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[Latrua-Karty-Slaviensk-Quatres Vallées] Rencontre d'Illiv

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en-tête
12/11/2018, Musée des Beaux-Arts d'Illiv Musée

Les petites mains de la présidence de la République terminaient de s'affairer autour de la pièce où se tiendrait le meeting. Une longue table ovale, blanche, avait été posée au milieu de la salle, prenant ce qui était habituellement la place de lourdes et imposantes statues de marbre. Un tapis bleu arborant en son centre une mappemonde blanc et noir et autour différentes phases lunaires avait été déposé sous la table, apportant une légère touche de couleur. Les murs restaient quant-à-eux le territoire des œuvres d'arts, des peintures à l'huile et autres aquarelles, ces dernières exerçant pleinement leur souveraineté. Les derniers micros étaient posés, les derniers verres d'eau étaient apportés, une petite horloge dorée voyait enfin ses petits pieds toucher l'immense étendue froide et blanche, la banquise de la table. Décorateurs, femmes et hommes de ménage, huissiers, personnels de l'ombre, tous se retirèrent, fermant derrière eux de lourdes portes en chêne, rendant pour quelques minutes seulement cette salle aux tableaux qu'elle abritaient.
Dans le hall, d'autres finissaient d'ajuster le tapis rouge qui, à l'intérieur, se transformerait petit à petit en un tapis violet, puis bleu. Ce tapis est une pièce spécialement tissée pour cet événement. Les statues déplacées, étaient maintenant positionnées le long de ce tapis, guidant ainsi les chefs d’État jusqu'au lieu de la réunion. Leur blancheur laiteuse, envoutante, brillait des quelques raillons de ce soleil de novembre. Un soleil timide, se cachant parfois, plongeant la ville dans une atmosphère bleutée, celle de ces hivers où le froid semblait à la fois mordant et vivifiant.

Vasiliy patientait dans le hall. Il portait un costume gris clair où l'on pouvait deviné quelques éclats de bleu marine. Sa cravate bleue faisait ressortir le bleu de ses yeux. Le Président de la République regardait le plafond de la vaste pièce. Sur ce dernier, une foule d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, tentaient de rejoindre des nuages, de beaux nuages crème, semblant flotter dans une immensité azure. Derrière eux, un drapeau latruant battait au vent. Une brise qui faisait plié les quelques arbres peints. Cette peinture représentait la quête millénaire des Latruants pour la liberté. Une quête qui fut longue, tortueuse, semée d'embuches. Une quête à la fois mortelle et immortelle, sublime et abjecte.
Cette quête était aujourd'hui celle d'un peuple, le peuple des Quatres Vallées. Après trente années d'affrontements, de mort, de désolation, de tristesse, le peuple souverain s'était exprimé et avait voté lors d'un référendum sur son autodétermination. Et aujourd'hui, dans ce musée, les représentants de ce même peuple allaient faire leurs premiers pas sur la scène internationale.

Vasiliy attendait patiemment que ces derniers arrivent. Cette réunion était importante pour lui. Importante car elle était la première avec le Code communautaire depuis le sommet de Morovsk. Importante car, si elle réussissait, elle permettrait de lancer des partenariats ambitieux entre quatre nation, trois d'Eurysie et une du Nazum. Importante car, si elle réussissait, elle permettrait au Latrua de s’implanter durablement dans une région du monde où il était jusque là absent. Importante car, si elle réussissait, elle permettrait au Latrua d'affirmer sa stature de puissance internationale ainsi que de défenseur invétéré de la liberté et de la souveraineté des peuples, quelle que soit leur Histoire, leur langue, leur religion, leur région.

Une voiture noire se positionna devant l'entrée du musée. Une femme aux cheveux bruns en descendit et s'avança vers l'escalier. Elle portait une veste et un pantalon vert forêt et une chemisette pâle. Elle se mouvait d'un pas assuré, quoi qu'alourdi par le poids des dossiers qu'elle portait à bout de bras. Le Président sortit sur le perron pour accueillir sa Ministre de l’Économie. Il serra la main de la femme puis l'embrassa. Tous deux entrèrent à l'intérieur du bâtiment. Vasiliy débarrassa Eleonora Yemelyanova de son imposante chemise cartonnée et la donna à un conseiller. Il lui demanda :

"Comment vas-tu ?

- Bien et toi ?

- Je me sens bien. Je suis habitué à ce genre de rencontres, même si tout peut toujours arriver. Un dérapage, un désaccord et ce sont tous les espoirs que nous avions placés en cette réunion qui disparaissent, s'évanouissant tel un nuage de fumée. Mais que veux-tu, ce sont les risques du métier
, dit-il en souriant. J'espère que je ne t'ai pas trop surchargé avec cette réunion.

- Non, je suis habitué à ce genre de demandes, même tout peut toujours arriver. Un coup de fil, un message et ce sont des heures de préparation qui disparaissent, s'évanouissant tel un nuage de fumée. Mais que veux-tu, ce sont les risques du métier !"



Tous deux rire d'un rire à la fois nerveux et complice, d'un rire qui trahissait à la fois leur fatigue et leur amitié. Vasiliy appréciait Eleonora. Il s'était rencontré pour la première fois à l'université. Elle, jeune étudiante en économie, élève appliquée, discrète, mais sachant briller par son intelligence sans limites. Lui, fringuant étudiant en sciences politiques, élève brillant, charismatique, mais cachant en réalité une immense fragilité et une timidité maladive. Ils se percutèrent un jour dans un couloir, arrêtant leur course respective vers une salle de classe. Ils se regardèrent, se sourirent et ce fut tout.
La suite, aucun mot ne peut l'expliquer, ce fut une évidence. Voilà plus de vingt ans qu'ils se connaissent, qu'ils sont amis. Voilà plus de vingt ans qu'ils se suivent, parfois à distance, parfois si près. Voilà vingt ans qu'ils rient et travaillent, qu'ils grimpent, unes à unes, les marches vers le pouvoir. Elle aurait pu être candidate à sa place, mais elle lui laissa la lumière. Elle aurait pu être élue à sa place, mais elle lui laissa cette chance. Ainsi, la première chose que Vasiliy fit lorsqu'il apprit sa victoire fut de téléphoner à Eleonora, de lui proposer un poste. Cela faisait huit ans qu'elle était ministre. Il aurait pu lui proposer à maintes et maintes reprises le poste de Première Ministre. Elle en serait parfaitement digne et capable, mais il préférait ne pas le faire, craignant secrètement de détruire ce qu'ils avaient pris vingt ans à construire.
La Ministre repris :

"Plus sérieusement, on a travaillé dur et on a compilé tout ce dont tu auras besoin dans ce "petit et léger" dossier. Documents présents en quatre exemplaires.

- Je te remercie, vraiment, il ne fallait pas, dit-il en grimaçant."


Un huissier s'approcha d'eux. L'homme aux cheveux grisonnant semblait être ici depuis la construction du musée. Il dégageait un air d'assurance et de respectabilité qui pouvait agacer. Il dit d'un ton protocolaire :

" Monsieur le Président de la République, Madame la Ministre, les premiers invités arrivent.

Il les guida jusqu'à l'entrée du hall puis les laissa sur le perron. Au même moment, une voiture noire battant un pavillon étranger se positionna en bas de l'escalier. Vasiliy et Eleonora se regardèrent et sourirent.

Diplomates sous la pluie
AlinéaTôt à Volkingrad, deux personnages sortirent du Capitole. Trop tôt même, et trop pluvieux pour qu'on puisse les identifier. Un homme élégant et une femme encapuchonnée contre la pluie, c'est tout ce que les gardes du Capitole parvinrent à déceler sous l'eau battante. Les deux se rendirent dans un véhicule de fonction qui quitta aussitôt la grande avenue, tout droit vers l'aéroport.

Qu'il était tant normal d'observer ces flux entre les infrastructures de la capitale, pourquoi bien s'attarder sur quelconque trajet, la chandelle en serait par ailleurs bien décevante. Cependant, il y avait quelques détails qui indiquaient une haute valeur à ces deux personnalités, la raison de leur trajet.

Outre fait du caractère bien matinal, il y avait bien une certaine agitation à l'aéroport international de Volkingrad. Non pas des avions civils, mais bien militaires. Un convoi diplomatique se préparait, ou bien un transfert de matériel militaire ? Personne ne savait réellement, il n'était d'usage que d'assurer le vol, pas de s'interroger sur ses hôtes. La tour de contrôle autorisa le convoi à partir sitôt prêt.

Cassian Kormyne
Directeur Cassian Kormyne-"Eh bien Angèle, tu en fais une de ces mines ?"
Citoyenne Angèle Orlovski-"Mhhh... Lorsque tu en feras autant que moi tu pourras me faire des reproches, je t'en assure."
Directeur Cassian Kormyne-"L'Ordre demande tout autant de travail que ta diplomatie, me semble-t-il."

AlinéaDans le cadre de la nationalisation des entreprises, l'Ordre Oruzhiya avait été la première concernée, avant même le plan de quatre ans. Il avait paru nécessaire d'intégrer pleinement sous le giron d'Etat les industries d'armements, beaucoup trop importantes en Karty pour y accorder la concurrence et la main mise des entrepreneuriaux privés.

Mais aujourd'hui, donc, l'ordre Oruzhiya compte toujours un directeur, le dénommé Cassian Kormyne. Cependant, il est pleinement affilié au gouvernement et au Tricommandement, et même officieusement à la Vorna. Pour ainsi dire, l'Ordre appartient pleinement à l'Etat puisqu'il lui doit l'obéissance, et son directeur fait partie intégrante du gouvernement.

Cassian avait une personnalité plutôt joyeuse, appréciée de la Gouverneure Orlovski. La preuve, les deux avaient quitté le Capitole ensemble, il lui avait même tenu son parapluie. Pourtant, ils auraient très bien pu faire route séparée. Mais pour Angèle, s'entendre cordialement avec la quasi majorité des membres proches du gouvernement, et globalement avec tous les politiques avec qui elle serait amenée à collaborer, était crucial.

Citoyenne Angèle Orlovski-"Quoiqu'il en soit, permets moi de te féliciter pour ta nomination récente à l'Ordre, au delà du fait que cela illustre bien le bon déroulé du plan de quatre ans."
Directeur Cassian Kormyne-"Je te remercie Angèle, sincèrement, que d'éloges."
Citoyenne Angèle Orlovski-"Trêves de plaisanteries, ce sera là ta première entrevue à l'étranger, personne ne te connaîtra à priori, un atout comme un mal. Ta première impression sera cruciale, tu représentes d'une certaine manière toute l'armée, sa production en tout cas. D'une manière ou d'une autre, chaque pays que l'on va rencontrer à ce sommet a été lié ou l'est même encore à l'Ordre. Pour Slaviensk, les Accords de Biallevitz qui régissent un partenariat industriel direct. Pour le Latrua, les accords de Vrarany qui les lient par l'achat à la compagnie. Pour le Code Communautaire... L'Etat en lui-même vient d'émerger, cependant j'avais entamé des discussions à ce sujet par le passé avec ses représentants."
Directeur Cassian Kormyne-"Ne t'en fais pas Angèle, la Chouette m'a déjà fourni bon nombre d'informations. Cette entrevue t'est par ailleurs plus dédié qu'à moi. Je suis bien au courant que la raison de ma présence est une opportunité, mais ce n'est pas le sujet principal. Je suis également là pour converser avec toi de certains sujets tout autres, tu le sais."

Cassian tendit un dossier, Angèle le tenant dès lors dans ses mains. Elle reprit la discussion.

Citoyenne Angèle Orlovski-"Il est vrai, la fatigue peut parfois s'avérer mauvaise. Hélas je ne peux pas prévoir grand chose à l'idée de ce sommet, le Latrua est resté flou, il ne faut de surcroît pas s'alarmer puisque nos relations quadrilatérales sont parfaitement cordiales avec l'ensemble des représentants."

La pluie avait cessé durant le vol, Angèle et Cassian se rendant entre les mains de leur homologue Latruant. La rencontre d'Illiv allait bientôt commencer. Au même moment, une voiture noire battant un pavillon Kartien se positionna en bas de l'escalier. Les deux représentants de la patrie mère en sortirent, dame Orlovski s'adressa directement à Vasiliy.

Gouverneure Angèle Orlovski-"Monsieur Vasiliy, c'est un plaisir de vous revoir sous vos drapeaux !"
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Vasiliy alla à la rencontre de la Gouverneure Fédérale. Il était heureux de retrouver Angèle Orlovski. À l'image des liens unissant le Latrua et Karty, la relation entre les deux dirigeants était au beau fixe. Les rencontres s'enchainaient de manière régulière, entretenant ainsi un lien fort de confiance et de travail. Le Président de la République serra la main de la dirigeante kartienne puis fit la bise à cette dernière. Il dit :

"Plaisir partagé, chère Angèle. Je suis très heureux de vous accueillir une nouvelle fois au Latrua. J'espère que votre voyage ne fut pas trop mouvementé."

L'ancienne chancelière lui présenta l'homme qui l'accompagnait. C'était un fringant et beau jeune homme d'une vingtaine d'années, habillé d'un costume noir et portant une paire de lunettes rectangulaire. Vasiliy lui serra la main. La poigne fut ferme, franche, surprenante et à la fois prévisible. En tant que Directeur de l'Ordre Oruzhiya, Cassian Kormyne se devait de montrer une image de fermeté, de puissance. Le Président lui rendit sa poigne et les invita à monter les quelques marches qui les séparaient du perron. Arriver en haut de l'escalier, il présenta Eleonora aux deux membres de la délégation kartienne, leur serra une nouvelle fois la main sous les flashes des photographes et leur indique la direction du hall.

Les quatre dirigeant pénétrèrent dans la pièce et se séparèrent en deux groupes, en deux conversations. Vasiliy s'isola avec Angèle. Il voulut commencer, mais il remarqua que la représentante kartienne semblait captivée par la scène se déroulant au plafond. Il regarda la fresque avec elle et dit :

"Je suis toujours aussi admiratif du travail de cet artiste. Si vous voulez comprendre la psychologie du peuple latruant, ses aspirations, ses envies, ses rêves, contemplez cette fresque. Elle les rassemble tous."

Il se perdit encore quelques secondes dans l'observation minutieuse de la peinture, des visages fiers, des corps tendus par la fierté, puis il se reprit. Ils étaient tous ici, réunis, pour faire avancer la diplomatie et autant commencer maintenant. Il reprit donc :

"Cependant, je doute que nous ayons le temps de la contempler plus longtemps. Si l'envie vous prend de vouloir visiter plus longtemps ce musée, je me ferais un réel plaisir d'être votre guide. Avant que la rencontre ne commence, j'avais une information à vous communiquer. Une information concernant nos rapports bilatéraux. En effet, dans les semaines qui viennent, le Ministère des armées latruant enverra une missive à votre État Major pour lui proposer d'activer l'article premier du titre troisième des Accords de Vrarany, portant sur l'organisation d'exercices militaires conjoints. Cela sera une bonne manière de montrer la solidité de nos liens et d'amener dans le même temps une réflexion stratégique globale."

PR

***

Tandis que Vasiliy échangeait avec la Gouverneure kartienne sur l'organisation des futurs exercices, Eleonora tentait quant à elle de converser avec le Directeur de l'Ordre Oruzhiya. Il est vrai qu'en tant que Ministre de l’Économie, les considérations purement militaires ne la concernaient pas directement, son homologue des armées ne venant la voir que pour lui faire avaliser un contrat d'achat d'armes. Faire la conversation ne serait donc pas simple au vu de son manque cruel de connaissances en matière d'équipement militaire.
De plus, elle éprouvait depuis l'arrivée de ce jeune homme une forme de trouble. Il est vrai que le kartien ne la laissait pas indifférente. Il était beau, grand et il dégageait une assurance non faite qui lui plaisait, qui l'impressionnait. Il est vrai aussi qu'elle était divorcée depuis plus de dix ans, qu'elle n'avait pas d'enfants à bientôt cinquante ans. Elle faisait encore jeune pour son âge, assumant plus ou moins les rides qui pouvaient agrémenter son visage. Malheureusement, elle ne pouvait en aucun cas l'intéresser. Elle avait vingt ans de trop et elle occupait une place beaucoup trop importante dans son pays pour se permettre de s'abandonner à ce genre de rêverie. Elle avait décidé de dédier sa vie à son pays, au service de l'intérêt de son peuple, et aucun homme ne pourrait jamais avoir de place dans sa vie. Elle se surprit quand même à rougir comme une adolescente à l'idée qu'il puisse se passer quoi que ce soit entre elle et le représentant kartien.
Eleonora se reprit rapidement, notant que son égarement avait duré plus longtemps qu'elle ne l'avait imaginé, et s'adressa à Cassian Kormyne :

"Monsieur le Directeur, c'est un honneur pour mon pays de vous recevoir. Comme le Président de la République vous l'a dit, je m'appelle Eleonora Yemelyanova et je suis la Ministre de l’Économie, des Finances et de l'Industrie du Latrua. Vous vous en doutez, je ne suis pas la mieux placée pour parler défense et achat de matériel militaire. Cependant, je peux d'ors et déjà vous informer que mon pays rédigera une demande d'achat envers votre ordre. Une demande d'achat, entre autres, de navires militaires, de mines et d'avions de chasse. Nous espérons bénéficier, comme lors de nos précédents achats, de réductions qui nous serons profitables, à mon pays comme au vôtre, et ce à plus ou moins long terme."

Elle plongea ses yeux dans ceux du kartien et parut comme envoûté. Sois raisonnable pensa-t-elle, tu ne l'intéresses pas. Pense à ton pays. Elle n’eut pas le temps d'entendre la réponse de son interlocuteur. L'huissier s'approcha d'eux, accompagné de Maksim Zhernakov, le Chef du protocole de la Présidence de la République. Ce dernier indiqua qu'une nouvelle délégation approchait du Musée. Vasiliy s'excusa auprès de la Gouverneure Fédérale et du Directeur, expliquant qu'il se devait d'accueillir les prochains dignitaires. Il remettait les kartiens entre les mains expertes du Chef du protocole. Eleonora suivit le Président jusqu'au perron et attendit avec lui qu'arrive la voiture suivante.

Eleonora Yemelyanova
Gouverneure Angèle Orlovski
Gouverneure Angèle Orlovski-"Voyage agréable, tout comme cette fresque. Il paraît toujours un certain plaisir à découvrir la culture des autres nations, même si dans votre cas il faut l'avouer, c'est une redécouverte qui ne me dérange aucunement. Ma foi, il serait bien dommage de ne pas profiter de notre présence commune pour arranger dès lors cet entraînement militaire, la République Fédérale Kartienne sera toujours encline à ce genre de déroulements. Nous entrons par ailleurs dans une phase où ces derniers se multiplient, je ne peux que prendre pour exemple celui avec le Dyl'milath ou encore l'Union Kahtanaise [...]"

AlinéaAngèle et Vasiliy continuèrent tous deux brièvement leur discussion, les détails seront bien évidement étudiés par les canaux diplomatiques, cependant l'idée d'un exercice demeure dores et déjà acquise. Au même temps que les deux dirigeants discutaient, le groupe avait été scindé en deux, le Directeur Cassian Kormyne étant avec cette dénommée "Eleonora". Âgé de 25 ans, il venait tout juste d'être nommé par le gouvernement Kartien à la tête d'une des plus grosses entreprises d'armements au monde. Jeunesse et dynamisme, c'est ce qu'il représentait dans un paysage politique très mouvant. Car de fait, la République Fédérale Kartienne est en proie des changements sociaux et sociétaux, l'on observe entre autres cette féminisation de la société. Outre fait, Cassian représentait pour la première fois son pays, et son entreprise, à l'étranger. Derrière cette paire de lunettes, se cachait un intellectuel qui analysait grandement les paroles et gestes de son interlocutrice. Cassian put même observer, tout du moins c'est ce qu'il ressentait, que son homologue était perdue dans la lune, comme si elle pensait bien à d'autres choses que ce qu'il fallait réellement. Son regard s'illumina enfin lorsqu'elle se décida à passer au sujet diplomatique, il ne résista point à effectuer deux de ses habitudes caractéristiques. D'abord il réhaussa sa monture de son index, avant de rehausser sa manche en y faisant délicatement le tour avec son doigt à quelques reprises.

Cassian Kormyne
Directeur Cassian Kormyne-"Tout autant un honneur d'être accueilli, madame la Ministre. Eh bien oui, il va de soi que les habituels avantages de l'Ordre vous seront octroyés, comme à l'accoutumée, il en va des accords de Vrarany si mes souvenirs s'avèrent exacts. Une demande qui me semble plutôt conséquente, je dois l'admettre. Je me permets, à ce titre, de vous informer en retour. La conjoncture Loduaro-Antarienne nous est fort fâcheuse, je ne suis pas un devin mais il y aurait fort à parier que nos lignes de production vous soient fortement restreintes au profit national... Ce sera sans doute un sujet que la Gouverneure Orlovski souhaitera converser avec votre délégation, il y a tout autant à parier là-dessus, soyez en assurée."
Thème musical "Ne vous inquiétez pas mes Quatre Vallées"

Personnages charmantsAzniv Isagholian. Aliji Denizli Antog Mechigian Terenti Jinjikhashvili
La rencontre d'Illiv. Le caractère crucial de cette nouvelle rencontre en Latrua, sauta aux yeux des représentants au sein du Code Communautaire. De nouveaux débats allaient secouer la Chambre, qui en ce moment, doit prendre, quasiment chaque semaine, des décisions horribles de complexités. Alignements stratégiques mouvants, répressions des groupes contre communautaires, pressions internationales, attentes de la populations, évolutions du Code Communautaire sont des sujets qui animent les décideurs de l'institution. Mais pas seulement. En effet, le Code Communautaire, dans sa mouture actuelle n'a pas le pouvoir qu'à un état nation moderne Eurysien sur sa population, notamment, car les Communautés bénéficient d'une autonomie élargie. Ainsi, toute la société est embarquée dans ses questions complexes. La situation est donc instable, bien heureuse celui ou celle qui réussira à prédire le futur du pays. Dissolution du Code Communautaire, renforcement du Code Communautaire, transformation du Code Communautaire, sécession de certaines Communautés, neutralité internationale, alignement avec la SMA, la CSN, le Liberalintern, l'ONC, l'OND, nouvelle guerre civile, guerre internationale. Bref. Personne ne savait ce qui allait se produire, mais aujourd'hui, cette rencontre allaient peut-être apporter quelques orientations claires, quelques réponses aux aspirations des peuples Lav P'iri.

La victoire de l'institution lors du référendum de septembre, était une victoire certes, mais la guerre était loin d'être finie. Celle-ci continue toujours, dans toute société, seule les plus "riches" d'entre elles ont la capacité d'en détourner l'attention et d'épargner une partie de leur population. En d'autres termes faire la guerre ailleurs, sur le sol des autres. Ce n'est pas le cas des Quatre Vallées. Pays sensiblement "pauvres" au regard de critères arbitrairement imposés par les pays les plus violents de l'histoire de l'humanité, les Quatre Vallées sont un théâtre et non un acteur. Maintenant, que la situation était temporairement stabilisée grâce à l'aide du Latrua, de Karty et de Slaviensk, la question essentielle que devait trancher le Code Communautaire est la suivante : les Quatre Vallées, doivent-elles se développer et croître économiquement, se vendre aux puissances rôdant autour, quitte à égorger sa beauté ou bien doivent-elles faire croître leur poésie, épargner ce qui les rend sublimes quittes à devenir, encore plus, cette terre de désespoir. Espérons que le sort des Quatre Vallées soit un peu moins binaire, plus heureux et que les structures du monde libérale autoritaire globale dans lequel elles évoluent se déliterons.

Enfin, cette rencontre allait mettre à nu les intentions du Latrua, de Karty et de Slaviensk à l'égard des Quatre Vallées. Pourquoi ses pays ont poussé pour stabiliser la situation, pour servir quels intérêts ? Pour déchiffrer cela le Code Communautaire à envoyer ses meilleurs représentants et les personnes les plus influentes du pays. Ils jouaient certainement leur survie avec cette rencontre. Aliji Denizli, Azniv Isagholian, Antog Mechigian, Terenti Jinjikhashvili. Ses Quatre noms résonnaient dans toutes les Quatre Vallées. À la fois craints et adulées, ses quatre personnages étaient à la tête des quatre Communautés les plus puissantes du pays. À eux quatre, ils orientent, de fait, toutes les orientations du Code Communautaire. Mais peu n'importe, aujourd'hui, ils allaient devoir descendre de leurs ridicules trônes pour faire face au gratin de la bourgeoisie mondiale. Ils n'avaient pas le droit de se tromper, une seule erreur et ils n'auront plus qu'à se loger une balle au fond de la gorge ; incapable est l'être humain pouvant assumer de telles conséquences.

Le voyage se déroula tranquillement et la délégation Lav P'iri se présenta au Musée des Beaux-Arts d'Illiv. Isagholian était en tête de celle-ci, car elle avait déjà rencontré certaines des personnalités présentes en ce jour.

- "Puisse nos étoiles nous donner la lumière, la beauté..."
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L'international sera le genre humain !


Le souffle révolutionnaire continuait d’œuvrer à travers le monde, libérant sous son passage tant de peuples opprimés et exploités. Aujourd'hui, ce vent de changement avait atteint les Quatre Vallées, ce pays meurtri par la réaction, meurtri par la guerre et par le capitalisme, et se soignant aujourd'hui de ses blessures. Ce vent progressait, donnant de nouveaux espoirs au peuple des Quatre Vallées. Mais aujourd'hui, l'enjeu n'était plus de briser les chaines qui maintenaient le prolétariat Lav P'iri prisonnier, mais de s'assurer qu'il n'y ai pas de geôlier.

La nouvelle institution à la tête du pays, celle du Code Communautaire, allait maintenant rendre les comptes du début de stabilité et de liberté apporté par le trio eurysien du Latrua, de Karty et de Slaviensk... Rendre les comptes ? Vraiment ? Slaviensk ne le permettrait jamais, jamais Slaviensk ne considérerait que la propagation de la révolution ne devrait être "un service payant" s'inspirant ainsi du plus crade des capitalismes qui soit, un capitalisme impérial, un capitalisme servant l'intérêt de petites nations qui croissaient, s'enrichissaient, avant de décliner et s'effondrer, dans un cycle dénué de finalité. Ainsi, Slaviensk s'engageait avec enthousiasme dans ce nouveau sommet, et contrairement aux attentes, Slaviensk ne serait pas là pour faire valoir les intérêts creux et impropres d'une "nation" mais ceux de la révolution internationale, vraie cause que devrait partager tout humain doué de sensibilité.

A l'évidence, cet intérêt de la "révolution internationale" n'était partagée ni par l'allié kartien, des "socialistes civiques" uniquement intéressés par la révolution dans leur pays propre, ni par l'allié Latruant malheureusement rongé d'un certain libéralisme.

Afin d'aider pour l'avenir de la sécurité du peuple nouvellement libéré dans les Quatre Vallées, c'est le Président Provisoire du Comité de Volonté publique qui a été dépêché en sol Latruant pour la seconde fois, désormais accompagné du chef d'état major des armées et Premier Ministre à titre provisoire. Les deux représentants de Slaviensk étaient conscients du poids de cette rencontre pour les Quatre Vallées et le Nazum du nord, marquant un tournant pour ce pays déchiré qu'il fallait reconstruire et stabiliser. Le Président et son Maréchal savaient que Slaviensk devrais trancher avec l'image donnée par l'ancien régime impérial aux yeux du Code Communautaire que l'Empire avait auparavant affronté, chose déjà entamée après la rupture du gouvernement provisoire avec l'état des Quatre Vallées, régime réactionnaire collaborant avec l'ancien Empire Slavis. C'est donc la tête chargée de pensés que les deux représentants arrivèrent par hélicoptère sur le lieu de la rencontre comme il avait été prévu. Ces deux représentants s'empressèrent de saluer les représentants de Karty, du Latrua et du Code Communautaire. La rencontre allait pouvoir commencer, puisse-t-elle marquer le changement avec les terribles années passées.



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Lorsque les Slavis furent arrivés, Vasiliy guida les différents dignitaires jusqu'à une petite plateforme. Derrière cette dernière, les drapeaux des différentes nations était positionnés droits, sans un pli, à l'abri du vent léger qui soufflait à l'extérieure. Tous, ils prirent la pose, sourirent devant les photographes. Au bout de quelques minutes, le Président de la République et ses hôtes s'engagèrent sur le tapis rouge. Ils marchèrent le long des statues de marbre, observant à la dérobée les positions torturées de ces êtres de pierre, de ces hommes et de ces femmes figés à jamais. À mesure que les chefs d’État s'approchaient du lieu de la rencontre, le tapis passait, petit à petit, des tons rouges aux couleurs bleutées. Un bleu qui, avec la lumière, semblait inonder, noyer le long couloir, plongeant ainsi ses occupants dans un immense océan textile.

Ils arrivèrent devant les lourdes portes de bois qui furent ouvertes par deux soldats en habits de parade. Vasiliy invita ses homologues à s'asseoir autour de la table ovale. Il les regarda toutes et tous s'asseoir, pris son verre, bu une gorgée d'eau, pris une courte inspiration et commença :

"Mesdames, Messieurs, en vos grades et qualités, je souhaitais tout d'abord vous remercier d'avoir répondu à mon invitation. C'est un honneur pour moi de vous accueillir sur le sol latruant pour cette deuxième rencontre entre nos quatre nations.
Nous nous revoyons dans un contexte nouveau. Nouveau pour les Quatres Vallées. En effet, son peuple a démocratiquement choisi, par la voie référendaire, de faire confiance, de mettre son destin entre les mains des membres du Code communautaire, dont les représentants sont présents aujourd'hui. C'est ce choix qui motive cette réunion. D'après le traité que nous avons signé il y a un peu plus d'un an, nous nous engagions à nous revoir après la tenue de ce référendum pour discuter de l'avenir de nos relations multilatérales. C'est chose faite.

Mais la situation a aussi changé sur le continent eurysien. Le peuple slavis a exprimé sa volonté de changement, de plus de transparence, son envie de liberté. Un nouveau régime est donc né, un nouveau gouvernement s'est vu confier la destinée de cette nation. Ce gouvernement, différend de celui qui avait signé le premier accord, a peut-être une vision différente de la situation, de ses tenants et de ses aboutissants.

C'est pourquoi le but de cette réunion est double. Premièrement, de clarifier les positions des uns et des autres, pour permettre l'émergence d'une ambiance de travail propice aux avancées. Deuxièmement, comme le stipule le traité signé, cette rencontre doit nous permettre de réfléchir aux partenariats diplomatiques, civils, culturels et économiques que nous souhaitons créer entre nos nations : le Latrua, Karty, Slaviensk et les Quatres Vallées. Ces partenariats seront cruciaux pour le développement futur de nos nations.

Pour ce faire, je vous propose la méthode suivante. Comme lors de notre dernier entretien, je n'ai pas pris la peine de discuter des partenariats que les uns et les autres seraient prêts à mettre sur la table. Il faut croire que c'est une manie,
dit-il en souriant. Plus sérieusement, je pense, pour l'avoir vécu, que les meilleures propositions naissent et prennent forme par la discussion, le débat. Je pense donc que nous devons, toutes et tous, exposer nos attentes quant à ces possibles liens entre nos pays, nos craintes peut-être, et les moyens concrets de leur réalisation. Nous procéderons donc de la manière suivante : à tour de rôle, nous nous exprimerons pour dire ce que l'on attend de ces partenariats, puis nous présenterons nos propositions de mesure.
Comme lors de nos dernières discussions, je propose aux représentants des Quatres Vallées de s'exprimer en premier. Je vous remercie."


Il éteint son micro, sorti un stylo et attendit la première intervention.

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Antog Meshigian était légèrement nerveux. Il faut dire que c'est la première fois qu'il participait en personne à une rencontre internationale impliquant les Quatre Vallées. Avant il se contentait d'envoyer un de ses représentants, mais aujourd'hui Isagholian avait réussi à le convaincre de venir. Il était nerveux, mais il ne devait pas le montrer. Il avait l'habitude ; après tout il était comme ça depuis tout petit. Heureusement pour lui, il avait un atout pour paraitre fort et respectable lors d'une conversation. Ses yeux noirs ténèbres, ses cernes creusées, ses traits graves et ses sourcils fournis lui donnèrent une aura terrifiante lorsqu'il fronçait ces derniers. Il planta ses yeux ronds dans ceux du président Latruant pour prendre confiance en lui. Ceux-ci faisaient souvent l'effet d'un coup de couteau. Inspirer la peur lui donnait le peu de courage dont il était capable.

- "Monsieur le président Shulichenko, nous sommes ravis de nous retrouver ici, représentants de nos quatre nobles nations, pour discuter d'un avenir qui s'annonce prometteur. J'en profite également pour saluer les représentants Kartiens et Slavis qui nous font l'honneur de reconduire la confiance précédemment donnée lors de la rencontre précédente. Comme proposé par le président Shulichenko, nous allons simplement clarifier nos positions pour que la réunion se déroule avec clarté et sans blabla inutile. Notre position globale est simple : en tant que membre spécial de la CSN, le changement de régime de Slaviensk nous sied parfaitement et ne sera pas un frein aux potentiels partenariats signés aujourd'hui. Concernant nos attentes, elles sont simples également. Nous souhaitons créer des partenariats universitaires, culturels et diplomatiques poussés entre nos quatre pays. Nous souhaitons pouvoir créer des programmes d'échanges universitaires communs en permettant à nos étudiants respectifs d'avoir la possibilité de suivre une partie ou tout leur cursus universitaire dans l'un ou plusieurs des trois pays étrangers ici présents. De plus, nous souhaitons ouvrir des canaux entre chercheurs, conférenciers et professeurs d'université pour développer notre coopération et nos sciences. Pour ce qui est des partenariats culturels, les Quatre Vallées souhaitent développer un tourisme particulier sur son territoire. Non pas un tourisme de masse calibré pour la rentabilité, mais un tourisme "culturel" sincère, beau et permettant aux petits ateliers du coin et à l'économie locale de survivre. Le plan est simple, nous voulons proposer à un certain nombre de citoyens Kartiens, Latruant et Slavis de s'inscrire à un tirage au sort. Les gagnants gagneraient un voyage, transport et logement payés par nos quatre pays respectifs, où ils vivraient avec certaines communautés. Nous pourrions organiser des événements de ce type quelques fois par an avec à chaque fois une communauté différente. Cela permettrait également à vos citoyens de mieux comprendre les modes de vie complexes des Lav P'iri et donc de renforcer la coopération indirecte entre nos peuples. Ensuite, nous souhaiterions créer une organisation de coopération culturelle de manière plus large, permettant un échange entre nos différents artistes, pour qu'ils puissent se rencontrer, partager et créer ensemble. Enfin, pour les partenariats diplomatiques, nous souhaitons créer dans chacun des trois pays étrangers des instances de promotion des cultures. Instances affiliées directement aux ambassades déjà présentes. Ses échanges plus officiels permettront à nos appareils diplomatiques respectifs d'échanger constamment et donc d'élargir notre coopération."

Antog prit une gorgée d'eau. Pour l'instant tout se passait bien mais il allait arriver aux sujets qui fâchent.

- "Notre seul point d'inquiétude se trouve sur la macroéconomie. En effet, nos systèmes économiques sont très différents les uns des autres, ainsi nous craignons des tensions entre ceux-ci. Pour être plus clair, nous n'avons pas envie de changer nos modèles économiques et nos trajectoires politiques pour vos beaux yeux. Nous souhaitons la coopération pleine et entière, mais nous ne pouvons modifier tous nos plans pour l'instant. Alors, nous appelons à la grande prudence sur ces questions et sur les propositions faites sur ces sujets complexes de macroéconomie. Pour revenir à notre position, nous ne souhaitons pas conclure, en l'état, de partenariats macroéconomiques tels que l'abaissement de droits de douane ou la libre circulation des biens et des personnes. Mais si vous n'êtes pas d'accord avec notre point de vue et que vous avez des contre-propositions à nous faire, nous sommes preneurs."
Le Président de la République venait de reposer son verre sur la table. Face à lui, la feuille où étaient inscrites ses différentes propositions était maintenant majoritairement barrée de rouge. En effet, les Lav’Piri avaient, dans leur intervention, énoncé la majorité des points importants pour le Latrua. Ainsi, Vasiliy était en accord avec l’idée de partenariats civils, universitaires et culturels. L’accord qui sortirait de cette rencontre serait donc ambitieux sur ces sujets. Cependant, les services économiques latruants, bien que conscients des différences existantes entre les Quatres Vallées et leur nation, avaient sous-estimé l’opposition des représentants du Code communautaire face au libre-échange. Si le Latrua avait d’autres propositions économiques sous le bras, il fallait absolument rassurer les Lav’Piri sur leurs intentions. Vasiliy commença donc :

« Je vous remercie Monsieur le représentant pour vos propositions et pour la franchise qui a caractérisé votre intervention. Une franchise qui on ne peut plus agréable dans le cadre de nos échanges. C’est aussi une tradition diplomatique latruante à laquelle j’attache une importance toute particulière. C’est pourquoi je m’autoriserai à vous répondre de manière directe, franche et je l’espère, constructive.

Sachez que pour ma part, j’adhère dans leur intégralité à vos offres d’échanges, qu’ils soient universitaires, touristiques, culturels ou scientifiques. Je suis comme vous convaincu de la nécessité pour nos peuples de se rapprocher et de mieux se connaître. Cette connaissance de l’autre est la condition sine qua non à la construction de partenariats et de liens solides entre nos pays.

Cependant, permettez-moi de vous poser une question relative à la sécurité de nos ressortissants sur votre territoire. En effet, lors de notre dernière rencontre, vous nous aviez indiqué que la situation sécuritaire de votre pays n’était pas optimale.
Comprenez qu’il est du devoir de tout gouvernement de protéger et, le cas échéant, de porter assistance à ses citoyens. La mise en place de tels partenariats induit l’envoi de citoyens latruants, kartiens et slavis sur votre territoire. Leur sécurité doit donc être effective. Et au vu des événements ayant précédé la tenu du référendum sur l’autodétermination, êtes-vous aujourd’hui en capacité de nous certifier que la sécurité de nos ressortissants serait garantie ?

Passé cette interrogation, j’aimerais laisser la parole à Madame la Ministre de l’Economie, pour qu’elle vous présente les propositions formulées par mon pays en termes d’échanges économiques. Je vous remercie. »


Il tourna la tête vers sa ministre, lui indiquant qu’elle pouvait intervenir. Eleonora sortit un dossier de son attaché-case, prit une grande inspiration et se lança :

« Merci Monsieur le Président. Monsieur le représentant, nous comprenons parfaitement vos réticences et votre opposition à la mise en place de mesures qui pourraient paraître trop libérales. Comme vous l’avez souligné, nous disposons toutes et tous de systèmes économiques. Le système latruant prône le libéralisme, l’ouverture économique mais aussi, et peut-être avant tout, la souveraineté des peuples et des nations.
C’est pourquoi nous ne pousserons pas plus des propositions touchant à l’ouverture des frontières ainsi qu’à l’abaissement des droits de douane. Ce serait contre-productif. Cependant, permettez-moi de vous soumettre l’idée des contrats dans certains secteurs-clés pour nos économies respectives. Le but serait, par ces contrats, d’amener un aspect économique à nos relations multilatérales en soutenant et renforçant certains de nos secteurs productifs. Pour ma part, en ma qualité de Ministre de l’Economie du Latrua, je peux vous proposer trois contrats : un premier sur l’importation par les Quatres Vallées de céréales latruantes, un second sur l’achat de matériels agricoles et un dernier sur la production, par les usines latruantes d’infrastructures de transport, telles que des railles, et de moyens de transport, tels que des trains.
Bien évidemment, cette proposition est réciproque et nous serions heureux et fiers de pouvoir soutenir d’une quelconque manière l’économie Lav’Piri. »


Eleonora avait fini de présenter les différentes mesures prônées et proposées par le Latrua. Elle referma son dossier et regarda en direction de Vasiliy. Ce dernier lui sourit, attendant la prise de parole d’une des trois autres délégations

Eleonora Yemelyanova
Le général Denizli écoutait attentivement les propos du président Latruant. Les questions de sécurité étaient son domaine privilégié, ses homologues Lav P'iri le laissèrent alors répondre aux questions soulevées par le président.

- "Vos interrogations sont totalement pertinentes, Monsieur le Président, Lors de notre première rencontre, la situation sécuritaire au sein des Quatre Vallées était très préoccupante. J'étais moi-même sur place à combattre les dissidents et les forces cherchant à déstabiliser notre institution. Comme vous pouvez le constater, je me trouve en face de vous aujourd'hui, alors même que ma communauté, à la tête de laquelle je suis, est la plus grande force armée du pays et travaille étroitement depuis des années avec le Code communautaire dans le but de sécuriser notre territoire. Si celle-ci n'a pas besoin de moi urgemment, c'est que la situation est relativement stable et sous contrôle. Les événements qui ont eu lieu lors des référendums, bien que tragiques, nous ont permis de faire sortir nos ennemis de leurs terriers. Si bien que nous avons concrètement éliminé une grande partie des menaces pesant sur nos citoyens et donc logiquement sur les vôtres et sur tous les touristes potentiels. Ainsi, je peux vous garantir qu'en cas d'envoi de vos ressortissants sur nos terres, leur sécurité serait assurée, autant que dans n'importe quel autre pays comme le vôtre, par exemple. Oui, le risque 0 n'existe pas, mais il n'existe dans aucun endroit du monde, malheureusement, à part peut-être le paradis, mais cet endroit nous n'y avons pas encore accès. Bon, ceci ne sont que des paroles en l'air. Pour vous garantir concrètement cette sécurité, ma communauté, celles de mes collègues ici présentes et le Code communautaire tout entier peuvent affréter de manière insidieuse une sécurité privée, comprise dans l'engagement, à vos ressortissants participant à ce programme."

Le général Denizli avait terminé son intervention. Il lança un regard à Isagholian pour l'inviter à continuer. Elle se devait de répondre à la ministre Yemelyanova. Les hommes Lav P'iri et les hommes en général étaient beaucoup trop sensibles et brutaux pour parler d'économie, elle le savait, ses collègues le savaient, ses questions devaient alors lui revenir de droit.

- "Madame la ministre, merci pour votre clarté et votre compréhension de nos directives politico-économiques qui sont en effet différentes des vôtres de manière structurelle. Toutefois, et vous avez raison de le mentionner, un système économique purement libéral et un système économique très largement communisant comme le nôtre ne sont pas incompatibles dans tous les domaines, notamment dans les domaines stratégiques de productions. N'importe quel pays, n'importe quelle communauté humaine ayant décidé de concert de vivre ensemble devrait pouvoir avoir accès à des infrastructures essentielles. Pour nous, les infrastructures essentielles résident strictement dans l'accès à la nourriture, à l'eau, aux logements et à un système de santé décent. Cela induit insidieusement la mise en œuvre d'une sécurité globale sur un territoire ainsi que la mise en place d'infrastructures de transports efficaces, au moins pour déplacer rapidement les biens essentiels précédemment cités, si et seulement si ils manquent dans certains territoires. Nous refusons la logique de marché comme unité économique hégémonique. Comme dit précédemment, celui-ci a des avantages non négligeables et peut en effet être utile dans la survie matérielle d'une population donnée. Toutefois, il ne doit pas être hégémonique. Plutôt que de me lancer dans des explications théoriques complexes, laissez-moi vous donner un exemple. Il y a certaines communautés dans notre pays qui vivent depuis des siècles loin de ses routes commerciales, loin de ses flux exceptionnels de marchandises, en totale autonomie pour leur survie. Non pas qu'elles ne soient pas en contact avec l'extérieur, mais plutôt qu'elles n'ont pas basé leurs moyens de survie sur une dépendance à des flux qui les dépassent très largement. Nous devons en tenir compte pour notre développement et nous ne pouvons nous résoudre à leur imposer un mode de vie qu'elles ne souhaitent pas. Le projet initial du Code communautaire est précisément de protéger ses communautés (qui sont nombreuses dans le pays), face à l'uniformisation des modes de vie qu'induit l'imposition de la logique de marché dans toutes les franges de l'économie."

Elle prit une petite pose histoire de reprendre son souffle.

- "Une fois ce point éclairci, les Quatre Vallées ne sont pas des îlots de résistants totalement hermétiques au monde extérieur, le pays a des besoins, notamment militaires, pour faire face à des menaces structurelles, et, il faut le dire pour être tout à fait honnête, il y a aussi des communautés souhaitant vivre de manière plus moderne, souhaitant saisir les opportunités d'amélioration de leurs conditions d'existence, notamment en tentant leurs chances dans les villes. Nous nous devons également de prendre en compte ses aspirations. Tout ce long monologue pour dire qu'en effet nous avons besoin d'améliorer nos capacités productives dans de nombreux domaines. Pour prouver notre bonne foi, prenez en compte l'accord déjà passé avec Karty concernant l'exploitation de la mine de tungstène de Shetekauri, bien que celui-ci tende peut-être à être renégocié à la suite du changement du régime kartien. Bref. Nous sommes d'accord et disposés à signer des contrats commerciaux sur des secteurs stratégiques avec vous, quitte à bafouer quelques-uns de nos principes et laisser quelques-unes de vos entreprises faire du bénéfice chez nous."

Avant de continuer, elle sortit trois documents. Elle en donna un à chacune des délégations étrangères avant de reprendre son monologue.

- "Comme vous pouvez le constater, ce document liste les différentes infrastructures essentielles présentes sur notre territoire. Nous souhaitons moderniser celle-ci, ainsi nous sommes disposés à négocier les termes d'un contrat concernant nos infrastructures de transport. Toutefois, et malheureusement, nous ne sommes pas disposés pour l'instant à signer quelconques accords agricoles avec le Latrua. Nous souhaitons pouvoir discuter avec toutes les parties de la modernisation de nos mines, de nos infrastructures pétrolières et gazières. En échange, nous pourrons vous fournir des concessions pour obtenir nos matières premières, par exemple..."
Gouverneure Angèle Orlovski
AlinéaAngèle ne comprenait pas réellement l'intérêt de cette entrevue. Cette dernière tournait en un échange Code Communautaire-République du Latrua, la présence Kartienne et Slavis étant quelque peu inutile. Non pas que les deux Etats ne présentaient pas d'intérêt manifeste pour les Quatre Vallées, simplement que le déroulé de l'entrevue était plutôt mauvais... Pourquoi les quatre pays sont-ils présents en même temps, alors que les besoins des traités sont bilatéraux de tout à chacun ? La Gouverneure Orlovski, toutefois bien chaleureuse envers son homologue Vasiliy, conclut sa pensée sur la certitude de la spécificité des services diplomatiques Latruants. Elle annonça, finalement, afin de positionner la République Fédérale.

Gouverneure Angèle Orlovski-"Excellences, mesdames et messieurs, je tiens à commencer cette prise de parole par un rappel. Cette entrevue, qui se déroule par ces échanges présents, est sollicitée par deux buts distincts. D'une part, faire un état des lieux des résultats du sommet de Morovsk. D'autre part, chaque Etat ici présent s'est engagé à nouer des liens diplomatiques et amicaux avec l'entité qui sortirait victorieuse de ces événements organisés conjointement.
La République Fédérale Kartienne reconnaissait déjà le Code Communautaire comme entité légitime à gouverner les Quatre Vallées, il ne s'agit là que d'une simple officialisation pour nous. J'en réfère aux accords évoqués par dame Isagholian, en l'état notre patrie mère compose déjà fort bien avec le Code Communautaire. Je ne tiens pas à interférer au sein de l'établissement des accords entre le Latrua et le Code Communautaire, également ceux avec la Fédération Slavis notre alliée. Simplement, la République Fédérale Kartienne se place dores et déjà en tant que partenaire de choix pour le Code Communautaire.
La raison principale de mon intervention, mesdames, messieurs, je tiens à rebondir sur la demande de renégociation des accords entre Kartiens et Lav'Piri. Nous bénéficions, en effet, d'accords mutuellement bénéfiques autour de l'extraction de bauxite et de tungstène, je ne peux qu'encourager les échanges avec le Code Communautaire, qui a su montrer d'une attractivité des plus certaines. En somme, la République Fédérale est prête à approfondir ses accords avec le Code, je pourrais même parler d'accords à vocation militaire, considérant la nouvelle proximité idéologique dont nous jouissons.

Ce sera tout.
"
Damir Dmitrievitch Ovechkin, Président provisoire du Comité de Volonté Publique



Le Président Provisoire du Comité de Volonté Publique était resté jusqu'ici silencieux, laissant au Latrua et aux Quatre Vallées un monopole sur les discussions. Évidemment cela pouvait être mal vu, et Ovechkin ne pouvait pas se permettre de paraitre passif aux discussions qui se déroulaient ici, surtout si elles guidaient l'avenir d'un pays libéré par la révolution. D'une voix posée, son regard parcourant la pièce et insistant sur les représentants du Code Communautaire.

Damir Dmitrievitch Ovechkin : "Excellences, permettez-moi de prendre la parole à mon tour.

J'aimerais, en premier lieu, vous éclaircir sur les volontés de Slaviensk dans ce sommet : si Slaviensk est présent, c'est avant tout pour stabiliser les territoires libres des Quatre Vallées, aucunement pour imposer une quelconque domination économique sur celles-ci.

Dans cette optique, Slaviensk est prêt à accompagner les communautés Lav P’iri qui le souhaitent dans un effort de modernisation ciblée. Cela concerne notamment l’industrie lourde, les infrastructures de transport, ainsi que le secteur minier. À cela s’ajoute une aide civile concrète, en particulier dans le domaine médical, par la fourniture de vaccins et de matériel de soin de base.

Nous avons parfaitement conscience que toutes les communautés ne souhaitent pas suivre cette voie. Et cela doit être respecté. C’est pourquoi notre proposition repose exclusivement sur le volontariat. Notre objectif n’est pas de transformer vos sociétés, mais de leur donner les moyens de survivre dans un environnement réactionnaire qui, lui, ne vous laissera aucun répit.

En retour, et dans un esprit de coopération équilibrée, Slaviensk souhaiterait établir des accords encadrés concernant certaines ressources stratégiques, notamment le zinc et le chrome. Non pas dans une logique d’exploitation déséquilibrée, mais afin de répondre à des besoins critiques qui conditionnent notre propre indépendance vis-à-vis de puissances réactionnaires que vous connaissez et dont nous souhaiterions nous écarter. Nous pourrons ainsi moderniser conjointement les exploitations, qui actuellement seraient assez marginales et anciennes, et les gérer par participation démocratique des ouvriers au sein des mines, comme nous le faisons dans notre industrie municipalisée.

Enfin, nous proposons de participer à la modernisation de votre armée et de vos forces sécuritaire par des expertises Slavis, en vous vendant également de l'armement à prix réduit afin de répondre à vos besoins d'armes modernes. Nos expertises seront utiles, Slaviensk ayant une force militaire d'importance régionale, mécanisée et moderne, ainsi que de l'expérience comme le démontre nos agissements dans la libération du territoire Retsvinien. Votre armée communautaire se doit de faire jeu égal avec les puissances réactionnaires de la région, et nous souhaitons renforcer vos capacités militaires pour cela.

Dernièrement, concernant les échanges culturels, Slaviensk est prêt à y participer à condition qu'une Commission slavis se rende sur place au préalable pour juger d'elle-même si la stabilité des Quatre Vallées est satisfaisante pour y dépêcher mes concitoyens. Il en va de ma responsabilité première envers les slavis.

je vous remercie."
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