, est également son plus grand problème. Il est incapable d'apporter une réponse décisive et coordonnée à des crises majeures (crise de la dette, problèmes environnementaux, infrastructures en piteux état, etc.), ce qui semble démontrer que l'économie n'est pas en train de chercher à trouver un nouveau modèle, mais qu'elle est tout simplement bloquée par la transition elle-même. Cet état de dysfonctionnement permanent est surplombé par diverses sphères économiques qui se livrent une véritable guerre par le biais de veto politiques, de refus d'investissements ou d'accaparement de certains secteurs économiques. Pour réussir à naviguer dans l'économie du pays, il est préférable de connaître du monde dans le monde des affaires, mais surtout dans le monde de la politique. Il faut comprendre quelles sont les règles qui s'appliquent à quel district, quelles sont les barrières syndicales à franchir et, parfois, quel réseau il faut connaître pour les contourner. L'actif le plus indispensable et le plus précieux n'est pas d'ordre économique, mais avant tout politique.
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LES TROIS INSTITUTIONS ÉCONOMIQUES FONDAMENTALES DU COMMONWEALTH

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I. LE FOND NATIONAL DU DÉVELOPPEMENT (NDF)

Le Fonds national de développement est l'instrument fiscal clé du gouvernement pour gérer l'économie actuelle, marquée par une crise et des tensions durant cette phase de transition. Il ne s'agit pas d'une entité ministérielle ordinaire, mais d'une banque de développement associée à un fonds souverain, le tout sous une gestion politique rigoureuse. Ses fonctions principales sont d'accorder des prêts en cas de situations critiques, d'octroyer des crédits à des taux très bas et d'assister directement tous les WOT afin de prévenir les faillites et les vagues de licenciements, susceptibles d'engendrer des troubles sociaux, économiques et politiques d'envergure. Le NDF se positionne comme un investisseur stratégique, détenant des « actions stratégiques et privilégiées » dans une multitude d'actifs publics privatisés ou en cours de privatisation. Ces derniers sont souvent considérés comme étant d'importance nationale, comme les principaux réseaux ferroviaires ou l'ensemble de l'infrastructure des télécommunications. Pour garantir le soutien des districts à la politique de l'Assemblée nationale, le NDF peut fournir des fonds pour mettre en œuvre des projets spécifiques aux districts (réhabilitation de routes, création de nouvelles écoles, modernisation du réseau électrique obsolète, etc.). En théorie, le Fonds national de développement est également responsable de la gestion du Fonds « Pour une transition juste », entièrement soutenu par les écologistes. Ce fonds soutient plusieurs initiatives dédiées à la restauration de l'environnement et à l'énergie durable. Cependant, il est régulièrement sous-financé. Le NDF est dirigé par un conseil d'administration constitué de neuf membres : trois en provenance de l'Assemblée nationale, trois de la Chambre des syndicats et trois nominations par le Conseil d'État, le plus souvent des cadres « technocratiques ». Cette répartition favorise une lutte politique constante et chaque décision est donc politique.

Cela se reflète dans ses mécanismes de décision, qui fonctionnent selon un système de quotas, une forme d'arrangement non officialisé mais strict dans son application. Ainsi, 40 % de ses fonds sont destinés à soutenir le secteur économique syndical, 30 % à des initiatives privées, tant nationales qu'internationales, 20 % à répondre aux besoins des districts, et les 10 % restants sont répartis pour des utilisations dites discrétionnaires. Son financement dépend principalement des revenus provenant des privatisations, d'un impôt spécifique sur les transactions financières à satling HCU, à Port-Liberty, et surtout, d'une dette souveraine de plus en plus importante sur les marchés internationaux, ce qui fait craindre une potentielle crise de la dette. Le NDF présente deux principaux avantages : il est la seule institution et l'unique acteur dans son champ d'action, et il est la seule source de financement du secteur économique syndical. Grâce à sa capacité d'intervention rapide, il peut juguler les crises sociales qui se profilent, notamment en faisant tourner la planche à billets. Lorena Andrews, l'actuelle directrice du NDF, est une personne très courtisée qui dispose d'une puissance considérable lui permettant de déterminer quels districts ou syndicats doivent être aidés en priorité. Néanmoins, ce système de « quotas » décisionnaires plombe en grande partie son efficacité économique, forçant le NDF à accorder des prêts à de nombreuses entités, le plus souvent en faillite, dans le seul but de préserver la stabilité politique à tout prix. De plus, comme le NDF se porte toujours garant de la solvabilité de la plupart des WOT, ces derniers n'ont aucune incitation à se réformer en profondeur, car ils savent qu'ils seront toujours couverts en cas de problèmes graves. Enfin, la question de la dette sera un problème pour les prochaines années : les nombreux emprunts contractés pour soutenir des prêts non rentables, voire systématiquement non rentables, mèneront à des problèmes d'insolvabilité à long terme.

II. LA COMMISSION DE SOUVERAINETÉ DES RESSOURCES (RSC)

La Commission de souveraineté des ressources est chargée de gérer l'ensemble des ressources minières et souterraines du Commonwealth. Elle détient les titres de propriété légaux sur l'ensemble des droits miniers, forestiers et hydrauliques. Elle est donc l'organisme le plus puissant du Commonwealth en matière de régulation et de réglementation. Ses prérogatives sont nombreuses et vitales en cette période de transition. La RSC veille à ce qu'aucune entreprise ne puisse extraire une seule ressource minière sans son agrément, sous forme de licence d'exploitation. Pour obtenir une telle licence, la RSC doit d'abord obtenir l'accord du syndicat national concerné par le secteur visé, principalement le CMS pour l'exploitation minière. Cette manière d'opérer institutionnalise le pouvoir économique et de veto de la plupart des grands syndicats du pays, à commencer par les « Big Three ». Une fois l'autorisation accordée et la licence délivrée, la RSC fixe et perçoit l'ensemble des redevances sur tous les types d'exploitations ou d'extractions, ce qui permet de générer des revenus importants pour l'État (notamment en satling HCU). Elle dispose théoriquement d'un mandat pour faire respecter les normes environnementales en surveillant le respect des obligations de remise en état des zones sacrifiées, mais sous la pression des principaux acteurs, elle ignore totalement cette prérogative. En termes de fonctionnement et de structure, elle est composée d'une commission de sept membres : le président de la RSC est nommé directement par le Premier ministre. Trois sièges sont occupés en permanence par un membre de chacun des « Big Three » (CMS, MFG et CEC). Les trois sièges restants sont généralement réservés à d'autres syndicats de moindre importance ou à des représentants des districts.

Le processus est simple, bien que bureaucratique. Une entreprise (étrangère ou nationale) dépose une demande auprès de la RSC pour obtenir un droit d'exploitation. Le personnel de la RSC mène alors une enquête et examine la demande. Les négociations s'ouvrent ensuite en coulisse entre le président de la RSC, le représentant du syndicat et, le cas échéant, le représentant du district concerné, voire de la PAC. (Le syndicat cherche à protéger ses emplois et son monopole, le district souhaite souvent générer de nouvelles rentrées d'argent et créer des emplois, tandis que l'armée cherche à protéger des ressources stratégiques pour son propre usage). Si un accord est trouvé, l'accord d'exploitation est signé et l'extraction peut commencer dans les plus brefs délais. Les forces de la RSC résident dans le véritable verrou constitutionnel présent dans la Charte de transition, qui permet aux syndicats d'imposer un veto sans que celui-ci ne soit réellement remis en cause par le droit. Elle permet également de générer de nombreux revenus, ce qui apporte des devises fortes en grande quantité. Enfin, elle symbolise un fort sentiment national, car elle incarne un principe intangible depuis plus de quatre-vingts ans : les ressources du Commonwealth appartiennent à son peuple, et non à des entreprises étrangères. Malgré tout, ses faiblesses sont nombreuses. La conception même de la RSC la paralyse le plus souvent, en raison de la nécessité de trouver un consensus acceptable entre l'État, les syndicats et les districts. Tout nouveau projet d'envergure peut prendre beaucoup de temps à cause des négociations internes, ce qui freine énormément les investissements possibles et profitables. Enfin, la corruption au sein de la RSC n'est pas un mystère, puisqu'il est courant que des pots-de-vin soient versés aux chefs de syndicats ainsi qu'aux fonctionnaires nationaux ou de districts pour faciliter certaines opérations. Cette corruption est notamment la cible des éco-syndicalistes, qui constatent que les mesures écologiques que la RSC devrait prendre sont systématiquement annulées sous la pression des syndicats.

III. LA BANQUE D'EMISSION DU COMMONWEALTH (CBI)

La CBI a pour fonction principale d'être une banque centrale chargée d'assurer, d'une part, la stabilité monétaire et financière et, d'autre part, un plein emploi optimal dans une économie en ruine et en transition. Elle est la seule institution centrale habilitée à émettre la satling, la monnaie « faible et non convertible » du Commonwealth. Elle est également la principale administratrice et architecte du système HCU (Hard Currency Units), la monnaie forte utilisée pour l'ensemble des transactions commerciales importantes, notamment dans le commerce extérieur. La CBI est la principale prêteuse du gouvernement, puisqu'elle finance directement le déficit de l'État en achetant des obligations pour le NDF et en imprimant massivement de la monnaie, ce qui a pour effet d'alimenter une inflation constante. Sa principale tâche durant la période de transition est de réguler un système totalement fracturé, notamment entre deux systèmes bancaires parallèles : d'un côté, les banques liées à la sphère économique syndicale et, de l'autre, les banques privées qui utilisent la satling HCU et ont élu résidence à Port-Liberty. L'utilisation de ce « double registre bancaire » est un exercice permanent, et il faut réussir à gérer deux économies strictement distinctes : d'une part, l'économie en satling pour payer les salaires, les retraites et le système social (en tenant compte de la forte dépréciation de la satling), et d'autre part, l'économie en satling HCU pour les comptes en devises étrangères, les crédits à l'importation et à l'exportation, les investissements étrangers et l'épargne bancaire des nouvelles élites économiques de Port-Liberty.

Son rôle le plus important est de parvenir à gérer le taux de change entre ces deux sphères économiques. Le gouverneur de la CBI est nommé par le Conseil d'État, et son comité de direction est composé de technocrates et d'« experts économiques » afin de ne pas la rendre partisane. Cependant, la politique monétaire de la CBI est soumise à une pression constante de la part du Premier ministre, qui souhaite des crédits bon marché pour maintenir les WOT à flot, et de Port-Liberty, qui souhaite maintenir une monnaie forte pour ses échanges et investissements. La CBI possède deux principales forces dans sa conception : le système de HCU permet d'éviter un effondrement monétaire total en isolant et en maintenant un mur étanche entre la sphère productive du marché et la spirale inflationniste de la satling. Elle accepte de fournir une quantité quasi illimitée de satling au NDF afin d'empêcher toute explosion sociale et économique, ce qui lui permet de gagner du temps sur le plan politique. Ses faiblesses sont néanmoins nombreuses, à commencer par la schizophrénie de sa politique monétaire, car son mandat contradictoire rend impossible une politique monétaire foncièrement cohérente. Elle doit en effet faire un choix entre favoriser l'hyperinflation en imprimant de la monnaie faible pour le NDF, ou alors restreindre les crédits pour les WOT. De plus, la CBI manque de nombreux outils fiables pour fixer convenablement les taux d'intérêt dans un système à double monnaie, sans parler de l'absence totale de réserves de change pour défendre la satling de manière adéquate. La CBI est perçue comme jouant contre les intérêts souverains du Commonwealth, car le système HCU l'oblige à céder le contrôle monétaire aux marchés étrangers. La CBI devient alors une banque centrale sans monnaie réelle sous son contrôle, entrainant des problèmes dans la mise en place d'une politique cohérente et bénéfique pour les intérêts nationaux.


IV. ENTRE SYNERGIES ET DÉFAILLANCES

Ce qui caractérise les principales institutions économiques du Commonwealth, c'est leur destinée commune dans une boucle infernale. La RSC, par exemple, ne parvient pas à générer suffisamment de revenus en HCU en raison de son inaction et de sa corruption endémique. L'État se tourne naturellement vers le NDF pour financer ses projets économiques et sociaux, ce qui l'oblige à emprunter des sommes colossales à la CBI. En retour, la CBI se retrouve à imprimer des Satling pour acheter la dette produite par le NDF, provoquant un circuit inflationniste dans l'ensemble de la sphère économique hors HCU. L'inflation commence alors petit à petit à attaquer les salaires, les pensions et les couvertures sociales des travailleurs des WOT, provoquant des troubles sociaux que personne ne souhaite réellement. Pour apaiser la situation, le NDF est obligé de prêter davantage aux WOT, ce qui nécessite donc d'emprunter davantage. Tout cela crée un cercle vicieux sans fin, tandis que de l'autre côté, le secteur privé et le marché renforcent leur productivité en se basant sur la satling HCU, ce qui déconnecte une partie de l'économie de cette spirale infernale et mortelle. Ces trois institutions économiques sont importantes durant la période de transition, mais il ne faut pas se tromper.

Elles ne sont aucunement des piliers d'une nouvelle économie, mais des béquilles pour un État totalement paralysé et incapable de sortir la tête de l'eau. Le NDF fonctionne comme un fonds de corruption politique à grande échelle pour les syndicats, la RSC comme un bureau de gestion pour des cartels économiques, et la CBI essaie tant bien que mal de maintenir une politique monétaire dans un système schizophrénique. Leur seule force est, pour le moment, leur capacité commune à éviter un effondrement de l'économie et de la société grâce à des manipulations et des tractations politiques et économiques. Leur faiblesse réside en revanche dans leur incapacité à faire naître un marché national fonctionnel et réellement unifié, ainsi qu'à éviter la séparation de l'économie. L'institutionnalisation de l'économie entre trois sphères distinctes semble garantir une crise de la dette, fiscale et monétaire, à long terme. Sans solutions réelles, les politiques mises en place ne permettront que de contrôler un déclin inévitable, au mieux de le juguler.
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LA GRANDE BRADERIE

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Le Bureau des biens de l'État et de la transition économique (BSAET), plus communément appelé Bureau des biens de l'État (BSA) ou, de manière péjorative, le « Bureau des ventes au rabais », a été créé au début de l'année 2016 par la loi sur la transition économique et la clarification des biens, comme seule et unique agence centralisée chargée de gérer la « grande braderie », c'est-à-dire la privatisation de l'ensemble des entreprises publiques jugées non stratégiques, des anciennes coopératives appartenant à l'UMMFS et de nombreux autres « biens sociaux » qu'il administrait. Son programme repose sur les « trois axes », qui visent à équilibrer les impératifs politiques, la stabilité sociale et l'efficacité économique. Son premier axe est la vente aux enchères d'actifs stratégiques, les « joyaux de la couronne » en quelque sorte : des industries légères ou lourdes rentables et stratégiques, des actifs médiatiques comme les télécommunications, de grands ensembles de biens immobiliers urbains ou encore des réseaux de transport logistique. Les mises en vente se font à la fois sur le plan national et international, dans une optique concurrentielle. Ouvertes en théorie à tous les investisseurs, ces enchères sont structurées de façon à favoriser les ensembles disposant déjà d'un capital important, car elles sont menées en monnaie forte HCU. L'objectif était de générer rapidement un afflux massif de devises fortes pour renflouer les caisses de l'État et attirer des investissements directs étrangers. Ce premier axe s'est révélé partiellement efficace, mais a été entaché de nombreux scandales. La première conséquence a été de donner naissance à l'ensemble de la petite clique des oligarques, dont l'exemple le plus connu est celui de Kenelm Suitor, qui a pu bâtir un empire dans les domaines des médias, de la marine marchande et du transport de marchandises. Des fuites d'informations provenant d'anciens fonctionnaires ou cadres de l'UMMFS, désormais au BSA, ont constamment faussé les règles d'attribution lors des enchères, permettant à certains investisseurs de privatiser rapidement de nombreux actifs, sans toutefois parvenir à créer un marché stable, transparent et concurrentiel, comme cela était envisagé.

Le deuxième axe a été de transformer les grands ensembles économiques syndicaux en WOT, une action plus connue sous le nom de « compromis syndicaliste » : les principales entreprises industrielles et minières, qui étaient le fleuron de l'économie de la RSWR, étaient invendables en l'état en raison de leur endettement, de leur vétusté, de leur impact sur l'environnement ou tout simplement parce qu'elles constituaient un énorme bouclier pour éviter une crise sociale. Ces entreprises ont donc été, pour la plupart, reconstituées en Worker-Owned Trusts, avec une « subvention de transition » unique accordée par le BSA, ainsi que des prêts qui seront ensuite de la responsabilité du Fonds national de développement. Cette méthode devait permettre de préserver la paix sociale en donnant à l'ensemble des travailleurs des forteresses syndicales l'illusion de la propriété collective, tout en dégageant l'État de toute responsabilité en matière de gestion. Il s'agit en réalité d'une « feuille de vigne » politique, car ce choix est à l'origine de la fameuse « bombe de la dette » : les WOT sont objectivement des zombies, car leurs prêts sont garantis par l'État, en accord avec leurs conseils d'administration élus et contrôlés par une partie de l'ancienne bureaucratie de l'UMMFS. Le programme proposé par le BSA est un échec calculé qui provoque une fuite continue de ressources pour le NDF et entraîne une inefficacité économique. Le troisième et dernier axe est le programme Land & Small Asset Reconciliation Program (L&SARP). L'ensemble des titres de propriété n'existe plus depuis la collectivisation des terres après 1935, ce qui concerne les collectifs agraires, les petites entités indépendantes, ainsi que les terres résidentielles. Un processus complexe et cauchemardesque, géré par une autre agence proche du BSA (le Bureau of Land Reconciliation, ou BLR), vise à réglementer et à répondre aux réclamations. Le BLR doit gérer un travail colossal afin de déterminer les titres de propriété avant la révolution, d'éplucher les registres des syndicats et de tenir compte de la possession actuelle des terres, afin de ne léser personne. L'objectif final est de créer un registre foncier moderne qui permettrait de débloquer des capitaux et de mettre fin aux nombreux litiges existants.

Comme de nombreuses agences similaires, le travail du BLR est catastrophique. Sous-financé et corrompu, il doit gérer un nombre considérable de dossiers, dont la plupart s'accumulent les premiers jours. Le traitement des réclamations prend des années, ce qui produit un gel constant du marché immobilier et déclenche de nombreux conflits d'intérêts locaux ou régionaux. Cela permet à de véritables faussaires de prétendre, par des moyens détournés, arranger la situation. Cela permet également aux fonctionnaires des districts d'exploiter la confusion et, parfois, de solder une réclamation selon leur humeur politique. Le BLR est principalement pointé du doigt comme responsable de l'absence de développement économique dans les régions intérieures et est la cible privilégiée de Port-Liberty, de la New Federalist Union et des oligarques, qui n'hésitent pas à produire documentaires, articles et dossiers à son encontre. L'efficacité concrète du BSA est donc extrêmement mitigée et entachée de corruption. Il y a évidemment des succès, le plus grand étant la création rapide d'une sphère économique de marché qui a permis l'émergence d'une classe capitaliste et d'une économie de marché fonctionnelle, bien que fortement inégalitaire, dans des secteurs spécifiques (médias, commerce international, technologie ou industrie légère). L'essor spectaculaire de Port-Liberty est en grande partie le résultat de ce premier axe. L'ensemble des recettes provenant de ce premier axe a également permis de fournir rapidement des liquidités essentielles à l'État, évitant notamment un effondrement brutal et total des finances du pays durant la première année de la transition. Enfin, le BSA a également servi de couverture au processus légal de transfert d'une partie de la propriété publique ou collective, évitant ainsi des saisies violentes. Cependant, le BSA souffre d'une corruption endémique, ne serait-ce qu'à travers les connexions qu'entretiennent les oligarques avec l'agence : l'ensemble des « prestations de conseil », des offres émises pour le rachat ou le démantèlement de certains actifs sont court-circuitées par un lobbying important. Au début de l'année 2018, le directeur du BSA a été contraint de démissionner à la suite de la fuite de plusieurs cas de corruption ayant provoqué un véritable tollé, renforçant la méfiance généralisée contre l'agence et ses objectifs.

Le deuxième axe n'a pas mis un terme au pouvoir des syndicats ; il a toutefois réussi à le cantonner en maintenant le pouvoir de la Old Guard et en l'institutionnalisant sous de nouvelles formes juridiques. Le BSA est devenu le réceptacle des subventions de l'État, via les structures qu'il se doit de réformer. Le coup politique est simple : il crée une dette massive en mettant en place les WOT, qui sont continuellement endettés et doivent se tourner vers le NDF. Le BSA a donc probablement hypothéqué l'avenir du Commonwealth en espérant décapiter le pouvoir syndical en transférant les dettes industrielles publiques en dettes privées garanties par l'État. Ces trois axes ont renforcé les inégalités entre les districts : le premier a profité à Port-Liberty pour s'ouvrir aux investissements étrangers, le deuxième a enfermé l'intérieur du pays dans une stagnation violente et le troisième ne parvient que péniblement à donner une cohérence à la question des terres. L'ensemble de ces actions n'a fait qu'accélérer les nombreuses divergences culturelles, économiques et politiques entre les districts, érodant l'unité nationale ainsi que la confiance de la population. La vente au rabais de nombreux actifs nationaux à des investisseurs étrangers ou à des proches de l'Agence a produit un malaise chez une grande partie des citoyens du Commonwealth, qui luttaient pour obtenir de nouveaux droits de propriété. Cela a donné à l'opinion publique l'impression que la transition était un processus volé depuis le début, ce qui a alimenté le soutien à la fois à la Scarlet Guard et à la Mountain Liberty Alliance. Le Bureau des biens de l'État est donc, malgré sa récente création, déjà fortement affaibli. Si l'on met de côté le succès fulgurant du premier axe, ce dernier a été entièrement dévoré par les dettes engendrées par le deuxième axe (que tout le monde souhaite ignorer volontairement), et le troisième est un véritable bourbier. Entre la grande braderie et la gestion d'un statu quo, le BSA se trouve dans une position délicate. Il doit sans cesse gérer l'ensemble des prêts que le NDF devra verser aux WOT pour assurer leur fonctionnement, mener des batailles judiciaires contre des poursuites intentées par des tiers, servir de punching-ball pour la New Federalist Union (qui le qualifie de corrompu) ainsi que pour les Big Three (qui lui reprochent de manœuvrer politiquement en les prenant à la gorge en refusant de verser des subventions).

L'ironie de l'histoire, c'est que malgré ses nombreux défauts et failles, le BSA aura réussi, en partie, à créer une véritable accumulation primitive de capital, mais tellement imparfaite qu'elle a fait se concentrer les richesses vers une autre élite, renforçant ainsi la confiance de la population qui ne voit qu'un transfert de pouvoir s'opérer, tout en constatant l'accumulation des dettes et l'impossibilité de transformer de nombreux secteurs de l'économie du Commonwealth. L'ordre économique qui émerge de cette période de transition est profondément inégal, instable, et source constante de ressentiment et de frustrations. Le BSA est l'un des architectes des contradictions fondamentales de la période de transition, qu'il se doit pourtant d'éviter, avec ou malgré lui. Il se trouve dans une position précaire, à la fois essentiel et détesté, puissant et paralysé par la corruption, exécuteur officiel de la transition économique et incarnation de son impossibilité. Pour sortir de cette impasse, il faut résoudre des problèmes constitutionnels, et non pas purement administratifs : le droit de veto de la Chambre des syndicats sur l'ensemble de la législation économique signifie que toute action d'envergure voulant être prise par le BSA sera systématiquement bloquée. L'obstacle structurel de la BSA se trouve donc là, et toutes les autres réformes qui tenteraient de contourner ce problème ne seraient qu'un pansement sur une jambe de bois. Pour fonctionner correctement, il faudrait donc limiter le pouvoir de la Chambre des syndicats et relâcher la pression syndicale et oligarchique sur certaines de ses décisions. La plupart des dirigeants et des fonctionnaires du BSA sont nommés à l'issue d'âpres négociations politiques. Il s'agit pour la plupart d'anciens fonctionnaires de l'appareil de l'UMMFS dont la loyauté est parfois douteuse et qui prennent des décisions sous la pression politique, et non dans une logique économique. Des propositions ont déjà été émises pour professionnaliser son fonctionnement, notamment en permettant que ses dirigeants soient nommés sans considération politique et dans un cadre bien défini, en le rendant plus technocratique en exigeant la présence d'experts dans les questions économiques, ou encore en créant une commission d'éthique et de surveillance pour maintenir son indépendance vis-à-vis de toutes les pressions politiques et économiques.

Des pistes ont été ouvertes pour rendre son fonctionnement plus efficace, mais aucune n'a été expérimentée pour le moment. Le manque chronique de fonds, de personnel compétent et de traitement des données, associé à un budget annuel toujours au plus bas, ne peut qu'engendrer de la corruption, des retards de traitement et le choix de solutions politiques temporaires pour sortir du marasme économique. L'avenir politique du BSA constitue également une bombe à retardement. La New Federalist Union espère avoir les coudées franches lors des prochaines élections ou à la suite de la convocation de la convention constitutionnelle, afin d'abolir la Chambre des syndicats et de mener à bien la transition par le biais d'une privatisation directe et massive, en transférant les fonctions du BSA à un nouveau ministère directement contrôlé par l'exécutif. Cela permettrait également de mettre fin au pouvoir syndical. D'un autre côté, le BSA pourrait être définitivement capturé par les intérêts des Big Three, ce qui pourrait entraîner l'arrêt de son fonctionnement et le rendre obsolète. Si le Syndicate Caucus parvient à obtenir la direction du BSA, il pourra bloquer ou retarder indéfiniment l'ensemble de ses décisions pour protéger la sphère économique syndicale. Cela viderait encore plus le BSA de ses attributs pour le transformer en une agence qui servirait uniquement les intérêts des puissants syndicats, en leur donnant un accès illimité à des fonds pour garantir la survie des WOT, ce qui pousserait à l'auto-dissolution du BSA. Plusieurs scénarios sont sur la table, mais le BSA reste avant tout un symptôme des problèmes bien plus importants que connaît le Commonwealth. Il s'agit d'une grande braderie pour une minorité et de l'autre, une véritable machine qui repose sur des compromis politiques, dont l'efficacité dépend de facteurs qui échappent largement à son contrôle. Seul un consensus politique au sein de l'Assemblée nationale permettrait de le faire fonctionner correctement, en axant notamment sur la nécessité d'une modernisation économique, de limiter le veto syndical, de combattre la corruption et de ne pas maintenir l'ancien avec le nouveau, mais de laisser le nouveau enterrer le passé. Il est évident que le BSA ne sauvera pas le Commonwealth, mais c'est de la survie même du Commonwealth qu'il dépend de se sauver lui-même à travers le BSA, pour espérer un avenir prospère. Telle est toute la tragédie de la situation.
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