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RUPK — [SECTION ÉCONOMIQUE] Discussion entre le Consul Vilo Colo et le Docteur Samir Adermine

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RÉPUBLIQUE UNIE DES CLANS DE KABALIE — OUEST
Cabinet du Consul exécutif • Correspondance officielle


LETTRE I
Ressources stratégiques & arbitrages des lois budgétaires (janvier–mars 2019)



Expéditeur :
Dr. S. Adermine
Ingénieur-chercheur (hydrologie & géoressources)
Directeur du Laboratoire d’analyse territoriale (Kabalie-Ouest) à Azour

Dr. S. Adermine
Destinataire :
Vilo Colo
Consul exécutif
(mandat du 6 janvier 2019 au 6 janvier 2020)

Adresse de destination :
Palais de l’Unité
Avenue du 6-Janvier
Azour (Capitale administrative)
Kabalie — RUPK

Date : 01.11.2018



À l’attention de Son Excellence le Consul Vilo Colo et des conseillers chargés de la programmation civile.


Excellence,

Je vous écris dans un esprit volontairement simple, presque personnel, parce que la période qui s’ouvre n’est pas une période administrative ordinaire. Les premières lois budgétaires pleinement structurées sont, dans la vie d’un État, une date fondatrice. Elles fixent ce que les chiffres deviennent dans le réel. Elles décident si la Kabalie de l’Ouest sera un territoire qui consomme ses ressources, ou un territoire qui les convertit en stabilité, en productivité et en souveraineté civile.

Je vous remercie de m’avoir autorisé à initier cet échange régulier. Je m’engage à vous donner, dès cette première lettre, des ordres de grandeur précis, utilisables directement par vos services sans retraitement. Je précise également le cadre de mon propos pour éviter toute ambiguïté. Je ne traite ici que de la Kabalie de l’Ouest, c’est-à-dire du territoire actuellement administré et accessible aux mesures. Je ne formule pas de prévision et je ne joins aucune annexe. Je vous livre une photographie quantifiée des ressources et contraintes majeures, puis une lecture scientifique de leur signification pour l’État civil.

Je commence par ce qui gouverne tout le reste, l’eau. Les décisions budgétaires gagnent en puissance quand elles respectent les lois physiques. Or, dans un pays continental semi-aride, la loi physique première est la suivante. La richesse n’est pas une quantité abstraite, c’est un bilan hydrique, énergétique et logistique. Sans eau, il n’y a ni agriculture stable, ni villes soutenables, ni industrie continue, ni santé publique robuste.

Sur la base des relevés disponibles et des comparaisons régionales que nous considérons méthodologiquement solides, la Kabalie de l’Ouest dispose d’un volume annuel d’eau renouvelable utilisable de 29,8 km³ par an. Ce chiffre regroupe le ruissellement effectivement mobilisable, les écoulements de surface pérennes ou semi-pérennes et la fraction des nappes rechargées annuellement qui peut être exploitée sans dégradation rapide. À côté de ce flux annuel, la Kabalie de l’Ouest dispose d’un stock d’eaux souterraines profondes, exploitable par pompage, évalué à 1 170 km³. Je vous demande de bien distinguer ces deux grandeurs, car une erreur de lecture produit des erreurs politiques. Le flux de 29,8 km³ par an se gère comme un revenu. Le stock de 1 170 km³ se gère comme un capital. Un capital mal administré peut donner l’illusion d’une abondance, puis se retourner contre l’État sous forme de baisse des niveaux piézométriques, de salinisation et de coût énergétique croissant.

Dans l’état actuel des réseaux, les pertes d’eau distribuée par fuites, dysfonctionnements et branchements non contrôlés sont estimées à 31,4 pour cent. Cela signifie qu’une unité sur trois d’eau mise en distribution n’arrive pas à l’usage final. Ce seul chiffre suffit à justifier une logique budgétaire prioritaire sur la maintenance et l’étanchéité, car une réduction même partielle de la perte équivaut à créer une nouvelle ressource sans forer un seul puits supplémentaire. Au plan sanitaire, la fraction d’eaux usées urbaines effectivement collectée et traitée est estimée à 18,6 pour cent. Le reste se dissipe dans le milieu ou s’accumule en pollution, ce qui dégrade les nappes de faible profondeur et augmente le coût futur de potabilisation.

La seconde contrainte structurante est agricole. La Kabalie de l’Ouest n’est pas condamnée à l’insécurité alimentaire, mais elle ne peut pas soutenir une agriculture extensive gourmande en eau. La surface potentiellement arable sans irrigation lourde est estimée à 8,7 pour cent du territoire administré. J’insiste sur le terme sans irrigation lourde, car le différentiel politique est là. Tout ce qui excède ce seuil nécessite une eau artificiellement transportée, pompée ou stockée, donc une énergie et une dépense publique. Or, la meilleure politique agricole n’est pas celle qui maximise les surfaces, c’est celle qui stabilise les prix et les volumes par la logistique, le stockage et l’irrigation efficiente.

Du point de vue des ressources du sous-sol, je vous livre maintenant des chiffres précis, en les reliant immédiatement à leur signification économique. Le potentiel de phosphates récupérables sur la Kabalie de l’Ouest est estimé à 3,62 milliards de tonnes. La teneur moyenne exploitable, telle que nous la retenons pour dimensionner une filière, se situe à 24,1 pour cent de P2O5 sur les horizons favorables. Le potentiel de minerai de fer récupérable est estimé à 1,84 milliard de tonnes, avec une teneur moyenne exploitable de 52,6 pour cent en fer sur les faciès les plus prometteurs. Le potentiel de cuivre récupérable est estimé à 34,8 millions de tonnes de métal contenu. Le potentiel d’or récupérable, en équivalent métal, est estimé à 1 760 tonnes. Le potentiel d’uranium récupérable est estimé à 0,33 million de tonnes de métal contenu. Enfin, les ressources évaporitiques en sel, utiles à la chimie et à l’agroalimentaire mais aussi à certaines filières industrielles, sont estimées à 8,4 milliards de tonnes.

Je sais qu’un chiffre, même précis, ne suffit pas. Il faut comprendre ce qu’il autorise et ce qu’il interdit. Je vous propose donc une lecture en quatre axes, strictement descriptive, sans projection, mais directement utilisable pour vos arbitrages de lois budgétaires.

Premier axe, l’eau comme infrastructure d’État. Le volume renouvelable de 29,8 km³ par an n’est pas faible, mais il devient faible dès lors que les pertes s’installent à 31,4 pour cent et que l’urbanisation croît sans discipline. Le budget doit donc traiter l’eau comme un système technique complet. Il ne s’agit pas seulement de creuser des forages. Il s’agit de mesurer, réparer, contrôler, et surtout d’éviter la confusion entre capital et revenu. Une doctrine hydrique saine se reconnaît à trois indicateurs simples. Le premier est la réduction des pertes de réseau. Le second est l’augmentation du taux de traitement des eaux usées au-delà de 18,6 pour cent. Le troisième est la normalisation des forages, car un forage illégal ou mal conçu coûte deux fois, d’abord par la baisse de la ressource, ensuite par la pollution de la nappe.

Deuxième axe, la logistique alimentaire comme stabilisateur social. Dans les États jeunes, la crise politique se déclenche souvent par le marché, pas par l’armée. Un prix du pain qui grimpe devient un événement national. Or, la volatilité des prix alimentaires dépend autant de la capacité de stockage et de transport que de la production brute. Je souligne donc un point crucial. Avec 8,7 pour cent de terres arables sans irrigation lourde, le pays doit compenser par l’efficacité de la chaîne. Silos, entrepôts, froid, routes secondaires praticables, organisation des marchés et prévention des pertes post-récolte. Une tonne produite et perdue vaut zéro. Une tonne produite, stockée et transportée au bon moment vaut un amortisseur social.

Troisième axe, l’énergie comme outil de conversion et de continuité. La Kabalie de l’Ouest bénéficie d’une irradiation solaire structurellement élevée. La valeur moyenne sur zones exploitables est de 2 320 kWh par m² et par an. Ce chiffre n’est pas un symbole, c’est une donnée matérielle qui explique pourquoi une stratégie d’équipement énergétique civil est rationnelle. L’énergie, dans votre budget, doit être pensée d’abord comme un service public de continuité. L’eau potable, les stations de pompage, les hôpitaux, les administrations, la conservation alimentaire, les ateliers de maintenance. Quand ces fonctions sont alimentées de manière fiable, la confiance augmente, la productivité suit, et l’État cesse d’être perçu comme fragile.

Quatrième axe, les filières minières comme levier civil, à condition de transformer. Je me permets ici une phrase très directe. Extraire sans transformer enrichit rarement un État continental. Cela enrichit parfois des acteurs, mais cela ne baisse pas le coût de vos infrastructures. Les phosphates à 3,62 milliards de tonnes, le fer à 1,84 milliard de tonnes et le cuivre à 34,8 millions de tonnes deviennent une puissance civile quand ils alimentent des chaînes locales. Engrais pour stabiliser l’agriculture, acier pour réduire le coût des routes, des ponts et des rails, câbles et composants pour l’électrification. Sans transformation, vous exportez du poids. Avec transformation, vous réduisez vos coûts internes et vous gagnez une base industrielle.

Je veux attirer votre attention sur un risque de gouvernance, non pas pour dramatiser, mais parce qu’il est mathématique. Les ressources sensibles, en particulier l’or à 1 760 tonnes et l’uranium à 0,33 million de tonnes, créent un écart permanent entre la valeur potentielle et la valeur effectivement captée par l’État. Cet écart s’appelle la fuite. La fuite peut être clandestine, contractuelle, douanière ou administrative. La réponse n’est pas morale, elle est technique. Traçabilité, laboratoire de contrôle, capacité d’audit, chaîne documentaire, et police économique civile strictement encadrée. Si le budget ignore cette dimension, l’État aura des mines, mais il n’aura pas la rente. Si le budget la prend en compte, l’État peut sécuriser une part significative de la valeur sans même augmenter l’extraction.

À ce stade, Excellence, vous pourriez me demander comment ces chiffres s’articulent concrètement. Je vous réponds sans entrer dans un programme, puisque vous ne souhaitez ni annexe ni prévision. L’articulation se fait par priorités physiques. Le premier investissement n’est pas toujours celui qui rapporte le plus vite, mais celui qui rend les autres possibles. Dans notre cas, trois verrous dominent, et les chiffres les désignent clairement.

Verrou un, la perte hydrique à 31,4 pour cent. Tant que ce taux reste à ce niveau, chaque dépense agricole et urbaine coûte davantage, et chaque crise de sécheresse devient plus dangereuse. Verrou deux, le traitement des eaux usées à 18,6 pour cent. Tant que ce taux reste bas, le pays détruit une partie de ses nappes accessibles et augmente son coût sanitaire. Verrou trois, la conversion minière. Tant que les phosphates à 3,62 milliards de tonnes et le fer à 1,84 milliard de tonnes ne sont pas reliés à une capacité de transformation, ils ne réduisent pas le coût de l’État, ils restent des promesses.

Je me permets également de donner une lecture quantitative de la dépendance hydrique de certaines activités, car elle influence les arbitrages invisibles. Produire un kilogramme de céréales dans des conditions semi-arides, selon les systèmes, mobilise entre 900 et 1 800 litres d’eau. Produire un kilogramme de viande bovine peut mobiliser 10 000 à 15 000 litres en équivalent eau. Ce n’est pas un jugement, c’est une comptabilité. Cela signifie que la stratégie agricole doit être cohérente avec 29,8 km³ par an de flux renouvelable, sans se reposer aveuglément sur 1 170 km³ de stock profond, qui est un capital.

Sur le plan territorial, les matériaux de construction, souvent oubliés, méritent une phrase claire. Les ressources en calcaire, gypse, argiles et granulats sont considérées comme très abondantes sur l’Ouest. En valeur strictement économique, cela signifie que l’État peut réduire le coût de ses infrastructures si, et seulement si, il dispose de carrières encadrées, de routes d’accès et de normes de qualité. Un pays qui doit importer son ciment ou ses agrégats paie chaque kilomètre de route deux fois. À l’inverse, une filière locale réduit le coût du bâti public, des logements, des écoles et des hôpitaux.

Je vais maintenant vous livrer, dans un style plus direct, la synthèse qui peut servir à votre Cabinet lors de la rédaction des arbitrages, sans qu’il soit nécessaire de relire toute la lettre. La Kabalie de l’Ouest dispose d’un flux d’eau renouvelable de 29,8 km³ par an, et d’un stock profond exploitable de 1 170 km³. Elle perd actuellement 31,4 pour cent de l’eau distribuée et ne traite que 18,6 pour cent des eaux usées. Elle possède un potentiel de phosphates de 3,62 milliards de tonnes, un potentiel de fer de 1,84 milliard de tonnes, un potentiel de cuivre de 34,8 millions de tonnes, un potentiel d’or de 1 760 tonnes, un potentiel d’uranium de 0,33 million de tonnes et un potentiel de sel de 8,4 milliards de tonnes. Son irradiation solaire moyenne sur zones exploitables est de 2 320 kWh par m² et par an. Sa surface arable sans irrigation lourde représente 8,7 pour cent du territoire. Ces chiffres, pris ensemble, décrivent un État qui peut devenir industriel et stable, à condition que le budget respecte la hiérarchie suivante. D’abord l’eau et son efficience, ensuite la continuité énergétique des fonctions vitales, ensuite la logistique alimentaire, enfin la conversion minière par transformation.

Je termine, Excellence, sur une note plus personnelle, puisque vous m’avez demandé une correspondance amicale, et que je crois à la vertu de ce lien. Un gouvernement jeune est souvent tenté de rechercher des preuves immédiates de réussite. Routes, grands bâtiments, annonces spectaculaires. Je comprends cette tentation. Mais la réussite durable se mesure à des indicateurs plus modestes et pourtant plus décisifs. Quand l’eau arrive sans interruption, quand le prix de base des aliments se stabilise, quand l’électricité cesse d’être un aléa, quand une partie de l’acier et des intrants cesse d’être importée, alors l’État devient crédible sans même élever la voix. Les chiffres que je vous donne ne sont pas seulement des ressources, ce sont des leviers de confiance.

Si vous acceptez de poursuivre cet échange, je vous adresserai une seconde lettre centrée exclusivement sur la discipline hydrique, en expliquant comment les trois chiffres 29,8 km³ par an, 1 170 km³ et 31,4 pour cent doivent être compris par un décideur public, avec un langage simple mais une logique rigoureuse. Je resterai, comme aujourd’hui, strictement dans le cadre que vous fixez, sans annexe, sans prévision, sans détour, et toujours dans l’intérêt de la Kabalie de l’Ouest.

Je vous prie d’agréer, Excellence, l’expression de mon profond respect et de mon entier dévouement au succès civil de votre mandat.



Dr Samir Adermine
Hydrologue et ingénieur des géoressources
Directeur du Laboratoire d’analyse territoriale de Kabalie Ouest

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RÉPUBLIQUE UNIE DES CLANS DE KABALIE — OUEST
Cabinet du Consul exécutif • Correspondance officielle


LETTRE II
Ressources stratégiques & arbitrages des lois budgétaires (janvier–mars 2019)



Expéditeur :
Vilo Colo
Consul exécutif
(mandat du 6 janvier 2019 au 6 janvier 2020)

Destinataire :
Dr. S. Adermine
Ingénieur-chercheur (hydrologie & géoressources)
Directeur du Laboratoire d’analyse territoriale (Kabalie-Ouest) à Azour

Dr. S. Adermine

Adresse de destination :
Laboratoire d’analyse territoriale (Kabalie-Ouest)
Azour (Capitale administrative)
Kabalie — RUPK

Date : 06.11.2018



À l’attention du Docteur Samir Adermine, directeur du Laboratoire d’analyse territoriale de Kabalie Ouest


Chère Docteur,

J’ai lu votre première lettre avec l’attention qu’elle mérite.

Je souhaite, pour cette seconde lettre, avancer de manière très concrète, en vous posant une série de questions nettes, dans un ordre qui correspond à nos arbitrages budgétaires imminents. Je vous donne également les chiffres démographiques qui encadrent désormais officiellement notre réflexion, afin que vos réponses s’adossent à une base commune.

La population de la Kabalie de l’Ouest est fixée à 12 600 000 habitants. Sur ce total, 7 000 000 relèvent d’un mode de vie nomade. 2 800 000 relèvent d’un mode de vie semi-nomade. Le reste, 2 800 000, est sédentaire, concentré dans les villes, les bourgs, et les zones de cultures permanentes. Cette structure n’est pas un détail statistique. Elle influe sur les infrastructures, sur la fiscalité, sur la sécurité sanitaire, sur le marché du travail, et sur la stabilité politique. Nous ne pouvons pas bâtir un modèle économique comme si la société était uniformément urbaine et sédentaire. Notre budget ne doit pas ignorer cette réalité.

Je commence donc par la question des exportations, car elle conditionne notre monnaie, nos importations et notre marge budgétaire.

Première série de questions. Selon vous, sur la base des chiffres que vous avez avancés, quelle proportion de notre production peut réellement être exportée sans fragiliser l’équilibre intérieur. Je ne vous demande pas une formule générale. Je vous demande une estimation structurée par grands postes. Pour les phosphates, quelle part de la production transformée ou brute peut être consacrée à l’export, tout en garantissant notre sécurité agricole et la stabilité des prix. Pour le fer et l’acier, quelle part doit rester strictement intérieure pour abaisser le coût de nos infrastructures, et quelle part peut être vendue, à quelles conditions logistiques. Pour le cuivre, devons-nous privilégier une exportation immédiate ou un usage prioritaire dans l’électrification nationale. Pour l’or, quelle part peut être utilisée comme réserve stratégique plutôt que comme flux commercial. Et, de manière plus générale, quels produits vous semblent constituer des exportations saines, c’est-à-dire des exportations qui ne vident pas le pays de ses instruments de développement.

Deuxième série de questions, plus fondamentale encore. Sur quoi, selon vous, notre économie civile doit-elle se baser dans les cinq premières années de consolidation, sachant que nos lois budgétaires de janvier à mars 2019 doivent poser une doctrine et non seulement une liste de dépenses. Je veux que vous me répondiez en termes de base économique, c’est-à-dire d’architecture. Devons-nous fonder l’économie sur la transformation minière et industrielle, sur l’agro-logistique et les intrants, sur un modèle de services publics renforcés, sur un mix de ces éléments, et selon quelle hiérarchie matérielle. Je vous le dis franchement. Je refuse un modèle où l’on vend tout brut parce que c’est facile. Mais je refuse aussi un modèle où l’on promet une industrie lourde totale alors que l’eau, la logistique et l’énergie ne suivent pas. Je vous demande donc une formulation qui soit à la fois ambitieuse et physiquement cohérente.

Troisième série de questions. je tiens à évoquer l’irradiation solaire moyenne et l’avantage structurel qu’elle représente. Je veux vous entendre sur un point précis. Un projet d’énergie solaire est-il, dans notre configuration, un projet de panneaux distribués, c’est-à-dire un équipement de service public au plus près des stations de pompage, des hôpitaux, des administrations, des marchés, des zones de stockage. Ou bien un projet d’unités massives, organisées comme de grandes centrales, adossées à un réseau haute tension et à une planification de stockage. Autrement dit, faut-il commencer par la proximité ou par la masse. Je veux que vous me répondiez non pas sur le plan idéologique, mais sur le plan des rendements, des pertes, de la maintenance, de la sécurité et de la capacité réelle d’un État jeune à tenir un réseau. Je vous demande aussi de me dire quels usages vous considérez comme prioritaires et intouchables. Si demain je dois inscrire dans la loi budgétaire une priorité nationale, quelle est la liste des fonctions civiles qui doivent être alimentées en premier, avant tout autre projet.

Quatrième série de questions, qui fera débat au sein du Cabinet. Devons-nous impérativement revendiquer une Zone Économique Exclusive. Ou bien, au regard de notre réalité continentale, est-ce une ambition secondaire. Je formule la question de façon volontairement abrupte. Certains conseillers m’expliquent que sans façade maritime et sans ZEE, nous serons toujours incomplets, dépendants, et limités dans le long terme, notamment si des ressources offshore existent. D’autres soutiennent qu’une revendication maritime est un luxe politique dangereux, coûteux en diplomatie et en tensions, et qu’elle détourne l’État de ses priorités. Je vous demande donc de m’éclairer sur la dimension strictement économique et énergétique. Le pétrole interne, tel que vous l’estimez, suffit-il à soutenir une base civile, une transformation minière et une logistique nationale, ou bien la réalité nous condamne-t-elle à chercher un accès maritime pour la sécurité énergétique. Je veux aussi savoir si, dans un modèle rationnel, le pétrole doit être pensé comme une rente ou comme un carburant de transition, et comment cela se traduit dans la manière même d’écrire nos lois budgétaires.

Cinquième série de questions. Sur le plan des importations, je veux une réponse précise. Que devons-nous importer dans l’état actuel de nos ressources, non pas parce que nous sommes faibles, mais parce qu’un État intelligent sait choisir ses dépendances provisoires. Je veux que vous m’indiquiez les catégories prioritaires : machines, pièces, médicaments, électronique, outils industriels, engins de chantier, raffinage, chimie, équipements de traitement des eaux, infrastructures électriques, formation technique. Et je veux que vous me disiez ce que nous ne devons pas importer si nous voulons bâtir une économie souveraine, c’est-à-dire ce que nous devons produire localement dès que possible, même si cela demande un effort initial.

Sixième série de questions, qui m’importe personnellement, car elle touche à l’âme du pays. La vie des nomades et des semi-nomades. Avec 7 000 000 de nomades et 2 800 000 de semi-nomades, notre État ne peut pas se comporter comme un simple État de villes. Sur quoi devons-nous faire attention, dans les lois budgétaires, pour que la modernisation ne devienne pas une agression sociale. Je veux une réponse qui couvre les points suivants. L’eau et les points de passage. La santé mobile et les risques épidémiologiques. L’école et la transmission. Les marchés et les prix. Les routes et les couloirs de transhumance. Les litiges fonciers entre sédentaires et éleveurs. La fiscalité et la relation à l’impôt. Je vous le dis clairement. Si nous bâtissons une économie qui casse les couloirs de vie nomades, nous créerons une crise intérieure plus dangereuse que n’importe quelle contrainte extérieure. À l’inverse, si nous savons intégrer ces modes de vie dans une doctrine de développement, nous aurons une stabilité que beaucoup d’États nous envieront.

Je vous demande donc de répondre à ces questions dans l’ordre. Je ne vous demande pas un rapport administratif. Je vous demande une lettre de spécialiste à spécialiste, la vôtre, dans un langage compréhensible mais exact. Donnez-moi des proportions. Donnez-moi des arbitrages. Donnez-moi des priorités physiques. Et surtout, reliez toujours les décisions aux chiffres que vous avez déjà posés, afin que nos lois budgétaires puissent être rédigées avec une cohérence d’ensemble.

Recevez, Docteur, l’expression de ma considération, ainsi que de mon attente sincère.


Vilo Colo
Consul Exécutif de la République Unie des Clans,
et des Peuples de Kabalie de l'Ouest et de l'Est

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